LXIX. — Le roi à Ferrais, Melun, 30 novembre ioiîS
Si le prince d'Orange prent, comme nous estimons , le chemin de Champaigne,
pour letourner en Allemaigne, j'espère que mes affaires prendront l'heureux succès que le service de Dieu le requiert. J'ay esté adverty que ceulx de mes subjectz qui estoienl avccqucs culx se sont tous relirez avec grant effroy, pour les menasses que les Allemans leur ont faictcs, et ont abandonné trois pièces d'artillerie devant Genlys
LXXI. — Au roi , Cateau-Cambrésis, 6 décembre iS68. Le S'^ de la Mante, que le roi avait renvoyé au duc d'Albe, est retourné le 50 novembre. — Depuis son départ, le duc a eu la goutte et tient le lit. — Le S décembre est arrivé le S"^ de Moutiers, guidon de la compagnie du duc d'Aumale, envoyé par ce seigneur au duc. Us ont eu audience le 6. — Moutiers a dit au duc que le duc d'Aumale espérait bientôt venir le joindre avec ses troupes. Le duc a répondu < qu'il n'estoit de besoing que mondict seigneur » d'Aumallc se destournast des aultres affaires qu'il pouvoit avoir là où » il estoit pour le service de Vostre Majesté, pour ce qu'il avoit eu seur » advertissement, venant du camp du prince d'Orenge, que luy et son » armée s'encheminoient et retiroient en Allemagne, avec sauf-conduit et » permission de Vostredicle Majesté, leur faisant baillier vivres et aultres
» choses nécessaires pour leur passage, et qu'ilz estoient desjà bien fort
» a\ant, mesnies près tlAstenay , et qu'il sçavoit bien que Voslre Ma-
» jesté avoit faict cappilulcr avec eulx. » — En général le duc se montrait peu satisfait du roi de France. Il se plaignait d'avoir été retenu pendant vingt jours à Cateau-Cambrésis, avec son armée, pour le service de ce roi, et d'avoir dépensé ainsi plus de deux cent mille ducats.
L.XXII. — A la reine, Cateau-Cambrésis, 7 décembre I068. Le duc a rompu ou rompt aujourd liui son camp et armée: il compte parlir pour Bru.velles demain ou jeudi.
LXXUL — Au roi, même date. Le maréchal de Cossé lui ayant mandé que le prince d'Orange se relirait par IcRélhelois, et que, si le duc se \oulail avancer par là avec quelque nombre de gens de cheval et de pied, ils pourraient ensemble mettre en pièces les troupes dudit prince, Ferrais est allé trouver le duc. lequel lui a dit <( que Icdict seigneur maresclial lui » pouvoit avoir escript ce qu'il avoit voulu , mais qu'il estoit tout asseuré » que ledict prince d'Orange et tous ses reistres se retiroient en Allemagne, » et que ung conte Chambourg ' avoit négotié cela pour le service de » Vostre Majesté. »
El me dict davaniaigc, Sire, que vous luy aviez mandé cl faicl entendre que, quani il luy plairoil el bon luy senibleroii, il pouvoit rompre son camp et armée, dauhant que Voslrcdicte Majesté n'avoit pour le présent afTaire de secours , laquelle Tavoit rcmcrcyé du séjour qu'il avoit faict par deçà pour son service, et me dict ipie, si Icdict prince d'Orenge et sadicte armée ne s'en fussent allez, et qu'il eust faict semblant de retourner ou demeurer en France, qu"il les eust tous dcsgoullez - et rompus les cavcssos ^ : qu'est le terme duquel tousjours il use, avec beaucoup d'autres des plus belles paroles du monde , et que, voyant cela , il vouloit dès aujourdliiiy rompre tout sondiet camp , pour les maladies qu'estoient desjà parmy ses gens de pied, et que, s'il se porloit mercredi ou jeudi prochain miculx de sa goutte, connue il commcnçoyt desjà de faire, qu'il s'en voulloit aller au Quesnoy el de là à Montz en Hénaull, pour se rendre, devant Noël, à Bruxelles.
