‹ La Bibliothèque nationale à Paris. Notices et extraits des manuscrits que concernent l'histoire de BelgiqueChapitre 25 sur 39 · Lettres du sieur de la Pommeraye, résident en Flandre · texte numérisé non relu

Lettres du sieur de la Pommeraye, résident en Flandre

• Iii-fol., pap., rcl. en maroquin, filets, 215 pages.

On lit^ au dos du manuscrit : Mémoires du règne du roy François I"', et au verso du feuillet de garde, d'une écriture du XYII^ siècle : Lettres escrites au roy François I"' et à messire Anne de Montmorenci, coneslable de France et le premier ministre, par M. de la Pommeraie, emploie en Flandres et en Suisse par ledit seigneur roy , duquel il y a aussi des despèches et de M. le coneslable adressées audit la Pommeraie, qui paroit avoir esté homme capable et confident de la court de ce temps-là.

Gilles de la Pommera} c résidait déjà en 1329 à la cour de l'archiduchesse Marguerite, gouvernante des Pays-Bas, en qualité d'envoyé du roi de France, comme le fait voir une lettre du 6 octobre de cette année publiée pai- Le (ji\,xy . iSégocialions diplomatiques entre la France et V Autriche, t. II, p. 708. Dans cette lettre que le roi lui écrit, il le qualifie de son « panetier ordinaire et ambassadeur devers madame larchiduchessc. »

Il le nomme simplement « son ambassadeur devers sa tante madame » l'archiduchesse » dans des lettres patentes données à Dijon, le 51 janvier 1329 (1350, n. st.), par lesquelles il le commet pour recevoir de Marguerite les actes de vérification et d'entérinement du traité de Cambrai du 3 août préjcédcnt '.

Montmorency, lui écrivant, à son tour, de Chantilly, le 27 mai .... (1350?) lui donne les titres de « conseiller du roi, son maître d'hôtel » ordinaire et premier président des comptes en Bretagne ^ -;

Le MS. 8619 contient : trente-six lettres de la Pommeraye à Montmorency , qui n'était pas encore connétable, comme on le dit dans le titre

' MS. Suppl. franc. '23ti8' , fol. 755 v».

La Pommeraye donna reçu de ces actes le 22 mars, (ll/id.)

• MS. 8619,p. 153.

CHAKLES-OIINT. 73

que nous avons transcrit ci-dessus (il ne le devint quon i,i38}. mais qui était grand maitre de la maison du roi, maréchal de France et en réalité premier ministre: quatre lettres adressées à François I": six du grand maitre; deux du roi.

Ces lettres ont été placées dans le registre sans aucun ordre; les dates y sont interverties. A toutes manque le millésime.

Celles de la Pommera) e, écrites pour la plupart de Bruxelles ou de Malines. sont autographes.

J'ai trouvé peu de chose à recueillir dans cette correspondance: voici les extraits que j'en ai pris.

Le 11 octobre .... ^1529} la Pommeraye écrit, de Bruxelles, au grand maitre :

MoiiMigneiir, je nay peu avoyr si tousl laclépesche de cesie dame, à cause que liiy

a fallu escriprc de sa main, là où elle est aussy dilTieille comme le roy et Madame

Monsieur dOcslrade ' a une merveilleuse amytié à vous, et sy grande que je ne le vous puys pas bien l'aire entendre; et l'amour qu'il vous porte, il ma dict que c'est pour le qu'il a trouvé avec vous ce qu'il n"a avec nul aultre. (Pag. 205.)

Le 16 octobre il lui mande, encore de Bruxelles :

Cedict S' d'Ocstrade m'a montré ung sien Glz qu'il envoyé estudier à Paris, frère

du maistre d'oustel Lalain, et de la mesme forge, qu'il tient fort cher et aymc beaucoup. Je vous en adverlis ,pour ce que c'est le milleur nioien que sayriés avoir pour luy montrer l'amitié qu'avés à luy, de commendor ([u'on luy ballie quelqu'une des maisons, pour se tenir, qui sont aux abcs ou au\ évesqucs, comme fisics au nepveu du cardinal d'Vorck. (Pag. 108.)

Dans une lettre du 17 décembre il rend compte de leflet produit sur l'archiduchesse et sur le comte de Hooghstraeten. ainsi que sur les autres membres du conseil, par le rapport de l'huissier Bodin. qui était allé visiter les enfants de France prisonniers en Espagne. Tous en ont été extrêmement peines. L'archiduchesse a promis d'écrire de suite à l'empereur et à l'impératrice. Page 129.)

Le premier jour de l'an .... (1550?). de Bruxelles, la Pommeraye re-

' .Antoine de Lalaing, comte de Hooghslraelen, chevalier de la Toison dor. chef des finauces, cl i|ui était en grande faveur auprès de l'archiduchesse.

mercie le grand maître de lui avoir donné « cette charge (?), » laquelle était nécessaire jusqu'à la reddition des princes fils du roi. (Pag. 95.)

Le 18 janvier, de 31alines, à propos de vins que le roi avait promis au comte de Hooghslraeten et que le grand maître venait d'envoyer, il écrit : <( 11 ne vint de lonc temps chose tant désirée, car ceste dame ' ne prent )) plaisir en nul vin, et elle espère que ceulx-là seront à son goust, si mon- » sieur d'Ocstrade luy en veult faire part. » (Pag. 1.)

Le dernier février, de Malines, il entretient le grand maître d'une réponse que l'archiduchesse lui a donnée sur une certaine affaire.

Quant elle a veu que je ne me contenîoie, a voulu que encore ung coup fust rasemblé son conseil là-dessus. Elle regrette fort monsieur d'Ocstrade : aussy certes, monseigneur,

toute ceste asemblée est peu auprès de luy Ce sont gens opiniaslres, qui pour riens

ne vouklroient passer ung poincl quant Hz l'ont mis en leur fantaisie Ceste dame me

dist à part qu'elle vist avec eulx en une merveilleuse peine; que bien souvent elle leur volet tenir des oppinions où n'y a nulle raison : mais, pour ne. les malconlcnter, elle ne veuk aller au contraire. Je croy fermement que, sy elle povoiet mieuh, elle feroit pour le roy

J'ay grant peine, en l'absence de monsieur d'Ocstrade, à faire venir les gens du conseil de ceste dame à la raison. (Pag 87.)

De Malines , le 8 mars :

Jfonseigncur, ceste dame a eu la poste de l'empereur, par laquelle a esté ad-

vertie que par deçà le roy n'a faict nulle demande que parelliement n'aiel esté faiecte audiet seigneur empereur : ce qu'elle treuve assés estrange, et semble qu'on aiet deffience qu'elle n'aiet povoir de conclure aulx choses qui luy sont mises en advent. J'ay excusé cela au micnlx que m'a esté possible.... En cela je ne puys faire nulle excuse qui soiet bonne, car elle cuydc qu'on la mesprisc , ou qu'on veuille tàter l'ung cousté

et l'aultre, pour en prendre le millieur Tout ce m'a esté dict, pour vous en

advertir, affîn que congnoissiés qu'elle ne cache riens en son cueur, et qu'elle veult bien que congnoissiés les choses où elle est olfensée.

Monseigneur, les povoirs pour les estroiectcs aliénées luy ont piéea esté envoyés : mays elle a tout mis en ung coffre, sans y reguarder, actcndent le retour de monsieur d'Ocstrade, car elle veult que vous et luy menés cela, la reddition de messeigneurs * premièrement faicte

' Marguerite.

• Les fils du roi déleniis en Espagne.

CIlAHLKS-QlIlM.

.M° Ji'lian lie la San s'en va à liayoïuie, qui est celles, se me seniljle, lioinmc de bien et alTeclionné à eeste dame. Toulefoyes il neiUenl riens de ses segielz doni je vous cseiiptz, et n'y a nul en cesle court à qui elle les dcclaire, que à monsieur d'OesIral et monsieur de Ilosimboz. (Pag. S\.)

Le 25" mars il mande, de i^Ialines. qu'on a fail des feux de joie pour le couronnement de rempcreur à Bologne: il ajoute : « Monseigneur, tous ces » gens-icy actendent à voyr comme se gouvernera le roy après la dcli- » vrance de messeigneurs , qui est le temps qu'il ne aura, comme il leur » semble, plus nul affaire de l'empereur : exiimans que tout ce qu'il a » monstre de héguivolence a esté pour ravoyr sou guaige. » 'Pag. 70 et 77.)

Le i'^' avril il dit de rarchiduchesse : « Je ne congnus onc personne qui » eust plus grand désir que toutes choses se conduisent bien et en vrave » amitié quelle a; et n'estoiet la peur que l'on la tinst pour suspecte, elle » démonstreroit sa volonté davantaige. » (Pag. 13î).)

Il revient là-dessus le 9 juin, assurant le grand maître que rarchiduchesse désire extrêmement la conclusion de la paix, « et que, sy le demeu- » rant luy ressenibloiet, il seroit mal aisé mettre jamais dissention entre » ces deux princes. » (Pag. 69.)

Il y a une lettre sans date où il dit que M. de Hooghstraeten insiste sur le payement des trente mille écus que le roi a promis aux gens de l'empereur. La Pommerayc fait observer au grand maître que, si on ne leur tient ce qu'on leur a promis, ils soupçonneront qu'après la mise en liberté des princes, le roi n'aura pas de bonnes intentions à leur égard. (Pag. 99.)

Dupuy 265.

229. — Lettres de Mons^" Dodieu, S' de Vély, ambassadeur pour le Roy (François I*^^) près l'Empereur, escrites à monseigneur le cardinal du Bellay, 1535.

Ces lettres font partie d'un recueil in-folio, cartonné, ayant 360 feuillets, intitulé par Dupuy lui-même : Oriçfinaux de leltres de plusieurs ambassadeurs du règne du roy François /''^

76 DEPIXHES DES AMBASSADEURS.

Elles sont au nombre de sept et se trouvent aux fol. 4S-61.

Une est datée de Cosenza, le 9 novembre 1535;

Une autre de Castelnovo, le 17 novembre;

Quatre de iVaples, le 4 décembre et les 1" janvier, 2 et 13 février 1536.

La dernière, que le sieur de ^ ély écrit conjointement avec l'évêque de Màcon (Charles Hémard de Dénonville), ambassadeur de France près le saint-siége, est datée du 19 avril 1.^36, à Rome: elle s'adresse au roi lui-même.

La troisième et la septième lettres sont des copies du temps; les autres sont originales.

Le 9 no\embre le S' de Vély écrit :

L'empereiu' passa la mer le jour des Moriz. Je m'en venoys avec monsieur de Granvelle, quant nous reneontrasmes le S"' Pierre-I.oys ' sur les champs entre Monllyon et Seminara. Cela fut le troys"" de ce moys. L'empereur couchoit audict Seminara. Je receuz et saluay ledicl S' Pierrc-Loys en la compaignie dudict S'^de Granvelle, avecques lequel il devisa ung peu , et s'en alla après trouver Icdict S' empereur, qu'il a suivy jus-

ques en ceste ville J'cntendz que Icdict S' Pierre-Loys a offert de recevoir cl bien

recueillir l'empereur à Home, où l'on fait compte d'aller incontinant après les festcs. Hz iront désarmez si les affaires ne changent , et ne fault pas l'attribuer à personne qu'au roy, qui s'est déclare estre venu à sa frontière de deçà pour favoriser ses amys et les garder d'oppression. (Fol. S3.)

Le 17 novembre :

II n'est icy rien survenu davanlaige, sinon qu'ilz furent, le xuii'" de ce moys, adverliz de la mort du duc de Milan ^, pour laquelle ilz dépeschèrent, le jour ensuivant, ung gentilhomme, qui s'en alla en poste porter ce qu'il leur a semblé d'ordonner et pour-

véoir pour la scureté dudict Estât de Milan Le S' domp Pierre-Loys suit tousjours

l'empereur, et luy fait-on bonne chère... (Fol. .54-.)

Le 4 février 1555 (1536, n. st.), de Naples :

La court se trouve bien en ceste ville, où elle pourra faire caresme-prenant, si autre «■hose ne survient. Il y a longtemps qu'on attend le duc d'Urbin, et pansent plusieurs

' Pierre-Louis Farnèse, fils du pape Paul III. ' Francesco Maria Sforza, mort le 24 octobre.

CllAULES-QLI.M.

que iloilivr ili;iiiacr snvici- cl cslre aii\ gaiges de lempeirur Au regnnl de Flo-

rriiee, il n'v a point cneores do (inalie déierminaiion Il s'esl dit que le pape

demandoit le duehé de Milan pour le (ilz du feu S' Boos ', son gendre. Je n'en ay rietis ereii , pour ce que, si on a, comme on diei, refl'usè >Iontferrat à Sa Sainctelc , elle n'a nulle cause de penser qu'on luy soit plus libéral de TEstal de .Milan (Fol. 47.)

I^a lettre écrite à François I<"" par le S' de \ ély et I evèque de Màcon est un document d'une importance capitale.

Les deux ambassadeurs racontent, dans cette lettre, comment, le 17 avril 1336, 1 empereur, sans y être attendu, se rendit au \atican. où le collège des cardinaux était réuni dans la salle du consistoire: comment il y réclama la présence du pape, et comment, Paul III s'étant rendu à son invitation, il prononça, en langage espagnol, ce fameux discours qui fit tant de bruit en Europe. Ils donnent lanalyse de ce discours d'après les souvenirs du S"^ de Vély (levéque de .Màcon nentendait pas l'espagnol). Ils rapportent ce que le pape dit à I empereur après que celui-ci eut fini de parler. Ils rendent compte enfin au roi. avec de grands détails, des démarches qu'ils ont faites alin d'obtenir des explications sur les passages du discours impérial qui étaient dirigés contre la France, et en particulier sur l'espèce de défi qui y était lancé contre le roi lui-même.

Voici le te.xte :

Sire, nous vous avons par ey-devant eseripi tout ce qui s'est faict el pratiequé, lanl avec le pappe que avec rcmj)ereur, el davantaige tout ce que nous avons entendu jusques au xv", que partit le courrier ordinaire des marchans de Lyon.

Hier * nous feusnies au service en l'église de Saincl-Pierre, où fut présent Icmperctir, veslu de ses habitz impériaulx, la couronne en sa teste et acconipaigné du S' Pierre- Loys, qui portoit la pomme du monde, de l'ung des marquis de Rrandebourg, qui porloit le sceptre , et du S' de Bossu, grand escuyer, qui portoit l'espée. Le dcmourant de la ccrymonic ne fui que ordinaire. El pour ce que nostredicl saiucl-père avoil dil à moy, cvesqiie de Mascon , que l'empereur se plaignoil de ce que je ne l'avois point visité, nous envoyasmes, hier au soir, demander audict S' empereur l'heure pour l'aller véoir, qui nous fui dès yer assignée pour ce matin aux treize heures du compte de deçà. INous a\ons trouvé les ambassadeurs de Venise, qui estoient desjà dcdens la chambre dudict

Bosiu Sforza, qui avait épousé la fille de Paul III.

Les ambassadeurs avaient probablement commence d'écrire leur lettre le 18.

78 DKPÈCHES DES AMBASSADEURS.

S' empereur, lequel esl bientosi après soriy. Nous nous sommes aproclie/. de lu\, et moy, de Mascon, luy ay dici que, estant vosire ambassaileur auprès de nostredict saiiietpère, je n'avoye pas voulu faillir de luy faire la révérence et luy présenter mon irèsliunible service. H m'a respondu qu'il esloit bien aise de me eognoislrc; qu'il avoil entendu de nosirediet sainct-père que je n'ay faict que bon office, et désiroil au surplus de me faire plaisir. Nous n'avons riens i-espondu.

Il s'est adressé à moy, de Velly, en disant qu'il luy avoit semblé, par le |)ropoz et par la manière que je luy avois tenu dernièrement, quand il me déelaira le contenu es articles par luy conmmniquez à nostredict sainct-père, que vous n'estiez pas pour les accepter, d'autant qu'il se retyroit de ce qui avoit esté parlé pour monseigneur d'Orléans, en nous demandant si nous avions riens plus de vostre intention sur cela. Je luy . diz que, veu le peu de temps qu'il y a que nous sommes tumbez en ccste difiieulié de mondict seigneur d'Orléans, il peult bien sçavoir et cognoislre que nous ne pouvons esire aultremcnt advertiz de vostre vouloir, et cela pour ce qu'à peine esl arrivé devers vous eelluy qui en porte les nouvelles, lesquelles nous pensons bien que vous trouverez eslranges, aetendu les propoz qui vous ont esté tcnuz par cy-devant, et les lionnestcs responces que vous avez faictes, et les bonnes œuvres que vous avez offert et estes prest d'exécuter en traictani. « Je ne veulx pas — ce dit l'empereur — me justifier des » myennes en derrière. Je suis bien aise, monsieur de Mascon, que vous y soyez pré- » sent. Vous m'acconipaignerez tous deux devers le pappc, et là je vous diray mon » intencion. »

Il a aussi ajjpellé les ambassadeurs de Venise pour le suyvie, et sommes en eesle sorte allez avec(]ues luy en la chambre du consistoire où le pappe a acoustumé se vestir des habitz pontificaulx, ouquel lieu a trouvé messieurs les cardinaulx actendant nostredict saincl-pèi-e. L'empereur s'est amusé à deviser en pied avecques etdx l'espace d'ung gros quart d'heure, et cependant on a adverty nostredict sainct-père, qui ne savoit riens diidict empereur, auquel il feit demander s'il vouloit monter en sa chambre. Et après qu'il a respondu qu'il actendroil, Sadicte Saincleté est descendue, et sont allez, elle et l'empereur, s'appuyer au bout du lict qui cstoit là. Mesdicts sieurs les cardinaulx ont faict, à l'entour d'eulx, ung demy-cercle, ouquel nous estions et lesdicts Vénitiens derrière nous.

L'enqjcreur a commencé, le bonnet au poing, de dire qu'il esloit venu pour baiser les piedz de Sa Saincleté, luy offrir sa personne et son povoir, et pour la pryer de convocquer le concilie : en quoy il l'avoit trouvée non-scullcment bien disposée, mais si affectionnée et si prompte qu'il luy baisoit les mains du bon commancement qu'elle y a donné, en la remcrcyant bien humblemeni, et la i)iyant de vouloir continuer et achever œuvre si nécessaire à toute la chrestienlé; que davantaige il a tousjours désiré et désire de bien s'eirtendre avecques vous, et neust pas marry que les choses se fussent icy peu

cil \IIL1:S-QU1M. 79

di.s|ioser à qiieliiui' lucillomo conclusion, mais qu'il vous trouve si ilcsraisoiinnblo qui! esl coiitrainct de rendre à Sadicle Sainclcté, en la présence de mesdicls S" les cardinaulx cl de nous autres, compte de toute sa \yc et des choses qui ont passé entre vous deux, adin qu'on saiclie lequel a plus juste cause de se douloir de l'autre : prvant Sadictc Saincteté de l'excuser s'il sera long en les rceilanl.

l/cntrée, Sire, de cesle sa narration a eslé du mariage qui fut iraicté entre luy et la rovne dernière déceddée (que Dieu absoille), à faidle dmiuel il nous a dict que le roy Maxiniilien chassa le feu roy de la duché de Millau, et que quelque temps après vous vinstes à la couronne, lorsqu'il n'avoit que quinze ans; que, nonobstant son si jeune aage, il cognoissoit dèz l'heure la proximité de lignaigc qu'il a avec vous par le moyen de madame de Bourgongnc, son aycule : au moyen de quoy il désiroit dès lors vosire amylié, pour laquelle avoir, bienlosl après que vous feusles couromié, il envoya devers vous mons"^ le conte de Naussau et autres grans personnaiges,qui renouvellarent et rcstraingnircnl les alliances qu'il avait avec vous.

\'ous vinstes a la con(pieste de Mylan, que vous obtinstes : dont il fut aussi aise que de chose (|ui luy eusl sccu adveiiyr; cl si laissa d'obéyr à l'empereur Maxiniilien, son ayeul, qui luy avoit conmiandc de vous empcscher le plus qu'il pourroil.

Que après cela fut traictc le mariage de feue madame Loyse et, en faulte d'elle, de feue madame Charlotte; que à l'heure vous le requistes de faire la guerre au roy d'Angleterre pour ravoir la ville de Tournay, chose qu'il vous desconseilla cl que vous laissasies à sa rcqueste. Qu'après, la mon dudict empereur Maxiniilien, vous cherchastes lous deux d'avoir l'empire, que fui, ce luy semble, lecommenccmenlde vous mectre en jalouzye l'un de l'aullre, combien que, au temps de ladiete poursiiylte, vous disles à son ambassadeur estant auprès de vous, que vous faisiez compte comme si vous fussiez tous deux à la poursuytte d'une dame, et que, advint ce (jue advenir pourroit, vous ne laisseriez pourtant destrc bons amys ensemble; et que, depuis qu'il fut esleu empereur, non content des précédens traictez, vous vouliistcs renouveller les alliances et l'oljliger à espouser madame vostre belle-senr, qui est maintenant duchesse de Ferrarc, et que vous ne vous contentasies pas de cela, mais vonlustes depuis le presser de confirmer les dessusdictes alliances cl de les asscurer par liostaiges : ce qu'il reffusa de faire, non y estant obligé. Ouquel temps vostre ambassadeur qui estoit auprès de luy fcisl de bien mauvaises praticques en Allemaignc (il ne sçail et ne dist point que eefusl par vostre commandement); que davanlaige ledict ambassadeur passa à luy dire, de par vous, que s'il ne vous asseuroil les dessusdictes alliances, ainsi que vous demandiez, vous ne pouviez penser qu'il les voulsisl entretenir ne avoir amylié avec vous.

Que, peu de temps après, vous luy suscistates mess" Robert de la Marche d'ung costé, sonbz colleur d'une sienne querelle, et le S' d'Albret, d'autre, pour ravoir le royaulme de Navarre, en prétendanl par vous de luy povoir aider, pour ce qu'il estoit dict.

80 DÉPÈCHES DES AMBASSADEURS.

par le iraiciétrtnire vous deux, qu'il s'eiiicndroit avec ledict S' dAlbret: ce qu'il avoit voulu faire par récompense d aulfant que vault ledict royaulme de \avarre; et que de ceste sorte s'alluma la guerre, qui fut au temps que les luthériens comniençarent à pulluller et que en Espaigne les villains s'estoient soubicvez en son absence. Que ladiclc guerre dura jusques à la journée de Pavye, à laquelle succéda le traiclé de .Madrid, cl que non-seullement voz deppulcz accordarent ledict iraicté, mais vous aussi luy proniistes par vostre scremcnt de l'observer, et ainsi le jurastcs devant une croix sur les champs, combien qu'il fust adverly que vous aviez dit de n'en vouloir riens faire, comme ne feistcs, sinon ce qui esloit préalable à vostre délivrance.

Que depuis, soubz unibre que vous n'aviez pas donné foy de retourner en Espaigne, vous vous excusastes de ne povoir accomplir les choses contenues audict traicté, et que, pour avoir messeigneurs voz enffans , vous traictastes !a ligue sainctc qu'on disoit et de la(|uelle il fut admonesté et requis de deslivrer niesdicts seigneurs voz enffans, comme s'il les eust euz par mauvais art ou enchantement; qu'à faultc de les deslivrer, s'ensuivyst la guerre de Napples, où monsieur de Laulrecniourui , el depuis celle de Lombardye et la prinse de monsieur de Sainct-Pol.

Que bientosl après il passa de deçà, et que vous, qui voulez tousjours laisser passer quelque chosette avant que de vous rendre à raison, eustes à l'heure envye d'avoir paix avec luy; que pour ce fut faict le traicté de Cambray, lequel vous n'avez guères bien observé. Le Turc(| vint à \'ienne. Le gentilhonmie qu'il vous envoya pour vous pryer de luy aider à l'enconlre dudict Turc(| pourroit, ce dit-il, tesmoigner de vostre responce, qui l'ut d'envoyer vostre armée de mer et venir en personne garder l'Itallye avec quarante mil hommes; et que depuis il vint à Boulongne, où fut traiclée la ligue pour la delïension d'Itallye. Qae vous ne vous en devez point plaindre, pour ce qu'elle a esté faicie à bonne lin el avec princes chrestiens.

Que de la mort de feu Merveilles dont vous vous estes plainct, le duc en avoit bonne cause, pour les meschancelez et pralicques qu'avoit faict ledict Merveilles. Que d'autre part , par ledict traicté de Cambray, vous avez promis de ne faire aucune pratieque en Allemaigne, et que l'on sçait bien comme vous avez observé ce point-là, el particulièrement en la guerre de Wirtcmberg, que vous ne pouvez nyer d'avoir esté faicte de voz deniers. Que dadvantaige vous luy avez longuement retenu ses subgectz estans par force en vozgallères, soubz umbre qu'il ne vous povoit rendre les vostres qui se perdirent avecques Portunde {sir) et lesquelz il vous a renduz incontinant qu'il les a peu avoir; que aussi vous luy avez depuis renduz les siens; qu'il est bien vray que moy, de Velly, luy en demande encorcs des vostres qui sont es gallères de André Dorye. El que, après la mort du duc de Millan , vous luy avez demandé la duché pour ung de mesdicts seigneurs voz enflans; qu'il avoit, avant toutes choses, voullu sçavoir vostre iniencion sur ce qui appartient au général de la chreslienlé, comme du concilie et de

la réduction des luthériens, aussi d'establir une paix en l'Itallye, et de quelles forces vous luy vouldrez aider ù rencontre du Turcq ; que avec cela il vous avoit accordé ladicte duché pour monseigneur d'Angolcsmc, pensant que vous vous en deussiez contenter, niesmes [)Our ce que la roync le luy avoit escript; que vous avez persisté pour monseigneur d'Orléans : en quoy il a tousjours pensé que les seuretez ne seroicnl pas possibles.

Que touiesfoys, pour la grande iniportunité que nioy, de Velly, luy en avois faict, il s'esloit contenté de la personne de monseigneur d'Orléans, pourvcu que les seuretez y fussent; que vous non-seullement ne l'avez pas accepté, ou, si vous l'avez accepté, ce n'a pas esté avec la considéracion desdicles seuretez, et que davanlaige vous avez demandé d'avoir l'usulfruict en vostrc personne.

Que, d'autre part, moy , de Velly, luy avoys promys que, durant la pratic(iue de paix, vostrc armée ne passeroit point en Itallye; que vous avez non-seullement prins toute la Savoye, mays sont voz gens entrez par force en Itallye; que les traietez sont en nature (sic) , et peult-on par-là véoir si vous le povez faire de dire qu'il se soit armé le |)remier; qu'il n'en est riens, et que , d'aullre part, quelque déclaracion et ouverture de paix qu'il ait faicte, qu'il n'a jamais veu personne qui ayt pouvoir devons de traicter avecques luy, et que, nonobstant toutes les choses dessusdictes , il congnoist bien que la paix est la meilleure chose que l'on puisse faire, et que, si elle se peult faire, il veult et |)rye qu'elle se face, pourveu que vous retiriez vostre armée; qu'il est content de bailler ladicte duché àmondict seigneur d'Angolesme; quant à mondict seigneur d'Orléans, qu'il ne véoyt pas qu'il se puisse faire , pour ce que les renonciations que vous offrez de FIcurancc et d'Urbin ne seront pas plus fortes que celles que vous avez faictes de Bourgongne, et que ce qu'il fera pour mondict seigneur d'Angolesme avec tant de chose (nionstrant le bout de son doyt), il ne le fera pas ponr mondict seigneur d'Orléans, pour autant qu'estoit tout son bras qu'il monsiroit.

Que , comment que ce soit , il désire la paix et est prest de faire tout ce qu'il pourra pour l'avoir, ny n'a point d'intérest ou de propriété qui l'en destourne : mais , si cclla ne se peult faire et qu'il faille venir à la guerre, il luy semble qu'il seroit meilleur que vous vuydez vous deux, de personne à personne, voz différentz; que c'est chose qui a esté autresfoys faicte entre princes chresticns , pour éviter plus grant dommaige, et que, pour ne povoir trouver camp ny place de combattre sans nulz empeschcmentz, si vous voulez (|ue ce soit en une isle de mer ou de terre ferme , ou sur ung pont dedens ung batleausur quelque rivière, qu'il en est content; au regard de la sorte des armes, qu'il s'en accordera aveccpies vous bien aiséement, pour ce (|u'elles seront esgalles à l'un et à l'autre. Qu'en eestc manière il y aura moings de dangier, pour ce que ce sera sans artillerye, et que celluy qui obtiendra soit obligé d'assister à Sa Sainctcté au concilie , à rencontre des Turcqs et au bien de la chrestienté, et que, si Dieu luy faict ceste grâce,

qu'il proniecl à Sa Saincteté de faire les choses dessusdicles. Et pour ce que vous prétendez Milan, que vous mectez à Tencontre la duché de Bourgongne, et que l'on haillc hostaige l'un à l'autre pour faire observer au vaincu envers le vainqueur.

Il demande, en oultre, que dedens vingt jours vous respondiez aux choses dessus-

, dictes , lesquelles il dit n'avoir pas dictes pour braver ou pour ce que la paix ne luy

il plaise plus que la guerre : car si elle se peult faire, et le concilie et l'emprise du

Turcq et mille autres biens s'en ensuivront. Au moyen de quoy il prye que s'il est

possible qu'on la face, que l'on verra que la propriété ne l'en destournera point,

1 pourveu que vous retiriez vostre armée.

i|l Le pape comniençoit de luy dire que ledict empereur avoit en ceste assemblée bien

déclaré l'envye qu'il a de la paix ; que particulièrement aussi il s'en estoit bien avant descouvert à luy. L'empereur cependant lisoit en ung billet qu'il avoit à la main , et en interrompant les propoz de Sadicte Saincteté, luy dist d'avoir oblyé de luy dire qu'il la pryoit de vouloir recevoir ses jusliHications et d'entendre lequel a tort de vous deux, et que si Sadicte Saincteté trouve qu'il ait le tort , qu'il est contant qu'elle vous ayde à rencontre de luy : mais si elle véoit qu'il se mecte à la raison et que vous n'en tenez compte, qu'il prye et invoque Dieu, Sadicte Saincteté et tout le monde à l'encontre de vous.

Ce faict, nostredict saincl-père continua de dire que ledict empereur a voyrement là , en publicq, et à part avec Sadicte Saincteté, maintes foys déelairé l'envye qu'il a de la paix : de quoy il est fort digne de louengc; qu'aussi Sadicte Saincteté pense que vous en avez bien bon vouloir, et si a entendu que, pour y parvenir, vous avez faict de bons et grans offres audict empereur : au moyen de quoy elle ne povoit sinon espérer que ladicte paix s'en ensuyvra ; et quant au combat dont ledict empereur avoit parlé , que encores qu'il eust dict et offert si qualifiéement comme il avoit faict, c'est assavoir pour éviter plus grant inconvénient, que ce n'estoit pas toulesfoys chose à laquelle deux si grans princes deussent venir, pour ce qu'il n'en pourroit sinon sortir plus grant dommaige par la mort de qui que se veulle que par nessune grande guerre qui puisse [ advenir; que davantaige Sadicte Saincteté mectroit toute la peine qu'elle pourroit pour

' vous accorder, et que, pour ce myeulx faire , elle avoit, par le conseil de tous lêsdicts

cardinaulx présens, délibéré d'eslre neutral, aflîn de povoir plus égallement mener les choses à la fin de la paix dessusdicte, en laquelle il désire que vous soyez tous deux raisonnables. Et dict qu'il ne peult sinon user de l'auclorité de l'Eglise contre qui fera contre la raison.

Moy, de Mascon, m'excusant de non povoir respondre, pour n'avoir entendu le langaige dudict empereur qui est en espaignol, et protestant de n'actempter chose qu'il eust dicte, nous dcmandyons que moy, de 'V^elly, fusse oy sur les choses dessusdictes : ce qu'il nous fut reffuzé. Et se levèrent et séparèrent nostredict sainct-père et l'empereur d'ensemble.

Nous nous relirasmes, actcndant que Sadicte Sainctcté fust revestue pour aller à la messe, et ilz se romyrenl ensemble. iMoy, de Maseon, m'appiocliay de nosircdiet saincl-pcre, et luy disant que je n'avoye pas entendu ce que avoit esté dicl et qu'il luy pleust de le nous faire bailler jiar escript, moy, de \'clly, en diz autant à l'empereur, lequel rcspondist qu'il le me feroit bailler. Je luy remonstray qu'il n'a tenu que à luy que vous n'avez icy envoyé ung and)assadeur garny de pouvoir, pour autant qu'il n'avoit jamais déclairé qu'il voulsist iraieter par le sceu de nostredict sainet-père. Il nous a respondu que vous poviez bien seavoir qu'il s'en venoit iey , et qu'il y avoit assez longtemps qu'il l'avoit dit à moy, de Velly, pour le vous escripre. Hz marchoient tousjours allansà la messe, et ne peusmes pour l'heure avoir autre ehose.

Nous trouvasmes, à l'yssue, les S" de Granvellc et commandeur Cauves*, lesquelz nous dyrent qu'ilz ne s'aciendoycnt pas que leur maistre deust faire ung tel sermon, mais qu'il n'en failloil prendre que la première partye d'icelluy. Nous leur respondismes que vous n'estiez pas pour luy faillir ne en l'une ne en l'autre. Au demeurant nous nous despartismes gratieusement les ungs des autres.

Nous pensions, Sire, vous dépescher dès hier soir ce courrier. Mais nostredict sainct-père envoya dire à moy, de Maseon, qu'il me pryoit de ne vous escripre point sans avoir parlé à Sadicte Saineteté : chose qui nous a semblé fort à propoz pour [)randrc l'occasion de respondre en partye aux dessusdiets propoz de l'empereur, principalement en ce qui touche le combat. A ceste cause nous avons, ce matin, esté vers nostredict sainct-père à la fin de son disner. Il nous a déclairé et asseuré qu'il ne sçavoit riens de ce que l'empereur avoit faict, ny ne s'attendoit pas qu'il le deust faire; que s'il s'en fust descouvert à luy, il ne l'eust pas souffert, en nous admonestant, au demeurant, de ne faire que bon office, ny de vous escripre chose qui vous aygrist plus fort. Moy, de Maseon, luy ay remonstré que, ayant esté la déclaration faiete par l'empereur si publicque et en si grande compaignye , il estoit impossible de le vous desguiser; que nous userions toutesfoys de la plus grande douleeur que nous pourrions en vous advertissanl des choses dessusdietes, mais que nous doublions que vous soyez d'ailleurs adverly tout autrement, mesmcs pour ce que nous entendons de maintes personnes les choses avoir esté diversement prinscs et très-mal interprétées : dont ne pouvoyt estre que vous ne fussiez adverty par plusieurs voyes et moyens. Sadicte Saincteté alors nous dist qu'elle entendoyt qu'on avoit aussi mal interprété sa responee, qui fust à l'improviste et sans y avoir |)i'nsé; que son inlencion n'a point esté de dire ou promcctrc de se despartir de la neutralité, laquelle il veult inviolablement et en tous cas observer, et que ce qu'elle avoit diet d'estre contraire à celluy qui feroit contre la raison, qu'elle n'entendoit luy estre contraire autrement, sinon par correction et admo-

' Francisco do los Covos, grand commandeur de Léon.

nestement, ainsi que sa (|ualilé le requiert. Nous l'en avons remercyé et promys de vous en advertyr. Et en contynuant ce qu'avoyt esté dict du mauvays rapport que plusieurs personnes faisoient des dessusdicis propoz de l'empereur, moy, de Velly, ay dici à nostredict saincl-père que nous désirions de myeulx entendre dudict seigneur empereur, en la présence de Sadicte Saincteté, aucunes choses, pour selon icelles vous desduyre les dessusdicis propoz en toute la plus grande doulceur qu'il nous seroit possible.

