TROISIEME VOLUME
Fol. i. — A la reine, Madrid, 19 août 1S64. Dans une lettre du 10 août Saint-Suplice avait annoncé à Catherine de Médicis que la reine catholique était tombée malade; il dit ici que la maladie a fait de tels progrès qu'elle s'est trouvée à l'extrémité, et qu'après avoir été saignée quatre fois, la dernière au haut du front , elle a fait son testament. — Regrets universels que sa perte eût causés : « Et de ce en porte et pourtera à jamais bon tes- » moignage la publicque démonstration qui en a esté faicte : premièrement » du roy son mary, qui, pour le grand soin qu'il a mis en toutes sortes, 1) jour et nuict. au pied d'elle, en a prins la fiebvre. La princesse sa sœur » ne l'a jamais abandonnée, ny la princesse d'Evoly et les aultres princi- » pales dames de ceste court. Le duc d'Alva y a tousjours veillé. Le prince » d'Hespaigne, doulant oultre mesure, et les petitz princes ses cousins en » ont desjà esté trois foys en procession par les églises et hospitaulx, jus- » ques à beaucoup d'heures de nuict, accompagnez des ambassadeurs et » des grands et suyviz généralement de toutz, tant naturelz que estran- » giers, de ceste court, et y a heu vœux, jeusnes et disciplines, et mandé » par tout le royaulme faire le semblable. » — Enfin, grâces à Dieu, l'état de la reine s'est amélioré. — Le roi a permis à Saint-Suplice de la voir aussi souvent qu'il l'a désiré, » bien qu'il ne l'ait voulu concéder une seule » foys au prince son filz. »
Fol. 2 — A la reine, Madrid, 2.j août 13G4. L'amélioration de la reine ne s'était pas soutenue: au contraire, deux ou trois jours après, sa fièvre avait augmenté et son état empiré tellement que, les médecins perdant toute espérance, on s'apprêtait à lui donner l'cxtréme-onction. Alors, à la sollicitation du docteur Monguyon et par ordre du roi, on lui fit prendre une petite purgation d'agaric qui , en deux heures , produisit un effet miraculeux. On la tient aujourd'hui pour sauvée.
Fol. 2 v". — Au roi, Madrid, 29 août 1564. Il se réjouit de la convalescence de la reine catholique. — Pendant tout le temps qu'elle a été en danger, le roi ne s'est laissé voir, et maintenant il sera encore quelque temps en retraite, à cause de la mort de l'empereur '.
' Ferdinand I" était mort à Vienne le 25 juillet.
Fol 4 v". — A la reine. Madrid. 3 septembre 1 jG4 La reine catholique a presque entièrement recouvré la santé; le roi la visite souvent, matin et soir. — Saint-Suplice renouvelle la demande qu'il a faite, dans plusieurs lettres précédentes, déire remplacé, et ses plaintes de ce qu on ne lui paye pas son traitement.
Fol. 6. — A la reine. Madrid. 12 septembre Id64. Suite de la convalescence de la reine catholique. — Le roi voulait aller avec elle à Notre-Dame de Guadalupe : « mais ce pendant le prince est tumbé en quelque (iebvre. » doù il a esté bien mal toutz ces jours, qui sera cause qu'on ditTérera de » partir jusques à ce qu'il se trouvera mieulx. i - On a averti Saint-Suplice que le roi a fait le sieur de Chantonay son maître d hôtel, « quest 1) un estât qu il ne donne qu à ses privés et favoris et de son conseil : » qu il lui a alloué 4,000 écus de pension ordinaire, 10,000 écus pour le rembourser des frais extraordinaires qu'il a faits en France. 8,000 ducats pour son entretien en la charge où il l'envoie, et qu'il lui a fait connaître sa satisfaction de ses services.
Fol. 8 V". — Au roi. Madrid. 18 septembre lj64. Depuis le commencement de la maladie tic la reine et jusqu à ce qu'elle ait été hors de danger, le roi catholique na reçu personne, ni naturel du pays, ni étranger. — Il y a quatre jours il a donné audience à Saint-Suplicc. qui rend compte au roi de ce qui s'y est passé.
Fol. II. — A la reine, même date. La santé de la reine catholique va toujours en s'améliorant :
J'ay sceu, Madame, que l'empereur qui est à présent ', depuis la mort de son père, a commandé à l'ambassadeur qui est icy de faire une bien vive instance de nouveau envers ce roy, pour avoir la responce et résolution du mariage du prince d'Hespaigne avec sa flilc aisnée , jusques à luy dire qu'il trouvoit fort estiange qu'il demeurast si longuement irrésolu en chose qui avoit esté mise en termes depuis ung an et demy en çà, et que le feu empereur son père avoit eu grand regret de ne véoir aucune résolulion en ce faict avant que mourir. Et , ayant ce roy temporisé depuis quatre mois la responce et retardé le parlement de Chantonay, luy a dit enfin qu'il avoit dépesché Chantonay, et que dans deux jours il pariiroit. Et partit hier avceques la résolution dudict mariage.
' Maiimilien II.
Il m'a esté dicl de bon lieu que la cause principalle pour laquelle le roy ealliolicque , vostre filz, se rendoit si difïieile à respondre, cstoit qu'il désiroil que l'empereur qui est à ceste heure cédasl tous les droicls et actions qu'il pouvoil prétendre aux biens et Estatz du roy vostre beau-filz, et principallcment aux Indes , et que aussi l'on vouldroict qu'il feist eslire le prince d'Hespaigne pour roy des Romains. El combien que l'ambassadeur de l'empereur ne m'ayt voullu confesser qu'il ait esté parlé de ces conditions, si sçay-je bien qu'elles ont esté proposées, et croy qu'ilz ne lairont pour cela à passer oultre, voyant le filz avoir succédé à l'empire; et est à croire que ce mariage s'accordera, pour l'affection que la mère a qu'il se face.
Le nonce, parlant au duc d'AIbe de la révocation que le roi faisait de son ambassadeur à Rome ', exprima son étonnement de ce que ce prince n'avait plus un seul ambassadeur en Italie, où il possédait tant de beaux Etats. Le due lui répondit seulement h qu'il ne s'y pouvoit faire aultre chose. »
Fol. 12. — Lettre secrète, même date.
Ayant mis toute la payne qu'il m'a esté possible pour descouvrir la résolution que pourtoit Cbantonay touchant le mariage, j'ay sceu qu'il avoit charge de dire qu'estant le prince si débile et si mal sain , le roy ne se pouvoit ny debvoit se hastcr de le marier, combien qu'il désiroit bien fort ce party, et luy donnant asture une femme seroil le
perdre plustost que de luy conserver la santé Et à cecy se raporte ce que le prince
d'EvoIy m'a dit, que Cbantonay ne pourroit pourter aultre résolution touchant ce faict, que l'on ne veist plustost quelque asseuranee en la santé du prince. L'ambassadeur de l'empereur est grandement fasché que l'on ne luy ait voullu communicquer un seul mot touchant ceste résolution.
Fol. \j \". — A la reine, Madrid, 27 septembre 1564. La convalescence de la reine continue; elle a recouvré le sommeil et l'appétit: « brief elle » se porte bien , et reste seulleinent qu'elle est bien foible, palle et maigre » de ceste grande et longue maladie et de tant de saignées et divers maulx » et accidentz qu'elle a heuz. » — Saint-Suplice désirerait voir près d'elle un des médecins de la reine mère. — La fièvre a repris au prince d'Espagne, qui ces jours passés était du tout guéri.
' Pic IV, au mois de mai précédent, s'était prononcé en faveur de la France dans la contestation qu'il y avait entre cette couronne et celle d'Espagne pour la préséance. Philippe II, à celte nouvelle, rappela son ambassadeur près le saint-siége, le grand comiiiandeur de Caslillo, don Luis de Rcquesens. Voy. Cabrera, liv. VI, oh. XVI.
Fol. 16 v">. — Au roi. Madrid, 7 octobre 1564.
Toulz les affaires de deçà liennenl, |)ar la prudence de ce prince et par le bon ordre de ses conseils, lani longtemps ung mesme estai qu'à peyne en plusieurs nioys y survient-il chose de nouveaulté qui niérile d'estrc escripte, el à présent elles y sont si tran(]uilles que, ny de l'Hespaigne, ny de ses aultres pays, l'on y voit rien dire. Seulement qua Valence a esté, ces jours passez, faict ung aucto ', qu'ilz appellent, d'exécution de justice, sur aideuns condempiiez par l'inquisition : dont ung principal sieur, frère du conte de Tendilla, a esté brusié \if, ne s'estant voulu desdyrc , douze aultres bruslez après avoir esté estranglez , cl aullres quarante condeinpnez diversement.
Fol. 18 V". — A la reine, mcrne date. La convalescence et guérison de la reine catholique est à présent complète; elle s'est levée et promenée le jour de Saint-Michel, et depuis elle a été de bien en mieux. — On a traité, ces jours passés, le mariage du prince de Parme avec la sœur de don Duarte, connétable de Portugal, cousine germaine du roi catholique: la chose a été poussée si avant que le prince a envoyé son principal gouverneur en Portugal. Sur ces entrefaites il est tombé malade et a donné de vives inquiétudes. Il est mieux maintenant.
Fol. 19 V». — Lettre secrète, même date. Ayant félicité le prince d'Eboli sur la nouvelle charge de grand maitre {maijordomo mayor) du prince que le roi lui a donnée, le prince lui répondit « que le roy son maistre luy . » avoit voulu commettre ceste charge, pour la fiance qu'il avoit en luy, » et pour estre près de son filz jusques à ce qu'il seroit maryé. car lors sa » femme prendroit le soing de lu}. et si cependant, pour contenter ceulx » de Flandres, le roy son père le leur envoyoit, et luy demeuras! en Hes- » paigne. qu'il l'accompagneroit pour prendre guarde à sa maison : mais » le voyage ne seroit pour beaucoup de temps. » — Ruy Gomez lui a encore dit que la grande maladie de la reine avait augmenté l'affection de son mari pour elle, c> et adjousta quelques choses de ses amours passées, qui avoient )> cessé et estoient hors de la maison . de sorte que tout alloit si bien qu'il » ne se pouvoit désirer mieulx ». et que, quand le roi irait faire jurer le prince son fils en Aragon, une entrevue avec la reine mère pourrait avoir lieu.
' Aulo-da-fé.
178 DÉPÈCHi:S DES AMBASSADEURS.
Fol. 20 \°. — Mémoire joint à la lettre précédente. SaintSuplice s'applique, dans ce long mémoire, à exposer la politique et les sentiments du roi d'Espagne, à l'égard desquels on a voulu inspirer des défiances et des soupçons à la cour de France : « 11 cognoit — dit-il — ledict roy catliolicque incliner, de sa nature et de son propre vouloir, à la paix, amitié et bonne intelligence qu'il a avecques le roy, et correspondre de parole et d'effect à ce debvoir de la prochaine alliance qui est entre euix, et qu'il reçoit de bonne part ce qui lui est proposé par ledict seigneur roy son frère, et honore et respecte tousjours et en toutes choses fort grandement la royne sa mère. » Mais il connaît aussi qu'il y a près du roi quelques personnages qui souvent se sont efforcés de le divertir de ce bon vouloir. Néanmoins il tient la paix entre les deux couronnes pour aussi ferme qu'elle ait jamais été. — Le roi catholique, d'ailleurs, n'ignore pas que l'amitié du roi très-chrétien est pour lui la plus sûre caution de la Iranquillité de ses Etats; « et sans icelle les choses ne s'y contiendroient si longtenq)s sans » aulcunement s'y soubslever, mesmes en Naples et à Milan, pour les nou- » veaulx subsides qu'on y a imposé, aussy pour la subjection et mespris » où les plus grands desdicts pays sont réduictz soubz la domination des « Castillans, laquelle non-seulement est odieuse à eulx, mais aussy à ceulx » d'Aragon, Cataloigne et Valence : joinct qu'on sçait combien l'Italie est » tousjours prompte à mutation, et maintenant sendjle qu'elle y soit assés » disposée; et au Pays-Bas il sent la division de la religion ; et jusques aux » Indes y ha tousjours quelqu'ung prest à se haulser, et les Indiens à se » rebeller contre les Hespaignolz : et quasi à toute heure les Mores sont sur
» la coste d'Espagne » — Saint-Suplice raconte avec détail ce qui se
passa lorsque, au milieu du mois d'août, le roi catholique voyant la reine en si grand danger, il désira qu'elle fit son testament, suivant la coutume des reines de Castille. — Il rappelle ensuite plusieurs circonstances où la politique du roi d'Espagne a été mise à l'épreuve; il en tire la conclusion que, s'il est « ung magnanime prince et de grand cœur, et qui, pour revancher » une injure ou deffendre le sien, hasarderoit aussy franchement sa per- » sonne et tout ce que Dieu luy a donné, que nul aultre prince de la » terre, » il est, d'autre part, « si modéré et prudent, et si peu légier à )) entreprendre choses nouvelles, mesmement une doubteuse et périlleuse )■> guerre contre les forces du roy, qu'il n'y ha apparence qu'il se meuve
>■ datlompler rien contre la France, si. par ung renouvellemcnl de Irou- » ble». ou par quelques divisions (jui pourroienl eslre dans le royaulnie, » il n'y estoit appelle, comme à une si certaine conqueste qu'il n'eust à » faire qu'à l'accepter et en prendre la possession. »
Fol. 26. — A la reine. Madrid, 9 novembre 1364-. II profite du passage par Madrid du seigneur de Bordeille ', revenant de Portugal, pour lui annoncer que la reine catholique est déjà allée aux champs par trois fois; « et ne s'v peult désirer aultre chose, si ce n'est que le roy couche avec >> elle : ce qu'il a bien fort bonne volonté de faire, luy ayant desjà escript » du Bosc de Segovya qu'elle luy mandast si pourroient coucher ensemble » à son retour, que sera dans deux jours : ce que les médecins ne veullent » si tost permettre. Toutesfoys je me double qu'ilz n'en seront creuz. » — Saiut-Suplice se plaint de la manie de saigner qu'ont les médecins de la reine. — Il remercie la reine mère de l'envoi de son successeur qu'elle lui promet pour le mois de janvier. — Le roi est allé, depuis une vingtaine de jours, visiter ses maisons. — Arrivée à Madrid de .M. de Méru; accueil distingué qui lui est fait. — Mort du prince d'Ascoli des suites d'une fièvre pestilentielle.
Fol. 27 v". — Au roi, Madrid, 21 novembre loGi. Le sieur de Méru, arrivé à Madrid le 7 novembre, a été reçu en audience solennelle par la reine, et huit jours après par le roi, qui l'ont accueilli de la manière la plus distinguée. H leur a présenté les compliments de félicitation de Leurs Majestés Très-Chrétiennes sur le rétablissement de la reine. Il retourne maintenant. — Il a été fait à Madrid, à l'occasion du rétablissement de la reine, procession générale, à laquelle ont assisté le roi. les princes de Bohême, tous les ambassadeurs, les plus grands personnages de la cour et les conseils. Dépareilles processions auront lieu dans tout le royaume.
Fol. 50 vo. — A la reine, même date. La reine catholique a commencé de suivre le régime que sa mère a recommandé : il ne se passe pas un beau jour qu'elle n'aille aux champs dincr ou se promener. « combien que la » comtesse d'ireigne et don Jehan Manrique s'y opposent fort, pour ne » lavoir accouslumé. »
Fol. 31 V". — Lettre secrète, même date. Saint-Suplice assure que la
' Branlonie.
reine mère « est lellement respectée et honnorée, principalement du roy et » de toutz les grands de par deçà, et ses actions si agréables à Dieu et » louables devant les hommes, qu'elle ne le sçauroit désirer davantage. » — L influence de la reine catholique auprès du roi son mari semble croître chaque jour davantage. — Le jour de la procession pour le rétablissement de la reine, le roi, parlant à Saint-Suplice le long du chemin, lui demanda si la reine mère avait été malade avant son premier enfantement. Sur sa réponse, il dit que, quand la reine sa femme deviendrait grosso, elle devrait faire tout ce que sa mère lui manderait. — « La royne catholicque, divisant » avecques ce roy depuis sa guérison, luy demanda, si elle fust morte, » où est-ce qu'il se fust maryé, et s'il eust espousé la royne d'Escosse, » comme l'on en a parlé. En se soubzriant, il luy respondit que fort diffé- •> rentes estoient leurs complexions. Et par-là on peult juger combien il a )) agréable les unes, et l'opinion qu'il a des aultres. » — Quand la reine catholique commença à se bien porter et à aller faire ses dévolions dans les monastères, elle dit à Saint-Suplice qu'elle regrettait beaucoup de s'être vouée à Notre-Dame de Guadalupe, qui est sur le chemin de Portugal, au lieu de le faire à un Crucifix existant à mi-chemin de Bayonne : ce qui lui eût fourni l'occasion d une entrevue avec sa mère et son frère. — Saint- Suplice se félicite de ce que la reine a choisi M. de Foix pour lui succéder.
Fol. 54 V". — Au roi, Madrid, 9 décembre 1364. Il rend compte d'une audience qu'il a eue du roi catholique le i""" décembre, et où il l'a entretenu de diverses afl'aires particulières dont le roi l'avait chargé.
Fol. 57. — A la reine, même date.
La royne est bien augmentée en son bon poincl : ce que je pense procéder de la privaulté et grande amytié que le roy continue à luy nionstrer de plus en plus, ne faillanl de la venir véoir tous les jours, à estre deux heures ensemble; et bien souvent il se dérobe avec elle, pour luy aller nionslrer des painctures, cartes et marbres qu'il a fait mettre en diverses pièces qu'il tient soubz sa clef. Et maintenant n'attendent plus le conseil des médecins pour coucher ensemble.
Saint-Suplice remercie la reine de la pension de 5,000 francs qu'elle lui a accordée.
Fol. 57 V". — Lettre secrète, même date. Dans la dernière audience qu'il a eue du roi, il a remis sur le tapis le projet d'une entrevue avec LL. MM.
TT. ce. Le roi l'a engagé à en communiquer avec la reine sa femme. Il lui a fait dire ensuite, par la reine, qu'il désirait avant fout savoir les intentions de la reine mère, et le temps ou elle pourrait être à Bayonne. — Saint- Suplice croit le roi disposé à l'entrevue. Le duc dWlbe y pousse, la regardant comme une des choses les plus utiles pour les deux maisons royales. — Remerciments de l'état de chevalier d'honneur de la future reine de France que la reine mère veut bien réserver pour Saint-Suplice.
Fol. 40. — Au roi. .Madrid, 31 décembre loGi. Il a eu audience du roi le 16. Il s v est plaint du inauvitis et rigoureux traitement dont usait I inquisition envers les Français trafiquants en Espagne, lesquels, sans faire acte scandaleux ni aucun exercice de leur religion, étaient accusés, ou par leurs compagnons mêmes, par esprit de vengeance, ou par des Espagnols, et fort misérablement condamnés. Le roi lui a répondu qu'il n'avait pas été fait de commandement particulier pour les Français: (jue l'inquisition procédait sans respect de la nation ou des qualités 4es personnes: qu'il parlerait au grand inquisiteur, etc.
Fol. 42 v°. — A la reine, même date. Le roi catholique est parti le 24 pour le monastère de l'Espérance, à douze lieues de Madrid, afin d'y passer les fêtes de ^'oël. — Il félicite la reine mère d'avoir renouvelé l'ancienne alliance avec les Suisses.
Fol. 44 v. — Lettre secrète, même date. Il a parlé au prince d'Eboli et au duc d'Albe de lentrevuc projetée. — Le prince y est tout à fait favorable; le duc a mis en avant le soupçon que pourraient en concevoir les autres princes. — Le président {sic) Renard ', étant venu visiter Saint- Suplice, lui a dit << qu'il estoit esbahi de véoir son maistre trompé et de- » meurer encores en ceste opinion que le bon zèle de la religion contienne
» les ecclésiasticques, et confesser que les Pays-Bas estoienl assés
» esbranlez et que, si le feu s'y allumoil une fois, il seroit plus dillicille » à esteindre qu'en aulcun aultre endroict de la chrestienté. »
Fol. 46 v. — A la reine, Madrid, 7 janvier Id64 (1563, n. st.). Le roi est encore au monastère où il a passé les fêtes de ÎSoël.
' Dans sa lettre du 51 décembre à la reine, Saint-Suplice, lui annonçant l'arrivée à Madrid du président Renard, dit qu'il est venu solliciter le roi de ne plus différer son allée en Flandre.
La qualification de président, que Saint-Suplice donne à Simon Renard, ne lui appartenait pasj il n'était que conseiller d'Etat au.\ Pays-Bas.
482 DÉPÈCHES DES AMBASSADEURS.
Fol. 50 v". — A la reine, 21 janvier 1S6S. Le grand inquisiteur l'a assuré que les Français ne seraient châtiés en Espagne par l'inquisition que pour le scandale qu'ils y donneraient, ou les propos qu'ils y tiendraient, et qu'ils ne seraient pas plus mal traités que les Castillans mêmes.
Fol. 52 v". — Mémoire joint à la lettre précédente. Ce Mémoire roule sur l'entrevue dont il était question. Dans une conférence avec le duc d'Albe, ce dernier a dit à Saint-Suplice que le roi regi-ettait beaucoup de ne pouvoir céder au désir qu'il avait de voir le roi son beau-frère et la reine sa belle-mère, mais que cette entrevue pourrait donner de la jalousie aux princes de la chrétienté; qu'il n'en serait pas de même d'une entrevue de la reine sa femme avec la reine mère, et qu'il était d'avis en conséquence que celle-ci eût lieu. — Le duc désira savoir comment LL. MM. TT. CC. entendaient que la chose se fit. Saint-Suplice proposa que la reine catholique allât à Bavonne. Le duc fit des objections : iJ aurait voulu que la reine mère vint en Espagne. L'ambassadeur y résista. Le duc. ayant pris les ordres du roi, fit connaître à Saint-Suplice que la reine irait trouver sa mère et son frère à Bayonne.
Fol. o9 v». — A la reine, Madrid, 16 février lo6o. Le 50 janvier le roi a fait entendre, par le duc d'x\lbe, à ceux de son conseil ses intentions au sujet de l'entrevue de Bayonne. Le même jour il a envoyé le prince d'Eboli à la reine, pour la prier d'ordonner ce qu'il lui plairait pour ce voyage. Toutefois ses dames ne pourront faire faire d'habillements neufs contre la pragmatique, el tous ceux qui l'accompagneront devront être habillés selon cette ordonnance, sans passements d'or ni d'argent, afin que cette entrevue ne soit cause d'excessive dépense.
Fol. (î2. — Au roi, Madrid, 16 mars 1565. Le voyage de la reine est le sujet des conversations de toute la cour: toutefois le jour du départ n'est pas encore fixé. Le roi le presse le plus qu'il peut : « mais, comme sa court « n'est accoustumée de voyager, toutz s'y trouvent longs et empeschez à )> préparer les choses qui leur font besoing. » — Le roi a emprunté un million dor à Grimaldi. — « Le pape a envoyé le comte Ladislao Rangon, » son camérier, pourter l'espée au prince d'Espaigne, et la luy doibt bailler » ung de ces jours. » — L'ambassadeur d'Angleterre à Madrid est parti sans attendre l'arrivée de son successeur, et laissant seulement son secrétaire. — « L'on s'est resjouy en ceste court, à ce caresme prenant, en
» tornoys de lance et d'espée hors de lice et en seraux * , comédies et » bonnes chères. » — Le comte d Egmont * est à la veille de retourner aux Pays-Bas; « il a esté bien veu et bien receu de son maistre, lequel luy a o faict beaucoup de faveur et de privante. »
Fol. 66. — Lettre secrète, même date. Il a fait des démarches auprès du roi et de la reine catholiques, afin que le prince d'Eboli fût du voyage de Bayonne: ce prince le désirait vivement. La reine en a parlé à son mari. Le roi lui a répondu « que. pendant ce voyage, le prince son filz debvoit » aller à >'ostre-Dame de Guadalupe, lequel il ne vouidroit fyer à homme n du monde que à Ruy Gomez, et estoit dangier, s'il n'estoit tousjours bien » près de luy, qu'on ne le trouvast au retour là où on l'auroit laissé au » partir. » — Ruy Gomez a engagé l'ambassadeur à insister, en ne lui laissant pas ignorer qu'il avait beaucoup d'envieux et d'ennemis à la cour, lesquels s'efforçaient de donner mauvaise impression de lui, à cause qu'il était portugais de naissance. — Depuis, Saint-Suplice a su que le roi a changé d'opinion, et qu'il mènera le prince avec lui en ce voyage : « ce » qui n'est encores guières divulgué, et n'est besoing qu'on en parle, car » l'occasion de ce ne s'en peult aussi encores escripre. » — Le départ de la reine, d abord fixé au 26 mars, a été remis au 6 avril, par la négligence et paresse de don Juan Manrique. — Le roi. malgré toutes les sollicitations qui lui ont été faites, n'a voulu permettre que la reine soit accompagnée d'aucune de ses dames espagnoles, à l'exception de la fille de la comtesse d'Lrena. — Le duc d'Albe a dit à Saint-Suplice, à propos de l'entrevue de Bayonne, u qu'il faudra lors ouvrir les cueurs les uns aux aullres. » — Le prince d'Eboli. lui parlant privément de cette assemblée, lui a dit « que » non-seulement on s y resjouiroit, et quon y confirmeroit les affections » et bonnes intentions que Leurs Majestez avoient les ungs envers les » aultres: que, possible, on y parleroil de mariages, et s'y feroitau reste » ce qui se pourroit pour la religion. »
Fol. 70. — A la reine, Madrid. 29 mars 1565. Il a, pour confirmation
' En espagnol saraos , bals, assemblées.
' Lamoral d'Egraont avait élé envoyé par la duchesse de Parme, gouvernante des Pays-Cas, à Madrid, pour représenter au roi les embarras au milieu desquels elle se trouvait. 11 arriva dans cette capitale au mois de février lb65, et en partit, pour retourner aux Pays-Bas, dans les premiers jours d'avril.
de plus grande et perpétuelle amitié entre les deux rois, négocié une chose en laquelle il a eu le bonheur de réussir : c'est que le roi catholique enverra son ordre au roi très-chrétien, à Ba3onne. à l'occasion du voyage de sa femme. — Le roi catholique désire qu'à Rayonne LL. MM. TT. CC. ayent la suite la moins nombreuse que possible.
Fol. 73. — Au roi, Madrid, 3 avril 1565. La reine partira décidément le lundi 9. — Le roi, étant hier après dîner chez elle, manda la princesse, dont il prit congé. Il est lui-même parti ce matin. — Sur la nouvelle que les Français sont descendus à la Floride et y ont bâti un fort, on a donné charge à Pedro Melendez de lover 600 hommes, de les mener là et de passer au fd de l'épée tous les Français, s'il le peut.
Fol. 75 vo. — Ce que passa entre le duc d'Alve cl le 5'' de Saint-Suplice, avant quil partit pour aller à Bayonne. Le duc l'assura du contentement que le roi avait eu do lui en tout ce qu'il avait traité et négocié , ajoutant qu'il n'avait jamais entendu Sa Majesté Catholique parler, en des termes si honorables, d'un ambassadeur étranger.
Fol. 80. - Au roi. Médina del Campo, 12 avril 1565. La reine a quitté Madrid le 9, pour aller faire ses pàquos au monastère do la Mejorada. Le lendemain de la fête elle viendra à Modina, où on lui prépare une entrée magnifique: do là jusqu'à Rayonne elle ne s'arrêtera plus, sinon un jour à Valladolid et un jour à Burgos, le roi devant la rejoindre dans ces deux villes. Elle a voulu que Saint-Suplice partit avant elle, comme il
l'a fait.
Fol. 80 V". — A la reine, même date. Au commencement de son voyage, la reine ne fait que deux à trois lieues par jour. La nuit passée elle s'est rencontrée avec le roi à Guadarrama. Ils se sont de nouveau séparés ce matin, pour aller faire leurs pàques, lui au couvent del Parral de Ségovie, elle au monastère de la Mejorada. — La plupart des grands d'Espagne se sont offerts pour accompagner la reine à Ra}onne : mais aucun n'a été accepté; seulement le roi a fait dire à quelques-uns d'eux et à toute sa maison de se trouver, cette semaine sainte, à Rurgos. — Le duc d'Albe est allé faire un tour chez lui; il se rendra par la poste à Burgos, quand LL. MM. y arriveront. — Les ambassadeurs sont demeurés à Madrid avec la princesse, les petits princes et les conseils. — Lorsque la reine a quitté Madrid, toute la population s'était assemblée pour la voir
partir: la princesse la condiiisif jusqu'à ce quelle monlàt à cheval: le prince d"Espai;ne, les princes de Bohème, don Juan d'Autriche et tous les grands l'accompagnèrent jusque bien près du lieu où elle s'arrêta le premier jour.
Fol. 8i. — A la reine. Médina del Canipo. 19 avril 1")6.5. La reine arriva hier au monastère de la Mejorada. — Le roi est au monastère de Guisando. où il a mandé au prince son fils de le venir joindre. Le lendemain de Pâques, il prendra le chemin de Ségovie.
Fol. 87. — .Mémoire joint à une lettre au roi écrite de Valladolid. le 7 mai I.j63. Lorsque le voyage de Bayonne avait été arrêté, le roi catholique avait (lit à Saint-Suplice qu'il désirait que sa femme ne rencontrât en cette ville ni la reine de Navarre, ni le prince de Condé. ni les Chàtillons, et cela à cause de la religion que ces personnages professaient. Le duc d'Alhe lui avait dit la même chose, et de plus que si. la reine étant arrivée à une lieue de Bayonne. on apprenait que les personnages en question V fussent, elle rebrousserait chemin. — Cette déclaration embarrassa fort Catherine de Médicis, et elle écrivit plusieurs lettres à sa fille et à Saint- Suplice, pour qu'ils tâchassent d'en faire revenir le roi. — .\ Valladolid l'ambassadeur en entretint encore Philippe II: il ne s'agissait plus que du prince de Condé: la reine de Navarre ne songeait point à venir à Bayonne. Le roi . tout en rendant justice aux grandes qualités de ce prince, répondit qu eu égard à la religion qu'il professait. « il ne pouvoit consentir en façon » du monde quil s y Irouvast: mesmement. que ses subjectz estoient si » scrupuleux qu'ilz en seroient scandalisés et ne vouidroient jamais véoir » la royne sa femme, si elle s'estoil trouvée en telle compaignie. ny luy » aussy, s'il l'avoit consenti, et que certainement il s'estoit obligé à ne le » luy permettre: adjoustant ces motz : ['oulés-vous que je vous dye? Il ne » se peult faire en façon du monde; et comme je vous aij desjà dict, si elle » esloit à } ron, voire à denuje lieue de Bayonne, et ceulx-là y estoient, elle » s'en retourneroit , sans y aller. »
Fol. 89 v. — A la reine, \ illanueva, 16 mai I.jGo. Leurs Majestés sont parties le 14 de Valladolid, pour arriver à Burgos. où elles resteront trois jours. — Leur séjour à Valladolid a été employé à voir plusieurs passetemps de taureaux et jeux de cannes que les principaux d'Espagne ont bien voulu courir eux-mêmes pour la venue de la reine. — Toutes les après-
486 DKPÈCHES DES AMBASSADEURS.
dinées le roi et la reine se sont vus selon leur bonne coutume: puis la reine, toujours accompagnée du prince d'Espagne et de don Juan d'Autriche, est ailée s ébattre aux beaux monastères, jardins et lieux de plaisir qui sont en grand nombre à Valladolid, plus qu'en nul autre lieu de Castille. — Saint-Suplice voit avec peine que le voyage avance si peu; il a fait tout ce qu'il a pu , depuis le départ de Madrid, pour le faire accélérer.
Fol. 90 v". — Lettre secrète , même date. Le motif qui a fait prolonger le séjour de LL. jMM. C(]. à Valladolid a été l'espoir d'obtenir un bon présent de celte ville, qui servit à pa^er une partie des frais du voyage : mais on n'en a su rien tirer. On a, en revanche, si bien manié ceux de Burgos qu'ils ont accordé 30,0t)0 ducats, payables de suite.
Fol. 91. — A la reine, du monastère de Rodillas, 23 mai 1565. La reine s est arrêtée trois jours jusqu'aux portes de Burgos, sans y entrer, à cause que la peste avait éclaté en cette ville et qu'en un jour elle avait enlevé vingt-cinq personnes '. Aussi, malgré tous les préparatifs de ceux de Burgos et leurs supplications, le roi a décidé qu'elle passerait outre, en prenant le chemin de Soria. — Le roi s'est séparé d'elle le 15 mai, au partir d'une maison du comte de Benavente qui s'appelle Cigales : ce qui ne fut sans qu'elle pleurât. La veille il avait été arrêté qu'elle serait accompagnée du duc d'Albe, du comte de Benavente, du duc de INàjera, du duc d'Ussuna et de sa femme, du prieur don Hernando de Tolède, de la marquise de Zenette, du duc son fils, de la comtesse de iModica, sa fille , de don Juan Manrique, de sa femme et de plusieurs autres cavaliers de la maison du roi.
Fol. 93. — A la reine, Tolosa, 9 juin 1565. La reine entre aujourd'hui dans le Guipuzcoa. Elle vient coucher à Scgura, où elle passera la fête de demain. — Lundi elle arrivera à Tolosa, mardi à Saint-Sébastien, et mercredi à Irun.
Fol. 94. — Au roi, Santisteban, 26 juillet 1505. La reine, depuis son départ de Bayonne. a voyagé à petites journées, à cause des grandes chaleurs. Elle ne fait que trois lieues par jour, sur le tard, et souvent moitié la nuit.
' Dans une lettre écrite de Tolosa, le 31 mai, Saiut-Suplico dit que la peste s'est si échauffée à Burgos que, le vendredi Drcccdent, les habitants ont presque tous abandonné la ville
PHILIPPK II. 187
Fol. 96 v. — -\ii roi. Scgovie. il août 1365. .\vant de se présenter à 1 audience du roi catholique, il a cru devoir laisser à la reine le temps de l'entretenir de ce qui s'est passé à Bavonne. et de lui communiquer ce dont elle a été chargée par la reine mère. — C'est le 5 août que le roi catholique l'a reçu. Il a remercié S. M. C. du contentement qu'elle avait donné à LL. M.M. 7 T. ce. en leur envoyant la reine. » par laquelle, mieulx que » par nulle aultre personne du monde, elles avoient pu lui ouvrir enlière- » ment leurs cueurs sur lafTection quelles avoient à perpétuer la paix, » amitié et bonne intelligence estant entre les deux maisons. » — Le roi, à son tour, remercia LL. MM. TT. CC. de la réception qu'elles avaient faite à sa femme, exprimant le regret de n'avoir pu se trouver dans la compagnie de la reine sa mère, et l'espoir que quelque jour il serait plus heureux. — Il les remercia aussi de l'accueil fait à tous ceux qui accompagnaient la reine, lesquels tout d une voix s'en louaient grandement. 11 remercia enfin le roi de l'honneur qu'il lui avait fait en acceptant son ordie.
Je siiiviz à luy dire — coniiiiue Sainl-Suplice — (juc à la vérité VV. M.M. TT. CC. aviez bien toii.*joiirs pensé, el loiil le monde s'cstoil aussy actendu, que cesie veiie n'auroit à conlonlcr siniplemeiU les ungs el les autres en Tayse et plaisir de vous retrouver ensemble, ains qu'elle auroit à produire plusieurs nouveaulx moyens de plus estroictement confirmer et accroistre, non-seullcmont à ceste heure, mais aussy pour l'advenir, rintelligence et confédération de voz deux couroimes, avec autres bons effectz pour le bien universel de la chresticnté, et que, la roync ayant actendu quelques jours que le duc d'.AIva luy en eniamast les matières, voyant qu'il n'en tenoit compte, elle-mesmes luy en avoil ouvert uns; propoz, conforme à la naturelle aniityé et habondaiiee d'affection maternelle qu'elle porte à Vos deux Majcstez ses enfans : en quoy, encore que du commancement elle l'eust trouvé aulcunement froid, il avoit toutesfoys depuys monstre tant bien gouster Icdici propoz, qu'il avoit traicté avec tant de bonne intention et de suffisance, qu'elle esloit demeurée grandement satisfaicte de luy, et n'avoit peu laisser de me commander bien expressément de bien fort remercier Sa Majesté Catliolieque d'avoir voulu ainsy dignement accompaigner la roync vostre seur de ce grand personnaige, qui véritablement s'estoit montré tel qu'on l'avoit tousjours estimé, seavoir est : très-digne ministre du grand prince qu'il servoit, et qu'elle luy avoit bien voulu communicqner le principal estât de voz affaires, en ce mesmemcnl qui concernoit la conservation de la religion et restablissemenl de vostre autborité dans vostre royaulme : en quo\ elle l'avoit trouvé de si bonne et droicte intention à luy conseiller le bien de vostre couronne, que non-seullement il avoit approusé ce qui tournoil au
188 DÉPÈCHES DES AMBASSADEURS
proflicl d'icelie el scurlé de voz Eslalz, ains avoil exhorté ladictc dame d"y prendre garde de bien près, et surtout à maintenir vostre obéissance et faire estroictenient observer voz édiclz, sans permeetre que par nul prétexte il fût loysibie à auicung de les enfreindre, sans en rccepvoir si notable chastiment qu'il en servit d'exemple aux
aultres Et luy conlinuay puis après les autres propoz (pi'elle avoit lenuz audict
due, et que j'avois conmiandemenl de luy proposer en général.
Il lui (il enfin léloge de la manière dont s'étaient conduits tous les seigneurs et cavaliers espagnols qui avaient accompagné la reine.
Fol. 99 v. — A la reine. Ségovie, même date. Le roi catholique alla au-devant de sa femme jusqu'à Sepuiveda, dix grandes lieues de Ségovie. Deux jours après ils arrivèrent dans cette ville. Le prince d'Espagne était allé les attendre à trois lieues de là : il mit pied à terre d'assez loin, pour saluer la reine, « et travailla assez de luy prendre la main pour la luy » baiser, et elle noblya de luy rendre bien son salut. » Don Juan d'Autriche, qui n'avait encore vu le roi depuis qu'il avait été empêché de passer à Malte^ courut droit à lui, pour lui demaiuler pardon. Le roi le reçut en riant avec grand amour et l'embrassa; puis il l'envoya baiser la main à la reine, « laquelle, l'ayant aussy salué, luy demanda, en riant, si » les Turcz et les Mores estoient guières gens de guerre, et il respondit » qu'on ne lavoit laissé estre si heureux de le pouvoir véoir et essayer. » — Ce fut le 50 juillet que le roi et la reine arrivèrent au château de Ségovie. — La reine est dans le plus grand contentement du monde, pour la perfection d'amitié dont son mari use envers elle. Le roi, de son côté, est extrêmement satisfait de tout ce qu'on lui a rapporté de la conduite de sa femme pendant ce voyage. Aussi Saint-Suplice trouve-t-il que « ce a esté » une très-heureuse assemblée que celle de Bayonne en toutes sortes, et » laquelle maintiendra longtemps la France en grande réputation envers » ceste nation , oultre les autres bons efïectz que bientost il plaira à Dieu » en faire sortir au prolfict de ces deux couronnes. » — Samedi ' le roi alla jusqu'à la maison du Bois, pour recevoir la princesse sa sœur et les petits princes de Bohême, qui venaient de Madrid. — Le dimanche soir le prince d'Espagne et don Juan d'Autriche, suivis des seigneurs de la cour, allèrent au-devant de la princesse avec des torches. — Le matin la reine, accom-
' i août.
IMULIPPi: II. 189
pagnée du prince dEspagne, de don Juan, de ses dames et des principaux de la cour, élail allée au monastère de Santa Cruz, où le cardinal Crivelli, nonce du pape, avait célébré la messe et lui avait offert ii diner. — Le lendemain arrivèrent de Madrid le reste de la cour et les principaux personnages du conseil.