Samedy dernier, quelques Valons el Espagnolz allarent à ung village qu'est dans le duché de Guyse el qu'est dans vostre frontière; et, voulant eulx saccager cl piller Icdict
' Schoinbcrg.
' Dcsgoullez , de l'espagnol degotlados , décapités.
' Cavessef, de l'espagnol cabeças . Icles.
village, comme ilz ont faict beaucoup d'aullres de deçà, quelques paysans voulant tenir fort dans leurs maisons, pour se garder d'estre piliez et saccagez, lesdicts Valons en blessarent aulcuns, el lesdicts paysans aussy, se deffendans, blessarent quelque Valon et Espagnol. Et sans en faire aullre information , l'on y envoya le lendemain ung nombre d'arqucbouziers el aultres soldats qui ont prins quatre desdicts paysans; et furent amenez dimanche au soir en ce lieu et mis en piison; et lundi de matin, comme M. de Tranchclyon * ni'cust envoyé la requeste desdicts pauvres paysans, pour en faire instance audict seigneur duc, quant j'en voulus aller parler, je trouvay que les troys estoient desjà pendus et cstranglez, et que le quatriesme estoit sur l'eschelle ; et, quant j'ay voulu parler au prévost el luy demander quelle forme de justice l'on avoit gardée ausdicls pauvres paysans françois, il me dict que c'estoienl des volleurs, et n'en sceuz avoir aullre raison. J'espère aujourd'huy d'en parler avec ledict sieur duc : mais cependant ilz sont mortz; el croys certainement. Sire, que ces pauvres gens n'avoient en leur vie faict acle maulvais ny meschant.
LXXVI. — Au roi, Mons, 16 décembre 1568. Le roi, par des dépêches du 5, l'avait chargé d'aller trouver le duc et de lui dire qu'il n'avait pensé à faire présenter passage et vivres au prince d'Orange et à son armée, s'il voulait retourner en Allemagne, qu'après que le duc lui-même avait conseillé d'ainsi le faire. Pour montrer qu'il ne voulait rien négocier en cette affaire sans le su du duc, le roi avait envoyé à Ferrais, pour être communiquée au duc, copie authentique des propos que le colonel Schomberg et le S"^ de Favelles avaient tenus au prince d'Orange de sa part, et de la réponse du prince, ainsi que de la dernière communication que Schomberg allait lui faire. Comme le prince ne se hâtait guère de retourner en Allemagne, et que les uns prétendaient qu'il avait dessein de se joindre au prince de Condé par la Bourgogne, d'autres d'aller vers le pajs Messin, pour favoriser la descente du duc de Deux-Ponts et se joindre à lui, le roi désirait que le duc allât du côté des frontières du Luxembourg se joindre au duc d'Aumale. — Ferrais a communiqué au duc le contenu de ces dépêches, sans lui lire cependant la proposition du S'' de Favelles et la réponse du prince, dont quelques mots auraient pu blesser le duc. — Celui-ci lui a fait faire, par le S"^ de Noircarmes, une réponse assez évasive.
LXXVIII. — Ferrais au duc d'Aumale, 28 décembre 1568. Le duc d'AIbe
' Gouverneur de Guise.
a envoyé dans le Luxembourg, sous le comuiandemenl du comte de Mansfelt, mille chevaux et quatre à cinq mille hommes de pied.
LXXIX. — Ferrais au duc d'Aumale, Bruxelles, 7 janvier io69. Sur les instances qu'il a faites au duc d'Albe. suivant les ordres exprès du roi, le duc lui a dit hier qu'il regrettait de ne pouvoir secourir le roi de sa cavalerie légère, qui était fort diminuée et fatiguée, mais qu'il avait ou aurait dans le Luxembourg, pour le lu au plus tard, mille reitres sous deux cornettes : l'une de six cent cinquante commandée par Hans Bernard, l'autre de quatre cent vingt ou quatre cent trente conuuandée par Hans Brempt, lesquelles iraient joindre le duc d'Aumale et feraient tout ce qui leur serait ordonné par lui. — Le duc ne doute j)as qu'avec ce secours le duc dWumale ne soit en état de mettre en déroule les forces du prince d'Orange.
