‹ La Bibliothèque nationale à Paris. Notices et extraits des manuscrits que concernent l'histoire de BelgiqueChapitre 22 sur 39 · VIII. — Au grand maitrc, Saragosse. 25" novembre ISI · texte numérisé non relu

VIII. — Au grand maitrc, Saragosse. 25" novembre ISI

Cette dépêche n'a pas moins de douze pages. Nous en extrayons ce qu'elle contient de plus intéressant, et d'abord l'impression produite à la cour du roi catholique par le traité conclu entre la France et l'Angleterre.

.Monsieur lie Cliièvrcs m'a repris propoz de cesle ally.niice d'Angleterre el n)e dil : « Je m 'es bah jz comme le roy vosire maistre a fait img tel appoinclemeni, veu ce (|iril » liiy couste et qu'il soit consiraint bailler tant de gens de bien en hostaige, et entre » autres le duc d'Albanye, qui est le personnaige que les Angloys craignoient le plus, • et que par ce moyen ilz ont esté fins d'asseurer le royaulme de tous coustez, tant de » France que d'Escosse; et aussy m'a nommé pour hostaige monsieur de Sainct-Pol, et » que le roy d'.Vngleterre a envoyé le double du traictc au roy son maistre. » Je ne luy en ay tenu nul propoz, pour ce ((ue je n'en sçavoye riens, ne aussy iuy, à la vérité

L'ambassadeur s'occupe ensuite de la reine Germaine de Foix.

Vous me rescripvez que sy la royne d'Arragon garde bien ses droits , qu'elle fera bien. Le roy et monsieur de Chièvres sont après pour la maryer au marquis de Brandebourg qui est icy. Elle n'yapoinl devouIoir,ainssy qu'elle me dit, et eneores moins de faire marchandise de ses biens : toutesfoys elle est entre leurs mains. Arsoir monsieur de Chièvres la pressa fort dudict mariaige, el à ce matin m'a envoyé un sien vallet de chambre, qui est de Bloys, à qui elle se fye, pour m'en advcrtyr, et qu'elle voidoit bien parler à moy. Hz se doublent qu'elle preigne de mon conseil, cl n'y ose aller toutes les foys qu'elle vouidroit bien. Sa malladye est qu'elle espouseroit voulontiers monsieur de Laulrec et que son consentement ne coustcroit guères à avoir , et m'a chargé par exprès de savoir s'il cstoit point maryé et que je vous en escripve. Sy voiez que bon soit, m'en ferez rcsponcc, affin que je luy die ce dont serez d'adviz.

La partie importante de la dépêche est la suivante :

Dimanche ', heure de onze heures du malin, je reccuz vostre lettre par laquelle me faites responce à celle que vous avoye escripl, du xxV de ce nioys d'octobre dernyer passé -. Monseigneur, j'ay veu ladicte lettre et entendu par icelle le voulloir du roy et de Madame; et après m'en suis allé devers le roy catholicque, où estoient messieurs de Chièvres, chancellier et gouverneur de Bresse. Je l'ay remercyé très-aflectueusement de

' 21 novembre ' Voy. p. i8.

CHARLES-QUirST. 59

la pari du rov et de Madame, et affermé le bon vouloir qn'ilz ont envers luy ei d'entretenyr les amytiez, ailyances et traicte/. qui sont entre eulx, et davantaige de les augmenter et aceroisire en toutes les meilleures sortes que faire se pourra : le tout à riionneur d'eulx etconservaeion de leurs Estatz, royaulmes et seigneuries. Dont il s'est fort contenté, et remercyé très-fort Icdict seigneur cl niiuliete dame, en me disnnt que de sa part il est prest et en bon vouloir de faire le semblable, et donnera à congnoistre que à lousjours mais demeurera leur bon (Hz et loyal, prest à faire ce qu'il leur |)laira; et m'a chargé le reseripre, présens ceulx que dessus. Aussy luy ay dit que le roy estoit conlcnl que vous vous trouvez avecqucs monsieur de Chièvres, par ainsy qu'il vouloit et cntendoit que les iraielezl\iietz, tant à Noyon, Cambray que à Bruxelles, qu'ilz feiisscnl ratifiiez et confermez, sans y déroguer nepréjudicier en façon que ee feust, et que, là où n'en seriez asseuré avant que partyr, que ne vouldriez pour riens vous trouver à ladicte veue et assemblée, pour vous en despartyr mal content, et que, s'il vouloit quelque chose faire mectre en avant, que surtout vous désiriez seavoir, pour le remonstrer au roy et à son conseil , pour venyr prest à y respondre. Je fuz requis de bailler par articles ce que je disoys : ee que j'ay fait tout en la forme que contiennent voz lettres