Fol. iOI. — Mémoire particulier, joint aux lettres précédentes, (le long mémoire (quinze pages, écriture serrée) roule sur les entretiens que Saint- Suplice a eus. avec le roi catholique, la reine, le prince d Kboli et le duc d Albe. touchant les points que la reine mère avait chargé la reine dKspagne de proposer à son mari , et qui avaient pour objet les mariages du roi très-chrétien, du duc d'Anjou, son frère, et de madame Marguerite, sa sœur, ainsi qu'une ligue avec l'empereur à laquelle les Allemands seraient invités à s associer. Le roi aurait épousé 1 archiduchesse Anne, fdie aînée de 1 empereur, et madame Marguerite le prince d'Espagne.
J'extrairai de ce mémoire quelques particularités.
La première fois que la reine catholique avait parlé à son mari du mariage avec le prince d'Espagne, il avait répondu qu'on avait commencé de traiter de son mariage avec la fille ainée de l'empereur, mais qu'on pourrait marier madame Marguerite avec le prince de Hongrie. — La ligue avec lempcreur et les Allemands lui avait paru sujette à bien des dilTlcultés. — La reine dit à Saint-Suplice « que le prince d'Hespaigne, selon ce quelle » en avoit cogneu. n'estoit moings affectionné que le roy son frère à l'aisnée » de l'empereur. Il estoit vray que. despuis son retour, elle luy avoit » monstre la peinture de madame sa sœur, laquelle il avoit longuement » contemplée, et avoit dict qu'elle avoit les yeulx beaulx. la bouche belle, » et qu'elle estoit toute belle. » — Le prince d"i"]boli promit à Saint-Suplice d'être favorable aux propositions de la reine mère; toutefois il fut d'avis de ne mettre d'abord en avant que le mariage de madame Marguerite avec le prince d'Espagne. — Le roi se borna à répondre à l'ambassadeur que sa proposition lui avait été agréable: qu'elle était de grande considération: qu'il y penserait et en commuinquerait avec ses ministres, et qu'ensuite il lui ferait connaître ses intentions par le duc d.Albe. — Le duc témoigna à Saint-Suplice d approuver assez les mariages mis en avant : mais il se montra contraire à une ligue avec l'empereur et les Allemands, pour beaucoup de raisons énoncées dans le mémoire. — Quelques-uns des propos
190 DÉPÈCHES DES AMBASSADEURS.
qu'il tint à l'ambassadeur méritent d'être littéralement transcrits, car ils jettent un grand jour sur les conterences de Bayonne :
Le iliic me respondil que, luy ayanl la royne (Catherine de Médicis) faict Ttionneur de luy commiinicquer ce qu'il luy avoit semblé bon de ses présens affaires et des plus «énéraulx et iniporlans de la chrestienté , avec une si grande intelligence et cognoissance d'iceulx qu'il failoil qu'il confessât que jusques à ce jour-là il n'avoit hou opinion qu'il y eusl à beaucoup prèz tant de suffisance en ceste princesse comme il y en avoit cogneu, quy en toutes sortes luy avoit faici véoir qu'elle csloit une des plus dignes de ce grand ma'nycmeni qu'elle avoil entre mains que nulle autre dont il cust ouy parler de nostre temps ny du passé, il s'estoit despouillo de toute autre affection ou passion qu'il pouvoit avoir apportée en luy, fors de celle qui convenoit à luy donner son advis en pareille lidélité et servitude comme s'il eusl esté propre et naturel conscillier et subject de LL. TT. ce. MM.; et ainsy, sur le faict de la religion et tranquillité de leurs subjectz, qui estoit le plus important, tant au particulier de leur royaulnic que au général des autres Estalz chrcsliens, après avoir sur ce recueilly diverses choses de plusieurs qui particulièrement luy en avoienl parlé, voulut bien dire à Leursdicies Majestez que le temps ne sembloit requérir qu'on usasl, ny de la rigueur des armes pour exterminer, ny de la doulceur de dissimulation pour excuser les faulles qui ordinairement se commectoient en France : car, comme ne pourroil eslre trouvé bon que le roy dressast armée dans ses pays pour tourner ces mesmes forces contre ses propres subjeclz, aussy n'y avoit-il lieu de tollérer que les téméraires et trop audacieux y demeurassent sans pugniiion; qu'il esloil vray qu'il n'y avoit aulcune seureté de conunectre la religion à ung si incertain événement comme celluv des armes, et ne le conseilleroit jamais : car s'il advcnoit d'y succéder tme foys mal, tout iroit à grand danger, mais qu'il falloit que les armes demeurassent tout entièrement es mains du roy, pour eslre manyées par ceulx à qui il luy plairoil les commectre, et que les lieutenans et gouverneurs tinssent la main, par toutes les provinces, que son authorité y fût bien gardée, ses édiclz enlièrement et exactement observez, et les transgresseurs sans dissimulation rigoureusement pugniz, bien que aulcuns eussent pensé qu'il avoit à conseiller tout autrement LL. MM., et les inciter à prendre les armes contre ceulx de l'aullre religion, mais n'csloit allé en France pour y faire ung si mauvais office, ny le roy son maistre ne l'en eusl advoué.
Sainl-Suplice ajoute : « A quoy je respondiz que, à la vérité, queiques- » ungs avoient eu telle opinion de luy, et que j'avois heu assez à faire » de le leur dissuader, mais que la royne avoit ouvertement rendu tesmoin gnage de ce qui en estoit »
Fol. 108. — Au roi , Ségovie, 9 septembre 1565. Dans une audience qu'il
a eue du roi catholique, il lui a exprimé le plaisir avec lequel le roi apprendrait la convalescence du prince d'Kspagne. Le roi l'en a remercié, disant i< qu à présent le prince estoil assez bien guéry de sa fiebvre: ad- " joustant, avecques ung souhzrire, qu'il espéroit qu avec l'advcrtissement » qu'il lui l'aisoit assez souvent de ne faire plus tant de désordres, contre » sa santé et avec les inconvéniens de maladye où il relund>oilà tout coup. » il se rendroit. possible, plus saige et plus chastyé pour l'advenir. "
Fol. 1 1 1 v». — A la reine, même date. Le 16 août le roi et la reine ont quitté Ségovie pour s'établir à la maison du Bois, laissant malade en cette ville le prince d Espagne, qui depuis s est guéri et est allé les l'cjoindre. Ils y ont mené la princesse avec les princes de Bohème, et ils s'y sont toujours tenus depuis en fort petite compagnie. Quatre ou cinq des principaux seuls y sont logés. Le duc d'Albe y sert de maifre d'hôtel, afin qu'il ne soit nécessaire d'y en avoir d'autre. Jeudi dernier Saint-Suplice y est allé. Jamais il n'avait été reçu avec plus de faveur du roi : jamais aussi Sa Majesté n'avait pris plus de plaisir à ce qu'il lui a dit de la part de la leine mère.
Fol. lia v°. — Lettre secrète, même date. Le roi, le prince d'Eboli et le duc d'Albe lui ont parlé des propositions faites par la reine mère à Bayonne, et lui ont fait espérer une réponse avant l'arrivée de son successeur. — Le duc d'Albe lui a dit encore <( que tant plus on alloit en avant, » plus se descouvroient les bons prolliclz qui pour le présent et |)our 1 ad- » venir alloicnt à réuscir de ceste veue de Bayonne, et que 1 estroicle unyon » de ces troys tant grandz et principaul.v princes produiroit de grands » eflectz, au bien et prollict de la chrestienlé. » — Saint-Suplice termine sa lettre par la particularité suivante : « La royne catholicque m'a dict que. » le lendemain que le prince d'Hespaigne , après estre relevé de maladye, » fut au Bosque, estant elle et luy et aucunes dames montez sur une char- » rette à beufz, pour s'aller promener dedans le parc, voiant que le prince » s'esloit tenu quelque temps sans parler, luy demanda où il avoit ses n pensées. Il respondit qu'il pensoit à plus de deux cens lieues de luy. Et » où est cela si loing? lui demanda la royne. — // ma cousine, respondit » ledict prince. »
Fol. 113 \°. — Au roi, Ségovie, 20 octobre Ia65. Le roi catholique, ayant reçu le 2 les bonnes nouvelles de la levée du siège de Malte, partit le lendemain pour aller, au monastère qu'il fait bâtir, rendre grâces à Dieu de
192 DÉPÈCHES DES AMBASSADEURS.
cet heureux succès. Son absence a été d'une quinzaine de jours. — Dans l'intervalle est arrivé le S"^ de Forquevaulx, nommé par le roi pour succéder à Saint-Suplice. — Dès que le roi catholique a été de retour, il les a reçus tous deux en audience publique, présents le duc d'Albe, le comte de Feria. le grand écuyer, le marquis de las Navas et d'autres seigneurs principaux qui sont ordinairement à la cour. Il a bien voulu témoigner à Saint-Suplice le regret qu'il avait de son départ, et à Forquevaulx que le choix fait de sa personne lui était très-agréable.
Fol 116. — A la reine , même date. Le S'' de Forquevaulx étant ari-ivé le 4 octobre, il l'a reçu avec tout l'honneur qui lui était dû, et lui a fait une franche communication de toutes les choses qui lui ont paru de nature à intéresser le service du roi. — En prenant congé du roi catholique, il n'a pas manqué, selon l'exprès commandement de la reine, de le supplier de vouloir continuer à aimer et à honorer la leine sa femme, comme il en avait bien fait grande démonstration jusqu'alors.
Dupuy 523.
234. — Dépesches du S*" de Saint -Supplice, ambassadeur pour le Roi en Espagne, es années 1563. 1564- Dépesches du S^' de Fourquevaux, aussi ambassadeur en Espagne, 1566, et autres Lettres
et Instructions des années 1571, 1572 et 1573. — 1639. P. Dupuy.
lu-fol., pap., cartonné, 319 fcuillols, écriture du XYII' siècle.
Les lettres de Saint-Suplice, avec les réponses du roi. remplissent les feuillets i-205. Elles commencent au \^ avril IS63 et finissent au 16 mars 1561 (1565, n. st.). Les premières paraissent avoir été copiées sur les originaux, car on y trouve la courtoisie finale et la signature, et les lettres du roi sur les minutes.
Aux fol. 206-202 sont des lettres du seigneur de Forquevaulx. la plupart du mois de décembre 1366. iNous faisons connaître plus loin la correspondance tout entière de ce diplomate.
Les pièces que contiennent les fol. 2.j3-ôI9 sont étrangères à l'Espagne et aux Pays-Bas.
Baluze 8471.
235. — Dépêches de M. de Saint-Sulpice. ambassadeur en Espagne en 1563 et 1564.
In-fol., pap.. cartonné, dos en veau, 595 feuillets, écriture du temps.
Ce Recueil parait avoir été formé par quelque personne attachée à la secrétairerie d'Etat. Il contient :
Fol. 1-144. des dépêches de divers ambassadeurs de France en Espagne, et des dépêches à eux adressées;
Fol. 147-163. une relation d'un voyage fait de Paris à Constantinopic et en Perse dans les années 1547-lij4î(:
Fol. 164-255' . la correspondance de Charles IX avec François de Noailles. évéque d'Acqui. envoyé vers le grand-seigneur en 1571 :
Fol. 256-295 , des pièces diverses.
Nous n'avons à nous occuper ici que de la première partie.
On y trouve : un mémoire de l'évéque de Limoges, du l^"" octobre 1561 : quelques dépêches de Saint-Su plice à Charles IX et à Catherine de Médicis, du 15 avril 1563 au 16 mars 1564 (1565. n. st.). avec des réponses du roi; quelques lettres, de l'année 1566, du seigneur de Forquevaulx.
Mortemart 39.
236. — Ambassade de MM. l'Évesque de Limoges, de Saint-Sulpice et de Fourquenvaux en Espagne, depuis 1563 juscjues en 1566
Iii-fol., pap., rel. en maroquin, non coté, ccrilurc du XVIII' siècle.
Copie imparfaite des 144 premiers feuillets du manuscrit précédent. Il n'y a que deux ou trois lettres de l'évéque de Limoges et peu de chose aussi de Forquevaulx.
Les lettres de Saint-Suplice commencent au IS avril 1363.
Supplément 33.
237. — Dépesches de MM. de Saint-Sulpice et de Fourquevaulx , ambassadeurs du Roy en Espagne, 1563, 1564, 1566, etc.
In-fol., pap., rcl. en veau, non coté, écriture du XVIII"^ siècle, peu soignée.
Ce manuscrit se divise en deux parties.
Dans la première est la correspondance de [Saint-Suplice du IS avril 1565 au 16 mars 1565. suivie de quelques lettres de Forquevaulx de 1566.
La deuxième contient des dépêches de Charles IX à des ambassadeurs envoyés en Italie et ailleurs, des années 1571 , 1572, 1575.
>HILIPPE H. 19d
Serillv o2.
238. — Dépesches de MM. de Salnt-Sulpice et de FoLirquevaulx , es années 1563, 1564, 1566.
In-fol., pap.. rcl. en veau, 395 feuillets, écriture du XVIII» siècle.
Ce manuscrit est formé des mêmes pièces que le précédent. Supplément franc. 225.
239. — Lettres d'Estat où sont contenus les affaires particuliers de divers royaumes soubs la négociation faicte en Espaigne, près du roy catholique Philipes d'Austriche, par le sieur de Forquevauls, ambassadeur du roy très-chrestien Charles neufviesme. A Forquevauls, lan M. D. XCVI.
Deux vol. in-fol., iloréi sur tr., cartonnés avec dos en veau, vi;^nettcs dorées sur les plats.
Le premier volume a quatorze cent soixante-dix-luiit pages. Il commence au 7 juillet 1363 et finit au 5 octobre 1508. Il contient trois cent soixante-quinze lettres.
Le deuxième volume a treize cent quarnnle pages. Il commence au la octobre 1.3G8 et finit au 13 avril 1372. Il contient trois cent seize lettres.
Ce manuscrit provient du collège des .Jésuites de Paris; il passa dans la Bibliothèque du Koi après la suppression de la Société.
Raymond de Pavie, seigneur de Forquevaulx, entra au service militaire en 1328. n'étant âgé que de dix-neuf aus: il prit part aux guerres d'Italie, de Savoie et de Koussillon. En 1347 il fut envoyé en Ecosse avec 1,200
hommes au secours de la reine. En 1d50 Henri H le chargea de se rendre auprès de l'archiduc Maximilien, pour le dissuader de céder ses prétentions à l'empire en faveur du prince d'Espagne. Les années suivantes il fit la guerre en Italie. Grièvement blessé et fait prisonnier à la bataille de Marciano.le 1^' août 1SS4, il n'obtint sa rançon qu'au mois de septembre looo. Henri II lavait fait gentilhomme de sa chambre en ^552; en 1S37 il le nomma gouverneur de Narbonne. Charles I\, en lo63. lui donna le collier de son ordre. Enfin^ en l5"Go. il fut chargé de l'ambassade d'Espagne.
C'est par les soins du fils de Raymond de Pavie qu'a été formé, en 1596. comme l'indique le titre, le Recueil de ses dépêches, lesquelles sont adressées, de même que celles de son prédécesseur, à Charles IX et à Catherine de Médicis.
Forquevaulx représenta la cour de France à Madrid dans les mêmes années où Gio. Battista Castagna, archevêque de Rossano, y fut nonce du saint-siége. Nous avons donné ailleurs ' un précis des dépêches de l'archevêque, du mois de décembre i5"65 au mois de janvier 1569. Peut-être sur certains faits sera-ton bien aise de contrôler l'une par l'autre les deux correspondances. <-
PREMIER VOLUME
Les vingt premières pages contiennent, avec un avis au lecteur et une espèce d'introduction, la vie du seigneur de Forquevaulx jusqu'à sa nomination à lambassade d'Espagne: elle est l'ouvrage de son fils. Cest là que nous avons puisé les renseignements biographiques qu'on lit plus haut.
Avis an lecteur. Lt-cleur doiil les yeux s'occupent parfois à lire ces discours, n'estimez pas si peu le travail que j'ay prins de les joindre et ranger ensemble, que vous n'excusiez les fautes qui s'y trouvent en quelques endroits, attribuant plustost aux années qui ont devancé ma curiosité Tobniission de divers propos dont ces volumes sont mutilez, qu'à l'exacte recherche que j'en ay faicte parmi ceulx qui en ont négligemment manié les originaux. El si l'ordre des mots, ou quelqu'un d'iceux mal liez ou trop peu françois, ne salisfaict voz délicates oreilles, considérez le temps de leur nais-
' Icf Uibliothcqucs de Madrid et de l'E.icurial , 187S, in-4», pp. 8b-119.
sance, ei jugez <|ite la plusparl parlent d'une main plus exercée à manier une cspée qu'un livre , ainsi (|ue l'aLbrégé de sa vie peust lesmoigncr. De mov , je n'y ay adjousié (|ue la disposition des lettres, me gouvernant {)lustost par leur réeeption en Espaigne, que par les dattes de France, occasion du divers séjour des porteurs, et que les principaux afl'aires partoicnt de la court calholicquc , en laquelle jay employé quelques ans de ma plus tendre jeunesse, mais non pas tellement succé l'air de sa superbe humeur, que je ne soubmctte à vostre sain et beau jugement les erreurs que j'auray commises, vous suppliant me corriger plustost en aimables censeurs, que me bla^mcr comme présomptueux et peu fidèle collecteur.
Si ceulx que la valeur rend dignes des pénibles et bonnorables charges avoicnt autant de soing d'en laisser quelque mémoire après culx, que d'ambition pour y parvenir, la postérité n'en seroil frustrée d'infinis beaux cfTccts dont la verlueuse émulation produiroil des actes et des succès de plus en plus recommandables : et le temps, qui n'ensepvelit que trop tost le labeur et la réputation des gens de bien, ne nous pourioit si soudainement priver du tesmoignage de leurs mérites, mieux et plus véritablement représentez en lein-s propres escripts, que pour ceulx qui, plus secourus de l'ouye que des yeulx, nous immortalisent des mensonges. C'est pourquoy, trouvant chez moy les originaulx de plusieurs lettres et mémoires propres à la vérification et intelligence de choses advenues de nostre temps, tant en France, Italie, Espaigne, qu'autres divers quartiers, j'en ay voulu faire présent aux amateurs de l'histoire, espérant ce mien travail leur debvoir esire aiUant agréable que je l'ay jugé nécessaire et digne désire leu par ceulx (|ui négoiieront en |)aïs estranger pour le service de leur prince.
Pag 21. — La reine à Forquevaulx, Saint-Jean de Luz, 7 juillet 1563. Elle l'informo do sa nomination. — Elle lui dit que, l'ambassade d'Espagne étant " la principalle négociation qui se présente pour le jour dliuv, » elle a jugé nécessaire d'y employer personnage de sens, de jugement et » expérience: » cest pourquoi elle la choisi. — Elle l'invite à se rendre auprès d'elle, pour recevoir ses instructions. — Elle lui conserve, durant son ambassade, son gouvernement de Narbonne.
Pag. 26. — Forquevaulx au roi, Ségovie, 20 octobre Io6d. On voit dans cette lettre (jue Charles 1\ l'avait dépêche de la Rochelle le 18 septembre, et qu il n a pu arriver à Ségovie que le 4 octobre. — Il fait un grand éloge de son prédécesseur. M. de Saint-Suplice. qui la mis au courant de tout ce qu'il avait besoin de savoir. — Il a été reçu, le 18, par le roi et la reine : « M'a — dit-il — respondu S. M. si bas que je n'en ay sceu entendre sinon )) bien petites parolles. non plus que de la rcsponse qu'il avoit faicte aux
» remonslrations du S"" de Saint-Suplice. prenant son congé. Il me fauldra » d'ores en avant estre plus attentif, ou le supplier de parler ung petit plus » hault. »
Pag. 32. Au roi, Ségovie, 23 octobre laGa. « Le prince (don Carlos) » se porte bien et arrivera à Madrid avec ces Majeslez. »
Pag. 53. — A la reine. Madrid, 3 novembre 1563 11 lui rend compte d une audience qu'il a eue de la reine catholique. Il lui a rappelé ses devoirs envers la France, « ne faisant à oublier le langage qui estoit quelque- » fois eschappé au prince touchant le partage des royaumes du roy son » père avec ses frères, s'il en avoit. » — Il dit plus loin :
Quant au prince, il est aujourcJ'Iuiy le plus lionneste et ohéissant du monde : car, bien qu'il resprouve et mesprise communément toutes les actions du roy son père, el qu'il n'ayc agréable chose que la princesse ny que les petis princes d'Hongrie facent ou disent , il faict néanmoins semblant de trouver bon tout ce qiie la royne vostre fille fait et dit, et n'y a personne qui dispose de luy connue elle, et c'est sans artifice ny faincte : car il ne scait feindre ne dissimuler. A'oilà, Madame, ce que S. M. m'a rcspondu jusqucs icy.
La reine lui a dit encore que le mariage du prince avec l'archiduchesse Anne est si avancé qu'on ne pourrait s'en départir sans offenser gravement l'empereur. Elle propose, pour madame Marguerite, le fils aine de l'empereur, « lequel est un beau jeune prince très-gentil et sans comparaison » d'autre espérance que le prince d'Espaigne.
Pag. 38. — Au roi, 3Iadrid, 5 novembre 1d6o La reine est arrivée à Madrid le 27 octobre, et le roi le 50. Ils y ont célébré la Toussaint. — Le roi sera à Tolède le 18 novend)re, pour la réception du corps de saint Eugène; la reine et la princesse font tout ce qu'elles peuvent pour qu'il leur soit permis de s'y trouver.
Pag. 44. — Au roi. Madrid . 21 novembre IS6S. Le cardinal Buoncompagno, légat du pape, fit son entrée à Madrid le 3 novembre. Le roi alla audevant de lui jusque hors la porte du faubourg vers Saragosse : là il le reçut, puis il le conduisit à sa main gauche jusqu'à l'église, à l'entrée de laquelle il se relira à son palais. — Le prince d'Espagne, le duc d'Albe, le prince d'Eboli et d'autres seigneurs étaient présents, mais non les princes de Hongrie ni un seul ambassadeur, quoique le cardinal Crivelli, nonce
de S. S., les y eut conviés. — Le cardinal compte séjourner quelque temps à Madrid, pour juger le procès de larchevèque de Tolède et user des facultés de sa légation. — Le cardinal Crivelli est retourné à Rome le 17: il est remplacé par l'archevêque de Kossano. — Le roi est parti pour Tolède le 15: la reine et la princesse nont pu obtenir de ly accompagner : mais, le 14. elles allèrent voir passer le cortège à deux lieues de Madrid.
Pag. 35. — A la reine, Madrid, 21 novembre I56S. Il lui rend compte dune visite qu'il a faite à la reine. Il lui a demandé s'il était vrai qu'au printemps le roi dût aller aux Pays-Bas avec le prince : elle a répondu quelle s en est informée auprès du roi, qui la assuré « qu'encore il n'y a » pas songé. » — Bien des personnes doutent que le roi veuille quitter TLspagne, « car le repos et cest air de Madrid , parmi le plaisir de ses autres » maisons circonvoisines, luy satisfont trop;, et moins permettrat-il que » le prince en sorte sans luy : car c'est un jeune personnage sujet à sa » teste, et facillenient feroit-il telles choses entre les Italiens et Flamens » dont l'un et lautre se repentiroient; mesmes l'on appercoit quil s'ennuye » de n'avoir desjà quelques grands Estais en son pouvoir, pour y comnian- » der. » — Le duc de Medinaceli est nommé vice-roi de INavarre.
Pag. 64. — La reine à Forquevaulx, Plessis-lez-Tours , 28 novembre IoGd. Elle envoie un mémoire sur ce qui a été convenu à Bayonne. pour qu il le montre à la reine, au roi, au duc d Albe et au prince d'Eboli, et se règle selon le contenu diidit mémoire. « qui est en substance que nous » tirions de ce marché que voulons faire quelque utilité, aussi bien qu'eux : » autrement moy, qui ay mis la chose en avant pour le bien commun de » ces deux grands princes, mes enfans, et perpétuation de l'amitié et al- » liance qui est entre eulx. qui est où je tends, ne pourrois donner aucun » contentement au royaume ny aux subjecls d'icelluy. »
Mémoire envoyé à monsiein' l'ambassadeur, pour monstrer aux Majestéz CulhoUcques.
J'ay parlé, eslniit à Bayonne, à la royne madame ma fille ei au duc d'Albe, de deux choses : l'une, des mariiiges de mes enfans avec eeuix du roy monsieur mon beau-iils et de ceulx de l'empereur, et de la princesse sa seur avec mon (ils d'Orléans, en leur bailhint qucliiue Eslat pour s'entretenir et pouvoir vivre selon qu'ils sont. Et .«aehant bien que c'est chose non aceoustumée entre princes, quelque amitié et alliance (jui y soil, de n'avoir autant d'utilité pour l'un que pour l'autre en faisant les alliances, cl restraindie davantage en touts événemens l'amitié et parentelle qui est entre ces deux
200 DÉPÈCHES DES AMBASSADEURS.
royaumes, qui est la chose du monde que je désire le plus, cella m'en feil parler, et aussi, comme princesse, chrcstieniie, voyant le Turc et son armée devant l'Italie, afin que le roy mon fils conneùt que je n'eslois pas tant meue de l'inlérest seul de mon fils d'Orléans comme de ces deux raisons. Je luy diels cpie, en faisant ces mariages et donnant quelque Estât a mondict fils d'Orléans, qu'il nous falloit touts joindre ensemble, c'est assavoir le pape, l'empereur et ces deux roys, les Allemans et autres que l'on advisera, et que le roy mon fils n'estoit pas sans moyen pour aider de sa part à ce qui seroit advisé quand lesdicts mariages seroint faicts et ladicte ligue conclue : laquelle, pour nosire intérest, n'avons afîaire de rechercher estant en paix, comme nous sommes , avec le Turc, et Dieu mercy, avecques tout le monde: qui est à considérer que n'en ay parlé que pour le zelle que j'ay au bien et conservation de la chrestienté, et que tout ce royaume ne pourroit trouver bon que je fusse cause de mettre le roy et le royaume à la guerre, sans qu'ilz y veissent de l'utilité pour culx, comme il y en aura, en ce faisant, pour l'empereur et le roy monsieiu' mon fils. Qui est, pour retourner à ce que je diets à la royne ma fille et au duc d'Albc, que, en faisant cecy, il falloit faire quelque chose pour mon fils d'Orléans; et cella faici, nous fairons connoistre que je n'ay changé en rien de l'opinion ne de ce que je dis audict Bayonne. Et quant aux aullrcs mariages, je ne puis que grandement en remercier le roy monsieur mon fils, le priant de continuer ceste boiuie volonté et y faire, selon ses alTaires, le bon office conforme à nostre commune amitié : à qiioy nous correspondrons tousjouis en toutes choses de nostre part.
Pag. fiG. — Réponse du roi catholique sur les traités proposés à Baijonne, présentée par son ambassadeur à la reine Irès-chrélienne. Quant au mariage du prince d'Espagne avec madame i\Iarguerite. il n'est plus libre, mais il a pris des engagements tels qu'il n'en peut plus revenir. — Quant à la ligue, des éclaircissements ultérieurs sont nécessaires.
Pag. 70. — Forquevaulx au roi. Madrid, M décembre iSO^. Le 1 1 le roi est parti pour le Pardo, d'où il est revenu le i5. Forquevaulx a eu audience le 15. — Le légat du pape ne sert encore de rien, parce qu'on veut lui donner des collègues espagnols pour faire le procès à l'arclievéque de Tolède, et il n'en veut point.
Pag. 7S. — A la reine, Madrid, 23 décembre 1365. Dans cette lettre, de plus de vingt pages, Forquevaulx rend compte de ce qu'il a négocié, avec le roi, la reine, le duc d'Albe et le prince d'Eboli, au sujet des mariages et de la ligue proposée par la reine mère. En résumé, il lui a été répondu que la princesse doua Juana ne voulait se remarier, fût-ce au plus grand
PHILIPPE II. 20i
roi du monde, et que le roi catholique ne pouvait donner ses Etats, ni à un de ses alliés, ni au duc d'Orléans. — A Icgard de la ligue, la réponse a été évasive.
Pan;. 109. — Au roi. Madrid, 29 décembre 156o. Arrivée à Madrid du marquis de Pescaire et d'Ascagiiio délia Cornia. — Le cardinal Buoncompaçno. avant appris, le 27. la mort du pape, est parti aujourdhui pour Rome. — L'archevêque de Rossano demeure en qualité de nonce.
Pag. 139. — La reine à Forquevaulx , Moulins. 9 janvier 1566.
Il est grand hruit en Flandres que le roy ealtiolicque, monsieur mon beau-filz, a résolu d'y faire publier et observer le dernier concilie et establir linquisiiion, el à ceste Gn veut que les nouveaux évesques, touts empeschemens cessans, soient installez et receuz en leurs charges : dont il semble quil y ait desjà quelque rumeur au pays, et que sur ce les grands persistent en leurs premières remonslrances, et encores plus prcignanies, pour s'excuser de recevoir chose si dure.
Pag. loi, — Au roi, Madrid. 4 février lo66. Le roi et la reine catholique sont en bonne santé.
Ils furent, laprès-disnée d'hyer, regarder un tournoy de vingt-deux contre vingtdeux, qui fut beau et bien contesté : mais les blans, à mon gré, le feirent mieulx, entre lesquels les deux princes de Bohesme se portèrent en bons soldats, tant à souffrir, du commencement à la fin , la salade en teste, qu'au combat de la picque et de lesloc. Il est vray. Sire, que don Rodolphe, qui est l'aisné, fait toutes choses mieulx, ce me semble, comme semblablement au bal, qu'ils appellent serau ' , car je suis esté appelle à touts deux, ayant ceste fesie esté ordonnée pour l'allégresse de quoy ceste royne est enceinte.
Pag. Ia4. — A la reine, même date. Affection du roi catholique pour sa femme :
Madame, je puis asseurer à V. M. que je vis hier en ce roy touts bons signes de la grande amitié qu'il porte à la royne sa femme, et luy user touts les respects et honneurs qu'il luy tesmoigneroit, s'il luy faisoit encore l'amour, soit en publie ou en privé, augmentant son affection de plus en plus depuis ceste groisse -, si bien qu'il est deux heures toutes les après-disnées avec S. M. et y couche toutes les nuits, et en toutes occasions luy monstre des semblants desquels il n'avoit pas usé paravant
• En espagnol sarao, assemblée, réunion de société. ' Groisse, grossesse.
902 DÉPÈCHES DES AMBASSADEURS.
Pag. 156. — Au roi, Madrid, 11 février 1566. Ascanio délia Cornia çst parti de Madrid le 5, pour aller commander à Malte sous le grand maître.
— Le prieur don Hernando de Tolède est nommé général à la Goulette, et don Alvaro de Sande à Oran; ils s'embarqueront cette semaine à Barcelone.
— Le marquis d'Aguilar va à Rome baiser les pieds au pape pour le roi catholique.
Pag. 15S. — A la reine, même date. Le courrier de l'empereur s'en retourne.
Il s'en va mal édifié des contenances qn'il a veu tenir au prince d'Espaigne en table et hors icelle, et m'a dit qu'il ne les cèlera point à son niaistre, estant bien marri qu'il faille que madame la princesse Anne de Bohesme espouse un prince si mal composé de personne et de mœurs comme il est.
Pag. 179. — Au roi, Madrid, 25 février 1566. Pedro Melendez et ses gens ont massacré tous les Français à la Floride, sans en prendre un seul à merci, excepté un tambourin, un tifre, un charpentier et deux gentilshommes allemands. Trente femmes et dix-huit enfants qui étaient dans le fort ont seuls trouvé grâce devant eux.
Pag. 199. — La reine à Forquevaulx, Moulins, 17 mars 1566. Elle le charge de demander au roi catholique justice et réparation du massacre commis sur les Français à la Floride. — Quant aux mariages qui avaient été mis en avant , elle n'y pense plus. « Le roi mon fils — dit-elle — est » assez jeune pour attendre mieux, et si grand prince qu'il ne peut qu'il
» n'ayt tousjours à choisir en toute la chrestienneté » — Elle ajoute en
post-scriptum :
Je ne me puis garder de vous dire qu'encorcs qu'il s'offre assez d'autres partis pour le roy mon fils, et des plus grands de la chrestienneté, tout le plus grand regret que j'aye est qu'il faille à la (in, pour le tort que l'on luy faict, qu'il en prenne (juelqu'un qui ne soit pas de noslre religion : ce (]ue nous ne fairons qu'à rextrémilé.
Pag. 208. — A la reine, Madrid, 29 mars 1566.
Un don Christoval de Mores ' , gentilhomme de la bouche du prince d'Espaigne et créature de la princesse , est parti cejourd'huy et va en Portugal soubs couleur du faict
' Mora.
PHILIPPE II. mi
de don Antonio , basiard diulict Portugal, lequel esl parti de là mal content du cardinal , et s'est retiré icy en intention de quitter ses binélices, ensemble la robe longue, pour aller à Malte voir la guerre : mais ledict Mores y va pareillement pour résouldre du mariage 3u roi de Portugal avec la seconde fille de l'empereur
Pag. 219. — Au roi, Madrid, 9 avril 1S66. Affaires des Pays-Bas :
Au regard, Sire, de mettre l'inquisition en Flandres, il l'auldra que le roy vostrc
frère attende meilleure saison et qu'il y soit en personne, s'il est vray ce qu'on dit luy avoir esté escript par madame de Parme par un courrier qui est arrivé le iv" du présent : c'est que touts les Pais-Bas sont en trouble
Je ne veux oublier de dire à V. M. que, parlant ces jours passés à la royne des esniotions des Pais-Bas, et qu'il faiddroit que le roy calholicque leur permit un intérim aussi bien comme le empereur Charles V l'avoit permis en Allemaigne, et vous, Sire, en vostre royaume, S. M. me respondit qu'elle connoit le roy son mary de tel cœur, et l'a dit souvent, qu'il ne le permettra jamais ii ses subjects, ains plustost il rcnonceroit à esire roy
Pag. 224. — A la reine, même date. 11 lui rend compte, dans cette lettre, qui n"a pas moins de vingt-trois pages, d'une audience qu'il a eue du roi catholique, et dans laquelle il lui a demandé réparation du massacre commis sur les Français à la Floride par Pedro Melendez. Le roi , après avoir cherché à justifier ce qui s'est passé, l'a renvojé au duc dAlbe, lequel lui a déclaré sans détour qu'on ne pouvait ni punir ni désavouer Melendez, puisque ses instructions lui enjoignaient de mettre à mort tous ceux qu'il trouverait à la Floride. — Forquevaulx s'étonne d'autant moins de cette réponse que, selon l'opinion de tous, c'est le duc d'Albe qui a conseillé le massacre en question. — Le roi et le duc lui ont, à cette occasion, fait des plaintes de l'ascendant que les huguenots prenaient en France.
Pag. 247. — Le roi à Forquevaulx, Cosne, 8 avril 1566. Il lui fait un récit détaillé, pour qu'il en rende compte au roi catholique, de ce qui est arrivé à .Marie Stuart depuis son mariage jusqu'à sa fuite au château de Dumbar. Outre ce que son ambassadeur en Angleterre lui a écrit, le cardinal de Lorraine lui a envoyé copie de plusieurs lettres de la main de la reine, « contenant par le menu le succès de ceste malheureuse tragédie. » plus pleine de mal , de cruauté et ingratitude que ne pourtoient les pre- » miers advis, d'autant que le marché qu'avoicnt faict les méchants qui
204 DEPECHES DES AMBASSADELRS.
» en sont coupables n'estoit pas seulement de tuer le secrétaire, mais
» elle-mesnie et l'enfant dont elle est grosse La pauvre dame dit
n davantage qu'elle a esté traînée, outragée et emprisonnée, et estoit en tel » estât qu'elle s'estimoit sans royaume »
Pag 253. — Au roi, Madrid, 30 avril 15*66. Il a entretenu le roi et la reine catholiques des outrages que la reine d'Ecosse a reçus de quelquesuns de ses mauvais sujets. Le roi s'en est montré fort marri : mais il n'a pas laissé échapper un seul mot d'où l'on puisse inférer qu'il soit incliné à épouser la querelle de la reine. — Depuis sa dernière dépèche, Gonzalo Perez est mort. — Tous les bons navires des havres d'Espagne sont retenus, sans pouvoir partir : « j'ose deviner, Sire, que c'est pour envoyer cinq » ou six mille Espagnols en Flandres, et avec eux le duc d'Albe, si S. M. » mesme n'y va en personne, car ils tiennent icy les Pays-Bas pour perdus,
» s'il n'3 est remédié promptement par la force où par un intérim »
— Ln frère du cardinal d'Arras et de Chantonay ' est arrivé de Flandre, il y a trois jours, par la poste.
Pag. 263. — Au roi. Madrid, 5 mai 1566. Armements considérables en Espagne et en Italie Des bruits divers courent sur leur destination :
Aucuns pensent que c'est pour donner à craindre à ceulx de Barbarie qu'on les veut assaillir, afin de divertir par ce moyen partie de l'arnice turquesque, et autres^ ont opinion que cclla soit pour Flandres, à cause des émotions dudict pais, qui ne s'appaiseront si ce roy n'y va en personne et bien puissant ; mesme qu'on dit que les Flamans s'entendent avec France, Allemaigne et Angleterre; et sont les François nomméemeni soupeçonnez de ceste nation d'avoir intelligence avec touts ceux qui luy donnent ou sont pour luy donner quelque travail.
Forquevaulx dit être averti que tous les jours il y a conseil de guerre sur le fait des Pays-Bas. Il pense qu'un intérim ou une révocation des inquisiteurs suffira pour apaiser les troubles de ces provinces : mais le roi ne consentira à I un ni à lautre qu'à la dernière extrémité. — Le fils bâtard du duc d'Albe va comme général à la Goulette * : on dit que le marquis de Pescaire et lui feront l'entreprise de Tunis et que, pour éviter entre eux
' Frédéric Perrenol, S'' de Chan)pagney.
' II l'avait déjà annoncé dans une lettre précédente. Voy. p. 202.
Tenvie du connnandenient, ils seront placés sous les ordres de don Juan d'Autriche, dont ce royaume servira à former Tapanage. — Forquevaul.v remarque, à ce propos, que don Juan « est fortaymé à Madrid. »
Pag. 269. — A la reine, même date. Ayant été averti que le duc d'Albe (■( don Juan Manrique avaient parlé à la reine pour qu'elle fit son testament, il a voulu s'en assurer auprès d'elle, (jui le lui a confirmé. C'est la coutume des reines deCastille. lorsqu'elles sont enceintes, de tester longtemps avant leur terme.
Pag. 273 — A la reine. Madrid, 3 juin 1366. Le roi est parti pour le Bois de Ségovie le 14' mai. et la reine le 19. La princesse est à Aranjuez depuis le 20 mai: les princes de Bohème sont avec elle. — On dresse l'inventaire des joyaux et des meubles de la reine, pour servir à la rédaction de son testament.
Pag. 281. — Au roi, Madrid, 12 juin 1366.
Un tlirésorier de madame de Parme ' , venu depuis six jours, a dil que le marquis de Berges ny le sieur de Montigni ne viendront point par deçà, comme il avoit esté j)roposé; et, combien que les affaires de Flandres samblent assez apaisez, ils ne laissent néanimoins d'avoir des soubçons qu'il y aura des nouvellctez, et tiennent pour certain que touts les Fianians et gens des Pais-Bas sont du parti des remonstrans (car ils ne veulent charger tiltre de protestans) , et touts à une voix sont, au fait de l'inquisition, contraires il icclle et au roy catholicque.
Pag. 284. — A la reine, même date. Le roi, arrivé hier d'Aranjuez, partira, dans trois ou quatre jours, pour le Pardo et l'Escurial. où il passera la Saint-Jean. De là lui. la princesse, le prince d'Espagne et les princes de Bohème iront rejoindre la reine au Bois de Ségovie. — Le prince d'Eboli a accordé le mariage de sa fille ainée, âgée de six ans, avec le duc de Médina Sidonia, qui en a neuf ou dix.
Pag. 288. — Le roi et la reine à Forquevaulx, Saint-Maur, 12 mai 1366. Ils le chargent d'insister auprès du roi catholique sur une satisfaction pour le meurtre des Français à la Floride, et sur le redressement de quelques autres sujets de plaintes, conformément à deux mémoires qu'ils lui envoient.