L'empereur estoit prest de parlyr et venoyl prendre congé de Sadicte Saincteté. Nous nous sommes retirez en actendant qu'on nous appellast, comme on a faict bien longtemps après. Sadicte Saincteté nous a admonestez de ne faschcr point l'empereur, qui avoità faire aujourd'uy bien grantchemyn. Moy, de Velly, adressant la parolle à Sadicte Saincteté, ay dict (|ue, par les propoz que eulx deux avoicnt hier tenuz, ilz avoient bien monstre la grande envye qu'ilz ont de la paix; qu'il est bien vray que l'empereur, ou cas qu'elle ne se peust faire, avoit parlé de vous combattre et décider voz différendz entre vous deux : en quoy nous ne voyons point qu'il prétendist aucune chose ou querelle sur laquelle il vous présentast le combat, sinon qu'il sembloit que, pour éviter la guerre qui pourroit advenir pour la duché de Milan, il oITroit de vous combattre corps à corps; que à cella nous nç pouvions bien respondre de vostre inlencion. Qu'il povoit bien estre asseuré que, s'il en avoit envye, vous ne luy reffuscriés pas, car il se peult bien souvenir que aulresfoys il en fut question, mais que à présent il n'estoit point nécessaire de venir audict combat, pour autant que l'on peult bien véoir que vous ne voulez pas avoir par force la duché de Milan, veu que je luy ay, de par vous, offert sur les choses qu'il vous a demandées, desquelles vous luy avez si avant respondu qu'il s'en est contenté, et que cela peult estre bon tesmoing de vostre bonne volunté, joint que vous avez deffendu à monsieur l'admyral de ne toucher à chose que ledict empereur tienne en ses mains, comme aussi il n'a faict n'y n'est pas pour faire.

Que nous avions bien voulu, en la présence de Sa Saincteté, luy respondre ce que dessus et luy demander s'il entend, par lesdicts propoz d'hyer, vous avoir deffyé, en luy déclairant que nous ne véoyons point qu'il ayt cause de ce faire : car, quant aux choses par vous traiclées, elles sont par cscript, et peult Sa Saincteté cognoistre "et juger de ce qui est depuis advenu d'ung costé et d'aultre : en quoy nous ne voulions point entrer plus avant, pour ce que aussi nous n'avions point entendu que par les dessusdicts propoz ledict S' empereur vous voulsisl imputer d'avoir failly de vostre parolle, ny vous charger aucunement de vostre honneur, jaçoit que nous avions bien peu cognoistre par son langaige qu'il n'estoit pas content de vous.

Il y avoit maintes personnes au lieu où ilz esloicnt : mais nous feusmes oyz à part. L'empereur dict que ayant, le jour de devant, tenu les propoz dessusdicts en plaine et

CHARLES-QllNT. 88

publicque compaignyc, il voulloil bien nous rcspondrc aussi en la présence de ceulx qui esioienl là assistans, niesmes pour ce qu'il esloit advcriy qu'on avoit voyercnicnt mal entendu el mal iiilerprélé les choses par luy dictes; et pour ce il feist approcher lesdiets assistans. Puis commença à dire, en langaige italien, que, pour autant que nous ra\ions requis de myeulx se dédairer des choses qu'il avoil hier dictes, lesquelles il entcndoyt que maintes personnes avoienl mal inierpréiécs , il vouloit bien satisfaire à cela et nous déclairer les quatre poincts qu'il entendoyt avoir touchez le jour de devant, et que, en premier lieu, il avoil ung peu prolixement compté les choses qui avoient par cy-dcvant passé entre luy et vous, en quoy faisant il n'avoit point pensé de vous taxer ou blasmer, mais seullemcnl de s'excuser et deschargci-, et seroit marry qu'on lournast ses paiolles en autre sens qu'il n'avoit dictes : car il vous cxtime tant qu'il n'a nulle cause de dire mal de vous; qu'il pourroit bien estre mal content d'aucunes choses desquelles ce luy semble vous vous devriez passer, actendu l'eslroicie alliance qui est entre vous deux et les bons tours qu'il vous a faict et est prest de faire ; et quelque chose qu'il eusl dict, ce n'avoit point esté aflîn de rompre avec vous, ou de donner à entendre qu'il ne voulsist point s'accorder avec vous , mais qu'il vouloit et désiroit la paix, qui est le second point, comme celle qui plus luy est nécessaire et plus à son prolTit que chose qu'il eut sceu demander : car, en l'ayant, il cognoist bien qu'il évite ung grant inconvénient universel el en particulier ; qu'il asseure, en ce faisant, son Estât, son ayse et son honneur; qu'il est vray qu'il n'y veult point estre contrainct ne oonduyt par la force : car puisqu'il a délibéré de s'en aller avant et de vous tourner le visaige, il n'y aura chose, (|uelle que ce soit, qui le puisse destourner de suyvrc ce qu'il a commencé, quant ores bien les Turcqs scroieni entrez et descenduz avec toute leur puissance en ses pays <|u"il a laissé derrière luy, pour ce que, voullant entendre à l'un et à l'aultre, il ne pourroit remédier à tous deux. Qu'il a pour ce assemblé et assemble de plus en plus toute la puissance qu'il peult avoir plus grande, pour en faire une fin , s'il advient qu'il en faille venir à la guerre. Qu'il fera, comme il a dict , tout ce qu'il pourra pour n'y venir point , et verra-Ion que propriété ne prolFict ne l'en desmouvera point. Et si vous ne povez tumber d'accord ensemble, qu'il luy sembloii bien, en iroysiesme lieu , plus ronvenable et moins inconvénient de Vuyder voz différeniz entre vous deux, de personne à personne, non pas pour cela il viieille ou ayt voulu vous dcffycr aucunement, mesmes en la présence de Sadiclc Sainctctc, sans le congé de laquelle il ne vouidroit jamais entrer en tel affaire. Qu'il sçail bien que vous estes prince de grant cueur et qui avez maintes foys monstre vostre valleur et magnanimité, et que ce ne seroit pas chose qu'il voulsist voluntiers ne légièrement entreprendre que de vous combattre : car atissi il ne sçayt point d'en avoir cause ny matière, si ne fust pour éviter ung plus grant mal, quant on le vcrroit advenir, et pour obvier à ung plus grant inconvénient , comme d'une guerre, de laquelle

86 DÉPÈCHES DES AMBASSADEURS.

s'ensuvvroil la riiyne de toute la chrestienté. Et en cela, Sire, il a discouru tous les ninuix qui sont adveiuiz et qui peuvent adveiiyr par vostre guerre et dissension, et aussi tous les biens et advantaiges qui peuvent advcnyr de vostre paix et bonne intellio-enee, laquelle il a magnilTyée par infinité de parolles, en concluant que, si vous pouvez vous asseurer et prendre confidence l'un de l'aultre, ce sera le plus grant bien et la plus grande félicité qui advint jamais en la chresiienté, ou, au contraire, par la guerre la porte sera ouverte au Turcq, les hérésyes ne croystront pas seullenient mais multiplieront, le concilie et réduction de la clirestienié s'empeschera, et lumberont tous les affaires en telle confusion que les princes seront subgcclz et au dangier de leurs subgeetz, l'Église et les prélatz sans auclorité, le monde sans foy et sans religion, et l'oppinion et créance de Dieu du tout anéantye, avecques toutes les malbeuretez et persécutions qu'on doit actendre de la fureur divine; et que ce sont choses qu'il véoit estre si apparentes et si prochaines d'advenir, qu'on ne doibl point s'esbahir qu'il en ail ainsi parlé, pour ce que , si les deux camps s'approchent, comme ilz s'approchent en si grant multitude de combalans qui sera d'une part et d'autre, quant il n'y auroit autre chose que la diversité des langues et l'occasion du pillaige, si ne doit-on pas espérer moins que d'une rompture, s'ilz seront quelque temps l'un auprès de l'autre. Que pour ce il avoit requis que vous retiriez vostre armée dedans le terme de vingt jours, qui est le qualiiesme point, non pas pour entendre de vous préfinir le temps, mais pour ce qu'il véoit dedens ce temps-là vostre puissance et la sienne pourront estre toutes deux si fort aprochées qu'il sera mal aisé dobvyerà la rompture.

Moy, de Velly, ay respondu que Sa Saincteté pourra par son auctorité remédier à tout cela, estant, comme elle est, bon père commung esgal à tous deux: ce qu'elle a accepté de faire et à quoy ledict S" empereur s'est soubzmys, qui a contynué de racompler les biens qui adviendront d'une bonne confidence entre vous deux, pryant instamment que vous vueillez vous fyer de luy. En quoy faisant ilz s'estoient levez pour prendre congé l'un de l'aultre.

J'ay demandé audiet S' empereur qu'il luy pleust, en la présence de Sadicte Saincteté et des assistans, me respondre s'il n'avoil pas accordé la duché de Milan pour mondict seigneur d'Orléans. II a dict qu'il l'avoit voyrement escript et faici dire par son ambassadeur; que toutesfoys il n'avoit jamais pensé qu'il fust possible d'y trouver les seurctcz sullîsanles, ny que vous vueillez accorder les condilions qu'il entend vous demander. Je luy ay repplicqué que vous ne pourriez sinon entrer en plus grande delfianee, si vous entendiez qu'il vous eust faict proposer une telle chose sans intencion de l'observer. Il s'est excusé sur ce que vous ne l'avez pas accepté, et que vous avez Aiicl passer vostre armée en Ytallye et faict tant de dommaige à monsieur de Savoye, duquel nous avons oblyé vous dire que ledict S' empereur, en discourant de la paix, a dict qu'on pourra, en la Iraictant, praticquer aussi et conclurre ce qui touche les querelles que vous avez avec monsieur de Savoye.

CHARLES-QUIiM.

Nous avons fort insisté sur l'article de monseigneur d'Orléans : en quoy nous avons, comme dit est, obtenu que l'empereur a confesse de le vous avoir accordé, combien qu'il a fuit ce (|u'il a |)eu pour s'en desmesler et despartyr, en disant à ceste heure que les scurctcz n'y sont point, à l'autre que vous ne l'avez pas accepté, et aussi qu'il l'avoit offert pourveu que ses confédérez s'en contentassent. Il s'est aussi laissé entendre qu'il veull y meetre mon dessusdict seigneur d'Angolesnie, pour avoir pari en ladicte duché , en disant que le duc deppendra de vous et la duchesse de luy , et que maintes personnes trouvent estrange qu'il vous prye d'accepter pour mondict seigneur d'Angolesme ce que vous luy deviez demander.

Ce sont, Sire, en substance les propoz qui ont esté tenuz et lesquelz nous avons mis paine de réciter entièrement à la vérité. Nous povons bien avoir ohmys quelque chose, mais elle ne sera pas d'inqwrtancc : vous advisani. Sire, que quoy qu'on vous dye ou annonce autrement, nous vous avons compté, en substance, tout ce qui a esté faict et tout ce qui a esté dict : pour laquelle chose myeulx faire nous avons usé de toute dilligence et différé jusques à présent la dépcsche de ce courrier, pour ne faillir de vous en advcriyr bien véritablement, et aussi que nosiredict sainc(-pére nous a dcrechief priez de surccoir le parlement dudict courrier, affin de povoir envoyer à son nunce la eoppye des leclres (pie l'empereur escript à son ambassadeur estant auprès de vous.

Sire, nous supplyons le Créateur vous donner en santé très-bonne et longue vye.

Escript à Rome, le xix'' jour d'avril mil V" XXWI. (Fol. 5o-61.)

il faut mettre, en regard de cette lettre, celles des il et 18 avril 1336 dont nous avons donné des extraits, tome I". pp. 474-477, et dans lesquelles les choses sont présentées sous un jour un peu différent.

Quant au discours de Charles-Quint, il est bon de comparer, avec l'analyse qu'en donnent les ambassadeurs français, le texte de Vandenesse ' et la lettre écrite par l'empereur, le 17 avril, à son ambassadeur en France, le vicomte de Lombeke '.

' Journal des voyages de Charles-Quint , pp. H9-J3I.

* Lanz, Correspondenz des Kaisers Karl V, t. Il, pp. 223-229.

230, — Dépêches de M. de Marillac, ambassadeur à Bruxelles, et réponses de Henri II, 1548.

Deux vol. in-fol,, reliés en maroquin , dorés sur tranche, écriture du temps.

Le 22 juillet 1347 Henri H, étant à Villers-Cotterets, dépécha Marillac vers l'empereur, pour débattre la querelle de Savoie, au cas qu'il en fût question dans la diète qui allait s'assembler à Augsbourg, et pour résider auprès de ce monarque en qualité d'ambassadeur ordinaire, au lieu de M. Mesnage, qu'il rappelait'. Charles de Marillac avait alors trente-sept ans; il avait été antérieurement chargé de missions diplomatiques à Constantinople et en Angleterre. Après que la diète d'Augsbourg eut été close, il suivit Charles-Quint à Bruxelles.

Les MSS. 8625 et 8626 contiennent sa correspondance avec le roi et le connétable Anne de Montmorency pendant le séjour qu'il fit aux Pays- Bas.

Le premier a 241 pages; il commence par une lettre du roi du 28 août 1348. que l'ambassadeur reçut à Bruxelles le 18 septembre; il se termine par une dépèche du connétable du H mai 1349.

Le deuxième, qui a 247 pages, commence par une lettre du roi du 11 mai 1349, et finit par une lettre de Marillac au connétable, du mois de novembre suivant.

Ces registres sont ceux que Marillac avait tenus pour son usage: il en avait formé un aussi de sa correspondance pendant la première diète d'Augsbourg ■ : on ignore ce que celui-ci est devenu.

Nous allons donner des extraits de ce que les deux volumes nous ont paru contenir de plus important.

Sommaire de l'ambassade de feu monsieur de Vienne devers l'empereur Charles V eti l'année ISSO, dans Deutsche Geschichie im Zeilalter der Reformation , de M. Ranke , G" Band , p. 483.

' C'est ce que prouve le titre suivant qu'on lit en tète du WS. 862b : Second Registre commencé à Bruxelles le xnii- jour de septembre mil V' XL V/Il.

CHARLKS-QUIIST.

PREMIER VOLUME

Avant de parler des lettres de l'ambassadeur, citons quelques-unes de celles du roi.

Le 28 août 1548 Henri 11 écrit à Marillac, de Carignan : « Vous mectrez » paine de sçavoir, s'il vous est possible, où l'empereur prétend employer » ses forces pour le reste de ceste saison, afin de m'advertir de ce qu'en- » tendrez '. »

Il lui mande, de Lyon, le 27 septembre : « Il faut que je vous dye, en » vérité , que le soubdain parlement de Tempereur, d'Allemagne, m'a tenu » et tient grandement en suspens , de sorte que je ne puis asseoir certain » jugement de la cause qui le peult avoir meu de laisser ainsi inopiné- » ment l'Allemagne, les affaires de laquelle ne sont encores establiz à sa

» dévotion Quoy que ce soit, monsieur Warillac, il fault penser que

» ledict empereur n'est venu là sans quelque cause, laquelle se pourra » bientost descouvrir, et où il fault que vous ayez l'œil »

A une lettre où Marillac l'informait que l'objet du voyage de l'empereur aux Paj s-Bas était d'y attendre le prince son fils et de demander de l'argent aux états, il répond que « ceste accumulation d'argent qu'il fait » et ceste grande quantité d'artillerie qu'il a fait descendre d'Allemagne » aux Pays-Bas dénote toutefois qu il a volonté d entreprendre aucune » chose ; » et il le prie d'avoir l'œil aux aguets.

Pag. 5. — Marillac au roi, Bruxelles, 19 septembre laiS. L empereur, voyant que le pape ne lui envoyait pas les facultés qu'il attendait avec tant de désir et qu'il devait recevoir à Cologne, suivant les promesses du nonce, a quitté celte ville le 10. A son arrivée à Maeslricht, il a licencié les quatre enseignes de lansquenets qu'il avait amenées d'Allemagne pour la conduite de ses deux prisonniers, le duc de Saxe et le landgrave de Hesse, laissant ceux-ci seulement sous la garde accoutumée de 300 h 400 Espagnols. Ces princes captifs sont arrivés à Bruxelles. — L'empereur y est attendu aujourdhui ou demain " : il se récrée dans les environs, avec la reine de Hongrie , au passe-temps de la chasse.

' Il annonce h Marillac, dans la mcmc dcpcche, qu'il lui a conféré révêclié de Vannes en Bretagne, en récompense de ses services.

' Il V arriva le "22. (Va.vdexessk. Jonritid dvs loyagvs de Cltaiics-Qitiiil , p. 575.1

90 DEPECHES DES AMBASSADEIRS.

Pag. 12. — Marillac écrit an roi. le 28 septembre, que l'on a fait de grandes processions pour les victoires de l'empereur, et que les nuits on continue de faire des feux de joie; que le landgrave a été conduit au château d'Audenarde. et que le duc de Saxe est encore à Bruxelles, autant résolu et content en son adversité et obstiné en sa religion qu'il fut jamais. — Le nonce a dit à iMarillac que le saint-père envoyait aux Pays-Bas les facultés demandées par l'empereur avec deux députés, dont l'un était l'évéque de Vérone, I autre un auditeur de la Rote ', pour, avec lui, qui ferait le troisième, user desdites facultés en dispensant les protestants sur les articles contenus dans l'intérim; que ces facultés toutefois n'étaient si amples que l'empereur l'avait demandé, et que M. de Granvelle, à qui il en avait communiqué le sommaire, s'en était plaint. — Comme, <lans le même temps, le pape réclamait la restitution de Plaisance, Marillac observe judicieusement que S. S. a envoyé à l'empereur certaines facultés pour lui complaire et voir ce qu'elle pourra tirer de lui, prête à les étendre et à le gratifier en cet endroit, si l'empereur la gratifie en un autre, et à lui en refuser l'ampliation. si elle est frustrée de son attente : « En ceste sorte, » Sire, marchandant l'ung avec raultre,„chascun procurera, soubz le » masque de relligion, d'encheminner les affaires à leur profïict. »

Pag. IG. — 3Iarillac écrit au roi, le o octobre 1348 : « Au regard de n l'empereur, tout homme qui le véoit maintenant, ne lavant auparavant » veu. peult aisément juger qu'il porte visaige et contenance de ne la n faire longue : mais ceulx qui l'ont veu l'an passé en Auguste s apperçoivent » qu'il se porte encores moins mal qu'il ne faisoyt en Allemagne , et nies- » mement à Spire et à Collongne, où il avoit ung piteux et pouvre visaige, » lequel maintenant il semble avoir amendé de beaucoup depuis qu'il est » icy. » — Ses médecins disent qu'il sest résolu à commencer une dicte le 15 octobre jusqu'à la Toussaint, pour prévenir le mal de goutte dont l'hiver le menace.

Pag. 23. — Marillac écrit au connétable, le 15 octobre, qu'il a trouvé monsieur de Granvelle bien mal de sa personne, traînant une jambe et portant un assez pauvre visage, et disant qu'il y avait quinze jours qu'il

' Voir, dans le tome I", p.ige 401, l'inslruclion doiiiioe par Paul III aux évèquos de l'aiio, de Vérone el de Ftrcnlino.

CHARLES-QM.NT 94

n'avait bouge de sa chambre . en se tenant la plupart du temps au lit : cependant, maigre sa maladie et son grand âge. ce ministre lui a semblé autant accort d esprit et disposé de la langue qu'il fut onquos.

Pag. 35. — Marillac mande au roi, le même jour, que le sieur de Biron prit, la veille, congé de la reine de Hongrie, (jui lui a exprimé sa satisfaction de la manière dont il a rempli sa charge. — Ledit sieur de liiron a communiqué à Marillac tout ce qu'il a négocié à Bruxelles, et l'a instruit des intelligences qu il s'était procurées pour être journellement averti de ce qui s'y faisait. De son côté, Marillac a gagné de nouveau deux personnes par le moyen desquelles il saura ce qui se passe en Angleterre et en .Allemagne.

Pag 39. — Marillac écrit au roi . le 24 octobre , que l'empereur a différé de commencer la diète qu'il se propose de faire pour sa santé, jusqu'après la Toussaint, pour avoir commodité, dans l'intervalle, de recevoir et festoyer la reine Eléonore.

Pag. 42. — Il écrit, le même jour, au connétable, que monsieur de Granvelle s'est trouvé fort mal les jours passés: qu'il est si caduc et si susceptible de rechute que I on remarque journellement du changement en son état : » de sorte qu il négocie bien peu , et rejette quasi tout sur » monsieur d'Arras, son filz »

Pag. GO. — .Marillac écrit au roi. le 6 novembre, qu'il n'a pu avoir audience de l'empereur, « lequel depuis huict ou dix jours a esté si mal » traicté de ses gouttes, qui le tiennent encorcs aux bras, mains et es- » paulles. qu il a tousjours gardé le lict avec une telle impacience, pour le » grant doleur qu il en sentoit , qu'on ne l'avoit encores ^eii au passé si » allligé et tourmenté : toufesfois il est maintenant si allégé qu'il com- » menée à se lever du lict. et s'estime que. pour ceste venue, il en sera » quicte, en dangier toutesfois de bienlost rencheoir, s'il n'y prouvoit, » comme il est délibéré de faire . voulant commencer dans troys ou quatre

» jours la diète et la continuer ung mois pour le moings » — H écrit

encore qu'on fait nettoyer et refaire les grands chemins en Flandre et en Brabant. qu'on les hausse et qu'on coupe les arbres qui empêchent que le soleil ne les sèche : cette mesure semble destinée à faciliter le transport de l'artillerie que l'empereur a amenée d'Allemagne pour en pourvoir les places frontières des Pays-Bas, et le voyage du prince d'Espagne.

92 DEPECHES DES AMBASSADEl RS.

Pag. 82. — Marillac au roi. 2a novembre. L'empereur, ayant, le 16, cominencc la diète, a été contraint de laisser la rigueur du régime et de prendre de la chair et quelque peu de vin. s'étant trouvé fort faible et bien plus mal que les autres fois.

Le 6 décembre jMarillac écrit que l'empereur est beaucoup mieux, et qu'il a été à la messe; qu'il se montre fort joyeux de la venue de la reine Eléonore '.

Pag. 108. — Vlarillac mande au connétable la mort du président Scorre, « qui est bien peu plaint par-deçà. »

Pag. 110. — Marillac. écrivant au roi, le 28 décembre, lui annonce la mort du comte de Buren * : « Le conte de Buren est décédé du mal de l'es- )j quinancie, sans qu'on ayt jamais peu trouver remède . veu la véhémence » de la maladie et indisposition d'ailleurs du malade, qui avo\t fait tous » les désordres de bouche qu'on poiirroyt inventer, pour accélérer sa » mort. L'empereur faict démonstration d'en estre fort marry, et à la » vérité, Sire, il a perdu un bien bon serviteur; aussi font tous les sub- » gectz de ce pays, pour autant qu'il estoit humain et populaire : toutes- )) foys les Espaignolz ne le plaignent guère, car il ne les pouvoyt véoir ne » oyr bien parler d'eulx. »

Dans sa dépêche du même jour au connétable, il lui parle aussi de la mort de ce seigneur, qui arriva le 24 décembre', et ajoute qu'il porta si virilement sa maladie « que jamais il n'en a gardé le iict, ains^ la nuict » mesme dont il mourut, se promena, divisant et parlant à ses amys, jusn ques à ce que, se trouvant foible, il s'assit dans une chaire ^ où inconti- » nent il mourut. Sept ou huit heures auparavant il avoit. demandé à son » médecin ' s'il sç.avoyt point aulcung remède pour luy donner guérison, et » s'il pourroyt à tout le moins encore vivre deux ou trois jours : surquoy » ayant eu responce que le mal estoit incurable, et qu'il n'estoit plus » temps de mesurer le terme de sa vie par jours, ains par heures, sans

' La rciiu' était arrivée à Bruxelles le îi. (Vande.xesse, Journal des vnijai/cs de Cliwlcg-Qiiinl, p. S76.) ' Maxiniilien d'Egmont.

' I.e 23 scion Vandencsso. Les deux dates se coniilieiil si la mort arriva dans la nuit du 23 au 24.

' Vue chaire , un fauteuil.

• Celait le célèbre .\ndrc Vésalc.

CHAKLKS-QL'IM. 93

aultiTiiionl se nuiiistiTi- osloiinc, il priiit ancre et papier et escripvit de sa main deux graiis feuilles sans intermissioii et sans se monstrer laz : ce faict . il disposa de sa conscience connue bon chreslien. et après, voyant que la force et vigueur naturelle diniinuoyt, demanda derechef audict médecin combien il pourroyt encore vivre: et ayant eu pour résolution que cestoil une heure pour lo plus, commença à prendre congé et dire adieu n ses amys, en embrassant ceulx «jui luy tenoyenl compaignye . qui estoyent environ deux cens personnes; et, après avoir baillé la main à tous ses serviteurs jusques aux moindres, et dict en général adieu h tout le inonde, partit de sa salle, où ce misfére se faisoyt, et se retira en sa chambre, sans jamais vacciller ny du pied ny de la parolle, et là, s'eslant assis romme dit est, soubdainement rendit I esprit » Marillac raconte ce fait au connétable « comme chose estrange et rare, et mesmement qu ung si jiésordonné de sa bouche et qui n avoyt eu ceste maladie (|ue par excès qu'il avoyl faict à boyre, ayt eu le jugement à sa lin si entier, vcu qu'estant sain, il l'avoyt bien souvent farousche, et mesmement après disner. »

Dans sa lettre au roi. .Marillac 1 informe (|ue 1 eujperour a été si allligé de sa goutte, ([ui la repris pour la troisième fois, ce qui jamais ne lui était arrivé en si peu de temps, qu'il a gardé le lit pendant les fêtes de ^oèl. On dit que, ces jours passés, on i'entendoit se plaindre et crier, du logis de la reine Kléonore, qui est au-dessus du sien. La douleur est un peu calmée, mais il garde toujours le lit. — Ses médecins attribuent cette rechute à co qu il n'a pas conimencé la dernière diète en la saison convenable: il soutient, lui, que c'est pour n'a\oir pas assez pris l'air des champs. «■ Ceulx >' qui le voyent disent qu'il a l'œil bon et entier, et (|u'il n'a point de » jaunisse au visaige, comme il avoyt en la ville d'Auguste, etc. »

Pag. 115. — Marillac mande au Roi, le 9 janvier 1548 (1349, n. st.j, que l'empereur, s'étanl trouvé nu'eux, sortit, un des jours précédents, pour aller à la chasse, mais quil eut à le regretter, et qu'il a été obligé de garder de nouveau la chambre, où toutefois on le voit aisément. — Il est venu à Bruxelles un médecin napolitain qui promet de faire merveilles pour la guérison de I empereur ,^ et en parle avec une telle assurance que ce prince est délibéré de suivre le légime qu'il prescrira. — Marillac infère de l'inutilité de tant de remèdes qui jusqu'à piésent avaient pro-

94 DÉPÈCHES DES AMIÎASSADELRS.

duit de l'effet, » que lenipereur est tant usé que la force de nature com- » menée à lui faillir. Toutesfois ledict seigneur ne perd une seulle occa- » sion, pour petite qu'elle soyt, d'entendre à ses aiTaircs, et tout ainsi » que s'il estoit sain, et niesmement pour le regard de TAIIemaigne, où » les dillicultez que j'ay cy-devant escriptes se confirment et croissent tous » les jours, etc »

Pag. 121. — Marillac an roi, 15 janvier. — L'empereur, qui s'était trouvé assez bien pendant quelque temps, qui sortait et mangeait en salle, a ressenti, depuis deux jours, une quatrième atteinte de la goutte, nonobstant le régime du docteur napolitain, lequel jusqu'à présent n'a point fait de miracle.

Pag. 128. — iMarillac au roi, 23 janvier. L'empereur, quoiqu'il ne soit pas entièrement rétabli, a assisté, la veille, dans sa chapelle, aux noces de monsieur de Vaudemont et de mademoiselle d'Egmont'. Il a commencé le régime indiqué par le nouveau médecin : mais les autres disent que la saison s'oppose à l'eflîcacité du breuvage qu'on lui a composé, « pour \ » avoir la plupart choses froides, comme du petit lait de chèvre et autres » drogues. »

Pag. 131. — Le même jour, écrivant au connétable, .Marillac lui donne des détails sur une joute qui eut lieu la veille, à l'occasion du mariage de M. de Vaudemont : « Les seigneurs de ceste court combattirent l'après- » disnée, depuis midy jusques à cinq heures, en quoy il y avoit quatre ). teiians , dont le prince de Piedmont estoit le premier et les troys aultres » commandeurs espaignolz, qui sousteindrenl à la barrière contre tous » venans à frapper cinq coups de picque, et après sept d'espée. Il s'y trouva » trente-deux combattans en tout, qui feirent quasi tous grandement leur » debvoir, comme estans la fleur de tous les bons hommes que l'em- » pereur avoit : mais, sur tous aultres, quant à la picque, le prince de » Piedmont , sans contradiction , en emporta l'honneur, tant à l'asseurance » qu'il monstroit à la manier comme à bien rencontrer et rompre plus de » boys que nul des autres. Ces jeux, monseigneur, avoient esté entreprins » par lesdicts seigneurs pour l'amour des filles de la royne Aliéner, et se » debvoient faire dès dimanche passé : mais ils furent remis à hier

' Vandenesse (Journal des iioyages de Charles-Quiiil, p. 377) place ces noces et la joute qui les précéda au 5i5. Il doit s cire lioiiipé, car Aiarillac dit po.siliveuieiit : liicr mardi; or le mardi élait bien le 22.

» manly par cominandcinont de Icnipcrour. pour aulciinemeul célébrer la » feste des nopces dessusdicles. »

Pag. 155. — .Marillac, dans une lettre au roi du 5 février, fait un portrait fort son>bre de l'état de l'empereur. On peut en juger, dit-il. « à ). véoir qu'il a lœil abattu, la bouche pasle. le visaige plus dhouime mort » que vif . le col exténué et grosle. la parolle foible. l'ailenne courte, le » doz fort courbé, et les jambes si foibles quà grant paine il peult aller » avec ung baston de sa chambre jusques à sa garderobbe. Et. combien » qu'il face encores parfoys contenance de rire et qu'il s'essaye de sortir » dehors, disant qu'il ne sent point de mal . ceulx qui le peuvent bien » sçavoir m'ont allirmé que cela provient de ce que toutes les parties de son » corps sont si afToiblyes. et luy en somme si usé. quil ne peult avoir le » sentiment si vif qu ung aultre. » — Il dit plus loin que. avant d'avoir terminé les affaires de lAllemagne et du concile, il est vraisemblable que l'heure viendra pour l'empereur d'aller voir ce qu'on fait en l'autre monde, car tous ceux qui se mêlent d'en juger estiment que nature, sans grâce spéciale de Dieu, ne le sauroit supporter plus de dix-huit mois. — i\l. de Granvelle. ayant appris qu il était venu une pronostication de Suisse disant que l'empereur ne passerait le mois de septembre, a fait défendre toute pronostication venant d'.AIIemagne.

Pag. iAi. — On avait arrêté à Péronne le comte ,de MansfeIt, que l'archiduc, beau-fils et neveu de l'empereur, lui envoyait d'Espagne, et on lui avait enlevé ses chaines d'or et autres joyaux. Marillac. écrivant à ce sujet, le 5 février, au connétable, dit: » Ce peuple, qui est bestial et mutin, » crye que nous leur voulons commencer la guerre, et qu ils ne peuvent » trouver seurefé en l'amitié des François. »

A ces deux dépèches du 5 février était joint, à part, un Adxis de la court de l'empei'eur. On y lit que la reine de Hongrie manie toujours les affaires des Pays-Bas. sans que l'empereur en veuille prendre connaissance, renvoyant le tout à ladite dame ou à son conseil: que le duc d Arschot est parti depuis huit jours pour aller au-devant du prince d Espagne vers Spire avec 2.50 hommes d'armes faisant de 1.000 à 1.200 chevaux: que l'électeur de Saxe fait preuve toujours de la même constance en son adversité, au point que ses ennemis mêmes sont contraints de le louer: qu'il reste sourd à toutes les remontrances qu'on lui fait pour qu'il accepte l'intérim;

•6 DEPKCMRS DES AMB\SSADE[inS.

que le landgrave de Hesse, prisonnier au château d'Audenarde. se montre au contraire faible et inconstant, faisant parfois présenter requêtes pleines de toute humilité et abjection, et promettant de se ranger à la volonté de l'empereur touchant la religion : ce qui ne lui a servi de rien jusqu'à présent, à cause qu'on connaît assez son humeur.

Pag. 1SI. — Le connétable, écrivant le 51 janvier à Marillac, lui dit que le roi est bien aise de ce que l'on remplace l'ambassadeur qui était près de lui (Saint-Mauris), « car il ne parle jamais que de querelles particulières, » et jamais encores ne luy ay oy dire chose qui servist ne approchast de » vouloir maintenir ces princes en amitié. Voilà pourquoy. si on veut que » Scorre ne soit point mort, on ne sçauroit mieulx remplir la place qu'il )) lenoit que dudict ambassadeur, qui ne sera guères moings hargneux que » l'a u lire '. »

Pag. 169. — Marillac au roi, o mars. L'empereur se trouve mieux depuis quelque temps, de sorte que, le jour de Saint-Mathias, il solennisa la fête en l'église des Jacobins, et puis dina en salle en sa maison : toutefois il se dispose à commencer bientôt la diète et à prendre de la décoction de gayac.

Pag. 177. — Marillac au roi, lo mars. Le roi des Romains a fait élire, par les états de Bohème, l'archiduc son fds pour leur roi, à la charge qu'il ne montera sur le trône qu'après la mort de son père : » par où les » discoureurs veullent inférer que lediçt seigneur, se démectant de ce » royaume, n'a pas encore perdu l'espérance de parvenir au papat, si tant » esloyt que, l'empereur estant si fort en Italie qu'il est, le sainct-père » vint à mourir. »

Pag. 178. — Marillac écrit au connétable, à la même date, que l'empereur décline de jour à autre si évidemment qu'on ne peut espérer guère plus de durée de lui. — On dit que le prince d'Espagne demeurera aux Pays-Bas, et que monsieur de (iranvelle, qui ne peut guère plus courir, restera chef de son conseil. Ce qui donne quelque vraisemblance à ce bruit et indique l'envie de monsieur de Granvelle de se reposer et laisser la charge des

' Louis de Schnre, (]iii clail clu'f ç\ pri'.siiieiit des conseils d'Élat et privé, mourut au mois de décembre. Charles-Quint divisa les deux charges qu'il occupait. Il nomma Viglius de Zwichera chef et président du conseil privé, et Jean de Saiiil-.Mauris, seigneur de Jlonlbarrey, président du conseil d'Élat. Simon Ucnaid all.i rcinplacci- Sailli -Jlauiis dans Tamba-ssade do France.