LX.WII. — Au roi, Bruxelles, 2i janvier IoC9. iNégociation à Anvers pour un emprunt de deux cent mille livres, restée infructueuse, à cause de la crainte que les marchands et banquiers ont d'une guerre avec l'Angleterre :
Je veux bien asscurer V. M. que je n'ay veu en ma vye gens si estonnez que sont aujouiil'hny lous cculx qui ont quelques facullez et négoces audict Anvers, de manière que, quant l'on leur parle d'entrer en quelque party, soit de la part de monsieur le duc d'AIve pour le roy calholicque, son maistre, ou pour quehpie autre prince et potentat, que quelque prouflict et seurcié (pie l'on leur sache présenter, ilz n'y veullent en aucune façon entendre, et mesines les Génevoys, avec lesquelz ledict S' duc a accoustumé de négoiier, quant il a aiïairc de deniers, luy ont faicl entendre que, silz ne recouvrent ce qui leur est deu en Angleterre, et mesines les sommes qui leur ont esté piinscs dans les navires que la royne d'Angleterre a relenuz, qu'ilz n'auront plus de moyen de faire aucun pariy avec luy.
Suivant les ordres du roi, il a demandé au duc un secours plus considérable que celui qu'il a envoyé vers Luxembourg. Le duc a répondu que, outre les mille reitres promis par lui, il avait envoyé quatorze enseignes de Wallons, et que, dans huit ou dix jours, il espérait qu'une autre cornette de quatre cents reitres y serait encore; que cela était suflîsant, avec les troupes du duc d'Aumale. pour rompre l'armée du prince d'Orange.
Ledict situr duc a tenuz les cstalz de ces pays en ccsle ville, et demandé, pour l'année présente, pour aydir à sousienir les forces qu'il est eonstrainct de tenir prestes.
ung million de florins : ce que le pays a rcmonslré ne pouvoir perler. Toutcsfois je pense qu'il fanldra que les trouve. L'année passée ledicl pays ne paya que in" mille florins. — Il a fiiict cappilaine et gouverneur de la citadelle d'Anvers le cappiiaine qui cstoit de sa garde, nommé Cliianche ' d'Avilla, et dimanche dernier son filz don Fédéric le meit en possession audict Anvers
LXXXIII. — Au roi, Bruxelles, 31 janvier 1S61). Le comte de Mansfeit n'a voulu accepter le commandement des troupes rassemblées dans le Luxembourg, pour aller se joindre au duc d'Auniale.
LXXXVUI. — Au roi, Bruxelles, 28 mars iS69. Le duc, à la nouvelle de la victoire remportée par le duc d'Anjou sur les rebelles du roi % a fait rendre grâces à Dieu et faire procession générale, à laquelle il a assisté avec toute sa cour et cinq enseignes d'Espagnols qui sont à Bruxelles. Ferrais lui a lu le récit de cette victoire que le roi lui a envoyé : le duc l'a embrassé, pour lui en témoigner sa joie; il lui a dit « que, depuis qu'il » est nay, il n'a eu qu'une autre seulle nouvelle qui luy ayt apporté si » grand joye et conlantement comme a faict cestedicte bonne nouvelle, » laquelle fut quant l'empereur son maistre obtint victoire à la journée » d'Inglestad '. » — Il espère que le duc de Deux-Ponts et la reine d'Angleterre seront désormais plus sages. — Il a dit à Ferrais que le comte de Mansfeit était maintenant joint avec ses forces aux troupes du duc d'Aumale.
XCV. — Au roi^ Bruxelles, 13 juin 1569. Tournoi à Bruxelles; disputes des Wallons et des Bourguignons avec les Espagnols :
J'escripvys à V. M., par ma dernière du vni *, comme le jour mcsme se debvoicnt faire quelques jousies et tournoys pour l'amour des nopccs que s'estoicnt, le jour de devant, faictes du conte de Lallain avec la fille de feu monsieur le conte d'Arambergue. Lesdictcs jousics furent remises pour d'icy à troys sepmaines ou ung moys, et y cust ce jour-là ung combat à la barrière faict en la place de ceste ville, qui fusl certainemenl de despence de plus de cinquante mil livres, tant de la part des tenans comme des irouppcs qu'il y eust d'assaillans Audict combat s'est commencé une certaine jal-
' Sanclio.