' Fabio Li.'inbo. Voir la Correspondance de Philippe II aur les a/faires des Pays-Bas, t. I, p. il G.
206 DÉPÈCHES DES AMBASSADEURS.
Pag. 306. — La reine à Forquevaul\, Saint-Maur, iô mai 1566. Elle lui ordonne, au besoin, de dénientir le bruit que des sujets du roi son fils prendraient part aux troubles des Pays-Bas : si quelques-uns y participaient en quoi que ce fût, le roi ni elle ne leur pardonneraient. « Je sçay » bien — ajoute-t-elle — que l'on a fait courir le bruict à Envers que » mon cousin le prince de Condé y estoit allé en habit dissimulé, qui » est une calomnie hors de toute raison, pour estre ce qu'il est et avoir la » volonté du tout conforme à l'intention du roy mon fils »
Pag. 326. — A la reine, Ségovie, 5 juillet 1566. La reine catholique a fait et clos son testament de sa propre main au Bois de Ségovie; il a dix ou douze feuillets. Son confesseur seul y a été appelé.
Pag. 348. — Au roi, Ségovie, 21 juillet 1566. Le roi est arrivé le 8 au Bois de Ségovie et n'en a bougé depuis. « Il faict fort le bon mary. » -^ Don Juan d'Autriche a reçu la Toison d'or il y a huit jours.
Pag. 365. — A la reine, Ségovie, H août 1566 '. La reine a été souffrante de la fièvre; dans un de ses accès le roi est allé la voir jusqu'à cinq fois.
La nouvelle du voyage de Monson coiilinuc, et de là en Flandres : mais l'on a opinion que le prieur don Antonio de Tolledo, grand escuyer de ce roy, ira premièrement vers madame de Parme, pour voir à l'œil les affaires dudicl pays , alin de, entendu son rapport, délibérer l'aller ou demeurer : car le S' de Monligni dit une fois que, si ce roy y va Ibible, qu'il n'y faira rien, et s'il y va fort, qu'il y trouvera tout le monde en armes pour luy résister, tellement que le conseil le trouve fort perplex et confus, excepté qu'il dict librement que eeulx de l'une ei laultre religion mourront plustost qu'endurer l'inquisition.
Pag. 368. — Le roi à Forquevaulx, Ecouen, 26 juillet 1566. Il s'étonne de la réponse qui a été faite à Forquevaulx sur la satisfaction demandée pour le massacre des Français à la Floride, tandis que, de son côté, il
' Dans le MS. Baluze 8371 ° il y a une dépêche de Forquevaulx à Charles IX, écrite de Ségovie, le i août, qui manque ici. 11 y parle du délai que met Philippe 11 à répondre sur des doléances qu'il lui a présentées. Il dit que le roi a chargé de cette réponse le duc d'AIbe, lequel assure qu'il la fera dans quelques jours. Mais — ajoute Forquevaulx — « je croy, quant à nioy, qu'il n'y satisfera jamais, ■> si négligent il est et lent en ce qui concerne telz négoces principallement. Je n'espère riens qui vaille » du massacre ile la Floride, car ce a esté luy tousjours qui l'a conseillé. •
prend à lâche de faire droit à tout ce qui lui est remontré par l'ambassadeur du roi catholique.
I]t, pour vous nionslrer de quel pied je marche et combien mes actions sont nettes et sincères, ayant don Franccz de Alava advis de Flandres des remuemens qui y sont fort grands el de périlleuse conséquence, et de la crainle qu'ils ont qu'aucuns de mes subjeiz y interviennent, qui, se meslans de la partie, leur donnent courage de s'cslever el leur presient secours et assistance, il me vint dernièrcnienl faire entendre en quels ternies y estoint les affaires, et me pria, de la part de madame de Parme, trèsinstamment, pour l'amitié que je pourtois au roy mon bon frère, de tenir la main à ce que aucuns de mesdicls subjelz n'y allast, et pour ccst effect en faire une déclaration bien expresse, à ce que aucun n'en peùl prétendre cause d'ignorance : estimant que cella serviroit infiniment à pacifier leurs troubles. Ce dont m'ayant requis, et désirant, en toutes choses qui despendent de moy, de luy faire eonnoistre combien j'ayme le roy mon bon frère et désire le bien et prospérité de ses royaumes , j'ay faict despècher ladicte déclaration en la meilleure forme qu'il a esté possible, dont je vous envoyé un double, afin que vous le fassiez entendre au roy mon bon frère.
Pag. 57o. — Au roi, Ségovie, 18 aotit io66. Le 16 il est allé féliciter le roi sur la délivrance de la reine '. Dans cette audience il lui a insinué qu'il remédierait aisément aux troubles des Pays-Bas par sa présence: le roi n'a pas répondu sur ce point. « S'il m'eust dict que ouy, je ne sçay si V. M. » eust trouvé bon que je luy eusse offert, de vostre part, le passage par n vostre royaume, pour sa commodité, scureté et abréger son chemin, » sans sexposer aux hasards de la mer, me tenant pour certain qu il n'y » passeroit pour toute chose du monde, lueu de plusieurs considérations, » mais la principale pour la craincte qu il auroil que quelque huguenot » luy donnast une pistoUade en trahison : car la royne vostre sœur me l'a » dit en devisant quelquefois dudit passage. » — La naissance d'une infante a rendu le roi si joyeux qu'il ne le peult dissimuler et dict « qu'il » l'ayme mieulx pour le présent que si c'estoit un filz. » — Charles IX avait chargé l'ambassadeur de tâcher de pénétrer les intentions du roi catholique sur les armements qui se préparaient: Forquevaulx dit qu'il ne lui est pas facile de satisfaire à ce point. « car au conseil de guerre n'entrent sinon le
' Cet événement avait eu lieu dans la nuit du 1 1 au 1:2 août.
» duc d'Albe, Ruy Gomez, don Jehan Manrique, le prieur don Antlioine n et un secrétaire dEstat, desquelz on ne sauroit avoir arraché une parole » de quiiz arrestent entre eulx, et nioings de ce qui est résolu par le roy : » de sorte, Sire, que ce que je puis entendre de son entreprise, c'est par le » discours et propos que les courtizans en tiennent. » — Le lendemain de la délivrance de la reine le nonce est allé voir le roi , afin de l'exciter, de la part du pape, à faire l'entreprise de Flandre pour la réduction de ses rebelles, lui offrant toute assistance et aide; le roi lui a répondu qu'il y passera en personne et n'épargnera sa vie ni ses Etats pour soutenir l'honneur de Dieu et faire vivre ses sujets en bons catholiques. C'est le nonce lui-même qui a dit cela à Forquevaul.v : mais le roi garde le silence sur le temps où il exécutera son entreprise et la façon dont il y procédera. — L'ambassadeur a de la peine à croire que ce soit seulement pour réduire ses sujet» des Pa) s-Bas que le roi amasse tant d'argent et fait des armements si considérables : (( car quelque brave semblant qu'ilz fassent astheure-icy, par- » dellà, de tenir bon, ilz n'en faironl rien, ains se rendront en peu d'heures
» à son arrivée, ou se perdront d'eulx-mémes : car ilz n'ont pas un chef
» pour se mesurer à leur roy: et n'estant que subjetz, bien qu'il y ait de » grands sieurs, ce nonobstant il les mettra en deffiance et jalousie les uns » des autres par divers artifices, de sorte qu'ilz se confondront et ne fairont » chose que vaille. » — Forquevaulx ajoute que les Espagnols^ « comme » ilz sont les plus présomptueulx et superbes du monde, » ont I air de mépriser les forces du roi et ses moyens de leur nuire.
Pag. 387. — A la reine, même date. Etat de la reine catholique: soins que le roi a pour elle; portrait de l'infante, etc. :
Madame, l'on avoit espérance que s'eslant délivrée la royne vostre fille de son gros ventre, la fiebvrc la deiit laisser, qu'elle a gardée despuis en tierce double, à faute, à ce que disent les médecins, de s'estre assez sufiîsamment purgée; lesquels la foirent seigner d'un pied la veille de Nostre Dame, luy causant avec ce remède un accès bien rude avec vomissements. Mais le dernier qu'elle a eu despuis n'a esté comme rien ; et sans le laict qui lui doime du tourment, la liebvre s'en seroit du tout allée : pour faire résouldre lequel laict les médecins n'ont osé y applicqucr les remèdes convenables, pour ce qu'ilz disent que ce sont toutes choses qui pourroieni augmenter la liebvre. J'ay adverty le docteur Montguyon de la présente despèclic, afin de rendre compte, par ime
lettre sienne, à Vostre Miijeslé do IVslat de huliclc maladie, sans oublier à dire quelles de vozreceples ilz ont applicquéescl iiueiles non, car j'enlends (jue ces médecins ospaignols en ont mesprisé la piuspart, comme grosses hesles qu'ilz sont, n'ayant rien que présomption et arrogance en eulx.
Je fus, vendredy dernier, seiziesme de ce moys, féliciter la naissance de l'infante à Leurs Majestcz Catlioiicques, et lieuz les propos avec le roy calholicque tels, en somme, que jescrips au roy : ne voulant passer plus avant sans vouloir vous dire et asscurer. Madame, qu'il s'est monstre le meilleur et le plus affcclionné mary qu'on eust sceu désirer : car, en la nuict des douleiu's et de l'enfantement, jamais il ne (piitta l'une des mains de ladicte dame, la confortant et Iny donnant courage du mieux qu'il sçavoit et pouvoit. Peu de temps avant les grands coups, il luy donna de sa main le brevage que vous. Madame, aviez ordonné, lequel eut telle force qu'elle se délivra bientost après, sans sentir comme rien de peine, tellement qu'elle dict que, grâces à Dieu, le travail d'enfanter n'estoit pas si extrême (|u'ou le faisoit. Ce faict , il voulsit véoir l'infante, et la foit véoir à la royne sa femme , puis s'en alla à la chapelle remercier Dieu fort dévotement, disant à tous qu'il estoit le plus content prince du monde, el trop plus aise d'avoir une fille que si ce fût un infant. Il a continué de visiter tonsjours cinq à six fois ladicte dame de nuict on de jour; et lorsque j'y arrivis sur les (juatre hem-es après midy, il estoit avec elle, et me dict, à mon audience, qu'il estoit asseuré que Vostre Majesté sera très-aise d'entendre la délivrance de la royne sa fille, pour le grand soucy on elle en estoit, et qu'il espéroit en Dieu que ladicte dame sera bientost guérie, afin que la joie soit entière de toutes parts. Ledict S"^ roy me feit mener, par don Diego de Cordova , visiter la royne sa femme, que je trouvis en une chambre bien chaude, tapissée, ce me sembla, d'escarlate à grandes bandes de velours cramoisi de fils d'or en broderie : elle, soubs un grand pavillon carré de damas cramoisi, si chaudement qu'il n'est possible de mieux. Sa Majesté avoit bien la paroUe bonne et le sourire acoustumé , néantmoins son visage bien maigre et bicsme. Elle me demanda si mon courrier arrivcroil tost vers Voz Majestcz : je luy respondis qu'estant parti d'icy lundy à haute heure, il n'y seroit pluslost du mesme jour prochain, ou mardy; et après l'nvoir assenrée de la bonne santé de Voz Majestcz et l'avoir exorlée de mettre peine à recou- \rer la sienne, afin que tout le monde se resjouit de son heureuse délivrance et la grâce que Dieu luy faisoit, luy domiant une très-belle fille, après laquelle viendroint des infans la pleine maison, elle m'a dict que tonsjours luy avoit esté indiirérent d'avoir fils ou fille (et a plus de cincq mois, Madame, qu'elle m'en dict autant à Madrid); « nicsme j'en suis aise, feist-elle, puisque le roy mon mary me faict entendre qu'il en » est plus content que d'un masie. j> Les médecins luy avoint delTendu le trop long parler : cella me feit dire adieu, après l'avoir advertie que je despèchois vers Voz Majestez, auxquelles elle me commanda présenter ses plus humbles recommandations,
sans oublier inesseigiieurs les (liiez ilAnjoii et ilAlançon, madame de Lorraine ei Madame, me commandant, au partir, d'aller voir l'infante. Ce que je feis, et la Irouvay logée cinq ou six chambres loin de la sienne, dormant soubs un petit pavillon de damas cramoisi, garni de franges d'or; et ne le dis point par flatterie, mais elle est fort belle : le front large, le nez un peu grand, comme cclluy du père, dont elle ne ressemble de la bouche, encore qu'on la tiouve un peu grandelte. Bref, ses traits et son teint promettent une grande beauté et blancheur, et sans lâche quelconque au visage.
11 y a cuidé avoir du malheur, pour ce que lic tant de nourrices qui avoient esté visitées on n'en avoit retenu une seule; ains, pour complaire à quelque sieur, en estant arrivée une de quelques lieues loing sur riieure où la royne accouchoit , on luy donna Tinfante à nourrir : mais son laici ne dura que la nuict ensuivant, et sans le déceler, a susianté l'infante de rien, jusques qu'on s'apperccùi qu'elle alloit mourant. Alais, de bonne fortune, l'on luy en donna ime des trois premières qui avoint esté jugées meilleures par les médecins, qui s'appelle donne Béalrix de ]\Iandoce , laquelle abonde en laict et très-bon, une belle grande jeune damoiselle • de vingl-cincq ou vingt-sept ans, qui a restaurée et remise en nature ceste belle fillette. La royne sa mère me demanda si je serois point au baplesme; je luy respondis que plustost je m'y traisnerois, si l'on m'y appelloit : ce qu'elle m'a asseuré qu'on faira. Lors je pourray mieux juger sa beauté que je n'ay pas faict, bien que je ne puisse faillir à vous l'avoir dcsjà dépeinte belle et blonde. Ne voullant faillir de vous dire. Madame, qu'il n'y a eu dame ni sage-femme qui plus ait prins de peine à servir et secourir la royne vostre fille qu'a faict, dès le commaucement de la maladie, la femme du seigneur don Jehan Manrique, laquelle a nom donna Anne Faiardo, sjur du marquis de \'ellès ; et tousjours continue, de jour et de nuict, et luy est, à ce qu'on m'a tesmoigné. Sa Majesté infiniment obligée, particulièrement pour ce que c'est elle qui s'appercnt de la faute du laict de la première noin'rice. \'ous ne lui devez pour le moins espargncr. Madame , une bonne lettre, et une autre à don Johan, son mari, lequel s'acquitte fort bien de son devoir.
Ce roy n'est parti du Bosc despuis le ncufviesme ou huictiesme juillet qu'il y arriva. L'estat de la royne à présent est tel : elle fut seignée de l'autre pied le vendredy, seiziesme, sur les huict heures du soir, et luy ont tiré huiel onces de sang, que luy avoit ung peu allégé la ficbvre : loutesfois, à faute depurgation et du laict qui la suffoque, ladicte liebvre tourmente encore beaucoup la royne vostre fille. Elle eut, samedi derin'er sur les dix heures, un grand redoublement avec un pesant dormir. Klle s'est, hier, un petit mieux trouvée : on la l'eit disner, et après luy vint son accroissement, sans froid ne trop grande chaleur, qui luy a duré jus(jucs à six heures du soir. Les médecins luy vouloint appliquer des ventouzes : ce qu'elle n'a voulu soufrir. Le docteur Montguyon. (|ui prent une merveilleuse peine, proposa hier au conseil des autres médecins de la purger: ce qui fut trouvé bon, et commanceront demain.
Ji" suis le plus marry du monde (|u"il j ail lieu d'escripre ces mauvaises nouvelles, et ayiiierois irop mieux l'adverlir de la guérison : mais je sçay que la vérité plaist à Voslre Majesté, laquelle je ne luy cclleray de ma vie. On f'aict tirer el succer le laict de ladiele dame; mais ils oui eommancé un peu tard, à mon advis, d"y appliquer ce remède. Ce sont gens faicts à leur teste. Je croy que Montguyon rend compte du tout à Vostrc Majesté cl à monsieur Castellanus. L'appoiiquairc cl sa fenmie oui faicl el fonl service conlinuellement, et ne s'espargnent les uns ny les autres en rien. Sa Majesté a reposé assez bien cestc nuict passée. On l'a faicl disner malin, atlendant si l'accroissement de la fiebvre retournera : ce qu'à Dieu ne plaise.
Pag. 394. — Au roi, Ségovie. 23 août 1566. Il se plaint de ce que les secrétaires d'Etat du roi catholique, lorsqu'ils envoient des courriers au dehors, manquent à la promesse qu'ils lui avaient faite de l'en avertir, pour quil pût aussi leur remettre ses dépèches, et il engage le roi à donner des ordres au contrôleur général et aux maîtres des postes de son royaume afin que les courriers de don Francès d'Alava et du gouvernement des Pays- Bas soient retardés, par forme de représailles : « Il est bon — dit-il — qu'ils » soint eomplaignants, pour rabaisser un peu de leur arrogance, car » ceste nation ne mérite point d'être respectée, ains les traicter avecques » bravade et. par manière de parler, avecques le baston au poing, parce » qu'ils sont de telle nature que qui plus leur deffère. plus les rend insup- » portables et fiers. » — La reine a été à deux doigts de la mort^ on espère maintenant que le danger est passé. — « IjC marquis de Berghes est arrivé, » et n'a esté ny n'est veu de guères bon œil de personne, et luy sçait-on » mauvais gré, entre autres choses, de la longueur dont il a usé à venir. » Si est-ce qu'il est logé au Bosc : mais il faict une mine bien triste. <>
Pag 401. — A la reine, Ségovie, 26 août 1566. L'infante a été baptisée hier', au Bois, par l'archevêque de Rossano, nonce du pape. Le prince (don Carlos) a été parrain el la princesse marraine. Don Juan d'Autriche porta l'infante, la tint sous les aisselles aux fonts et la rapporta en la chambre de la reine V On lui a donné les noms disabel Clara Eugenia. —
' Dans son autre Ictlre du 20 il dit que le baptême a eu lieu ec jour. La date véritable du baptême esl le 25. Voir, dans Les Bibliothèques de Madrid el de l'Escurial, p. 90, la lettre où rarclicvéque de Rossano en informe le cardinal secrétaire d'État.
' Dans sa deuxième lettre du 2G, For(|ucvaulx répète cette particularité et ajoute ; - à faulle ijuc • le prince n'a force sinon à ses dents. •
C'est à son corps défendant que le roi fera le voyage de Flandre: il s'en excuserait volontiers, s'il le pouvait. — Le duc d'Albe n'a pu assister au baptême, ayant la goutte à un pied.
Pag. 403. — A la reine , même date. Forquevaulx est le seul ambassadeur qui ait été convié au baptême. La solennité a été « honnorable, mais » sans grande cérémonie »; elle a eu lieu dans la chapelle; le roi l'a vue par une fenêtre secrète. — L'infante promet une grande beauté. — Dans un entretien qu'il a eu avec la reine. Forquevaulx lui a dit que. si le roi, allant aux Pays-Bas, voulait traverser la France, il y serait honoré et servi comme la personne du roi très-chrétien , « n'y ayant lieu de craindre le » danger de la pistolade ny de nul huguenot dont S. iM. mavoit autresfois » parlé à Madrid, car à tout cela se donneroit tel ordre qu'il n'en pourroit » arriver inconvénient de nulle sorte. » — La reine a répondu que son mari ne passerait par la France pour chose de monde.
El me déclaira l'occasion pour quoy rinCanle sa fille avoit eu trois noms, afin que je le feisse cniendre à V. M. Le premiei-, qui est Isabel, c'est en mémoire de la royne donne Isabel, mère de la mère de l'empereur Charles, et pour l'impératrice d'aujourdhuy '. Touchant à Claire, c'esloit pour avoir enfanté au jour Sainte-Claire. Le troisiesme, Eugénie, ladicte dame fut, le xiv" de novembre, à un village nommé Gétnffe, distant deux lieues de Madrid, voir passer le corps de saint Eugène, auquel elle voua de faire porter son nom au premier fruict que Dieu luy donneroit, en le requérant d'en faire prière à Dieu, tellement qu'elle pense avoir conceu ceste infante la nuici ensuivant, car elle fut de retour vers le roy son mary
Une chose a esté observée, qui est admirable : qu'à semblable jour, heure et mois qu'elle accoucha mal il y a deux ans, S. M. a bien enfanté maintenant, et à semblable jour qu'elle perdit pour lors la (iebvre et fut hors de danger, sçavoir est le jour Saint- Barthélémy, à mcsme jour l'accroissement de son mal a cessé de retourner maintenant.
Pag. 413. — Au roi, Ségovie, 29 août 1S66. Le roi va demain, pour dix ou douze jours, à Madrid et à lEscurial. — Le duc d'Albe est depuis quelque temps retenu dans son lit par la goutte aux pieds.
Pag. 424. — Au roi, Ségovie, 5 septembre Lj66. Le fait de Flandre est
' Forquevaulx rectifie ceci dans une lettre du 5 septembre, disant : a J'avoyc, par ma lettre » du 26. prinsc rimpéralri.\ vivant pour la mère de ce roy, qui s'appelloit Isabel, et c'est en » souvenance délie et de la royne donne Isabel qu'on a impose ce nom à l'infante. "
tenu secret. — Le nonce du pape semble à Forquevaulx être « tout à » ce roy. » — La reine n'a pu tirer autre chose de son mari, sur le voyage des Pajs-Bas. sauf qu'il est pressé et contraint d"y aller pour remédier aux troubles; toutefois qu'il en est merveilleusement fâché, si bien qu'il serait, très-content de s'en pouvoir excuser. — Toute la cour, hommes et femmes, pense que le roi fera le voyage et que la reine l'accompagnera. — Le roi. qui de\'î\it aller à l'Escurial et à 3Iadrid, n'est allé qu'à la Chartreuse du Paular. à deux lieues du Bois de Ségovie.
Pag. 458. — Au roi, Ségovie, H septembre 1566. Le lendemain du départ de son dernier courrier (4- septembre), le roi catholique tomba malade d'une fièvre tierce assez violente. Les médecins lui ont tiré en deux fois dix-huit onces de sang; ce nonobstant et les autres remèdes dont ils ont usé. la fièvre continue. Les médecins le purgèrent hier. — La reine n"a pu encore se débarrasser de sa fièvre de lait, qui à la vérité est fort petite. — Le plus jeinie des princes de Hongrie, don Juan Manrique et d'autres personnes de la cour sont très-malades de la fièvre tierce. — « Don Johan » d'Austrie a esté quasi perclus de ses bras et mains, parce qu'il se baig- » noit souvent, durant ces chaleurs, en une petite rivière qui passe au » Bosc, laquelle est fort froide. Dieu lui a faict la grâce de quoy il vient X guéri. Tout cella pourroit retarder le voyage de Flandres jusques au » printemps, avec la petite dévotion que ce roy a d'y passer. » — On dit (jue la flotte des Indes apporte cinq à six millions d'or: Forquevaulx croit qu'il faut réduire ce chiffre de moitié. - Le roi a fait emprunter secrètement, par JNiccolo Grimaldi, génois, 800,000 écus, aucuns disent même 1,500,000. Il compte sur un don de 300,000 écus des cortès de Casfille, et autant des cortès d'.Aragon. La subvention du clergé, la cnizada, les jubilés, lui vaudront, cette année, un nn'llion d'écus. On prétend que le royaume de Naples donnera un autre million, et le duché de Milan autant. Le monopole des cartes a été octroyé à certains Génois pour plusieurs années, moyennant 550,000 écus; la taxe est d'un réal et demi par jeu. Les offices de régidors ont été vendus à vie : ce qui produira de grosses sommes.
Pour les ad'aiix'.^ du Flaiidies, un courrier rii vinl ilinu'iiclie dernier. Les Espaigiiol.s sont bien marris d'entendre que les iulliéiiens y coinniancent de s'empoigner aux églises ei relic(|ues, cl à faire mourir des prostrés cl nonains, avec infinis autres
214 DÉPÈCHES DES AMBASSADEURS.
maux (urils l'ont : c'est le conimancernenl des douleurs qui adviudrcnl en vostre royaume, du temps des troubles; et, à ce que ledict eourriei' m'a diet, l'inquisiiion est abolie auxdicts pais et les plaçants aussi, qui a fort appaisc la noblesse catbolicquc, dont y en a fort peu qui tienne l'autre parti; et a ce roy envoyé retenir à sa solde touts les Allemans, cavalerie etfanterie, que l'empereur desbandera et cassera sur l'hyvor, après la retraicte des Turcs : car, voyant les insolences dont lesdicts lutbériens usent desjà, n'en faut espérer obéissance ny raison que avec les armes, s'ils auront mesmemcni, comme ils se vantent, les forces de quarante-cinq enseignes de gents de pied et quatre mille chevaux, se tenant asseurez de quinze cents gentilshommes qui ont promis et juré de delfendre jusques à la mort la liberté desdicts pais et de leur nouvelle religion.
Pag. 442. — A la reine, même date. 11 croit que le palais du Bois sera dorénavant abandonné pour la saison d'été, car tout le monde y a été, y est ou y devient chaque jour malade, bien que personne n'en meure. — On dit que le roi a pris son mal à la Chartreuse du Paular, où il alla le 31 août. Il en revint avec des douleurs à la tète et aux épaules, et la fièvre le prit la nuit suivante. — « Le duc d'Albe est tout estonné depuis >• Tarriv ée d'un courrier de madame de Parme, qui vint dimanche, lequel » leur a porté d'estranges nouvelles de Flandres, et non-seuUement s'en » estonne-t-il, mais aussi touts les Espagnols en sont esba'is. »
Pag. 448. — A la reine, Ségovie, 13 septembre 1566. La reine va beaucoup mieux et a pu le recevoir. — L'infante est « belle comme le beau 11 jour. »7- La goutte a repris au duc d'Albe. — Les médecins du roi voulaient le saigner une troisième fois hier, mais ils se sont décidés à le purger. Ce sont cinq grands accès de fièvre qu'il a eus. « II faut croire que les » nouvelles qu'il reçoit de jour en jour du costé des Pays-Bas ne ser- » vent pas pour la lui faire perdre. »
Pag. 4S0. — Au roi, Ségovie. 17 septembre 1S66. Le roi catholique eut avant-hier son septième accès, bien petit; les médecins ont opinion qu'il n'en aura plus. — La flotte des Indes apporte 4,047,000 écus d'or.
Pag. iSS. — Le roi à Forquevaulx^ Follembray, 27 août 1566. Il envoie le sieur de Saint-Suplice, pour féliciter LL. MM. CC. sur l'accouchement de la reine.
Pag. 461. — A la reine, Ségovie, 27 septembre 1566. Le jour que le roi catholique donna audience à M. de Saint-Suplice et à Forquevaul.x , il sem-
PHILIPPE II. 2i;i
hia à ce doinior « plus beau, plus frais el plus jeune qu'il nestoit devani » qu'il fût malade. — Le lendemain il alla à la chasse et la fièvre le reprit, mais elle ne dura que vingt-(|uatre heures. — Il s'en va à l'Escurial. et de là à Madrid: la reine l'y suivra le 50.
Pag 479. — .4vis que le sieur de Forquevaulr envoie au rai par )l. de Saint-Suplice, le 17 octobre ISG6.
Du ^! septembre. Le (lue li'Albe, niari'i iiii ilésespi)ir, pour lu liilatioii et longirciir donl le roy calholicqiic use sans remédier aux désordres de Flandres , lui veut protesler el après se retirer, afin que la couipe de la perte ne luy soit imputée à {"advenir
Du 22 septembre. I>e roy calliolieque a envoyé sçavoir de l'empereur ce qu'il luv
semble de son voyage de Flandres Sera grand'ehosc si le duc d'Albe ne passera
premièreinenl pour aller dresser les affaires el recevoir la masse, car il s'en est parlé au conseil qui s'est Icnu le dinianelie au Bose: lequel due a la goutte en ses deux pieds
Pag. 494. — Au roi, Madrid, 'ù. novembre l.j66. Le roi catholique est revenu, le 22 octobre, à Madrid: il en est reparti le 30 pour lEscurial. afin d'y passer la Toussaint et d'y gagner le jubilé.
Pag. 499. — A la reine, même date. La reine cafholique n'a pu lui dire au vrai si le roi passera en Flandre : mais elle lui a dit qu'elle a la promesse du roi de l'accompagner, s'il y va. ou bien, s'il est contraint de la laisser en Espagne, qu'elle demeurera régente, avec l'assistance accoutumée des grands et du conseil royal, nonobstant que la princesse et ceux de son parti, entre lesquels est Ruy Gomez , travaillent secrètement pour que la régence lui soit donnée.
Il pourra bien eslre que le prince d'Espaigne demeurera avec ladicle cbaigi-, car un conseille au roy son père de le laisser, pour plusieurs bonnes considérations; et la roync accompagnera le roy, ou le suivra tost après
Les autres nouvelles particulières, Voslre Majesté sera servie de les voir parles advis que j'envoie avec ceste despcche; et je puis dire, aprèz plusieurs autres, que le roy calholicque n'a pas touts les coiilcnlements qu'il désireroil, car en neuf jours qu'il a esté en ceste ville, ne s'est point laissé voir, sinon à l'entrée de son |)alais, (]uand il vint; et à son partement, le trenliesme du passé, il n'avoit que trois ebevaulx en sa compagnie; ne mesmes il n'est sorti pour ouyr la messe, ains l'a lousjours otiye de la salle, par les treillis qui voyant en la cbapcllc. Et des requesles et pétitions infinies
2iG DÉPÊCHES DES AMBASSADEURS.
qu'on luy a présentées, il les a l'aictes prendre par ses valets de chamhre, et envoyées, sans les voir, aux sieurs de son eonseil, et ne s'en est voulu inesler. Il print loulesfois (le ma main une rcqueste que je luy présentis
Pag. 502. — Advis, envoyé au roy par le S'' de Forquevaulx, son ambassadeur ^ des négoces q\ii se traident en la court du roy catholicque. Affaires des Pays-Bas :
La licence que les Flamans ont prinse de preseher est receue en très-mauvaise part en Espaigne, encore que ce qui leur a esté permis de preseher ors les villes et l'abolition dos placarts et pardon du passé vienne de ce roy, qui l'a faict soubs le nom de madame de Parme, laquelle n'eût osé permettre choses tant contraires à l'inquisition sans expresse permission dudict seigneur roy, qui en a esté conseillé par les principaulx seigneurs de son conseil, en attendant de pouvoir assembler les estats de Flandres et des Païs-Bas : qui vaut autant comme d'attendre le temps et opportunité de pourvoir aux désordres desdicts pays, et de réprimer la licence par les meilleurs moyens que ee roy pourra.
Ladicte licence est trouvée très-mauvaise, et ne l'endurent, sinon parce qu'il n'y a remède, pour le présent, de l'cmpescher : car s'y voulant opposer ce roy, il pense bien , et ceux de deçà, que les Flamans luy interdiront, lesquels ont grands deniers prests des particuliers qu'ils apellent gueux- et des mesmes banquiers qui sont de leur religion, non-seulement flamans, ains y a deux Espaignols très-pécunieux : l'un s'appelle Marcos Pérès, et l'autre Martin Lopez. Ils ont asseurance du duc de Saxe qu'il les secourra de quatre mille reistres, et le conte palatin de quatorze mille hommes de pied, oultre huiet mille de leur mesme nation et opinion, enrôlez et banelez, qu'il n'y faut que peu d'heures pour les mettre aux champs, et le duc de Gueldrcs qui les favorise secrclement.
L'on tient pom* certain que les contes d'Aiguemont et de Hornes, comme pareillement le prince d'Orange, conte d'Ordrast ' et maints autres grands personnages desdicts païs s'entendent avec les gueux; et sont icy bien marris de quoy ils se sont dissimulez jusques à présent, en intention, comme ils disent, de mieux descouvrir le desseing de ce roy : de sorte que le conte d'Aiguemont est sur touts en fort mauvaise considération par deçà; loutesfois il est bruit qu'il a esté mandé de venir.
Le marquis de Berghes et le S' de Montigni ne seront point renvoyez encore d'un temps en Flandres, et ne se parle plus du négoce pour lequel ils estoint venus, car cella a passé sa saison; et ledict marquis garde encore la chambre, parce qu'il n'est pas bien guéri, jaçoit qu'il s'est traîné de Ségovie à Madrid le moins mal qu'il a peu.
" D'Hoofflistraeteii.
F^c S' de Ilornes csl tenu par deçà pour un des capilaines des calvinistes , et liiy donnent la eoulpe d'une partie des maux advenus en Flandres. II faira bien de ne venir pas eu leur pouvoir, car il s'en trouveroit mal.
C'est le pape qui recherche ce roy d'une cntreveue, arrivé qu'il soit en Italie, et faict faire grande instance par son nunce, comme a faict de nouveau par le S' Casai, camarier de Sa Saineleté, de passer en Flandres. Lequel Casai est venu se resjouir avec Sa Majesté de la .naissance de madame l'infante, et s'en va à Sainct-Jacques de Gallice. devant que retourner à Rome.
Il peut estre que le cardinal Granvelle procure ceste entreveiie, comme l'on pense aussi est celluy qui sollicite le passage de Flandres, car l'un et l'autre servent à son ambition.
L'on ne parle point icy que le pape veuille envoyer aucuns légats nulle part; bien ay-je sceu qu'il a escript à ce roy, comme père à fils , que les bois sont faicts pour la demeure des besles et les villes poiu- la conservation des hommes, l'admonestant de se tenir plus souvent en ses bonnes villes et non en ses ehasteaux et lieux esloignez des gents.
Don Johan d'Aeoigna de Vellcz |)arlit d'iey liyer sur la nuici, despéché en |)oste vers monsieur de Savoye, pour demander le passage |)ar ses pais; et ira vers monsieur de Lorraine pour mesme fin, et conseiller et adviser le passage et chemin qu'il fauldra tenir pour passer en Flandres. Bien font estât de passer par le \'al d'Esté ' , la Tarentaise et descendre par Montmellian, Chambéry, Anisy-, Saissel, puis toucher un petit de la Bresse, entrer par la Franche-Contéet, par la Lorraine, se conduire à Luxembourg.
Les galléres partiront de Messine le dix-septiesme de septembre avec la fanterie des Espaignols, afin de la désembarquer en la rivière de Gennes.
L'on envoyé argent à Millan pour la solde de sept mille hommes de pied espaignolz et de cinq cents chevaux-légiers et deux cents arquebusiers à cheval, pour envoyer tout eella en Flandres, souhs la charge du marqtiis de Pesquaire, par le chemin susdiet.
D'autre part, s'assembleront à Luxembourg avec eulx huiet mille Allemans et trois mille reystres, comme j'ay escript longtemps a.
Les Grisons ont quelque intelligence avec Sa Majesté, ainsi négotiée avec eulx par les ministres, leur ayant, en récompense, accordé certaine commodité et traieie des vivres du duché de Milan.
On faict six mille liommes de pied en Espaigne pour les passer en Italie, lescpiels seront establis aux [)laces et présides où les soldats vieux souloint estre.
Pareillement lireroni, hors de Porto Ilercole, Orbitello, Tellamone (?), Searlin (":') et
' La vallée dAoslc.
- .Annecy.
Plonibin * , huict cents Espaignols vieux qu'il y a, et remettront en leurs places autant des bisognes ^ susclicts.
Encore se dict que, pour faire plus promptcment les six mille hommes, sont nommez soixante capitaines, de trois cents hommes chascun, qui seront bien plus grand nombre que desdicls six mille, et signe de ne se vouloir pas contenter de les eslablir aux présides et garnisons d'où l'on doibt retirer les vieulx, ains de s'en devoir servir ailleurs.
Ce ro)'a envoyé, ces jours passez, en Galice et Biscaie, retenir toiils les bons navires et y faire provision de vivres, oullre beaucoup qu'il y en avoit. Toutesfois le commun dire est que les six mille hommes s'embarqueront pour Italie sur les galères.
Dit-on aussi qu'ils fairont des Italiens sept ou huict mille, et que le duc de Parme ira capitaine général, si le duc d'Alve n'y pourra aller à cause de ses gouttes.
Sabmedi, vingt et sixiesme d'octobre, fut tenu conseil général d'Estat, pour adviser si ce roy doibt faire le voyage de Flandres, ou en donner la charge au due de Savoyc : laquelle chose est demeurée indécise et sans conclusion,- pour les raisons (pii ont esté alléguées du pour et du contre, car ce voyage semble amener de jour en join- nouvelles difficultez au roy calholicque.
Et par autre conseil a esté dict despuis qu'il le doibt faire, mais le duc d'Albe ira le premier; et le prince d'Espaigne sera juré roy d'Arragon et demeurera lieutenant général en ce royaume, car il n'y a lieu que père et fils le laissent au gouvernement d'une femme ne d'autre (|ue de l'un des deux.
Principallcment oîi double qu'en l'absence du roy puisse naistre par deçà le mcsnie désordre qui est en Flandres, et ne se tient pas plus asscuré qu'il ne fault d'aucuns grands seigneurs d'Espaigne mal contents.
Davantage il craint que son peu|)le de par deçà ne se mutine et fasse quelque nouveauté, si les corsaires turcs, mores et autres infestoint les costcs de la mer, et s'ils empeschoint la navigation, comme ils ont commancé : à louis lesquels doubles la présence du fils, assisté de bons conseils, obviera, et n'oseront les Espaignols mesdire du roy, ne faillir de luy fournir argent et ce qu'il aura besoin.
S'il passe en Italie, il verra Sa Saincteté à Milan ou en autre ville.
L'on avoit dict que ce roy se verroit avec l'empereur à Insprouq : mais cella s'est refroidi, car quelque mauvaise satisfaction est survenue entre eulx, et dicl-on que c'est ce roy qui est ma! content, à occasion (|ue l'empereur ne luy a voulu accorder secours de gents et cerlains autres poincls qu'il demandnii
Il y a quinze jours qu'on est allé à Grenade pour achapler des velours blancs, jaunes
' Piombino.
^ Bisognes, en espagnol bisohos, soldats de nouvelle levée.
PHILIPPE II. i2i9
ei rouges, qui sont ses couleurs, pour veslir de neuf ses gardes, pages et laquais, à cause dudict voyage.
Et faict chercher de bous chevauix parmi son royaume et les achapter, quoy qu'ils cousienl.
Le prince son fils dict qu'il laccompaigncra où qu'il aille; et a envoyé un escuycr en .-Vndelousie avec douze mil escuz pour achapler des chevauix de service.
Lequel prince a exorté les seigneurs du conseil d'Estat et de la guerre, un apréz aullre, et les a priez de remonstrer au roy son père qu'il veuille embrasser vivement les affaires de Flandres, et posposer toutes choses pour y remédier.
Cependant les grands et députez des dix et sept citez principales de Castillc ou villes qui ont voix es courts ' ne sont point encore mandez pour tenir les estats, ainsi que la raison le requiert devant qu'il parte; et tant pour cella que pour d'autres relardemcnts nécessaires, le roy caiholicquc ne pourra s'acheminer de ces deux mois vers Arragon; et devant qu'il ait faict à Mousson et soit prest de monter sur les galères , l'on sera en mars
La royne eatholicque aecompaignera le roy son mary, car il le luy a promis maintes fois; et n'a guères de jours, le luy a confirmé
Pag. 612. — Avis envoyé à la reine avec une lettre du 6 novembre 1 566. Affaires des Pays-Bas :
Le jour de Touts Saincts est arrivé à .Madrid i'évcsque de Fiesole - venant à sept chevauix de poste. Il vient exprés pour exorter ce roy d'aller en Flandres et pour moycnncr un entreveuc avec Sa Sainclelé, passant en Italie.
L'empereur conseille à ce roy de n'aller point avec forces en Flandies, car il advancera plus envers ses subjects par douceur que par rigueur, et mesme qu'il ne peut endommager ses subjects que le dommage ne soit sien propre, et croit que les Flamans, le voyant arriver sans armes, se humilieront et rangeront à ses commandements; et d'y procéder par violence, c'est ce que les fols et enragez dudict païs cl de ladicie religion désirent, connne font aussi ses envieux et ennemis.
