‹ La Bibliothèque nationale à Paris. Notices et extraits des manuscrits que concernent l'histoire de BelgiqueChapitre 23 sur 39 · XII. Au grand maître, Saragosse, 22 janvier dal · texte numérisé non relu

XII. Au grand maître, Saragosse, 22 janvier dal

L'ambassadeur commence celte dépêche en communiquant au grand maître des nouvelles que le dom-prévôl d'Llrecht, ambassadeur du roi catholique en France, a transmises à sa cour; il l'enlretienl, après cela, en ces termes, des préparatifs que fait M. de Chièvres pour Tentrevue de Montpellier :

Il a -dii-il-faitsonaprest el a assemblé (piatreou eincq des plus grans clercs deCastille et d'Arragon pour mener aveeques luy, pour débatre le droit du royaulme de Navarre et pour vous contenter de ce mot qui est dedens le traicté de Noyoïi par lequel est dit

68 I)l<:i>ÈCIW:S DliS ambassadei rs.

que le roy catholicque fera la raison et conientera la royne de Navarre ou ses enffans, el se veult aussy ayder du droit de la royne d'Arragon, laquelle, ad ce que j'enlcns, le luy a transporté puis naguèrcs. Il sera besoing que le roy de Navarre y ait gens pour débattre leur droit, et aussy pour soustcnyr la promesse qu'ilz ont faicte de la restkution, car Hz dient lousjours qu'ilz tiendront ce qu'ilz ont promis et les promesses qu'ilz ont faictes parcy-devanl. Il meincraavecques luy le chancellier et maistrc Loys le médecin, évesque de Tuyc ', et a mandé à l'audiencier Haneton, qui est en Flandres, qui se treuve à vostredicle vcuc, et vous promelz qu'il y sera bien accompagné.

L'ambassadeur parle ensuite de la conclusion des cortès d'Aragon, de la demande du chapeau pour l'ëvêque de Liège faite par le roi catholique au pape, de l'arrivée à Saragosse des grands seigneurs de Castille auxquels la Toison d'or est destinée, du départ des ambassadeurs d'Angleterre, du passage du duc de Gueldre par le Brabant, etc.

Monseigneur, je vous advisc que nous sommes encores en ceste bonne ville de Saragouce et que les cours de messieurs d'Arragon furent parachevées arsoir et conclûtes en la forme qu'il a esté faict par les roys d'ycy devant passez, et ne reste que pour argent que nous ne partons d'ycy, car nous sommes tous pressez. Et pour ce que la coustume qu'ilz ont de payer le don qu'ilz font à leur roy est à payer en troys années , nous sommes après à pryer qu'on nous advance cincquante mille ducalz. Et pour ce qu'on aura beaucoup à faire à trouver ceste somme , nous serons encores icy quelque temps.

Au surplus, j'ay sceu que monsieur de Liège 2 a tant poursuivy le roy catholicque poiir avoir le chapeau rouge, que, à sa prière et requeste, il en a escript à noslre sainct-pêrc le pape pour luy bailler ledict chapeau. Monsieur de Chiévres en a bien fort pryé monsieur le légal et messieurs les nonces qui sont icy, Icsquclz en ont escript : mais l'ung d'eulx m'a adverty que si le roy en escript ung mot à noslredict saint-père, qu'il n'a garde de ce faire, car il n'est pas en sa grâce , pour quelques parolles qu'il dit de luy alors qu'on envoya la croisade en Liège, el depuis ne l'a tenu en bonne estime. Hz meclent icy grant peine à l'enlretenyr, et aussy monsieur de la Marche, cl leur semble que, s'ilz avoienlavcc ce monsiem- de Gueidres et que le roy l'eusl habandonnè, qu'ilz auroienl ville gagnée.

De jour en jour arrivent de ces grans seigneurs de Castille, et mesmemcnt hier arriva le conneslable '. Le roy les contentera de cest ordre de la Toyson qu'il leur baillera à

' Louis de Marlian , cvcquc de Tuy.