Après qu'ilz ont veu mesdicts articles, nous avons eu plusieurs |)ropoz,el à plusieurs foys, et débatu d'une part et d'aullre, et ce pour entendre leur vouloir, aflin de vous en adverlyr et asseurer. M'a esté fait responce et m'a dit et déclairé ledict sieur roy eatholieque, présent son conseil : « Puisque le roy n'entend et ne veult desroger » ausdicts apiioinclemenset traictez faitz à Moyon, Cambray et Bruxelles, cpi'il entend et » vcull qu'ilz soient eonfermîz et approuvez en la meilleure forme et manière, je le » venix tout ainsy. » Dont j'ay esté bien aise, car il ne sera plus question de recouvrer madame Charlotte ne des cent mille eseuz, s'il n'est d'enirelcnyr la forme et manière contenue èsdicts traictez. Bien m'a dit que, si vous et mondict sieur de Chièvres vous advisiezde queli|ucs choses plus grandes, plus boniioiahles et plus prolfitables, que les pomrez mectre en avant

Monseigneur, à cesledicte veue vous n'aurez pas de grans affaires, car de quejque chose qn'ilz vous mectent en avant oultre ce que dessus, si vous n'y voulez entendre, ce sera à paine de riens, ainsy que ledict roy eatholieque et sieur de Chièvres m'ont assem-é. El tout ce que j'ay peu sçavoir oultre les choses susdicles, ee n'est seullement que l'entreprise contre le Turcq,el aussy de monsiem- de (iueldres, dont ilz se meseontentent fort. J'ay voulu entendre qu'ilz en vouloient dire : c'est tousjours tascher que le roy l'abandonne. Je leur ny mcsmement déclairé qu'il n'en fera riens. Et après a dit : « Pour le moins, (|uc le roy luy face entretenyr les appoinctcmcns (pi'il a failz touchant » Frize. » Et si ne sont pas enntcns dont il s'est maryé '.

' Lu duc Cliarlcs d'iigniorit veiiail dépouser Isabelle, fille de Henri, duc de Brunswick.