^ A Jariiac, lo 13 mars.
' Ingolsladt. l/afTairc dont parle le duc d'Albc cul lieu le 31 aoùl 1546.
' Elle n'est pas dans le registre.
lousyc et picque entre les Espaignolz contre les N'allons cl Bourguignons, que dcsjù ilz se vont la nuict cercheans les ungs les autres, et en certaines rencontres il y en a eu de bien blessez et ung paige du prince dEspinoy tué cl deux ou trois aultres; et pcnsc-l on que ccste envyc ou querelle s'augmentera fort niardy prochain , que deux trouppes d'Espaignolz, eliascune de six hommes, eonduicles par M. le prieur ' l'une, cl l'aultre par le eonneslable, son frère, contre deux aultres trouppes de Willons et Bourguignons, de semblable nombre, eonduicles, l'une par M. de Bossu et l'aultre par le conte de Lallain, combalront à la foulle dans le logis dudicl S' prieur, qui donne le festin ledicl jour à cculx desdietcs nopees.
XCVII. — Au roi, Bruxelles, 26 juiu 1569. iM. de Fleury, que le roi a chargé dune mission spéciale auprès du duc d'Albe, s'en retourne el lui rendra compte de ce qu'il a négocié.
XCVIII. — Le roi à Ferrais, 4 juillet 1569. Le S"" de Fleury avait été chargé de demander au duc d'Albe deux choses: la première, si le roi pouvait compter qu'il le secourrait de toutes ses forces, au cas qu'il en eiit besoin contre ses ennemis, qu'il se disposait à aller combattre; la seconde, quel appui le roi devait se promettre de lui contre les armements de la reine d'Angleterre et du duc Casimir. — Le duc a fait répondre au roi. par don Francés de Alava, sur le premier point, que. s'il a le malheur d'être battu par ses ennemis et ruiné, il le secourra de toutes les forces qu'il lui sera possible; sur le second point, il a demandé délai pour répondre, le trouvant de grande conséquence^ et n'étant pas d'opinion, du reste, que le roi ail quelque chose à craindre de la reine Elisabeth ni du duc Casimir. — Le roi n'est pas satisfait de ces réponses , qu'il trouve peu en harmonie avec les promesses du roi catholique el celles du duc lui-même. Il ordonne à Ferrais d'aller trouver le duc, et de réclamer des explications plus précises.
XCIX. — Le roi à Ferrais, 12 juillet 1509. Don Fraacés de Alava est venu le trouver, et lui a dit ce qu'il doit espérer du duc d'Albe au cas que la reine Elisabeth et le duc Casimir veuillent lui faire la guerre. Il en a été très-satisfait. (Il ne s'en explique pas davantage.)
^- — Au roi , Bruxelles. 15 juillet 1569. (Lettre de douze longues pages.) Il a eu audience du duc dimanche dernier. — Le duc lui a dit que le roi
' Don Fernando de Tolède, fils naturel du duc d".\lbc.
devait être satisfait des réponses qu'il lui avait fait donner par don Francés de Alava. et qui étaient, en substance, qu'il était prêt à le secourir contre tous ceux qui voudraient favoriser ses ennemis.