CHARLES-QLI-NT. 97

affaires qu'il maniait à monsieur d'Arras. qui fait dès maintenant tout, c'est qu'il a depuis quinze jours acheté une belle maison à Bruxelles et qu'il parle d'acquérir terres et seigneuries aux Pays-Bas. tant pour y être plus aimé qu'il ne faisoit en Bourgogne, où les plus grands du pays ne l'aiment guère, que pour s'insinuer de bonne heure dans les bonnes grâces du prince.

Pag. iS3. — Marillac au roi, 21 mars. La dernière attaque de goutte qu a eue 1 empereur, et qui est la cinquième, commença à la tète, où il avait une douleur incroyable. Le mal descendit sur le cou, et depuis aux genoux, qu'il a encore fort enflés. La goutte remonta ensuite aux épaules et aux bras. — Depuis deux jours il y a du mieux : mais il est bien remarquable que, depuis son arrivée à Bruxelles. I empereur ne soit jamais sorti pour prendre 1 air . que deux jours après il nait eu une rechute.

Pag. 188. — iMarillac au roi, 30 mars. L empereur fait la diète dans une chambre éloignée de tout bruit : il parait qu il en a ressenti quelque amendement^ mais il est encore faible. On dit qu'il ne bougera de ce lieu jusqu'à ce qu'il ait fait les vingt jours de régime prescrits. — Le prince d'Espagne doit faire son entrée à Bruxelles lundi, l"^"^ avril. La reine de Hongrie a fait préparer, à un mille de la ville, un lieu où elle le recevra avec la reine Lléonore, la duchesse de Lorraine arrivée hier et les autres dames du pays.

Pag. 202. — Marillac écrit au connétable, le i avril, que, le lundi, l^"" du mois, le prince d'Espagne fît son entrée à Bruxelles. Il ne se passa, à sa réception, rien qui mérite d'être su, « si n'est ce qui fut faict à demye » lieue d'icy en une plaine et belle campaigne, ouquel lieu l'on avoit » dressé une maison de boys en forme de gallerie grande et longue, pour » recevoir ledict prince en passant. Et. aussitost qu'il y fut arrivé. s'attacha » une escarmousche de chevaulx-légiers qui sortirent de deux fortz qu'on » avoit faictz . comme de deux canipz , bien armez et vestus par-dessus . les » ungs de vert soubz la conduicte du prince do Piedmont, les aultres de » blanc soubz la charge du S'^ de Rie: et, après s'estre escannouschez et » entrebattuz longtemps avec la lance et l'espée, où il y en eust de ren- » versez et quelques chevaulx d'Espaignolz blessez, arrivèrent d'une part » et d'aultre harquebusiers à cheval avec d'aultres gens à cheval non » armez de corps, ayantz de grans targes à la mode des Pollacres, les-

» quelz se meslarent parniy les aultres et s entiebattirent longtemps. » Finablement vindrent les gens de pied, comme en battaille, couvertz » d'une part et d'aultre de soixante hommes d'armes barbez qui se choq- » quarent de si grand roiddeur qu'il y eust quatre ou cinq chevaulx » espaullcz et ung qui demoura mort sur la place, et les gens de pied » s'attacharent avec telle obstination qu'à la fin il fallut que les archiers )i de l'empereur et les chevaulx-légiers ensemble se meslassent parm> )) eulx pour les départyr — Quant au nombre des combattans, l'on estime » qu'il y pouvoit avoir environ six cens chevaulx en tout et autant de » gens de pied. — Il y avoit deux aidtres fortz à costé des dessusdicts >) qu'aulcuns enfans des villes d'Anvers, Malines et Bruxelles deb- » voient assaillir les ungs sur les aultres : mais, pour ce qu'en se y es- » sayant le jour auparavant, on s'estoit aperceu qu'ilz ne faisoient rien )i qui vaulsist, leur entreprinse ne fut exécutée, ains fut advisé que, ce » premier passe-temps parachevé, le prince entreroit dans la ville, où, » pour tout appareil, il trouva, devant chascune maison des rues où il » passa^ une torche ardante Ochée sur ung posteau avecq quelques cein- » tures et chappeaux de lierre et aultre verdure qui s'entresuivoit de )' torche en torche: davantaige y avoit quatre ou cincq tabernacles aux » lieux principaulx de la ville, faictz en forme d'assaulx, sur lesquelz se » véoyent quelques peintures et devises, comme d'ung Aigle qui foul- » droyoit le monde , d'une Victoire qui tenoyt une croix en une main et » ung calice en l'aultre, en signification de ce qui a esté restitué en la » religion, et quelques aultres semblables figures, sans qu'on y véil » aultre tapisserie par les rues, ny à costé, ny par-dessus. » — Le prince fut conduit de la sorte jusque dans la chambre de l'empereur, qui laccueillit avec grande joie.

Dans une dépêche au roi du même jour, Marillac lui mande la mort du duc d'Arschot ' arrivée le 2 avril, à minuit, par suite de gravelle et de rétention d'urine. H avait assisté à l'entrée du prince, et, le jour même de sa mort, il avait diné en compagnie et fait bonne chère. — Il était fort aimé des plus grands et il est bien regretté.

Pag. 216. — Marillac au roi, 23 avril. Le prince d'Espagne ayant fait

' Philippe de Croy, premier duc dWrschot.

CIIAHLKS-QIIINT. l)i)

des instances à la duchesse de Lorraine, qui voulait retourner dans ses Etats, pour qu'elle différât son départ, cela a donné lieu à beaucoup de conjectures : comme la duchesse est jeune, belle et gracieuse, on croit que le prince pourrait bien être épris d'elle. Marillac dit à ce sujet : << Tant y a, Sire, que l'empereur, qui est sage et prudent, saura bien tenir » les moyens par lesquelz il sera obéy, et mesmement que ce prince lu y ■> est obéissant à merveilles, et ne luy ose contredire de chose qu'il de- » mande. » — L'empereur, quoique la goutte l'ait quitté, est fort débile et exténué; il ne s'est point laissé voir pendant ces jours de fête, si ce n'est au travers d'une verrière d'un oratoire qui regarde dans sa chapelle, où il venoit à couvert, ledit oratoire joignant sa garde-robe.

Pag. 228. — Marillac au roi, 6 mai. Le point qui intriguait le plus Marillac était de savoir 1 époque où l'empereur partirait pour l'Allemagne : il mettait en œuvre tous les moyens pour s'en instruire, mais il en était toujours réduit à des conjectures. Il fait à ce sujet une remarque qui prouve combien Charles-Quint laissait peu percer ses desseins : « Quant à » moy, s'il est permis de dire ce que je pense, j'estime, sous correction, » Sire, que l'empereur, quant à son parlement d icy, se portera comme il » feit l'an passé en Auguste, où, nous ayant faict entendre qu'il ne deslo- » geroyt de six sepmaines, inconlinant feit publier, et lorsqu'on s'en » doubtoyt le moins, que chascun se tinst prest dans huit jours.... — L'empereur a eu une petite descente, qu'on pensa d'abord être une cinquième attaque de goutte. Il prend quelquefois l'air quand il fait bien beau , « puis il se retire en son poisie, qui est encore bien chaud et où il » se tient la plupart du temps en une chaire, ayant les jambes hautes et » appuyées , de peur des descentes. » — Le tournoi, qui avait été différé à cause de la chute que le prince d'Espagne fit en s'essayant à la lice, a lieu aujourd'hui sur le Grand-iWarché : le prince doit y prendre sa revanche.

Pag. 234. — Marillac au roi, 12 mai. L'empereur se trouve assez bien pour le présent, mais toutefois il garde la chambre et ne mange point en salle. — La reine Eléonore est toujours en pratique de traiter le mariage du prince son neveu avec sa fille de Portugal : mais elle y a peu de succès, ce qui ne la contente guère. — La duchesse de Lorraine est partie le G. Elle excitait beaucoup de jalousie, à cause des grandes caresses et de la trop bonne chère que le prince lui faisait.

DEUXIEME VOLUME

Dans une lettre au roi du 2 juin 1549, Marillac dit : « On parle d'ériger " tous ces Pays-Bas en tiltre de royaulnie: mais c'est ung bruit qui court » plus entre ceulx du populaire que entre les plus grans. »

Il écrit au roi, le 9 juin, que l'empereur se porte maintenant bien: qu'il va aux champs parfois, ayant seulement en sa compagnie cinq ou six personnes; que néanmoins il a bien pauvre visage et traîne toujours une jambe, qui est beaucoup plus grosse que l'autre.

La reine Eléonore, sœur de l'empereur, douairière de France, désirait fort, comme il a été dit déjà, que le prince Philippe épousât sa lille Marie, issue de son mariage avec le roi de Portugal Emmanuel le Fortuné : le prince lui a répondu, selon Marillac, qu'il n'entendait point encore se marier, ni jamais s'il lui était convenable. Il aurait ajouté, quand il était avec ses familiers, qu'il n'était pas si mal avisé que de se marier pour argent, faisant allusion par là à ladite dame, qui ne lui paraissait guère agréable, étant trop âgée et peu jolie.

Pag. 60. — Marillac, écrivant au roi le .. juillet iS49, lui dit, au sujet du départ de l'empereur pour l'Allemagne, qui fait toujours un des principaux objets de ses lettres, qu'il y a peu d'apparence qu'il ait lieu de sitôt : il en donne pour raison, entre autres, qu'il n'y a guère d'espoir que l'empereur puisse faire son fils roi des Romains, attendu que son frère n'est pas disposé à se démettre de cette dignité en faveur de son neveu. — Il parle aussi de la lenteur de l'empereur en toutes ses affaires.

Selon lui, l'empereur avait demandé aux états généraux des Pays-Bas qu'ils prêtassent serment de fidélité à son fils, sans se départir toutefois de celui qu'ils lui avaient fait à lui-même, et ils auraient répondu que les sujets ne pourraient jurer d'obéir à tous deux ensemble, car s'il arrivait qu'ils commandassent choses contraires , ils ne pourraient obéir à l'un sans encourir l'indignation de l'autre, le suppliant ou de résigner ses Etats à son fils, ou de se contenter qu'ils jurassent d'obéir audit prince après la mort du père, pourvu qu'il les entretint en leurs privilèges, et notamment qu'il ne leur baillât point gouverneurs étrangers ' : « ce qui leur a semblé pro-

' Tout ce que .Marillac dit ici est inexact : les états généraux des Pays-Bas accédèrent sans difficulté .•I la demande de l'empereur.

(:h\iu.es-qlim. loi

)• tester dlieuro. pour véoir lediet sieur prince si affectionné à sa nation » d'Espaigne qu'il ne peult gouster ceulx de ce pays, de quoy tout ce peuple » est si indigné que. si le père, sans y donner ordre, venoyt à décéder, il y » auroit apparence qu'ilz se souhzlrairoient de son obéissance, pour denian- » der à seigneur l'archiduc d'Austriclie, fîlz du roy des Romains, d'autant. » Sire, que tout ce peuple liayt si foit les Espaignolz qu'ilz ne peuvent en » sorte du monde gouster leurs façons. » On dit que l'empereur a accepté celte réponse.

Marillac écrit au roi. le 11 juillet, que l'empereur revint la veille de Louvain: que le jour même il a fait prêter serment à son fils par ceux de Bruxelles, et que le lendemain il part pour Gand.

Pag. 90. — Marillac écrit de Gand. le 19 juillet, au roi, que le 13 l'empereur est parti de Bruxelles et qu'il est arrivé à Gand le 15 : que. le 17, les serments y ont été prêtés au prince, et que, le 20, ils doivent partir avec les deux reines pour Bruges. Il mande aussi que Cliantonay. fils aîné de monsieur de Granvelle. a été dépéché vers le roi des Romains, pour essayer, à ce qu'on dit. de l'induire à se démettre de la dignité dont il est revêtu.

Le 18 juillet il avait été fait à Gand un jeu de cannes, où les princes d'Espagne et de Piémont, le duc d'Albe et les principaux seigneurs de la cour se trouvèrent: ils pouvaient être en tout quatre-vingts, divisés en deux bandes et tous vêtus richement et à la moresque, les uns de blanc et rouge, les autres de jaune, vert et noir.

Pag 93. — Le roi, accusant à Marillac, le 11 juillet, la réception d'une de ses dépêches, lui dit: « Vous ne me pouvez faire plus grand service » que d'avoir l'œil ordinaiiement à ce que fera l'empereur. » Dans presque toutes ses dépêches il lui adresse la même recommandation.

Pag. 97. — Marillac au roi, Bruges, 2a juillet L'empereur est arrivé le 22 à Bruges. — Le lendemain, mardi, le serment a été prêté. — Le 23 les princes" sont allés voir le port de l'Ecluse. — L empereur a ordonné que les gens du conseil d'Aragon, .\aples, Milan et de la chancellerie de l'Empire aillent 1 attendre à Bruxelles: il a donné congé aux états de Flandre, dont Ja plupart des principaux membres l'avaient suivi jusqu'à Bruges. — 11 part, le 2G. pour ^pres, d'où le lendemain il ira avec son fils visiter quelques villes de la frontière. — Les reines iront les attendre à Lille, où le conseil privé et les ambassadeurs doivent se rendre également.

\in DEPECHES DES AMBASSADEURS.

Pag. iOO. — iMarillac mande, le même jour, au connétable : « Je ne vous Il escrira} rien par le menu de ce qui se faict en ces entrées du prince, » d'autant qu'à la vérité il n'y a chose digne destre sceue. 11 n'est question » que de torches qui sont fichées par les rues sur des posteaux, ainsi que » fut fait à Bruxelles. — A Gand il y eust davantaige des jeunes filles, » jusques à huit cens ou mille, qui tenoient lesdictes torches. — En ceste » sorte se font lesdictes entrées , sans autre triumphe ou cérémonie. »

Pag. 101. — iMarillac au roi, Lille. 2 août. L'empereur est parti, le 26 juillet, de Bruges pour Ypres, d'où il est allé visiter Saint-Omer. Gravelines, Dunquerque. Aire et Bélhune. — lia fait venir aux frontières toute l'ordonnance de la gendarmerie qu il tient en ce pays, jusqu'aux garnisons de Gueidre, tant pour sa sûreté personnelle, à cause des forces que le roi assemble dans le Boulonnais, que pour montrer au prince son fils les villes de sa frontière en l'état où il convient de les entretenir; il y a aussi fait conduire quelques munitions de guerre. — « Ledict seigneur n'obmect riens de » ce qui peult servir non-seullement pour asseurer les Esfatz de son filz, » mais pour l'instruire et luy faire gouster tous les poinctz qui sont requis » au gouvernement d'iceulx, car, oultre ce qu'il le fait assister à tous les » conseilz qu on tient des affaires du pays, il luy fait rendre raison de tout » ce qu'on ordonne, afin qu'il imprime d'heure les maximes qui peuvent » mouvoir ceulx de son conseil à manier ainsi les affaires. »

Pag. 107. — Marillac au roi, Lille, 6 août. L'empereur doit partir le 7 de Lille pour Tournai , d'où les deux reines se rendront directement à Binche.

Pag. i II. — Mariliac au roi, Valenciennes. 15 août. De Tournai les deux reines sont parties pour Binche avec le conseil et les ambassadeurs, excepté Marillac, qui a suivi l'empereur à Douai, et de là est venu à Valenciennes l'y attendre.

Pag. Ha — iMarillac au roi, iMons, 18 août. L'empereur arriva le 16 à Valenciennes, d'où il partit le lendemain pour aller au Quesnoy, et de là à Landrecies, Avesnes, Beaumont, Mariembourg : il sera à Binche le 21. — La reine de Hongrie fait de merveilleux apprêts pour les joutes et tournois qu'elle se propose d'y donner. — Les ambassadeurs se sont établis à Mons.

Pas. 123. — Marillac au roi, Binche, 2i août. Le 18 août le roi avait envoyé le prévôt de son ordre, pour complimenter l'empereur de sa part, à

CIlARLES-QUIiM. 103

l'occasion de son approche des frontières de France, lui exposer les raisons qu'il avait de faire la guerre aux Anglais, et l'assurer de sa bonne amitié. Le 25 Marillac et ledit prévôt eurent audience de l'empereur à Binclie.

Pag. iÔD. — Marillac écrit, le 5 septembre, au connétable, que l'empereur part de Mons ce jour même, et se rend, à travers champs, à Anvers.

Pag. 142. — Il écrit au roi, d'Anvers, le IG septembre, que l'empereur quitte celte ville le lendemain pour Bruxelles, où, aussitôt après son arrivée, il commencera la diète. — Le prince ira avec la reine de Hongrie on Hollande.

Pag. I la. — Le même jour il mande au connétable que le prince d'Espagne fît son entrée à Anvers le mercredi, 1 1 septembre, où la grande pluie quil tomba troubla tout l'appareil que les nations et les habitants de la ville avaient fait : de sorte qu'il n'y eut chose qui mérite d'être rapportée, si ce n'est les théâtres et arceaux que les nations avaient construits, qui étaient excellents et de grands frais : mais les peintures étaient si fraîches que l'eau du ciel a tout souillé. — Le surplus du séjour qu'on fera en cette ville se passera en joutes et tournois.

Pag. 148. — Marillac écrit au roi, le 22 septembre, que le prince d'Espagne est parti, le 17, pour les pays de Hollande et Frise, en compagnie de la reine de Hongrie; que l'empereur n'est arrrivé que le 21 à Bruxelles, ayant donné quelques jours au passe-temps de la chasse dans les environs; qu'il doit, le 25. commencer sa diète.

Pag. 151. — Marillac informe le roi, le 29 septembre, comme d'un grand secret qu'il a découvert, que l'archiduc, fils du roi des Romains, lequel a épousé la fille de l'empereur et est demeuré gouverneur en Espagne, a, depuis deu.x ou trois mois, fait grande démonstration d'être fort mal content, et cela parce qu il est averti que, en son absence d'Allemagne, on y dresse des pratiques à son préjudice, même pour le priver de Tespérance qu'il pouvait avoir, par le moyen de son père, de succéder à l'empire; qu'il a déclaré vouloir retourner en son pays par plusieurs messages adressés au roi, son père, et que finalement il a prié l'empereur de le révoquer, sous couleur de ce que le climat est contraire à sa santé. — L'empereur, craignant que ce jeune prince ne fût assez osé pour quitter l'Espagne, a, par un gentilhomme exprès, fait requérir le roi des Romains d'adoucir les propos de son fils et de ne permettre que le monde soit témoin de ce scandale,

qu'il désobéisse à l'empereur, qui l'a tant honoré que de lui donner sa fille, et l'aime au demeurant comme son propre fils, demandant qu'à tout le moins il achève les deux années qu'il a promis de passer en Espagne. — Là-dessus le roi des Romains a dépéché le comte Sigismond Lodron. du pays de T}rol , pour aller conforter son fils, en l'assurant quil ne consentirait jamais chose qui pût tourner à son préjudice.

Le roi des Romains refuse toujours de condescendre à la cession de la dignité dont il est revêtu en faveur de Philippe.

Marillac compare 1 archiduc, « ([ui est allemand et personnage ouvert et » affable », avec le prince d'Espagne, « qui est de complexion estrange et » peu cogneu par ceulx qui le hantent le plus. »

Depuis que l'empereur a commencé la diète, la goutte l'a repris aux jointures des mains, de sorte qu'il ne s'en peut aider.

Pag 158 et 160. — Le 6 octobre Marillac écrit uu roi et au connétable que la fièvre et les faiblesses qu'a ressenties l'empereur à cette reprise de la goutte, ont été telles qu'on fut sur le point d envoyer un courrier au prince d'Espagne, de peur qu'il n'advint pis, mais que l'état du malade s'est amendé. — On lui a ordonné une diète plus gracieuse que celle qu'il avait entrepris de faire, « comme à manger chair et se nourrir de toutes bonnes » viandes, en prenant seulement deux fois le jour de la décoction du bois » de chine. »

Pag. 168. — Marillac écrit, le 12 octobre, au roi, que l'empereur est beaucoup mieux; qu'il reprend des forces et a recommencé sa diète. — 11 ajoute que l'empereur a payé toutes ses dettes en la bourse d'Anvers , de soite que largent y abonde si largement qu'on le prête maintenant à 9 et 10 pour cent : aussi les marchands en envoient-ils le plus qu'ils peuvent à Lyon, où ils en tirent plus de profit.

Pag. 175. — L'ambassadeur de l'empereur à Paris, Simon Renard, avait, dans une affaire qui concernait le prince d'Orange, tenu un langage qui avait choqué le roi et que les ministres de l'empereur désavouèrent. Marillac écrit, le 12 octobre, au connétable, pour l'engager à ne pas tenir compte de cette faute; il allègue la considération de M. de Granvelle, « duquel il » (Renard) est allyé, lequel avec son fils d'Arras possède de tant l'empe- » reur quil ne croit à aultres personnes qu'à eulx, et n'adjouste foy à chose » qu'on veuille proposer contre eulx. »

CHARLES-QlJliNT.

Pag. 177. — Marillac. dans une letlre au roi du 17 octobre, parle du bruit qui courait que 1 empereur voulait, s'il devait renoncer à faire élire son (ils roi des Komains, le faire deuxième coadjuteur de l'empire, pour venir après le roi des Komains, son frère.

Le 26 octobre il lui écrit qu'il est arrivé un gentilhomme de l'archiduc Ma.vimilien, chargé de demander à l'empereur son rappel df^spagne, afin qu'il puisse aller prendre possession du royaume de Bohème, auquel il a été élu.

Pag. 209. — Marillac au roi, (i novembre. Le roi des Romains ne goûte pas plus les propos de l'élection du prince son neveu comme coadjuteur que ceux de sa démission en faveur dudit prince. Il a résolu, en conséquence, de ne venir point à Spire, où l'empereur lui avait donné rendezvous, mais de séjournera Prague jusqu'à Noël, et ensuite de partir pour Vienne.

Pag. 236. — Marillac au roi, .. novembre. Selon toutes les apparences, l'empereur, à moins qu'un empêchement imprévu ne survienne, partira le 3 décembre; le duc d'Albe a dépéché un capitaine allemand, pour aller quérir les Espagnols qui sont au pays de Wurtemberg et les conduire vers Cologne. Les archers de la garde ont eu ordre de se trouver à Maestricht. On tient prêtes quatre enseignes de lans(fuenels, pour renforcer la garde de l'empereur.

Dans une lettre du même jour au connétable, Marillac l'engage à envoyer quelqu'un pour résider auprès de la reine de Hongrie et à qui il puisse faire tenir ses dépêches. Il dit qu'à Bruxelles on a la commodité de la poste chaque fois qu'on le veut, et que, du lieu où sera l'empereur, il pourra adresser ses paquets par l'ordinaire, qui est dépéché tous les mardis.

Charles-Quint partit de Bruxelles pour Augsbourg seulement le 31 mai 1550. /-

106 DÉPÈCHES DES AMBASSADEURS.

Brienne 89.

231. — Négociation de messire Charles de Marillac, ambassadeur en Allemagne en 1550.

Grand in-fol., papier, relié en veau biun, 257 feuillets, écriture du XVII' siècle.

Cette copie parait avoir été faite sur le manuscrit original, qui aurait été lacéré en plusieurs endroits. Le copiste avait commis un assez grand nombre de fautes : mais elles ont été corrigées.

La première pièce qui se trouve dans le manuscrit est une lettre du roi du dernier juin 1550. Vient ensuite une dépêche de Marillac, datée d'Augsbourg, le 15 juillet, où il rappelle que, par sa dépêche précédente, il annonçait l'arrivée de l'empereur en cette ville '. La dernière lettre que contient le manuscrit est de Marillac au roi, en date du 17 mars 1550 (1551, n. st.).

Dans les Lettres et Mémoires d'Estut de Ribier. t. Il, pp. 280-284 et 312 , sont des extraits des lettres écrites par Marillac au roi les 22, 29 juillet, 28 août, 2 septembre 1550, 8 janvier, 10, 17 et 24 février 1551.

Nous allons donner un précis de ce que contient de plus intéressant la correspondance de Marillac sur la deuxième diète d'Augsbourg, comme nous l'avons fait pour sa correspondance pendant que Charles-Quint était aux Pays-Bas.

Fol. 8. — Marillac écrit, le 15 juillet 1550, au connétable, que M. de Granvelle est en termes d'aller bientôt voir ce qu'on fait en l'autre monde : il a le visage fort amaigri, la parole affaiblie , l'haleine accourcie; il est devenu gros et enflé par le ventre et les jambes, et, à son âge de soixantehuit ans, ces symptômes sont significatifs.

Fol. 21 v. — Marillac au roi, 29 juillet. Quoiqu'on eut publié que la diète s'ouvrirait le 10 août, et qu'on estimât que ce ne serait que pour le 1«'' septembre, n'y ayant de présents que deux électeurs, ceux de Mayence et de Trêves, et la plupart des députés des villes impériales étant retournés

' Charles-Quint arriva à Aussboiirg le 10 juillet.

chez eux, Icnipercùr. sans qu'on sy allondit. la ouverte le samedi 26 juillet. — Le lendemain lempereur partit pour la Ba^ière. afin de s'v récréera la chasse. — .Maiillac croit qu'un des motifs qui ont pu déterminer I empereur à brusquer l'ouverture de la diète est le désir de prévenir i arrivée du nonce, qui aurait pu mettre en avant, sur le fait du concile, quelque proposition contraire à ses vues. — Les points principaux de la proposition de l'empereur sont : 1" que les différends de la leligion soient décidés par un concile général, pour le(|uel le nouveau pape a promis son aide, et qu'il a autorisé à se réunira Trente: 2° que l'intérim soit observé par tous les Etats: 3° que les rebelles non réconciliés soient punis et contraints.— Les autres articles regardent la chambre impériale, les monnaies, les contributions de l'Empire, l'observation des lois politiques votées dans la dernière diète.

Fol. 28. - Pendant le mois de juillet l'empereur se porta assez bien et alla plusieurs fois à la chasse.

Fol. 43. — Marillac écrit, le 12 août, que M. de Granvolle est livdropique.

Fol. 59 v». — Marillac au roi, 26 août. On attend à Augsbourg la reine de Hongrie : « car. oultre que son logis est déjà fait, l'on sçait la diligence » dont elle use à exécuter ce qu'elle entreprend. » — On parle diversement des motifs de sa venue. Les uns 1 attribuent au désir de régler l'affaire de son douaire avec le roi des Romains; d'autres disent qu'elle a charge de remontrer les dangers que la rigueur de l'inquisition peut causer en Brabant et en Hollande: d'autres enfin croient que c'est pour engager le roi des Romains à céder son titre à son neveu.

Fol. 67. — .Marillac au roi . 28 août. M. de Granvelle est mort d'hydropisie et de vieillesse : « L'empereur a cause d'en estre bien marry. pour •> avoir perdu, au plus grand besoin de ses affaires, un si prudent et » advisé serviteur : dont toutesfois les .411emans demeurent d'autant » joyeux, estimant que ledict seigneur à peine trouvera un ministre si » propre à inventer dextrement les moyens qui pouvoient tourner à la » diminution des libertés de la Germanie. Au fort. Sire, l'on estime com- » munément que ledict Granvelle est allé, comme précurseur, faire le logis

>> pour le maistre » — L'empereur, depuis son retour de Munich, a été

obligé de garder la chambre; les médecins ont des craintes sérieuses.

108 DÉPÈCHES DES AMBASSADEURS.

Dans une dépêche du 2 septembre au connétable, Marillac lui donne des détails sur Jes obsèques de M. de Granvelle. L'empereur, dit-il, lui a fait faire un service solennel, auquel il a fait assister tous les états de l'Empire, faisant conduire le deuil des enfants du défunt par le duc d'Albe, vêtu en longue robe de deuil, accompagné de toute la maison de l'empereur, vêtue de drap, sans porter aucune soie, excepté les seigneurs de Rye et de la Chaulx, bourguignons, qui y ont assisté pour obéir à Sa Majesté, mais en robe de soie, attendu qu'ils étaient ennemis ouverts du défunt. " Au fort, monseigneur, encores que ce deuil, pour la qualité du » personnage, ayt esté grand, sy est-ce qu'on n'en a point tant jette de » larmes que les Allemans en ont bu de pots de vin pour se resjouyr, allé- » guant publicquement l'avarice et rapacité dudict sieur de Granvelle, et » en parlant comme du plus mercenaire et corrompu ministre que l'em- » pereur eut oncques : entre autres, les électeurs ecclésiaslicques ont esté

» les premiers à se plaindre En somme, monseigneur, je ne voy un seul

» seigneur estranger qui le plaigne aucunement, et surtout le roy des » Romains en est merveilleusement aise, pour la hayne quil lui portoit » à cause de ses pratiques sur la succession de lempire en faveur du » prince : laquelle hayne il a estendue sur monsieur d'Arras si asprement » que. l'empereur venant à mourir, il seroit pour ne se contenir de luy

» procurer tous ennuys quil pourroit »

Fol. 77. - Marillac au roi, 9 septembre. La reine Marie arrivera le H. trois joiM's plus tôt qu'on ne l'attendait, tant elle a fait grande diligence. — L'opinion générale est que l'empereur veut essayer de faire son fils second coadjuteur de l'empire, et que la reine tâchera d'y faire condescendre le roi (les Romains. — « On dit que la royne de Hongrie emmènera le prince d'Espagne aux Pays-Bas, pour l'accoustumer aux façons du pays et le faire mieux gouster à ceux de la nation qu'ilz n'ont fait cy-devant : car, à dire le vray, ilz en sont si mal édifiez quadvenant mutation, ilz seroient pour appeler le roy de Bohesme et le faire leur seigneur. »

Fol. 84. — Marillac au roi. 16 septembre. La reine de Hongrie est arrivée le 10. Chacun cherche à pénétrer ce qui s est passé entre elle et le roi des Romains sur le fait de la nomination du prince d'Espagne comme second coadjuteur de l'empire , qu'on croit être la seule cause qui l'a

amenée ici. On dit que Ion offre an roi dos Romains de faire épouser une de SOS filles j)ar le |)iinco d'Kspagnc. de donnera l'archiduc Ferdinand, son second (ils. la fille de la reine Eléonore avec un million de dot. de le rendre seii^neur paisible du duclié de W urtembeig et du comté de Neubourg, de 1 aider à s'emparer de la Transylvanie, etc. — Les Italiens et les impériaux croient qu'il cédera; les Allemands en doutent. — Le roi de Bohême est aimé en Allemagne de tout le pays, comme prince gentil et de grande expectation. tandis que le prince d Espagne est haï de tout le monde et des siens mêmes , les Espagnols exceptés.

Fol. 95 v". — Marillac au roi. 30 septembre. La reine de Hongrie est • partie le 26, retournant aux Pays-Bas avec toute diligence. — On croit qu'elle n'a pas réussi dans ses démarches auprès du roi des Romains.

Fol. 100 V". — Le même jour Marillac écrit au connétable : « J'ay obmis » d'escrire au roy comme, la royne de Hongrie ayant remonstré à l'em- » pereur le grand dommage qui adviendroil en ses Pays-Bas du faict de » l'inquisition quon avoit de nouvel mis sus, et comme la plupart des » marchands d'Anvers commençoient à se retirer, les .\llemans en leur » pays et les autres estrangiers à Rouen et au Hable neuf (Havre^, où ilz « estoient invitez par plusieurs privilèges que le roy leur octroyoit. fina- » blement a obtenu la suppression de ladicte inquisition : dont s'en est » ensuivy que tout le monde dit maintenant l'empereur n'estre pas tant » disposé à la conservation de la foy calholicque qu il n'ayme encores » mieu.v son prolïît. » — L'empereur continue de garder la chandjrc, prenant médecine tous les quatre ou cinq jours: la goutte la saisi à tm bras.

Fol. 116 y. — Marillac au roi, 21 octobre. La duchesse de Lorraine nest partie que la veille', i» cause des joutes que le prince d'Espagne a voulu donner pour l'amour d'elle, le 16, sur la plus grande place de la ville. Ledit prince s'y trouva, avec dix seigneurs vêtus d'une livrée, contre dix autres d'une couleur différente ; il y fut rompu deux cent* lances : mais il n'y fut rien ff»it de bon , et l'on ne vit jamais si mal courir. — Le dimanche suivant, les mignons de la cour en firent autant, sans que ledit prince s'armât : ils s'en acquittèrent aussi bien qu'auparavant on l'avait fait mal.

' D'après Vandcncssc {Journal des voynyes de Charlcf-Qnint, p. i57). la <luclic le 24. Cfltc deri)iérc date est vraisemLlaliIcmriit crronrp.

.il ,,.-,rli:

110 DÉPÈCHES DES AMBASSADEURS.

Fol. H7 V". — Le même jour Marillac écrit au connétable que le prince d'Espagne a festoyé les électeurs et qu'il est allé aussi diner avec eux , suivant l'instruction du cardinal de Trente, se montrant son docile disciple en cet endroit. « et mesmement à boire, d'autant que deux ou trois fois )) Ion a rapporté qu il en avoit plus pris qu'il n'en pouvoit bonnement » porter. Sur quoy ledict cardinal, coniinc son précepteur, disoit qu'il » concevoit par-là si bonne espérance qu'en continuant de faire ainsy » il gagneroit par temps le cœur des Allenians. »

Fol. 120. — Marillac au roi, 28 octobre. Depuis quatre mois que l'empereur est à Augsbourg, il a été si maladif et affaibli qu'il n'a pas été vingt jours en tout disposé à négocier.

Fol. 129. — Marillac au roi, i novembre. Lenipereur est fort mal du corps et de l'esprit, à la suite dune grande évacuation de sang causée, ces jours passés, par son flux accoutumé d'hémorrhoïdes, depuis lequel la goutte l'a saisi aux pieds, aux mains, aux épaules et presque partout.

Fol. 15.5. — Marillac au roi. Il novembre. L'empereur, étant un peu mieux, a donné audience à quelques ambassadeurs, assis en un fauteuil et ayant les pieds baussés et appuyés. — Marillac trouve que l'empereur est sujet à trois accidents sans l'un desquels il se trouve bien peu, tandis qu'il se trouve souvent avec tous les trois, savoir : la goutte, la courte haleine et le flux de sang.

Fol. l.^'O. — Marillac au roi, 27 novembre. L'empereur poursuit vivement raiïairc du concile; il a un double but en cela : le premier, de brouiller le pape et les protestants, en ce que chacui) voudra célébrer le concile à sa mode, et l'empereur inclinera tantôt >ers l'un, tantôt vers les autres, selon ses intérêts. Le deuxième but qu'il se propose par l'ouverture du concile est la division de l'Allemagne : les uns voulant y venir, et les autres non, il profitera des deux côtés, en supportant les uns et ne grevant pas les autres, comme il faisait après la guerre des protestants, quand il exigeait de l'argent des catholiques, sous couleur de vouloir opprimer les protestants, et des protestants pour ne pas entièrement céder aux catholiques. Marillac ajoute : « C'estoit le conseil que feu Granvelle donnoit en » tous ses affaires de ce costé, et qu'il trouvoit si nécessaire que, le jour de- » vaut qu'il mourût, il envoya dire audict seigneur qu'il eust souvenance » de tenir l'Allemagne en division et pique, s'il y vouloit estre obéy, et

en AK LES-QUINT.