Au surplus If ro}' cnilinlici]uc n cslé fort cnnlciu de ce que le roy a accorde que viendriez vers lu\ , el luy et In compaigiije se délibèrent de vous Aiire bonne clic-re. Je ne Iiiy ny pas voulu asseurercpie viendriez devers luy, que premier il ne ni'ajc asscuréquc monsieur de Ciiièvrcs yr.')it pour fiancer madame Cliailotle : qu'il m"a promis et arresté de faire. Et vous asscure que mondict de Cbiêvres en est fort content, et aussy aise que do voyage (pii! enireprist onequcs. Et toticiiant du lieu de vostre vcuc, sera content soy trouver en la ville de Nisines, et de parlyr d'icy ou de lîarsclonnc incontinent après la fesic de >foi3l. Toute la dillieullé que j'ay trouvé en cest affaire ni"a esté en deux poins : le premier des cent mille cscuz (|u'ilz vouidroient diminuer à la moiciyé, et me disoil autres jours monsieur de Cliiévres : « Le roy mon maisire fera requesle si » lionneslequc l'on n'aura cause de l'en refuser, » et qu'il savoit bien que monsieur le domp-prévost en avoil parié et que les clioses estoient en bons termes. Je luy ay dit que de ce je ne sçnvoye riens , mais que je cstoyo assetiré (jue l'on ne eoiili-eviendroil en riens aux iraiclez faiclz par cy-devant, et en lieu de diminuer les cent mille escuz, je luy en demandoye ccntciniiuaute mille, et que, si le roy so.u maistre sçavoit où lesdicts cent mille escuz sont distribuez, qu'il les bailleroit vouloutiers. A la fin j'ay gaigné que Hladame ne perdra point lesdiels cent mille escuz; cl quant ilz se feussent voulu arrcster en cest article, je n'eusse jamais |)assé oullre, et pour cause. L'autre point, c'est du royaulmc de !\avarre, qu'ilz voiddroient bien trouver moyen delegarder, et cri donner plus qu'il ne vault, et leur seiu- avecq tes en mariage; toutcsfoys qu'ilz entretiendront les traictez que j'ay dit par cy-devant, sans y faiilyr. Et adin que je feusse plus asseuré d'entre eulx, j'ay bien voulu bailler articles de ce que eoniiennent voz lettres, ausquelz ilz ont rcspoiidu à eliascun arliele, escript de la main du cbancellier et de l'audiencier, que je garde devers moy, pour csirc bien asseuré d'eulx.

31onsieur de Cliiévres m'a dit (|ue le roy son maistre rescripra tout ce qu'ilz ont arresté aveeques moy à son ambassadeur.

Au sm-plus ilz ont trcuvé bancquiers qui fournissent deux cent mille escuz à l'empepcreur au inoys d'avril, et se sont obligez de les bailler par ainsy que l'elleelion soit publiée faicte des six ellecteurs, et non autremrnt. Et m'a-l'on adverly que toute ccste gendarmerie qu'ilz font bruit de mcctre sus n'est seullemcnl que pour envoyer au royaulme de Naples pour faire couronner Icdicl sieur empereur, et qu'il est cause de ccste entreprise et de ce qu'ilz en ont l'ait icy. Il fait le fin envers son filz. ad ce que j'enicns. Hz se gardent de luy en ce qu'ilz peuvent et vcullent lousjours jouer à toute veuc. Vous seaurez le tout à voslrc assemblée, cl croy que l'on ne vous eellera riens

Fait à Saragosse, le xxv" jour de novembre.

(MS. 8486, fol. 71.)

IX. — Au grand maître, sans indication de lieu ni de date (Saragosse, .. novembre 1S18).

CHARLES-QLilNT. 61

Communicalions que rainl)assa(lcur a eues avec le roi calholique et ses minislros au sujet de la reslititlioti de la Navarre: opposition des Espagnols à celte resliliilion. à hujuelle M. de Cliièvres n'est pas conirairo: déclaration faite là-dessus par le roi à l'anibassadeur: confiance que le roi et M. de Cliièvres ont dans les résultats de renlre\ue projetée: arrivée à Saraî^osse du S"" de Courtewille, envoyé par rempercur: demandes qu'il est chargé de faire: pénurie du trésor du roi; sommes empruntées par lui à des seigneurs de sa cour; mort d'un des ambassadeurs de Génes; peu de cas que le peuple de Saragosse fait du roi et de son conseil; retour du duc d'Albe de l'ortugal: mécontentement de ceu\ qui ont accompagné en ce pays la reine Éléonore; l'ambassadeur de V^enise créé clievalier par le roi.