Il est quelque bruit que le propos de marier l'aisnée de Bohesme avec le prince d'Espaiguc se refroidit du costé de l'empereur.
Le roy veut envoyer le duc d'Albe en Flandres devant luy, car il ne peut sembarquer desçà le printemps, aprèz les courts de Caslille et Arragon.
* Es courts , aux cortès.
' Ce n'était pas l'évêquc de Fiesole, mais l'cvêquc d'Ascoli, Pietro Camajani, d'après les dépêches de l'archevêque de Rossauo. t^Lcs Bibliothèques de Madrid et de l'Esciirial, pp. 92 cl suiv.) Forquevaulx, dans {'Avis au roi du 9 décembre 1S66, dit lui-même : o l'évêquc d'.\scoli. •
220 DEPECHKS DES AMBASSADEURS.
Le prince demeurci'a lieulenaiil général.
Le roy s'arrestera au duché de Milan pour 1 entreveuc du pape et de luy. Il baille au duc d'Albe sept mille Espaignols vieux, trois mille Italiens, douze cents chevaux-Iégicrs espaignols et italiens, et cent arquebuziers à cheval, touts lesquels passeront, par Savoye, Franche-Conié et Lorraine, à Luxembourg.
Le duc de Brunsvic s'y trouvera avec trente enseignes d'AUemans en Uoys régiments et trois mille rcistrcs.
Le duc d'Albe veut plus grand nombre d'Espaignols et Italiens, ne se fiant guière aux Allenians. S'il n'y va, ce sera le Conte de Férics, assisté du marquis de Pesquaire, don Alvaro Sando, Cœsar de Naples et autres.
Le duc d'Ariscot a escript que luy et autres se déclareront pour ce roy, s'il va en Flandres, ou son lieutenant, avec forces. Le conte d'Aiguemont, prince d'Orange et de Homes sont déclarez pour les Flamans.
Pag. 520. — La i-eine à ForquevauL\. Saint-Maur, 8 novembre 1566. Elle J'entretient d'un stratagème dont a usé l'ambassadeur d'Espagne, don Francés de Alava, pour faire arrêter à Paris, par le prévôt de l'hôtel, le docteur Junius, envoyé de certains princes d'Allemagne.
Pag. o53. — Au roi, Madrid, 30 novembre 1S66. Les cortès de Castille sont mandées pour le l"^' décembre, et siégeront depuis le i jusqu'à la Noël. — Le roi, selon sa coutume, ira passer la fête à quelque monastère, et sera de retour pour les Rois. — Il n'ira si Monzon de tout le mois de janvier.
Pag. D.5i. — Au roi, Madrid, î) décembre 1566. Affaires des Pays-Bas; communication, que le duc d'Albe a faite à Forquevaidx, des résolutions du roi catholique ;
Sire, desjà le dix et huieliesme du moys passé, m'avoit esté dict, par monsieur le duc d'Albe, qu'il avoit charge du roy calholicque de me dire ce qu'il préicndoit faire pour la réduction de ses rebelles de Flandres, et me le faire entendre au premier jour, lequel jour a esté le troisiesme du présent, tju'il m'envoya prier de l'aller trouver au palais : ce que je feis. Et apréz peu de parolles, il conimança à me dire qu'il nefailloit point donner lumière à Voslre Majesté du mauvais estât des affaires du Païs-Bas, car c'est si près de vostre royaume et des lieux où vous, Sire, estes à présent, qu'il ne s'y faict rien qui ne vous puisse eslre raporté de jour en jour. Puis m'a discouru comment les assauts que le Turc avoit donnez à la chrestienlé, l'année passée et la présente, et autres certains respects, ont gardé le roy calholicque de pouvoir remédier aux dcsbor-
déments d'aïunins ses siibjccis dosdicts Païs-Bas, de soite (|iit' le remède s'esl rendu peu à peu si diflieille qu'il y failluit mainlenant mieux (|ue |)ar(iiies et remonstranees; et, aprèz avoir iraiclé eu vain touls bons et gralieux moyens de réduire les ehef's, il est conslrainl, à son grand regret, de recourir à la force, et tl'aller luy-mesmes en personne en Flandre faire ce (pi'il |)0urra pour ramener les mauvais subjecis à l'obéissance (pi'ils liiy doibsenl, n'estant plus question de religion en cella, sinon nuemcnt du mesprisen ipioy ils tiennent Sa Majesté, avec outrageux contempncmeni de son aiuorité et de ses ordonnances : iliose qui n'est lollérable à nul jiiinee (|ui \eull régner et tenir ses tsiats en repos, ains seroit ouvrir la porte et faire elieuiin à nouvelles séditions ei trotdjles ebaseun jour. Et jaçoil qu'on luy ait escripl, ilepuis un temps, et fraisebemenl par un courrier venu le dernier de novembre, que lesdicts pais estoint en assez bonne paeilication, le roy son maistre sçait néantmoins, et l'a ainsin respondu, qu'ils le pou- \oint bien esire, veu que personne pour luy n'empescbe ne contredict que ceulx de la nouvelle religion ne fassent ee qu'il leur plaisi : mais cependant l'on y faiet des assemblées, l'on y presche, l'on y est en armes, l'on y faict beaucoup de violences, et ses bons ministres n'y sont pour rien comptez. A ceste cause, Sa Majesté a résollu d'y faire un voyage, et, afin de pouvoir user de rigueur envers les obstinez et de clémence envers ceulx (|ui reconnoistront leur faute, et n'estrc en peine ny en danger de supporter nouvelles insolences ny bravades d'ieeulx, quand il y sera arrivé (comme il seroit y allant avec sa court ou foiblcment aecompaigné), mener forces si raisonnables qu'il n'aura à craindre les rebelles ny doubler qu'ils le puissent constraindre de capituler avec cidx; ains il pourra parler et procéder en leur seigneur souverain et naturel, comme il est, et user de punition ou de grâce, comme il luy plaira, selon les desportements dont sesdiets subjects rebelles useront envers luy; et plustost (pie Sa Majesté l'endure autiement, il veut demeurer sans Estats et sans vie. A ces lins, lediet seigneur roy faict une levée de dix mille bommes de pied en ce royaume, soubs treme enseignes, lesquels s'embarqueront en bref pour aller en Lombardie, Naples, Sardaigne et Sicillc, entrer aux lieux et places, en garnison, d'où Sa Majesté faict tirer pareil nombre de ses vieux soldats espaignols, desquels il s'entent servir en son voyage de Flandres, sans prendre nulle fanterie italienne; oultre, mille salades et troys ou (juatre cents arquebusiers à cheval, tous espaignols, qui seront bientost prests en la duché de Milan, s'ils ne le sont desjà, sans louschcr aux hommes d'armes, faisant estât de ceulx (ju'il trouvera par delà encore fermes en leur loyauté; et ne luy manqueront tant de rcistres (pi'il vouldra, ne amres forces <'strangères, s'il en aura besoin.
Au regard du temps de leur parlement et du chemin qu'ils fairont, parlant dudici duché cl de Piedmont, ce sera au cœur de cesi hyver, et par les terres de monsieur le duc deSavoye, Franehe-Conté cl Lorraine, sinon que les chemins fussent si fort couverts déneige, parmi les montaignes, qu'il leur fusi nécessité forcée de passer par quelque
222 DÉPÈCHES DES AMBASSADEURS.
lisière de vosirc royaume : auquel cas Voslie Majesté sera suppliée, de la part de ce roy, le vouloir accommoder du passage pour une partie de ses forces. Sur quoy ledict sieur duc désiroit sçavoir de moy si son maistre se peut fier d'obtenir ledict passage, le demandant par son ambassadeur à Vostre Majesté, comme il faira; me priant à moy de faire aussi là-dessus bon office, car le roy m'en prioit.
De toutes lesquelles particularitez le due d'Albe m'a prié en vouloir advenir Vostre Majesté, ce que faira pareillement leur ambassadeur, afin que les desseings de ce costé vous soint manifestes et notoires : n'ayant voulu oublier à me magnifier le grand contentement que ce roy a des bonnes démonstrations dont vous. Sire, et la royne avez usé en tout ce dont ses ministres vous ont suppliez et requis pour son bien et service; me priant à moy d'estre fiadour ' et caution envers Vostre Majesté ledict seigneur roy va autant synccrcment en ce négoce, et sans aucune sinistre intention, comme vous. Sire, pourriez désirer de vostre j)arfaiclement bon frère et ami qu'il est, car il me promet et asseure que je vous en puis asseurer et respondre sans danger de reproche ny d'en devoir eslre blasmé. Et assez d'autres propos m'a-il tenus, qui seroint longs à raconter.
Je luy ay respondu que le roy catholicque avoit grande raison de se contenter de Voz Majestez,car en toutes choses elles s'estoint monstrées et déclarées très-fort affectionnées et promptes au bien et repos de ses affaires, et autant desplaisantes de ses travaulx comme si Vostre iMajesté le sentoil en son propre faict; que je pensois bien qu'en ce que Vostrcdictc Majesté le pourroit accommoder, qu'elle ne luy en diroit point de non ; toutesfois que je n'en parlois que comme de moy-mesmes, sans instruction ne pouvoir. Quant à respondre sur le passage dont il m'avoit parlé, bien me sembloit-il que la chose vailloit d'y penser et de vous en envoyer requérir et prier par un personnage cxprèz et de qualité, estant à doubler qu'on allégueroit des difiîcultez là-dessus, pour le désespoir et crainte où de telles forces estrangères pourroint mettre voz subjects qui sont de la nouvelle religion, les voiant entrer et passer en vostre royaume ; qu'ils rallumcroient les troubles passez en icelluy, voyant qu'on va défaire ceulx de Flandres, pour le mal qui leur en pourra advenir, cella faict; m'estant aussi advis qu'à partir de Piedmont et duché de Milan, ce sera leur plus court de passer par le val d'Est ou Mont- Senis, tomber à Montmélian et à Chambcri, droit en Bresse, pour entrer en la Franche-Conlé, puis, par Lorraine, en ses Pais-Bas, comme il venoit de me consigner leur chemin, et que, pour fuir aux montaignes, il faudroit donc venir par mer descendre en la basse Provence.
Ledict duc m'a déclaré que c'estoit aussi son desseing d'embarquer une partie de ses hommes sur les gallêres, et faire leur descente à Tholon ou plus approchant de Marseille, s'il plaira à Vostre Majesté s'en contenter, me priant vous faire entendre
' fiadour, de l'espagnol /iador, caution, répondant.
louis ces propoz : ce fine je luy ay promis. Et n y aiiroit pas iroj) à faire (pic monsieur de Savoye ne soil cause qu'on fasse demander passaije par voz pais, alii) de soulager le sien, qui est trop maigre pour fournir vivres à lanl de gens de guerre et à la court du roy.
Le duc d'Albe m'a déclaré que le prieur don llernando, son lils, partira au premier jour pour Italie, et autres persoimages de condition; il ne sçait honnemcnt encore s'ils front par mer ou |iar terre. Jay voulu sçavoir de l'enlrcveue du pape et de ccdict seigneur roy : il m'a certilié qu'ils ne se verront point, parce que le roy catholicquc ne l'aira point séjour en Lombardie et Piedmoni, estant descendu à iNice ou à Gennes, et n'y pourra Sa .Majesté arriver qu'environ la fin de may ou à demi-juin, car il tiendra ses courts de Castillc durant ce présent moys et partie du prochain , j)our s'acheminer à Mousson vers la lin de febvrier, poin- tenir les courts d'Arragon, qui dureront im mois ou plus.
Je luy ay demandé , Sire , connnent fairont les vieux soldats leur voyage de Flandres cest hyver, ainsi qu'il dict qu'ils sont encores en leurs garnisons en Sicille, Sardaigne et iNaples, ormis le tiers < de Lombardie, qui est arrivé au duché de Milan il y a quelques mois (et est vray qu'ils sont encores touts en leursdictes garnisons, et don Garsie de Tolède les doibt mener avec les gallères, bien qu'il m'ait respondu que touts lesdicts tiers sont arrivez en Lombardie despuis peu de jours en çà). J'ay voulu sçavoir de luy si l'empereur seconderoit le roy en personne ou de ses forces : il m'a respondu qu'ils sont très-bons frères et amis, et toutesfois que la personne dudict seigneur empereur n'y sera point employée, ni ses forces, et moins l'aide de sa bourse, qui est trop foible, et que ce roy a du tout assez, sans s'en emprompter.
Je luy ay réplicqué qu'avec difliculté youdroinl les .Allemans combattre contre ceulx lie religion send)lable à la leur. Il m'a faict responsc qu'en eeste querelle de Flandres ne se parle point d'aller contre la religion, mais simplement contre les rebelles : pour laquelle considération et fins il n'y a prince ny soldat en la Germanie, tant soit-il luthérien, qui refuse prendre la solde de ce roy et combattre pour son party.
Finabîement, Sire, je luy ay remonstré le long temps qu'il me lient en espérance par promesses de respondre au mémoire des plainetes, et l'ay prié de contenter Vostre Majesté : satisfaisant laquelle ledici sieur due fairoit le bien et advantage du service du roy eatholicque. Il m'a promis de le faire, car telle estoit l'intention de son maistre et de vivre en vray bon frère et parfaicl amy toute sa vie avec Vostre Majesté.
Sire, pour toutes les belles parolles du duc d'Albe, lequel est maistre de sçavoir feindre et dissimuler, je ne laisse point à penser qu'ils n'ayent en main autre enlreprinse que celle de Flandres, soubs couleur de laquelle ils auront leur armée de mer
' Le tiers, Je Pcsp.ignol lercio, le régiment.
±2i DEPECHES DES AMBASSADEl HS.
lantost preste, si piiissaiiic tic gallcrcs qu'elle faict graiulcmenl à rctloub(cr : car avec les neufves qui sont faicles à Barccloune, oîi se vont achevant leur nombre, avec celles du pape, JMalte, Florence, Gennes et Savoye, sera de cent trente ou plus ; et n'aura ce roy l'aule de carraques, hurques ne d'autres navires et vaisseaux pour charger cavallerie et fanterie, et les munitions et vivres qui furent dressez en divers ports l'année passée et qu'on dresse de présent. Je crojerèz, Sire, que c'est pour Alger : mais ce faict semeine très-secrétcment. A toutes advantures, Vostre Majesté faira bien d'adviser que les places fortes de nostre eoste de Provence et Languedoc soient bien gardées, nonobstant qu'il me semble incroyable et impossible que ce roy, qui se dicl tant vostre, voulsist avoir pensée d'invader chose qui soit à vous. Et pleut à Dieu fût vostre port de JVIarseille si bien garni de gallères comme on l'a veu quelque temps, car vostre coste seroit moins exposée aux incursions de qui que ce soit qu'elle n'est, et tel vous redoubteroit dudict endroit, qui se rend formidable à chrestiens et à Turcs, pour la puissance qu'il faict estai d'avoir d'ores en avant sur la mer! Et fault croire ou craindre, s'il force Alger, qu'il ne se contentera pas de cella, ains pensera choses plus grandes. Au cas de la quelle entreprinse, s'il la faict, Vostre Majesté aura grand raison d'accuser sa dissimulation et feintise, s'estant recellé envers elle et vostre ambassadeur de sa délibération.
Il est de retour d'Aiancbois despuis le sixiesme du présent, et les députez de Castille sont presque louts arrivés pour tenir les courts, qui commanceront un jour de ceste sepmainc.
Page 545. — .\ la reine. Madrid. 9 décembre iS66. Affaires des Pays- Bas :
Madame, oultre les propos contenus en la lettre que j'escrips au roy, le duc d'Albe m'a dict, pour grand secret, que le roy catholicque luy a donné la charge d'aller rescevoir et faire sa masse à Luxembourg (lequel lieu il m'a nommé en confession, comme si je n'eusse adverli pièça Voz Majcstez de l'un et de l'autre) ; à ceste cause, il désireroit fort de pouvoir passer seurement par France, tirant son chemin en Flandres; et .s'il n'estoil subject aux goûtes, il sçauroit bien couper sa barbe et se desguiser et prévenir par la poste la nouvelle de son voyage, et de nuict aller baiser les mains du roy et vostres en passant. Mais ceste maladie, qui le reprent souvent et l'a assez afoibli , le garde qu'il ne peut aller qu'à ses journées et bien bellement, car la mer est grandement contraire à sa maladie; et demandoit mon advis s'il pourroit passer seurement, me priant aussi faire entendre à Vostre ^lajesté son désir. .le luy ay remanteu * qui fut faict à feu monsieur de Guise au milieu d'un camp; loutesfois que je ne faiddrois à vous
' [{rmanten, rappolti.
adverlyr du loui par ce courrier exprèz. Il m'a diet que, ne pouvant aller par terre, il prendra la mer jusques à Nice, et puis, par les terres de monsieur de Savoye, suivra la trace de la fantcrie cspaignollc
Le S' Mascuello, ambassadeur du duc de Savoie, est mort à Madrid au mois d'octobre.
Le marquis de Bcrgbes a esté tousjours mallade et n'est point encore bien sain. Le S' de .Montigny a supplié trois ou quatre fois ce seigneur roy, pour tous deux , qu'il luy pleust leur donner congé de s'en retourner : mais S. M. a trouvé des dcffaictcs, et à peine s'ilz l'auront devant qu'il y aille en personne, car il les doubte moins icy que là
Pag. 535. — Avis dit S" de Forquevaulx mi roi, sans date (9 décembre 1566.) « Don Diego d'Espinose. par cy-devant président du conseil » royal, a esté faict inquisiteur général, aGn de l'occuper en ladicte charge
» durant l'absence du roy catholicque Icelluy inquisiteur général est
» homme d'Eglise, et sera des premiers Espagnols qui auront le chapeau » de cardinal. » — Le roi, pour complaire au pape, a consenti que Tarchevéque de Tolède, prisonnier par autorité de linquisition, soit mené à Konie, pour là lui être fait son procès par quatre cardinaux au choix de Sa Sainteté et quatre docteurs espagnols. Déjà la procédure est entre les mains du nonce et de l'évéque d'Ascoli, envoyé à cette fin en Espagne. Deux galères, préparées à Cartagène. transporteront l'archevêque dans les Etats romains. Il y a des Italiens à Madrid qui discourent sur ce que le roi a consenti au départ de larchevéque pour Rome, au grand mécontentement de l'inquisition d'Espagne. — L'archevêque de Séville', qui s'est démis de la charge d inquisiteur général, recevra le chapeau : il va achever ses jours dans son archevêché; dorénavant tous les prélats d'Espagne résideront en leurs diocèses; l'évéque de Cuenca, " grand confesseur de ce roy, » n'en sera pas lui-même exempt. — Le cardinal de Burgos ' est mort à Burgos le 28 novembre. — Soixante-dix pauvres Français que l'inquisition tenait prisonniers à Barcelone ont été condamnés aux galères. — Le duc dAlbe est fait général pour l'entreprise de Flandre; il partira, dans le courant du mois, pour Nice ou Gênes. — Les cortès de Monzon se tiendront au mois de mars pour le plus tard, car on les mande déjà. On a opinion que le
' Don Fernando de Valdes.
' Don Francisco Pacheco. Il avait été fait cardinal par Pie IV en 1561.
prince, après avoir été juré héritier d'Aragon, ne bougera de Monzon jusqu'après la fin des cortès. — « Le prince d Espaigne demeurera régent en » l'absence de son père, à son grand regret, car il désiroit faire le voyage. » — Le comte de Feria aura la vice-royauté de Naples : « il est si mal content » de n'avoir esté faict général , et non le duc d'Albe, qu'il est homme pour » se retirer en sa maison. » — Le roi s'embarquera pour l'Italie à la fin de mai; le duc d'Albe dit qu'il emmènera la reine. D'autres prétendent qu'elle demeurera régente. — Une partie du conseil était d'opinion qu'il suffirait de trois millions d'or pour la dépense de la réduction des Pays-Bas, en y menant peu de forces d'abord. Le pape et les autres ministres ont été d'avis, au contraire, que le roi devait y conduire une puissante armée, pour prévenir toute résistance, en sorte qu'on estime la dépense à six ou sept millions.
Pag. 578. — Au roi, .^ladrid, 4 janvier lo67. Le roi catholique est à l'Escurial depuis le 22 décembre; il doit revenir à Madrid le 9 janvier.
Pag. 594. — Au roy. Ces advis respondent à ce qu'il a pieu à S. M. commander au S'' de Fourquevaulx du 27^ de novembre et aultres de nouveau : sans date (4 janvier 1567?). La requête des Flamands pour obtenir la liberté de conscience, avec ofîre d'une grosse somme d'argent, est restée sans réponse : « il fault croire que rien ne leur sera accordé qui diminue )) la réputation du roy. » — Les catholiques de Flandre ont aussi écrit une lettre au roi , pour le supplier de ne procéder par armes ni violence contre ses sujets, mais plutôt d'employer les moyens de douceur. Us persistent, au surplus, à demander l'abolition de l'inquisition et des placards, « voulant plustost mourir et soufïVir tous malheurs que de s'en retirer et » désister. »
Le duc d'Alve a eu tel pouvoir de ce roy et aultant ample comme il l'a sceu demander
Le bruict a esté en ceste court que Ruy Gomes passerait en Flandres par la poste, afin de véoir de paciffier les troubles sans armes , car les seigneurs et tous les estatz dudict pais le demandent. Cella s'est maintenant refi'oidy : néantmoins, si l'entreprise d'Alger se faict, on pense que ledict Ruy Gomes fera ledict volage en Flandres
Le prince d'Espaigne ayant entendu que les courtz avoient intention de requérir qu'il demeure en ce royaume pendant l'absence du roy son père, il entra, ces jours passez, en leur assemblée, et leur protesta que celny qui proposeroit sadicte demeure
le peiilt tenir pour son enneiny capital et do sa ville, car il les destruira de tout son pouvoir, et de raesme s'ilz seront si folz de parler du mariage de la princesse sa tante et de luy, comme ilz le proposèrent aux dernières courtz qui se tindrent y a trois ans en ce lieu , trouvant fort esirange qu'ilz s'entremettent de telles choses , car le roy son père le mariera bien sans eulx, et que de luy, il est si résolu daller où ladicte Majesté yra, que tout le monde ne l'en sçauroit garder. Et leur deffendist, sur leurs vies, de ne desceler ce propoz : mais il s'est toutcsfois descouvert
Le mercredi, xi" de décembre, ledicl S^ roy feit sa proposition ausdictes courtz, disant en conclusion qu'il estoit constrainct d'aller en Flandres remédier aux troubles qui y sont : par quoy il les requéroit luy vouloir subvenir d'une bonne somme de deniers. Le surplus de son intention leur feit lire par Erasso, secrétaire d'Estal.
Le procurador député par la ville de Burgos parla le premier, et respondil que c'cstoit ung grand regret à toiu Espaigne d'en véoir partir leur roy, car c'estoit esloigner le père de ses enfans, le pasteur de ses troupeaux, et amplifiant de sorte sa harangue qu'il esmeut les larmes à aucuns assistants, il s'arrcsta, à la fin, qu'il estoit très-nécessaire que S. M. allasl mectre ordre aux séditions dudict Flandres : car du bon portement de ses affaires audict pais deppendoit la tranquillité dudict Espaigne au faict de l'inquisition, signifliant que, si les Flamans la peuvent regecler, que aussy les Espaignols en vouldronl estre excmptz
Pag. 607. — A la reine, 3Iadrid, o janvier. 11 se plaint de ce qu'on ne pourvoit pas à la dépense de la reine Elisabeth, même pour ses habillements : « c'est — dit-il — une honte trop grande comme l'on s'en passe » légèrement. »
Pag. 608. — A la même, même date. Sur le duc d'Albe et son fils don Frédéric :
Don Johan Manrique garde encore la chambre : mais le duc d'Albe fait volontiers l'ofTice de grand maistre pour luy, car il est tant amoureux de donne Marie Manrique, dame de la royne vostre fille, qu'il n'a heure de repos sinon quant il la voit, qui est le plus souvent qu'il luy est possible. 11 a trouve mauvais que don Fédéric, son lils, se soit coifîé de donne Magdalène de Guzman jusques à luy avoir promis mariage, après le décès de sa dernière femme : à l'occasion de quoy ledict don Fédéric fut mené prisonnier à Médina del Campo, et ladicte demoiselle enserrée dans une chambre du palais. L'on attend la publication d'un bannissement pour luy de deux ans et qu'elle sera confinée dans un monastère ', pour la faulte par eulx commise d'avoir osé Iraicter
' Le 13 février Forqucvaulx mande au roi que le duc d'.\lbe a obtenu un arrêt sur l'affaire de son fils et de Madeleine de Guzman; que, pour la faute par eux commise, don Frédéric est banni pour six
de mariage sans porter respect au lieu où elle servoil, car icy l'on a de costume de faire terribles démonstrations quant semblables fautes adviennent. Don Fcdéric ira passer son destcrrement à la suite de son père, au voyage qu'il entreprend, car aussi ne veut-il aux ebarges que ceulx de sa parenté ou ses grans amis
Pag. 611. — Le roi à Forquevaulx, Paris, 24 décembre 1S66. L'ambassadeur d'Espagne est venu les trouver, lui et la reine sa mère, et leur a demandé si, en cas de besoin, le roi catholique pourrait faire passer par la France 8,000 Espagnols et 1,300 chevaux qui débarqueraient à Frëjus, pour de là aller jusqu'en Lorraine. La reine s'en est excusée par beaucoup de raisons, en déclarant toutefois à don Francès d'Alava que, si la nécessité du temps, la tourmente ou une autre occasion amenait les Espagnols en quelqu'un des ports de France, ils y trouveraient tel accueil que le roi catholique pouvait se promettre de son meilleur frère et plus parfait ami, et que de là, s'ils voulaient traverser par un coin, pour regagner le Piémont, ils le pourraient faire. — Le roi recommande à Forquevaulx de se donner toutes les peines du monde pour pénétrer la véritable destination des armements considérables faits par le roi catholique.
Pag. 620. — La reine à Forquevaulx, même date. — Si le duc d'Albe voulait passer par la France et qu'il n'eût 200 hommes d'armes pour l'accompagner, il ne serait pas possible de l'assurer que sa personne ne fût en très-grand hasard.
Pag. 622. — Au roi, Madrid, 18 janvier 1567. — 11 a su de la reine que le roi catholique avait bien pris les objections faites à son ambassadeur contre le passage des Espagnols par la France.
Sire, dernièrement que je fus cbcz le roy vostre frère ', le marquis de Bergbes et le sieur de Montigni venoient de parler à S. M. pour leur congé, duquel ils eurent bonne
espérance Ledict marquis ne se peut guière bien remectre en sa première santé,
ains chemine avec le baston en la main. Ils m'ont semblé touts deux assez mal contents , et le sieur de Montigni n'a pas été mieux veu par deçà , pour avoir passe , en venant, par la maison de monsieur le connestable, car ceste nation est esirangemeni souspeçonneuse
ans, dont il passera trois à Oran, au service du roi; que doua Magdalcna est éloignée de la cour et envoyée à Tolède en un couvent; qu'elle est sortie la veille du palais. ' Le i 4 janvier, selon qu'il le dit au commencement de sa lettre.
Pag. 629. — A la reine, même date. — Les préparatifs du voyage du roi sont si lents « que telle froideur donne à penser quil s'excuseroit volontiers » de n y aller tost ni tard... Le roi donne assez à connoistrequ'il fuit d 'apro- » cher les lieux où, pour son honneur, les affaires le pourroient forcer d'y » employer sa personne ou ses forces. » — Le roi a pris de bonne part le refus de la cour de France
Pag. 639. — .\u roi, .Madrid, i février 15(3?. — 11 lui rend compte d'une longue conversation qu il a eue avec le duc d Albc, lequel s est efforcé de le persuader que le roi ne pouvait ni ne devait refuser passage à l'armée espagnole, si la nécessité la contraignait d'emprunter le territoire de France.
Pag. 6ii. — A la reine, même date. « Le jour de hyer la royne vostre » fille m'a faict tant d'honneur de tenir un mien filz à baptesme, et daigna >> prendre sa collation en mon logis, accompaignée du prince d'Espaigne, » que S. M. a choisi pour parrain. .Madame la princesse de Portugal y a » assisté aussi avec une belle compaignie des grands et des dames... » — Francisco d'Ibarra, nommé provéditeur général de l'armée de Flandre, part en poste dans quelques jours avec des lettres pour le pape et les potentats d'Italie. De là il ira vers le duc de Lorraine.
Pag. 649. — Au roi, Madrid. 13 février 1367. Le duc d'Albe a tant fait vers le roi catholique que la duchesse sa femme est nommée camarera tnayor de la reine: le roi lui donne à lui 130,000 écus A'ayuda de costa. — On dit que don Garcia de Tolède quittera le généralat des galères pour être président du conseil royal , et que don Juan d'.\utriche lui succédera dans la charge desdites galères. — Le marquis de Pescaire est fait vice-roi de Sicile. — Le roi a fait demander, en .\ragon. V^ilence et Catalogne, quel moyen ils ont de nourrir sa cour, et quelles requêtes ils ont à lui présenter. Ce ne sera qu'après les cortès de Monzon qu'on saura si le roi part décidément d'Espagne, « bien que tousjours les principaux disent qu'il » passera en Flandres »
Pag. 677. — Le roi à Forquevaulx, Paris, 31 janvier 1367. Sa satisfaction du rétablissement de l'ordre et de l'autorité royale dans les Pays-Bas :
.Monsieur de ForcjucYniilx, m'ayaiU lambassadeur dKspaigne adveili qu'il despèchoit ce porteur, je ne l'ay voulu laisser aller sans vous porter ce mol, pour vous dire que, Dieu niercy, toutes choses continuent de se bien porter dans mon royaume, avecques
la paix et la tranquillité que je puis désirer. Je me resjouis infiiiimenl que du coslé de Flandres les affaires du roy, mon bon frère, commancent à prendre le mesme chemin, ainsi que j'ay entendu de ce mesme pourteur : qui est (pour l'amitié que je luy porte et le désir que j'ay de le voir content et satisfaiet) l'une des meilleures et plus agréables nouvelles que je sçaurois entendre. A quoy je puis bien dire que mes déportements ont autant servy que chose du monde : car, si j'eusse autant tenu la main à fomenter les troubles de delà comme je Tay tenue ferme qu'aucun de mes subjects n'y brouillast rien, je croy que les choses ne fussent aux termes là où elles sont. El pour encore empescher qu'il ne se retire aucun mal des subjects par deçà , j'ay faict, despuis peu de jours, faire une deffenee que j'ay envoyée par tout mon royaume pour ne recevoir aucuns estrangers, et je vous envoyé le double. Et par-là le roy, mondict frère, connoistra aiséement de quel pied je marche en son endroit, et qu'il ne peut luy arriver bien ni prospérité que je ne soys aussi aise que luy-mesme.
Pag. 67S. — Au roi. Wadrid. 23 février 1567. Le roi catholique ne tiendra pas les certes générales de la couronne d'Aragon pour faire jurer son Cls; il ira d'abord à Valence, puis à Saragosse, puis à Barcelone. — Don Antonio de iMendoza va vers le duc de Lorraine, qu'il avertira du passage du duc d'Albe et de 10,000 à 15,000 Espagnols. — Francisco d'Ibarra est parti par la poste le IS: il ne visitera point les potentats d'Italie, comme on l'avait dit: il se rend à Milan porteur de 300.000 écus pour l'armée destinée au voyage de Flandre.
Pa". 690. — .\ la reine, Madrid. 2 mars 1567. « L'on est par-dessà fort » joyeux de quoy Anvers et les autres villes crient miséricorde, et que » touts les Pais-Bas sont disposez d'accepter telles conditions de mercy » que ceste Majesté sçaura proposer, parmi lesquelles on s'asseure que » l'inquisition sera receue; et. pour l'establir niieulx, il y aura garnison » d'Espagnols, et citadelles pour garder que les Flamans ne facent une » autre fois les fols. » — Le roi a été de retour de l'Escurial le 27. — Les cortès de Castille ne sont pas achevées; elles sont toujours à disputer sur la subvention extraordinaire que le roi leur demande. — Le départ du duc d'Albe semble fort refroidi depuis les dernières nouvelles de Flandre.
Pag. 694. — A la même. Madrid, 4 mars 1567. Un gentilhomme de madame de Parme ' est arrivé il y a deux jours. 11 lui est échappé de dire
' Alonso Lopez Gallo. Voy. la Correspondance de Philippe II sur les a/j'aires des Pays-Bas, t. I, p. SIO.
que les affaires aux Pays-Bas ne sont pas en aussi bons termes qu'on le croyait
Paq. 69d. — Le roi à Forquevaulx. Fontainebleau. 2a février 1367. Différence entre le langage du prince d'Eboli et celui du duc d'Albe touchant la demande du passage des Espagnols par la France; motifs qu'a le roi détre satisfait de la capitulation qu'il a faite avec ses sujets; marquis de Berghes , etc. :
Monsieur de Forquevaulx , j'ay receu deux despêches de vous despuis celle que je vous fcis du quatriesme de ce moys, Tune du dix-huictiesme du passé, el l'autre du qualriesnie du présent. Par la première vous me mandez comme le roy d'Espaigne avoil trouvée la response que j'avois falote à son ambassadeur, touchant le passage quil m'avoit demandé pour les Espaignols, bonne et s'en cstoit contenté, comme la royne madame ma seur le vous avoit dict : ce que le prince d'EvoIy vous avoit encorcs confirmé, alléguant luy-mesme les didicultcz qui me pouvoient cmpescher de luy salisfaiie en cella. Despuis j'ay veu, par vostre dernière despèche, que le langage que le duc d'Albe vous a tenu cstoil bien différent de cella; et semble qu'ils ne s'en contentent et veulent l'entreprendre, comme estans certains que je ne le leur puis refuser. Je ne double point que n'ayez sur cella bien respondu audict duc (suivant ce que je vous avois mandé) tout ce que vous aurez peu pour luy faire connoislre que ce refus ne vient |)oint de faute d'amitié et bonne volonté, mais de crainte que ceste sienne commodité m'incommode tant que ses affaires ne s'en porteront pas guères mieux. Et en cella, s'ils vous en reparlent, il faut tousjours tenir ce mesme langage, alléguer l'estérillité de vivres par ceste lisière de mes pais, la dilTiculié des chemins et le danger éminent qu'il y auroit, comme vous a très-sagement dict le prince d'Evoly, que ceste grande compagnie feit armer et eslever ceulx de la nouvelle religion qui sont en mon royaume, et principallenicnt en la pluspart de ceste frontière-là en giand nombre, dont advicndroit mal el à luy et à moy. Mais je voys bien qu'il vouidroit que tout le monde fût en la danse où est son maistre; et (]uant à moy, puisque Dieu m'a faict ceste grâce d'en sortir, je me contente de n'y rentrer jamais si je puis.
El quant à la capitulation que j'ay faicte avecques mes subjeels, comme il dict, dont ils ont esté si marris, après que j'ay veu (|ue les combats tant de fois réitérez, les batailles données , les villes prinses d'assaut , ne profitoient de rien que de me ruyner de plus en plus et me faire perdre touts les jours les plus grands hommes de mes subjeels qui fussent en la chrestienté, j'ay mieux aymé, par l'advis et conseil de touts mes bons et plus fidèles serviteurs, faire ce que j'ay faict que de perdre le l'osle, el Dieu m'a faict si heureux qu'au lieu de la ruvne que je voyois préjjarer dans peu de temps et de l'entière subversion de tout mon Estai, qui cstoit trop apparente, par sa sainclc grâce,
je vis en repos, et mon royaume se refaicl touts les jours , et mes affaires se remettent en la mesnie grandeur qu'elles estoint auparavant tant de calamitcz. Ils y sont maintenant : ils esprouveront que c'est, et eombien ceulx qui s'y trouvent sont empeschez; et mais qu'ils ayent bazardé deux batailles, comme j'ay faict, l'on verra comme ils s'en trouveront; et s'ils en sont quittes à meilleur marché que je n'ay esté, véritablement ils auront occasion de se dire bien heureux. Mais tant y a que, pour qui que ce soit ny pour quelque cause qui puisse survenir, je me garderay, tant que je pourray, d'y revenir. Or je ne puis croire que, vous ayant le duc d'Albe tenu ce langage si différent de celluy do la royne madame ma seur, qu'il ne faille qu'il y ait eu quelque changement, et je désirerois bien d'entendre, si vous aviez moyen de le pouvoir sçavoir, d'où vient cella, et en pourrez parler au prince d'Evoli, pour sonder ce qu'il en pense et qu'il en seait.
Au demeurant, je suis merveilleusement aise de la bonne nouvelle que vous m'avez mandée de la grossesse de la royne ma seur, et le seray encores davantage quand j'enlendray qu'elle aura faict un beau fils. Elle espère bien, encore que le roy son mari parte dans peu de jours, de ne demeurer pour cella de le suivre. S'il se délibère de la mener, il est certain qu'estant grosse comme elle est, il ne la commcctra à la mer, et pense qu'ils me rechercheront de son passage. S'ils vous en parlent, vous asseurerez que c'est chose que j'auray très-agréable, mais que vous m'en advertirez. Vous verrez ce que vous en pourrez apprendre, pour m'en advenir; et il ne peut tarder que, dans la fin de ce mois qui vient, nous n'en sachions des nouvelles et ne voyions quelle résolution ils prendront, car ils ne peuvent plus guères demeurer qu'ils ne prennent parti. Vous me fairez service très-agréable de continuer à m'adveriir ainsin particulièrement comme vous avez faict par toutes vos dernières despôches , aux occasions qui se présenteront de toutes choses qui surviendront, et mesmes en ceste saison où l'on voit tant de nouveaux accidents et tant de divers changements.
De deçà je ne puis vous dire autre chose, sinon que plus je voys les autres royaumes et pais de mes voisins plains de guerre, et plus je mets de peine à conserver la paix et le repos qui est dans le mien, et porvois cependant doucement à mes affaires, ayant, et ma gendarmerie, et ma noblesse, et les régimens de gens de pied que j'entretiens en mon royaume, en si bon ordre, et de si bonnes forces d'estrangers prestes quand j'en aurois à faire, qu'avec l'ayde de Dieu, sans offenser personne, je me conserveray en toute seureté. Quant aux vivres que Francisco d'ibarra vous a demandez, vous en avez très-bien respondu : mais vous luy pourrez dire, s'il vous en parle plus, que j'ay, il y a quelques jours, escript tout le long de ma frontière qu'ils ayent à laisser aller touts ceux de mes subjects qui leur voudront porter des vivres en passant : qui est tout ce que je puis faire, veu la siérillilé qui a esté si grande en mon royaume, l'année passée, que mes subjels y ont encores bien affaire à vivre.
Il ne me resle plus à vous respondre, si ce n'est à la demande que vous a faici le marquis de Berghes de luy permccire, en passant par mon rovaiune, de porter une liarquebuze. Vous luy direz que, m'en ayant eseript ci faicl rcquesie pour iuy, je vous ay donné charge de luy faire entendre de ma jiart que de eella ny chose de plus grand pois il n'en sera refusé de moy, et que j'envoyeray le passe-port au vieonle d'Orlhe, pour le luy bailler en passant à Bayonne, quant il s'en reviendra.
Et ne sachant de quoy vous faire la présente plus longue, je la termincray aprèz avoir prié Dieu, monsieur de Forquevanix, etc.
Pag. 700. — La reine à Forquevaulx, Fontainebleau. 2o février 1367. Sur les propos que le duc d'Albe lui a tenus elle se réfère à la lettre du roi, et elle ajoute :
Je trouve bien estrange comme maintenant il presche tant eesle bonne intelligence (|ui doibt estre entre nous, qu'il recommande tant ceste union et accroissement d'amitié, veu que, quand nous l'en avons luy-mesme recherché à Bayonne, il a tant faict le froid que je ne pensois que jamais il luy en peut venir envie. Le roy, mon seigneur et fils, fera tousjours pour le roy son frère tout ce qui sera convenable à la bonne amitié qui est entre eulx, à quoy il ne manquera jamais, mais aussi il mettra toute la peine qu'il pourra à ne faire chose dont il luy puisse arriver et à son royaume trouble, ruine ou dommage.