» que sans lel moyen il n'en poiuioil venir à bout. » — Selon lui I empereur s'y prend un peu lard pour diviser les Allemands. Après la vieloire qu'il eut eontre les protestants , il aurait pu aisément donner la loi à toute l'Allemagne, les états étant à celte épo(|ue entièrement divisés: mais maintenant, pour lenr avoir donné loisir, pendant les deux années qu'il a clé aux Pays-Bas, de penser h leurs affaires, ils ont résolu de tenir bon pointeur liberté, comme ils l'ont montré par toutes les réponses qu'ils ont rendues à celte diète, où il n'a obtenu que de belles paroles, connue il tàchail de leur en donner : car. quant à leffel . ils n'ont encore rien accordé de ce qu'il demandait.

Marillac écrit encore au i-oi qu'un des projets que l'enqiereur poursuit le plus vivement est de procurer l'empire à son fds — Il dit tenir de bon lieu que l'empereur a promis au roi des Romains de le coopter au titre et nom de r*,'mpire, en puissance égale à la sienne, pour être comme deux tètes en un bonnet, à l'exemple d'aucuns anciens enq)ereurs romains, à condition que le prince d'Espagne soit fait roi des Romains, lequel coopterait le roi de Bohème au même degré, afin qu'ils vinssent ensemble à l'empire. — Marillac trouve cette idée peu praticable, d'abord à raison des humeurs différentes des deux princes, le roi de l?ohème étant trop remuant pour s'accorder avec la stupidité du prince d'Espagne, ensuite parce (|ue ce serait rendre l'empire héréditaire el fruslrer les électeurs de leurs droits.

Fol. 175. — Marillac au roi, IG décembre. Le roi de Bohème est arrivé dans la nuit du 9 an 10 (on l'avait appelé d'Espagne pour obtenir son consentement aux vues de l'empereur). D'après ce que l'on dit, il est loin de vouloir céder ses prétentions à son cousin, et les électeurs déclarent tout haut qu'ils ne |)rèleronl pas les mains à l'arrangement qu'on projette.

Fol. 190 V". — La négociation pour la nomination du prince d'Espagne comme coadjuteur de l'empire avait été remise jusqu'à ce que le roi de Bohème fût arrivé. Marillac mande au roi, le 6 janvier 1550 (1551, n. st.), que la reine de Hongrie a fait une lelle diligence qu'elle est arrivée le 1" janvier. — Le lendemain elle dina avec le roi des Romains et les électeurs de Maycnce et de Trêves. — La négociation parait fort échaulléc. car jour et nuit révè(jue d'Arras ne fait qu'aller du logis de I empereur à celui du roi des Romains. — Les Espagnols répandent que leur prince

sera coadjuteur; les Allemands soutiennent qu'ils n'y consentiront jamais.

Fol. 197. — .Marillac au roi, 8 janvier 1551. L'empereur poursuit toujours son dessein, ou de faire son fils second roi des Romains, ou de coopter son frère à l'empire, pour que leurs deux fils soient ensemble rois des Romains. Au reste, on ne peut former que des conjectures sur celte négociation, qui se conduit par la reine de Hongrie seule avec l'évéque d'Arras, sans autre interposition de ministre et sans que les Allemands aient encore pu en rien savoir.

Fol. 197 v". — Le même jour Marillac écrit au connétable que l'empereur est un peu moins mal depuis un mois. II prend médecine deux fois par semaine, (i est sorti une fois ou deux pour assister au service des fêtes passées en une salle joignante à sa chambre, aussi chaude qu'une fournaise. - H y dina, le jour des Rois , avec le roi des Romains, le prince d'Espagne, le roi de Bohème, les deux archiducs ses frères, la reine de Hongrie et les deux électeurs.

Fol. 208. — Marillac au roi, 27 janvier. L'empereur est toujours au lit, ayant les mains contractées et toutes retirées au point de ne pouvoir s'en servir. Un des jours derniers il avait été six heures entières si froid qu'on craignit que la chaleur naturelle ne Mut à s'éteindre: « mais, quoi qu'il » en soyt. l'ardeur de l'ambition qu'il a n'est en rien diminuée, car, » pour l'indisposition du corps, il ne laisse d'employer et travailler à » tout ce qui touche le bien de ses affaires et augmentation de sa gran- » deur. »

Fol. 21 0. — Dans une lettre au connétable du 5 février, Marillac lui dit que, l'avant-vcille, les seigneurs de la cour, pour réjouir les dames de la reine de Hongrie, tirent des joutes en la place de la ville, « qui furent à la » vérité de si mauvaise grâce que j'estime qu'ils voudroient estre à recom- » mencer, car, outre que la plupart d'eux ne fit rien qui vaille, le prince » d'Espagne fit encore pirement que tous, sans jamais pouvoir ronqjre une » lance ne donner une seule atteinte. »

Fol. 222 V". — Marillac au roi, 17 février. Le samedi, 14, à six heures du soir, l'empereur, ayant assemblé les états de l'Empire en son logis, en une salle joignante à sa chambre, après les cérémonies accoutumées, leur rendit l'écrit qu'ils avaient auparavant arrêté, contenant le recez de la diète. Le lundi. 16, on commença de le lire et doubler, et l'on

il3

estime que. le 18 ou le 19, on aura mis fin à cette lecture, qui est ce qu'on appelle publication. — L'empereur, en remettant le recez, fit une grande exhortation au\ électeurs et princes d'aller au concile, leur remontrant que c'était le seul moyen de tenir la Germanie en paix : à quoi ils répondirent qu ils se mettraient en tel devoir qu on n aurait pas cause de dire qu'il eut tenu à eux que si bonne œuvre ne fut conduite à la fin désirée.

Fol. 224. — Marillac au roi. -4 février. Il lui envoie le recez de la diète, en lui faisant observer qu'il n'y a que le seul point du concile qui soit de considération '. — Après le recez. on a su que l'empereur avait l'intention de donner I investiture des Pays-Bas à son fils : mais, comme il voulait en retenir les fruits sa vie durant, les états ont répondu qu'il n'élait pas d'usage d'accorder pareille investiture : que d'ailleurs, la diète étant finie, ils n'avaient plus pouvoir de délibérer. — D'après ces objections il a été résolu que l'investiture se donnera en chambre, et que les électeurs s'en pourront aller.

Fol. 231. — Dans un .Ivis joint à la dépêche du 24 février Marillac résume ainsi ce qui concerne la personne de Charles-Quint : « L'empereur, » depuis le moys de juillet qu'il est arrivé en Auguste, a eu si peu de santé •> qu'il ne s'est guères monstre hors de son logis, et depuis la Toussaint n'a » guères bougé de sa chambre, s'estant seulement laissé voir en une salle » joignante à icelle les festes de Saint-André, de Noël et des Roys, et aussy » quand il bailla le recez de la diette. »

Fol 242. — .Marillac au roi. 3 mars. On avait annoncé que l'empereur donnerait publiquement l'investiture des Pays-Bas au prince son fils: à cet effet on avait commencé de dresser un échafaud sur la Grand'Place: mais, pour le refus des états d'y concourir, on a dit depuis qu'elle se donnerait en chambre. — La négociation pour la coadjutorerie du prince d'Espagne à l'empire a échoué par la fermeté du roi des Romains et de son fils. Le premier, avant de prendre congé de l'empereur, fait tout son possible pour l'apaiser; quant au roi de Bohème, il fait démonstration de s'en soucier bien peu, et il ne se trouve ni ne parle avec ledit prince, son cousin, non plus que s'il n'y avait nulle alliance entre eux.

' Nous ferons remarquer ici que, dans le cours de sa correspondance, Marillac informe régulièrcncnt le roi de ce qui se passait à la diète.

la

Fol. 24S. — Le même jour Marillac écrit au connétable que la moquerie fut grande d'avoir déjà proposé en public le lieu où se devait faire l'investiture du prince d'Espagne, pour être contraint ensuite d'y renoncer.

Fol. 249. — Marillac au roi, 10 mars. La veille l'empereur donna l'investiture des Pays-Bas au prince son fils en sa chambre, et sans autre solennité. Le roi des Romains ni aucun de ses enfants n'y comparut : ce qui a été remarqué. — Le prince d'Espagne et le roi de Bohême se voient et se parlent à peine une fois la semaine : encore c'est la nuit, quand par hasard ils se rencontrent dans la chambre de l'empereur, où, par forme d'acquit, ils se disent deux ou trois mots, sans se visiter en leurs logis, ni se voir à la messe, ni à table, à la chasse ou en autre passe-temps : « ce que n les Allemans observent bien diligemment, et en ayment d'autant plus ce » jeune roy de Bohesme, en luy dédiant leur cœur et affection, pour la » peur qu'ils ont cy-devant eue de tomber en la puissance de l'autre. »

Fol. 254. — Marillac au roi, 17 mars. Le roi des Romains est parti le 10 pour Munich, sans que la reine de Hongrie ni le prince d'Espagne lui ait fait compagnie.

La correspondance de Marillac ne devait pas s'arrêter au 17 mars 15d1, car il resta à la cour de Charles-Quint jusqu'au juois de septembre de cette année. Dans l'intervalle, à la vérité, la guerre avait éclaté entre Henri U et l'empereur. Charles-Quint voulut retenir l'ambassadeur du roi jusqu'à ce que son propre ambassadeur en France, Simon Renard, eût eu la permission de revenir auprès de lui. Dès que ce dernier eut été licencié par le roi, il congédia Marillac, « le faisant accompagner hors des terres de sa » subjection, afin qu'il y receût tout bon traictement et fût pourveu de ce » qu'il auroit de besoing pour son seur passage; » il lui fit en même temps présent de quinze cents écus *.

On a de Marillac un Sommaire de son ambassade vers l'empereur, que M. Ranke a donné dans un des volumes de son Histoire de l'Allemagne au temps de la réforme '.

Cet écrit est, d'un bout à l'autre, une critique passionnée de la conduite, des actes, de la politique de Charles-Quint.

' Lettre de révoque d'Arras à Simon Renard, datée du 24 septembre 1531 , à Augsbourg. (Papiers d'État de GranvcUe, t. III, p, 596.)

' Deutsche Gesrhichte im Zcitalter der lîeformntioii, G"' Band, pp. -185-499.

PHILIPPK II. US

Hariay 228.

232. — Lettres de TEveque de Limoges , ambassadeur en Espagne, du 3 juillet 1501 au 11 mars 1502.

In-fol., pap., 2t0 feuillcls, ocriliirc du temps.

Comme nous l'avons dit dans le tome I" ', levéque de Limoges, Sébasiien de PAubespine, suivit Pliilippe II des Pays-Bas en Espagne.

^'ous n'avons ici que la seconde partie de sa correspondance diplomatique durant son séjour dans ce dernier pays: nous ignorons où se trouve la première.

Les dépêches de l'Aubespine sont adressées à Charles IX, à Catherine de Médicis et au roi de Navarre, mais principalement à la reine mère.

Fol. 1. — A la reine, Madrid, 3 juillet lo61.

Sa Mnjesté Calholicqiie, avec l'aircction quil a asseurccment et démonslre en ce qui concerne la religion, va accommodant ses affaires et les regardant de fort près, tellement que soif conseil, qui est de gens telz que porte le |)aïs, estime le maistre !)ien heureux de le véoir seul en la chreslienlé roy d'aage cl d'authorilé, ayant Nostre-Scii^neur permis que le surplus des royaumes soient tombez en mineurs ou en qucnoilit; : i-ar de rempercur ilz ne le comptent point, pour estre assez bon, (pielqucfois à leur dévotion, quclquelois non, comme la passion de ses enfans va, et ce néantmoins sans ijrand pou\oir et facile à guidera cculx de son sang.

(À'pendant la princesse - fait estât de son neveu ', et ne se peult dire qu'il en faille ne penser ne cioire aullre particularité : car ce roy est du tout gaigiié, cl d'autant plus (|ue, le duc d'.VIvc et prince d'Kvoly cstans avec infini/, adbérens enncmjs à mort, <t maintenant balançant Icms favein's, ladiclc dame princesse, qui est line classez bien garnie d'amys , pour avoir esté sept ans gouvernante d'IIcspaignc, a réduicl son frère là, pensant cliascuu en faire un bouclier à l'avenir. iNe se parlant point de partir d'icy d'un an ou plus, tant le prince continue en la quarte, et le roy son père à son plaisir , pour les chasses qu'il a proches et assez d'autres bonnes cognoissanccs en ceste ville, qui pour cela ne le fotit pas estre mauvais mary , car il est des bons du monde.

' Pag. HO.

* Doîia Juana, sœur de Philippe II.

' Don Carlos.

il6 DEPECHES DES AMBASSADEURS.

Fol. 6. — Mémoire pour le roi, Madrid, 2/ juillet 1 S61 . L'évéque de Bologne, créature du duc de Florence, qui était nonce à xMadrid, a été révoqué et remplacé par l'évéque de Terracine, lequel avait été chargé d'une mission extraordinaire à cette cour il y a trois ou quatre mois seulement. En revanche le roi, pour complaire au pape, se dispose à rappeler de Rome le docteur Vargas. — André Doria est à Madrid : il aspire à la surintendance générale des galères : mais ^ il se peull asseurer d'estre aussi bien » refusé que son parent, tant les Espaignolz ont persuadé à ce roy, qu'ilz » possèdent du tout, de ne commectre charge importante qu'à eulx. »

Fol. ISv". — Au roi, Madrid, 21 juillet lo6i. On avait dit au roi que le roi d'Espagne songeait à lui faire la guerre. L'évéque de Limoges le tranquillise sur ce point; il n'y en a pas, selon lui, la moindre apparence. Il montre d'ailleurs, par le tableau qu'il fait de la situation de l'Espagne^ qu elle n'a pas plus de moyens pour armer que ses voisins.

Fol. 15". — A la reine, même date. La reine catholique se porte fort bien. Le roi continue à l'aimer et honorer autant qu'un bon mari le peut faire. — Il est parti, depuis deux jours, pour le Bois de Ségovie.

Fol. lo v. — A la reine, même date. Un dès plus grands joueurs d'échecs qu'on ail jamais vus, nommé Le Saffre, après avoir combattu toute l'Italie et le surplus du monde qu'il a visité, est venu à Madrid. Il a fait imprimer un livre que ceux qui s'y entendent disent excellent : l'Aubespine en envoie un exemplaire à la reine, sachant qu'elle prend plaisir audit jeu.

Fol. 16. — A la reine, même date. L'ambassadeur s'étend longuement sur une lettre que la reine avait écrite à sa fille et qui n'avait pas plu au roi. — « Le prince d'Hespaigne continue en sa quarte, qu'il eut encores » hier liuict ou neuf heures. Et au reste jamais ne divisa-Ion plus asseu- » réement du mariage de luy et de sa tante, qui, sans faire semblant d'y )) penser, en faict bien la belle et gaillarde : ne se parlant point de partir )) d'icy de longtemps. » — L'Aubespine sollicite avec instance son remplacement, « estant si accablé et débilité qu'il ne peut plus supporter » l'air. »

Fol. 33. — Au roi, Madrid, 12 août lo6l. On parle de l'envoi du duc d'Albe en Italie, pour être vice-roi de Naples et général de toutes les galères. Sa famille et beaucoup de ses amis tiennent la chose pour certaine, « quel- » ques sèremens que je luy aye veu faire de ne sortir jamais d'Hespaigne

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» sans son maislre. » Il nv (iondra pas au prince d'Eholi et à Erasso qu'il n'en soit ainsi: car par-là ils « domeurcronl roys. » Le duc d'Albe le sai( bien : mais il n est pas des plus riches, et les avantages quon lui fera pourront le déterminer. — Le duc Eric de Brunswick, qui est parti de iMadrid il y a trois ou quatre mois, assez mécontent, s'est déclaré pour les protestants, avec cent mille reproches de la manière dont il a été traité à la cour d'Espagne; il a vendu à monsieur d'Egmont ce que le roi lui avait donné en Flandre, en récompense du voyage de Saint-Quentin. Il ne fallait moins attendre d un prince si léger et si inconstant en ses déportements.

Fol. 57. — A la reine, même date. Il lui annonce la mort du seigneur de iMaingo\ al , chef de la maison de Lannoy, « auquel le roy calholicque a eu » un extrême regret, pour avoir esté grandement riche et des premières )) maisons de Flandres. laquelle par ce moïen se pert. pour tomber en » filles, estant en mesme temps la femme du prince d'Evoly accouchée )' d'une fille. »

Fol. 08. — \ la reine, même date. Accident grave arrivé à la reine d'Espagne :

Madame, le lendemain que partit M. de Carbonnières d'icy, par lequel j'ay eseript au roy et à vous, la ro\ne, ainsi qu'est sa couslume et celle d'Hespaigne, sortit pour s'aller promener en ung monastère de ceste ville, qui est de Saincte-Clairc, où ayant esté quelque temps, la princesse la vint trouver, et toutes deux laissèrent les lietièrcs où elles estoient venues, pour se mettre dedans ung fort bon coclie ouquel csloit seulle la duchesse d'Alve, se tenant la royne sur l'cslrier droict, et la princesse en l'autre, prenant ladicle duchesse des mains de la contcsse d'Lreigne la charge de sa queue; et ainsi, en compaignie de toutes les dames cl seigneurs qui ont accoustumé de la suivre, s'avança ung peu Sa Majesté hors de la ville, afin de véoir les champs, et, pour les cMrènics chaleurs qui régnent pai' deçà, prendre le frais, csiani desjà le soleil couchant, devisant avec ladieic princesse et duchesse, laquelle dict n'avoir oublié, ainsi que j'estime, de tenir ung bout de la queue. Toulesfois l'abillcment csloit grand et large, cl ladicle dame assize eniie deux roues, les pieds pcndans : pour ceste cause il estoit force aussi que partie de sadiele robbe parust hors du coche, qui fut occasion que l'une des roues de derrière accrocha , et en tournant s'en enveloppa , sans que la royne ne ladicle duchesse fussent assez fortes pour retenir, ne sachant d'où pioccdoit cest effort, lequel, au pris que ledict coche marchoit, alloil croissant, tellement qu'en ung instant il luy arracha et descousit par derrière tout le

bas de ladicle robbe aulour du corps, tant que ' Sa Majesté, ne |)ouvant

sousicnir ceste secouée, fut portée par terre et tirée de la force de la roue hors dudici estrier, avec e.vlième danger : car, avant que l'on s'apperceùt du mal,, le coche marcha encore dix ou douze pas, sans (oulesfois que la roue à laquelle cstoit attachée la royne, estant par terre, luy passast sus le corps, car comme Dieu voulut que par grand effort elle estoit sortie et tombée, elle s'en trouva esloignée de deux ou trois doids, que Nostre-Seigneur luy donna entre la vye et ung grand inconvénient. Et comme cela fust plus tost advenu ipie pensé, ainsi fut-elle rellevée et secourue et conduicie doulcement au chastcau, où le roy prompteincnl la vint trouver, sans que. Dieu mercy, estani au lict et visitée, il se irouvast qu'elle eusl mal aucun , sinon ung petit d'estonnemeni. Deux heures après elle souppa fort bien et, si la gaudissant le roy qu'elle refusoil de coucher aviec luy, le print au mot. Ce malin je l'ay veue debout en bonne santé, ayant , ce dit-elle, seullcmcnl les genoux escorchez.

D'autant que , sur l'heure et la matinée suivante , ce que dessus estonna fort cesie court, et que, partant ordinairement courriers les ungs sur les autres, j'ay peur que l'on n'en face au roy et à Vostrc Majesté l'yssue autre, je n'ay voulu intermectre d'en advenir Vostre Majesté : estant. Dieu mercy, aussi gaillarde qu'elle feust oiicques. Je l'ay ung peu preschée afin que cela la rende à l'avenir de plus en plus pensant à sa conservation, bien que ce soyent des accidens qui udviennenl en cesie vye aux plus sages , et telz que le |)lus advisé du monde n'eust sceu éviter.

Fol. 59 v°. - A la reine. .Madrid, 25 août 1361. La reine catholique et lui sont bien étonnés de n'avoir pas de lettres depuis deux mois. — Il rend compte « d'une colaire survenue en plaine table, depuis dix jours, » entre le nonce et l'archevesque de Séville -. grand inquisiteur en Hes- » paigne. qui est tenu pour seconde personne après le roy. estant ledict » nonce convyé de ht}', où Ion luy reprocha que le pappe favorisoit les » hérétiques, avec autres propos sur la prison de l'archevesque de Tolède % » que Vostre Majesté sçail estre pièça détenu : tellement qu'il y eut des » démentis donnez. Chose qui a fort empesché le roy catholicque pour troun ver moien d'adoucir ce qu'il sçait que le pappe prendra en fort mauvaise » part, veu que. passé longtemps. Sa Saincteté a, aussi bien que tout le col- » lége de Rome, avec quelque raison, une dent contre ceulx qui manient

' Il y a ici, dans le manuscrit, uhc phrase inintelligible.

' Don Fernando de Valdes.

' Fray Barlolonic de Caranza, i|ui avait été arrêté par ordre de l'inquisition.

» cesle inquisifion. (!i! laquelle ilz abusent tellement, à ee que disent les ») ministres de Sa Saincteté, que voluntiers enlreprendroient-ilz ung con- » Irerolle universel, avec peu de révérence à leurs supérieurs. » — Plus loin It^éque de Limoges parle « de la longueur dont use ce prince (Phi- » lippe II) en ses affaires, qui n'estime plus grande dextérité ne finesse de » l'instruction de son père, que de consumer le monde en sollicitations et » gaigner le temps par remises. »

Fol. 43. — An roi, !\Iadrid, S septembre 1S6I. La reine catholique est inquiète de n'avoir pas de nouvelles depuis trois mois. — Le roi est allé, pour cinq ou six jours, au Bois de Ségovie, préparer le logis de la reine, qu'il y veut conduire après la Notre-Dame, afin d'y passer un mois ou six semaines. - L'archevêque de Grenade, avec bonne compagnie d'évêques et de docteurs, est parti pour le concile de Trente.

Fol. 44. — Mémoire pour le roi, même date. L'ambassadeur s'étend assez longuement sur les moyens mis en pratique par le roi catholique, au grand déplaisir des seigneurs du pays, pour restaurer ses finances.

Le roy est résolu, allans après ccste festc à Segoviîi, iiieiicr le prince sou fiiz avec luy, et de là l'envoyer à Valanre et Taragoiie, où l'air est fort doulx et lempèrè, eslinianl que plus facilement passera-il là sa fièvre quarte qu'en ces contrées, où la chaleur de riiiver est accompaignèe de plus dliumiditè, en inlention aussi de conienir le pais et préparer, avec sa présence et de ceux qui racconipaigneront, les couriz ' et eslatz qu'il délibère y tenir l'an prochain : se trouvant Icdicl |)ouvre prince si affligé et tant exténué (|uc, s'il ne pcrt ce mal pour tout ccst hiver, la plus saine et commune opinion des médecins siens est qu'il s'en va éthique et sans grande espérance de l'avenir.

Fol. 47. — A la reine, Madrid, S septembre 1561. Après avoir parlé des dépêches que l'ambassadeur d'Espagne en France expédie quasi de six jours en six jours, et où il représente sous de sombres couleurs l'état du royaume, il dit :

Et semble que tclz advis seront occasion, puisqu'il y a si peu d'apparence en la santé du prince, que la princesse sa tante passera à ccste primevère en Flandres pour gouvernante, attendant là son neveu : qui est chose qui certainement s'est traiclée du roy ei pariny ces seigneurs, et qui, pour estre entre eulx secrète, ne s'est divulguée, en

' Courtz j cortès.

120 DEPECHES DES AMBASSADEIRS.

fnis^ant d'autre costé les principaux de Flandres telle et si soigneuse instance, ponr le pcn de respect que leur semble que l'on a à madame de Parme, et l'incertitude de la santé de l'empereur, que ne sera facile à Sadicte Majesté de plus retarder.

Fol. 53. — Mémoire de Févèque de Limoçjes et du S"" d'Ozances pour le roi. Madrid, /"' octobre 1 -56 1 . Catherine de Médicis avait envoyé à Madrid le S"" d'Ozances, pour justifier la marche de son gouvernement, dont on était très-mécontent en Espagne, et pour faire valoir les prétentions du roi de INavarre. Il est rendu compte, dans ce mémoire, de tout ce que les ambassadeurs ont fait et du résultat de leurs démarches. — Le roi leur donna plusieurs audiences ainsi que la reine. Ils virent aussi le duc d'Albe, Ruy Gomez, le confesseur, Erasso et Vandenesse. Ce fut le duc d'Albe que le roi chargea de traiter avec eux. En résumé, le roi et ses ministres n'acceptèrent pas les explications du gouvernement français en ce qui concernait la religion, et firent aux ambassadeurs les représentations les plus fortes pour que la reine mère adoptât un autre système. Il régnait à cet égard, jusque dans le peuple, un tel mécontentement, qu'un grand incendie ayant éclaté à Valladolid, par suite duquel plus de mille maisons furent réduites en cendres, on en accusa le roi de Navarre.

Fol. 64. — A la reine, Madrid, I" octobre 1561. Le roi catholique l'a chargé, à part, de supplier la reine de prendre la réponse qu'il lui fait par M. d'Ozances comme celle d'un fils qui l'aime et l'honore et souhaite la conservation de son autorité : mais on ne peut lui oler de la tète, non plus qu'à ses ministres, qu'une partie des lettres de la reine, même écrites de sa main, lui est suggérée par d'autres: et, en ce qui concerne la religion, que, selon eux, on travaille à pervertir en France^ « ilz sont merveilleusement » entiers et passionnez, mettant au bien ou mal d'icelle chez nous leur » entière fortune. »

.Madame, il seu)l)le que vous n'estes pas assés satistaicte de moy en ce qui concerne le mariage du prince, vous ayant mandé résolument ce que j'en scavois. Pour cela, madame, je ne lairrai lousjonrs à vous dire la vérité, non pas que je vous en veuille désespérer, mais vous l'eprésenler à l'œil l'asseurance que la princesse y a et tous les siens; et sans cela je sçay, comme je scay qu'il est ung Dieu , que Sa Majesté Calholicque se laisse soubz main entendre à l'empereur et au roy de Bohesmc, son cousin, qu'il désire sa fille aisnée, et, pour ceste cause, se négociant sourdement l'allée de la

princesse, rannée qui vieni, en Flandres. Elle veull, avant que franchir le saut et partir, faire boucler et asseurer ce mariage, dauianl que son neveu, estant encores si mal, ne peull partir si tost, l'envoyant maintenant son frère à Alcala, petite ville distante de six lieues dicy, pour la bonté et pureté de l'air et la commodité d'une fort belle maison

Fol 65 v. — A la reine, même date. Il n'a cessé, et encore en dernier lieu pendant le séjour de M. d'Ozances, de s'appliquer à ôter de l'esprit du roi catholique les mauvaises opinions et délibérations que ses ministres et autres lui impriment.

Mais, ce nonobstant, dit-il, à mon grand regret, il s'est tellement persuadé que la mutation de la religion qu'il lui est advis que l'on poursuit en France, tend à la destruction el brouillerie de ses Eslalz, qu'il en veult faire sa propre querelle et espouser cela comme ne se pouvant diviser de son mal. Et, pour vous en parler clairement, luy et ses ministres nous ont assez dict et faict entendre qu'iiz n'ont pas faulle damys et bonnes intelligences partout, jusques à dire à M. d'Ozances ouvertement que des quatre |)ars ils en seavoienl les trois

Fol. 72. — Au roi, Madrid, 4 novembre 1561. « Ceste court continue en » ses souspeçons plus que je ne désircrois pour le bien de vostre service, » crainte que, peu à peu, de là les choses ne viennent à s'aigrir, et entre » ceste nation, qui est intollérable et jalouse de son umbre, si avant en » defïîance qu'elle vous y mecte aussi , Sire, de vostre part... »

Fol. 72 V". — mémoire pour le roi, Madrid, 12 novembre fS6i.

.... Incontinent après le partcmentdc monsieur d'Ozenccs, le cardinal de Granvelle, par homme qui vint icy exprès, envoya ung pacquel du duc Erich de Brunschvich par lequel il renonçoyt le service des princes, renvoyant quant et quant ses lettres de retenue, avec assez de commémoration de l'ingratitude de laquelle l'on avoit usé en son endroit : ce que ceux-ey, pour la deffiancc qu'iiz se proposent de nostre costé, rccenrcnt et veirent fort mal voluntiers, car aussi au mesme temps entendirent que le conte de Schwatzbourg, cappitaine des gardes de leurs lansquenetz, naguières marié à la sœur du prince d'Orenge, monslroit en Allcmaigne voulloir faire le mesme : s'cstant escript que de France on l'avoil faiet solliciter par le ringrave ou autre des siens, et que le semblable se brigoit à l'endroit de la pluspart de leurs collonclz, tellement que lediet cardinal s'est persuade que l'on scroii aise, soubz prétexte de quelque nialeontentcment d'culx, faire travailler les Bas-Pays

m DEPECHES DES AMBASSADEURS.

la pnrt qu'iiz regardent l'Empire; et pour cesie cause icdict conte a charge de ce roy et lettres de créance de luy pour confirmer le due de Brunschvich au premier chemin de son service, remectant sus ses serviteurs la faulte qu'il y a eue en sa satisfaction, si aucune y est intervenue. Et depuis a esté despèchc le courrier de l'empereur qui estoit icy au mesme temps que monsieur d'Ozcnccs, vers Sa Majesté Impérialle , pour aussi l'ad venir de ce que dessus en Bohesmc, où il doibt estre maintenant, ayant donné à ce roy espérance de convoquer en bref les- oslatz de la Germanie en gcnéralle diette. Et sçavons que par mesme advis la pratique de faire venir icy aucuns des enfans du roy de Bohesme se continue, soubz donner ceulx-cy à entendre que, n'ayans enfans que le prince d'Hespaigne, lequel est si mal que chascun sçayt, succession leur appartient, et que pourtant il est plus qu'utille qu'en leur jeunesse ilz soient cogneus par deçà, pour s'y rendre plus agréables à l'avenir : s'entcndant pour certain qu'avec l'une des filles doibvent venir deux garsons et mesmes le fils aisné. Ce que j'eusse diffieilement creu si l'ambassadeur de l'empereur résidant icy et l'un de ses principaulx serviteurs ne m'en eussent confessé quelque chose, et aussi que nous sçavons que pièça ceulx de par deçà conduisent sourdement ceste menée, pour les avoir comme gaiges de la bonne volunté de leurs cousins, desquelz ilz ne peuvent n'avoir defl'lancc, bien que maintenant ilz me semblent estre mieulx ensemble qu'iiz n'estoient il y a ung an : procédant tout cela de la crainte en laquelle ceulx-cy se retrouvent, qui est occasion qu'iiz les caressent, gratiffîent et accomodent davantage, pour osier à nous et à tous les aultres ce qui se povoit mectre entre deux. Et à ce propos le roy croira, si luy plaist, que l'enlière charge de négociation de monsieur de Vieilleville près d'eulx a esté escriltc de point en point en ceste court et bien enrichie, soyt que le roy de Bohesme s'en soyt voullu à l'endroit de ceulx-cy prévalloir, ou autrement : joint que sa femme *, qui le gouverne, à ce que l'on dict, ung peu trop, ayme singulièrement ce roy et la princesse sa sœur, ne se passant mois qu'il ne voye - despcchcs importantes des ungs aux autres, lesquelles le cardinal de Granvelle conforte, pour estre grandement serviteur de l'empereur et en sa bonne grâce, d'autant qu'il tient cest article pour l'un des plus chers au service et conservation de Testât de son maistre.

Or, comme Sa Majesté Catholicque s'esludie de conduire ses affaires secrètement, depuis tout ce que dessus, elle a faict publier, par monsieur de Courteville, son seul secrélaire d'Estat de Flandres résidant icy ordinairement, qui est cclluy qui intervint en la paix, que, pour aucuns affaires siens importans, il luy esloit nécessaire aller aussi en Flandres. Et, comme il est mal disposé, est, ce néantmoins, parmy ceste belle saison, parti à ses journées, il y a sept ou huict jours, par commandement exprèz de

' Marie d'Autriche, sœur de Philippe II. ' Qu'il ne voye , qu'il n'aille.

Sa Majesté , laquelle n'a voullii ne à monsieur d'IIorne ' ne autres conimecire le fond de SCS plus intrinsèciues inienlions qu'à luy-, pour sur toul, advenant quelfjue (rouble par delà, instruire madame de Parme et lediet cardinal : dont il m'a esté autant impossible apprendre aucune particularité que ce sont cliarges commandées de bouche et à personnage tel,s'estant seullement sceu et veu que, trois ou quatre jours avant que partir, es heures d'après-disner que Sa Majesté se retire pour dormir, ainsi qu'il a de couslume, y a eu ordiuairement en sa chandire seul à seul lediet Com(cvillc,y estant entcrvenu une l'ois ou deux le duc d'Alve. Par où le roy croira, s'il luy plaist, qu'en ce que concerne leur Pays-Bas, ilz vont négociant etpourvoiant dilligcmment, soyl pour obvier à quelque inconvénient, ou de là nuire à quciq'ung. Asscurant sur ce propos Sa Majesté, pour la proximité et voisinance d'Angleterre, (|ue la roync s'entretient giandenient bien et dilligcmment avec ceulx-cy, quoyqu'cllc soyt différente de religion d'eulx, et comme attendant son occasion et ayant l'œil tousjours sur ce qu'elle pense luy cstre détenu, comme nous avons sceu parla dernière audience de son ambassadeur, qui faict icy fort sonner son bon mcsnage, l'argent qu'elle amasse et l'acquiet de ses dettes : venant en son lieu autre ambassadeur qui s'aiiciid d'heure à autre, avec quelque espérance de donner résolution de son mariage, (|ue l'on tient pour certain devoir estre de cclluy qu'elle a, ainsi que l'on dici, de longtemps estimé. En quoy ce roy la conforte et conseille tant (|u'il peult, afin qu'elle soit moins alliée et puissante, et ayt par conséquent plus de besoin de son assistance et amitié.

Mort à Madrid de l'évéque de Terracinc, nonce du pape. — Application du roi et de ses ministres à se procurer de l'argent. — Le roi est allé , depuis sept ou huit jours, visiter ses chasses du Bois de Ségovie. De là il se rendra à V^alladolid, pour juger des dommages qu'y a causés le feu, et y faire construire une belle et grande place carrée.

Peu après est aussi dcsiogé le prince son filz, s'achcminant à Alcala, pour y passer son hiver, en compagnie de don Jean d'Austrice et du prince de Parme: se tenant pour certain qu'il ne retourneia plus en cestc ville, mais que de là, comme c'est un acheminement poiu' Aragon , il marchera peu à peu oultre, si l'on véoit que sa santé le puisse porter, encores qu'il y ayt si peu de commencement que la mauvaise opinion que l'on a de l'yssue de sa malladic aye donné occasion au père de le faire changer d'air et mcctre plus en liberté. Que n'est pas peu d'cnnuy et peine à Sa Majesté, laquelle pensoyt s'en pouvoir servir en ses Estalz de Flandres

' Philippe de WonlmorcDcy, comte de Homes, qui avait suivi Piiilippc II en Espagne. • Sur cette mission du sccrélairc Courtewille voir la Correspondance de Marguei-Ue d'Autriche avec Philippe II, in-4», t. Il, pp. I et suiv.

Fol. 79. — A la reine, ftladrid, 4 novembre 1561.