Le dix-liiiiiicsnic jour de ce moys je rceeuz vostre leitrc en cIiilTrcs au soir bien tard, el le xis° au malin m'en allay devers le roy catliolicquc, là où cstoienl messieurs de Cliièvres et chaneullicr et gouverneur de Bresse. Auquel je diz le bon conlentement qu'avoil le roy df la banne vouiouté qu'il a à l'enlrelè'nemcnt des amyiiez el iraiclcz faiclz entre cuix, et aussy, pour mettre (in à toutes choses, qu'il avoit consenly vosire parlement pour vous rendre au lieu de Alonipellier, mais que auparavant il iiêsiroil,et vous aussy, de sçavoir et csîre asseuré de ce (|uc l'on pouiToit rcquéryr et demander, et mcsmenicnt de in restitution de Navarre, et que sommes en ceste asseurance, et que monsieur de Cliièvres n'allasl pourvru de puissance d'y mectre fin , que n'csiiczd'adviz de vous y trouver, et que, de tant qu'il esioit question de mectre fin el paix perpétuelle et prendre allyance telle de quoy il est question, auparavant il estoit besoing de osier toutes ocrasions, el qu'il ne seroit pas bon qu'il y eust guerre entre le père et le fils, et que, là où il advicndroit que le roy fust sommé d'ayde par le roy de Navarre ', et que par ce moyen fault el sera mieulx de wydcr ladicie question.

Pour le jour je n'enz point de responce ne pour le lendemain jusques à aujourd'huy, heure de unze heures. Et vous tenez pour asseuré que monsieur de Cliièvres n'a pas lousjours dormy, car oncqu?s puis il ne feisl bonne chère et a pense ce qu'il advicndroit. Ainssy a le roy son maistie et tous ceulx de son conseil, en me disant souvent : « Nous voyons bien que nous arons la guerre, el qu'il n'esi point quesiion totallement » diidicl royaulme de Navarre : mais il sert d'occasion. » Et quelque chose que je leur sçavoyedire, ne les ay peu assenrer.

Si ccsie bendc en esl eourroussée, je vous asseuré que messieurs de Casiillc, d'Arragon et de Sieille qui soni iey ne sont aussy ayses. El de l'heure que j'euz déelairé

' Quciqnc chose doit avoir cto ici oublie par le copiste.

62 DKPÈCHES DES AMBASSADEURS.

ccst affaire au roy cl à monsieur de (".liièvres, dedens une heure après il fut publie par toute la ville, et les gi-ans seigneurs s'asscnii)lèrent, faisans les bons conipaignons, et s'en allèrent devers le roy, lui remonstrans qu"il ne debvoit point rendre ung tel royaulmc, et que c'estoil la clef des Espaignes, et que, si le roy l'avoit en son obcissanee, qu'il pourroil commander en toutes les Espaignes ce qu'il vouldroit : mais, pour le garder, ilz s'y olfroient corps et biens. Toutes ces offres n'ont point resjouy niondicl sieur de Cbièvres : car il ne requiert point la guerre, et sçayt bien qu'elle luy nuiroit , et que c'est le grand prolïit de ceulx qui se sont ainsy resjouys, car sans ce que leur roy aii guerre, ilz n'ont leurs terres et seigneuries en seurcté auc.une; et aussy on n'a tenu compte d'eulx, et sont tous mal contens. Ceux qui cstoient en leurs maisons on les a envoyez quéryr : la raison, je croy que c'est pour leur remonstrer ou bien pour rendre ladicte Navarre, ou pour donner ordre pour la garder. Mais mon adviz a tousjours esté que, avant que rompre avecques le roy, que pluslost ilz rendroienl ledict rovaulnie de Navarre, et monsieur de Cbièvres en sera d'adviz, quelque responee qu'il m'ait faicie aujourd'Iuiy , que je n'ay voulu accepter que je ne l'eusse par escript, laquelle je vous envoyé iey dedens en ung billet escript de la main du chancellier, qui est couché selon la forme et molz qui sont au traicté faict à Noyon, par lequel ilz veulent dire qu'il n'est fias dit nommément de faire ladicte restitution dudict royaulme de Navarre. Mais ledict roy calbolieque, présent son conseil, m'a dit et déclairé que, nonobstant qu'il .ae soit dit, que si la raison veult et que le roy de Navarre y aye droit, qu'il en fera la raison telle que le roy et luy s'en debvront contenter; et plus mondict sieur de Cbièvres, que sy la veue de vous deux se fait, qu'il est délibéré de mener gens ad ce congnoissans, et que de vostre part vous ferez le semblable, ou bien que le roy de Navarre y envoyé, et (|ue, s'il est congneu que ledict royaulme soit à luy, qu'il aura puissance sur le champ d'y mectre une fin. J'ay voulu faire niectre ces mots sur ledict billet : ce que je n'ay peu ; et veulent auparavant, ad ce que j'entens , sçavoir la voulonté du roy sur cest affaire; et ne veulent point nieetre par escript que bien peu soit autre chose que l'article fait à Noyon porte et déclaire.