Pag. 706. — Au roi, Madrid, 13 mars 1567. Le duc d'Albe ne bougera jusqu'à Pâques. — Le roi va. dans quatre ou cinq jours, passer la fête à l'Escurial. — On a opinion qu'il saclicminera vers Barcelone peu de temps après le départ du duc d'Albe. Le duc de Francavilla. vice-roi de Catalogne, a dit à Forquevaulx que le roi son maitre le renvoyait à son gouvernement, afin de donner ordre à ce qu'il faut pour son arrivée, car il y pense aller bientôt, et ne s'arrêtera comme rien pour tenir ses cortès, mais passera en Italie.
Pag. 712. — Au roi, Madrid, 2i mars 1567. Sur les nouvelles reçues des Pays-Bas, « tout aussitost et du soir au lendemain le roy s'est résolu » de passer en Italie et de là en Flandre, et a faict dire et commander, » le 19. à tous ses domesticques et officiers, par le duc d'Albe, qu'ils se » trouvent en ce lieu dans le derrenier jour de may ou au premier de juing, » pour suivre et servir Sadicte Majesté en son voyage. A ces fins on est » après à payer ce qui leur est deu, et fault qu'ils payent aussi là où ils
254 DÉPÈCHES DES AMBASSADEURS.
» doibvent. Ainsj crié par les carrefours le vingtiesnie de ce mois. » — Il ne faut donc plus douter que le roi n'aille en Italie. — L'évèque d'Ascoli retourne vers le pape, grandement satisfait de cette cour, comme il dit. Il va travailler à ménager une entrevue de Sa Sainteté et du roi catholique. Pag. 71(). — A la reine, même date. La reine catholique a reçu de son mari l'assurance qu'ihl'emmènera avec lui, quelque part qu il aille, et que ce sera par mer. — Le roi a distribué une partie des bénéfices et commanderies vacants, sans appeler le duc d'Albe, Ruy Gomez ni autres à la consulte : de quoi ils demeurent tout honteux. — Le duc d'Albe, interpellé par Forquevaulx sur la vérité de son voyage, lui a dit « qu'il a a en Flandre » faire aux rebelles du roy son maistre tout le mal (jue sera en sa puis- » sance. » — Le roi partiia en juin , s'embarquera à Barcelone avec la reine, descendra à Gènes, ira à Milan, aura une entrevue avec le pape, et passera par Trente pour rencontrera Inspruck l'empereur et l'impératrice. Pag. 719. — ^4vis envoyés avec les lettres précédenles. Les cortès de Castille ont, le 18, accordé au roi 1,200,000 écus payables en trois ans, savoir : 780,000 pour l'ordinaire et le surplus d'extraordinaire. — Le roi est parti pour l'Escurial le 19. Le comte de Benavente est fait vice-roi de Valence; cette promotion est attribuée au duc d'Albe. — << Le président du conseil royal a réconciliiez le duc d'Albe et Ruy Gomes, n"a guères de jours, lesquels sieurs sont à présent bons amis, ou ils en font le semblant. Le duc de Francquaville, beau-père du prince d'Evoli , s'est aussi fortaj'déà moyenner ladicte réconciliation. Il est parti de ce lieu le 19, et s'en retourne à Barcelonne faire mettre toutes choses en ordre pour l'arrivée de LL. MM. » — Le duc d'Albe a assuré encore hfer l'ambassadeur, sur son honneur et sa foi de cahallero, que c'est aux Pays-Bas qu'il se rend : « il y entrera, lui a-t-il dit, si puissant qu'il pourra faire bien et )) mal, selon qu'il trouvera les subjets du roy disposez et dignes de l'un n ou de l'autre. »
Pag. 75!). — Au roi, Madrid, lo avril 1367. Le duc d'Albe part aujourd'hui pour aller prendre congé du roi à Aranjuez. — Ruy Gomez est aussi allé vers le roi avec le prince. — Prochain départ de Vanegas pour Vienne; négociations dont il est chargé :
Sire, Loys Vanègues, grand niareschal des logis du roy calliolic(iue, partira on
poste dans sept on liuict jours vers l'eini)ercnr, pour iraicter certains négoces qu'il est
nécessaire estre traiclez par personnage qui les saehe bien proposer et persuader, et qui soit agréable audiet empereur et à ses plus privez domcslicques, eomme est ce Vanègiies, lequel l'a servi longuement; et lorsque le feu roy, vostre père, m'envoya vers lempcrcur, n'estant que roy de Bohesnie, ledict Vanégucs estoit des plus advancez qu'il eiït près de sa personne. L'occasion de son voyage, à ce que j'ay peu descouvrir, est pour le mariage des deux filles de l'empereur, l'aisnée pour le prince d'Espaigne, et l'autre pour le roy de Portugal; mesme, louchant à ceiluy de Portugal, c'est afin d'y faire condescendre l'empereur et accorder sa volonté avec celle de l'impéralrix sa femme, lesquels sont esté et sont encores un peu différents et divers en cella : car le mari ne vouldroit rien moyns que donner sa fille au roy de Portugal, et l'impéralrix ne désire rien mieux.
La princesse, seur de ce roy, a moyenne que ledict Vanègues soit esté choisi pour faire ceste charge, car il dépend tout d'elle; pareillement y ont aydé Ruy Gomes et Dietristan '. Si est-ce que les Porlugois seroint fort contents que leur roy ne pi-int point femme d'Allemaigne, et moins le voudroit l'empereur, tant pour ce qu'il ne peut, l'année passée, arracher un seul denier d'aide dudict royaume, que pour ce aussi qu'il entend bien ne luy pouvoir venir aucun profit dudict cosié, pour occasion nulle qui se puisse offrir. L'on espère que Vanègues lostera de ceste opinion, cl luy représentera les propos qui en furent dressez et accordez, desjà du vivant de l'empereur Charles, par le mesme Vanègues, qui fut, à cause de ce, envoyé ambassadeur en Portugal, et en raporta obligation pour une partie et l'autre.
Davantage, Vanègues a commission de traicier sur la demeure des petits princes de Bohesme par deçà, car le roy leur oncle désireroit bien qu'ils n'en bougeassent encore d'un temps : toutesfois leur père les demande, nomméenient l'aisné, à l'instance que ceulx du royaume de Bohesme luy en font; et offrira ledict Vanègues à l'empereur toute la correspondance et amitié possible en quelque occasion qui puisse advenir, soit en argent, ou de tout autre secours, mettant à part ces difficultez et cmpeschenients de Flandres, lesquels assoupis une fois, Leurs Majeslez Impériale et Catliolicquc donneront ordre à leurs faicts particuliers, de sorte que l'im ouvrira la bource, et l'aiure fournira les forces. En oultre il arreslcra du temps que se fairont les mariages, en quel lieu cl comment, et de ce qui pourroit succéder de l'enfantement de la royne calholicque au dommage ou préjudice du prince d'Espaigne : car, parce qu'il est un peu désobéissant à son père, l'on veut cependant, au moyen de ceste suspension, attendre si ladicte dame portera fils ou fille et, selon cella, prendre nouvelles délibérations, traces et dessains , à cause du peu de fiance et seureté que ce roy a jusques à présent de
' Le baron .\dam de Dielrichstcin, qui était gouverneur des princes Rodolplie et Ernest, cl ambassadeur de l'cmperour auprès de Philippe II.
la capacité et suffisance du prince son lils, pour le devoir laisser roy et héritier de tant d'Estats. Et là-dessus sont attendants à la mire pour voir ce qui en sortira.
De toutes lesquelles choses Vanègues porte instruction, pour en communicquer et traicter avec l'empereur, afin qu'il n'aye raison de soubsonner que les longueurs sont pour l'abuser et mener par belles parolles
La royne catholieque disant ces jours-icy au duc d'Albe que le roy son mari seroit maintenant hors de soing pour les troubles de Flandres, et luy exent de son voyage, il luy lit responce que, nonobstant cella, les affaires sont en tels termes audict pays qu'il u'y a moins de lieu d'y aller qu'il avoit paravani la reddition de Valentiennes et antres places qui s'estoint rebellées.
Une des raisons qui, selon Forquevaul.v. ont tait temporiser le duc d'Albe, a été de voir si le Turc ferait sortir son armée de mer: maintenant on est informé qu'il ne sortira que trente à quarante galères. — Le prince d'Eboli a dit à Forquevaulx que le roi partira pour Valence ou pour l'Aragon sur la fin de mai ; qu'il emmènera la reine, le prince et les princes de Bohème; qu'il ira tenir les cortès à 3Ionzon. s'il ne peut se dispenser de les réunir là; qu'il s'embarquera pour l'Italie en novembre. — La place d'auditeur de l'armée de Flandre a été donnée au licencié del Rio. « parent » d'anciens marchands espaignols demeurans à Anvers et autres lieux de » Flandres. » — La princesse d'Espagne demeurera régente pendant l'absence du roi et de la reine. — Le duc d'Albe a répondu à Forquevaulx, qui lui disait que le bon état des Pays-Bas à présent le dispenserait d'y aller, « qu'il en est plus de besoin qu'auparavant, afin de redresser si bien » les affaires par delà qu'il n'en puisse mésadvenir jamais plus. »
Pag. 7.j6. — A la reine, Madrid, Id avril 1567. Le roi est parti de Madrid le 19 mars et y est attendu de retour le 19 avril.
.Madame, il sera bon qu'il vous plaise escrire un mot à la tluchesse d'Albe, pour luy recommander la personne et santé de la royne vostre fille et de luy faire faire exercisee, car ces gens-icy ne vouklroint qu'elle fit jamais un pas sinon en litière ou portée sur chère ' , et néantmoins S. iM. vouldroit cheminer modéréement parmi le palais ou au jardin
Je eroy, Madame, avec maints autres, que si le due d'Albe passe en Flandres, il y aura plus de rébellion et de troubles qu'il n'y a encores eu.
' Chère, cliaycre , cliaise, fauteuil.
PHILIPPE II. -lôl
Pag. 760. — Au roi, Madrid, 24 avril 1567.
Le ducq d'Albe, au partir de ce lieu, le quinsicsme de ce mois, fui le soir touvcr ce seigneur roy à Aranchois ', el y demeura tout le mercredi jusques au midi qu'il en deslogea, poursuivant son chemin de Carthagenne; et en ce temps il négocia deux fois longuement avec ceste Majesté de seul à seul.
Pag. 766. — A la reine, même date. Le roi est revenu le 18. — Quelqu'un, qui ne bouge de la chambre de S. M., lui a dit qu'il passera en Flandre par la mer du Ponant, car cette voie est plus aisée, plus courte el moins coûteuse; que la reine fera ses couches en Espagne, et qu'elle ira rejoindre le roi en Flandre en passant par la France.
Pag. 770. — Au roi, Madrid. 7 mai 1567. Le duc d'.Mbe est parti de Carthagène, dans la nuit du dimanche 27 avril, avec vingt galères, quinze compagnies de bisoiçjiies ' et bon nombre de gentilshommes qui l'accompagnent pour leur plaisir. Treize galères avaient pris les devants pour aller charger treize compagnies et des vivres au port de Tortose. Quatre autres galères attendaient encore quatre compagnies et don Frédéric, fils aine du duc. — On continue à dire (jue c'est pour assaillir Genève. — Quant à Alger, Forquevaulx regarde la chose comme impossible. — Le capitaine Robles' est arrivé à Madrid le 29 avril. — « Le roy d'Espaigne » tirera grand profit de la rébellion de ses subjects, car le bien des fugitifs D luy demeure, et s'esbahissent que le prince d'Orange soit du nombre. » Bien y en a qui disent qu'il est seulement allé voir le conte palatin, son » beau-frère, en intention de se trouver au-devant de ce roy, quant il ar- » rivera en ses Pais-Bas. » — Le marquis de Berghes et le seigneur de Montigny « sont mieux veus qu'ils ne souloint. » — Don Hernando Carillo va comme ambassadeur ordinaire en Portugal. — Luis Vanegas cherche un secrétaire espagnol qui sache bien le latin. — « Ces courtz de Castille » sont sur le point de s'achever et l'estoient pièça : mais nouvelles dilïi- » cultez les ont allongées, pour ce que le roy dEspaigne vcult ce qu'il de- » mande et refuse plusieurs requestes que sesdicles courtz luy font. » —
' Aranjuez.
* Voyez la noie '2 de la page 2t«.
» Gaspard de Robles. Voy. la Correspondance de Philippe II sur les af/'itirrs des Pays-Rus, t. I , p. b25.
On règle les comptes des officiers et domestiques de la maison royale : « qui est signe qu il fault voyager. »
Pag. 778. — A la reine, même date. <■<■ On est icy en grande joye de la
» pacification de Flandres Ils espèrent mettre ceste bride aux Flamans
» qu'ils n'auront moyen une aultre fois de faire les fouis. » — Forquevaulx ne croit pas qu'il s'agisse de Gènes ni de Genève; c'est en Flandre que va le duc d'Albo. - « Il m'a esté rapporté que ce roy estoit conseillé de révo- » quer ledict ducq et ne 1 envoyer point aux Pais-Bas, puisque ses affaires » se portent à souhait, ou bien qu'il y aille luy-mesme en personne, car » sa présence remédiera au passé et à l'avenir mieulx que de nul aultre. » — Le prince et toute la famille royale sont en bonne santé.
Pag. 780. — Au roi, Madrid, 21 mai Io67. Le roi est parti le 15 pour' l'Escurial: il reviendra pour la Fête-Dieu.
La princesse et les princes de Bohesnie sont allez passer les festes à Arancliois. La roync est demeurée en ce lieu, le prince et don Johan d'Austrice avec elle; lequel prince est fort resjouy de quoy le roy son père luy a promis de le mener quant et luy en Flandres, et de luy avoir augmenté son estai de 40,000 escus par an, outre 60,000 qu'il en avoit; a ordonné pareillement que les conseils d'Estat et de guerre se tiendront dorénavant en la chambre dudict prince, où don Johan d'Austrice entrera.
Le voyage de Flandres sera par l'Océan L'opinion commune est que l'embarquement se fera en aoust, et que la royne demeurera jusques aprèz ses couches.
Le marquis de Berghes est à l'extrémité par une dissenterie, et a peine s'il en échappe. Il avoit congé de retourner en sa maison : mais c'est trop tard pour le pauvre sieur.
Loys Vanègues partira dans trois jours pour Allemagne.
Le povre marquis de Berghes est trespassé ce matin, lequel, à ce qui m'a esté rapporté, a dici clairement que le roy catholicque est cause de sa mort, pour ce qu'il l'a détenu si longtemps par force, et avec grand détriment de sa réputation, comme s'il fut suspect de sa loyauté. Il fut si marry de quoy ceste Majesté s'en alla d'icy dernièrement sans luy donner son congé, qu'il se coucha au lict, dont il n'est jamais relevé. Et encore que ledict seigneur roy luy ait envoyé le congé deux jours après son parlement, et à M. de Montigny, toutesfois la passion du marquis fut si grande que la licence de s'en aller ne luy a de rien pro6té, ains fit response à celluy qui la luy portoit, que c'estoil trop tard envoyer le remède de son mal '.
' Voy. la Correspondaitce de Philippe II sur les a/faires des Pays-Bas , t. I, pp. 535-337.
Pag. 786. -- A la reine, même date.
Une des principales raisons de ieiivoi de Vanègucs esl pour traielei- d'aucuns grans affaires que l'empereur el le roy ont commencés par lettres de leurs mains. Ils ont choisi ledict Vanègues, pour confident aux deux Majeslez : car il est espaignol , a esté niaistre d'hostel de l'empereur et est réputé si secret qu'il n'éventera rien : ce qu'on ne se promet pas du S' de Chantonay.
Pag. 793. — Mémoire et instruction baillié au S' de l'Jubespine le jeune, allant en Espagne^ le 4 mai ■! H67 . Le but principal de cette mission, fondée en apparence sur « la visitation de LL. MM. CC. et le désir de sçavoir nou- » velles de la santé de la royne », était de pénétrer les desseins du roi d'Espagne en ce qui concernait Tannée du duc d'Albe, le passage du roi par ritalie, son abouchement avec le pape, etc. — Le S' de Forquevaulx pourra remontrer au prince d'Ëboli, « avoir assez entendu de quel zèle et » affection la royne. mère du roy, se descouvrit et laissa entendre au duc » d'Albe, estant à Bayonne, et la bonne et grande volonté qu'elle a tousjours )) démonstré au bien commun de ces deux grands roys, qu'elle tient plus » chers que enfans. oultre le bien qu'elle désire et a tousjours cherché à la » chrestienté. »
Pag. 807. — A la reine, Madrid, 30 mai I 367. Le duc d'Albe est si odieux aux Flamands que le conseil parle de le révocfuer.
Pag. 808. - A la même, même date. Vanegas partira bientôt pour l'Allemagne. « Il a charge de dresser estât et maison à la fille aisnée de lem-
» pcreur, comme à princesse d Espaigne, pour commencer à monstrerquon » la tient par dessà pour telle. » — Ledit V anegas a fait longtemps lollice de maître d'hôtel de l'impératrice. — I^a seconde fille de l'empereur est destinée au roi de Portugal. — Dans ces circonstances Forquevaulx serait assez d'avis que le roi demandât la main de la princesse dona Juana. — Le S"" de Blicquy, un des gentilshommes du feu marquis de Berghcs, s'en retourne en Flandre dans trois jours, lui troisième à cheval, et un mulet portant deux coffres, en l'un desquels sont « quelques besoignés » et en lautre le corps embaumé du marquis, qu'ils emportent en cette sorte secrètement, afin d'éviter la dépense. — Demande d'un pa.sse-port pour que les coffres ne soient pas visités.
Pag^ 816. — Le roi à Forquevaulx, 12 juin 1307. Incertitude où il est toujours de la destination du duc d".\lbe :
jNous sommes encore en grande incertitude de la venue es Pays-Bas du duc d'Albe, que l'on dici devoir demeurer, quelque temps en Italie et cependant advancer les forces qu'il a , lesquelles encores ceux desdicts Pays-Bas ne peuvent croire y devoir passer, pour n'en estre, à ce qu'il leur semble, point de besoing, y estans toutes choses réduictes en la pleine obéissance du roy calliolicque, et que ma cousine la duchesse de Parme y fait ce qu'elle veut. Et de vray, depuis quelques jours, elle y a commencé à faire faire d'assez rudes exécutions : qui fait croire à beaucoup qu'elle attend plus forte espaule que celle qu'elle a au pais, lequel, au moins les principaulx sieurs, la duchesse tient fort esloignez de la connoissance de ce qui vient d'Espaigne, et en apparence leur veult faire croire qu'elle désire, plus que nul d'eux, qu'il n'y vienne autres forces que celles du pais
Pag. 819. — La reine à Forquevaulx, Lihons, 12 juin io67. — «Jusques » icy il y a peu de lumières des desseins du roy catholicque, qui me fait » quasy penser qu'il n'est pas bien résolu de ce qu'il a à faire, n'y ayant » rien, comme il me semble, qui l'appelle trop expressément à sortir de
» là où il est 1' — En réponse à l'idée de Forquevaulx de demander la
princesse de Portugal pour le roi , Catherine de Médicis lui dit : « Le roy » mon fils veut une femme, et non pas une seconde mère, en ayant assez » d'une »
Pag. 823. — A la reine, Madrid, 30 juin 1S67. Discussion entre Philippe Il et le prince son fds ; impuissance de don Carlos :
N'y ayant autre nouvelle que ce qui nous a esté conté par le médecin de la
royne catholicque, qu'il y a eu quelque prinse entre le roy catholicque et le prince son fils, pour les désordres qu'il continue à faire assez mal à propos; et nous a dit que, nonobstant les receptes que ses trois médecins luy ont faict user pour le rendre habille d'espouser femme, c'est temps perdu d'en espérer lignée, car jamais il n'aura enfans, et qu'il lesçait très-bien. Cela s'accorde au dire du prince d'Evoli, qui m'en a quelquefois dit autant... Il ne peut que bien aller pour la couronne de France, s'il succédera mal en la propre maison de l'empereur, car il n'a sceu connoistre son bien, et Dieu a esté de vostre part en cella, pour ce que s'esioit vous allier à un homme mort et à une harpie qui ne peut rien de soy, ains eust consmné les hommes et les finances de vostre royaume, pour se dcfïendre du Turc, ou perpétuer l'empire en sa maison.
Pag. 823. — Mémoire du S'' de Forquevaulx pour le jeune 5' de l'Aubespine, conseiller et secrétaire d'Estat du roy, s'en retournant en France : sans date (30 juin 1567).
L'Aiihespine arriva à Madrid le 21 mai: le roi était à rEscurial: la reine le recul le "23. — Le roi retourna le 4 juin: le lendemain, à einq heures, il donna audience à Forquevaulv et à l'Aubespine: il les fît couvrir. — Le 6 juin ils retournèrent chez la reine. — Le roi s'embarquera à la Corogne pour la Flandre en septembre; le prince d'Espagne et les princes de Bohème iront avec lui en navires séparés, pour le danger qui pourrait survenir. La reine catholique demeurera jusqu'après ses couches; si elle ne va pas retrouver le roi en Flandre, elle aura le gouvernement de l'Espagne; si elle y va, la princesse sera gouvernante. — « Un personnage escript de Flandres » qu'encores que les armes soient appaisées audict pais, que néantmoins les » cœurs des Flamands sont plus vifs et enflez pour résister contre ceste » Majesté qu'ils n'ont esté, s'il leur faict chose contraire à leurs fran- » chises : lequel personnage est de telle considération par delà qu'ils » se gouvernent pour la plupart selon ses advis. » — Remontrances des princes protestants à la duchesse de Parme. — Le duc d'Albe poursuit son voyage, sans mener d'Allemands ni d'Italiens, sauf Chiappin Vitelli, qui le suit sans charge. — Don Frédéric, son fils aîné, ne va point avec lui. Il est délivré de la prison de la Mota; il va servir trois ans de son bannissement à Oran. — Vanegas est parti de Madrid le ."> juin. — II servira, auprès de l'empereur et de l'impératrice, comme conservateur de l'amitié qui est entre eux et le roi catholique, « mesme qu'on lient par deçà ledict empereur » pour prince un peu variable. -)
Touchant aif\ iio|)ces de la tille aisnéc île l'empereur, elles se feront à lîruNolIcs : du(|uel mariage on a esté assez longuement irrésoulu d'une pai't et (l'autre, doubtant l'impuissance dn prince, il est niaintenanl en quelque opinion de demi-homme naturel : car trois ses médecins ont fait ce qu'ils ont peu de le rendre de deux mois en çà habille et puissant d'habiter avec femme, ainsi qu'il en a faict les preuves : à cause de quoy chascuh desdicls médecins en a rapporté mille eseus de rente que ledict prince leur a donné et assigné au denier quatorze; et il est à présent le bon lils : de sorte qu'il a de son père tout ce qu'il veut. Les conseils d'Estat et de guerre se tiennent en sa chambre : il commande absolument en beaucoup de choses, et veut estrc obéi sans réplicque.
Le mariage de la seconde archiduchesse se poursuit vivement pour le roi de Portugal. — Le 17 juin les deux ambassadeurs ont visité le prince d'Eboli. qui leur dit que le vovage de Flandre était résolu.
Pour monsircr qiio le loy catholicque va en Flandres, il y a loul plein déraisons, dont la principale est qu'il a adverti le pape, l'empereur, le roy et poleniats d'iialie de vouloir faire tel voyage ceste présente année de 67, et, s'en estant vanté à tant de princes, il voidilra observer sa parolle; pareillement la sollicitation que lui faict madame de Parme, tous les jours, d'y aller pour son profil, et bicntosl; el pouvons adjouster le bruict tout commun des grands et petits, qui ne parlent guère d'autre chose, el de plus la provision et frèiement des navires en Biscaye, Galice et autres ports d'Espaigne, qu'il n'y a rien qu'on laisse en arrière pour faire penser et croire ledict passage. Aiissy ont donné ordre d'envoyer des commissaires de vivres pour l'embarquement ; et se font quelques compagnies en Guipuscoa et Biscaye, jusques à deux ou trois mil soldats, pour les embarquer, car ils sont bons au navigage et au combat de la mer. Don Diego de
Mandoce ira en Galice pour commissaire général dudict embarquement El
autres conjectures y a dudict passage, qui seroint longues à escripre.
Dans une nouvelle audience 2a juin), Forquevaulx a demandé au roi s il était vrai qu'il fût résolu de passer en Flandre par la mer du Ponant : « il nous a faict response que le passage de sa personne en Flandres est » très-nécessaire pour remédier à beaucoup de désordres qui y sont sur- » venus par aucuns de ses mauvais subjects. dont, par un courrier qu'il » despècliera dans trois jours, il fairoit savoir sa résolution à son ambas- )) sadeur en France, et lui commandera de faire entendre aux dictes n Majeslez. » - Visite à la reine : « le prince y veint, duquel le S'' de l'Au- » bespine print congé, et il nous pria de supplier le roy luy donner passe- » port pour tous ses grans chevaulx, qui sont cinquante pour le moins. La » royne semblablement nous en avoit desjà parlé, et le désire aussy pour » ses courtauls. mullets de collres et de litière et chevaulx de coche. » — Don Juan d Autriche supplie de même d'avoir passe-port pour vingt-deux grands chevaux.
Pag. 846. — Jiis secret au roij, sans date (30 juin 1567). Le prince d'Eboli lui a dit, le 26 juin, que le duc d'Albe est cause du retardement du voyage du roi et du sien propre; qu'il pouvait partir doux mois plus tôt, s'il l'avait voulu: que ses affaires domestiques l'ont fait temporiser. Il a ajouté qu'il n'était pas encore décidé par quelle mer irait le roi.
Le duc d'Albe est fort mal voulu des Pays-Bas : qu'est cause qu'on a esté sur le point de le révocquer, afin d'osier aux Flamands l'occasion de se désespérer, car bons et mauvais le craignent. Toiitesfois il poursuivra son chemin, si sa santé le luy permet, veu
que il estoit malade de fiebvic tierce. El faull que le roy d'Espaigne arrive audict Fandres à inesme temps ou plus tost que le duc : car les Flamands le désirent et demandent, et son conseil en est d'avis, lequel seigneur roy ne veut point la destruction de sesdiets pays ni de son peuple, et sçait bien (pic Flandi-es demeurera désert, s'il n'y va
en personne, car grands et petits fuient aux pajs circumvoisins non subjects
Et me disoit (le prince d'Eboli) ces mots : « Voyez-vous ce prince d'Espaigne? Nous » considérons et prévoyons bien qu'il n'aura jamais enfans, ou ce seroil grand miracle, • pour les défatits secrets qui sont en sa personne, ains que le prince qui naistra de la » royne catholicque ceste fois ou aiUre, sera roy et héritier de tous ces royaulmes, et » que de ladicte dame royne seront procréés une douzaine d'infans et filles, etc. »
Brutalités commises par don Francés de Alava sur son secrétaire, qu'il accuse, pour les colorer, de s'être laissé suborner par la reine mère. (Le roi catholique venait de donner à don Francés une commanderie et le titre d'ambassadeur.;
Pag. 856. — A la reine, 30 juin Io67.
L'on tient le parlement du roy calliolieque loin certain pour ineonlinant après la Saint- Jacques, qui sera le 2o de juillet. 11 a faicl entendre au prince son lils et aux princes
de Boliesmc, le xxvi'' du présent, qu'ils fassent adviser leurs maisons Je ne sçaurois
dire si ce sont finesses caslillannes.
Pag. 863. — Lettres du roi et de la reine mère à Forquevaulx, des 2 et 3 juillet, pour lui expliquer les armements qui se font en France, motivés par la réunion de forces considérables qui va avoir lieu dans le Luxembourg Ils ne veulent pas être à la merci de qui voudrait leur commander, <( puisque les rois de ce royaulme sont en possession de bailler la loi aux » autres » — Don Francés d' Alava, que le roi d'Espagne vient de revêtir du titre de son ambassadeur, a confirmé le voyage de son maître pour le mois de septembre ou d'octobre; la reine restera gouvernante.
Pag. 873. — Au roi. 16 juillet 1367. Ruy Gomcz lui a dit que le roi partira au plus tard dans les premiers jours d'août: qu'il veut aller avec petite cour. — « Quelques ducs et sieurs principaux se sont offerts à S. M. » de l'accompagner : il les a remerciez, et leur a fait response qu'il ne va » en Flandres pour guerre, pour nopees ni pour entreveues, ains seule- » ment pour Iraictcr et négocier de ses particuliers affaires : par quoy il » n'a besoin de suite que la moindre qu'il pourra mener, u II n'avertira les
^244 DÉPÈCHES DES AMBASSADEliRS.
ambassadeurs qu'un jour avant son départ. Cependant ceux de Venise, de Gênes, de Ferrare et d'autres potentats d'Italie ont reçu avis officieusement que, s'ils veulent aller par mer, des navires seront mis à leur disposition. — Celui de l'empereur a été averti le premier, et a envoyé ses tapisseries et meubles à Tolède pour les vendre; déjà les provisions faites pour la maison des princes de Bohème ont été vendues. — Les ambassadeurs d'Angleterre, de Portugal et lui ne sont pas encore avertis. — Don Diego de Mendoza, commissaire général de l'embarquement, est parti pour la Corogne le 9 juillet; le maréchal des logis du roi est parti le 15 pour faire les logis sur la route. La chapelle et l'évêque de Cuenca , confesseur, ont reçu ordre de s'acheminer. « Le prince d'Espaigne faict extrême diligence de » s'apprester pour son voyage, se tenant asseuré de le faire, quoiqu'on ait » voulu dire qu'il ne bougeroit. » — Forquevaulx ajoute : « Ne vouidrois » point m'obliger de la vie que ce roy passe en Flandres, car il peult
» feindre et faire tels semblants qu'il luy plaist, à ses despens »
Pag. 890. — A la reine, 16 juillet lo67.
Je viens d'eslre adverti que S. M. commanda, de sa bouche, hier, au prince son fils qu'il se mette en ordre pour le voyage an plus tost qu'il luy sera possible. Riiy Gomez y va aussi, et sa femme ne l'abandonnera point.
Pag. 900. — Au roi . .. juillet 1567.
La veille de la Magdeleine furent publiés les articjes arrestez on ces cours de Castille, qui sont achevées, et déclaré que ceste Majesté, nonobstant quelque instance et requeste que lesdictes cours lui ayent faicte de non sortir de ce royaume, il est néanmoins résolu de passer en Flandres au premier jour Il y a (luelques jours qu'on
envoya deux charges de vitres pour vitrer le logis du roy catholieque sur le navire.
Des postes sont établies sur la route de la Corogne. La garde espagnole à cheval a reçu l'ordre de se tenir prête pour le 8 août; la garde à pied ira devant.
Pag. 904. — .A la reine, même date.
Louys Vanègues a porté de belles bagues et de beaux présents en don à la lillc aisnée de l'empereur, de la part de ce roy et du prince, mesmement dudict prince, qui luy a envoyé un diamanl à porter an doigt où il est gravé au naturel, estimé valoir 50,000 escus.
Pag. 904. — Au roi. 2 aoiït l'iô?.
Le pnriciiieiu du roy il Espagne s'approche foil; el n'y u nulle eonsidénuion
qu'on luy ait sceu alléguer, que c'est ilesjà bien avant sur l'auiomne, qui l'en puisse deslourner, car il a son l*ierre .Meiendez venu exprès tie la Floride ' pour conduire son navire, qu'ils tiennent icy pour un \epiune en la inei-. L'enihariiuemcnt se dcvoit faire à la Corognc : mais ledict iMclendez l'a fait changer à Sainl-Andrès et Larcde -, pour esire ports plus à propos et dont on peut sortir de tous vents; el a desjà ce roy lait rapporter en son jialais de .Madiid les meubles (pi'il avoit au Parilo; et iront en sa
(•om|)agnie cinquante docteurs el tlx-ologiens pour installer l'inquisition en Flandres;
et ont advis S. M. et les sieurs de son conseil que les confiscations vaudront sommes incroyables : (|ui est cause que maisire et serviteurs y vont plus volontiers
Pag. 911. — Mémoire du roi pour le S'' de Forquevaulx , porté par le S" de Laguian, Ecoiien. 18 juillet 1567. — Envoi des passe-poris demandés par le prince d'Espagne, don Juan d'Autriche et les princes de Bohème.
Pag. 920. — Le roi à Forquevaulx, 31 juillet 1367. Le duc d'Albe est arrivé en Luxembourg sans empêchement, « non quil n'v en ait beau- » coup qui soient en grande crainte : mais on publie partout qu'il n'y aura » pas tant de rigueur comme on avoit voulu faire accroire auparavant. »
Pag. 927. — Forquevaulx au roi , 21 aov'it lb"67. Le 4 est arrivé le S'' de Laguian. — Le 3 Forquevaulx a vu la reine, qui a remis de sa main les passe-ports au prince et à don Juan d'Autriche. — Le 7 audience du roi, qui lui a dit, entre autres : « N'est pas chose arrestée que le duc d'Albe » doive entrer audict Flandres, oii tout est en paix. » — Arrivée à Madrid » de don Garcia de Tolède et d'Andréa Doria. — Le 20 Forquevaulx a vu la reine, pour savoir quelque chose de certain sur le voyage. Le prince d'Espagne y était : ni l'un ni l'autre « n en sçavent rien ny ne sont asseurez » que le roy aille en Flandres, quelque semblant qu'il en face, et me » semble que ledict prince, desjà par deux fois que Je l'ay trouvé avec la » royne, et qu'il s'est parlé entre nous troys dudict voyage, est bien marri » qu'il ne se faict, et ne s'en peult taire. » — Quelques-uns pensent que le roi ira en Aragon, pour faire jurer son fils
' II était arrivé à Madrid le 21 juillet. ' Santander et Laredo.
24(î DÉPÈCHES DES AMBASSADEURS.
Sire, tout homme s"esbahil que le roy calholicque ne déclaire son intention d'aller en Flandres ou de demeurer, et néantmoins que les provisions pour le voyage se continuent La pluspart tient iedict voyage pour rompu. Ces beaux semblans ont esté,
à mon advis, pour favoriser le passage du duc d'Albe, et tenir madame de Parme en bonne espérance que le mesme roy iroit en personne sur les lieux, afin qu'elle ne s'offensât point du pouvoir que ledicl duc porte de lieutenant général, le plus ample qu'il a sceu adviser et vouloir : dont S. A. est desplaisante extrêmement
Pag. 949. — A la reine. 21 août IdôT. Ruy Gomez a perdu ces jours passés une fille d'un an. — Depuis celte perte, ni lui ni sa femme ne logent au palais, mais ils habitent une maison que Gonçalo Perez lui a laissée par testament. — Ruy Gomez n'a pas voulu lui dire s'il est vrai que le voyage de Flandre est rompu, mais il a dit que de s'embarquer en septembre serait naviguer en homme qui se veut perdre et faire perdre les siens, ajoutant que les préparatifs faits ont coûté plusieurs millions d'écus.
Toute ceste cour demeure confuse touchant le voyage de Flandres, veu que les provisions et appareils de toute sorte se continuent : on fait des bandières de damas cramoisi, avec la croix Saint-.\ndré, pour les navires du roy, du prince et des princes de Bohême
Pag. 935. — A la reine, 24 août 13G7. Eloge de la duchesse d'Albe comme camarera maijor de la reine. — Vanegas est arrivé vers l'empereur à Presbourg, en Hongrie, le H juillet. — L'empereur avertit le roi d'une conspiration de quelques princes de la Germanie avec les Flamands et des seigneurs français pour enlever les Pays-Bas au roi. et ruiner la maison d'Autriche en Allemagne.
Ce que j'ay pu apprendre du courrier venu d'Allemagne, c'est que l'empereur se fasche fort de quoy les nopces du prince d'Espaigne et de sa fille aisnée, qui est en son xvn" an, ne se consomment, car il connoit bien qu'on le veut entretenir de parolles :
car, bien que Louys Vanègues ait porté de beaux présents à ladicie princesse, n'a
charge pourtant ni pouvoir de procéder à aucuns actes ny cérémonies requises en mariages de si haults princes, et moins pour l'espouser : dont Iedict empereur n'est pas
content D'aultre part, ce roy attend quel fruict Dieu luy donnera aux prochaines
couches de la royne : car, si c'est un fils, Iedict mariage sera en danger de trayner quelques saisons en fiançailles, à cause qu'il est mal satisfaicl dudict prince, et voit bien qu'il se veut desrober de luy : car il est après pour amasser des escus , et n'a guères
qu'il vouloit que Riiy Goincz lui en feist prester 200,000 sans le sccu de son père : dont il a esté descouvert, et Ruy Goniez bien avant en sa disgrâce; et craint ceste Majesté qu'il s'en aille en Porliiiïal, ou en autre part. A occasion de quoy et d'autres jeiuiesses que son fils faict, il eu seul granl enniiy en son cœur, et y a gens qui pensent que, si n'estoil pour le parler du monde, il le logeroit dans une toui-, afin de le rendre plus obéissant. En outre. Madame, ce roy prévoit que, si une fois lediet prince aura espousé fenune, ee sera estre toutes les beures du jour en querelle poin- de l'argent : d(! façon que, |)oiu- 100,000 escus (pi'il a maintenant par an pour son estât, il en voiddra bien trois fois et quatre autant, et demandera Milan, Nnples ou Flandres pour son entretènemeni, car son père n'est pas d'aage ni de complexion pom- luy céder de longtemps sa couronne. Et si seroit à craindre que lediet prince, selon les diseom-s qu'on faict de ses déportements, ne soit bomme pour remuer un jour (piclque ménage, vcu que c'est un esprit inquiet, bizarre et encore très-mal salisfaict de son père. De toutes ces considérations n'a que faire l'empereur, ains est son désir d'accommoder ses affaires.
Madame de Parme prend asprement et ù merveilleux crcvecœur l'autliorité et
commission que ceste Majesté a donnée au duc d'Albe,el est résolue ne luy souffrir point d'en user si absolument comme son pouvoir porte, ny permettra qu'il loge dans le [)alais. Le duc est délibéré d'endurer tout ce (pi'il plaiia à ladictc dame faire et ordonner, encore que ce soit contre son pouvoir ei aulborité. .le cro\- ([u'ainsy luy soit esté commandé par son instruction.
Pag. 979. — A la reine, Madrid. 12 septembre 1d67. Le roi osl parti le 10 pour le Pardo. lEsciirial cl le Bois de Ségovie. — Tout s'apprête pour les couches de la reine. — Les infantes seront logées au quartier qu'occupait Ruy Goinez sous la salle de la reine car il loge toujours en la ville). La porte qui va au quartier du prince, lequel est joignant à celui de la reine, sera condamnée.
Pag. 980. — A la reine, Madrid, 12 septembre 1567.
Madame, vous pouvez croire qu'il y a une merveilleuse indignation et mauvaise satisfaction entre le roy catbolieque et le prince sou fils; et, si le père le bait, le fils ne fait pas moins : de sorte que, si Dieu n'y remédie, il en pourra survenir im grand malheur. Mais, de tant que lediet fils bait son père, de tant augmente son affection vers la royne sa belle-mère : car c'est à elle qu'il a tout son reeom-s, et Sa Majesté est si sage qu'elle s'y gouverne discrètement, au gré du mari et du beau-fils. .le vous supplie irèsliundiiement que ce propos et autres semblables ne soient point redicts à personne, tout naturels françois qu'ils soient, s'ils sont originaires d'Espagne ou qu'ils y espèrent
d'y avoir digiiitez et bénéfices : car, pour vous en parler franchemcni, Madame, je ne m'y fie point, comme je say que vous faites, ains les estime petits flatereaux et raporteurs.