Depuis la venue du dernier courrier qui arriva , au commencement du mois passé, la part de l'empereur, en ceste court, nous avons senti que les uns et les autres mectent peine de se serrer et estraindre leur amilié plus que de cousiume, pour cmpescher qu'on ne les divise et sépare; et semble, oultre la menée (|ui se faict d'attirer les enfans par deçà, qu'il y ayt entre eulx, fcust pour l'égard de la succession en l'Empire ou autrement, quelque négociation importante et cachée

Fol. 89. — Mémoire pour le roi et la reine, 12 novembre 1S6f. II a eu, le dimanche précédent, une audience du roi, qui a duré deux heures. Le roi lui a parlé fort bravement de la dangereuse tournure que prenaient les affaires de la chrétienté , et qui menaçait la France d'une prochaine guerre civile; il s'est plaint de la dissimulation de la reine mère, fout en protestant de son respect pour elle et de son amitié pour le roi très-chrétien. — L'évêque de Limoges l'a entretenu des prétentions du roi de Navarre; sur ce point il a été renvoyé au duc d'Albe, avec qui le même jour il a eu une longue conversation. Le duc lui a dit franchement que jamais le roi son maître ni aucun de ses ministres n'avaient été d'avis de négocier sur la demande du roi de Navarre, « pour ne tenir leur droit » doubteux ne difficile, » mais que, si ce prince voulait loyalement obéir à la reine et s'employer au maintien de la religion, le roi catholique lui donnerait un dédommagement tel qu'il aurait raison de s'en contenter. — L'évêque termine en sollicitant son remplacement.

Fol. 9S. — A la reine, Madrid, 12 novembre 1561. « Le prince d'Hes- » paigne, estant à Alcala, a perdu sa quarte, et sont passez trois accèz, » sans l'avoir sentie : qui cause icy ung réjouissement publicq. »

Fol. 97. — Au roi, Madrid, 28 novembre 1561. Le roi a été absent pendant sept ou huit jours, qu'il a employés à visiter ses chasses et le prince son fils, « nouvellement et entièrement gary de sa quarte. » — Avant son départ le roi avait donné audience à l'évêque de Limoges; le 27 novembre il l'a reçu de nouveau. Il lui a, dans ces deux audiences, répété ses doléances sur l'état de la religion en France. — L'évêque s'est aperçu que le roi et ses ministres attribuent à la cour de France les troubles religieux qui viennent de se manifester à Tournai et à Valenciennes.

Fol. 102 \°. — A la reine, même date.

Vous avez sceu, .Madame, comme le prince d'Hcspaigne est guary. Il samble

que sa lanle commence à mcctre sus le bon bout et avoir espérance de bienlost venir à fin de ce qu'elle prétend il \ a si longtemps : car ayant sceu qu'en cesie ville, en ung logis beau quelle y a, l'on asscmbloit nombre d'orfèvres pour faire ouvraiges de nouvelles mariées, j'en ay adverty la royne, qui trouve le semblable, et (|u'oullre cela elle se faiet tailler et faire secrètement grand nombre de riches iiabilz

Fol. lOG. — Leltre de Philippe II à la icine mère, sans date, mais envoyée avec la dépêche du 28 novembre Ij61.

Celte lettre est en espagnol. Philippe y rappelle à sa belle-mère les offices qu'il a si souvent faits auprès d'elle afin quelle remédiât aux choses de la reliiîion : « Quoique, dit-il. j'eusse été porté à les faire en vue de la » religion seule, comme y étant obligé et comme étant déterminé à mourir » pour elle, j'y ai encore été déterminé par la prévision que les mouve- >i menls religieu.v amèneraient aussi de grands changements dans les .> affaires temporelles , et que Votre .Majesté éprouverait les embarras qui » en résultent ordinairement pour les princes '. » Il engage la reine à prendre le chemin qu'il lui a si souvent conseillé^ éloignant de sa personne les amateurs de nouveautés et appelant auprès délie ceu.x qui suivent l'ancienne vérité dans le spirituel et le temporel. << Et que Notre Majesté " m en croie. — dit-il — car je lui parle comme un véritable (ils qui » l'aime à l'égal de lui-même*. » Catherine lui avait demandé de ne point accueillir à sa cour quelqu'un qui n'est pas nommé dans la lettre : il répond qu'il ne fera jaiuais aucune espèce d'accueil à personne qui aurait donné des motifs de mécontentement à la reine. « .Mais, Madaïue. ajoute- " t-il, les catholiques persécutés de tous cotés doivent trouver un refuge » quelque part, et Votre Majesté ne doit pas voir avec déplaisir que ce » soit auprès de moi, qui ne tromperai point leur attente tant que Dieu me » fera la grâce, qu'il me fait présentement, de connaître sa vérité comme

' Aunque por cUa sola (la religion) yo los liizicra, como tcngo obligacion y dcifrminaeion

de morir por ella,han sido siemprc tambicn antcveycnJo ([ue no podian (lascosas delà religion) de.xar de sentirsc juntamcatc en lo temporal grandes niudanzas, y seguirsc à Vucsira Magestad los trabajos que à los principes suelen venir délias.... «

* • Si V. M. no toraa el camino que tanlas vezcs le he pcrsuadido que tome, aparlando de si

los que buscan novedades y admitiendo los que en spiritual y temporal siguen la verdad anligua; y creame \'. M., que le liablo eo esto como verdadero bijo que la ama como à si mismo •

126 DÉPÈCHES DES AMBASSADEURS.

» je la connais '. » H s'excuse de parler si librement à la reine : mais, s'il lui tenait un autre langage, il ne se considérerait pas comme un aussi bon fils qu'il lest. Il la supplie, en terminant, de regarder beaucoup aux personnes à qui elle donne créance , atin de ne pas tomber dans des inconvénients auxquels elle ne pourrait remédier, même avec l'aide qu'il lui prêterait de ses propres forces, alors qu'en ce moment elle a le pouvoir de le faire seule avec tant de facilité \

Fol. m V». — Mémoire envoyé au roi par M. cVOzances, le 19 décembre IS6I ■ Il V est rendu compte de ce que les deux ambassadeurs ont néf^ocié avec le roi et ses ministres sur l'objet de la mission de M. d'Ozances. Le roi les a assurés de son intention de maintenir la paix avec la France, tout en exprimant son déplaisir de l'étal de la religion dans ce royaume et de ce que le connétable et d'autres anciens serviteurs de la couronne ont été éloignés du conseil. — Les ambassadeurs s'étant plaints de la conduite du S^^ de Chantonay, ministre de Philippe II en France, le prince d'Eboli dit à ce propos « que le cardinal, son frère % » et luv avoient ung naturel ung peu revéche, et que, pour ceste cause, » il sembloit qu'ilz vousissent escorcher, encore qu'ilz eussent intention » de gratter. »

Fol. 119 v. — A la reine, ^ladrid, 19 décembre 1d6I. On attend à Madrid le nouveau nonce du pape, qui est l'évèque Crivelli, de Milan : il n V a pas longtemps que cet évèque était soudart et ami du feu marquis de Marignan, frère du pape : c'est pourquoi S. S. le pousse et avance ainsi. — Un "cntilhommc de la chambre de l'empereur, venu en grande diligence, est à Madrid : les Espagnols disent qu'il a été envoyé pour le fait du concile et d'une diète qui se doit tenir en Allemagne : « mais s'entend-il » que son principal but est fondé plus sur l'entretien de ces deux maisons

i „ Pero , Sefiora , los calliolicos perseguidos de todas partes en alguna han de hallar refugio, y

deste no le pcsc à Y. M. que sea en rai, donde niicntras Dios me hiziere la merced, que agora me Iiazc, de conocer su verdad como la conozeo, no les lie de faltar »

s „ Vuestra Magestad perdone si le hablo tan clara y libremente, porque como esto es para

nosolros solos, no me tcrnia por tan buen bijo como lo soy, si no hablasse à V. M. tan abierlamcnte, â quien quiero tornar â suplicar mire muebo d quicn crée , para no venir à caer in inconvcnicntcs que ni sus fueroas, ni las mias junlas con allas, basten à remcdiallos, donde agora con tanta facilidad V. M. sola lo podri bazer •

' Granvellc.

» qu'aulrement, et sur l'ordre et résolution que Ion doit prendre d'au- )> cuns enfans du roy de Bohcsnie que ce prince demande pour faire » nourrir en llcspaigne. »

Fol. 120 \°. — A la reine, même date. La reine mère avait écrit à la reine catholique, afin qu'elle priât son mari de rappeler de France le S"" de (Ihantonay, dont elle avait à se plaindre. Le duc d'Albe a demandé à révèqne de Limoges d'excuser Chantonay auprès délie, assurant qu'il allait l'inviter ii se conduire de manière qu'il ne lui donnerait plus de sujet de mécontentement.

Fol. 122. — A la reine, 3 janvier 1361 (1562, n. st.). Le roi catholique est en un monastère où il a passé sa fête; il ne reviendra pas de sept ou huit jours, voulant, en l'observation d'un jubilé que le pape a envoyé à l'occasion de l'ouverture du concile, donner l'exemple à ceux du pays. — L'ambassadeur Vargas est remplacé à Rome par le S"^ de Çùniga ' , « qui » est comendador niayor d'Hespaignc, honneste et riche jeune homme,' )' filz d'un de Sugniga qui premièrement feust gouverneur de ce roy. » — Le duc de Sessa montre peu d'envie de retourner au gouvernement de Milan, à moins qu'on n'y joigne le généralat des cent galères qui séquipent. — Le duc de .Medinaceli, après avoir mal fait ses affaires et encore pis celles de son maitre dans le gouvernement de la Sicile, sollicite sa démission. — Le prince d'Eboli est occupé « à donner quelque os à » ronger au conte de Fery ' , lequel , par la folye de son mariage et des- » penses passées, se trouve icy si pauvre et accablé qu'il n'a espérance ne » recours qu'à Tung des gouvernemens que ce roy est forcé, entre cy et » quelques mois , distribuer. » — Don Juan Manrique n'a pas accepté la vice-royauté de INavarre; on le fait président du conseil des Indes.

II y a assez longlcmps qu'il se iiiunmire, et en boiis lieux, du niaiiagc de l'enipcrcur et de l'infante de Portugal, (illc de la feue roync Léonor, laquelle est si plaine de vanité, à la mode du pais, qu'elle le désire et sollicite sans diflicullé inlinimcnt, seullement pour l'honneur et tiltre; et si croy que l'empereur, qui, pour l'aage de l'un et de l'autre, n'en peult craindre les enfans et a bon besoin de sept ou huit cent mille escus qu'elle a comptans, no soit pas pour le fuir : ce que, iNIadame, est d'aulant plus

' Don Juan de Çûriiga.

• Fcria.

à croire que la princesse ' l'a dict à la royne vostre fille, el asscurc que la dispense en estoil desjà despécliéc par le pappe, m'ayant ladiete dame chargé vous le mander

Fo!. i2o \°. — A la reine, même date. Il lui rapporte ce qui se dit de don Carlos.

Le prince d'Hcspaignc est lantosl régénéré, car il engresse de sanlé et bonne disposition, comme la jeunesse, ajjrès une fièvre quarte, a de cousiume de lost réparer le mal passé; et, pour cesie cause, chascun va discourant de son mariage, blasmans les ungs celluy que sa tante poursuit fort et ferme, pour trop inégal en l'aage, elles autres le favorisant, comme elle a ung million de secretz serviteurs et est ad visée, s'il y en a au monde. Si est-ce qu'il semble , depuis les derniers advis de Flandres, où on le veult fort attirer, que ceulx des Païs-Bas ne sont pas de ceste opinion, ains de le marier en Allemaigne ou autre lieu de leurs voisins

Estant tombé en ce propoz, j'achèverai, Madame, de vous dire ung petit discours que je tiens de bonne part et de personne qui n'estoit pas loing du prince, quant il l'a tenu à Alcala il n'y a pas quinze jours, estimant que vous sçavez que son gouverneur se nomme don Garcias de Toledo, lequel a ung filz qu'il favorise beaucoup, pour l'ordinaire conversation que peuvent avoir les enfans de telz gouverneurs. Ceslui-là luy dcmandoit librement, sans autre propos de la bonne chère qu'ilz fcroient en Flandres, après y estre passez, s'il ne se marioil pas avec sa tante, comme chascun tenoit par deçà, el quelle volunté il luy porloit. A quoy ce petit homme respondit, comme il est bizarre et capricieux, s'il y en a au monde, que plustost se lairroit-il mourir, si son père l'y voulloit forcer, pour ne l'aymer en façon que ce feust, mais que, pour sa grandeur cl avoir lillre et moien d'estre es Pais-Bas quelque chose plus que lieutenant de son père, qui estoit jeune et duquel il ne pouvoit de longtemps attendre grands Estalz, il avoit l'œil en ces termes sur la royne d'Escosse, pour la cognoistre belle, saige et bonne ealholicque et maisiresse de ses droilz, alléguant ce que luy en avoient dict les seigneurs qui l'a voient veue en France. Vous ne croiriez pas. Madame, combien il est ambitieux et a envye de commander. Aussi ce que je vous en mande n'est pas en l'air, car, autres fois que j'auray le moien de vous dire comme je le scay, V. M. cognoistra que c'est des personnes mesmes, non pas que là-dessus j'arrcsle autre fondement: car le prince, à quelque parti que son père se résolve, ne fauldra d'y obéyr; mais ce ne sera pas sans luy faire espouser quelque héritière, si la menée que sa tante conduit.ne rénsiit. A quoy la royne ealholicque l'assiste et donne couraige tant qu'elle

' Doua Juana.

pcull, n'oubliant en cela rien de ce qu'encorcs, par une petite lettre de vostre inaiii, V. M. se souviendra, s'il liiy plaist, luy avoir escrit.

Fol. 154. — A la reine, 20 janvier io62. Dans une dépêche précédente ^^dii 3 janvier) lévéque de Limoges disait que les Français qui apportaient des livres en Espagne ou y parlaient de la religion couraient risque de la vie, car l'on ne pouvait croire à quel point allaient la violence et la vigilance de l'inquisition. Il écrit ici :

Il n'y a François , en quelque ville ne lieu de ce royaume, qui n'ayt son surveillant et famillier qu'ilz appellent icy, leipicl a l'œil sur ce qu'ilz font quant à la religion, et en sommes depuis dix jours tombez en grande peine en eesie court, où l'inquisilioii a prins Bobuze, apothicaire de la royne, beau-frcre de monsieur Burgensis, médecin du roy, estant accusé par ses gens, hoste et hostcsse, de luy avoir veu assez indiscrèlement, conmic ilz maintiennent, quelques livres en François parlant de la religion.... El quoyque j'en fasse instance au roy calholicquc et à tous ceulx de par deçà, je nay response autre de S. M. que, si c'estoit son propre fdz et qu'il eust en cest endroit |)éché, il le feroit morir.... Chose qui travaille beaucoup la royne vostre fille.

Fol. 13o v». — A la reine, même date. » Le prince, ayant esté quicle

)• de sa quarte ung mois tout entier, s'est si mal gouverné, soyt par ceste » faulfc. ou par nestre pas de guères bonne habitude, qu'elle l'a reprins, » et jà en a eu six ou sept accès plus roiddes que les précédans : chose » qui a donné beaucoup d'ennuy à son père et à ceste compagnye. Pourtant

» je ne sçay si cella retardera le voiage de Monzon » — Il est heureux

d'apprendre que la reine a désigné M. de Saint-Suplice pour venir le remplacer, et il l'en remercie.

Fol. 140. — Mémoire pour le roi, 27 janvier loB^. Ce mémoire roule principalement, comme la plupart des dépêches précédentes, sur les explications que lévéque de Limoges a échangées avec le roi et le duc d'Albe touchant l'état de la religion en France, l'ambassadeur s'efforeant toujours de justifier ou tout au moins d'excuser ce qui arrivait dans ce royaume. — Les ministres espagnols étaient dans une grande défiance et ne négligeaient rien pour être au courant de ce qui se passait. X Le duc d'Alve m'a librement confessé qu'ilz vacqucnt pour estre advertis » par tous moiens, considéré ce qu'il importait à leurs Eslatz si proches;

» aussi que cestc inquisition, qui est. de richesses, biens et nioicns, autre » que l'on ne pouvoit pas croire en France, a partout, jusques dedans » l'Allemaigne et parniy nozgens, ses depputez et surveillans.... : qucst » 1 occasion pour laquelle ilz usent dune vigilance extrême en leurs portz ï et passaiges , telle qu'il n'entre chose qui puisse cacher ou receler ce dont » ilz se defTîent. qui ne soit visité. » — L'ambassadeur d'Angleterre venu pour remplacer M. Chambellan s'est plaint qu'à Laredo on ait visité tous ses serviteurs, ouvert et fouillé ses coffres, saisi ses livres, que linquisition ne lui veut rendre. — Dans les prisons de Saragosse, Valence et Barcelone il y a soixante à quatre-vingts Français, pauvres gens de petite qualité . pris par les inquisiteurs depuis peu de temps. Ils ont eu recours à l'ambassadeur : mais il ne pourra pas les aider, a car jamais Sa Majesté Catholicque » ne respond ne s'empesche en telles occurrences. » D'après une lettre écrite par don Garcia de Tolède, gouverneur de Catalogne, ces pauvres gens, « d'une trop grande simplicité, pensans estre chez eulx, parlent et » tiennent des propos qui n'appellent que la mort, à la façon de ce pais. » — Il parait certain que l'empereur est disposé à envoyer en Espagne deux des enfants du roi de Bohème. Le roi catholique voudrait, outre un (ils et une fille, un second fils : « ce que. possible, daultanl plus aisé sera que le » prince d'Hespaigne, qui avoit perdu sa quarte, en est travaillé comme

» devant : inconvénient qui retardera nostre voiage de Monçon Dont le

» père porte un ennuy incroiable, bien que les médecins luy en donnent •> bonne espérance, pour avoir commencé la maladie à changer et varier,

» comme elle a faict »

Fol. 147. — A la reine. 27 janvier loôi. Les affaires de la religion en France font encore la matière principale de cette longue lettre. — Le roi catholique parait plus disposé qu'auparavant à donner un dédommagement au roi de iNavarre, sans dire lequel. — Il accepte l'entrevue désirée par la reine mère. — A propos de l'époque probable où elle aura lieu, l'évéque de Limoges fait l'observation suivante : « Ces gens-icy sont si longs en n tous leurs déportemens. et ont tant en la teste qu'il n'y a finesse en ce » monde que de gaigner le temps, qu'ung an leur est un jour. » — Un gentilhomme du duc de Savoie, espagnol, nommé Vargas, est en ce moment à Madrid, pour une mission dont le duc Ta chargé. — L'évéque de Limoges sollicite plus que jamais son rappel.

Fol. 1.^)4. — A la reine, .Wadrid, 31 janAi'er 156^. Le roi catholique désire toujours l'entrevue avec la reine mère. — Ses ministres continuent de prolester de ses sentiments d'amitié pour Leurs Majestés Très-Chrétiennes, tout en blâmant l'ascendant qu'on laisse prendre en France aux huguenots.

Fol. 156 v. — A la reine, même date. On avait parlé de la Sardaigne pour dédommagement au roi de Navarre; l'Aubespine écrit : « Asscurez-vous, » Madame . qu'il n'en est rien, car le roy me l'a faict dire; et le duc (d'Albe) » dict que jamais ilz n'y ont pensé ne ouy parler, et. quant il le voudroit, " qu'il ne scauroit. car elle est de la couronne d'.\ragon. qui n'en permec- » troit jamais l'aliénation; et bien qu'elle le voullust,Sa Majesté Catholicque » délairroit aussitost Sicile etNaples. estant l'isle qui est entre cy et là seulle » garde, eschelle et protection de ce qu'ilz ont en Italie : me disant le due » qu'elle ne vault que xxv mil escus de rente, mais qu'ilz l'estiment ung >> million, pour commander à tous et donner paix au maistrc par tout » ce qu'il tient. » — Dans cette lettre, comme dans toutes les autres, l'Aubespine engage vivement la reine à se conserver l'amitié du roi catholique.

Fol. 161. — Au roi, Madrid, 16 février 1562. Toujours sur l'étal de la religion en France et les défiances qu'il excitait chez les ministres espagnols: « Hz tiennent pour certain, dit l'évéque de Limoges, si le temps n'ameine u mieulx. qu'enfin tost ou tard il ne pourra sortir que guerre et Irouble, « faisant leur discours et but tout ce conseil , encores que ce soit sans fon- » dément, que ceulx qui changent la religion ne tendent qu'à se rendre » maistres des forces du royaume, par ce moyen s'attirer les hommes,

» crédit et argent, et de tout cela se servir contre eulx et leurs Estatz

» Et n'y a longtemps que de leurs principaulx du conseil me reprochoient. » en divisant, qu'ilz ne sçavoient plus quelle confiance prendre de la

» royne ', d'autant quelle sembloit se laisser aller du tout à ccste part »

L'ambassadeur tient toutefois pour certain que le roi catholique ne désire. en façon que ce soit, rompre la pai.x avec la France : « car, aymant Vostre » Majesté et la royne comme il faict, et luy allant aussi en telz accidens de » la moitié de la peur, je ne crains point d'asseurer Vostre Majesté de sa » bonne volunté en cest endroit, proveu que le mesme s'observe par delà,

' Catherine de Médicis.

132 DÉPÈCHES DES AMBASSADEURS.

» et que, soubz couleur de la religion, on ne Tanimenast en ung péril évi- » dent et proche de quelque guerre, que fust occasion de le faire changer » de délibération. » — Ce sont les appréhensions nées de la situation de la France qui ont engagé le roi catholique à resserrer ses liens avec ses amis et à se créer de nouvelles alliances. De là cette conformité de vues entre lui, l'empereur et le pape touchant les affaires du concile et d'autres, « dont j'ay veu, l'an passé, l'empereur, ses enfans et ceulx de par deçà )> assez esloignez : mais la crainte qu'ilz ont eu d'un tiers, et comme ilz » se mettent en la teste qu'avec le temps ilz ne peuvent attendre , du ma- » niment qui est pour le jour d'huy au royaume, qu'ung certain oraige. » les resserre et unist plus qu'il ne seroit besoing pour vostre service, » ayant, par ce dernier courrier parti sur le commencement de janvier de » Praga, où est l'empereur, esté mandé que asseurément sur ce renouveau

» trois des enfans du roj' dé Bohesme passeroient en Hespaigne n —

A propos du duc de Florence ', l'ambassadeur fait la remarque que le prince d'Eboli lui est autant ennemi que le duc d'Albe, qui est parent de sa femme , lui est favorable.

Fol. 16.5 V». — A la reine, même date. Le comte d'Albe', grand maître de la maison de la reine, est décédé il y a deux jours. — « Le prince » d'Espaigne, ayant eu ung accèz pénultiesme de sa quarte bien vingt et 1) quatre heures, s'est en ces deux derniers mieulx porté, et semble que » son mal vousist par ceste violence prendre congé : car les nouvelles que » nous avons disent que hier son accèz luy faillit du tout, ainsi qu'il feit » il y a deux mois, ne pouvant ceulx qui s'y entendent ne recevoir ceste <( variation pour bon signe et manifeste qu'il yra tousjours sur le renou- » veau amandant : qui sera occasion, si ainsi est, que ceste année Sa Ma- » jesté ne pourra différer le voiage de Monçon. » — Arrivée à Madrid du comte Fulvio, en qualité d'ambassadeur du duc de Ferrare, et depuis du comte de Pont-de-V^aux, envoyé par le duc de Savoie avec la nouvelle de l'accouchement de la duchesse. — L'évéque de Limoges regrette de n'avoir pu obtenir une solution dans une affaire relative aux Pays-Bas dont il a été chargé par le cardinal de Lorraine : « mais. Madame, dit-il, la coustume

' Cosmc de Médicis.

' Beau-frère du duc d'Albe.

» de ce prince n'est pas, jusques aux moindres choses du monde qui dcp- » pendenl de ses Estatz esloignez. rien accorder sans premièrement en » sçavoir l'avis et opinion du gouverneur qui est sur les lieux. •> — Il renouvelle ses instances pour être remplacé, vu son état de maladie.

Fol. IGC V». — A la reine, 13 février lo62. Très-intéressante lettre sur ie comte d'Albe, la reine Elisabeth, la division qui règne entre les ministres, le mariage projeté de don Carlos, etc.

Madame, je pense vous avoir assez esclareie, s'il vous plaist bien poiser la lettre que j'cscrips au roy, du fondement et but que ceulx-cy tiennent en leurs desseings: par où j'estime que recognoislrez que, conduisant les affaires du roy en la douceur qu'il vous .t pieu jusques à niaiiilcnant, il n'en peult venir de manifeste inconvénient. Kt cependant je ne voudrois point cnlicr avec leur ambassadeur à ainsi me travailler à luy iliseourir ce qui est de l'eslablissement de nosire royaume, car il suHîst que l'on leur en donne part, comme à amys, par communication et non autrement, alin que ledict ambassadeur n'en face pas le grand, ne estime qu'on luy en communicque pour ne s'en pouvoir passer.

La mort du conte dAlve, qui icnoit en ceste court grand lieu, pour cslre charge principallc en Hespnigne, est infiniment regrettée de ses amys, cl peu des autres, et iiomméemeiU de Ruy Gomcs et de sa bande, pour le peu damilié quiiz portent à oeulx lie Toledo, et pour aussi m'avoir confessé le prince d'Evoly que le conte d'.\ive , lequel il avoii avancé en ceste court cl charge, l'avoit trompé et du tout délaissé depuis quelque temps; et, pour ceste cause, est après à y meclre homme de sa main, et le duc aussi au contraire : chose qui importe. Madame, beaucoup à la royne vostre fille, car, pour dire la vérité, le conte d'Alve a fort lirannisé ceste maison jusques à sa mort, et nestoit tpi'il conmiençoil à cognoislre ses faulles, ne seroit pas beaucoup à plaindre. Il vous plaira, .Madame, afin que les ungs et les aultres mecieni peine de servir la royne en ceste élection , escrire au duc l'cnnuy que vous avez reeeu de la mort d'ung si bon frère qu'il a perdu, estant aussi si notable serviteur de la royne, et le prier vouloir tenir la main, puisque Dieu la ainsi permis, que ladictc dame soit servie d'autre personage qui luy puisse donner contentement, et en parler en ces termes à leur ambassadeur, qui est du tout au duc d'ailleurs. Aussi, Madame, d'autant que je me doubte que le prince d'Evoly aura en cecy plus de part que le duc , la royne vostre fille désire que vous luy en escriviez, mectani quelquement en la lettre l'ellection passée, afin que ceslc-cy soit mieulx establie et entièrement au contentement de la royne et de ce qu'elle ayme; et désirerois qu'il vous pleust, Madame, par le premier pacquet, m'adresser lesdictes deux lettres , qu'il n'est besoin estre escrittes de vostre main : mais , s'il vous

plaist, ne parlez pas aiidict ambassadcui- de Iliiy Gomes ne de luy en avoir rien mandé, car ces seigneurs sont si divisez entre euix que ce que l'ung aynic est abominable à l'autre. .l'en av desjà commimiequé avec ledict Ruy Gonies, qui iVanchemenl me dist qu'ilz garderoient bien de se laisser en ce choix tromper comme ilz avoient faict cydevant. Et pour eeste cause, voz lettres, Madame, y ayderont grandement, d'autant que Sa Majesté Catholicque n'est pas si Iiattive en ses affaires qu'elle vienne à s'en résoudre si test : vous suppliant de croire, Madame , que cecy est de telle importance à la royne vostre fille que là-dessus va une partie de sa grandeur, satisfaction et contentement. De sa pari elle n'y oubliera rien. Mais ceulx qui conduiront eest affaire se contenteront beaucoup d'en estre priez par Vostre Majesté : laissant ceulx qui sont retournez d'Hespaigne et qui ont eogncu, comme madame de Clairmont, les occurrances passées par deçà de|)uis deux ans, à vous dire, Madame, combien l'élection qui s'en feit premièrement a faict avaller de mauvais morceaulx et ennuys à la royne et à tous ses serviteurs. Il est vray que, ayant le pied en l'estricr comme elle a et sans plus de besoin de tuteur, elle se délibère bien de mener ccjluy qui viendra d'une autre sorte que son prédécesseur, comme je vous supplie très-humblement luy escrire, notamment afin qu'elle luy commande , ainsi que son mary vcult, sans se laisser tant aller, et quant au demouranl, elle prenne garde et vueille véoir les despenses que passent en sa maison tous les mois, comme elle a connnencé puis peu de jours, car le roy l'en estimera davantaige, et ainsi ne lairra pas tiranniser sa maison par ung seul. Elle verra l'argent quelle aura et le bien qu'elle pourra faire à ses serviteurs, pour en disposer à sa guise : ce que par le passé on luy a voulu cacher et déguiser, tellement que celluy qui avoit ceste charge estoit plus que roy, donnant et disposant de tout, ce que peu à peu eust faict estimer ladicte dame de peu de cueur et jugement; et sçais que le roy et ceulx de son conseil ont trouvé très-mauvais le pied que ledict conte avoit prins au jeune cage de la royne, entrant en ce nouveau monde, qui estoit occasion que sa maistresse le res])ectoit et quasi craignoit. Ce qu'il fault, Bladame , s'il vous plaist, remédier, ainsi que Sa Majesté est bien délibérée.

Il y a ung autre point aussi notable, qui est que elle a jusques à maintenant laissé donner quasi tous les estatz vaccans en sa maison sans propos ne raison ny sçavoir à qui ne quoy. Que Vostre Majesté luy en face faire ung bon mémoire, s'il vous plaist, bien escrit, afin qu'elle puisse entendre et miculx s'accommoder à vostre volunté et à ce que elle est desjà bien préparée, car rcnfournement de ceste nouvelle provision fera ung establissement à Sa Majesté pour d'icy en avant.

Au reste. Madame, ces jours passez, estant arrivé courrier exprès de l'empereur, le roy catholicque envoya à la royne une lettre de la royne de Bohesme par laquelle, entre autres propos, ladicte dame luy eseripvoit qu'elle la supplioit de sa bonne grâce et vouloir avoir, comme elle cognoissoit la sincère affection qu'elle luy portoit, ses enfans

pour rcconiinaiulez, et enlre autres ;;;» fille aisuée, qu'elle dcsircroit iiifiiiiineiil avoir, avec le prince trUespaignc , la niesme part que la royne vostre fille avoil avec le roy son frère : la requérant de luy en parler, moiennant (|ue ee feust sans préjudice de la princesse sa scur, laipiellc elle enlendoil lousjours cstre préférée en ce mariage, mais que, cela faillant, il ne luy esloit pas advis que Leurs Majestcz, pour la perpétuité de leur amitié cl si proche parentage, peusscnt mieulx s'arrcster. La royne là-dessus en devisa avec la princesse, solTranl foil à elle pour lavancemcnt tie son mariage, et trouva que la lettre que sa seur luy escrivoil portoit le mesme : sur quoy ladicle princesse supplia Sa Majesté de ne laisser pas d'en parler au roy, cl que , quant à elle, ne pouvoit espérer ne rien prétendre à l'endroit du prince, monslranl, comme elle est sage et modeste, cstre en intention de demeurer toute sa vye en viduilè, encores qu'elle le dist totalement contre ses intentions : ce qu'aussi la royne blasmoit fort, continuant à luy faire instance de s'en déclarera elle, et vouloir qu'elles deux entreprinssent cela près Sa Majesté, comme, de sa part, elle feroit avec toute la dextérité et vigilance dont elle se [)ourroit adviscr, pour l'infinie envye qu'elle avoit de ne se véoir jamais autre compaignic. Mais, Madame, elle ne la sceut vaincre, dérnonstrant ladicte princesse quelque desdain et meOiance de ee qu'elle a espéré jusques icy, soyt poui- le peu d'amilic que le prince luy |)orte, ou autre secrète occasion : tellement que leur résolution fut qu'elle ne laissast decomniunicquer avec le roy son mary, suivant toutesfois le contenu en la lettre de la royne de Bohesme. A quoy ladicle dame, la niiict suivant, obéist, mais plus dexlrenient, car en premier lieu elle mist, sans loulcsfois leur en rien dire, madame sa seur la première avec assez de bons arguments qui ne luy faillirent pas en matière qu'elle a tant à cueur, puis passa à la princesse contrairement à la requeste de la royne de Bohesme, laquelle d'ailleurs en avoit escript audict seigneur roy. La substance de toute la responce fut comme de coustume et telle qu'elle est ordinaire de ceulx qui, soubz couleur d'im bon mariage, désirent d'entretenir ung chascun sans désespérer personne jusques au prendre, remonstrant Sa Majesté à ladicte dame que le temps et la disposition du prince scroicnt occasion qu'il y penseroit, et non devant, n'ayant jusques à présent, et premier que véoir sa santé et le plain acliemincment d'icclle, voidlu ne projeclc se fermer en chose sur laquelle nul ne pouvoit faire fondement. Qui sont projios que ladicte ilame a voulu que je vous escripvisse, JLndamc, afin que par le contenu d'iceulx vous pcussiez juger qu'icy l'on prendra le meilleur et cclluy qui sera, en biens et seurelé d'Estatz du Pays-Bas, plus utile, comme il semble (juc non-seulement le conseillent ceulx de par deçà, mais tous autres ministres de Sa Majesté qui en sont interrogez.

Lorsque les enfans du roy de Bohesme seront en Ilespuignc, comme il n'y aura faulte lesté prochain , j'estime que de part et d'autre ilz résouldront ce qui sera poiu' l'entretien et establissemenl de leur maison ; s'entendant de l'ambassadeur de l'cnipercur qui est de présent en ceste court, l'ung des hommes de la chreslienté qui a

136 DÉPÈCHES DES AMBASSADEURS.

autant de part près ilc son niaislrc, que rempercur dernier, mourant, avoit chargé son fdz, au cas que le mariage de la princesse sa fille ne vint, pour les ans ou autre discommodité, à effect, que surtout l'on eust à prendre l'aisnée fille du roy deBohesme, et allier et serrer ces deux maisons avec tout soing et dilligence, afin d'enipeschcr qu'à l'avenir les estrangers ne feussent part pour les diviser et séparer.

Fol. 170. — A la reine, Madrid, 20 février i?)62. Cette lettre roule presque entièrement sur les prétentions du roi de Navarre et les négociations auxquelles elles avaient donné lieu dans les derniers temps. Il en résulte que Philippe II avait formellement promis de dédommager le roi de Navarre de la perte de ce royaume, aux deux conditions suivantes: 1" que les prédicants fussent éloignés de la cour de France; 2° que ceux du conseil qui les favorisaient, nommément le cardinal de Chastillon et l'amiral de Coligny, s'en absentassent. Mais Philippe ne s'expliquait pas, non plus que ses ministres, sur le dédommagement qu'il donnerait.