Nous avons eu beaucoup de propoz qui ont esté ung peu fascheux : toutcsfoys ilz n'ont riens gaigné, car je leur ay rabattu tout ce que j'ay peu tout le plus grand vouloir qu'ilz ont : c'est que vous vous trouviez ensemble. Et m'a dit ledict sieur roy catholicque et ledict sieur de Cbièvres que, sur sa vye, vous ne départiriez point d'ensemble sans avoir mis fin à toutes choses, et <|ue s'il sçavoil le contraire, (piil aimeroit mieulx avoir perdu cent mille escuz , et mondict sieur de Cbièvres vingt mille; et sy vous avez crainte, de vostre cousté, de leur départyr mal contens, ilz ont iey di\ mille fois plus, et encores davantaigc, que vous ne vous vueilliez trouver ensemble.

Monseigneur, par \osiic chiffre me rcseripvez que je vous face sçavoir, touchant

l'empire, ce que j'en scay : c'est (nie Courlevillc ' es! venu et arrive le soir (]iie je receiiz vosire chiffre, et vient de devers remperenr, qni l'a envoyé comme ung des pins grands personnages de tout le pays, ponr donner entendre le vonioir et la paine qn'ii prend, et anssy ce que messieurs les ellectenrs venllenl faire: que c'est qn'ilz demandent argent, en somme quatre cent mille dueatz, et que le roy calliolic<ine s'en aille de par delà; que messieurs les ellecteurs ayent charge de ses alTaires et aussy de sa personne , et certaines pensions fort grosses assignées sur les pays dudict sieur roy catholicque les plus prochains des Allemaigncs. Lediel Courlevillc n'a pas esté le bienvenu, et croy que monsieur de Chièvres ne se vouidroit en pièce ad ce consentyr. Et depuis la veneue dudict Courlevillc, n'ont pas fait si granl bruit qn'ilz faisoyent auparavant, elavecquesles demandes de mesdicts sieurs les ellecteurs et la crainte qu'ilz ont que le roy face quelque bruit; à mon adviz, qu'ilz aclendront d'y donner ordre, pensant que l'argent leur est nécessaireqni les vonidra empeschcr. Il ne fault que monstrer semblant d'avoir question, et fault entendre qu'ilz n'ont pas ung denyer, et que deux cent mille dueatz qu'ilz avoient promis bailler à l'empereur pour distribuer aux ellecteurs, les banquiers avoient prins terme à la (in du mois d'apvril; et en baillantladicie somme, c'estoit en condition d'estre esicu de tous les ellecteurs

Le roy n'a pas ung denyer, et a emprunté ces jonrs-icy du conte de Bena\eiU vingtcincq mille dueatz, et du duc de Berges ^ autant, et du duc d'Arqués ' vingt mille: dont ilz se moipient honnestement, et disent que c'est seullement |)our l'entretènenient de la maison