Pag. 988. — Au roi. 23 septembre 1d67. Le roi catholique est parti le H pour le Bois de Ségovie. — II a fait licencier les navires rassemblés pour le voyage de Flandre et débarquer les provisions. — Avant son départ . le roi (au sujet de son voyage qu'il avait publié partout) a répondu à un certain personnage « avoir esté constraint d'en user ainsy, pour asseurer le passage du duc d'Albe avec les Espaignols, pour raison duquel il a eu à traicter et faire négocier avec France. Savo\ e. Lorraine et Suysses : à persuader tous lesquels de consentir ledict passage et ne lempescher il n"a sceu trouver meilleur expédient que de donner à entendre au pape et autres roys et potentats que les forces qu'il faisoit advancer estoient pour scureté de sa personne. » — Il aurait fait le voyage si le duc d Albe fut arrivé en Flandre au mois de juin. — Haine entre la maison de Parme et le duc. — Le courrier arrivé des Pays-Bas le 1 9 a apporté la nouvelle de l'arrestation des comtes d'Egmont et de Hornes : « ils eussent bien fait d'estre deslogez » de belle heure avec le prince d Orange, car ils estoient icy déférez pour » fauteurs des séditieux et en très-mauvaise considération. » — Le même jour ont été faits prisonniers le S*^ de Slontigny et le comte de Lalaing : mais le dernier a été délivré incontinent: Montigny a été conduit au château de Ségovie. — Ruy Goniez a dit à Forquevaulx que le roi a remis son voyage au printemps.
Pag. 1(02. — A la reine, 23 septembre 1567. « Le prince d'Eboli m'a
)) dit que je laissasse venir les couches et délivrance de la royne
» catholicque : car, selon le fruict que Dieu luy donnera , on prendra
» résolution et parti Ce propos me faict songer s'il vouldroit point
» entendre que, si la royne vostre fille faira un fils, ils ayent icy pensé de » donner au roy la fille aisnée de lempereur. laissant le prince d Espaigne » en blanc, car aussi dit-on qu'il nest pour avoir génération. » — Forquevaulx fait cette remarque, qu'on estime la prise des seigneurs flamands pour un acte fort héroïque; il ajoute : « Voilà la récompense de deux vieil toires acquises à ce roy par la valeur du comte d'Aigmont ! »
Pag. 1008. — Au roi. Madrid, 30 septembre 1567. La duchesse de Parme
a envo\é un sien secrétaire, nommé .Macliiavel, parti de Bruxelles le 12 septcmltre. pour solliciter son rappel '.
A mon advis, ce sera chose aisée qu'on la itiennc au mot : car ils disent icy n'avoM' pins hesoing d'user parollcs donices aux FI;imaiis, comme elle faisoil, ains de la rigueur et de la verge de fer sanglante, à quoy le duc d'Alhe est plus propre, et que les désordres de Flandres sont advenus pour ce que ladietc duchesse vouloit trop supporter les uns et les autres, et leur complaire.
Ce roy ne fut jamais plus joyeux et content qu'il est, ayant sceu la prinse des susdicts sieurs et que la citadelle de Gand a esté rendue.
Pag. 1012. — A la reine, Madrid, 50 septembre 1367. Le roi catholique a été de retour le 26.
Pag. 1020. — Forquevaulx écrit au roi et à la reine le 10 octobre par le S"^ de Laguian , pour leur donner avis de l'accouchement de la reine Elisabeth qui a eu lieu ce jour-là. (Sans autres détails.) — 11 sollicite son rappel.
Pag. 1026. — Au roi, 17 octobre 1567. Le secrétaire Machiavel est retourné aux Pays-Bas le 15 octobre avec une réponse portant que la duchesse veuille rester jusqu'à l'été: excusant ce qui est arrivé; lui remontrant que l'hiver n'est saison propre pour voyager; exprimant des regrets, etc. — Don Juan d'Autriche s'en va général des galères, et aura pour lieutenants don Luis d'Avila et Jean-André Doria -. — Le cardinal de Granvelle ira comme vice-roi à ÎNaples : « c'est pour le divertir de Flandres , où il » désiroit retourner. »
Pag. 1051. — A la reine, 17 octobre. Le roi est aussi joyeux d'avoir celte seconde infante que si ce fût un fils. — Le nom de la nouvelle princesse sera Catherine, en l'honneur de la reine mère.
Touchant les lettres, .Madame, je ne sçauroys dire si S. 31. eu aura encore parlé au roy son mary , ni quelle response luy en sera esté faicte : mais à peine si les sieurs pour qui elles prient sortiront si prompteiuent ne plus tost que les Pays-Bas ne soient réduicts nettement à l'obéissance du roy eatholicque, et qu'il y soit en personne, car ils servent
' Voy. la Correspondance de Pfiilippc II sur les affaires des Pays-Bas, etc., t. 1. p. Îi7l.
' Ceci est rectifié dans une dépêche postérieure, celle du 9 mars 1568. Ce fut le grand commandeur dcCastillc, don Luis de Requcseiis y Çiiùiga, (juc le roi donna pour lieutenant général à don Juan d'Autriclie (voy. p. 251).
comme d'oslages, l)icn quo de loiirs p<'rsonn('> cl hicns, selon le dire ilii inomle,
ne fault craiiulie.
Vandenesse. valet de chambre dirroi, est au fond d'une tour, pour avoir donné avis au comte d'Egmoiit des affaires du roi et parlé contre le duc d'Albe et les Espagnols, ayant dit. entre autres. « que, comme il s'estoit » trouvée une pistolie pour tuer feu M. de Guise, il n'estoit pas impos- » sible qu'il ne s'en trouvast une semblable pour tuer le duc d'Albe. » devant qu'il sorte de Flandres. »
Pag. 1056. — A la reine. Madrid, 19 octobre 1367. Aujourd'hui a eu lieu le baptême de la petite infante. Le parrain était larchiduc Rodolphe, la marraine la princesse sa tante: don Juan d'Autriche la portait. — Le roi est à Aranjuez.
Pag. 1048. — -Au roi, iMadrid, 13 novembre 1567. Le gentilhomme de la comtesse d'Egmont qui partit le 1d est arrivé le 24 octobre. — Le 5 novembre le roi est revenu de l'Escurial.
Pag. 1070. — A la reine. Madrid, 19 novembre. 11 semble quon craigne quelque trouble en Espagne, d'après les mesures qu'on prend : « car on » n'y veult morisques, confessos '^ ni les descendans d'iceulx, et doublent » qu'il y ait gros nombre de huguenots secretz. »
Pag. 1073. — Au roi, Madrid, 50 novembre 1367. Le roi catholique est parti pour i\ranjuez le 29: il reviendra samedi et ira à l'Escurial passer les fêtes de Noèl, selon sa coutume : « mais, quand il s'esloingne ainsi de » la multitude, c'est pour mieulx adviser à ses négoces, car il n'est jamais » moins oisif ni plus attentif à ses affaires qu'estant seul en ses maisons » des champs. »
Pag. 1106. — A la reine, Madrid. 3 décembre 1367. Il a appris que le roi pourra se rendre, vers ces Pâques ^, en Aragon, où il est importuné et supplié, par ce royaume, ainsi que par ceux de Valence et de Catalogne, ilaller tenir cortès. Il s y rendra à l'effet d'en tirer les 600,000 écus ordinaires, de faire reconnaître don Juan d'Autriche pour son vicaire général sur mer, de convoyer les princes de Bohème, qui retourneront dans leur
' Confessas , mot espagnol : juifs convertis.
• Les Espagnols appellent la Noël la Pascua de Navidad.
pays, où ils sont mandés par lenipereur leur pùic, el de faire jurer le prince son fils.
Pag. 1 1 10. — Au roi. Madrid. 20 décembre IdG7. Le roi, revenu dAranjuez. lui a donné audience le 15. — " Le prince est fort marry de voir » que son mariage va en longueur : on attend que Vanègucs en rapporte » la résolution et de plusieurs autres choses. » — Le comte de Lalaing partira dans deux ou trois jours pour aller féliciter le duc de Bavière sur le mariage de son fils avec une fille de la duchesse douairière de Lorraine: le duc d Arschot assistera aux noces de la part du roi.
Pag. 1126. — Au roi. Madrid. 26 décembre 1567. Le roi catholique, qui est à l'Escurial, a mandé don Juan trAutriche, lequel est parti par la poste la veille de Noël, « afin, comme l'on pense, de résouidre avec » luy certaines affaires de son armée de mer. » — Jean-.\ndré Doria aspirait à une commanderie de 6,000 écus qui a été donnée à Luis Vanegas : on lui a offert une commanderie de 5,000 écus qu'avait ce dernier; il l'a refusée, et est fort marri d'être tenu en moindre compte que celui-ci.
Pag. 114a. — Au roi, Madrid, 19 janvier 1368. 11 lui annonce l'arrestation de don Carlos et lui donne des détails sur cet événement.
Nous avons publié sa dépêche dans la première édition de Don darlos et P II i lippe II. l. 11, p. 6.33.
Pag. 11.57. — A la reine, même date. Depuis les Rois on attendait Sa Majesté Catholique de jour à autre. — Il se réfère à sa lettre au roi sur l'arrestation de don Carlos : « qui est une douleur et fortune domesticque » bien pitoyable, puisque c'est entre père et fils. L'occasion ne se peult » encore savoir au vray, car ils ne sont pas six qui la sachent, ny la mesme » royne, (|ui s'en passionne toutesfois et en pleure pour l'amour de tous » deux, veu qu'aussi le prince l'aime merveilleusement. >
Pag. 1165. — A la reine, même date. Celte lettre roule sur l'emprisonnement de don Carlos.
Nous l'avons publiée dans l'édition citée de Don Carlos et Philippe II, t. II. p. 636.
Pag. 1164. — A la reine. Madrid, 22 janvier 1368. Nouveaux détails sur I emprisonnement de don Carlos.
Nous avons aussi donné cette lettre dans le même volume, p. 637.
Pag. 1168. — Au roi, Madrid, a février lo68. Communication, que le prince dEboli lui a faite par ordre du roi, sur les motifs de l'arrestation de don Carlos.
Nous avons encore donné cette lettre dans le même volume, p. 6S8.
Pag. 1176. — A la reine, Madrid. 8 février 1568. Indisposition survenue à la reine, qui est enceinte d'environ le 10 ou le 12 novembre. De Foi.\ ' a voulu réserver pour son roi naturel le secret qu'il porte pour la fortification des places. — Le roi lui a donné congé pour deux ou trois mois. Forquevaulx a pris prétexte d'une invention de lances qu'il a faite luimême et qu'il a chargé de Foix d'aller expliquer à Paris.
Au demeurant, Madame, il sera procédé contre le prince d'Espaigne, par voye de
justice, pour le faire déclarer inhabile à succéder Et, combien (]ue le dommage
dudict prince soit profitable à la royne vostre fille et aux siens, elle néanlmoins est si sage qu'elle n'en monstre aucun semblant de joye, sinon de se conformer à In volonté du roy son seigneur, et jusques à ce qu'il luy a défendu les pleurs, elle n'a cesse de pleurer, deux jours, la disgrâce de son beau-fils. Tout est pour le mieux, etc.
Pag. H 79. ^ A la reine, 5 février 1568.
Madame, le prince d'Evoly, après m'avoir dit, de la part du roy catholicque, ce que j'escrips au roy, il a esté d'avis que je fasse entendre à Vostre Majesté, sans le nommer en sorte que ce soit, que le propos de mariage qui a esté quelquefois mis en termes par vous pour le roy avec la princesse aisnée de Bohcsme, ne pouvoit lors vous estre satisfaict ny respondu , selon vostre désir, par le roy son maistre, s'il n'eust voidu gaster la résolution qu'il avoit prinse d'enserrer le prince son fils : car, s'il s'en fust descouvert par la plus petite conjecture, son desseing seroit sans efïect, et en seroint peu
sortir grandes incommodité/. Et eroy. Madame, que Louys Vanègues avoit clinrge
de dire et de faire trouver bonne à l'empereur la déternn'nalion que ceste .^lajeslé Catholicque avoit prinse de perpétuer son fils en une tour et la lui faire espouser au lieu de ladicte princesse de Bohesme, qui sera bien heureuse d'épouser le roy
(Toute la lettre roule sur le désir du roi d'Espagne de marier le roi de France avec l'archiduchesse Anne.)
Pag. 1183. — La reine à Forquevaulx, 19 janvier 1568. Elle se plaint
' Il est question do cet ingénieur français dans la lettre écrite au roi le 5 février.
PHILIPPE II. ^i53
beaucoup do don Francés d'Alava, qui lui a nian(|ué de respect dans une conversation qu'elle a eue avec lui.
Paij;. I2I(>. — Au roi, Madrid. 18 février iodS. Audience qu'il a eue du roi catholique le 7: il lui rend compte des affaires de Franco. — Un personnage venant de Flandre avec dos lettres secrètes pour .)!onligny a été pris et conduit aux prisons de Madrid le 12 février. — .Montigny est toujours détenu au château de Ségovie assez courtoisement, et Vandenessc fort à l'étroit. — « Le grand commandeur de Castille. qui a été ambassadeur à Rome, a » faict la révérence au roy catholicque le xiii<= du prosonf . accompagné des » grands do costo court, qui l'ont fort honnoré. Puisqu'il est venu, sera » procédé aux promotions de la guerre^ car il est beaucoup estimé de ccste » Majesté, mesmeinent pour le faict de la mer. »
Pag. 1251. — A la reine, même date.
Au demourani, Madame, le prince d'Espaigne est toujours enclos et gardé dans une chambre. Il mange bien peu, et à regret, et dort moins que rien, qui n'est pas pour lui amender son entendement. Il devient maigre et sec à veue d'eii, et les yeux enfoncés en la teste. On luy donne parfois quelques bouillons subslantieux et de gresses de chapon avec de l'ambre et aullros poiddrcs cordiales desirempécs parmy, afin (|u'il ne s'affoiblisse et deschéc du tout. Lcsdicis potages se font secrètement en la chambre de Ruy Gomez, qui loge tout tenant la susdiuie et y entre par la sienne : mais le prince demeure continucllonienl enserré, sans pouvoir sortir ny pouvoir meclre seuloinL'ni la teste à la fenestre. Le roy son père fairn partir au premier jour le conte de Buendia ou autre personnage de qualité pour aller en Portugal se conjoir avec le roy de Portugal de quoy il a maintenant le gouvernement de son royaulme, lequel coule luy déclaircra, conmie aussi à la vieille royne, grand'mère du prince, et au conseil les raisons dudict enserremcnt; laquelle dame royne a naguèrcs escript à ce roy, son beau-fils, iju'elle viendroif volontiers le voir, pour le consoler et servir comme sa propre mère, en la tristesse qu'il porte à cueur dudict prince son fils. J'entends qu'on se passera bien de sa venue et visite. Il m'a pareillement esté dicl que certains députez d'Arragon, Valence et Catalogne doivent arriver, pour savoir l'occasion de ccste prinse et supplier pour sa
liberté, et que ccste Majesté trouve fort mauvaise ceste légation L'on parle (jue le
councslable de Casiille a desgorgé quelques propos sur ladicte prinse, disant qu'il y dcbvoit el doibt estre appelé comme le premier des grands (pii ont jiué le prince pour bci'itier et successeur de ce royaulme
Pag. 1238. — Au roi, .Madrid, 9 mars 15()8. Intention du roi catholique de passer prochainement aux Pays-Bas. Les provisions sont faites.
m DEPECHES DES AMBASSADEURS
i\e le peull enipescher la détention du' prince dEspaignc, quojqu'ii semble que si : car pour luy n'est à craindre que ce royanlme fasse petite ny grande nouveauté durant l'absence du roy pour délivrer le prince son fils, parmi le bon ordre qu'il laissera de le garder; mesme que du costé dudict prince défaillent les choses pour animer les Espaignols à faire désordre ny prendre les armes en sa faveur, ores que il y eust quelqu'un entre les grands seigneurs de Castille qui fût homme tempétueux et ami de sédition. Ce qui n'est point pour ce faici, ains craignent bien fort le règne de ce prince pour son esprit variable et terrible : de sorte qu'il n'y a sieur ni personnage de cpialité qui voulsist avoir hasardé sa vie ni son bien pour luy.
On dit que madame la princesse de Portugal, sœur du roi, va pour régente aux Pays-Bas. - Le duc d'AIbe cherche à fomenter les défiances entre les deux couronnes, afin de perpétuer son autorité et charge aux Pays-Bas; « et ne puis penser l'occasion du malcontentement qije peut » avoir ledict duc d'Alhe depuis un temps en çà, ftiais j'entends qu'il est si » chagrin et impatient qu'il ne se peult souffrir luy-mesme , jusques quasi à » se peller la barbe. » - Il a été abandonné de plus de 2.5"00 Espagnols de ceux qui vinrent d'Italie: il n'en avait plus en tout que 4.600 à la dernière revue.
Le prince s'est trouvé mal quelques jours, sans vouloir manger ni rien prendre, jusques à tant que son père, comme l'on dil, l'est allé visiter un matin, deux heures devant jour. Il se porte bien à présent et a liberté d'ouvrir les fenestres de sa chambre, et de voir la campagne et les passants. Aussi les médecins le voycnt. aucune fois, et son confesseur fort souvent ; cl est devenu plus traitable et patient qu'il n'estoit du commencement de sa détention.
Un gentilhomme du conseil du roi de Portugal, nommé Francisco Dessa, vint, il y a environ quinze jours, pour visiter et consoler le roi catholique; il a fait instance de voir le prince de la part de son souverain et de la reine Catherine : ce qui lui a été refusé. Il est retourné le 3 mars avec une chaîne de 1,000 écus que le roi lui a donnée. — Don Juan d'Autriche partira bientôt pour l'armée: le grand commandeur de Castille est son lieutenant général : don Sancho de Leyva a fait serment sous lui comme capitaine des galères d'Espagne, don Alvaro de Bazan pour celles de Naples, Jean-.\ndré Doria pour les siennes et autres de Gènes.
Pag. lâoO. — A la reine, même date.
il csl (le ci'ste coiirl comme d'un camp plein (rdlVoy (|ui se donne à tontes Jieni'es des iilarmcs pouf néant; et de la moindre cliosc qui se dict ou (|ui peut lombcr en soubçon, soudain Ton eroii (pi'il soil ainsi
Pag. 1258. — Le roi à Forquevaulx , Paiis. i.ï février I,j68. II marque son ôlonneineiil et son chagrin de remprisonisonient de don Carlos; il désire vi^enlcnt en connaître les véritables motifs; il est surpris que l'ambassadeur d'Espagne ne lui ait fait aucune communication à ce sujet:
Monsieur de Forquevaulx, j'ay trouvé le faict que vous m'avez escripl de l'emprisonncment du prince (riîspaisnc aussy esirange que chose que j'aye jamais enlendue, ne pouvant croire (|u"il ait peu tomber en entendement d'homme ce que vous m'avez mandé (pii s'en dicl : qui est cause que je désire eslre esclaircy de la vérité, et cpie je vous l'ais ccste despéche pour vous prier de m'en niandei' incontinent des nouvelles, et à la vérité, s'il est possible; mesmemenl de ce qui aura esté faiel en l'assemblée qui se sera tenue, ainsy que vous m'avez escript. Deux jours après que j'eus heu lesdiclcs nouvelles de vous, l'ambassadeur don Francés d'Alava m'envoya demander audience, laquelle je luy donnay aussylost, estimant qu'il me deiist discourir |)arliculièrement sur ce faict, ainsy que la royne ma sœur nous avoit mandé qu'il en avoit charge de son maisire. Mais icclliiy ne fcist aulcun semblant de nous en parler, jusqucs à ce qu'il cogncnst, par quelques propos que je luy en mis en avant, que j'avois esté adverli dudict faict, tellement (pi'il commença à nous en dire quelque chose: mais ce fut de façon que je cogneus bien tpi'il n'avoit pas grand envie de mordre à la grappe et entrer dedans, car il nous dict seidlcment (pie c'esloint choses entre le père et le fds, Icsipielles ne passeroini oultre, et qui esloint bien aisées à appaiser. Pour mon regard, vous pouvez penser si j'ay eu grand dcsplaisir de ce (]ui en est passé, estant le faict si esirange que je ne puis que plaindre grandement cculx à qui il louche; et seray très-aise quand le tout se pourra accommoder, et que le faict ne sera tel que l'on me l'a mandé, afin qu'il soyl plus facille à rhabiller. Mais il m'a semblé que ledict ambassadeur ne me dcvoit ainsy faire le froid d'une chose qu'il cognoissoit bien que je scavois. J'avois délibéré, s'il m'en eust déclairé plus ouvertement ce qu'il en estoit cl ([u'il m'eust faict cognoislre en avoir charge de sondici maistre, d'envoyer un gcntilhounne vci's le roy mon beau-frère, pour le visiter en ccste afniclion cl la royne madicte sœm- : mais je différeray encorcs à ce faire jusqnes à ce que vous m'en ayez mandé vostre advis et ce qui en aura esté ilepuis : vous priant, à ceste cause, ne faillir, le |)]us tost que vous pourrez, à me despécher un courrier et nous mander bien particidiéremcnt comme le tout sera passé, ne voulant cpie la présente fasse mention d'aullre chose ; estant délibéré de vous faire, incontinent apièz la pri'sente, une despèche de tout ce qui se passe deçà. Priant Dieu, monsieur de Foin-quevaull, etc.
2>i6 DÉPÈCHES DES AMBASSADEURS.
Pag. 1260. - La reine à Forquevaulx, même date. Elle exprime aussi son marrissement de l'affaire de don Carlos et se plaint, comme le roi. de la conduite de l'ambassadeur d'Espagne :
Monsieur de Forquevaulx, je ne vous puis escripre du faici de l'emprisonnement du prince d'Espaigne aultre chose que ce que le roy mon fils vous en mande mainlcnanl, vous asseurant que j'en suis aultant marrie que je sçay que le roy mon beau-fils en sera travaillé et que le faiet est eslrange. Le roy, mondict seigneur et fils, vous mande la façon dont l'ambassadeur don Francés d'Alava nous en est venu parler, de laquelle je ne puis aulcunement me contenter, car il me semble que le roy, mondict beau-fils, son maistre, désire, comme il a lousjours faici, me communicquer privéemenl ses affaires, et me semble que ledict ambassadeur en faict très-mal son devoir : car la royne ma fille mavoit mandé qu'il m'en devoit parler de la part de sondict maistre, et qu'il en estoit chargé bien expressément. Mais, au lieu de ce faire, il nous en a parlé si froidement que j'en suis très-mal satisfaicte, et vous prie le faire entendre à la'dicte royne ma fille, l'asseurant que la façon de laquelle ledict don Francés en a usé a gardé le roy mondict fils d'envoyer un gentilhomme la visiter sur ce faict, et par mcsme moyen luy dire de nos nouvelles. Je vous prie aussy ne faillir à nous en escripre bien particulièrement, et que ce soit si amplement que nous n'ayons à désirer d'en estre esclaircis par aultre voye.
Pag. 1266. — La reine à Forquevaulx, Paris, 25 février 1568.
J'estime que les choses seront maintenant adoucies, encore que le faict soit fort cstrangc. ISéantmoins, ainsi que dit l'ambassadeur, choses qui sont entre le père et le fils sont bien aisées à rhabiller : ce que je désire pour le contentement de mon beau-fils et celui de ma fille, laquelle, je suis asseurée, en porte un extrême ennuy, tant à cause du roy son mary que pour le regard dudict prince, qui a tousjours faict cognoisire luy porter bonne volonté.
Pag. 1269. — Au roi, Madrid, 26 mars 1S68. Le roi catholique est revenu le 20; Forquevaulx a eu audience le 23. — On dit que les retires au service des huguenots de France ont juré d aller délivrer le comte dEgmont, oncle de Casimir.
Au regard du prince d'Espaigne, il est comme auparavant, m'estant fort difficile de sçavoir ce qu'il faict ; car si hardi (s/c) et sur la vie homme qui cnire dans sa cbambrc de rapporter ce qu'il faict; et dict la mcsme royne n'en peult sçavoir sinon autant que le roy son mary luy en veidt dire. II est néantmoins vray qu'il faict tousjours léans
PHILIPPE II. 2d7
quelque folie; cl entre autres il tenoit, n'a guères de temps, en sa bouehe un de ses anneaux où est eneliàssé un gros diamant en table, et sans y penser l'engloutit eomme une pillule; et a esté bon nombre de jours à le ehercber et songer ce qu'il en pouvoii avoir faiet. Finallement on jugea qu'il le debvoit avoir avallé : ce qui s'est trouvé véiitable, et l'a rendu, à force de médecines, le xvu' jour après. Il faiet assez de semblables tours; et quoyque le bruict ayc couru que son père lavoit visité un malin, j'ay sceu depuis le contraire et qu'il ne passa point oultre la chambre du prince d'Eboli, car de là en hors il pouvoit clairement entendre cl crois que voir aussi ledicl prince par une séparation de bois qui est entre deux. Il se porte bien de sa santé, encore qu'il a la eoideur jaune, mais très-malade de conientenicnl et dcsconfié de liberté, sans qu'il se puisse tenir de faire lousjonrs et de dire des folies et de mal parler du roy son père : lesquelles choses l'accusent destre quasi fou du tout. El si ce roy passe en Flandres, je le vois conliné en la tour d'Arevalos, comme la royne donne Joane ' le fut pour semblable Innncur; el la diversité et ré|)Ugnance du naturel et complexion du roy son père est si grande, et leurs volonté/, et inclinations si différenles, qu'il laudroit miraculeusement que l'un d'iceulx devint tout un autre avant d'esjjércr que le fils sorte de prison tant que le père vivra. Si est-ce que la prière de l'Eglise, en laquelle prière il est comprins, continue, comme elle souloil, de se dire par ces propres molz : Et faiiiulos Itios pnpcuii,
Pliilippuni rer/eni nostmm, reginam et principem noslrum cum proie rerjia Le
roy a fait deffendrc à tous prescheurs de ne nommer aucunement ledict prince ny en faire mention en leurs publications. Et ainsy s'en va esirc mis en oubli , qu'il ne s'en parle quasi plus, comme s'il nestoil jamais nay
Pag. 1280. — La reine à Foiquevaulx, I""" mars 1568. Ils envoient à Madrid le S"^ de Montmorin , sous prëlexle de visiter la reine pour sa dernière maladie et le roi sur le fait de don Carlos, mais en réalité pour le mariage du roi (Charles IX} avec Tune des filles de l'empereur.
Pag. 1282. — Au roi, Madrid. 6 avril 1568. Le S- de Montmorin est arrivé le 27 mars. Le 28 il a eu audience de la reine. — Le 29 le roi est allé au.\ champs; il a reçu Montmorin le 2 avril. Il n'est pas pour la paix avec les huguenots. — « Le prince d'Espaigne va en empirant pour sa dé- » livrance : car le roy son père est après pour casser et rompre à plat toute » sa maison, parce que le pauvre jeune homme devient plus insensé de » jour en jour. »
' Forquevaul.x confond ici la reine Jeanne, nicrc de Cliarles-Quint. qui vécut pendant près d'un demi-.<!ièelc et mourut au eliàleau de Tordcsillas, avec la reine Isabelle, mère d'Isabelle la Catholique, qui, pour cause de démence, fut confinée à Arevalo, où elle mourut en 1490.
Pag. 1291. — La reine à Forquevaulx, 24 mars 1568. « Je plains Pin-
» foi'tiine du prince et regrette avecques celle du père, estant leur
)' faicl aujourd'huy en la bouche de toute la chrcstiennetë. »
Pag. 1300. — A la reine, Madrid, 17 avril 1368 « Le courrier qui
» partist d'icy en janvier pour advertir l'empereur de l'enserrement du » prince d'Espaigne est de retour depuis le 11 avril, et a dict que ladicte » nouvelle a esté fort aigre à l'ompereur. à l'impératrice et à tous les autres n de leur cour »
Pag. 1310. — Au roi, Madrid, 8 mai iS68. Longs détails sur don Carlos, qui, s'étant amendé, se confesse et, après quelque opposition de la part du roi, est admis à communier '.
Sire, j'ay sceu de bons lieux que l'enipereur et l'impératrix ont seiity fort aigrcmenl la captivité du prince , et de tant plus parce que le roy sbn père ne leur a escript la cause pour quoy, sinon simplement ces parolles : que c'est pour bonnes et justes occasions dont il les adviscra quelque jour. A cella Icsdictes .Alajestez ont respondu, entre autres choses, qu'ils espèrent qu'après qu'il aura tenu un peu sondict fils reclus, qu'il le délivrera, et ceste pénitence tiendra lieu de correction et saiisfaciion. Par lesquelles l'empereur donne à cognoistre qu'il ne sçait ou ne veult sçavoir la vrayc cause dudici cnserrement, qui est pour la notoire incapacité et faulle de sens dudict povre jeune prince
L empereur redemande avec instance ses fils. — Il n'enverra personne pour solliciter Télargissement du prince, comme le bruit en courait. — « Quant à la rigueur que ceste Majesté a mandé procéder contre les Fla- » mans, on sçait clairement que I empereur luy a escrit plusieurs fois en
» luy recommandant la clémence » — Don Juan d'Autriche partira
dans trois jours pour aller prendre le commandement de la flotte rassemblée à Carthagène, oii 1 attend le grand commandeur. — La reine a dit à Forquevaulx que le roi était fort content des dernières dépêches de Flandre, et de ce que le duc d Albe a fait exécuter par justice de 400 à 500 rebelles, sans qu'il y ait eu altération quelconque.
Pag. 1553 — A la reine, même date. Quand le grand commandeur, qui est à Carthagène , partit d'ici avant Pâques , on disait qu'il allait en Italie.
' Nous avons donné toute celte partie de la dépêche du 8 mai dans Don Carlos ri PUilippr II , {" édilion, t. II, pp. b93-b9-i.
PHILIPPE H. 2o9
C'est ainsi, iMailanio, (fue ce roy tient ses entreprinses secrètes; lequel contoit, n'a pas quatre jours, à la royne qu'on pouvoit assez deviner qu'il n'iroit pas en Flandres ces deux années passées, puisqu'il en faisoit si ostentations et semblants : car il faict profession de remédier à ses affaires sans mener grand bruit ny s'en vanter avant le coup , estant d'opinion que les grands princes qui disent ouvertement qu'ils l'airont (pielque chose concernant leur service, (|ue c'est en intention de ne la faire |)oint, car aussi seroit grand miracle qu'elle eust bon succèz. Il disoit cecy sur le propos du ehasiimcnl (ju'il a donné à ses rebelles de Flandres, sans qu'il se soii vanté (|ue le due d'Albc y allast pour telle lin : car, s'il l'cust faict, il n'en seroit venu à bout si facillcment.
Pag. 1354. — A la reine. Madrid, 21 mai la()8. Il écrit que don Juan « est un fort gentil jeune prince, qui no peust faillir de réussir grand. ') puisque ceste Majesté commence de l'advancer. » — Plus loin : « Estant » l'opinion d'aucuns que ce don Johan pourra succéder en la charge des » Pavs-Bas. car le duc d'Albe demande instamment son congé, pour ce » que l'air de delà hiy oste la vie. » — Le roi a fait Luis Quijada président du conseil des Indes. — Forqucvaul\ donne comme une nouvelle qu'on fait courir, mais à laquelle il ne croit pas, « que le prince d'Espaigne » sera délivré, moyennant qu'il se contente d'espouser la princesse sa » (ante, pour avec ce mojen satisfaire au serment des Espaignols. qui » l'ont juré héritier et successeur de ce royaume »
Pag. 1362. — Au roi, Madrid, 25 juin 1568. Le roi est à l'Escurial depuis le 19. — Le courrier qui a apporté la nouvelle de la défaite du comte d'Arenberg et de l'exécution des comtes d'Egmont et de Hornes y est allé — On dit publiquement que M. de Montigny sera mené en ce lieu (Madrid), pour lui faire prendre la fin du comte de Hornes, son frère : quant à Vandenesse. on dit qu'il s'est tué dans sa prison.
Pag. 1383. — Au roi. Madrid, 21 juillet Id(j8. Le roi catholique a été de retour de I Escurial le ^3 avec un peu de goutte. — Forquevaulx n'a pu avoir audience. — Etat désespéré de don Carlos. (Nous avons donné cette partie de la dépêche dans Don Carlos el Philippe II. l""" édition, t. 11. p. 697.}
Pag. 1592. — A la reine, même date. Quoique la goutte fasse peu souffrir le roi. il demeure tout le jour assis dans un fauteuil et ne se laisse voir à aucun ambassadeur. Il est fort triste, mélancolique et tout chagrin.
Pag. loO-o. — A la reine, même date. Il l'entretient d'une indisposition survenue à la reine Elisabeth :
Ladicto dame royne est sujette aux évanouissements, lesquels lui viennent au commeneeinent avec une tristesse qui la constraint de pleurer sans savoir pourquoy, et cella iuy est advenu quelquefois : qui est grand signe qu'elle est enceinte d'un fds, selon le dire des femmes qui s'y entendent, car en ses autres groisses elle ne faisoit pas ainsi. S. M. ne sçait respondre de quel temps elle l'est, encore qu'on pense bien ()ue c'est pour le nioings du sixiesme de niay en çà.
L'apothicaire de la reine fera un discours de l'état où elle se trouve, les médecins du roi et les siens étant morts, ou ceulx qui restent ne valant guère. — Forquevaulx lui a demandé si elle voudrait qu il en vint un de France; elle s'y est refusée. La duchesse d'Albe en fait venir d'Albc un qui se nomme Juan Maldonado et qu'on dit fort suffisant. — Dans la matinée la reine a mandé à Forquevaulx de retenir son courrier, parce qu'elle a la migraine et ne peut écrire : « je m'asseure que ce commandement vient » du roy son mary, qui ne veut pas que la nouvelle coure du pouvre estât )) où le prince son fils est, lequel s'en va mourant, et ne sçauroit estre en » vie d'icy à trois jours. »
Pag. 1398. — Au roi, Madrid, 26 juillet 1568. Il lui annonce la mort de don Carlos.
i\ous avons donné cette dépêche dans Don Carlos et Philippe 11. p 698.
Pag. HOO. — A la reine, même date. Sur la maladie, la mort et l'enterrement de don Carlos. (V oir Don Carlos et Philippe //^ p. 69<S.)
Pag. iiOo. — A la reine, Madrid, d'^'^ août 1.568. Le roi sest retiré au monastère de Saint-Jérôme quelques jours après le trépas de son fils, où personne ne le va visiter. — « Icy usent autant de cérémonies pour le deuil » (du prince) comme s'il fust esté roy. Ouy, .Madame, que les habitants •) de ceste ville, que je ne die ceulx de la court, sont constraints, hommes » et femmes, de porter le noir durant les neuf jours; et toute la cour et <) les officiers porteront ledict deuil tout un an. » — La reine vomit quél- (|uefois. — Le roi a mandé don Juan, « qui n'a pas perdu un petit ennemy. )- quand ledict prince est mort, pour ce qu'il avoit descouvert tous ses des- » sains. »
Pag. Hi9. — Au roi, Madrid, 10 septembre 1568.
Les grands de Casiille ;iiriveiii les uns après les autres, pour venir donner au roy leur soigneur le pesante ' qu'ils disent icy, et se eondoloir de la mort du feu prince. Le roy de Portugal envoyé don Louys de Lenclastre, frère du duc d" Avère et pelit-fils du roy don Jelian le second, pour faire semblable visite; et de la part de ce roy, ira le duc de Fériés vers le roy et royne tle Portugal.
Pag. 1 152. — \ ia reine, même date. Il n'est pas douteux que la reine catholique ne soit enceinte depuis le mois de mai. Au commencement d'aotit elle eut un évanouissement qui dura une heure, et les médecins la trouvèrent deux fois sans pouls; et bientôt après elle en eut un autre d'une heure et demie, avec suffocation à la gorge. Elle est bien maintenant. — Mécontentement du roi, de la princesse et de la duchesse d.Albe au sujet du courrier qui a été arrêté et détroussé en France.
Pag lioi-. — .\ la même, même date.
.fay sceu que rarcbiduc (lliarlesdevoit venir, principallement en intention de procurer et moyenncr la délivrance tlu prince, ou bien les nopccs, et déclaircr au roy eatliolicque (|ue ledict seigneur empereur et impérairix ne vouloini entendre à nul autre parti sinon diidict prince, encore que l'infante Anne, leur fille, le deùl acconipaigncr tonte sa vie
en prison Ledict arcliidiic devoit partir de Viemie le (juatre de ce moys, n'y
estant encore arrive la nouvelle du trespas du prince le douziesme d'aoust : on double à présent s'il viendra
Pag. li.56. — .\ la reine. Madrid, io septembre lo68. Il a vu. le 12. Ruy Gomez. qui revenait d'auprès du roi catholique, lequel il avait laissé m»lade de la goutte au gros orteil du pied droit, et lui a témoigné son étonnement de ce qu'après avoir fait attendre si longtemps la réponse de l'empereur sur I ouverture de mariage faite par le roi de France, on n'a rien répondu, sinon que l'archiduc Charles viendrait sous peu en Espagne bien instruit et résolu.
Il m'a l'aict response qu'il est vray que son maislre n'a eu autre résolution (|iie la susdicte, ny sur l'enqjrisonnement du prince son fils, et que le roy son maistre n'est pas content qu'ayant escrit clairement à l'empereur sa détermination touchant le prince son (ils, lors vivant, sçavoir : qu'il ne sortiroit de jirison ny espouscroit sa fille, ains le eonseilloit de la donner au roy, (|ue néantmoins ledict S' empereur n'ait respondu aux-
' Pesame , mol espagnol : compliment de condoléance.
2(i2 DÉPÊCHES DES AMBASSADEURS.
dicts deux points, sinon ce i|ue je viens de dire, qu'il envoyeroit l'arehiduc avec sa résolution sur le tout. Et m'a dit iccelluy Ruy Goniès que Louys Vanègues luy a escripi qu'il se disoit publicquenient à Vienne que Icdict archiduc devoit venir pour nioyenner la délivrance du prince d'Espaigne et les nopces avec madame l'infante Anne, fut libre ou captif.
Kuy Gomez ne croit pas que maintenant l'archiduc vienne, « car de venir » pour se condouloir du trespas. sans autre principalle fin, n'est pas occa- » sion digne d'un frère de l'empereur. » — Ce ministre a assuré Forquevaulx que le roi catholique désire le mariage du roi avec la princesse Anne autant que la reine mère elle-même, et qu'il le tient pour fait, et que. quant à lui, il s y emploiera avec zèle.
Pag. 1439. — A la reine, Madrid, 24 septembre 1S68. La reine catholique a eu, ces jours derniers, des vomissements avec des tranchées, qui ont fait craindre une fausse couche : mais cela a passé, et elle s'est levée, bien guérie, le 21, pour recevoir le roi, revenant ledit jour de lEscurial. — Depuis la mort du prince, ni les ambassadeurs ordinaires ni les conseils, ni même don Luis de Lancastre, envoyé du roi de Portugal, n'ont encore été reçus par le roi.
Pag. H6Ô. — La reine à Forquevaulx, Saiiit-Maur-les-Fossés, 8 septembre I.j68. Depuis dix ou douze jours le prince de Condé et l'amiral, qui s étaient retirés vers la Bourgogne, sous le faux prétexte quon avait commandé de se saisir de leurs personnes, ont repris les armes et se sont acheminés, avec ce qu'ils ont pu assembler de forces, du côté de la Rochelle et du Poitou. Le roi et elle se sont alors déterminés à réunir des troupes pour les aller combattre et ruiner — Lorsqu'on a su le meurtre des deux courriers qui venaient d'Espagne, on s'est donné toute la peine possible pour retrouver les paquets dont ils étaient porteurs : on n'a pu découvrir ceux qui s adressaient à la cour de France, mais, dans les haies et buissons, à l'écartdu grand chemin où les courriers ont été assaillis, on en a recueilli plusieurs, les uns ouverts, les autres non. Ceux qui s adressaient à don Francés d'Alava étaient tout ouverts. La reine les fit recacheter, sans les avoir voulu lire, et les envoya à cet ambassadeur, qui les refusa par (rois fois avec hauteur. Elle les fit remettre alors, par le baron de Ferrais, au duc d'Albe. lequel loua beaucoup la conduite de don Francés, disant quil aurait agi de même à sa place. — La reine charge Forquevaulx de rap-
porter li'S choses, telles quelles se sont passées, à la reine sa fille et au prince d'Eboli. afin de prévenir les rapports passionnés et inexacts de don Francés d'Alava.
Pag. 1170. — A la reine, sans date. Madrid, 3 octobre 1568. H lui fait une relation des derniers moments et de la mort de la reine Elisabeth.