' Erard de la Marck. Ce fut seulement en 1520 qu'il obtint le chapeau.

* Don Inigo Ilernandez de Velasco, duc de Prias.

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Barcelonne, où il tiendra ic dici ordre, qui sera avant vosire voue, afliti qu'il soil niieuix accompaigné quand vous viendrez devers luy, car vous y trouverez tout le Iriumphe des Espaigncs, et ciiascun y portera sa belle robe. Ledict sieur roy eatliolicque a délibéré bien vous Iraicler, et n'oblieront point à vous faire quelques honneurs et recueil en la forme qu'ont esté receuz messieurs les ambassadeurs d'Angleterre à Paris, dont il est grant bruit icy; et aussy le dom-prévost n"a oblyé à l'eseripre bien au long

Les ambassadeurs d'Angleterre qui estoient icy ' s'en sont allez fort contens, et est demeuré Banquerouplc : il se dit maintenant mon bon seigneur, veu que les roys nos maistres sont bons amys. Je l'en ay rcmercyé, seachant qu'il n'en estoit trop content.

Aussy m'a dit mondict sieur de Chièvres que l'on a adverty le roy son maisire que monsieur de Gueidres a passé par le pays de Brcbant et avccques luy son beau-père ei beau-frère, qui est des Allemaignes, et que, à son adviz, il soit devers le roy, et que puisqu'il est là, qu'il n'y est point allé pour bien. Je luy ay dit que je n'en sçavoye riens, mais que peut-estre le roy l'avoit mandé |)our auiant qu'ilz m'avoient icy plusieurs foys dit qu'ilz vouloient bien trouver moyen d'avoir ung appoinciement seur et arresté avec luy. S'il estoit ainsy qu'il y feusl, il se debvroit garder pour le retour, car il n'est point en grâce.

Fait à Saraçosse, le xxn" jour de janvier.

(MS. SiS6, fol. 8d.)

XIll. — Au grand maître. Barcelone. 20 février 1319.

Cette dépèche roule principalement sur les mesures que le roi catholique et ses ministres prenaient pour assurer son élection à l'empire; il y est question aussi du départ du grand maître pour l'entrevue de .Montpellier, de l'opinion où l'on est à la cour d Espagne que le roi veut faire la guerre à ce pays, des préparatifs du roi catholique pour les obsèques de Tempereur et la tenue d'un chapitre de la Toison dor.

Parce que je n'ay point de poste qui veulle courryr pour moy et sans commandement du roy eatholicque et de monsieur île Chièvres, je suis contrainct d'envoyer ce portein-, le sieur de Ferrières, beau-frère de monsieur de...., pour vous adverlyr des dilligences et' menées qui se font pour ecst empire. Le roy de Pologne a envoyé icy ung ambassadeur de par la duchesse de Bar, pour demander la succession de la royne de Naples dernièrement morte; et incontinl'nt qu'il a esté arrivé, a esté renvoyé pour ceste ellcclion de l'empire, luy promeetant de faire partye de ce pour quoy il estoit venu, par ainsy

' L'archcvcque dWrniagh et le lord Bcrners. Voy. I.t note 1 à la page 47.

70 DÉPÈCHES DES AMBASSADEURS

que son maisirc nydasi à l'afTairc de ccste elleclion. Aiissy on iraiele le mariage île madame Caliieriiie, sœiir du roy calhoiicque, avec le filz du marquis de Brandebourg, et aussy du jeune marquis qui est icy aveeqnes la royne d'Arragon : ledicl roy lui a promis de le faire vis-roy de toute Casiille et gouverneur, et en oultre luy asseure à luy et aux syens le douaire de ladicte royne. A ce matin elle m'a envoyé quéryr et m'a dict ces nouvelles et que ledict roy et monsieur de Chièvres, puis quatre ou cinq jours en cà , sont après à luy tenyr ces propoz et luy déclarent que , pour elle, si elle ne fait ledict mariage, il perdra beaucoup d'amys aux Allemaignes, et que au besoing elle ne luy veuille faillyr. Touchant le mariage de madame Catherine, on le m'a asseuré.