Monseigneur, depuis mes dernières lettres il est trespassé ung des ambassadeurs de Gènes, le sieur Ledige Camille *, qui esloit ung homme de bien, et deux ou troys de leurs gens. L'autre est icy, qni ne fait rien. Il m'est venu dire ces jours-icy que touchant leur appointenient et seureté de mer, que le roy calholicqne n'a point voidn confirmer les choses faictes par cy-devant que premier il ne soit en Castille, et que là il verra, tant par ses droitz que par ceulx qui se congnoissent au fait de la mer, s'il doit confirmer et approuver les choses par cy-devanl faictes. S'il aciend qu'il soit en Castille, il fera long séjour : car, sy lîarselonne et Vallence le tiennent autant qu'a fait cesie ville, ce sera pour troys ans. Encores n'esi-il riens faict icy et sont au commencement, et vous

' Voy. p. 40, note ô. D'après ce qu'écrit la Rochc-Beaucourt, Courlewillc dut arriver à Saragossc le 18 novembre. L'empereur l'avait fait partir d'Augsbourg, avec une mission pour son petit-fils, à la lin d'octobre.

" Bcjar.

• Arcos.

' Son nom était Thedisio de Camilla. La seigneurie de Gènes l'avait envoyé en ambassade au roi Charles avec Gio. Battista Lasagnia. J'ai vu, aux Archives d'État, a Gênes, la correspondance de ce> ambassadeurs.

proniptz que ce populaire se mocque ei du roy et de son conseil, présent toute in compaiirnic; et le lienyer (pi"d en aura luy couslera au dou!)le.

Messieurs les nohlcs d'icy, et aussy la ville, dès qu"ilz ont sceii qu'il csloit question du royaulme de Navarre, ilz sont vcnuz vers inov pour seavoir s'il esioii vray : que est assez à entendre (pie, sy ainsy estoit qu'il y cusl question, ilz ne bailleroienl pas ung denier, et sy rclarderont toutes choses.

Le duc d'Albe arriva arsoir ', qui vicnt-de Portugal, qui vient de conduire la royne à son mesnage, et, ad ce que j'entens, elle n'a cause de s'en contenter, et ceulx qui y sont allez mcsteroient en pièces le royaulme pour leur demeure, et entre autres messieurs de Flandres. Madame de Chièvres y est encorcs et sesniepees, et croy qu'elle s'en va de là en Flandres par mer

Aujourd'liuy le roy a oiiy la grant messe dicte par le légal, aeompaigné Icdict sieur roy de tous les ambassadeurs; et à la fin de la messe, l'ambassadeur de Venise "^ a esté l'ait chevalier, cl m'a disl que c'est à la requcsie de monsieur de Chièvres, qui l'en a fori pressé, combien qu'on soulist ^ luy faiic mauvais \isaige.

(MS. 84SG, fol. 5G.)

X. — Au grand maitre, sans indication de lieu ni do date (Saragosse, .. janvier 1519}.

L'ambassadeur commence par se féliciter du retal)lisscment de M. de Boissy : il parle ensuite de la difficulté de lui faire parvenir des nouvelles, les posles ne voulant pas prendre ses dépcclies. du inéconlentcmenl qu'a excilé à la cour d'Espagne le traité entre la France et l'Angleterre, et il continue ainsi :

Monseigneur, nnstrc sainct-père le pape a envoyé icy ung nommé Franccsco Clericato, fort honncste homme, qui a esté autrcsfoys ambassadeur en Angleterre, auquel le roy escripvit, durant qu'il y csloit, pour dire quelque chose à nostre ambassadeui-qui y esloil. Il est venu devers moy et l'ay très-bien festoyé, et aussy ung docteur (|ui le gouverne et qui a bon crédit envers le légat : qui m'ont dit les négoces que poursuit le roy calholieque envers noslre saint-père le pape, (pii sont (piatre articles : le premier, qu'il soil son plaisii- d'envoyei- la eouroime à l'empereur, en luy faisant les démonstrations

' Voir la note I à la page 55.

' rranccjco Corner.

' On soulisl, ou eût accoutume de.