Cette dépêche a été publiée par le marquis du Prat. Histoire d'Elisabeth de r (dois, Paris. ISafl, in-8", pp. 561-363.
Dans Les Bibliothèques de Madrid et de rEsciirial. pp. 116-117, nous avons donné deux dépèches du nonce, l'archevêque de Rossano. sur le même événement.
Pag. Ii76. — A la reine. Madrid, 3 octobre 1368 Le S"^ de Lignerolles est arrivé à Madrid le 30 septembre. L indisposition de la reine n'a pas |)erinis (pielle lui donnât audience ni qu'il en sollicitât une du roi : Forquevaul.x tâchera d'en obtenir une secrète à I Ëscurial. — Il supplie instamment la reine de le remplacer dans son ambassade, où il se verrait dorénavant avec un si extrême regret qu'il lui serait impossible d'y demeurer (lavaiilage.
DEIXIÈMF. VOLl.ME.
Pag. 3. — Au roi, Madrid, 13 octobre lo68. La perte de la reine est encore si fraîche qu'on ne peut traiter d'autres afiFaires que du deuil et des honneurs funèbres. — Le roi catholique a fait faire des remontrances au pape touchant la bulle in Coena Domini, qu'il trouve extrêmement préjucliciablo aux droits et privilèges de sa couronne; il est très-mécontent aussi de l'usage prescrit de nouveaux bréviaires et livres de chœur.
Pag. i. — A la reine, même date. Perte irréparable faite dans la personne de la reine: regrets qu'elle excite. — M. de Lignerolles, envoyé par la reine, a complètement justifié ses actions auprès du roi. du cardinal d Espinosa , du prince d'Eboli et de lévêque de Cuenca.
Pag. 6. — Mémoire à M. de Lignerolles, retournant en France. Le S"^ de Lignerolles arriva à Madrid le .50 septembre; il ne put avoir audience promptement, parce que le roi était au Pardo. - Le i*"^ et le 2 octobre la reine sentit des douleurs avec vomissements, qui continuèrent, accompagnées de faiblesses de cœur, jusqu'au dimanche 3. Forquevaulx et Ligne-
rolles, avertis par don Juan Manriquc, se rendirent au palais. La reine les reconnut; elle commanda à l'ambassadeur d'écrire à la reine sa mère et au roi son frère les propos contenus en un mémoire qui est à part '. et de supplier sa mère d'avoir soin de ses dames françaises. La reine « accoucha » mal » entre dix et onze heures du matin et mourut vers midi. — Son corps fut porté, le lundi i, par les grands d'Espagne, en l'église des Descalzas, monastère fondé par la princesse doiia Juana, où le service fut fait et le corps déposé. Les princes de Bohême, le cardinal d'Espinosa, le nonce, les ambassadeurs de l'empereur, de France, de Portugal et de Venise assistèrent à cette cérémonie avec les grands. — Les honneurs (obsèques) se feront le 18, avec le plus grand appareil; l'évêque de Cuenca, confesseur du roi, prononcera l'oraison funèbre. — Le soir de la mort de la reine, le roi se retira au monastère de Saint-Jérôme, emmenant, avec lui don Juan d'Autriche, Ruy Gomez et le prieur don Antonio. << Il se trouve matin et soir à <i lodice et service qui se faict par les religieux et ne bouge guère de tout « le jour de la tribune, qui est haulte; et n'y a homme qui négocie avec u S. M., ni qui le voye; et demeurera tout cedict mois ainsin reclus. » - Le i le deuil a été crié par tout Madrid, et le o il a été défendu de porter de la soie. — Le huitième jour Forquevaulx est allé trouver Ruy Gomez à l'Escurial: il lui a demandé, entre autres choses, si l'archiduc Charles viendrait ou non. Ruy Gomez a répondu qu'il ne devait point venir, car l'empereur, ayant su la mort du prince d'Espagne, avait changé d'avis.
Le bruit est commun, en ceste court, que la fille aisnée tludict empereur, hiquellc ceste Majesté iraictoit au roy très-chreslien, sera pour luy, puisqu'il est veuf.
Ledict Ruy Gomcs s'est laissé entendre, par le cours de ses parolles, que les grands de Caslille viendront vers ce roy luy remonstrer beaucoup de choses, et les principalles de le supplier de se remarier et adviser, ])ar les meilleurs moyens qu'il sera possible, à confirmer derechef l'alliance et l'aniitié entre les deux royaumes, et afin aussy de leur donner un prince, signifiant ledict I\uy Gomès qu'il pourroit espouscr l'infanle Anne, à la requeste d'iceulx grands
Le secrétaire Çayes a dict au mcsme ambassadeur que le roy son maislre ne sçauroil ny pourroit refuser à ses subjects d'Espaigne qu'il ne se remarie, car ils veulent un fils; et veu (|ue l'infante, aisnée fille dudicl S' empereur, luy convient mieulx d'eagc que
' Il n'est pas dans k- rogisiro.
nulle priiice,-:se chiisticnnc-, il liini que cf nuiiiago se faiiii... La iliicliesse (JAIbr cnioie, le iroizifsnic de ce mois, ii dit le seiiiliiable aiidict amliassadciir
Le 10 octobre, à sept heures du soir. Forquevaulx et Lignerolles ont été reçus par le roi. Lignerolles rendra compte à LL. MM. TT. CC. de ce qui s'est passé dans cette audience. — La reine n'a pas laissé d'autre testament que celui quelle fit, avant ses premières couches, au Bois de Ségovie; mais elle y a ajouté des codicilles.
Pag. 21. — La reine à Forquevaulx, Paris, 50 septembre 1368. Mariage du roi son fils avec larchiduchesse Anne: démarches faites à Vienne.
\ ous asseurercz le roy catholieque que la démonstration, que son ambassadeur a faicie, de la bonne volonté quil a d'assister le roy, mon seigneur et fils, de tous ses moyens luy a esté très-agréable; et est plus que nécessaire quil y ait bonne intelligence entre leurs ministres et serviteurs, mesmes entre mon cousin le duc dAlbe et mes cousins le due d'Aumalle, qui est en Champaignc et Bourgoigne, et le S' mareschal de Cessé, qui est en Picardie, afin que, si le prince d'Orange (qui se montre estre fort irrésollu du chemin qu'il veult prendre) vouloit entrer en ce royaulmc, les forces des uns et des autres eussent si bonne intelligence ensamble qu'icelluy prince d'Orange soit combattu
et empescbé en Tevécution de ses enireprinses Se connoissant assez que de la
prospérité de noz affaires dépend le bien et repos des leurs, comme, au réciprocque, si le duc d'Albe réussit en ses affaires, il nous sera trop plus facille de chasiier nos rebelles et désobéissants.
Pag. 23. — Au roi. Madrid. 29 octobre 1368. Le 18 à vêpres et le 19 à la messe ont été célébrées les obsèques de la reine; le nonce a fait l'office, et l'évéque de Cuenca le sermon. Les princes de Bohême, le cardinal, les ambassadeurs de France. Portugal et \ enise y ont assisté avec les grands et tous les conseils et gens d'Etat. — Le roi revint en son palais le 21, à huit heures du soir. — Le 24 et le 23 les habitants de .Madrid ont aussi fait célébrer des obsèques pour la reine, et toutes les villes du royaume en font autant : « car ladicte royne estoit aymce universellement de touts les Es- » paignols. et la regrettent à merveille, hommes et femmes. » — Forquevaulx na pu encore rien savoir du testament de la reine: il n'y a que le roi. le cardinal et Ruy Gomez qui en connaissent le contenu. — Le roi n'a jusquici voulu écouter nul des ambassadeurs, excepté Forquevaulx, qu'il a reçu le soir à sept heures.
Le 17 le roy a fait une despêchc à l'empereur, le priant de surseoir et ne se hasler point de consentir à ses subjects qu'ils puissent recevoir la confession auguslane, comme lediet seigneur empereur a escrit au pape en estre pressé extrêmement et ne leur pouvoir bonnement refuser, sans voir advenir tout plein d'inconvénients : laquelle manière de protestation a esté trouvée fort estrange par Sa Sainteté, et si aigre et desplaisante à cestc Majesté, qu'il a eu à dire que la perte de femme et de fils ne luy ont point donné de si grande tristesse, car il prévoit, par ladicte permission, que l'empereur s'en va le grand chemin des princes protestants, ce qui pourra causer la ruine de la religion catbolicque et romaine. Et là-dessus ccste Majesté luy faict une longue lettre ' remplie de saincles et bonnes remonstrances; entre autres , qu'il advise bien ce qu'il faira : car, attendu qu'il n'a sinon filles, et que son désir est que les princes de Bolicsnic succèdent à ses Estats, il ne pourra cstrc obéy des grands d'Espaigne en nulle sorte, s'il vient à mourir, ny vouidroint accepter les enfans dudict empereur, si leur père sera suspect en la religion : ce qu'il a commencé d'estre parniy ces seigneurs espaignols, plus a de deux ans , comme j'ay quelquefois cscript à Vostre Majesté.
Le roi n'est pas content d'une lettre assez aigre que l'enipereui- a écrite au duc d'y^lbe, pour l'engager à procéder avec douceur envers les sujets des Pays-Bas, ni des instances de ce monarque pour que les biens du comte d'Egmont soient rendus à ses enfants.
Pag. 52. — A la reine, même date. Conversation qu'il a eue avec Ruy Gomez au sujet du mariage des archiduchesses filles de l'empereur et de madame Marguerite, sœur du roi très-chrétien.
J'ay sccu que ce cardinal (d'Espinosa) disoit, ces jours passés, à un des seigneurs du conseil royal que, depuis le trespas de la feue royne, homme qui soit n'avoit ozé parler à Sa Majesté de reprendre femme. Il est vray qu'un nombre de seigneurs s'estoiut adventurés de le luy remonsircr par cscript : ce (ju'ils avoint faict en termes géncraulx , désirant que l'Espaigne ait un prince espaignol, et ne tomber jamais j)lus en mains d'estranger. Et il leur avoit respondu de mesme, par cscript, (ju'il faira ce qui tournera à l'honneur de Dieu et profit de son royaulme.
Pag. 35". — A la reine, même date. « Madame, un seul ambassadeur ne » se peut vanter, ny autre seigneur, excepté les plus privés ministres du » roy d'Espaigne, d'avoir eu accèz à luy, depuis le trespas de la feue
' Nous avons public cette lettre, datée, coninic le dit Forqucvaulx, du 17 octobre 1568, ainsi ([u'uiic seconde lettre écrite sur le même sujet par Philippe à Maximilien, dans les Bullcliiis de l'Académie , d" série, t. XII, part. I, pp. l'iO et suiv.
» royno. sinon M. de Lignorolles et nio) . qui fusmes voir S. M. de nuict. »
— Joie que lénioigne le roi de la résolution prise par LL. MM. TT. CC. contre leurs rebelles ; offre d'employer et sa personne et sa puissance à les aider et secourir; ordres exprès et réitérés qu'il a donnés au duc d'Albe ' de correspondre avec le duc d Aumale et le maréchal de Cossé, de la manière quelles le demandent; protestation « que de sa vie il ne fut plus » affectionné fils de la reine qu'il est à présent et sera tant qu'il vivra. » — Il est parti le "28 du Pardo pour l'Escurial , où il passera la Toussaint. — « Le cardinal Espinose. qu'on appelle maintenant cardinal de Ciguence ', » receusl le chapeau, en l'église de S'-Hiéronyme. le vint-huicliesme de ce » mois, où les princes de Bohesme raccompagnèrent, et les ambassadeurs » et grands d Espaigne. avec toute la pompe dont on s'est peu adviser en » ce dueil. » — Le duc de Feria est attendu de Portugal:, on dit qu'il a réconcilié la reine et le cardinal, qui n'étaient pas bien ensemble ^
Pag. 40. — A la reine, Madrid, 30 octobre 1d68. Il se justifie au sujet d'un bruit, venu à ses oreilles, que la reine se plaignait de ne recevoir jamais de nouvelles de lui. Il récapitule les dépêches qu'il a envoyées dans les trois derniers mois et ajoute : << Quant à moy, j'escrips volontiers et » diligemment à \ os Majestez ce qui me semble toucher vostre service, ne » voulant point en user comme d'autres, qui escrivent à leurs maistres tout
» ce qui se dit aux cabarets et parmy les rues » — La feue reine, par
deux lettres écrites quelques jours avant sa mort, avait prié la reine sa mère de continuer Forquevaulx en l'ambassade de Madrid : apprenant que cela la fait soupçonner « de désirer estre perpétuel ambassadeur par deçà », il s'en défend; il rappelle qu'il y a plus d'un an et demi qu'il a sollicité sa retraite.
' Voy., dans le l. I", p. 39S. la lettre de Philippe II au duc d'Albe du .. octobre 1568.
* Siguenza.
» Forquevaulx, écrivant au roi, le 18 octobre 1570. sur les difficultés que rencontrait en Portugal le mariage proposé de madame Marguerite, sa sœur, et se plaignant que le roi d'Espagne n'y eût pas envoyé un des seigneurs de son conseil d'État, avec la mission de tenir, en son nom , un langage énergique, ajoutait : « Il est vray. Sire, que, pour remonstrcr le peu de conte que Icdict jeune roy
• fcnoil de la roync, sa grand'mère, ledict seigneur roy catholicque y envoya, il y a trois ans, le duc
- de Férics, qui brava et feit assez de menaces. Tant y a que ses protestations ny ses bravades n'y » advancèrent rien, ains en ont fait moins d'estime depuis, et n'en a esté autre chose : car ce sont des
• gaillards qui ne prisent roy ni nation que la leur (Pag. 830.)
Pag. 4d. — Le roi à Forquevaulx, Paris, 18 octobre 13(58. Secours que lui a demandé le duc d'Albe et qu'il lui a envoyé :
Monsieur do Forquevaulx, oullre l'auire letlrc que je vous ay cejoiird'huy escripie par Lamarque, vous sçaurcz comme, mon cousin le duc d'Albe m'ayant re(iuis, prié et faicl faire instance, par don Francés d'Alava, ambassadeur du roy calholicque, mon bon fière, résidant près de nioy, de l'assister de forces pour iuy ayder à combattre tant plus aiséemcnt celles du prince d'Orange, j'ay regardé tous les moyens d'y pouvoir satisfaire; et enfin, cneorcs (jue mes affaires soint en tel estai, comme vous dira lediet de Lamarque, que j'ay autant de besoing de mes pièces que prince qui soit au monde, pour nettoyer et purger mon royaiilmc, afUigé qu'il est de ceste canaille et vermine qui y a cours, que néantmoins, préféi'ant l'amitié que je porte audict roy calholicque, mon bon frère, et désirant Iuy faire cognoistre à bon escient Tenvic que j'ay de l'assister et secourir en ses affaires, en postposant mcsme les miens, j'ay advisé de le secourir de mille bons hommes de cheval et deux mille bons hommes arquebusiers à pied, faisant conducteur de ceste troupe mon cousin le mareschal de Cossé, accompaigné de plusieurs bons et vaillants capitaines qui le suivent : lequel avec iadicte ti-ou|)c sera, dedens la fin du présent mois, à Rocroy, au plus tard, sans aucune faute, poni- cheminer la part que Iuy faira sçavoir lediet sieur duc. Il est vray que c'est à la charge que si, pendant qu'il scroit de delà, il survenoit quelques affaires en mon pays de Champaigne et Picardie, que ieelluy duc leur permettra de retourner au commandement que je leur en fairay. Dont, monsieur de Forquevaidx, je vous ay bien voidu adveriir, afin de le faire entendre au roy catholicque, en l'asseurant que le plus grant plaisir que je sçaurois recevoir, c'est de le voir obéi et reconnu par ses subjects, et que ses affaires prennent l'heureux succèz que je le me pourrois désirer à moy-mesme, et au surplus de l'assister et favoriser tousjours en tout ce qui me sera possible, de sorte que j'ayc moyen de me revancher du bon secours qu'il m'a envoyé lorsque je l'en ay requis. Y adjoustant, monsieur de Forquevaulx, pour le rendre tant plus asseuré de ma bonne volonté et intention, tout ce que vous y sçaurez à propos : dont je me remets à vous, que je prie Dieu avoir en sa saincte garde.
Pag. SO. — Au roi, Madrid, 18 novembre lo68. Il a envoyé au roi catholique, à l'Escurial, ce que le roi lui a mandé le 18 octobre. S. M. lui a fait répondre, par le secrétaire Çayas, qu'il savait très-bon gré au roi du secours qu'il lui oflrait, et qu'en tout temps et occasion il correspondrait à LL. MM. TT. ce. « par les mesmes œuvres, amour et volonté de fort entier fils et )> frère. » — On attend l'archiduc Charles, qui s'embarquera à Gènes sur les galères de monsieur de Savoie, pour descendre à Barcelone; plusieurs
seigneurs principaux, accompagnés do quarante archers de la garde espagnole, sont envoyés au-devant de lui: il logera au palais.
Pag. 56. — A la reine, même date. « Le roy catliolicque est plus content » que les ambassadeurs négocient avec luy par escript qu en présence, ') quand il est en ses maisons des champs. » — La duchesse d'Albe continue à gouverner tout l'état de la feue reine. — Visite de Forquevaulx à la princesse de Portugal dona Juana\ qu'il n'avait point vue depuis le décès du prince son neveu, et qui a été bien malade de fièvres. Il est le seul des ambassadeurs qui ait eu l'honneur détre admis auprès délie, cette princesse et le roi son frère le tenant <■< comme familier de leur hostel . et non » pour estranger. » — Il regrette que le roi et la reine ne lui ayent pas accordé son congé, et, à cette occasion, il se plaint encore des ses envieux: mais, puisque LL. MM lui ordonnent de continuer en sa cliarge. il obéira. — Lu secrétaire de l'archiduc Charles est arrivé depuis deux jours : ce prince « vient en intention de pacifier, do par rempereur. s il pourra, les » différents do Flandres, et remettre le prince dOrange en la grâce du » roy catholicque: verra de moyenner pareillement la restitution des biens » des enfants et héritiers des contes d'Aigamont. Ornes et autres morts » et proscrits »
Pag 62. — Le roi à Forquevaulx. Paris. 16 octobre l.j6S. Détail des dispositions militaires qu'il a prises contre ses ennemis. Ceux qui s étaient levés en Picardie et ont pris lo chemin des Ardennes sont poursuivis par le duc d.Aumale et le maréchal de Cossé, qui les suivront jusqu'à la frontière, au cas qu'ils aillent joindre le prince d'Orange, pour passer plus outre, si le duc d'.\lbe le leur mande.
Pag. 68. — Le roi h Forquevaulx, Paris. 28 octobre 1568. Douleur que lui a causée la mort de la reine sa sœur :
Monsieur de Forquevaulx, ne pouvant vous exprimer l'ennuy et la douleur que m'ont apporté voz lettres du Iroisiesme du présent, pour avoir sceu et apprins par icelles la mort de la royne catholicque, ma scur, que jaymois comme vous sçavez, vou.« serez adveriy, par la présente, que je me suis enfin consollé sur la volonté de Dieu, pm'squ'il luy a pieu en disposer de ceste façon, encores que le regret que je y ay me doihvc demeurer à jamais: ayant advisé de vous dépescher ce courrier, pour vous donner advis de la réception de vozdictes lettres, et vous faire seavoir Testât de mes alTaircs, alten- <lant que j'aye elioisy qucl(|ue personnage de qualité pour envoyer vers le roy catlio-
licque, mon bon frère, et faire l'oflice condigne à l'occasion qui se présente; vous priant, monsieur de Forquevaulx, cependant, vous comporter envers luy et partout ailleurs de delà ainsi que vous sçaurez bien juger cstre à propos pour eest effect, suivant vostre dexlériié, sagesse et la longue expérience que vous avez de ce qui appartient au bien de mon service. Et surtout regardez bien à noter les propos que vous aurez d'ores en avant avecques les ministres dudict S"^ roy, pour en cognoistre le fond, afin de colliger sur icculx ce qui se pourra de la volonté de lem- maistre, de laquelle je ne veulx toutesfois avoir double aucun, ainsi que Je désire aussi qu'il soit asseuré de la mienne, espérant que la continuation de la bonne amitié et intelligence qui est entre nous deux sera cause de remettre la chrestienlé en paix et repos ; et de vostre part, vous me fairez un service agréable d'user de toiits bons offices pour la conservation d'icellc. Et, combien que je sois certain qu'il vous faira bien mal de demeurer en la charge où vous estes maintenant, néantmoins il est si nécessaire, pour le bien des affaires, que vous m'y faictes service encores pour quelque temps, que je vous prie, monsieur de Forquevaulx, vous vouloir conforter sur la bonne volonté que je vous porte et le contentement que j'ay de vous , qui sçauray bien recognoistre ce que vous méritez de façon que vous en demeurerez satisfaict. Pour tant je vous prie par cy-apréz vous conduire, pour le bien de mon service, ainsin que vous avez faict très-bien cy-devant, m'en remettant sur vous et sur l'affection que je seay que vous y portez ; vous envoyant au reste un extrait de Testât de mes affaires par lei|uel vous apprendrez le chemin qu'ils prennent; estant bien résolu, si Dieu m'en faict la grâce, de me faire reconnoistre pour roy et le maistre sur mes subjeets, à sa gloire et honneur et pour son service. Le priant, monsieur de Forquevaulx, etc.
Pag. 71. — La reine ït Forquevaulx, même date. Elle lui exprime aussi sa douleur : « Si cesfe nouvelle reccue si inopinéinenl — dit-elle — m'a afïli- » gée, l'amitié (oultre celle que la nature nous cause) que je portois à la » deffuncte le vous doibt témoigner. Tant y a que. m'estant consolée sur » la volonté de Dieu, pour la recevoir en toute patience, il m'en demeure » un regret tel que vous pouvez penser, pour les occasions que je diffère à >i vous escripre, à cause de la douleur que j'en reçois quand je y pense... » — Elle lui fait ensuite les mêmes recommandations que le roi.
Pag. 73. — Au roi, I\Iadrid, .. novembre l.")68. Il ne fera faute d'avoir l'œil aux affaires : mais il ne croît pas que, pour le moment, le roi ait rien à craindre du coté de l'Espagne.
Pag. 7o. — A la reine, même date. Prochaine arrivée de l'archiduc Charles. — Nouvelles, bruits et conjectures sur le mariage des deux archiduchesses filles de 1 empereur : <i Combien que le vulgaire parle et désire
» (lavoir madame Marguerite pour royne d'Espaigne, afin de reconfirmer » tant plus raïuilié et alliance, néanfmoins Çayes croit que colla seroit » trouvé trop estrani^e de runiversel. et surtout du roy, son maislre. qui » fairoit merveilleux scrupule d'espouser deux seurs. » — Forquevaulx espère que le roi catholique ne trompera point le roi et la reine, vu l'amitié qu'il professe pour eux et les moyens qu'ils auraient de l'en faire repentir. Certainement l'expédient le plus sur de pacifier leurs sujets armés serait de lui faire la guerre en Flandre.
Patç. 79. A la reine. Madrid, 27 novembre ^568. INouvelles, reçues par une lettre du gouverneur de Fontarabie. dune grande victoire remportée parle roi sur ses rebelles: joie du roi catholique: processions et prières faites dans toute l'Espagne pour que Dieu prenne le parti du roi contre les ennemis de l'Eglise et les siens, — L'archiduc Charles a débarqué à Barcelone le 22: il vient à deux postes par jour. — Le prince Ruy Gomez lui a dit « que son maistre ne veut point entendre à se remarier, ains faict le dur. » et s'il se remariera, ce sera par importunité de ses Estats. » — Il lui a conseillé de continuer ses poursuites pour le mariage du roi très-chrétien avec l'archiduchesse Anne. — Le duc de Màjera partira dans une quinzaine de jours, pour aller porter au roi et à la reine les compliments de condoléance du roi catholique sur la mort de la reine Elisabeth.
Pag. 85. — Le roi à Forquevaulx. Orléans. 13 novembre 1308. Relation des mouvements de ses armées et de celles de ses ennemis.
Vous sçaurez, monsieur de Forquevaulx, que j'ay grand ocension de me contenter ju.xques à présent de la démonstration, qu'a faicte le sieur due d'.\lbe, de me vouloir assister en mes affaires : car, ayant eu advis que le prince d'Orange faisoit très-mal ses besoignes es Pays-Bas, et qu'estant sollicité, de Genlys et autres mes siibjects rebelles c|ui le sont allé trouver, d'entrer en mon royaulmc, il csloit pour tourner de mon costé et venir au secoui-s desdicts rebelles, il m'a faict faire oITre, par don Francés, ambassadeur du roy eatbolicquc, mon bon frcre, et le S' de Ferrails, qui est près de luy pour mes affaires, de tout ce qu'il a de forces pour luy-mesme suivre Icdict prince d'Orange partout où il ira.
Pag. 90. — La reine à Forquevaulx, Orléans, 14 novembre 1568. Elle lui envoie une lettre quelle écrit au roi catholique, en attendant le départ du personnage qui doit l'aller visiter : « car, sachant combien la royne ma
» fille l'aynioit, je ne puis que cesle affection ne m'en soit demeurée, et que » je n'aye la mesnie envie de le servir et voir conserver lamitié entre le » roy son frère et luy comme je sçay qu'elle désiroit; et me semble, en ce » faisant, qu'elle doibt voir et resenlir l'amour que je lu}' ay porté et porte » encore où elle est, m'asseurant qu'elle est avec Dieu.. »
Pag. 92. — La reine à Forquevaulx, Orléans, IS novembre 1568. {Autographe.) Sur la mort de la reine catholique, les mariages à négocier, l'envoi du cardinal de Guise à Madrid :
Monsieur de Forquevaulx, je vous ay bien voulu faire ce mot, estant arrivé le S' de Ligncrolles, par ce porteur que vous ay despéciié exprèz, pour vous advenir comme j'ay receu le mémoire escript de vostre main, et entendu par luy Lien au long toutes choses comment elles sont passées, à mon grant et tel regret que, de ma vie, (pielque chose qui puisse estre, ne sera que je n'aye dans le eœur la perte que j'ay faite de la royne ma liile; et encore que je désire, comme mère, de voir, s'il est possible, sa seur an mesnie lieu, si est-ce que cella ne m'ostera la douleur que j'en ressens. Mais, comme j'ay dit desjà, estant mère et obligée au roy leur frère comme je suis, je doibs chercher, non pour mon reconfort (car à tant de maulx que j'ay la mort est le plus beau que je sçaurois avoir), mais pour le bien de ce royaulme, à qui j'ay tant d'obligations, et la conservation de la paix entre ces deux roys , tous les moyens pour essayer d'y parvenir. Va ayant veu le langage que le prince d'Evoli vous a tenu, jecognois par-là qu'ils vouldroinl avoir la princesse Anne, et le roy mon lilz eust sa jeune sein-, et ma fille en Portugal. En première face, cella semble beau, les voyant touts accommodez et espoiisant les deux seurs, que la paix serait par elles entretenue. Cella seroit bon si l'on n'avoit veu l'expérience, qui est récente, du roy mon beau-père, qui n'ayant autre alliance que la seur du feu empereur Charles, il ne laissa d'estre toute sa vie en guerre avec luy, et ce seroit le semblable : car n'ayant l'alliance réciprocque des deux maisons, sçavoir que l'un prinsl la fille, et l'autre sa niepee, je n'estimerois ceste alliance qu'à demi, car vous scavez qu'elle serviroit plus au roy catholicque qu'au roy mon fils, pour les raisons qu'ayant la cognoissance des choses du monde, vous pouvez juger, car il auroit icy une personne qui fairoit, par le conseil de luy et de sa femme, ce qui luy seroit mandé, et le roy mon fils n'auroit personne, comme jusques icy il a eu en Espaigne, qui fist rien pour le bien et le service de ce royaulme, n'y ayant plus sa seur, où, y remettant cesle-cy qu'avons encore, ce seroit une perpétuelle paix, espousant le roy mon fils la fille aisnée de l'empereur, et la seconde le roy de Portugal, car le roy d'Espaigne et l'empereur, c'est une mesme maison ; et s'ils veulent reconfirmer leurs alliances, il a deux tilles, et l'empereur des fils. Pour ceste occasion vous ay-je voulu faire la présente afin (|ue regardiez tous les moyens pour gaigner le prince d'Evoli ,
lequel, en ce faisant, s'obligera en un cou|) trois grinuls princes : le roy mon fils, en luy faisant laisser la femme qu'il tient desjà pour sieinie, et la(|uclle on ne luy peut oster sans (pi'il pense en recevoir tort ; l'autre le roy de Portugal, luy laissant la seconde fille de l'empereiu-, et un grand service (|u"il faira au roy son maistre, le destournant d'offenser le roy mon fils, (pii n'est pas de si peu de cœur qu'il ne s'en ressenlil. El tout cecy luv pourrez-voiis rcmonstrer, et du tort que l'on luy fairoil, sans luy parler de ma fille, si ne cognoissiez le |)Ouvoir faire si dexlremenl (pi'il ne pense nullement (pie j'en sache rien. .Mettez peine aussi de gaigncr le confesseur, luy rcmonstrant le mal que ce scroit pour la chrestienté, s'il advenoit altération d'amitié entre ces deux roys. Bref, vous estes sur le lieu, et cognoissez mieulx comment il s'y faut gouverner. Je vous en ay seulement voulu mander mon intention, et vous regarderez les moyens qu'il faudra tenir; surtout qu'il ne pense pas que je vous en aye rien mandé. El en ce que les imurrés gaignier, soit par prcscns ou promesses, n'y espargnez rien, ny à Çayes, ny à touts ceulx qui nous y pourront servir.
Le roy mon fils envoyé le cardinal de Guise pour se condouloir de nostre |)erte commune ; assislez-le, et prenez garde à nous sçavoir rendre compte de tout ce qui se passera, et ne luy dictes rien de ce que je vous mande cy-dcssus, encore qu'il vous en parle, mais aidez-luy en ce que cognoislrez nous pouvoir servir : car je désire inlinimenl voir n)a fille là et que le roy mon fils eusl la, fille aisnéc de rempereur. Pour ce n'y oubliez rien de ce qui pourra servir; et brusicz ceste lettre, et m'en faictes responce par ce porteur mesme, en une lettre à part.
Pag. 90. — Le roi à Forquevaulx, Orléans, 23 novembre 1368. Il a, depuis deu\ ou trois jours, dépêché le cardinal de Guise vers le roi catholique. — Il lui envoie, par le S'' de Trégouyn, un discours de ce qui s'est passé récemment entre ses troupes et ses rebelles. — Le prince d'Orange est entré en France et est-de présent vers Ribemont, exerçant journellement tous actes d'hostilité : Forquevaulx en avertira le roi.
Pag. 118. — La reine à Forquevaulx, même date. Elle ne doute pas qu'il ne fasse bien particulièrement entendre et bien peser au roi catholique de quelle conséquence il serait pour toute la chrétienté que ses rebelles et ceux du roi son fils vinssent à bout de leurs desseins, afin que, de son côté, il s'y oppose de tous ses mojens.
Pag. 91). — La reine à Forquevaulx, même date. Négociations matrimoniales :
Monsieur de Forquevaulx, j'ay vcu ce que m'avez escripi, par Parizoï, en la Icilre à part, et trouve que les choses, après un si grand malheur, s'acheminent de bonne façon ,
274 DÉPÈCHES DES AMBASSADEURS.
el que \ostre opinion est bonne, de dire qn'eneore que le roy d'Espaigne ne veuille nia fille, qu'il nous vouldra le faire trouver bon. Je ne me soucie de toutes leurs mines, pourveu que je fusse asseurée qu'il l'espousal et ne nous tint, comme l'on dit, longtemps le bec en l'eau. Je vous prie y user des meilleurs moyens, et si dextrement qu'on ne puisse appereevoir que rien vienne de noslre commandement: car les filles, faut que soint demandées par les hommes, et non les aller offrir, et principalement de tel lieu. Mais vous pourrez soubs main Iraieier cecy avec des serviteurs en qui il se fie, et surtout vous faudroit lascher de gaigner l'un ou l'autre de ces trois, le cardinal, le prince d'Evoli , ou le confesseur, ausquels vous représenterez Tappuy que ce leur scroit d'avoir là une aultre mienne fille, oïdlre les biens qu'ils rccevroint de nous : car, en nous mandant les promesses que vous leur aurez faictes, nous les tiendrons. N'y espargnez rien, car j'ay ouy dire qu'ils prennent volontiers
Elle lui renouvelle l'ordre d'assister le cardinal de Guise, mais de ne lui rien dire de ce qu'elle écrit de sa main, et de bien voir » s'il y va de bon » pied. » — Elle l'assure du contenfemciil que le roi son fils et elle ont de ses services. — Elle veut qu'il n'écrive plus à personne, excepté à elle, touchant le mariage de sa fille Marguerite avec le roi catholique, jusqu'à ce qu'il soit conclu.
Pag. 101. — Au roi, Madrid, 24 décembre i56S. L'archiduc Charles est arrivé le 10: le roi catholique est revenu le 7 de l'Escurial , pour le recevoir. — Le 13 Forquevaulx s est présenté à l'audience du roi. et lui a remontré les hostilités que le prince d'Orange commet en France, avec toutes les raisons propres à lui faire considérer combien il importe aux deux souverains de repousser vivement l'ennemi commun, avant que ses forces s'augmentent. — Le roi lui a répondu qu'il ordonnerait derechef au duc d'Albe d'aller secourir le roi très-chrétien. — Le nonce a fait auprès du roi des démarches dans le même sens, et Kuy Gomez a assuré Forquevaulx que le duc d'Albe ne manquera pas de marcher en personne ou d'envoyer un bon corps de troupes contre le prince d'Orange. — Le roi a appris avec plaisir la mission donnée au cardinal de Guise: il fait préparer pour lui le logis oi'i demeure habituellement le duc d'Urbin, et il a dépêché don Antonio de Mcndoza à Barcelone, pour le recevoir. — Le 14 Forquevaulx a été reçu par l'archiduc; rien de particulier ne s'est passé dans cette audience.
Quelqu'un m'a \oulu faire accroire que la royne d".\ngletene traicle encore de son
iiiaiiasie avec raicliidiic, lequel est lanl eoilTé d'une demoiselle qu'il cnliclieiit cl en a des eiifaiis, qu'à grand didieuilé espousera-il ladicte royne angloise, Ia(|iielle |iar!c de donner la rovne d'Escosse, sa cousine , à cest archiduc Charles, voulant loulesfois que l'aulhorilé du roy d'Espaigne inlervienne en ces traictez. ^lais cediel archiduc ayiiicroyl trop iiiiculx la princesse de Portugal avec le gouvernement de Flandres, s'il y povoit parvenir : ce qu'il ne faira, à mon advis, et moins le vouldroit espouscr ladicte princesse.
Pag 109. — A la reine, même date. On a été fort joyeux, en celte cour, de ce que le prince d'Orange a quitté les Pays-Bas: le roi callioliqiie et ses ministres sont persuadés d'ailleurs que le duc d'Albe n'aura pas manqué de secourir le roi. — Par une lettre du duc d'Anjou à M. de Monluc on a appris <i la retraicte honteuse dudict prince en grand dcsarroy, avec perle » de bon nombre de ses gens à cheval et à pied et de son artillerie, repre- » nanl le chemin d Allemaigne par Champaigne, et autres parlicularilez )) advantageuses pour vostre service, dont ce seigneur roy est merveilleu- » sèment aise : car vostre bon succès luy est favorable, veu que c'est tout » pour mesme querelle, comme il m'a dict. » — Forquevaulx a lu au roi la lettre de la reine du 14 novembre, « laquelle luy a alendri le cœur, car je » luv ay veu les grosses larmes aux yeulx. » — Il a dit à Forquevaulx qu'il n'oubliera de sa vie la grande perle qu'il a faite, et que, tant qu'il vivra, il veut être et sera toujours fils de la reine très-chrétienne et bon frère du roi. — Il lui a dit encore, à plusieurs reprises, qu'il conseillait à la reine de ne pardonner ni à la reine de Navarre, ni à son fils, ni à ses autres rebelles, si elle voulait èlre paisible.
Pag. 115. — A la reine. Madrid. 23 décembre 1568. (Lettre particulière.) Il lui rend compte des entretiens qu'il a eus avec le cardinal de Siguenza, le prince d'Eboli, l'évèque de Cuenca. le secrétaire Çayas et don Juan 3Ianrique. au sujet des mariages. Ces « cinq personnages du plus estroict con- » seil » lui ont témoigné les meilleurs senlimenls pour la France: mais il a pu comprendre, à leur langage, qu'ils désiienl l'archiduchesse Anne pour leur roi.
Au reste, ce roy a respondu à l'archiduc qu'il ayme mieulx perdre touts ses Pais- Bas que de consenlir que la conl'ession d'Auguste y soil reeeue, ne qu'il pardonne au prince d'Orange ny à ceulx de son party. .Je seay eecy de bon lieu : mais il enlrciicndra les choses en bons termes le plus longuement qu'il pourra, sans déclarer résolument son intention ny en laisser retourner ledicl archiduc, sachant bien <|u'aussiii(si toute
la Germanie Tassaiiklra... Aussi, MaJaine, m'a esté dit, pour grand secret, que les électeurs s'entendent si bien avec l'empereur (|u'il seroil impossible de mieulx, auquel ils ont promis d'csiire son fils aisné, don Rodoife, roy des Romains, s'il veult permectre la confession augusiane en touts les Eslats de l'Empire, et y comprennent les Pays-Bas et Flandres. Ledict empereur prie affectueusement ce roy, par ledict archiduc, qu'il soit
content du bien de son fils et veuille consentn- ladicte rcquesie De laquelle
prière cedict seigneur roy a esté le plus fâché et indigné du monde, et en a pleuré de grand regret et de dépit
Pag. i!2S. — A la reine, Madiid, 6 janvier lDt)9. Préparatifs pour la réception du cardinal de Guise. — Soulèvement des niorisques de Grenade. — Forquevaulx conseille à la reine de s'accommoder avec le prince d'Orange.
Pag. 130. — Au roi, 3Iadrid, 15 janvier lo69. Forquevaulx a su, de bonne part, que, depuis son arrivée, Tarchiduc Charles n'a proposé au roi que trois points : le renvoi des princes ses neveux, la réconciliation du prince d'Orange, le libre exercice dans tout l'Empire de la confession augusiane, « lequel dernier point ceste Majesté trouve si mauvais qu'il a faict » sçavoir au pape que plustost il perdra touts ses Païs-Bas que de consentir » ladicte confession, et n'en a pas respondu moins audict archiduc, ne vou- » lant non plus entendre à la réconciliation du prince d'Orange ny des » autres bannis. » — On s'émerveille à Madrid de n'avoir de nouvelles ni de France ni de Flandre. — Détails sur la rébellion des morisques ou nouveaux chrétiens du royaume de Grenade, « lesquels sont si désespérez » de leur avoir esté deffendu de vestir et de parler moresque, qu'ils ayment )) mieux mourir que vivre. » — Forquevaulx ne peut assez s'étonner que le duc d Albe n'ait pas secouru le roi contre le prince d'Orange, après les bons propos que le roi catholique lui avait tenus : « V. M. faira sagement » — dit-il à ce propos — de remédier à voz affaires, sans se fier de si » froids amis, qui seroint bien contents d'estre vangez de leurs rebelles » par le sang de voz serviteurs »
Pag. 158. — A la reine, Madrid, 13 janvier 1569. Le duc de Nâjera est parti le 12 pour aller, comme il dit, faire auprès de LL. MM. TT. CC. l'office de consolateur, au nom du roi d'Espagne, pour le trépas de la feue reine; il compte être un bon mois en route. — Il est venu nouvelles de don Francés de Alava, le 7 janvier, que le prince d'Orange est encore en France,
plus puissant qu'il n'était: on dit puhlicjuorniMif . à Madrid . qu'il scntend avec 1 empereur ol avec larcliiiluf (lliarles.