Fol. 174. — A la reine, Madrid, 25 février 1562. Catherine de Médicis croyait avoir à se plaindre du roi catholique; elle supposait que lui et ses ministres travaillaient à ruiner son autorité et son crédit; elle en écrivit en des termes très-vifs à l'ambassadeur. L'évêque de Limoges lui rend un compte détaillé, dans cette lettre, d'une audience qu'il a eue du roi et d'une conférence avec le duc d'Albe sur les sujets de préoccupations dont elle l'a entretenu. Le roi et son principal ministre lui ont fourni les explications les plus satisfaisantes; tous deux, au contraire, placent surtout leur confiance dans la reine mère pour le redressement des affaires de la religion en France. — La politique espagnole est exposée en ces termes par lévéque de Limoges :

Ceulx-cy ne veullent, en façon que ce soyl, abandonner les calholicques, tenant le roy et V. M. pour bulz et pilliers. De cela la raison est premièrement fondée sur la grande religion et dévotion infinie de ce prince; l'autre, qu'il pense et tient pour tout arresté en son conseil que, laissant perdre les calholicques chez nous, il sera inconlinenl en guerre, et qu'il vault niieulx csire fort avec culx que foiblc et tout seul; qu'en, ce faisant, aussi, le roy de Navarre et tous ceulx qui sont de l'opinion nouvelle croistront moins et ne luy feront la guerre. Et si V. M. en eest endroit me réplicque comment ilz luy feroient la guerre, puisqu'il veult donner récompense, estans calholicques, je rcspondray. Madame, sauf vostre correction, que je n'en croy rien, et que, fortifiant ce

PHILIPPE II. i37

roj les caiholieques, il tend à trois effctz : aux deux premiers, qui csl de conservaiion de la foy et de ses Estatz, et aussi d'appaiser et tenir en bride le roy de Navarre.

Le duc d'Albe a été nomme grand maitre d'hôtel de la maison de la reine, en remplacement du comte d'Albe : la reine en est très-satisfaite. — Grand éloge de cette princesse: amour que lui témoigne son mari.

Fol. 181. — A la reine. Madrid, 9 mars 1562. Suivant les instructions de la reine, il a sollicité le roi, le duc d'Albe et le prince d'Eboli de déclarer le dédommagement qu'ils veulent offrir au roi de iNavarre, puisque le prince fait ce qu'on a désiré de lui; il n'a pu obtenir jusque-là que des réponses évasives. — Le comte de Pont-de-Vaux repart dans deux ou trois jours pour la Savoie ', avec Vargas, que le duc avait précédemment envoyé à 3Iadrid pour ses affaires '. — Il termine en remerciant la reine de lui avoir donné un successeur, et en la suppliant de hâter lenvoi de celui-ci.

Fol. 187. — A la reine, même date. Le roi, le duc d'Albe et Ruy Gonies lui ont formellement déclaré qu'il ne s'agit pas de donner la Sardaigne au roi de INavarre. malgré tout ce que le S' de Chantonay a pu dire à Paris. — Le duc de Ferrare avait fait agir le duc de Savoie afin d'obtenir, par son entremise, la main de la princesse de Portugal : mais dona Juana a rejeté bien loin cette recherche. « qu'elle tient pour trop basse et » petite pour sa qualité, comme elle ne peult estre d'autre passion, estant » de ce pa'is et nourrie en la fumée et vanité de Portugal. »

D'ailleurs elle est tant persistante et ferme à ce qu'elle attend et poursuit du prince, quoyqu'elle saiche le peu d'affection qu'il luy perle, qu'elle n'est pour, en façon que ce soit, se laisser aller à autre inclination ne pensée. — Le genlilhomnie qui arriva hier d'Alcala, où est le prinee, appoita à la royne et au roy nouvelles que les deux derniers aeeèz de sa quarte ne s'esloient nullement peu juger des médecins, ny de luy-mesmes, pour malladie, tant ilz feurent facilles et avec ung peu de mal de teste seuUement, sans aucun froid ne challeur, tellement que, continuant cela sur ee renouveau, nul ne faici difficulté qu'il ne soit en fort bon chemin : qui est d'autant plus d'occasion à la princesse de ne penser ailleurs, tant que ceste allenle la derrivecl trompe de tout.

' Il ne partit que le 26 mars, suivant la lettre de l'évcquc au roi du 2").

' Le duc de Savoie avait, en outre, un ambassadeur résidant à Madrid dans la personne du S' de Caaconnat.

158 DÉPÈCHES DES AMBASSADEURS.

Le roi est toujours décidé à avoir son entrevue avec la reine mère, lorsqu'il ira tenir les cortès de Monzon.

Fol. 189. — A la reine, même date. Il lui répète ce qu'il lui a dit dans une lettre précédente, qu'il regarde comme un leurre la promesse faite par le roi catholique et ses ministres de dédommager le roi de Navarre.

Fol. 192. — Au roi, Madrid, 2o mars IS62. Le roi catholique est Irèssatisfait des mesures qui en dernier lieu ont été prises en France; il a chargé l'ambassadeur d'en remercier LL. MM. Tï. CC. et de les engager à persévérer dans cette voie. — Il est parti, depuis cinq ou six jours, pour aller passer les fêtes au monastère de Guisando, où il fut aussi l'année dernière.

Fol. 197. — A la reine, même date. Le roi a dit au duc d'Albe qu'il espérait bientôt le décharger des fonctions de grand maître de la reine. Ruy Gomes voudrait qu'elles fussent données au duc de Medinaceli, qui est en Sicile; à son défaut, il a jeté les yeux isur don Garcia de Tolède, gouverneur du prince d'Espagne, « qui est ung petit homme assez fascheux, » et que le père désire oster, pour sçavoir que son fîlz ne l'a pas fort à » gré, estant peu d'accord avec le duc d'Alve, encores qu'ilz soient de » mesme nom et maison. » — On a parlé du comte de Feria, que la reine désirerait infiniment, « pour estre homme d'honneur et vertueux : » mais, comme il ne s'est pas trop bien gouverné en ses propres affaires, il est peu vraisemblable que le roi le choisisse. — « Le prince d'Hespaigne se » porte mieulx et quasi du tout hors de sa quarte, de laquelle peu sou- » vent il se ressent : toutesfois, pour en avoir esté affligé si longtemps, l'on » n'y peult encores avoir garison que l'on puisse appeler certaine, pour » estre exténué comme il est »

Fol. 198. — A la reine, même date. Il a de nouveau supplié le roi catholique de s'expliquer sur le dédommagement du roi de Navarre : mais il n'a obtenu d'autre réponse que celles qui lui ont été données précédemment. — Il continue de douter de la sincérité des promesses faites à cet égard. — A propos de la convocation des cortès de Monzon dont on parle, l'ambassadeur dit que le roi « pense leur rongner les ongles et assez retran- » cher de beaucoup de privilléges et libertez qui les rendent braves et » demy-afranchis et peu estimant le maistre aussi bien que ceste nation » de Castille, de laquelle ilz sont presque autant ennemys que des Turcqs

» et Mores qu'ilz ont vers la marine pour voisins. » — Selon l'ëvèque de Limoges, le roi ne désire rien en ce monde autant qu'une entrevue avec la reine mère. — En terminant, l'ambassadeur demande que M. de Saint- Suplice.son successeur, soit promptement envoyé à Madrid.

Fol. 201 \°. — A la reine, même date. Dans les deux dernières audiences qu'il a eues, le roi catholique lui a témoigné un grand contentement de ce que messieurs de Chastillon sont partis de la cour; il s'est exprimé sur ces seigneurs avec une animosité et une passion extrêmes, chargeant l'évéque de dire à la reine qu'il espérait bien qu'elle ne les rappellerait plus. Le duc d'Albe lui en a parlé avec non moins de vivacité. — LAubespine persiste à croire qu'on trompe le roi de Wavarre et qu'il n'aura rien.

Fol. 20a. — Au roi, Madrid, 3 avril 15"62. Mécontentement qu'a causé au roi catholique et à ses ministres l'ambassade de M. de Rambouillet en Allemagne.

Fol. 209 v°. — A la reine, même date. « Le prince d'Hespaigne con- » tinue en sa bonne santé et est sans fièvre quarte, bien qu'en ses jours » ordinaires il luy en reste quelque mémoire, laquelle peu à peu, s'aug- » mentant les chaleurs, passera, à ce que l'on recognoist par chascun » jour. »

Fol. 217. — A la reine, Madrid, ia avril 15*62. Le roi étant revenu à Madrid depuis deux ou trois jours, il s'est présenté à son audience et a sollicité de lui une résolution en ce qui concerne le roi de Navarre. Il a fait les mêmes instances au duc d'Albe et au prince d'Eboli. La reine, de son côté, a vivement intercédé auprès du roi son mari. — Avant que l'ambassadeur fût reçu par le roi, il avait fait en sorte que le S'' d'Almeida, envojé du roi de Navarre, eût audience de S. M. Tout cela n'a produit jusqu'ici aucun effet : seulement le roi a répondu qu'il ne tardera pas à se résoudre : « Dieu veuille — dit l'Aubespine — que ce soit bien , et mieulx » que je n'ay tousjours estimé, pour le bien et honneur que je recevrois » de me véoir trompé de ceste honneste façon et à si bonnes enseignes ! »

Fol. 218 \". - A la reine, même date. La reine s'est employée avec la plus grande chaleur pour le roi de Navarre : » Je l'en ay veue parler au » duc, au prince d'Evoly, et depuis au confesseur, avec lequel elle a grande » part, ayant aydé à le faire maintenant l'un des plus riches évesques

» d'Hespaigne '. » — II n'a point encore été pourvu à l'état de grand maître de la maison de la reine, et le duc d'Albe continue à en faire les fonctions. On commence à parler de don Antonio de Tolède, grand prieur et grand écuyer, « fort digne, doulx et notable personne», dont la nomination serait agréable à la reine.

La royne croist de jour h autre en l'aniitié el privaulté de son niary, car il commancc tort à luy comniuniequer de ses plus grandz el importans affaires, n'estant pas croiable du contentement que ladicte dame a de se véoir de jour à autre en plus d'authorité et de réputation. S. M. C. a de nouveau creu l'entretènement de la maison de ladicte dame, et n'en aura pas moins, pour son ordinaire, que trois cens mille francs, sans les surcroists.

Le prince d'Hespaigne continue en sa santé, et tient la princesse son mariage pour déploré, au propos (|ue ledict prince en tient maintenant ouvertement, ne le voulant en façon que ce soit : dont la pauvre dame emmeigrit à veue d'œil, et tient-l'on que celluy de la fille aisnée du roy de Bohesnie se mectra à exécution. On la doit bientost conduire

par deçà avec l'ung des cnfans masles, et vous asseure. Madame, que ces deux

maisons vont de jour à autre fortifiant et estraignant leur amitié et intelligence

Fol. 227. — A la reine, Madrid, 23 avril lo62. Inquiétudes que cause à toute la cour l'absence de nouvelles du roi et de la reine. — Par quelques lignes du S'' de Chantonay on a appris que le prince de Condé levait des gens de guerre : le roi catholique a commandé à la reine sa femme et à révéc|ue de Limoges de faire savoir à la reine mère qu'il tient à sa disposition ses troupes et sa bourse.

Le prince d'Hespaigne tomba, il y a cinq ou six jours, du hault d'une viz en Alcala, oii il est, et s'est blécé au deirière de la teste, qu'on luy a quelque peu ouvert, pour nettoier l'enfleure et nieurtrisseure. Mais l'on tient que ce n'est rien, encores qu'il ayt esté seigné deux fois, et qu'on luy ayt tiré deux onces de sang, pour la crainte d'un peu de fièvre qui l'a travaillé.

Fol. 231 y". — A la reine, Madrid, 2a avril 1562. « S. M. est allé véoir

» le prince son filz, pour le consoler de sa cheute »

Fol. 234. — Mémoire pour le roi, Madrid, 10 mai 1562- Il est

' Fray Bcrnardo de Fresncda, dominicain, confesseur du roi, venait d'être nomme à révcché de Cuenca.

(l'abord qucslion. dans ce mémoire, de l'état de don Carlos; jon ai extrait tout ce passage, que j'ai inséré dans mon livre sur Don Carlos et Philippe II, l"* édition, t. II. p. G3i. — Les nouvelles reçues de Flandre font re2;retter au roi catholique et à la plupart de ses ministres d'avoir tiré de ce pays les vieilles bandes espagnoles; les conseillers de S. M. en rejettent la faute les uns sur les autres. La duchesse de Parme écrit que, si les choses de la religion lui donnent de l'embarras. « encore plus grande difliculté treuve- » t-elle en la mauvaise intelligence et déclarée inimitié des prince d'O- » ranges, conte dAiguemonl et autres seigneurs à l'encontre du cardinal » de Granvelle, lequel ilz mandent icy les voulloir tiranniser. s'estans reti- » rez de la court avec serment de nA retourner, pour assister au conseil, » tant qu il y ait changement : estant advis au reste à ceulx-cv, par ce qu il » s'entend de leur comportement, quilz ont beaucoup de particuliers et » secretz conseilz a\ec les princes et seigneurs allemans leurs voisins »

Fol. 2il. — Au roi , .Madrid , H mai 15*62. Cette lettre roule entièrement sur l'état désespéré de don Carlos: je l'ai donnée dans Don Carlos et Philippe II , t. II. p. 65o.

Fol. 242. — A la reine, même date. Le roi catholique a été fort satisfait d'apprendre, par les lettres de la reine du 8 avril, 1 état des alfaires de France. — L'évéque de Limoges parle aussi à la reine de don Carlos :

Il n'csl pas croiable — lui dit-il — de la pitié, trasail et désolation qui est à {"endroit du maistro et de tous ses principaulx serviteurs et subjeclz, et n'est possible de vous en mander i'yssuc, que ce que Dieu nous en monstrera au jour la journée : car, eneores que le coup fût fort grand, estant tombé iediet prince la teste la première dedans une petite viz obscure par laquelle il pensoit seul et à cachette descendre dedans ung jardin, pour avoir la veue d'une jeune tille du concierge qui lui sembloit belle, les chirurgiens ne se sont pas contentez de lui panser la playe, mais l'ont ouverte et descouverle jusqucs à Tos, pour véoir s'il estoil gasté, de la longueur et forme triangulaire que \. yi. verra au bout de ceste lettre. Si est-ce que son père, l'ayant tenu mort depuis deux jours et du tout abandonné, le voiant, comme par miracle particulier de \ostrc-Seigneur, ressuscité, délibère de ne le laisser qu'il n'y recognoisse ccsie asseurancc qu'ung père peull et doibt donner en chose qui luy imimrle tant »

Cet événement a encore fait suspendre la décision promise en ce qui concerne le roi de Navarre : mais, dans la dernière audience que lambas-

sadeur a eue du roi. S. M. C. l'a « asseuré de l'infini contentement qu'elle » avoit de ce prince » . et dit la même chose à la reine sa femme. L'ambassadeur espère donc que la décision satisfera aux vœux du roi de Navarre et de la reine mère. — Il termine en remerciant le roi et la reine de lui avoir donné son conaré.

233. — Registre des Despesches de monsieur de Saint- Suplice S ambassadeur en Espagne sous le règne du roy Charles neufviesme.

Trois volumes in-fol., pap., rel. en maroquin.

Le premier volume a 1d3 feuillets; il commence au 25 février 1S62 et tinit au H juillet 1565.

Le deuxième a 109 feuillets et va du 9 août 1565 au 10 août 1564.

Le troisième, qui a 116 feuillets, comprend les dépêches du 19 août 1564 au 20 octobre 1565.

Ce Registre est celui que l'ambassadeur tenait pour son usage.

Les dépêches sont adressées au roi, à la reine mère et au roi de Navarre.

' Jean d'Ébrard, baron ou seigneur de la terre de Sainl-Suplice en Quercy, gentilhomme de la chambre de Charles IX. Il avait, comme il nous l'apprend dans la lettre secrète du 27 août 1363, été chargé précédemment d'une mission diplomatique en Portugal.

Dans divers manuscrits de la Bibliothèque nationale et dans des notices généalogiques d'Ebrard est appelé Saint-Sulpice. C'est ainsi que son nom est écrit par le P. Lelong, Bibliothèque historique de la France j t. III, p. 57, et par la Chenaye-Desbois, Dictionnaire de la noblesse, t. VII, p. 173 (édit. de 486b). Mais trois quittances originales de lui qu'il y a au Cabinet des titres, à la Bibliothèque nationale, sont signées S'-Suplice, et quantité de ses dépêches, aussi originales, que M. de la Perrière trouvées à Saint-Pétersbourg, portent la même signature.

Je suis redevable de ces indications à M. Slichelant, conservateur sous-directeur à la Bibliothèque nationale, que je prie d'en recevoir ici mes remercîments.

PREMIER VOLUME

Fol. 2. — A la reine, Madrid, 21 mai la62. Il lui annonce son arrivée à Madrid. Il s'était arrêté à trois lieues de cette ville pendant que l'évéque de Limoges et M. de Rambouillet étaient allés trouver le roi à Alcala, d'où Sa Majesté ne reviendra que dans quatre ou cinq jours.

Fol. 4. — Au roi, Madrid, l^' juin lo62. Dimanche dernier, 24 mai, il se fit à Madrid une procession générale pour la convalescence du prince d'Espagne: l'évéque de Limoges y accompagna le roi avec les ambassadeurs du pape, de l'empereur et de la seigneurie de \ enise. — Le 27, à dix heures du matin, Saint-Suplice a été reçu par le roi. Le seigneur de la Chaulx ' et d'autres gentilshommes de la cour vinrent chercher les deux ambassadeurs de France. L'audience fut publique, à huis ouverts. Le roi était dans sa première chambre : autour de lui se trouvaient le duc dAlbe, le prince d'Eboli, don Antonio de Tolède, don Juan .Manrique, le comte de Feria , le marquis de Mantoue et d'autres grands du pays. L'évéque de Limoges présenta le nouvel ambassadeur, auquel le roi fit un accueil gracieux. — Saint-Suplice alla ensuite chez la reine, qui l'accueillit avec non moins de bienveillance. — Les jours suivants il a rendu visite à la princesse de Portugal, au duc d'Albe et au prince d'Eboli.

Fol 10. — Mémoire de MM. de Sainl-Suplice et de Limoges sur la réception dudit seigneur pour résider ambassadeur auprès du roi catholique, sans date (1<"^ juin la62\ L'empereur a fait connaître que, sur la fin de l'été, sans plus de délai ni difficulté, il enverra en Espagne les deux fils aines du roi de Bohème, mais sans aucune fille, ainsi qu'on s'y attendait. — Si la santé du prince d'Espagne continue de bien en mieux, comme elle fait, le roi ira tenir les cortès de Monzon sur la fin de l'hiver.

Fol. 13. — A la reine, Madrid, 12 juin 1d62. La veille l'évéque de Limoges a eu son audience de congé du roi ■. Il l'avait sollicitée plus tôt : mais le roi était allé à Alcala, pour voir appliquer le dernier appareil à la blessure de son fils, et de là il était allé chasser à Aranjuez : de sorte qu'il n'a été de retour que le 8 au soir. Dans cette audience le roi dit à l'évéque

' Jean de Poupet, seigneur de la Chaulx, gentilhomme de la maison du roi. • Dans le tome I", p. 110, nous avons dit, par inadvertance, que l'évéque de Limoges était resté à la cour d'Espagne jusqu'en 13CS. C'est a Saint-Suplice, son successeur, que cette date s'appliquait.

144 DEPECHES DES AMBASSADELRS.

que, le jour précédent, il avait dépéché un courrier à son ambassadeur à Paris . porteur de ses propositions pour le roi de >'avarre, sans s'expliquer sur la nature de celles-ci. — Les deux ambassadeurs n'ont pu en apprendre davantage. Seulement le duc d'Albe leur a exprimé son étonnement de ce que le roi de Navarre avait demandé la Sardaigne.

Fol. 14. — A la reine, même date. Les explications qu'il a données au roi catholique dans ses deux premières audiences, font peu à peu prendre à Sa Majesté une opinion toute contraire à celle qu'on avait voulu malicieusement lui imprimer de la reine mère, et Saint-Suplice espère l'y confirmer si bien que le blâme en tombera sur ceux qui qu sont cause. — Grand contentement que le roi a de la reine sa femme.

Fol. 1d v'O. — Mémoire envoyé au roi avec la dépêche du 12 juin 1562- Il y est rendu compte : d'abord des ordres que le roi catholique a donnés en Italie, en Flandre, en Allemagne et en Espagne, pour pouvoir mettre à la disposition du roi très-chrétien les 10,000 hommes de pied et 5,000 chevaux demandés par lui : ensuite des réponses que les ambassadeurs ont obtenues sur le fait du roi de JNavarre ; enfin de la solution qu'ont reçue plusieurs autres affaires.

Fol. 24. — Avis joint à une dépèche du 27 juin iS62-

J'ay sceu de bon lieu qu'après que certain personnage est arrivé de Flandre par mer, il s'est dict que le roy se repentoit fort d'avoir tiré tous les Espaignolz hors dudict pays, commençans les gens de delà à ne vivre en tel repoz et unyon qu'il désireroit, pour y avoir desjà quelque division en la religion, et se donnant quelques-ungz ung peu trop de liberté, avec danger qu'il n'y survienne peu à peu quelque sédition.

Fol. 25 V». — A la reine, 27 juin 1S62.

Hier se feirent icy plusieurs combatz de toreaidx et de très-beaux jeux de caigncs ' |)ar les principaulx de cestc court. De quoy ayant pieu à ce roy me faire advertir, pour véoir si je m'y vouidrois trouver, je ne voulluz faillir de m'y rendre ; et le nonce du pape et moy fusmes en ung lieu prcz de celluy où estoit S. M., laquelle, à l'entrer et

sortir, s'arresta à deviser fort humainement avec nous Et euz grand plaisir de

véoir que la royne vostre fille l'entretint privéemcnl l'espace de quatre ou cinq heures que durèrent ces jeux.

' Jeux de cannes, en espagnol juegos de cahas , divertissement qui en ce temps-là était fort à la mode en Castille.

PHILIPPK II. 148

Fol. 26. — Au roi. Madrid. 30 juin i562. Le roi catholique prend si à cœur les affaires de France qu'il offre d'y employer non-seulement ses forces, mais encore sa propre personne, aussi cordialement et fraternellement que s'il s'agissait de ses royaumes.

Fol. 27 v». — A la reine, même date. Il a demandé au roi catholique la permission daller baiser les mains au prince son fils à Alcala : ce que Sa Majesté lui a gracieusement accordé.

Fol. 50. — A la reine, Madrid, 12 août io62. Presque tous les princes chrétiens ont envoyé des ambassadeurs au roi catholique, pour le féliciter sur le rétablissement du prince d'Espagne. — Le roi. la reine et le prince vont passer un mois au Bois de Ségovie. — Saint-Suplice se plaint de ce que les ministres espagnols « usent en toutes choses de grand'longueur. »

Fol. 32 v». — A la i-eine, Madrid, 15 août 1562. Il trouve le roi catholique de jour en jour mieux disposé pour les affaires du roi très-chrétien, et particulièrement pour la conservation de l'autorité de la reine mère. — Il a obtenu de ce prince et de ses ministres toute satisfaction sur les points qu'il a été chargé de lui représenter, ainsi que son cousin le S'"de la Mothe le fera connaître à la reine.

Fol. 55. — A la reine, Madrid, l"^"^ septembre 1562. Il lui rend compte d'une audience qu'il a eue du roi au Bois de Ségovie, audience dans laquelle, selon les instructions de la reine, il l'a prié d'écrire à la reine d'Angleterre et aux princes d'Allemagne, pour qu'ils ne se mêlent pas des affaires de France, et de hâter le secours qu'il a promis.

Fol. 41 V». — Au roi. Madrid. 8 octobre 1562. Le 23 septembre il est allé trouver le roi catholique au Bois de Ségovie, l'a remercié des secours quil a envoyés au roi, et lui en a demandé de nouveaux. — A celte occasion il lui a montré les articles de la capitulation de Bourges '. Le roi , les ayant examinés, lui a dit qu'il y en avait plusieurs qui ne semblaient point convenables de sujets à leur roi, mais semblaient plutôt être faits de prince à prince. — Quelques jours après, le duc dAlbe, à qui le roi l'avait renvoyé, lui dit, par ordre de Sa Majesté, « que, selon qu'il verroit les » choses se conduire en France, il se disposeroit de s'y employer de toute

' Le 51 août l'armce royale avait repris Bourges sur les hugueiiols. Dans la capitulation signée avec Yvoy. leur chef, la liberté de conscience leur avait été réservée.

146 DEPECHES DES AMBASSADELRS.

» sa puissance, mais qu'il ne pouvoit trouver bon qu'on laissât vivre les » subjectz en la liberté de leur conscience : car cela n'estoit autre chose » qu'accorder ung intérim, lequel faisoit grand préjudice en la religion » catliolicque : ne pouvant trouver de bon goust ceste capitulation de Bour- » ges à cause de ladicte permission, et que, si l'on conlinuoit de mesme, » ne falloit espérer aulcun ayde ne secours de luy. » Il lui dit encore « qu'il )) vauldroit quasi mieulx que le royaume de France fût perdu que de lais- » ser faire une telle ouverture au faict de la religion.

Fol. 50 v». — A la reine, même date. La reine catholique se trouve fort bien de l'exercice qu'elle a fait au Bois de Ségovie, étant allée souvent chasser à l'arbalète avec le roi et la princesse : elle a tué de sa main bon nombre de cerfs. — Le 26 septembre elle a fait son entrée à Ségovie^ le roi raccompagnait à main gauche, et le prince d'Espagne allait devant entre don Juan d'Autriche et le prince de Florence. — Le lendemain il y eut combat de taureaux et jeu de cannes. — LL. MM. sont maintenant revenues à Madrid.

Fol. 64. — Au roi, iMadrid , 12 novembre io62. 11 a fait au roi catholique le lécit de l'expédition du roi en Normandie, et n'a pas manqué de se plaindre à lui de la descente des Anglais et des Allemands en France. — 11 a eu depuis sur le même sujet plusieurs entretiens avec le duc d'Albe. — Il a demandé que le roi catholique déclare la guerre aux Anglais et aux Allemands : mais il n'a pu obtenir sur ce point de réponse favorable.

Fol. 74. — A la reine, Madrid, 2o novembre 1562. Le duc d'Albe lest venu trouver dans la matinée, et lui a dit que la nuit un courrier avait apporté la nouvelle que le roi de Navarre ' était à l'extrémité. — Le roi catholique, apprenant qu'on n'était pas d'accord sur celui qui succéderait , au rang du roi de Navarre en France, les uns étant pour le cardinal de Bourbon, les autres pour le prince de Condé, désirait que Saint-Suplice écrivit à la reine afin qu'elle favorisât le cardinal.

Fol. 76 V". — A la reine, Madrid, 17 décembre 1562. L'ambassadeur d'Angleterre à Madrid a eu audience du roi depuis peu de jours, et lui a fait entendre que la reine, en prenant les armes contre le roi de France, n'avait pas eu en vue de favoriser aucuns de ses sujets, ni d'aider ceux de la nouvelle religion , mais seulement de piofiter des troubles actuels pour

' Antoine de Bourbon. Il était mort le 17 novembre, à làge Ue quarante-cinq ans.

rentrer en possession de Calais. Il a tenu le même propos au duc d'Alhe. — Le roi et le duc se sont montrés satisfaits de cette explication. — Aussitôt que le roi a appris la mort du roi de Navarre, il en a averti Saint-Suplic»et en a porté le deuil, ainsi que la reine, pendant quatre jours.

Fol. 78 v°. — Au roi. Madrid, 19 janvier l.'J6:2 l.'j63. n. st.\ Le roi catholique, étant allé à Aranjuez avant les fêtes de Noël, y a séjourné pendant près dun mois. — A son retour. Saint-Suplice lui a communiqué ce dont il était chargé par les dépèches du roi du i 1 et du 23 décembre. — Le ro' catholique s'est grandement réjoui de la victoire du 19 décembre '. — Saint- Suplice lui a aussi, avec le S"" de Luthaines, porteur de la dépèche du il, notifié la mort du roi de Navarre. « Ledict roy catholicque nous a respondu » que le trespas d'ung tel et si digne personnaige lui avoit apporté beau- » coup de doleur et de desplaisir au cueur, pour la faulte principallement » que \ ostre 3Iajesté et celle de la royne en pourriez avoir en voz présens » affaires, et pour le bon service qu'il faisoit à toute la chrestienlé, et >' aussy pour les bonnes et vertueuses quallitez qui estoient en luv; tou- " tesfoys, qu'il le réputoit bien heureux de ce que, l'ayant Dieu apellé à » souffrir en la poursuitte d'une si bonne et saincte cause, il luy avoit fait » la grâce de le prendre en ung si bon poinct et en une si chrcstienne et )> catholicque recongnoissance comme il entendoit qu il avoit heu à sa fin. »

Fol. 84. — Au roi , 3Iadrid , 31 janvier lo63. Saint-Suplice est d'avis, puisque le roi catholique ne veut pas se déclarer contre la reine d'Angleterre et les Allemands, que le roi s'applique à pacifier son royaume.

Fol. 88. — A la reine, même date. Le roi catholique, qui voulait tenir les cortès de Castille à Valladolid, a changé d'avis : il les a fait crier à Madrid pour la mi-février. Il espère quelles seront achevées pour le mois de mai, et alors il ira tenir celles d'Aragon. — Le duc de Sessa est envoyé à Milan, et don Luis d'Avila à Rome pour les affaires du concile, de la croisade et de l'argent à lever sur le clergé d'Espagne. — Don Hcrnando de Tolède, fils bâtard du duc d'Albe, grand prieur de Saint-Jean, partira au premier jour pour la France, avec la mission de complimenter le roi sur la grande victoire qu'il a remportée.

' Ce jour-là. à Dreux, l'armce catholique, commandée par le duc de Guise et le connclable de Montmorency, avait battu les huguenots sous les ordres du prince de Condc.

Fol. 100 V". — Au roi , Madrid, 27 mars 15*63. Longue dépêche où Saint- Suplice rend compte des conversations qu'il a eues avec le roi et le duc d'Albe , après la réception de la nouvelle de l'assassinat et de la mort du duc de Guise '. Elle peut se résumer dans les lignes suivantes par lesquelles l'ambassadeur termine : « Or, Sire, je ne puis que bien juger de l'intention du )' roy catholicque, vostre frère, en l'endroict de voz présens affaires; et ses li propos, ensemble ceulx du duc d'Albe et toutes leurs démonstrations, >> inclinentplusàtrouver bonne une paix (ju'ilz n'avoient faictjusquesicy. »

Fol. 107 V». — A la reine, même date. Le roi et la reine catholique se sont trouvés en personne à la première assemblée des cortès de Castille qui se tiennent en ce moment à Madrid. Après avoir sommairement proposé aux procuradores la cause de leur convocation, le roi a commandé à Erasso, secrétaire principal de ses finances, de leur en exposer les raisons plus particulièrement : ce qu'il a fait.

Ceux du pays de Flandres continuent tousjours à nionslrcr un grand mesconlentement de ceste érection d'évesques qu'on y a faictc de nouveau ; et pour ce qu'il a semblé que niaistre Renard'^ enlretenoit des divisions dedans Icdiet pays, et qu'il administioit conseil aux seigneurs de delà contre les opinions de monsieur le cardinal de Grandvelle, j'entends que le roy luy a mandé de s'en aller en Bourgogne et n'en bouger jusques à ce qu'il sera mandé

Le jour dliuy l'ut grandement solemné en ceste court, pour la première messe de pontificat que le nonce célébra, où y avoit concession de pardon, et pour le lournoy bien niagnificque que se feit l'après-disnée, et pour les danses, mascarades, etc., qu'il y eust l'après-soupper, où le roy et royne catbolicque, prince et princesse assistèrent, si bien que, depuys le grand malin jusques à minuit, ilz ne furent sans occupation.

Saint-Suplice remercie la reine de l'ordre du roi dont elle vient de le faire décorer, et lui raconte les solennités avec lesquelles il en a été investi par le roi catholique lui-même.

Fol. 1 1 i. — Au roi, Madrid, la avril lUGo. Satisfaction que lui a causée la nouvelle de la pacification de la France '. — Le 28 mars il fut à l'audience

' Il avait été assassiné, le 18 février, par Poltrol de Méré, gentilhomme huguenot. ' Simon Renard, franc-comtois, qui avait été ambassadeur en Angleterre et en France. • Le 1^2 mars la paix avait été conclue par Charles IX avec les huguenots. Le 19, à .•\mboise, il avait donné un édil de pacification le plus avantageux que ceux-ci eussent encore obtenu.

du roi Ciilluilique, pour la lui coniinuniquer, suivant le contenu de la lettre de la reine du lo. — Le roi l'en remercia, et lui dit qu'il était certain que la reine avait t'ait la meilleure et la plus honorahie paix possible, en ayant égard d abord à 1 honneur de Dieu, et ensuite au bien de ses affaires: que. si jusque-lf» il avait été d'un avis différent, il avait été mu par la crainte que la paix ne se fit à des conditions contraires à ces deux objets. Il évita toutefois de se prononcer formellement, voulant au préalable bien connaître les articles de la paix, dont le S"^ d'0\ sel doit venir lui donner connaissance.

J'ay entendu depuis que, pour la delliaiice qu'il a des choses de la religion aux Païs- Bas, il sappreste d'y faire passer six mille llcspaignolz ei y envoyer deux cens mil escus du |)remier jour. El, d'aultanl qu'il a eu deux ou iroys foys pacquei dudict pais, sans qu'on ayt distribué aulcune lettre à nul particulier, il se présume que quelque nouvcaidtc s'est suscitée par delà qu'il ne veull estre sceue ny publyée icy; et de faict il s'est trouvé ung jeune homme d'assez bonne part, parmy ung nombre de forçatz qu'on envoioyl desdicis Pais-Bas pour mectre aux gallères de deçà, qni a promis, si on luy donnoit la liberté, qu'il descouvriroit au roy cathoiicque plusieurs grandes enlrcprinses et menées qui se praticqucnt par delà, au préjudice de ?nn autorité: lequel jeune h'îMmie a esté pour ceste cause mené en ccsie court, ei le conseil de Flandres est après à laxaminer, qui dcsjà a recueiily beaucoup de fcuilictz de son audition.

Fol. ilG. — A la reine, même date. La reine catholique s'est beaucoup réjouie de la paix. — Le jour de la Conception Aotre-Dame, où le bruit commença d'en courir à Madrid, le roi son mari lui avait offert, si la guerre continuait en France, de secourir le roi de 3.000 chevaux, outre les 1.000 vieux soldats du lercio de Xaples dont le duc d'Albe avait parlé. — Le roi catholique est parti de .Madrid, avant les Pâques fleuries, pour aller passer la semaine sainte et célébrer les Pâques de résurrection au monastère de Guisando, à quatorze lieues de cette ville, « où le prince l'est allé trou- » ver, bien qu'il n'eust accoutumé de ce faire : qui faict penser que ce n'est ). sans traicter quelque chose de nouveau. » — La princesse s'est retirée au monastère de religieuses qu'elle a fait bâtir à .Madrid, appelé las Descahas. — Le duc d'Albe est allé chez lui. — Seule la reine est restée au palais. << où elle a achevé son jeusne et faict sa dévotion, sa charité, lavé » les pieds des pauvres, leur donné à manger et vestir. suyvi les sermons. » assisté aux services divins, veu les disciplinez et autres exercices de reli-

loO DEPECHES DES AMBASSADEURS.