CHARLKS-QlirST. 65

qu'aulresfoys vous rcscriplz que mondicl sieur de Cliièvres ni'avoit dil; le second, que, pour auljnil(|iie le feu roy d'Arragon, dernier irespassé, se nommoit cathoiicque, qu'il eust pareillement dispence de ce faire; le tyers, que, au lieu de l'advenue (sic), que sur tous les bénéfices il liève le quart du revenu desdicts bénéfices; le quart, de doiuier pouvoir à deux marchands d'affermer ledict quart, dont l'ung est de Napples, nommé Paule de Toulouse, l'aulirc est florentin. De tous ces quatre articles il a esté refusé : dont il est fort mal content.

Envoi en Allemagne, pour l'affaire de l'élection, du S"" d'Amerstorff ' en remplacement de Courtewille , dont on n'est pas satisfait : il est porteur de lettres de change et de sûretés pour le payement des sommes requises au commencement de mars, à condition que l'élection se fasse.

L'ambassadeur revient sur l'entrevue projetée et, à cette occasion, il dil comme M. de Chièvres s'efforce de faire son maître grand et d'abaisser les autres princes.

Monsieur de Chièvres désire fort vostre assemblée, et en devisant de plusieurs choses, m'a dit que ces deux grands roys feroieni de grandes choses, s'ilz vouloient; et semble, à quelques propoz qu'il m'a tenuz, qu'il veulle meetre en avant qu'on n'empesche poinci ceste ellection, et que, en ce faisant, on érigera le royaume que vous seavez (?), et l'agrandira-l'on tant que l'on s'en devra contenter, et, toulesfoys m'a louché quelques motz de ce partaige. J'escoute tout ce qu'il me dit et ne luy responds rien. \ mon adviz, s'il est asscuré de vostre veue, que je scauray assez de choses et en lireray, en allant, ce que je pourray, pour vous en advenir. Il ne m'a pas tenu ces propos pour les vous escripre, mais seroit très-marry que les sceussiez avant que feussiez ensemble. C'est l'homme que je véiz oncqucs qui prand plus de paine à faire son maisire grand et de diminuer tous les autres, sy possible luy esloit; et me tient souvent propos de faire faire une Cronicque de sondiel maistre, là où il sera touché des faicis de luy, des appoinctemens qu'il a faicis avecques l'empereur, le roy, le roy d'Angleterre et autres princes, et qu'il n'est pas hors d'espoir de faire de plus grandes choses dignes de mémoyrc.

Dans la suite de sa lettre il annonce, comme conclu, selon le bruit commun, le mariage de la reine Germaine avec le marquis de Brandebourg, et parle des personnes dont M. de Chièvres se fera accompagner dans l'entrevue projetée.

' Paul d'.Amerstorff, chevalier, conseiller et sommelier de corps du roi catholique. Il partit de Saragossele 1 1 janvier 1319, et arriva le 2 fc^TÏer à Augsbourg, où ctaienl les ambassadeurs du roi.

60 DÉPÈCHES DES AMBASSADEURS.

Monseigneur, le roy catholicque el monsieur de Chièvres sont fort après à marier la royne d'Arragon avec le marquis de Brandebourg, et cuyde la pluspart de la court que ce soit faict. Toustesfoys elle ma dit le contraire, et ne scay qu'en croyrc.

Mondiei sieur de Chièvres a fait venyr deux grands clercs de Castille, pour mener (|uant et luy ', pour débattre le droit que prétend son maistre au royaulnie de Navarre: l'ung est celluy qui a faict ung livre du droit prétendu par le roy catholicque ; l'autre est celluy qui a esté commissaire à Fontarabye, pour se justiffier des parolles qu'on le dit avoir dictes contre le roy, et aussy pour soustenyr le droit du roy son maistre. Et sera requis, si l'assemblée se faict, mander et amener l'ung des commissaires qui estoicnt à Endaye, car ilz en pourront respondre. 11 meyne les deux clercs pour soustenyr qu'il n'est point dit, par les appoinctemens faits à Noyon et Cambray, que la restitution du dudict royaulnie de Navarre se face.