Et me dict, en jurant le saincl-sncrement qu'il avoit ce jour-là rcceu en la messe, que, si l'armée de V. M. et les forces de voz ennemjs feussent esté aussy bien auprès de Paris comme près de Lymoges, qu'il y seroit dcsjà allé luy-mesnics en personne avec les forces qu'il avoit, et qu'il ne se faiiloit point eslonner s'il avoit prins quelque délay pour penser à répondre au second article proposé par le S' de Fleury, pour ce qu'il convenoit grandement d'adviser, pour le service de son niaistre, s'il debvoit faire ouvertement la guerre à la royne d'Angleterre,etde rompre du tout une paix, amystié elallyance de sy longtemps et par tant de neuz nouée
J'oubliay d'advertir V. M., par ma dernière dcpesclie, comment l'empereur avoit envoyé devers ledict sieur duc le conte de IMontfort, allemani, qu'est cclluy qui a assisté, pour ledict empereur, à la dernière diclte qu'a esté tenue à Francfort. L'on dict qu'il a esté le moyen, à la requeste du conte pallaulin , de faire que ledict sieur duc soit allé dernièrement véoir la conicsse d'Aiguemonl, seur dudicl coule pallaulin. Je n'ay encores peu apprendre aulcune aullrc parlicullarilé de ce que ledict conte de Montfort a négotyé par deçà.
Ferrais entretient ensuite très-longuement le roi d'une conférence secrète qu'il a eue, à cinq lieues de Bruxelles, avec le duc Eric de Brunswick et qui a duré de quatre à huit heures du matin, « sans que nous avons esté » veuz, congneuz ni apperceuz d'aulcune personne du monde que de noz » gens. » Le duc Eric ne sollicitait aucune pension du roi, ni ne demandait d'entrer en son service, comme on se l'était imaginé. Il voulait obtenir en engagement une terre domaniale en France, pour la transmettre à un fils bâtard pour lequel il avait une grande affection. Ferrais finit par l'amener à prêter au roi trois cent soixante mille livres, dont une partie serait appliquée sur une terre.
CIV. — Au roi, Bruxelles, 24 juillet lo69. A la réception de la dépèche du roi du 17 ', il a demandé audience au duc, qui la lui a donnée hier. — Selon les instructions du roi, il a déclaré au duc la satisfaction cjue le roi avait eue de la réponse donnée par don Francés de Alava sur le point du secours demandé au cas cjue la reine Elisabeth lui voulût faire la guerre;
' Elle est dans le registre sous le n" CI.
et en lui léiiioignant lo contontcnu'ut (|ue le roi avait du secours cn\oAé sous les ordres du comte de Mausfelt, il lui en a demandé un nouveau de deux mille hommes de cavalerie et trois mille gens de pied. Le duc a fort mal reçu cette demande; il avait consulte préalablement les S" de ^oircarmes et de Berlaymont et le président Yiglius. « sans lesquelz il ne » concludny prend résolution guères sur quelzconques affaires, et lesquelz, » comme, longtemps y a. par aullres myenncs depesches. j'ay laict entendre » à \ . M., j ay tousjours congneuz et trouvez fort froidz et |)0u ou point » affectionnez au service de \ ostredicte Majesté »
CV. — Au roi, Bruxelles, 51 juillet 1369. Le duc l'a mandé et lui a dit qu'il avait des avertissements certains que la reine d.Angleterrc était résolue à lever le masque et à faire la guerre au roi de France, il lui a dit aussi que rengagement des trois mille reitros tonus jusqu'alors par lui en irarlgelt allait expirer, et que, si le roi désirait qu il les retint pour les faire marcher en France, sans trop s'éloigner pourtant des Pays-Bas. il les soudoierait aux dépens de S. M. C. Il a ajouté que, si les ennemis du roi venaient jusqu'à Paris ou à dix ou douze lieues de cette capitale, il ne manquerait pas daller en personne secourir le roi avec toutes les forces (ju il pourrait tirer des Pays-Bas.
CV'I. — Au roi . Bruxelles, 2 août 1360. A propos du seigneur de .Noircarmes. Ferrais dit « qu'il est comme l'àme du duc d'Albe. et le seigneur » de par deçii qui le possède le plus. »
CNIII. — .\u roi, Bruxelles, 7 août 1369. .\udience qu'il a eue du duc. iluquel il a appris que le roi refusait les trois mille reitres, et qui s'en est montré peu satisfait. « Je vous asseure, Sire, que je lay à ce coup trouvé » autant froid et retenu comme il s'estoit monstre, ces jours passez, libéral » en ses propos, et ne puys i«férer par sa contenance qu'il n'aye quelque
» defficnce que je ne puys comprendre » — H résulte d'un passage de
celte lettre que le duc Éric de Brunswick était allé en France pour visiter les terres que le roi voulait lui donner.