» gion, avec grand contentement et satisfaction, mesinement des prélatz » qui y ont assisté et des seigneurs et dames, mais générallement de toute » la court. » — Le roi catholique ira cette semaine au monastère qu'il fait bâtir ', pour poser la première pierre de 1 église. — Le nonce du pape à Madrid a été chargé de dire au roi qu'il pourvût de bonne heure à ce que ses pays ne tombassent dans une nécessité telle qu'il dût passer par un accord comme celui qui vient d'être conclu en France, « et que le pape le secourroit de tout son pouvoir, jusques à y employer sa principalle mittre. » — « Il ne fault doubter qu'entre le duc d'Alva et le cardinal de Granvèle, pour la longue amityé et intelligence qu'ilz ont tousjours eue ensemble, laquelle se continue à ceste heure plus estroictement que jamais , il n'y ayt ordinaire communication de l'ung à l'aultre sur toutes les choses qui respondent à leur intention: ayant certainement sceu qu'ilz ont pour cest effect ung chiffre à part. »

Fol. 1 18 \°. — Lettre secrète, même date. « Le roy catholicque recherche, avec plus d'affection que jamais, l'amityé et alliance du roy des Romains, et dict-on que sa fdle aisnée sera bientost conduicte par deçà. — L'on crainct icy assez qu'il se traicte mariage de la royne d'Escosse avecques monsieur l'archiduc, et que monsieur le cardinal de Lorraine en ayt desjà dressé la praticque, n'ayant peu parvenir à celluy du prince d'Hespaigne. »

Fol. 120. — A la reine, Madrid, 4 mai dS63. Le S"^ d'Oysel est arrivé à Madrid le 22 avril. Le roi était revenu , la veille, de Guisando et de l'Escurial. — Le troisième jour après son retour, le roi envoya don Fadrique Enriquez et d'autres gentilshommes de sa cour pour prendre Saint-Suplice et M. d'Oysel. L'audience eut lieu dans le cabinet du roi, à dix heures du matin; elle fut publique: le prince d'Espagne et plusieurs grands seigneurs de la cour y assistaient.

Fol. 122. — Au roi, Madrid, Ll mai iS65. Lettre de douze pages où Saint-Suplice rend compte au roi des audiences que M. d'Oysel et lui ont eues du roi catholique et de leurs entretiens avec le prince d'Eboli et le duc d'Albe. En somme, le roi et le duc n'ont pas désapprouvé la paix de France, mais ils ne l'ont pas non plus approuvée formellement.

' L'Escui'ial.

PHILIPPE II. loi

Fol. 130. — A la reine, Madrid. "21 mai Io63. Il lassure qu'on approuve de plus en plus, à la cour de Madrid, la paix de France, et qu'on reconnait que la reine a par-là -sauvé le royaume. — Le roi, la reine, le prince d'Espaijne et la princesse sont allés jouir du plaisir des champs à Aranjuez. où ils resteront trois à quatre semaines.

Fol. loi yo. — A la reine. Madrid, l.j juin l-jG-l. La reine catholique est revenue d'Aranjucz samedi et le roi hier. — Dans la soirée il y eut des feux de joie pour la nouvelle reçue que les Mores avaient été repoussés de devant Oran.

Fol. 1.32 v. — Au roi. Madrid, 8 juillet 1363. — Il a été, la veille, à I audience du roi catholique, et la félicité sur le succès d'Oran. — Après avoir quelque temps parlé des affaires de France, « s'adonnant de là le » propùz à parler des siens touchant le pays de Flandres et les troubles )• qui commencent d'y apparoir en la religion, le roy me dict tout franche- » ment, et en motz exprèz, qu'il y en avoit de bien fort hérétiques audict » pays , et de telz qui ne voulloient ny de Dieu au ciel, nv de seigneur en » terre, mais qu'il leur avoit naguères escript '. et espéroit qu'ils se con- » tiendroient quelque temps. » — Ils parlèrent ensuite du voyage de Monzon. Le roi dit qu'il se débarrassait le plus possible de ses affaires pour ce voyage qui avait été tant de fois remis, et qu'il y mènerait la reine, pour qu'elle y fût reçue, comme elle l'avait été en Castille. Déjà les maréchaux des logis sont partis afin de préparer les logements du roi, de la reine, du prince, de la princesse et des deux fils du roi de Bohème (juon attend en septembre. — Les cortès sont criées à Monzon pour le 5 août. — « L on tient » pour tout résollu le mariaigo du prince avecques la fille aisnée du rov de >' Bohesme, bien que les estatz de Castille ayent requis le roy catholicque » de le vouloir marier avecques la princesse, pour aulcunes occasions et » commodilez bien considérables : à quoy Sadicte Majesté Catholicque » a faict responce qu'ilz fussent de bonne espérance en cela ; qu'il estoit » délibéré de le marier avec une Castillane. » — De nouvelles demandes ont été faites aux cortès de Castille.

Fol. 136. — A la reine, même date. « Je tiens le roy catholicque pour

' Voir, ilaiis la Correspondance de GuHlwime le Taciturne , t. Il, p. 41, la Icllrc écrite par Philippe II, le 0 juin, au prince d'Orange et aux comtes d'Esmont et de llornes.

loâ DÉPÈCHES DES AMBASSADEURS.

» si saige el de bonne et vei-tueuse nature qu'il n'interrompra légièremenf

» ni discontinuera de luy-niesme, sans grande occasion, l'amityé et bonne

» intelh'gence qu'il a avec Voz Majestez; et n'en est petit signe de s'estre

» ainsy tempéré à ne se porter desbordéement en ceste mesme cause el

» en ce temps qui présente toute faveur à ses affaires^ el assez de traverses

1) à ceulx du roy. »

Fol. 139 v». — Lettre secrète, même date.

Le roy calholicque est tardif en la distribution des choses qui viennent à vacquer, ei réserve souvent celles d'ung, de deux el de trois ans, pour à la fojs les distribuer toutes en une consulte, avec le contentement de presque tous ceulx qui ont occasion d'attendre récompense , lesquelz cependant s'efforcenl de plus en plus la mériter

Les gens de discours sont après à comprendre pour quelles fins ces deux jeunes princes, enfans du roi des Romains, sont envoyez de deçà, et ne pculvent croire qui' ce ne soit pour quelque seureté, comme pour gaigge entre ces deux roys, sur quelques grandes entreprinses qu'ilz prétendent de faire par conmiune intelligence.

DEUXIÈME VOLUME

Fol. 1. — A la reine, Madrid, 10 août ia63. Le roi catholique, l'ayant fait appeler, lui a dit qu'il envoyait don Francés d'Alava vers LL. MM. TT. ce, pour les prier de tenir la main à ce que l'autorité du pape et l'ancienne religion soient maintenues à Avignon. — Il est tout à fait résolu que le roi fera dans peu de jours le voyage de Monzon : il a promis à la reine qu'elle le fera aussi : ce dont elle est fort joyeuse. — « Le prince d'Hespaigne » est mallade d'une fiebvre tierce qui le print il y eust mardy huict jours; » toulesfois l'on espère que en brief. Dieu aydant, il reprendra sa première » santé. » — Le roi a donné au monastère qu'il fait ériger le nom de Saint- Laurent de la Victoire.

Fol. 3 v. — Au roi, Madrid, 27 août 1563. Il rend compte de deux audiences qu'il a eues du roi catholique, le 12 et le 14. — Dans la première il lui a, au nom du roi, offert les secours dont il aurait besoin » pour la » conservation de l'obéissance de ses Pays-Bas : » sur quoi le roi l'a remercié, disant « qu'il espéroit, par l'aparence qui s'en voyoit de delà, et » par l'advis qu'il en avoit eu le jour précédent, qu'il ne s'y changeroit » ny innoveroit rien, et que les choses y passeroient gracieusement »

PHILIPPE II ISÔ

— La seconde audience a eu pour objet de l'instruire de la prise du Havre de Grâce sur les Anglais, de laquelle le sieur de la Mothe, cousin de Saint- Suplice. lui a apporté la nouvelle le 13. Le roi catholique s'en est fort réjoui. — S. M. la prévenu de son prochain départ pour Monzon. où elle se rendra par le Bois de Ségovie et Valladolid, en l'engageant à prendre le chemin plus court d'Alcala et Guadalajàra.

Fol. 8 \°. — A la reine, même date. Le roi est parti pour l'Aragon, avec promesse à la reine sa femme que, deux jours après son arrivée à Monzon, il l'enverra chercher par le cardinal de Burgos. — Le prince est encore en quelque fièvre, bien qu'on estime qu'il se mettra bientôt en route. — Les conseils et les cortès de Castille demeurent à Madrid.

Fol. 11 V". — Lettre secrète, même date. Saint-Suplice a entretenu le prince d'Eboli du mariage de madame Marguerite ' avec le fils aîné du roi des Romains, en lui rappelant que, à son premier voyage en Espagne, lorsqu'il était envoyé en Portugal, il lui avait parlé de la marier avec le prince d'Espagne, mais que depuis il lui avait dit qu'il n'y avait pas lieu d'en tenir propos, à cause de l'indisposition du prince. Ruy Gomez lui a répondu « que le mariage du prince n'estoit tant hors d'espoir comme ) l'on eust pensé, mais que l'indisposition et imbécillité qui se voyoit en sa personne avoit retenu son père jusques icy de traicter rien de son mariage, de peur que de luy bailler si tost femme portast préjudice à avoir lignée. Bien me voulloit-il asseurer qu'encores que par tierce personne eust esté parlé de la fille a3snée dudict roy des Romains pour ledict prince, toutesfois ny le roy ny pas ung de ses principaulx ministres n'avoit praticqué cela » — Le duc d'Albe a quelque malcontentement de ce que le roi lui a refusé une gratification qu'il avait demandée, alors que Sa Majesté en a accordé une plus considérable au prince d'Eboli. Il s'en va à sa maison . et ne sera pas du voyage de Monzon : « ce qui donne à penser qu'il y a quelque diminution de faveur. » — « La » royne nostre maistresse' est à ceste heure bien fort estimée et respectée de » deçà, tant pour avoir amorty les troubles de France et posséder à présent » le royaulme en paix, que pour avoir aussi heureusement exécuté ceste

' Sœur de Charles IX.

* Catherine de Médicis.

1S4 DÉPÈCHES DES AMBASSADEURS.

» entreprinse du Havre, et se trouver obéye de ceulx des deux religions. » Fol. ii. — Au roi, Balbastro, il octobre 1563. H lui rend compte de ce qu'il a négocié avec le roi catholique en plusieurs audiences. — La première fois il l'alla trouver, le 24 septembre, à Monzon, où nul ambassadeur, non plus qu'une partie de la cour, n'a pu être accommodé de logis: Balbastro, où on les a logés, est à deux lieues de là. — Le roi voulut bien recevoir Saint-Suplice au lit, où le retenait une douleur à un orteil, quoique ce ne fût pas sa coutume de se laisser voir ainsi. — Entre autres propos, écrit l'ambassadeur, « il me compta des trois royaulmes d'Aragon, » Vallance et Cathalogne aulcunes loix et coustumes fort amples pour la » liberté et privilléges des subjectz, et assez estroicles et qui limitent « beaucoup la puissance du roy, bien qu'il estimoit, quand elles seroient » regardées de plus près, qu'elles luy donnoient plus de liberté qu'on ne » disoit; toutesfoys, que luy rendant ceulx desdicts pays toute fidellité et

n obéissance, il ne leur vouloit rien innover » — Le roi catholique a

célébré la fête de l'ordre de Saint-Michel.

Fol. 19 V". — A la reine, même date. Dans la première audience qu'il a eue à Monzon, il n'a pas manqué de rappeler au roi sa promesse d'y faire venir la reine. Le roi lui a répondu qu'il désirait autant qu'elle sa venue, et que, sans l'indisposition du prince, il l'aurait déjà appelée, mais qu'il avait reçu, le jour même, la nouvelle de la convalescence du prince et que. le plus tôt possible, il les ferait venir tous deux. — Ouverture des cortès d'Aragon; négociations avec cette assemblée; oppositions des Milanais à l'introduction de l'inquisition dans leur pays : plaintes des Flamands :

Les présentes courtz de Monsson furent commancées le treiziesme jour du passé, où Sa Majesté Calholicque assista, tenant l'espéc nue, qu'ilz appellent verdugo, dressée en ses mains, laquelle despuis il baissa, encommançant le propoz de l'excuse qu'il leurfaisoit d'avoir différé unze ans de venir, bien qu'il fût tenu s'y trouver de troys en troys ans, et que son mariage d'Angleterre et la continuation des guerres l'en avoient empesché jusques à l'autre esté passé, auquel s'eslant aprestc d'y venir, estoit survenu l'inconvénient de la cheute du prince son lîlz, qui l'avoit encorcs retardé pour celle année, mais qu'il espéroit d'ores en avant n'estre empesché s'y rendre au temps accoustumé, priant l'assemblée de donner la plus prompte expédition qu'ilz pourroienl aux affaires de ces iroys royaulmes, pour estre Sadicte Majesté à d'aultres en ses aultres pays, qui avoient bon bcsoing de sa présence.

PHILIPPE 11. ISb

Et le reste de la proposition fut dilTéré au quatiicsnie jour ensui\ani, n y ayant encores que bien peu de depputez asscnililez. El despuis, pour leur faire advaneer matière, n'ayant accousiumé entrer en leurs assemblées que aux neuf heures du malin jusques aux unze, et aux troys du soir jusqucs aux cincq, que n'cstoil que quatre hecu'es le jour, il les a pryés d'y vacquer deux heures dadvantage, et s'y rendre aux huiet du matin et aux deux de l'après-disnée, tellement qu'il espère advaneer les matières par tiers de temps dadvantage. Toutesfois, l'on ne pense que l'expédition s'en puisse véoir encores de cincq moys. 11 s'entend (jue ceulx desdictes courlz vouloienl principailemeni insister à troys choses : c'est qu'on pourveùl d'ores en avant aulx estatz de la bouche et de la maison de Sa Majesté Calholicque d'aulcuns de ces troys royaulmes aussi bien que de ses aultres pays; qu'il ne fût commis aux gouvernemens et grands offices et principalles charges desdicts troys royaulmes et des pays à iceulx adjoincts , comme les Deux-Cicilles, Sardaigne, Maiorque et Minorque, que les naturelz desdicts royaulmes , et |)ays, et qu'il fût mis quelque reiglement à l'inquisition sur la forme des procédures, délations et poursuieles que s'y foui. Et en ce dernier semble que le roy calholicque ayt toute aullre intention que eulx, car se présume que non-seullcment il prétend confirmer l'authorité que ladicte inquisition a desjà sur les causes de la religion, ains la lui ampliffier sur toutz aidtres crimes, alfin de retenir cculx-cy en plus grand crainte et subjeetion qu'ilz ne soni. Se dict aussy qu'il prétend avoir toutz les deniers des iroys dernières courtz, bien qu'elles ayent esté intermises, tout ainsi que s'il les eust tenues, ensemble de celles qui se tiennent à présent, qui sont les quatriesmes : estant tout le temps desdictes quatre courtz desjà presque passé, car ceste-cy est la unzicsme année des douze es quelles on avoit accousiumé les tenir : ce qui monteroit deux millions et quatre cens mil diicatz; et cuyde-l'on qu'il en sera au moings accordé la moitié, qui est douze cens mil ducatz. Et ayant esté faictes plusieurs secrettes plaintes contre don Garcia de Toliedo, vice-roy de Catlialoigne, ledict roy eatholicque a faict publier par placcarlz que toutz ceulx qui auroient à se douloir de luy en vinssent à proposer dedans certain terme , et qu'il les orroit et leur feroit justice, mais qu'il rexcuseroit des choses qu'après ledict terme on luy vouldroit imposer.

J'entcndz que l'inquisition d'Hespaigne que ledict roy eatholicque avoit tant désiré establir à Milan, n'y a peu esire receue, quelle dilligence que le duc de Sèze ' en ayt faicte; et les habitans ont envoyé remonstrer icy le grand grief que ce leur seroit de les molester en cella. Ce que ayant esté remis en conseil, leur a esté enfin respondu, par ung des principaulx ministres de ce roy, que Sa Majesté avoit bonne affection de graliflicr en toutes choses ses bons subjectz dudict duché, et ne leur innover rien contre leur gré, et qu'il esloit raisonnable aussy qu'ilz considérassent de leur coslé que Sadielo

' De Sessa.

Majesté, pour survenir aux i'raiz qu'il iuj avoit convenu soustcnir pour les deffondre et pour ses aullres grandz affaires, il avoit este contrainct engager bonne partie dudict Estât de .Milan, et qu'ilz y eussent de lesgard. Dont Ton estime que l'inquisition leur sera convertie en imposition.

Ceulx de Flandres aussy ne se veulent aulcunemenl soiibzniettre à ladicte inquisition ; et ne sçay si pour cesie ou pour aulire cause est survenu quelque division et parcialité entre ceulx du conseil dudict pays. Tant y a qu'on dict que les ungs vcullent envoyer icy ung notable personnage pour se plaindre de madame de Parme et du cardinal de Grandvelle, et pareillement ladicte dame et ledict cardinal ung aulire de leur part, pour se plaindre des aultres

Fol. 22 v°. — Lettre secrète, même date.

La royne catholicque et moy avions mis peyne, après la despescbe receuc à la myaoust dernier, de pénétrer, par touts les moyens que nous avions peu, au secret de ce mariage de la royne d'Escosse avec le prince d'Hespaigne,et n'en avions peu descouvrir aultre cbose que ce que nous en avions faict entendre par ma précédente despescbe de la fin dudict mois. Despuis il fut envoyé jusques icy, par ung notable personnage qui réside à Rome, ung advis de ce faict, mandant me le communicquer, par lequel il disoit avoir seeu de bonne voye que ledict mariage alloit fort en avant, et que le cardinal de Lorraine, simulant une aultre chose , menoit si chauldement ceste-cy, qu'il y avoit grande espérance de l'effectuer, et qu'il ne laissoit rien à essayer pour y parvenir : ce que me fit rentrer plus curieusement en queste pour en descouvrir quelque vérité. Et reménioroys là-dessus plusieurs choses : premièrement ce que, à ce propoz, le susdict prince avoit dict à la royne catholicque, qu'on luy avoit parlé de troys partys, l'ung de Madame ', l'aultre de la fille aisnée du roy des Romains, et le tiers de la royne d'Escosse; et discourant les occasions qui le convieroient d'entendre à l'ung ou l'aultre des troys, avoit dict de ce dernier, qu'on l'avoit asseuré qu'elle estoit fort belle. Joinct que, ayant d'assez longtemps faict sonder de ce propoz le confesseur, il avoit respondu n'y avoir pour encores rien en termes; loutesfois que la consommation n'en seroit que proflitable au bien de la chrestienté, pour tenir en bride la royne d'Angleterre et ses snbjcctz, et avoir par ce moyen ung bon pied dedans ceste isle, pour la réduire ung matin, ou de gré, ou de force, à l'obéissance de l'Église , et que ladicte royne d'Escosse avoit de si bonnes prétentions en Angleterre, que le party en pourroit eslre à l'advenir bien fort grand. Je considérois aussy que le nonce qui est icy m'avoit dict qu'aulcuns avoient voulu proposer au concilie de faire déelairer ladicte royne d'Angleterre incapable du royaulme à cause de sa religion , que je n'interprétois n'estre à aultres fins que pour en

' Marguerite.

PHILIPPE 11. lo7

faire desjà adjuger le droicl à la royne d'Escosse cl en rendre son party plus désirable; aussy qiK» don Loysd'Avila, comme l'on dicl, avoil entre autres ehoses proposé dernièrement au pape (|u'il voulsist, dès eeste heure, investir le roy calholieqnc son maislre dudict royaulmc dVVngleterre,pour en faire la conqueste quand il vouldroitot pourroit,sans plus en demander i'authorité et permission à l'Eglise. Et voyant aussy, de ees troys parlys, que lediel prince s'estoit proposé en cstre desjà lung accordé aveetpies son cousin, de Madame avecques le prince de Hongrie, Taullre bien avant en termes avecques le roy, il estoit à cioyre que le iroisiesme qui resloit se iraicteroit pour luy; mesmement que eelluy qui pouvoit estrc le qualriesme, de la seconde fille du roy des lloniains, eslôit desjà conclu avecques le roy de Portugal. Dont, pour le grand inlérest qucd'ung coslé la royne calholicque y pouvoit avoir, et encores ung trop plus grand et plus évident qui y couroit pour le roy, et générallement pour toute la chrcstienté, de laquelle les aullres princes et potentatz ne s'estonnent peu de sentir par ce moyen tant de couronnes, de pays et de forces s'aller ung malin joindre en une main, nous fusmcs plus soigneux que jamais de lastcr de tous costez ce qui en pouvoit estrt; , mesnics que survenant là-dessus cesl aultre advis de l'ancien, le souspeçon m'en creut et s'en renforça de beaucoup dadvanlage, dont envoiay incontinent, par homme exprès et seur, à la royne catholicquc, à .Madrid, les lettre* que par mesme despesche l'on luy en cscripvoii, avec ample instruction des moyens qu'il me sembloit qu'elle pouvoit tenir en cella; et travaillant cependant de mon coslé, j'aprins des ungs et des aultres diversement plusieurs choses de ce faict, qui pour la pluspart se raporloient à ce (jue, par mesdictes précédentes, j'en avois desjà escript. Mais, pour en avoir plus grand lumière, jadvisay enfin qu'il seroil bon d'en parler au prince d'Evoly, lequel, estant ung des plus privez des aiïaires du roy catholicque, m'en pourroit mieulx toucher la vérité que nul aultre.

Et ainsy ungjour, entre aultres choses, je luy dicts comme de moy-mesmi;s que j'avois eu freselies nouvelles de cesl affaire par ung mien parent et amy qui me l'avoit escript du concilie, et feits quadrer à ces propoz toulz les poinclz et partieularitez dudict \ieulx chiffre, sans obmetire rien de ce qui pouvoit aider à traverser et interrompre l'affaire, et à luy descouvrir où aspiroient les désirs du cardinal, avec les bonnes et sages responses que la royne avoit faict de ne vouloir courir sur le marché du roy son beaufilz, sans toutesfois donner à cognoistre que je n'approuvasse l'inlcntion de l'homme et la consommation de l'œuvre. Mais, d'autant que je ne sçavois si Leurs Majestez Très- Chrestiennes a\oienl adviz de toutes les partieularitez que ce mien parent m'avoit escript, j'avois bien voulu, premier que de leur en rien mander, et alfin de ne leur en escripre irop en l'air, supplier ledict prince d'Evoly, que je cognoissois leur eslre bon serviteur, et à qui ilz pourtoient meilleure affection qu'à seigneur d'Hespaigne, qu'il luy pleut franchement m'en descouvrir aultant qu'il luy en pourroit estre loisible, ainsi que, de ma part, je luy en avois librement dict ce que j'en savois.

loS DÉPÊCHES DES AMBASSADEURS

Ledict prince, après avoir bien diligemment noté tout mon diseours, le redisant luymesmes de mot à mot en hespaignol , pour véoir s'il l'avoit bien comprins, affin, à mon advis, d'en entretenir puis après le roy son maislre, me fit ime responce d'homme bien vif et non endormy en l'apparence des choses : c'est qu'il cstoit certain que, dès bientost après le trespas du feu roy François dernier, messieurs de Guysc avoient, de eulxmesmcs, mys en termes ce mariage du prince d'IIespaigne avecques la roync d'Escosse, et avoient donné ordre (est à présumer que ce fut par don Jean Manrique) que quelques-ungs de deçà avoient veu ladicte dame, par lesquelz ilz en avoient faict parler au père et au fllz, et la leur recommander de grand beaulté, de vertu et de toutes bonnes qualilez, el qu'il pensoit néantmoings que lesdicts de Guyse, pour regaigner le mcsme Heu qu'ilz souloient tenir du temps du premier mariage de leur niepce, désiroient beaucoup plus la marier de dellà avecques le roy très-chrestien, que l'envoyer par deçà : mais y trouvant la royne sa mère l'empeschement de la trop prochaine alllnité d'estrc mariée à deux frères, ilz avoient advisé, pour tenir (ousjours pied ou main dedans le gouvernement de France, de proposer ce parly pour mons' d'Orléans, estimans que la difficulté de la royne procédoit de quelque intention qu'elle pouvoit avoir de marier le roy ailleurs. Et à ceste heure le cardinal, comme il estoit aigu, pour induire ladicte dame à ne s'arrester aux semblables diffîcultez et empeschemens qu'elle pouvoit de mesme alléguer pour le mariage de Monsieur, faisoit courir le bruiet qu'il n'avoit faulte de grandz partyz pour sadicte niepce, et oultre ccluy de l'archiduc Carlos, duquel il publioit avoir l'entière responce et résolution de sa main, que le conte de Luna ' luy en avoit parlé et faict presse pour le prince d'Hespaigne : en quoy il me vouloit bien dire qu'il croyoit que, comme luy et moy traittions tantost d'une chose, tantost d'une aullre, et en mettions souvent quelqu'une de nous-mesmes en avant, que le semblable pouvoit avoir esté de ce faict entre ledict cardinal et le conte, et que de tant peu qu'il en auroit esté traitté entre eulx, encore que tout le propoz fût, possible, formé par ledict cardinal , qu'il se seroit néantmoings essayé de s'en prévaloir envers la royne, laquelle le roy catholicque son beau-filz avoit occasion de remercier sur la responce qu'elle avoit faicle de ne vouloir courir sur son marché, mais qu'il me pouvoit bien asseurer que , si ledict conte s'estoit advancé d'en parler, qu'il l'avoit faict sans charge , car il sçavoit bien que, de la part du roy son maistre, ny en aucune façon de deçà, l'on ne luy en avoit rien mandé, et qu'il croyoit que tous ces tretz procédoient du vif esperit et intention du cardinal pour faire réuscir les choses au poinct qu'il désiroit; en somme, que e'estoil propoz de gens oysifz qui imaginoient et se proposoient les choses qui n'estoient point, n'ayant rien de cela esté auleunement traitté icy.

Voylà toute la responce dudict prince d'Evoly, fores qu'il adjousta que, quand il con-

' Ambassadeur de Philippe II près le concile de Trente.

gnoistroit quelque ehose toucher le service de la roync, qu'il ne feroit faulie de nren advenir. Or, ne vouldroys-je louiesfoys qu'on s'en reposas! tant en cecy que les conjeclures dont j'ay parlé ey-dcssus ne donnassent assez à penser qu'il y pourroit avoir quelque chose de plus qu'on ne peult descouvrir; mesinenicnt que le cardinal travaille, par tous moyens et arlilices qu'il peult, de rendre ses actions agréables et reconunandées à ce roy, ayant faict escripre par les légatz du concilie à ce nonce de faire en cest endroict plusieurs affectionnez offices pour luy, comme je sçay qu'il a faict, et luy--mesnies envoyé souvent loitres à Sadiclc Majesté Calholicque que ne sont communiquées à la royne calliolicque ny à moy , bien que quciquefoys il nous a escript à tous deux du faict du concilie ; et lors mesmes, Icdict roy catholicquc dicta ladicte dnnie qu'en la responce qu'elle luy feroit, elle se raporlàt des choses d'importance à ce qu'il luy en escripvoit. Aussi, qu'il semble que desjà le roy catholicijue se prépare quelque pied ou quelque faveur dedans l'Angleterre par le moyen des calholicqucs qui y peuvent esire restez, ayant faict instance à la royne dudict jjuys de mettre en liberté ung nombre des anciens évesques qu'elle détenoit : de quoy il a dict, ces jours passez, qu'il en a voit en bonne responce, et que desjà ung des principaux estoit hors de prison.

Quelques-ungs qui aiment le bien de la France metleni en a\anl s'il seroit bon que, pour divertir le cours de ce mariage du prince d'IIespaigne, l'on donnast au cardinal i|uelque espérance de celluy de Monsieur, qui pourroit, puis après, estre en son temps consommé ou non, sellon que la royne le congnoistroil bon pour la grandeur et advantage du roy cl de messeigneurs ses enfans , parce qu'il se offre souvent des choses qui se doibvent telles qu'elles sont accepter, non tant pour la considération de son propre bien que pour éviter le dommage qui pourroit advenir, si elles tumboicnt ailleurs. Et possible (|ue les advantagcs que les autres se proposent en cecy pourroient (juclquefoys revenir au proffit des noslrcs, mesmes que l'ambassadeur d'Angleterre qui est icy a dict qu'en son pays l'on ne se soulcioyt pas beaucoup si l'Angleterre aloit estre joincte à l'Escosse, ou si l'Escosse se venoit joindre à l'Angleterre, pourveu que les deux fussent en paix, et qu'ilz ne se feroient trop battre pour contredire le droict de la royne d'Escosse. Vray est que encores doibl-lon beaucoup plus, et par-dessus toute autre chose, adviser qu'en pourchassant de divertir les guerres estranges que d'icy à quel(|ue temps nous pourroient advenir, l'on n'en forme présentement ime privée entre nous, et possible une trop grande entre les fiércs, qui seroit de beaucoup plus grand dommage et plus prompte ruine que toutes les aullres qu'on sçauroit imaginer. En quoy ce grand mal que nous avons souffert ces derniers ans, et duquel la playe est si fresche et si profonde que le sang ne s'en peult encores estancher, nous doibl faire sages de ne nous endormir plus, et de ne laisser jamais plus aller limporlance de ce royaulme à la trop grande passion et ambition des particuliers : osant bien dire qu'il ne fuult d'ores en avant dissimuler de tenir pour peu loyaulx et peu lidelles et très-maulvais subjeclz tous ceulx qui, sans

aiilcun respect, ne veulent rapoitcf tousjoiirs et toutes choses à la grandeur el service du roy et à la conservation de sa couronne. Et certes, le faict de ce mariage est si important qu'il mérite estre fort considéré, et qu'on prye Die» d'y administrer ung bon et prudent conseil à Leurs Trés-Chrestiennes JMajestez.

Saint-Suplice n'a omis, ces jours passés, de toucher un mot au roi catholique de l'entrevue depuis longtemps proposée avec la reine mère. Le roi a répondu que c'était une des choses qu'il désirait le plus au monde, mais qu'il devait attendre que les corlès de Monzon fussent achevées , car, s'il ) donnait la moindre interruption, il devrait les recommencer à nouveau, les fueros et les coutumes le disant ainsi et même ne lui permettant de coucher une seule nuit hors de Monzon. — Depuis Saint-SupIice a revu le roi, qui lui a dit que bientôt il pourrait annoncer en France la venue de la reine. Le prince d'Eboli lui a parlé dans le même sens.

Fol. 2G. — Au roi, Balbastro. 1<" novembre 1563.

Le roy catliolicque presse tousjours l'avancemcnl de ses couriz tant qu'il peult: mais il semble que les affaires y multiplient tant d'heure à aultrc que la fin ne s'en verra si lost qu'on cuydoit; et se dict que la venue de la royne catholicque, vostre sœur, et du prince d'Hespaigne, se pourra différer jusques sur la fin d'icelles, et venir lors à Saragousse, où Icdict roy catholique les yra recueillir, parce que c'est la ville capitalle, en laquelle il veult faire son filz jurer roy successeur du pays.

Fol. 28. — A la reine, même date. A propos du bruit, qui a couru à la cour du roi catholique, que les affaires de France tendaient à de nouveaux troubles, il lui fait part de ses conjectures et de ses réflexions sur la politique espagnole :

Or, .Madame, en discourant de ce dernier avec ung des plus privez dudict roy catholicque, j'ay descouvert que despuis naguières il vous avoit esté escript quelque chose de deçà, assez mal convenable au présent estât de voz affaires, dont Dieu veuille que Vostre Majesté ait esté bien ferme à ne s'en fascher ni esmouvoir aulcunement : car j'ay cogneu, de son mesme parler, que c'estoit du reste du vieux jeu de l'année passée; que ceulx qui s'efforçoient d'entretenir noz troubles pour cuyder plier le reste du monde à leur plaisir ne le peuvent encores oublier ny discontinuer, ains voyans que vous estes enfin gotfée hors la crainte en quoy ilz vous cuydoient tenir, pour n'user d'ores en avant que sellon la naturelle et vertueuse liberté qu'apartient à vostre grandeur et à celle du roy vostre filz, et que vous n'avez plus tant d'esgard à ce qui les pourroit contenter qu'au

salut fin roviiiilnic cl ropoz de voz siilijcciz, ilz s'i-flbi-ci'iil dailvanlage de vous faire faire quelque nouvelle instance et démonstration pour vous divertir de vostre bon propoz el vous faire changer aulcuns de vos meilleurs déportemcns qui servent beaucoup à l'entrelènemeiil de la paix. A quoy vous croyiez, s'il vous plaist, Madame, que j'ay mis tousjours bonne peine, tant que j'ay peu, d'y aller au-devant en l'endroict dudict roy eaiholiequc, vostre filz, et luy ay franchement remonstré qu'en lellc chose n'y pourroil avoir rjen de bonne foy ny de telle sincérité comme, par le traitlé de la paix et par la coniractation de l'aliance d'entre \'oz Très-Chrcslienncs et Catliolieque Majestez, vous avez sainolement juré et promis de procéder es alTaires l'ung de l'aullre, et que luymesmes jugeât, par rafieetion qu'il avoit au re|)OZ de ses siibjeclz, s'il souffriroil estre rien praticqué de semblable en ses propres Eslalz. Dont ledict roy ealholieque, comme il est et veult bien aussy estre estimé prince de bonté et de vertu, ne s'est plus meslé, depuis ladicte remonstrance, de faire ouvertement auleun olliee de mal à propos en cclla, s'apcrcevant que, quelle contenance que nous lissions au milieu de noz troubles, nous n'estions si perturbés que ne eognoissions fort bien d'où nous vcnoit le mal : mais aulcuns de ses ministres, (pii ne sont si modérez en la pros|)érité de leur maistre comme luy-mesmes, et qui le font desjà bien sentir en divers lieux de la chreslienté, ne cessent de luy imprimer que son repoz ne dépend de rien tant que de nostre affoyblissemenl, et disent assez ouvcrtcmenl que les François sont si bouillans que, s'ilz n'avoient guerre parmy eulx, qu'ilz la feroicnt à leurs voysins, luy conseillant de se servir comme il pourra des occasions qui se offrent, cl que maintenant, s'il ne hiy semble bon de vous escripre de sa main en la façon (lu'on l'advertit de le faire, qu'il le face escripre par une tierce personne : que je sçay vous en avoir, pour leur eontentemenl plus que de sa volonté, ainsi faict, non à semblable intention (pie la pourroient avoir les autbeurs qui espéreroieni que par-là se |)ourroit encores rallumer le mesme feu qui naguières vous a cuydé de tout consommer, mais je m'asseure cpie cella n'aura passé devant l'œm'l judicieux el prudent de Vostre Majesté, sans vous a|)ereevoir qu'en ce qui toucbe certains personnages de la court et aulcunes parlieidaritez de lieu qui est voysin d'icy, les(|uelles ilz avoient desjà bien sceues, tout l'inléresl (pii y peult courir pour celluy cpii l'escript est moings que rien, et que ceulx qui le font escripre n'y en ont (pie eclluy que nous avons dict, pour interrompre nostre repoz, et que partant il n'y a, n'y aura ne n'y peull avoir de leur costé aiillre chose que lettres et parollcs accommodées à leur désir et à l'intention de ceulx qui ne peuvent souffrir de nous véoir en si bonne paix comme il a pieu à Dieu, par vostre dilligence, nous y remectre, et que, quelle démonstration qui se face, l'on ne pense à rien moings icy que de passer à nul maulvais ellect contre le roy et vous, mesmemenl tant que voz affaires continueront en la prospérité oi!i Ton les véoit desjà bien cheminez. Dont Vostre Majesté pourra aussv, pour ce resard, bailler des lettres et bonnes parolles en cschangc,

et qu'on vous tienne excusée si , pour miciilx est!il)lir ce qu'avez tant mis peyne de saulver, vous accommodez cncores nng i)eu à la nécessité du temps , et cependant que ne laissés, en l'cndroict des vostres, d'user tout franchement de la faveur qu'il vous plaira; et pareillement de l'auihorilé que Dieu vous a donnée, pour leur bien faire observer ce que, par bon conseil, vous aurez ordonné; et en l'cndroict de ceulx-cy, que leur observiez, ainsi qu'avez lousjours faict, ce qui apartient à vostre commune amytié et bonne intelligence, conmie, du costé du roy catholicque, se cognoit qu'il veult à ceste heure plus curieusement observer la vostre qu'il ne fit oncques , et que tant plus le repoz s'en va establissant en France, de tant se veult-il plus maintenir en la bonne paix qu'il a avecques le roy, pour jouyr en plus de scurelé de ses Estalz, qui aultrement ne scroient sans le metire lousjours en quelque souspeeon et en dcspence; et sent bien que, ne luy venant aulcun trouble de France, il demeure aujourd'huy comme principal arbitre du reste de la chrestienlé.