Hier au matin arriva ung serviteur que ledict sieur roy calhoiicque avoit envoyé par delà, qui a fort resjnuy la compaignye, car auparavant iiz avoient eu de mauvaises nouvelles louchant l'empire , et au surplus qu'on lenoit que le feu empereur avoit fait le sieur infani, frère du roy calhoiicque, son héritier. Ledict serviteur a apporté le testament, par lequel iiz ont trouvé que les deux frères sont héritiers esgallement autant l'ung que l'autre. Il a ordonné tout plain de fondations cl d'ospitaulx et couvens, cl oulire ce, qu'il doit se monier une grosse somme. Ad ce que dit à quelque bon personnage monsieur de Chièvres, il se tient fort asseuré que son maisirc sera empereur. On est eneores après poui- recouvrer cent mille ducatz, pour y envoyer. Hz font grosses dilligences de gaigner gens en toutes sortes, et n'y veullent riens espargncr. Hz publienl que le roy les veull empescher, et qu'il a déclairé à La Trouillière • qu'il prétendoil à se faire eslire empereur : de quoy iiz se sont fort esbahis, en parlant à moy comme si ee eust esté leur propre héritage. Si j'en eusse sceu la vérité et que le roy y fus! dilligenl , je vous asseure que je leur eusse donné ung alarme. Et s'il est ainsy que le roy s'en soit déclairé et qu'il y prétend, il n'y fault riens espargncr, veu qu'ilz le veullent avoir de si haulte lutte. Hz en font icy de grans cris, et les grans seigneurs de par deçà cuydent faire leurs besongnes pour s'olïrir à luy prester et aydcr de tout ce qu'ilz peuvent, et croy qu'ilz en disent plus qu'ilz n'en vouidroient avoir fait. S'il est question de purger le camp par argent , je désireroye qu'on n'espargnasi nulle bource du pays, ne ce qu'il a pieu au loy me donner au partyr de luy , et en oultre tout ee que j'ay de meubles pour tyrer argent, car il me desplairoil merveilleusement que, par faulle de ce, il ne parvint à ce qu'il désire. Et vous asseure que, si ce roy esloit empereur, qu'il extimeroit bien peu les autres roys de la chreslienlé, car, tout ainsy qu'il est, il s'extinie le plus grand.

Ad ce matin je n)e suis trouvé au lever de monsieur de Chièvres, et y est venu l'audiencier, qui a apporté lettres du dom-prcvost qui sont arrivées ceste nuyt et furent

' Jacques de la Troullièrc, écuyer de chambre de Ciiarles-Quint. Il avait été envoyé à la cour de France le mois Drcccdciit.

CHAULE8-QLli>T.

(•scriptes le xiii" de ce moys, ii iinzc licuics du soir, par lesquelles il escripvoit que le roy et .Madame ravoienl asseuré de voslre partement pour vous rendre à Moiilpcllyer , et escripvoit les grans dilligences qu'on fait pour cest empire. Il n'est jour qu'il m; viègne poste d'Allcmaigne, et la pluspart passent en Flandres et à Paris; et ont Icclres de toutes pars et à toutes heures. Ledict doni-prévost adverlistde beaucoup de choses ei aucunes foys mauvaises , et (juil vous treuve d'autre propoz qu'il n'a acoustiuné à laultre foys (|ue vous desiriez plus la paix et amytié que homme du monde : mais, ad ce (pic je voy, il ne sçait à quoy s'en tenyr, et vous promctz que, quant ilz ont sceu (piciipie chose de hon, qu'ilz ne le sçavent desrobcr, ne aussy de mal

Hz ont granl fanlaisye que le roy leur veuille foire la guerre , et n't^st aullre bruit par ceste court.

Le roy catholicque a prins aujourdhuy son deuil, et lait faire grans apreslz pour faire le service de rempereur et aussy pour tenyr l'ordre de la Toyson.

Fait à Barcclonne, le xV jour de février.

(MS. 8486, fol. 92.)

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