CIX. — .\u duc d'Anjou, même date. Touchant deux difficultés qui se présentaient dans l'affaire proposée par le duc Eric.
C\l\. — A la reine, .Vnvers, 2i septembre 13119. Il lui recommande Mathurin Longuet, à qui il donne la conduite des deniers qu'il a reçus du duc Eric.
CXV, CXVI. — Bordereaux de deux sommes, l'une de trente-six mille deux cent trente-trois livres neuf sols neuf deniers, l'autre de cent vingt mille florins, reçues du duc Eric.
CXV'III. — Au roi, Bruxelles, 3 octobre 1S69. Les avis et discours que le roi lui a envoyés sont venus fort à propos « pour abattre infinyes maul- » vaises nouvelles que certaine canaille de gens ne cessent jamais de faire » courir par deçà, et plus en la ville d'Anvers que en toutes aultres. » — Chiappin Vitelli partira dans deux ou trois jours pour l'Angleterre; le duc lui donne pour conseil le docteur Foncq, « estymé le plus docte de ce pays » et grand orateur, » et le secrétaire Prats.
Depuys le commencement du dernier moys de septembre, ung sieur Douiin ', du pays d'Arlhois, le bastard de Brederode et le sieur de Langastre -, flamans, fugitifz de ces pays, ont trouve moyen de recouvrer, en Angleterre et aullres poriz, dix-sept OH dix-huit grandz vaisseaux de guerre, fort bien armez et munys d'arlilicryc et pouldres, sur lesquclz iiz ont mis deux ou trois mil harquebusiers wallons, aussy fugitifz, et quelques François aussy, et sont allez descendre aux isles de Fly et Tessel, qu'est à l'entrée de la mer et du passage qui va à Amstredam, la plus riche ville qui soit en Hollande ny en ces Pays-Bas après Anvers, ne pouvant ceulx dudict Amstredam négotier par mer sans passer par là. Et depuys ung moys ou environ qu'iiz sont descenduz èsdictes isles, ilz ont prins plus de soixante navires chargées de cires, bledz et de toutes aultres bonnes marchandises; et s'ilz prenoient une ville où l'on veult penser qu'ilz ont quelque intelligence, nommée Henelusem^, ilz osleroient entièrement la navigation et traffîcque de mer ausdicts Hollandois: de laquelle ville de Henclusem sortent en temps de paix plus de quatre cens grandes hourqucs , pour aller traffîcquer en tous pays. Le sieur duc d'AIve y a faict approcher cinq compaignies d'Allemans du régiment du conte Lodron.
Arrivée à Bruxelles, le le-- octobre, du comte de Vaudemont, qui descend chez le marquis d'Havre et qui, le 2, va voir le duc d'Albc. — Le duc de Nàjera et le connétable de Navarre, fils du duc d'Albe, partent aujourd'hui pour retourner en Espagne par la Lorraine ; le duc dAlbe les fait escorter par deux compagnies d'arquebusiers à cheval et deux compagnies de chevau-légers espagnols.
' Adrien de Bergen, seigneur de Dolliain. ^ C. de Ilouchin, seigneur de Longastrc. ' Enckhuyzen.