Pag. I il. — A la reine, même date. Propos, bruits et nouvelles concernant les mariages: Forque>aulx en déduit que I intention des ministres espagnols envers la maison de France n'est pas bonne. — Il pj-étend que l'archiduc Charles a demandé pour lui le gouvernement des Pays-Bas, et que le roi a répondu (|u il a besoin d'avoir en Flandre un gouverneur à qui il puisse faire trancher la tète, s il le sert mal. — « On a donné à entendre » en ceste court que Madame, sœur du roy '. a eu quelquefois un bras rom- » pu. et quelle porte un corselet de fer : il seroit bon de faire cognoistre >i la vérité à quelqu'un digne de foy, qui soit pour l'escripre par deçà, » afin d'osier une si mauvaise opinion à ces gens-icy. »
.\u rcsie, Madame, {'ambassadeur de ce roy qui est de retour d' Augletcne a dit infinies louanges de la royne d'Angleterre, et défendu son honneur contre le mauvais bruit (|ui a couru d'elle : de sorte que, ces jours passez, en la ebambre dudici seigneur roy, quelques-uns de ladicle chambre et autres discouroient entre eul\ qu'il sera grand faict, si leur maistre ne lespouse pour asseurer ses Pais-Bas et se rendre seigneur de la mer Oeéane; et ceste opinion s'est divulguée parmi Madrid. Qui le trouve bon et faisable, et qui mauvais et impossible.
Pag. 14o. — Le roi à Forqiievaul\. Melun, 'li décembre I.jGS. 11 lui ordonne de remercier le roi catholique des chevaux dont il lui a fait présent. — Il lui envoie un bulletin de l'état de ses affaires. — Les services de Forf(uevaul\ lui sont encore nécessaires dans la charge qu'il remplit: il le prie de les continuer. Il les reconnaitra
Pag. Ii7. — La reine à Forquevaul.\. même date II importe que. avant le départ de l'archiduc Charles de Madrid, elle et le roi son fils soient éclaircis de ce qu'ils doivent espérer des mariages mis en avant; elle écrit pour cela au cardinal de Guise, et elle charge Forquevaulx d'y tenir aussi la main. — Ils ne sauraient se passer des services de Forquevaulx à .Madrid tant que cette négociation ne sera pas achevée, et il peut être assuré que. dans des circonstances plus favorables, ces services obtiendront la récompense qu ils méritent.
' Marguerite de Valois.
278 DÉPÈCHES DES AMBASSADEURS.
Pag. 152. — A la reine, Madrid, "H janvier 136î(. Larcliiduc Cliarles s'ébahit qu'il ne lui vienne ni courrier ni lettre de l'empereur. — Il disait, ces jours passés, au comte Pietro Avoyadro, que le duc de Savoie a envoyé à Madrid pour faire ses compliments de condoléance sur la mort de la reine, que le roi catholique épousera madame Marguerite, sœur du roi, et non l'archiduchesse Anne. Forquevaulx tient ce propos du comte luimême.
Pag. lai. Le roi à Forquevaulx, Orléans, IG novembre lo68. Il envoie à Madrid le cardinal de Guise, auquel « il a baillé plusieurs grans » points et affaires à traicter avec le roy catholicque. » Forquevaulx nonseulement portera au cardinal l'honneur et le respect qu'il mérite, mais encore il l'informera particulièrement des choses qui pourront servir à sa négociation.
Pag. 136. — Le roi à Forquevaulx, Monceaux', 13 janvier 1569. Il est plus que jamais résolu d'employer toute sa puissance pour châtier ses rebelles; mais il faut que le roi catholique le secoure : pour cet effet, Forquevaulx le priera, de concert avec le cardinal de Guise, d'en écrire une bonne lettre au duc d'.\lbe.
Pag. lo7. — La reine à Forquevaulx, même date. Elle désire avoir des nouvelles de la négociation de l'archiduc, principalement sur le fait des mariages.
Pas;. iS8. — Le roi à Forquevaulx, Chàlons, 20 janvier 156!). Détails sur la défaite du prince d'Orange, qui reprend la route de l'Allemagne :
Monsieur de Forquevaulx, vous verrez, parraclvisciucj'eiivoyeà mon cousin le cardinal de Guise de l'estat de mes affaires , le chemin qu'a prins le prince d'Orange, depuis qu'il a sceu que j'ay marché en personne vers luy et (pic mon cousin le duc d'Aumalle a (ait démonstration de le vouloir aller trouver, suivant la charge que je luy avois donnée de le combattre. Tant y a que, le treiziesme du présent, il a passé la Jlouzelle. Les prisonniers, qui sont en assez grand nombre, aussi bien que de ceulx qui ont esté mis en pièces par les gens que mondiet cousin avoit ordinairement parmi eulx, asseurent que, s'en allant ainsi d'effroy, il a prins résolution de se retirer du tout en Allemaignc, pour ne plus retourner. Toulesfois, voyant que mes subjccls qui estoint avecques luy l'ont suivy, et que le duc des Deux-Ponts faict toutte diligence d'assembler ses forces pour, Bcust-cstre, se joindre ensemble et retourner plus forts, comme il y a grand apparence qu'ils pourront faire, au lieu de marrcslcr où j'avois eu ladicte nouvelle, je m en
suis acIiemiiK' en lonic tiiligcnco de ilc(;i, nfiti de l'iiire tiuil C(' (|ui nie scrn possil)lc pour (loiiiior orilro, puisciuc jay chiissé Icdici prince hors de mon roviuilnic, qu'il n'y puisse jamais, luy ny autres, renirer. Ce ipie je vous prie, monsieur de FonpievauK , faire entendre, avec(]ues mondict cousin le cardinal de Guise, au roy catholic(pie, mon bon frère, lecpiel sera, comme je m'asseure, aussi aise de ceste nouvelle qu'elle est utille, tant |)our la seurelé de ses affaires que pour la prospérité des miennes. Kt faut qu'il ne soit rien oublii' pom- empesclier (pie nous ne retournions en la peine d'où nous sommes sortis.
•le mande présentement à mon coiisin le due d'Albe ipiil faut (pie je sois secouru, pour cesl effecl, non-seiillcineiii des mil ou (piinzc cens elievaidx (pi'il m'a mandé eslre |)rests pour faire ce qu'il leur seroil commandé , mais qu'il envoyé d'autres plus grandes forces à Luxembourg, alin que, si Icdici prince d'Orange, Icdict duc des Deux-Ponts, ou autre, vouloint faire un elfori pour retourner, je puisse cstre secouru d'icelles, el assez fort pour les empescber. Et estant ainsi prestes aiidiet I^uxemboiirg, je les pourray mander quand l'occasion se présentera.
Je désire, monsieur de Forqiievaulx , ipie vous priez aussi, avecques mondict cousin , Icdici seigneur roy (pi'il cscripve une bonne lettre audict duc d'Albe afin que, de son costé, il tienne lesdictes forces prestes pour me secourir el ayder en ccste occasion, d'autant (|u'il est grandement à craindre que, si telles forces me revenoienl sur les bras, (pic je fusse irop foible pour leur résister : en (|uoy je n'espargneras rien de ce qui est en ma puissance. El sin-lout il est nécessaire qu'il soit usé de diligence, connne j'ay bien délibéré de faire, pour pourvoir en ce que je pourray à la seureté des passages de ladicle rivière de la Mouzelle : eslimanl que, bouchant cestc porle-Ià, il me sera plus focille de |)Ourvoir à mes affaires, encores qu'il semble qu'il y ait beaucoup de gens qui s'en- Iremeslenl de favoriser mes ennemis, et (pi'ils soinl forls d'ailleurs : ce (|ui touche tant audict S' roy mon l)euu-frère (|u'à moy. Il est nécessaire aussi (pi'ensemble y mettions tout ce que nous |)ourrons pour en venir à bout, estant bien délibéré, de ma |)art, de n'y laisser perdre une seulle heure de temps. Et vous prie m'en faire s(;avoir des nouvelles et de ce que je vous manday par ma dernière , dont a esté ptuMeur le S' Ilyeromino (îondi.
Pag. 162. — La reine à Forquevaulx, Château-Thierry, 20 janvier 1569. Elle désire savoir conmienl on nomme ses petites-filles nuiintciiant, et si on les appelle toujours les infantes. Personne ne doit savoir qu'elle lui en écrit.
Pag. I()3. — Au roi, Madrid, dernier février lo<)U. Le roi catholique a promis au cardinal de Guise de faire secourir le roi des forces qu'il a aux Pays-Bas. — L archiduc a eu sa réponse par écril en latin, contenant neuf
280 DÉPÈCHES DES AMBASSADEURS.
feuillets de papier : on tlit qu'il ne lui a été rien accordé de ses demandes, excepté les 400.000 écus qu'il aura en don, et non en prêt, afin de le tenir obligé à l'aire bons ollices. — Nouvelles de la guerre de Grenade.
Pag. 108. — A la reine, même date. Si la dépèche du cardinal de Guise et la sienne partent tard. « il le faut imputer au roi catholicque et à son » grand maislre le cardinal de Ciguence, lesquels ont usé de telles remises » et délays en leurs responses. jusques à présent, sur le fait du mariage du » rov, et de telle ambiguïté de parolles, qu'il n'estoit raisonnable de haster » ceste dépesche, pour envoyer des propos confus. » — Forquevaulx s'en remet au discours, que le cardinal de Guise fait passer au roi, des audiences qu il a eues du roi catholique, et de ce qu'il a traité avec lui et ses ministres. Il fait, à cette occasion, un grand éloge du cardinal. — « Madame, » le filtre qu'on donne à madame Isabeau, vostre petite-fille, est, comme il » souloit, de l'appeler infante: aucuns l'appellent la princesse donne Isabel, » mais c'est à la volonté d'un chascun. » — Conjectures et réflexions sur les mariages :
A vous dii-e clairement, Madame, ce que j'en pense, j'ay opinion qu'il n'y a sinon finesse et mauvaise intention en ces gens-icy, et vous veulent mener par paroles, s'ils peuvent, pour asseurer leurs affaires à vos dépends. Car il est trop véritable que ceste Majesté m'avoit promis, pai- plusieurs fois, que le duc d'Albe fairoit merveille de vous secourir de sa personne et de ses forces contre le prince d'Orange : ce qui n'a esté accomply, ny je croy qu'ils tiendront rien qu'ils vous promettent: car ils font compte que vostre guerre civile les tient en repos; et s'apovrissant vostre royaulme d'hommes et de finances, c'est establir le leur, comme il n'est que trop vray, à le bien considérer.
Forquevaulx revient à sa première opinion, que le roi catholique passera cet été aux Pays-Bas , car le duc d'Albe ne cesse de demander son congé. Il en a, la veille, touché un mot au cardinal de Siguenza, « qui n'y voulut » entrer, ains s'en monstra un peu troublé : mais l'excessive authorité que » son maistre luy donne de plus en plus de toutes choses montre qu'il le » veult laisser comme un autre soy-mesme. »
Pag. 178. — Le roi à Forquevaulx, Joinville, le"" février Ia69. " Depuis » la dernière qui vous a esté escripte, le prince d'Orange s'est du tout » retiré en Allemaigne et a rompu ses forces. J'estime que, me voyant » chenuner en telle diligence, avecques les miennes, par deçà, cella luy a
» faicl prendre le! part). » — Le roi écrit au cardinal de Guise ce qu'il est délibéré de faire maintenant. — Il a appris que la reine d'Angleterre a envoyé un des siens à la cour de Madrid: il désire que Forquevaulx s'enquière de ce qu'il y fera.
Pag ISO. — Au roi. Tolède. ;20 mars 1369. Le roi. au commencement du mois, est parti de Madrid pour le Pardo. d'où, le 6. il est allé à l'Escurial attendre larcliiduc Charles. Ce dernier prince est revenu à Madrid: puis il a pris le chemin de \ alence par Aranjuez; il ira s'embarquer à Barcelone pour Gènes. « J'entends qu'il s'en va fort content et en bon propos de » repasser cest esté en Espaigne. »
Pag. l8o. Le roi à Forquevaulx. JoinNille. 9 février 1569. Il le charge davertir le roi catholique quil a donné ordre au baron de la (iardc. capitaine général de ses galères dans le Levant, de les amener dans la mer de Ponant, pour qu'il puisse s'en servir contre ses ennemis.
Pag. 187. — Le roi à Forquevaulx, Metz, li mars 1569. Il a reçu ses lettres des 12, 24 janvier et 6 février. — « La roync. ma dame et mère, est » tombée malade, du second de ce mois, dune fiebvre qui estoit continue » et fort fâcheuse au conmiencement: à ceste heure est tournée en tierce » formée, et sont jà les accès. Dieu mercy. fort diminuez. » — Il envoie au cardinal de Guise un mémoire de l'état de ses affaires.
Pag. 189. — Le roi à Forquevaulx. Metz, 21 mars 1569. Il serait trèsaise que le roi catholique passât cette année aux Pays-Bas : " il a faict » démonstration plusieurs fois de vouloir entreprendre ledict voyage, mais » il s'est tousjours contenté den faire parler. » — Don.Francés de Alava assure qu'il ne l'entreprendra aucunement
Pag. 191. — La reine à Forquevaulx. même date. Le cardinal de Guise communiquera à Forquevaulx les lettres qu'elle lui écrit, ainsi qu'au roi catholique, sur I affaire des mariages. Le désir qu'elle a de lier et étreindre ces deux grands rois, pour le bien de la chrétienté, la engagée à prendre la résolution consignée dans ces lettres.
Pag 192. — Au roi, Madrid, 7 avril 1569. Le roi est revenu de l'Escurial le 25 mars: le 2i le cardinal de Guise et lui sont revenus de Tolède. Le cardinal a eu audience le "IS. — La victoire remportée par le duc d'Anjou '
' A Jarnac, lo 13 mars.
282 DEPECHi:S DES AMBASSADEURS.
a causé au roi un contentement extrême: il en a fait rendre grâces à Dieu par toutes les églises île Madrid et par des processions, et la même chose se fera dans les autres villes d'Espagne. — Guerre de Grenade. Le roi y envoie don Juan dAutriche. qui est parti de Madrid, le 2 avril, avec Luis Quijada; le duc de Sessa l'a suivi le i; beaucoup de seigneurs et de chevaliers des trois ordres l'accompagneront.
Pag. 199. — A la reine, même date. « Mesdames les petites princesses » s'en iront, après Pasques, au lieu d'Alcala. qui est une bonne petite ville, à » six lieues de ceste-cy, où il y a une belle maison de l'archevesque de » Tollède, où LL. A\. logeront et sy pourront nourrir quelques années, » comme firent limpératrix qui est aujourd hui et la princesse de Por- » tugal. » — Forquevaulx assure la reine « qu'il est vrai que l'archiduc a » promis à certain personnage qu'il ayme bien en ceste ville, et luy a juré >> sur son honneur et à foy de cavallevo , (juil sera de retour en Espaigne » cest aoust prochain, ou pour le plus tard en septembre, et mènera la fille » aisnée de l'empereur, que ceste Majesté espousera à Barcelonne » — Il obéira aux ordres de la reine, qui lui prescrit de rester à Madrid: mais il se plaint de voir ses services si mal récompensés : il doit à Madrid près de S0,000 réaux , et il sera obligé de vendre sa vaisselle et ses meubles pour vivre. — Nouvelles de la guerre de Grenade : échec essuyé par les troupes royales. — Bons offices que lui rend le secrétaire Çayas.
Pag. 211. — A la reine, Madrid, li avril loG9. Le roi catholique sera lundi à Madrid, où sont mandés le cardinal de Sigùenza, le confesseur et le prince d'Eboli, pour entendre ce que le cardinal de Guise a charge de leur répondre.
Pag. 21(). — Le roi à Forquevaulx, Metz, a avril 1569. 1! lui envoie les nouvelles quil a reçues des ducs de Nemours et d'Aumale.
Pag. 218. — Au roi, Madrid, 4 mai 15G9. Le cardinal de Guise retourne en F'rance, » amplement satisfait et instruit de tout ce qu'il a pieu au roy » et à la royne luy donner en charge. »
Pag. 220. — A la reine, même date. Eloge du cardinal de Guise :
Monseigneur le cardinal de Guise part linablomenl bien résollu de toul ce dont Voz Magestez luy avoint donné cliargc , ci laisse le roy ealliolicque à merveille bien satisfaiet et content de sa ncgotiation cl manière de négolier, comme il est aussi de toutes
sesaiilrcs actions, en telle sorte qu'il n'y vint, longtemps a, prince ny seigneur qui ait laissé meilleur nom et odeur de soy qu'a faiel mondict S' le cardinal, tant à l'endroit de ccsie Majesté que de Leurs Altézcs et des autres seigneurs, si bien que je luy ay ouï dire plusieurs fois, et l'a dit à d'autres, que VV. MiM. n'eussent sceu faire élection de prince ny seigneur qui luy fust esté plus agréable, ny par advanture tant, car il ayme et prise grandement la bonté, syncérité et franchise qu'il y a cognen; et c'est avec telz personnages qu'il est bien aise de traictcr les affaires de grand poids.
Pag. 225. - A la reine, Madrid, 13 mai 1569. Le roi a été de retour du Pardo le 5; il est reparti pour Aranjuez le 9. — Il n'est plus question d'envoyer les infantes à Alcala, comme on l'avait dit.
Pag. 228. — Le roi à Forcjuevaulx, Reims, 12 mai 1509. Il lui remet deux mémoires de la suite de ses affaires qu'il communiquera au roi catholique et à ses ministres. — Il remerciera aussi le roi du secours «ju'il lui a envoyé par le comte de Mansfolt. « lequel;, estant avecqucs mon cousin le » duc d'Aumalle, s'emploje, autant qu'il est possible et que je sçaurois » désirer, pour mon service, dont il me demeure un très-grand contente- » ment : ne s'estant rien passé, depuis que le duc des Deux-Ponts est entré )i en mon royaulme, où il ne s'y soit trouvé avecques ses troupes, pour y » faire comme les autres. »
Pag. 229. — La reine à Forquevaulx, même date. Le roi et elle le prient de demeurer encore pour quelque temps à Madrid; le roi lui a très-volontiers accordé tout ce qui a été demandé pour lui.
Pag. 232. — Au roi, Madrid, 26 juin 1369. Le roi catholique étant absent, il lui a écrit, pour le remercier du secours envoyé en France sous la charge du comte de Mansfelt.
Pag. 2.58. — A la reine, même date. « Madame, le voyage que vous avez » faict au camp de monseigneur d'Anjou a donné grand soubson qu'il s'y » traictoit d'accord, duquel ilz ont icy belle peur, craignant que la tem- » peste aille puis après tomber sur les Pais-Bas... » — Remcrcimcnts de l'ollice de conseiller au parlement de Toulouse que le roi a mis à sa disposition.
Pag. 243. — La reine à Forquevaulx, Limoges, 13 juin 1369. Afin qu'il insiste auprès du roi catholique pour qu'il donne l'ordre au duc d'Albe de secourir elficacement l'armée royale de France:
Monsieur de Forquevaulx, vous avez entendu, par plusieurs des despèehes que le roy, inons' mon fils, et moy vous avons cy-devant faictes, le soing et travail que nous avons prins et prenons continuellement pour remédier aux troubles et misères de ce royaulme, que nous prévoyons tirer après eulx la ruyne , s'il n'y est mis bientost une fin. Chaseun sçait que nous n'avons riens espargné pour en sortir, ayant le roy, mondict fils , pour cest effeet donné deux ou trois batailles au millieu de sondict royaulme, et bazardé, à la dernière et en plusieurs autres cxploicls de guerre qui se sont faicts , la propre personne de son frère. Lequel, grâces à Dieu, estant demouré victorieux, lorsqu'ayant deffaict les premiers et principaulx chefs des rebelles, il a pensé que c'estoit une belle occasion pour arresler le cours d'un grand nombre d'estrangers qui estoint prests d'entrer pour les secourir, et par ce moyen pouvoir achever ce qu'il avoit si bien commancé, nous avons veu tout le contraire, ayans esté forcez, pour résister aux grandes troupes que le duc de Deux-Ponts amenoit en ce royaulme , mettre sus une grosse et puissante armée, laquelle nous faisions estât, selon l'espérance que nous en avoit donnée le ducd'Albe, debvoir estre composée la meilleure partie des forces du roy caibolicquc; et pour cest effeet le roy, mondict fils, envoya veis Icdict duc, jiour le prier voulloir le secourir d'un bon nombre de gens, mesmcs de haripiebusiers espaignols, se promettant qu'en ceste cause commune, en laquelle il avoit pareil intérest que luy, il ne vouidroit l'abandonner. Mais tant s'en fault (pie ledict duc nous envoyast tel nombre de gens que nous espérions pour résister à nozdicls ennemis , qu'ayant réduict ledict secours au nombre de quinze cens reystres et deux mille Wallons, se seroit excusé pour lors de pouvoir nous envoyer plus grandes forces, principallemcnt d'Espaignols, desquelz ne se pouvoit deffaire, luy estants nécessaires pour la conservation du Pays-Bas; s'ofTrant néantmoins, dedans quelques mois après , venir en personne, avec dix mille chevaulx et bon nombre d'infanterie, pour secourir le roy, mondict fils, en quelque part de ce royaulme qu'il vouidroit. Ce que nous trouvasmes très-bon, et le priasmes continuer en ceste volonté, pour la mettre à exécution, s'il se présentoit occasion que nous en eussions plus de besoin : s'asseurant tant le roy, mondict fils, de la bonne amitié du roy calholicque, son bon frère, qu'il ne luy manqueroit en riens de ce qui seroit en sa puissance, et comme au réciproque il employeroit volontiers touts ses moyens en ce qui concerneroit la grandeur et prospérité des alfaires dudict S' roy catholieque.
Voilà, monsieui' de For(|uevaulx , ce qui s'est passé enti'e le duc d'Albe et le roy, mons' mon fils, dont, encores (|u'en ayez souvent eu advis, j'ay bien voullu vous faire redicte, afin qu'en ayant la mémoire plus récente, vous puissiez tant mieulx rendre capable ledict S' roy calholicque de la façon de laquelle lediet duc d'Albe s'est comporté avec nous: estant une des occasions de la présente despéche, comme aussi pour le prier instamment de nous envoyer les quatre mille Espaignols qu'il nous a promis, et les faire passer par Fontarabie, pour de là prendre leur chemin droit la part que
sera mondict fils le duc d'Anjou , et aussi pour luy dire lestai auquel sont de présent les affaires du ro\ , et luy demander le remède aux nouveaux inconvénients qui nous peuvent survenir, dont nous avons advis de louts costez.
Vous hiy direz donc et remelirez devant les yeuix ce qu'il a bien peu cognoistre, par l'intelligence qui est entre ses suhjccis rebelles et ceulx du roy, mondict fils, que la présente guerre luy est commune comme à nous, et que, lorscpi'ils porront exécuter leurs desseins au préjudice de ce royaulme, ce sera à luy à courir la mesine fortune, et par conséquent à toute la chreslienté : à quoy il est besoing pourvoir de bonne beure et, suivant l'amitié et bonne voisinance qui doibt estre entre nous, nous ayder à bon escient à chasser le mal qui est en ce royaulme, pour le garder de tomber sur luy. Et encore que nous ne doublons aucunement de sa bonne volonté en nostre endroit, si est-ce que nous ne pouvons nous louer de ses officiers en la Franche-Conlé, lesquelz, tant s'en fault qu'ils ayent empescbé le duc de Deux-Ponts en son passage, qu'estant audicl pays il a esté accommodé de vivres et de ce qu'il a eu besoing, et rcjecté en ce royaulme, sans qu'ils ayenl jamais voulu permettre à mon cousin le due d'Aumalle d'entrer en ladicle Conté avec ses forces, qui estoint telles qu'il pouvoit aisément se loger aux passages estroicls, et par ce moyen empescber l'entrée dudict duc. A quoy néanlmoins nous avons travaillé depuis tant qu'il nous a esté possible, et ehercbé les moyens de garder ledicl duc de se pouvoir joindre avec l'admirai : ce que nous avons trouvé fort didicillc sans mettre au hazard d'ime bataille l'Hlslal du roy, mondict fils, ce que ne lui a esté conseillé par aucun de ses bons serviteurs et subjects, ny mesme par le duc d'Albe, lequel par plusieurs fois a envoyé par-devers nous pour nous prier de ne vouloir combattre, ny bazarder ce que avec le temps nous debvions tenir tout asseuré. Qui est l'occasion que ledicl duc a eu la commodité de venir trouver ledicl admirai, et mettre toutes leurs forces ensemble, qui ne sont pas si petites qu'elles ne facent le nombre de dix mil ehevaulx, dix mil hommes de pied françois et quatre mil lansquenetzi toulesfois le roy, mondict fils, n'est si despourveu de moyens et de grandes forces qu'il n'espère en venir à bout el les renger à la raison, sans qu'il luy soit besoing pour ccsl effecl d'estre secouru de plus grandes forces que celles (|u'il a de présent en son royaulme et lesdicls quatre mil Espaigiiols qu'il attend du roy catholicque, pourveu qu'il fut bien certain que d'Angleterre ou d'Allemaigne il ne vint autre secours à ses rebelles. Mais ayant eu advis certain el véritable , depuis peu de jours, que la royne d'.-Vngleterre vouloit faire faire une descente eu Picardie el Normandie, et que le duc Casimyr faisoit une levée d'un grand nombre de ehevaulx, et qu'il esioit prest pour s'acheminer bicntost par deçà , et voyant qu'il nous esloit impossible luy pouvoir résister, nous avons pensé qu'il esloit besoing que le duc d'Albe meisi en effecl ce qu'il nous a cy-dcvant asseuré devoir estre prest pour nous secourir, et qu'il empesche l'entrée dudict Casimyr : sur quoy le roy, mons' mon fils, luy a escript
286 DEPECHES DES AMBASSADEUKS.
à bon escient et envoyé un gentilhomme exprès pour sçavoir si, clans le temps que nous en aurons affaire, sesdictes forces pourront eslre prestes : sinon il t'auldra ipie nous elicrchions quelque autre expédient.
Voilà la raison qui m'a meue vous faire la présente despèclie, par l'advis de mon lils le duc d'Anjou et de touts les sieurs et capitaines qui sont en cesie armée, où je suis venue depuis peu de jours, alin que vous faciez entendre audici S'^ roy calholicque ce qui a este escript au duc d'Albe, fondé sur lasseuranee que luy-mesme nous a tant de fois donnée de vouloir embrasser ce faict comme le sien propre, et le commandement que nous sçavons qu'il en a faict par plusieurs fois audict due: en tjuoy il est besoing, monsieur de Forquevaulx, que vous vous employez de façon que luy faciez cognoistre combien ce faict luy importe, nous touchant de si près, et faire ([u'incontinent il en escripve audict duc, n'estant plus question de différer, mais y marcher avec telle promptitude et dilligence qu'il est requis en affaire de si grand importance et de laquelle il est tant intéressé.
Je désire, monsieur de Forquevaulx, que vous me renvoyez ce porteur en toute diligence, avec la response bien résolue, escripvant au roy catholicque, mondiet (ils, pour cest effect.
Pag. "Àoi. — Au roi, Madrid, 6 juillet 1S69. Le roi catholique est demeuré aux champs depuis le 9 mai; il est attendu à Madrid aujourd'hui ou demain. — Il écrit au duc d'Albe, pour le secours que le roi a demandé, et promet d'envoyer le plus promptement possible les quatre mille gens de pied espagnols. — Il a fait dire hier à Forquevaulx, par le cardinal de Sigùenza. que l'empereur était content de donner au roi l'archiduchesse Isabelle, et le roi de Portugal d'épouser madame Marguerite, mais que les deux mariages devaient être traités par lui.
Pag. 233. — A la reine, même date. Il entre dans beaucoup de détails sur les deux points que mentionne sa lettre au roi du même jour, et ajoute que, selon les intentions du roi catholique, des pleins pouvoirs doivent être envoyés à lui, Forquevaulx, pour traiter des deux mariages. — Il a en vain tâché de savoir du cardinal de Sigiienza quand les mariages se pourront célébrer; le président du conseil royal lui a seulement dit que son maitre voulait rendre LL. MM. TT. CC. bientôt contentes : « Je pense, » quant à moi, — dit Forquevaulx — que ce roy entretiendra VV. MM. » longuement en ces traictez, gaignant temps avec le temps, et n'en sçau- » rois deviner l'occasion , si ce n'est d'accuser son naturel, qui procède
» froidement et si lentement en ses propres négoces, de quelque nature et » importance qu'ils soinl. que touts ceulx qui ont à négolier avec luy » perdent souvent la patience.... »
Pag. !264. — Forquevaulx au roi catholique. Madrid. I'"'^ juillet 15(59. Il sollicite des explications sur les secours promis au roi très-chrétien, et sur les nouvelles reçues de Vienne par le courrier de l'empereur arrivé le 18 juin.
Pag. :2G7. — Le roi à For{|uevaulx. Orléans. 4 juillet loGl>. .\ccueil fait au cardinal de Guise à la cour de .Madrid: affaire des mariages: peu de satisfaction que le roi a du duc d'Albe: intervention du roi catholique auprès de la reine d'Angleterre, etc. :
.Monsieur de Foniiiovaiilx, mon cousin le cardinal de Guise, ni';i\anl à son retour rendu conte do tout ce qu'il a négolié avec le roy L'aiiiolicque, mon bon frère, en son voyage , n'a oublié à me faire entendre le favorable recueil avecques lequel il a esté reccu et la démonstration grande que mondict bon frère a faicte du désir qu'il a de voir l'amitié qui est entre luy et moy entretenue invioiablement. Dont jay grande occasion d'en demeurer content et de l'en remercier : vous priant, monsieur de Forquevaulx, incontinent la présente receue, l'aller trouver pour faire cest office, lequel vous accompaignerez de propos aussi affectionnez que vous sçavez estre grande la volonté que j'ay tousjours eue à l'entretènement de ceste bonne amitié et inielligence, comme en donne assez de tesmoignage la résolution que j'ay prinse sur les mariages qui ont esté mis en a\ant, desquelz je ne verray encore si lost ([ue je voudray la consommation, pour le désir que j'ay que jwr ce moyen ladicte amitié soit rendue perpétuelle et inviolable. Et d'autant que mondiei bon frère m'a mandé (]u'il avoil envoyé vers l'empereur jjour sç.ivoir sur iceulx son iuieulion, et que sans ieclle il ne pouvoit, ne dépendant les choses entièrement de sa volonté, me donner entière résolution sur ce que mondict cousin le cardinal luy avoil demandé de ma part , je suis attendant nouvelles en bonne dévotion de la response dudicl empereur, aiin qu'incontinent aprèz je vous face sçavoir ce (juc vous aurez à faire : trouvant très-bon que le tout se maine par ambassadeurs d'une part et d'autre, pour les mesmes raisons qui ont meu mondict frère de le désirer. En sorte, monsieur de Fonpievaulx, que je désire, afin que les choses ne tirent en plus de longueur, vous sollicitiez très-inslammenl mondict bon frère de ladicte response, pour la m'escripre incontinent : qui est toute la charge que je vous donneray, par ceste despéche, pour ce regard.
.\u demeurant , suivant ci' que la royne, ma dame et mère, vous a mandé du camp, par l'advis de mon frère le due d'Anjou, des princes et capitaines qui sont |iréz de luy,
288 DÉPÈCHES DES AMBASSADEURS.
j'avois despêchc un gcnlilliomme vers mon cousin le duc d'Albe, pour le prier de me mander si , dans le temps que j'aurois besoing des forces qu'il m'a par tant de fois offertes, j'en pourrois faire estât pour empescher que la royne d'Angleterre et le duc Casimyr n'entiassent en mon royaulme avecques les forces qu'ils assemblent pour cest effect et pour venir au secours de mes rebelles : sur quoy lediet duc ma faict response si osloigncc des eomniandemcnls qu'il a eus dudiet roy catholieque, comme mesme m'en a asseuré mondict cousin le cardinal de Guise, que je ne puis en demeurer conlent et satisfait. Il me promet bien, au cas qu'il advienne une disgrâce en mon armée après avoir combattu, de me secourir de quelques reystres qu'il a, pour m'ayder à tourner visage à mes ennemis, mais il me remet à me résouldrc s'il me poiu-roit secourir, advenant que ladicte royne d'Angleterre et lediet Casimyr entrent en armes en mon royaidme, qui est l'occasion qui me presse le plus de luy demander secours, d'autant, Dieu mercy, que je me sents assez fort avec les forces que j'ay, comme madiciedame et mère vous l'a mandé, pour ranger mes ennemis à la raison, pourveu qu'ils ne soint secourus de dehors, comme je tiens pour certain qu'ils le doibvent eslre de la royne d'Angleterre, qui ne fauldra , maintenant qu'il n'y a rien qui la retienne, estant d'accord, comme elle est, avecques mondict bon frère , de se servir de l'occasion et mettre à effect sa mauvaise volonté contre moy. De façon, monsieur de Forquevaulx, que considérant tant de forces me tonibci- sur les bras et le peu d'espérance que me donne le duc d'Albc de me secourii-, comme je faisois estât pour les offres qu'il m'avoit faicics, qu'il faull que je vous die, et vous prie le faire entendre au roy, mondict bon frère, que je seray constrainct à chercher un autre expédient pour conserver mon royaulme, que mes ennemis veullent envahir: ce que je me promets qu'il trouvera tiès-raisomiable, pour l'amitié qu'il me porte et le desplaisir que je m'asseure qu'il recevroit de me voir réduict en une telle exirémilé. Et d'autant que j'estime que vous luy avez bien faict cognoistre, suivant ce que la royne, madicle dame et mère, vous a escript, combien le faict luy importe, je ne vous donneray charge plus expresse par la piésenle de lui remonstrcr, ains seullement de luy dire que ce seroit un bon expédient, pour retenir la royne d'Angleterre de se déclairer contre moy, comme elle veult faire, que de luy faire cognoistre que cesle cause nous est commune, à mondict bon frère et à moy , et que ceulx qui se déclaireront en ce faict et porteront pour ennemis de l'un seront tenus pour telz de l'autre. Et partant vous le prierez de vouloir faire cest office envers ladicle royne , luy mandant qu'il a entendu qu'elle me veult faire la guei-re, maintenant que je suis empesché à me faire rendre robcissance par mes subjeclz, et que si elle veult entreprendre quelque chose eontie moy, qu'elle se délibère de l'avoir pour ennemi. J'espère que cella la retiendra, pourveu aussi qu'elle ait occasion de croire que l'effect doibve suivre ce (]ui luy aura esté mandé, ainsi (jue je veidx pareillement espérer. Vous luy direz qu(; ce sont touls offices de cesle bonne amitié et union qui doibt estre entre luy et moy, et princi-
pallement en ce faict qui nous est si commun. Vous priant, monsieur de Forquevaulx, de m'advcriir incontinent de la response que ledict roy calholicque vous aura faicle.
Je vous envoyé un discours bien ample do tout ce qui s'est passé en mon royauime depuis me^ dernières, et un extraict de ce qui m'a eslc mandé d'Angleterre, par où vous cognoistrez que le différent qui est entre la royne dudict païs et le roy , mon bon frère, est tenu pour tout accordé, afln qu'estant du tout particulièrement informé, vous en puissiez user et ayder ainsi que vous jugerez estre à propos pour mon service : ayant délibéré d'ores en avant de vous advertir, touls les buict jours, de tout ce qui se passera en la chrcsticnté, à ee que, ayant lumière de toute occurrence en icelle, vous ayez tant plus de moyen de faire le bien de mon service. Et vous prie aussi de continuer à me mander soigneusement tout ce que vous apprendrez par delà.
J'ay aussi veu la response que le roy, mondict bon frère, a f;iicte à mon cousin le cardinal de Guise sur la permission que je désirois qu'il donnast à mes subjeclz qui ont terres es païs de son obéissance, de les vendre ou engager, pour me servir des deniers provenans d'iceulx en mes affaires, comme ils me l'avoint offert : qui est remettre les choses à la longue, d'autant que ledict duc d'Albe m'a mandé qu'il en a escript, il a fort longtemps, à mondict frère, lequel doibt eslre si amplement informé dudict duc qu'il peust, quand il lui plaira, prendre résolution de me satisfaire en cest endroit sans remettre plus le faict à la longue, comme vous l'en prierez de ma part, bien notamment, pour aprèz madveriir aussi de la response qu'il vous aura faicle.
Pa^:. 297. — La reine à Forquevaulx. Orléans. 4 juillet 1569. Elle le charge de se plaindre, de sa part, au roi catholique, du peu de respect que le duc d'Albc a montre pour les commandements de son maître. — Elle rappelle les filles françaises qui étaient au service de la feue reine. — Elle annonce à Forquevaulx que le roi a résolu de récompenser ses services de telle manière qu'il en sera satisfait.
Pag. 501. - Au roi. .Madrid. 6 août 1S69. Il a eu, le 20 juillet, audience du roi catholique, qui. depuis le 6 du même mois, n'a bougé de Madrid. Il s'est acquitté, dans celte audience, de ce dont il a été chargé par la dépêche du i juillet, et rend compte des réponses qu'il a reçues. Contrairement à ce qu'il a dit dans d'autres lettres, il assure « qu'il estime l'intention de >> ceste Majesté très-bonne et très-affectionnée » envers le roi; « et, s'il y » a longueur en ses démonstrations et en ses œuvres, cella procède de son » naturel trop lent et froid en toutes choses: et bien heureux qu'il est de » n'avoir des ennemis puissants et remuants : car. s'il ne devenoit plus
» expéditif qu'il n'est, il s'en trouveroit bien mal. » — Nouvelles de la guerre de Grenade, d'Afrique et d'Allemagne.
Pag. 510. — A la reine, même date. Nouveaux détails sur l'audience quil a eue du roi catholique le 20 juillet. A ce propos, Forquevaulx dit que ce monarque « ne s'esmeut jamais pour chose qui luy advienne, au moins » qu'il le donne à cognoistre. » — « Le bout de l'an du prince • se feist à » vespres le lundy, 2d juillet, et lendemain à la messe. Les princes de » Bohesme s'y trouvèrent, les ambassadeurs et seigneurs de cesle court, » portant capes longues et bonnets de drap à leur mode. — Le roy catho- » licque s'est tenu relire au monastère de Saint-Hyéronime depuis le 23« » jusques au 27^. » — Dispositions prises pour le départ des dames françaises et des oiliciers qui ont servi la feue reine. — Affaire des mariages. — Forquevaulx engage la reine à écrire quekjuefois au prince d'Eboli, en qui elle a un très-affectionné serviteur: il croit qu'elle ferait bien aussi d'écrire au cardinal de Sigùenza , « qui peust tout ce qu'il veult auprèz de » ceste Majesté. » — 11 fait encore l'éloge du secrétaire Çayas.
Pag. 554. — A la reine, Madrid, 9 août 1569. — Joie causée à Madrid par la nouvelle d une victoire que le marquis de los Vêlez a remportée, le 4, sur les Morisques.
Pag. 55(j. — A la reine, Madrid, 19 août 1569. Le roi catholique est allé faire la Notre-Dame à l'Escurial; il est de retour depuis hier. — Opposition des Aragonais à l'inquisition; désaccord entre le roi et le pape :
On dit qu'il ne partira de ce lieu que ce ne soit pour s'acheminer en Aragon, où il y a du difl'érent entre touts les estais et peuples dudict royaulme, qui sont bandez contre ceul.x de l'inquisition, lesquelz, soubs ce prétexte, prennent cognoissance de toutes causes et sur toute manière de personnes à la rigueur : de sorte qu'il y a apparence d'y voir advenir des troubles et sédition, s'il n'y sera remédié de bonne heure, car, de plus, le pape vcult juger leur différent, pour ce que lesdicts estais sont appelants à S. S. contre l'inquisition, et S. M. C. ne vouldroit que l'appel allasl à Rome. Par quoy, tant à l'occasion de cella que d'autres rigueurs desquelles S. S. use envers ce seigneur roy et ses ministres et a usé, il n'y a pas toute la meilleure satisfaction du monde entre eulx. iNcanlnioins ledict père-sainct ne vcult rien faire ny céder, ny ce seigneur roy peidre ny diminuer : par ainsy c'est tousjours et de nouveau presler occasion l'un à l'autre d'eslre mal contents.
Le roi catbolicque vient de répondre aux articles que les princes de l'Empire ont pré-