Ce que, Madame, j'ay bien osé vous escripre ainsi amplement, pour l'avoir c!i grand partie comprins du langage et discours de eeulx de deçà , et qu'il impoi'tc beaucoup à vostre service que ccst artilfice ne vous soit caché.

Il commence à perdre l'espoir de la venue de la reine catholique jusquau printemps, bien que ceux des royaumes d'Aragon désirent merveilleusement la voir et qu'on en parle chaque jour à Saint-Suplice. C'est l'indisposition du prince qui est ainsi cause de sa demeure. Il ressent encore trop de faiblesse pour pouvoir se mettre en voyage.

Fol. 50 V". — Lettre secrète, Balbastro, 1" novembre IS65. Les gens de bon avis disent qu'il n'y a grande apparence du mariage de la reine d'Ecosse avec le prince d'Espagne, « parce que à la qualité dudict prince ne convient party qui ne soit plus aisé et plus esloigné de troubles et d'entreprinses que celluy de ladicte royne, avecques ce que les Escossois ne sont pour permettre plus que leur princesse s'en aille hors du pays, ny qu'elle introduise un mary dedans qui ne soit pour y demeurer. Par quoy la plus forte présomption est pour l'archiduc don Carlos, et que l'aultre n'est que faintise, et que ce que le roy catholicque en faict n'est pour vraye intention ny affection qu'il y ait pour son filz, mais il vouldroit bien, par ce semblant, eslongner ou interrompre du tout celluy dudict archiduc, pour luy sembler ledict royaulme de l'Escosse estre trop à main à ceulx de ceste maison de pouvoir par tel appuy demander

et poursuivre les prétentions qu'ilz ont aux Pays-Bas Et a-l'on

advis icy que le roy des Romains demeure peu content et fort mal satis-

PHlLIPPr^ II. 163

» faict de ceste traverse que ledict roy catliolicque. par le subject du car- » dinal de Lorraine, met audict mariage de l'archiduc son frère. »

Fol. 31 v». — Au roi. iiaibastro , 23 novembre 1dG3. Ayant eu audience du roi catholique, il lui a communique ce qui s'est passé à propos de la demande de la duchesse de Guise d obtenir justice de la mort de son (ils. et de celle de MM. de Chastillon tendante à révocation de toutes leurs causes.

Fol. 33 v. — A la reine, même date. Dans sa dernière audience il n'a pas manqué de faire ressouvenir le roi catholique de la venue de la reine. Le roi lui a répondu qu'il n'eût pas tant tardé à la faire venir sans la maladie des femmes principales de sa maison. « joinct aussy la fiebvre du » prince, qui. pour son maulvais gouvernement, le reprend de jour à » aultre. » — Le prince dEboli. qu'il a vu ensuite, la assuré que celaient là les seules causes du retardement qu'il y avait en la venue de la reine. — Saint-Suplice a dit au roi que. s'il insistait autant, c'était pour le désir qu'on avait en France de lui voir des enfants, et pour se maintenir dans l'opinion, où l'on était, qu'il était bon mari : « de quoy. en riant, il me » remercya des bonnes considérations que je luy représentois. et quil » mettroit pe^ne de se maintenir en ceste réputation que nous avions en )i France de luv. »

Despuis trois jours il y a cuydé avoir quelque confusion à .Monsson, pour avoir esté proposé par cciilx des estatz qu'il pleût à Sa .Majesté ne vouloir permetire à linquisiiion une grande aulhorilé eomine elle prend de cognoistre sur toutes choses criminelles; et pour ce que cedict roy entend principalement à establir son obéissance par l'authorité de ladicte inquisition, il les a priez de vouloir despècher les aultrcs matières et de remettre cestuy-là quand il seroit en Casiille, oùil détermineroit cequ'ileognoissoit eslre nécessaire pour le bien public : à quoy les autres ont assez liaultement respondu qu'ilz ne vouloient estre rcmiz en Castille, et qu'ilz ne passcroienl plus oultre qu'il ne fût pourvcu à cela. Sur ce ledict roy catholicque s'en est allé à la chasse pour quelques jours.

Fol. 3o. — Lettre secrète, même date. » Je sçay de bon lieu que l'in- » disposition du prince, qui aulcuns jours est bien et aulcuns mal, » guarde que I on ne trailte plus avant de son mariage avec la royne » d'Escosse, et tient-on ce propos en suspens, bien que aullres jugent

» que l'on se refroidisse du costc de deçà, combien que. de la part du » cardinal de Lorraine, son affection soit assez publiée et évidente. » — Dans sa dernière audience Saiut-Suplice a remis sur le tapis l'entrevue avec la reine mère : le roi l'a chargé d'écrire que la reine ne s'en mit en peine: qu'il s'occuperait des moyens de satisfaire à leur commun désir. — « Quant à l'estime en quoy est le cardinal de Granvelle par deçà, il est » certain que l'on a envoyé plusieurs plainctes de luy. et ne véoit-on per- » sonne des Pays-Bas parler guères en bonne bouche par deçà de luy : » toutesfois l'on n'entend point dire (jue le roy ne s en veuille servir, le » trouvant en plusieurs choses propre à son intention. »

Fol. 57 v°. — Au roi, Balbastro, 17 décembre 1563. Dans une audience qu'il a eue la veille, il a renouvelé au roi catholique les plaintes qu'il lui avait faites déjà au sujet dune ordonnance rendue par le gouvernement des Pays-Bas sur la vente des vins de France, ordonnance contraire à la liberté du commerce. Il lui a représenté, à ce propos, qu il sortait de France pour les Pays-Bas plus d'argent qu'il n'y en venait de ces pays. Le roi lui a répondu qu'il attendait des informations là-dessus. — Il est arrivé à Monzon un gentilhomme anglais envoyé par la reine Elisabeth, ainsi que l'évéque de A inlimille. envoyé du pape. — << L'on dict que Sa Sainctelé a » accordé le tiltre d empereur héréditaire des Indes au roy catholicque, et » est assez commun en ceste court quau partir d'icy il en va prendre la » couronne et les enseignes impérialles à ïolledo. »

Fol. 40. — A la reine, même date. Il l'assure de la bonne et franche affection avec laquelle le roi catholique procède de plus en plus en ce qui concerne le bien et prospérité du roi et de la reine mère.

Ces couriz d'Aragon se coniiniienl loiisjoiirs, desquelles lediet roy calholicque presse lant qu'il peiiit l'expédition; et dimenchc dernier ions les ménioriauK et articles furent achevez par ceulx qui avoient esté cotnniis à les dresser; et maintenant l'on est après à les véoyr par les quatre bras, qu'ilz appellent, du clergé, des nobles, des hidalgos et des comniunaultés. Sa Majesté prétend fort de faire recepvoir et jurer le prince son filz, par procuration, successeur liudict royaulme, aiïin de ne l'exposer au travail du chemin en ceste toiblesse oii il est encores, mais Ton estime que sellon ce que les aultres choses limiberont en difl'érent ou accord, que ceste-cy sera aussy accordée ou reffusée; et disent les aulcungs qu'il y a assez matières encores ausdiclcs courtz pour troys moys ; aultres disent qu'après les Roys l'on pourra partir d'icy pour Barselonne. J'espère

qu'il se soniirn bicnlosl ce qui s'en doiht espéior. Tani y il qt'C Iciiict loy ejilii()lici|ui' nionslre bien fort désirer eslre liors tie Mousson ei de pouvoir idlei' retrouver iii royne calliolicque.sa femme, laqui'lle il luy semble que, à cause de la maladie du prince cl de celle de la plusparl de ses prinei|)alles dames et de l'incommodilc dudict Mousson, il n'eusl peu faire venir parde(;:i. El croy que, comme il n'a peu, il ne pourra encores se bien résouldre s'il la doibt mander ou sil s'en doibi retourner bientost là où elle est, jusques à ce qu'il commencera de véoir plus clair dedans les alfaircs desdietes coiirlz qu'il n'a encores faicl. J'enlendz que l'empereur ne veult que ses petilz-fdz qui ont à venir |)ar deçà passent à Gènes; et par ainsi ilz s'embarqueront à >"ice, où don Loys d'Avilla et Vargas, qui reviennent de Home, les altendeni |)our les conduire. Les Vénitiens ont envoyé de leurs gens jusques au Fryol, pour les lionnorer et accompagner tant qu'ilz passeront par leur Estât; et le duc de Seez ' prépare leur faire de mesmes en l'Estal de Milan jusques andiet Nice ; et me semble que de deçà Ton s'apresie aussy pour les aller recueillir à Harseloune. Quelques-ungs ont voulu dire que les deux filles dudict roy des Romains seroient pour venir en la eomj)agnie de leurs frères, sçavoir : raisnée poin- estre mariée au prince d'IIespaigne, et la puynée au roy de Portugal : mais, d'aullanl que je ne tiens cecy de lieu bien seur, je ne le vous veidx aussi bailler pour advis certain. Tant y a que, comme je seay de bonne part (ju'ung des principaulx personnages de deçà a dicl qu'il n'estoil rien que ledict roy catbolicciuc ne feii pour le contentement dudict roy des Romains, parce que eella, comme il disoit, luy im|)ortoit de trop, qu'ainsi vouldra ledict roy des Romains contenter de tout ce qu'il pourra ledict roy calholicque; que ce sont les deux princes du monde qui se respectent le plus, etc.

Fol. 45 V". — Lettre secrète, même date. Dans la dernière audience qu'il a eue du roi il a, selon les ordres de la reine, sollicité la révocation du sieur de Chantonay, ambassadeur d'Espagne en France, ou du moins que le roi catholique lui ordonnât de se comporter dorénavant d'une autre façon qu'il ne lavait fait jusqu'alors: il a reparlé de l'entrevue avec la reine mère, et de son désir de voir la reine catholique auprès de son mari. Le roi. tout en excusant Chantouay, a promis de le révoquer bientôt. Sur les deux autres points il a répondu à peu près comme les fois précédentes.

Fol. M. — \ la reine, Balbaslro, 13 janvier 1563 (1564, n. st.).

Le roy catholicque a si grand désir de retourner en Casiille qu'il sollicite le plus qu'il peut les eslatz de ces trois royaulmes de se despécher, s'estanl trouvé luy-mesmes en

' Le duc de Scssa, gouverneur «lu Milanais.

«66 DÉPÈCHES DES AMBASSADEURS

personne, ravanl-veille de Noël el le lendeninin , jusqiies à iroys heures après minuicl, au lieu où ilz s'assemblent, et y faict pourter son soupper, et après son lict, où loutesfoys il ne se coucha pas : mais il le feil tenir là, pour leur signiflîer le désir qu'il avoit qu'ilz diligcntassent et ne perdissent rien de temps.

Il faict faire information contre les authcurs qui avoicnt faict courir par deçà ung bruict que les Aragonèz l'avoicnt tbué : ce qui a esté sans aulcune apparence, sinon que cela est procédé de l'invention de aulcuns malicieuz qui, je cuyde, seront bien chastiez, si l'on les peult descouvrir

Fol. 56 v». — Au roi.Balbastro. 15 janvier 1564. lilui envoie le sommaire des réponses qui lui ont été faites, par ordre du roi catholique, et des discussions qu'il a eues avec le prince d'Eboli et le président de Flandre ', au sujet des griefs du roi contre le gouvernement des Pays-Bas et de ceux que ce gouvernement élevait contre la France. — Il y ajoute quelques particularités que lui a dites à part le prince d'Eboli au sujet de l'entrevue entre le roi catholique et la reine mère; de l'envoi à Paris de don Francés de Alava, « qui est de la facture du duc d'Albe »: des instances des ministres du pape auprès du roi catholique afin qu'il fasse auprès de LL. MM. TT. ce. des offices contre l'amiral de Coligny, etc.

Fol. 68 v". — Au roi, Barcelone, 18 février 1564. Le roi catholique a quitté Monzon le 24 janvier. — Le second jour après son entrée à Barcelone, il a reçu, en audience publique, en présence des plus grands personnages de sa cour, M. de Lansac, envoyé du roi, qu'il avait fait chercher par don Fadrique Enriquez, son maitre d'hôtel, et plusieurs autres gentilshommes. — M. de Lansac rendra bon compte de ce qui s'est passé dans cette audience et de ce qu'il a négocié.

Sire, je ne veulx oblyer à vous dire qu'il se sont trouvées plusieurs difTieultez sur la détermination des estalz de ces royaidmes d'Aragon, Cathalogne et Valence, tant pour n'avoir obtenu ce roy plusieurs choses qu'il demandoit , que aussy pour n'en avoir vnnllu accorder d'aultres que lesdicls estalz luy rcquéroient. Toutesl'oys enfin ilz ont monstre semblant de se despartir avec quelque contentement, en baillant d'extraordinaire Icsdicts trois royaulmes cent citKpiante mil escuz, et ce roy ayant promis de faire venir le prince son filz, pour le faire jurer, dans un an, n'ayant esté possible d'obtenir qu'il jurast pour luy, qui en estoit procureur.

' Charles de Tisnacq.

Fol. 69 v. — .\ la reine, même date. Le S"^ de Chantonay est rappelé de lambassade de France et remplacé par don Francés de .Alava.

Fol. 75. — A la reine \alencc). 2i avril loW. Le roi a fait son

entrée à N'alence le I i avril: il était allé passer les fêtes de Pâques au monastère de Poblete. Le lendemain il a donné audience ii Saint-Suplice.

Durant huit jours que le roy demeure en caste ville, il ne se parle que de faire lournoys, jeu\ de cnigncs, balz et louiz iionncstes exercises que les gentilzliommes de ee pays font pour donner passe-temps au roy; et cependant les .Mores ne perdent pas temps, et ne craignent de prendre vaisscaulx jusques à une lieue de ccsle ville, et destrousser tout ce qui peuvent.

Fol. 76. — Au roi \>ladrid? , li mai lo64. — Il rend compte de

la réception faite par le roi catholique aux princes de Hongrie, à leur arrivée à Barcelone :

Estant allé au port pour les recevoir à leur désembarquement, les ayant embrassez et caressez le plus humainement et gracieusement que faire se pouvoit, les feit monter à che\al, et donna la main droicte au prince aisné, laquelle il le prya prendre, ayant longuement la main au bonnet; venant Taulire avec le cardinal dWugusle. Despuis en çà il les fuit aller devant luy toutz deux environ dix pas, allant luy, comme de coustume, tout seul. Je leur allay baiser les mains, et me conjouyz avecques eulx de leur arrivée en bonne santé, comme j'ay faict aussy despuis à N'alence. Ne parlantz point encores bien hespaignol, me feirent respondre par leur gouverneur, me prièrent de présenter leurs humbles recommandations aux bonnes grâces de Voz Majestez , et me tirant par la cappe, l'aisné me dict qu'en feisse de mesmes en lendroiet de .Madame.

Entre plusieurs passe-temps que ceulx dudict Valence donnèrent au roy, ilz luy feirent ung festin où les principalles dames de ladicle ville se trouvèrent, vestues comme roynes; et feit Sadicte Majesté dansser les deux petitz princes ses nepveuz.

Le duc de Francavilla, beau-père du prince d'Eboli, remplace don Garcia de Tolède conmie vice-roi de Catalogne. — En Aragon cette charge a été conférée i» don Diego de Mendoza, qui a été autrefois ambassadeur à Rome.

Fol. 79. — A la reine mère, même date.

Je ne veulx faillir à vous dire la fin qu'ont prins ces courtz d'.Aragon, Cataloigne et Valence, laquelle n'a esté ny au contentement du roy, ny d'eulx, n'ayant peu obtenir Sa Majesté rien de ce qu'il désiroii, comme aussy il ne leur a voulu accorder chose

(|u'ilz (Jemandassenl ; et piincipallenieiit ceiilx d'Aragon et Cataloigne se sont monstrez plus rudes, de sorte que, au partenient de Barsolonne, il ne peut eéler son ineseonlenlement, estant allé tout botté al solio, qu'ilz appellent, pour clorre ses estatz, et de là monta à cheval, demeurans frustrez beaucoup de sieurs de respéranee qu'ilz avoient d'estre faielz chevaliers sellon la coustume ancienne, et partit n'en ayant faiet ung seul. Le bruict est icy assez commun que ce roy se trouve bien loing de son compte , ayant pensé faire quadrer au point qu'il désiroit les subjectz de ces Iroys royaulnics, pour n'avoir en ce temps crainte île personne ny enipeschement aulcun, et les avoir trouvez enfin si rebelles à ce qu'il a voulu establir pour sa grandeiu- et obéissance. Et quelque longueur de temps, (|ui y ait esté proposée, que les courtz ne s'estoienl tenues, et quoy qu'aye esté mys en avant des grandes despeuees que les guerres passées luy ont aporté , ilz ne luy ont donné que la somme ordinaire de cinq cens mil escuz payable dans certain temps; et n'y a point de doubte, si la royne vostrc fille, qui est tantaymée et désirée, y fusl venue, qu'il n'en eust eu davantage. Et, pour ce qu'il s'est despariy de ceulx de Valence plus gracieusement que des aultres, il leur a promis la faire venir dans peu de temps Sa Majesté Calholicque assista à Vancto, qu'ils appellent, de l'inquisition, estantz les condempnez sur l'eschaffault qui cstoit joincl au-dcssoubz de ses fenesires, desquelz ilz en furent huict bruslez et les aultres mis en galères, et la plnsparl françois, estantz présents louts les évesques qui cstoient de retour du concilie.

On parle beaucoup de l'embarras que donne au pape le différend de la préséance entre les deux rois. Le roi catholique a écrit de sa main à S. S. , quelques jours avant la semaine sainte, le priant de ne rien ordonner au préjudice de sa grandeur: lui disant que. depuis quatre ans, il n'avait pas envoyé d'ambassadeur à Venise à cause de cette question '. et l'avertissant que, si elle ordonnait quelque chose à son désavantage, il serait contraint de rappeler non-seulement son ambassadeur, mais encore tous ceux de ses sujets qui résidaient dans les Etats de l'Eglise.

Fol. 82. — Lettre secrète, même date. Saint-Suplice rend compte, en ces termes, de l'ouverture qu'il a faite au roi louchant le mariage du roi très-chrétien avec l'archiduchesse Anne, fille ainée du roi de Hongrie :

Je suyvis à luy dire que la royne m'avoit escripi une lettre de sa main pour me communicqucr le propoz de la plus grande importance qu'il se sçauroit présenter de sa vye, conmie à son bon lilz et principal allié et amy du loy et d'elle, qu'estoit le mariage

' La Seigneurie n'en avait pas moins nn ambassadeur h la cour du roi dans la personne de Giovanni Soranzo, dont la Relation est au tome V des Relazioni de M. Albèri, p. 77 et suiv.

(ludiet seigneur roy; que le désir qu'elle avoil, comme mère, de forlilTier e( lanl mieulx eslablir l'aniilié et allianee qu'iiz avoicnl ensemble la faisoienl penser à loutz moyens qui y pourroienl servir, et tout ainsi que par mariage Dieu nous avoil donné la paix et mis alliance entre ces deux princes, que aiissy par mesme moyen elle la \ouloil confirmer et perpétuer le plus que luy seroit possible; et ayant considéré qu'elle ne pourroit mieulx (]u'en cliereliani femme au roy son bon filz, que luy fust si procliainc qu'est la fille aisnée du roy des Romaifis, elle m'avoit commandé luy descouvrir en cella son aireclion et inteiKion, et pryer de luy conseiller et faire entendre s'il trouveroit bon (]u'elle fcîi inslance de l'avoir, se voulant en cela gouverner selon son bon advis, comme. Tannée passée, je luy avoys faict entendre l'inteniion qu'elle avoit du mariage de madame Marguerite avecques le prince d'Ongric. A quoy il respondit qu'il baisoit les mains à la royne, sa bonne mère, de la confiance qu'elle monstroil avoir en luy de demander son conseil et advis en faict si important, et qu'estant les choses de mariage (tel comme cclluy-là) dignes de meure et grande délibération, il csloit bien raisonnable, pour la foy que ladicle dame monstroit avoir en luy, qu'il y pensasi, pour luy en faire telle et si bonne lesponee que le faict méritoit.

Or je désire fort (juc la royne sache qu'estant allé visitei- le cardinal d'Auguste ' à Barselonne, il me mit incontinent en ce |)ropoz , me disant qu'il avoit délibéré de passer en France, n'eiist esté qu'il n'avoit son équipjjage prcst pour aller |)ar terre, et qu'il craignoit ne trouver l'empereur en vie. Je luy respondis que, si la royne eust esté adveriye de sa volunlé, il se fusl trouvé accommodé à Narbone de tout ec qu'il avoit besoing. Me dicl qu'on avoil esté fort esbay que le cardinal de Lorraine ne fusl retourné, connue l'on avoit pensé, |)our Irailler les mariages, et que l'intention de ce roy esloit d'avoir l'aisnée pour le prince son filz, et que Sa Majesté Calbolicque, no luy en voulant point parler plus anqilemcni, avoil remys à traitler toulz ces mariages par l'ambassadeur Chanionay, qu'il envoyeroil par dellà. El me dicl davantage que ledict Cbantonay ne scroil seulement mal agréable au roy des Romains, mais grandement odieux: lequel, l'ayant nourry en sa court, l'avoit cogneu pour un grand brouillon et pour homme de peu de foy et intégrité; et pour tel avoient esté tenuz le i)ère, le cardinal de Granlvellc, son frère , et luy, cl qu'il avoil vcu des lettres par lesquelles il eseripvoit beaucoup de mal de la royne à Uome. Sur quoy je l'esclaircys, tant de la honte qu'il luy avoil esté faicte desdicles lettres et de ro|)inion en quoy il esloit tenu, que des mauvais déportemens qu'il avoil faict en France , cl qu'iiz regardassent bien qu'il n'en feit de mesme en Allcmaigne : luy voulant dire, quant au propoz du mariage, (|ue si le roy et prince d'Ilespaigne venoient à csire compélileurs (protestant toulcsfois de ne vouloir biasmer aulcun), que la difTérenee des deux cstoit aisée à discerner, estant la disposition, la

' Le cardinal d'Aiigslioiirg, comme on l'a vu, accompagnait les deux princes fils de Maximilien.

grâce, rhuniaiiiti" et bon entendcmenl du roy fort diflerent d'ieelluy princf, el dadvaiitage, qu'il avoit dcsjà sur la lesle et en la main ce que l'aultre n'a qu'en espérance, et que aussy esloient assez jeunes et le roy et la royne caiholicque pour faire bon nombre d'enfans, qui sera aultant de diminution de ses Estatz et grandeur.

J'ay faiet ung tel fondement d'intelligence d'amylié avec l'ambassadeur de l'empereur, qui est allemant et gouverneur des princes d'Ongrie et fort favory du roy des Romains ', que j'espère qu'elle sera grandement mille au service du roy, comme aussy ledict cardinal d'Auguste diet qu'il en feroit le rapport à son maistre, qui l'auroit grandement agréable. Et ayant desjà parlé ensemble ouvertement de ce mariage, a trouvé estrange la longueur de quoy ce roy veult user de me respondre à cela : disant que ce ne sont que cérimonies d'Hespaigne , el qu'il dcbvroit déclairer et se résouldre s'il le veult pour son lilz, ou bien n'empescher point noslre bonne délibération.

Ce que j'ay peu descouvrir du voyage du secrétaire de madame de Parme 2 a cslé que, pour satisfaire à plusieurs seigneurs des Pays-Bas, l'on a esté d'advis que le cardinal de Grnntvelle s'absentast pour quelque temps; et sur ce, il faignait d'aller à Bourgoigne visiter sa mère, et faire le partage de ses biens.

Fol. 87. — Au roi, Madrid, 12 juin 1564. « Le roy catliolicque, depuis » qu'il est de retour en Castille, n'a assisté deux jours entiers en un seul » lieu, ains est allé, à fort petite conipaignie, visiter toutes ses maisons,

» l'une après l'aultre, qu'il a à l'enlour d'icy » — Saint-Suplice a

obtenu la faveur d'être reçu par lui à Aranjuez. Il la félicité sur son heureux retour, lui a annoncé la conclusion de la paix avec l'Angleterre, lui a dit que le roi était prêt, selon son désir, à le gratifier du corps de saint Eugène, lui a donné des nouvelles du voyage du roi en Lorraine, lui a demandé des explications sur la grande armée de mer qu'il rassemble, etc. — 11 rend compte des réponses qui lui ont été faites sur ces différents points.

Fol. 91 v. — A la reine, même date. A propos des appréhensions qu'on avait fait concevoir à la reine à cause des armements du roi catholique, il lui dit :

Je vous suplye très-bumblement, Madame, ne vouloir ayséemenl permeclre qu'on vous aille ainsi troublant par impressions des enlreprinses de ce roy : car, pourveu que

' Le baron de Dietrichstein.

* Toiiiàs Amenteros. Voy. la Correspondance de Philippe II sur les affaires des Pays-Bas. etc., t. I, passim.

nous luy gardions le debvoir à quoy le traillé de paix et l'alliance nous obligent envers luy, comme jespère que, vous vivante, il ne luy en sera rien gasté, l'on ne véoit qu'il ayt occasion et moings d'advanlage de rien rompre de son coslc, vcu que rien du sien ne luy est occui)é; cl il jouyt en grand' paix de toute la grandeur de ses Estatz, par l'asscurance de vostre amytié, sans laquelle, possible, il y senliroit de l'altération. Et certes il est si sage et modère qu'à peyne se jellera-il de ce repoz tant asseuré où il est, pour se mettre en une si doubtcusc et si pénible entreprinsc comme seroil d'ouvrir une guerre au roy, sur l'Esiat duquel il véoit ne pouvoir si peu entreprendre qu'il ne mette le sien au hazard, mesmement si vous tenez voz subjcctz en l'union que vous les avez mys, qui est celle, entre plusieurs grandz œuvres, qu'avez bien achevée, au bien

de la France, dedans et dehors le royaulmc

Chantonay est à Madrid de|)uis plus de quinze jours. On croit qu'il aura charge de répondre sur le mariage de la (ille aisnée du roy des Romains : car ledict roy a naguères escrit à ce roy, et luy a faicl l'aire une bien vifve instance, par le gouvci'ncur de ses enfans, qui lient icy lieu d'ambassadeur de l'empereur, qu'il luy en voulût clairement mander son inicniion, sans le luy plus temporiser, de tant que cela pouvoit porter beaucoup de dommage à luy et à sa fille, et nui prolFicl audict roy calholicque, qui certes semble se trouver assez perplex eu cela.

Soin avec lequel sont élevés à Madrid les fils du roi des Romains; régularité de leurs études et de leur manière de vivre. Leurs gouverneurs ne les amènent pas toujours au roi et à la reine, ou à la princesse, quand ceux-ci le demandent, mais ils leur font auparavant achever leurs leçons.

Le prince d'Espagne , depuis le dernier de may, n'a point eu d'accès de fiebvre et se porte assez bien. Il est assez crcu durant sa maladie, et est despuis samedv dernier en ce lieu , continuant tousjours de porter fort bonne volonté à la royne vostre fille , laquelle aussy se Aiiet chascun jour de plus en plus bien aymer et bien estimer de toutz ceulx de deçà.

Espoir qu'on avait eu de la grossesse de la reine et qui ne s'est pas réalisé. Cliagrin que la reine éprouve de ce désappointement. — Tendresse du roi pour elle. Il prie Sainl-Suplice d'aller la consoler.

Fol. 95 V". — Lettre secrète, même date.

L'on a peu véoir, par mes précédentes, comme, avant la réception de ceste dernière despéche, j'avoys parlé à ce roy du mariage de sa niepee, fille du roy des Romains, avecques le roy mon seigneur, suyvaiit ce que auparavant m'avoit esté bien exprès-

172 DÉPÈCHES DES AMBASSADEURS

sèment cominaïKlé de le faire. Et cela est venu fort à propoz, car, en mesme temps, ledict roy des Romains a pressé par lettres et a faict presser par son ambassadeur ledicl roy eal!iolici|ue de luy mander clairement s'il vouloit, ou non, sadicle fille pour le prince son filz, et ([uil ne luy en voulust plus temporiser la responce: de quoy ledict roy calholicque s'est trouvé assez perplex, de tant qu'il vouldroit marier sondict fiiz avecques la princesse sa sœur, ainsi que toute l'Hespaigne le désire, à cause des qualitcz assez imbécilles de luy, qui pourroient estre grandement aidées et secourues par les perfections qui sont en elle, qui s'y est tousjours aussi beaucoup attendue; et son frère, qui l'aymc et estime, ne l'en vouldroit frustrer, et espéreroit, par le moyen d'une telle sœur, posséder mieulx son filz, lequel commence à se monstrer assés rebours à luy et à ce qu'il luy ordonne : mais il véoitaussy, d'ailleurs, que l'aliance du roy des Romains luy est fort nécessaire, tant pour se conjoindre davantage en nouvelle proximité de parentage et en nouvelle asseurance d'amytié entre eulx, que pour guarder qu'img aullre n'y entre; et croy qu'il mettra encores en longueur, s'il peult, soubz quelques belles responces pleines d'espérance et bien coulourées, de n'en prendre ny laisser prendre audict roy des Romains aucune certaine résolution. Cependant il presse tant qu'il peult d'en effectuer les choses pour la princesse; et dict-on que cela est bien avant, et que chascun jour s'essayent nouveaulx moyens et artifices pour y faire condescendre le prince, qui, à ce <jue j'entendz, s'y rend tousjours assés froid et difficille; et j'eslimc que, quand on verra n'y avoir du tout plus d'ordre de pouvoir achever cela avecques luy, l'on vouldra essayer de le conduire avecques le roy mon seigneur : car desjà le cardinal de Burgos en a touché assez avant à laroyne catholicque, laquelle luy a respondu très-sagement que le roy son frère ne vouldroit faire ce tort au prince d'Hespaigne de courir sur son party. Ce que voulant interpréter ledict cardinal à quelque inégalité d'eage, demanda à ladicte dame si le roy son frère estoit beaucoup moindre (d'ans?) et plus jeusne que ladicte princesse : à quoy elle respondit qu'estant la princesse si vertueuse et honnesle comme elle est, ne se fauldroit arrester pour l'eage, et qu'elle n'auroit pas faultc de mary, ny le roy son frère faulle de femme.

Fol. 105. — Lettre secrète, Madrid 31 juillet 1S64.

Ce que je mandiz dernièrement , que le mariage du prince d'Hespaigne avecques la princesse sa tante seroit pour estre effectué, avoit lors tant d'apparence qu'il sembloit que toutz en la maison de ce roy n'entendissent en autre chose, et c'estoit pour la presse que Dyctristan, ambassadeur de l'empereur, faisoit au roy catholicque de respondre à celle de la fille du roy des Romains: dont l'on voulut bien encores faire cest essay pour le contentement de ladicte princesse, bien qu'on y eust tousjours cogncu le prince répugnant. Lequel ayant de mesme cesie fois esté persévérant en sa première opinion,

l'on (liel que le roy calliolic(]ue a du tout résolu sa scur qu'il ne fniloit plus qu'elle s'y acleiulil ; ce que, pour sa venu, elle a monslré porter bieu paliemnieiii; niiiis l'on a opinion qu'elle est pour s'en retidrc en ung monastère. Et cependant le roy eatholieque ■a respondu audici ambassadeur de l'empereur qu'il vncquoit tant (ju'il pouvoit à la dépescbcde Cbantonay, leciucl iroil bientost jiorter la résolution diidiet mariage.

Et je sçay, par le baron d'Herneslein, qui estoit venu avccciues les princes de Bolicsme cl s'en retourna à la fin de juing, il en a donné plus d'espérance qu'il n'avoit jamais faici, et qu'il a escripi en Flandres qu'il alloit convoquer ses eslatz à Toledo, pour faire la déclaration d'icelluy mariage : mesme diei-on que les gallércs sont desjà ordonnées pour porter Icdict prince, à ce septembre, en Italye, aflîn d'aller eonsonmier ledici mariage, et puys passer en Flandres, bien (|u'il y pourroit avoir en cela plus de démonstration pour le faire croire, que de vérité à le mectre en elTecl. Mais je sçay bien certainement que Cbantonay a faict tout ce qu'il a peu pour remectre en premier le mariage dudict prince avccques la royne d'Escosse, el que le cardinal son frère en avoit amplement escripi. Mais ny l'ung ny l'aultre n'ont esté oyz.

Le duc d'Alva, me respondanl à ce que j'avois quelquefoys proposé du mariage du roy mon seigneur, me dict que le roy son maistre tenoit en grand compte et se sentoit grandement obligé à la royne sa mère de la communication (|u'ellc luy avoit faict d'ung si privé et important affaire, et qu'il con^noissoit en cela ipi'elle prenoit grand conliance de luy, à quoy il vouldroit correspondre de toute son affection à ce qu'elle pouvoit vouloir et désirer de luy, mais que l'empereur estoit à présent si malladc que tout ce qui luy pouvoit toucher estoit mis en suspens jusques à sa convalescence, ou jusqucs après son définement. Dont luy, de son costé, ne pouvoit pour encores rien respondre de cela en partieullier à ladicte dame; et pour luy en parler en général, s'il disoit que le party ne fût convenable, ce seroit inal faict à luy, veu la bonne et grande qualité des deux partyes; par ainsy il voidloit bien mander à ladicte dame que le party estoit bien convenable. Je laisse à penser où tend ceste assez captieuse responce, et si l'on seroit bien ayse que le roy pourebassàl une ebose laquelle ilz fussent asseurés d'emporter.

Le prince d'Evoly m'a diet img peu plus eiairement que, à la vérité, la mailadye de l'empereur retardoit beaucoup cest affaire, mais que aussy le roy catboliccpie désiroilde son costé temporiser dix moys ou ung an , pour véoir conmie il iroil de la santé du prince son filz, et sellon icelle il prcndroii lors résolution, ou d'ung ou d'aullre party. A quoy je diz que j'espérois, dans ce temps, véoir ung frère audict prince d'Ilcspaigne : ce que icclluy prince d'Evoly monstra infinycment désirer. El de faict, la royne eaibolicque est retournée à la mesme opinion et espérance qu'elle estoil à la fin de may d'esire grosse : mais, parce qu'elle s'est souvent déceue en cela, ne veult qu'il en soyt cesie fois rien dict ny mandé jusques à tai-t qu'elle en sera miculx asseurée.

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