Monsieur de Chièvres ma dit qu'il mènera le chanceliier et ira bien accompaigné, et mesmement de clercs ; et sera requis que le roy de Navarre en ait de son couslé, ou autrement ilz feront son cas bien petit, pour le réduire à récompense, qui ne pourra estre requise sy grande qu'ilz ne la baillent. Mondict sieur de Chièvres m'a dit toutesfoys que vous ne départyrez point que amys d'ensemble, et que, quelque chose qu'il y ait, vous appoincterez et accorderez toutes choses. 'V^ous advisanl que sy les appoinctemens et amytiés du roy et du roy catholicque ont aydé de par deçà à leurs affaires, (jue l'entreprise de la veue de vous deux leur sert merveilleusement, et la publient partout

(MS. 8612, fol. 222.)

XI — Au grand maître, Saragosse, 8 janvier 1519.

Après avoir témoigné son déplaisir des nouvelles qu'il a eues de la maladie de Madame, mère du roi, et de celle du grand maître, l'ambassadeur raconte ainsi un accident survenu à Charlos-Quint :

Il advint au roy catholicque ung grand inconvénient jeudy derrcnier passé 2. En oyant la grand'messe, présens beaucoup de gens, il tomba par terre estant de genoux, et demeura , ciiydant qu'il feust mort, l'espace de plus de deux heures sans pousser (sic); et avoit le visaige tout tourné; et fut emporté dans sa chambre, où il a tousjours demeuré depuis, nonobstant qu'il soit aussy sain qu'il estoit auparavant ; et fut incontinent sur bout les deux heures passées. Il avoit esté malade uneaultre foys de même sorte, il n'y

' Quaîit et luy, avec lui.

' Est-ce du jeudi, 7 janvier (veille de sa dépèche), ou du jeudi , 31 décembre, qu'il veut parler?

CHAKLES-Ql LYr. 67

a pas deux nioys : toiilesfoys que je nen avois riens sceu jusqiies ad ce eoup, et liiy |iiint en joiianl à la grosse balle. De eesie maladye il en est grand bruit icy.

ÎNous empruntons encore à celte dépêche ce qui est dit des embarras d'argent du roi catholique et du mauvais vouloir que les Aragonais lui témoignaient.

J'ay esté adverly que lediet sieur roy catliolicquc poussoit fort envers nostrc saintpère le pape, non pas ung demy mais ung quart sur tous les bénéfices de ses pays, et en faict grant dilligence pour amasser forée denyers, car l'argent de la croisade est jà despendu et tous lesempruntz qu'il afaictzdes seigneurs deCastille, et sont encores après pour emprunter des autres seigneurs pour envoyer à l'empereur. Il a aiïermé les terres de celle qui se disoit royncdo Xaples, trespasséc, pour troysans, à ung nommé Pau le de TlioI()ze,dontila reeeu six vings mille ducatz. Hz en pensoyent recouvrer de ce royauhne, de Barcelonne et de \'allenee, mais ilz sont encores sans nulle espérance; et pour les mectre en craincte, ilz font publier partout la veue de monsieur de Chièvres et de vous, et les appoinctcmens sont tous l'aitcz, el que vous venez seullement pour recevoir le séremcnt, et que icclluy sieur de Cbicvres vient icy pareillement pour recevoir cclluy du roy, et que, à ceste veue, vous devez entreprendre une grosse guerre contre les troys royaulmcs, et que le roy luy aydera à les conquéryr de nouveau et oster tous les privilléges. Nonobstant toutes ces menasses, ilz n'y font riens, el remectent le partyr d'iey pour aller à Barcelonne de jour en jour : il y a deux moys, à mon adviz, qu'il s'en feust allé , n'cust esté la grant nécessité qu'il a d'argent. Ceulx de ceste ville attendent ce qui sera fait à vostre veue avant que bailler argent. Toutesfoys monsieur de Chièvres m'a dit qu'ilz rempliront le vouloir du roy dans jeudy

De Sarragosse, le vin' jour de janvier.

(MS. 8486, fol. 89.)

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