C.XIX. — A la reine, inèine <lale. Don Francés de Alava s'était rendu, à Paris, l'organe du mécontenleinenl du duc d "Alhe, à l'occasion des voyages faits par Ferrais à Anvers pour la négociation avec le duc Eric de Brunswick. 11 explique comment les choses se sont passées. — Sitôt que le duc d'Albe fut averti de la pratique que Ferrais avait avec le duc Eric, il essaya de la faire tourner à son profit. — Ferrais sut que le duc allait à .Anvers autant pour cet objet que pour toute autre alTaire : il It; deAança. et. voyageant la nuit, il arriva à Anvers le malin, tandis que le duc n'y arriva que le soir, et il ne but ni mangea qu'il n'eut tous les deniers qui lui devaient être fournis. — Sans la promptitude dont il a usé, l'affaire aurait peut-être manqué. — Le duc d'Albe s'était plaint aussi de propos qu'il aurait tenus dans le bateau, à son voyage de Bruxelles à .Anvers : il se justifie sur ce point: il était dans ce bateau « en babil dissimulé. » et ne parla à personne. Il sest expliqué là-dessus avec le duc lui-même, qui lui a dit « que ce » sont propos engendrez avec lèvent et passables de mesmes, et que ce » n'estoit pas la première foys que je luy avois faict mesme plainte, et que n je me pouvoys souvenir de ce qu'il m'en avoit tousjours dict. qui est en » somme qu'il ma dict derechef qu'il me lenoit et désiroit auprès de luy, » pour me congnoistre fidelle serviteur de mon roy et l'un des meilleurs » amys de luy-mesmes, et que. quelque chose que l'on me dist, il m'ayn nioit comme sy j'estoys son propre filz »
CXX. — Au roi, Bruxelles, 1(5 octobre ia()9. Félicitations sur la victoire remportée par le duc d'.Anjou '. Il a conduit chez le duc d'Albe M. ^ etus, secrétaire du roi. qui en a apporté la nouvelle, avec un ample discours du succès de l'affaire. Le duc en a fait plus de démonstrations de joie et de contentement qu'il ne serait possible d écrire. « comme au semblable ont » tous les seigneurs et capitaines qui sont près de luy par deçà, et non- » seulement eu.x tous, mais aussi s'en est venu parmy tout le peuple une si » grande allégresse qu'il sembloit que chascun fust hors de soy-mesmes. » — Le duc ne peut secourir le roi que de cent milliers de poudre, au lieu de deux cents milliers qu'il lui avait fait demander par son secrétaire. — Ferrais attend d'un jour à autre l'arrivée à Anvers de quarante mille florins que le duc Eric doit fournir. — Au moment où Chiappin \itelli se
• A .Montcontour, le 3 octobre.
478 DÉPÈCHES DES AMBASSADEURS.
disposait à partir pour l'Angleterre, la reine lui a fait dire « que pour » cesle fois il n'eust à passer oultre. »
CXXI. — A la reine, même date. Félicitations sur la victoire du duc d'Anjou. — Nouvelles explications sur les propos qu'on lui prêtait à Paris au sujet du duc d'Albe.
CXXIV. — Au roi, Bruxelles, 7 novembre 131)9. Par sa dépêche du 26 octobre il a informé le roi qu'il partait d'Anvers pour aller trouver le duc Eric à Hooglistraeten. Il lui rend compte de sa conférence avec le duc, qu'il a remercié de ses offres pour la levée de vingt à trente enseignes d'infanterie et de quatre mille reitres. — Le duc, voyant le roi résolu à ne faire pour le moment aucune levée en Allemagne, est déterminé à aller en France visiter les terres que le roi lui a données pour dix ans; il désire avoir un passe-port pour lui et cinquante chevaux de son train. Il a pris les arrangements nécessaires pour le payement des cent mille florins aux reîtres étant au camp du roi. Il a fourni à Anvers les quarante mille florins auxquels il s'était engagé, et Ferrais tient cette somme à la disposition du trésorier de l'éparc^ne. — Le prince d'Orange est passé par Strasbourg, lui sixième, ayant traversé toute la France pour aller trouver le comte palatin à Heidelber»-, et l'on dit qu'il va solliciter les princes de leur parti de mener des secours aux rebelles du roi. — « Vostre Majesté aura peu voir, par » mes précédentes, que ung sieur Doulyn et le bastard de Brederode s'es- » toyent mys à escumer sur mer. Hz se sont depuis vouluz venir mectre » en la ville d'Ende ' avec leur larrecin de cent quarante navyres quilz » ont pilhé en deux moys et demy : mais le conte dudict dEnde ne les a » voulu recevoir, et ont perdu leur navyre admyrale par tempeste de temps. » Hz s'habillent tous de verd, pour aller à la Rochelle, comme l'on dyt, n et peuvent estre envyron de mil à douze cens hommes. » — Le duc d'Albe a fait saisir et mettre en mains du roi catholique les biens, terres, rentes et revenus du prince de Navarre aux Pays-Bas, qui ne rapportent pas moins de (juarante mille florins par an.
CXXV. Au roi, Bruxelles, 11 novembre 1.j69. Suivant les lettres du
roi du 22 octobre, il est allé trouver le duc d'Albe afin d'obtenir les cent milliers de poudre dont le roi a besoin: il a parlé aussi à don Frédéric,
' Emdcn.
l'HILIPPK H. 479
son fils, au trésorier i;;i'néral Sclielz. et. après cinq ou six jours de démarclics pressantes, il n'a pu rien obtenir. Sur ces entrefaites il a reçu les nouvelles lettres du roi, du 25, qui lui ordonnent d'acheter, s'il le faut, lesdites poudres et de les payer au moyen de l'argent du duc de Brunswick : il va se mettre en mesure de remplir cette mission. — « J'ouhivoys » dadverlir Vosire Majesté comment ledict sieur duc d'Alve me dict avant- » hier que le prince dOrengc est au chasteau de Aindelhergh ' avec le » prince Cazimire. lequel prince dOronge a faict escripre audict sieur » duc, ainsy qu'il dict, par certains princes tr.Mlemaigne. pour obtenir » grâce et pardon du roy catholicque »
C.XXVI. — A la reine, Bruxelles, 12 novembre l.j"69. .Mfairos des poudres sollicitées par le roi. Ferrais dit, à propos do ses relations avec le duc d'Albe : '< Quand je ne demande riens, je suis veu et receu de Son Kxcel- » Icnce comme son propre Iiicjio *, comme il dict; mais, quand c'est pour » demander quelque chose, c'est à recommancer »
CXXIX. — Au roi. Bruxelles, 22 novembre la09. Il n'a pu jusqu'à présent se procurer que sept cents quintaux de poudre, et il a été contraint de les acheter de la munition du roi calli()Ii(|ue. à laquelle tous les marchands sont obligés de porter les |>oudrcs qu ils font faire.
CXX.XI. — Au roi. Bruxelles, 18 décembre l.'iGD. Il a eu la plus grande peine à compléter les cent milliers de poudre, dont déjà une partie doit être à Paris, et le reste suivra bientôt. - Selon les instructions du roi, il est allé trouver le duc Eric à Baelen, village entre Hooghstraeten et Breda. Après trois jours de conférences et de délibérations, ils se quittèrent, le duc retournant à Lisfelt. d'où il promit d'envoyer sa réponse sur les propositions du roi. — Ferrais a reçu cette réponse, qu il envoie au roi : il en résulte que le duc est prêt à faire sa levée et à payer à ses gens le icartgelf de six écus: mais il s'e.vcuse de fournir les huit écus à'arrujhelt". Ferrais croit qu'il avancerait aussi cette dernière somme, si le roi voulait lui accorder une pension perpétuelle, point qu'il désire extrêmement : « Il ne le fault poinct » trouver estrangc, — dit à ce propos Ferrais — car il n'y a prince en la
' Iluidclbcrg.
" Ili'jio, jiour hijo, mol espagnol : fils.
• Arrit/kell, foiir an-ricitlijt II , mot nllcmand : solde d ' préparation.
480 DÉPÈCHES DES AMBASSADEURS.
» chrestienfé si subject à son prouflict qu'il en a la réputation en Alle-
» maic;ne et partout où il est cogneu »
CXXXVII. — Au roi, Bruxelles, "29 décembre 1569. Le duc Eric élève une nouvelle diflîculté sur le xvarlcjell de ses reitres: Ferrais envoie au roi une lettre qu'il a reçue de lui à ce sujet.
Harlay 228.
242, — Lettres du baron de Ferrais, ambassadeur en Flandres, au Roy, à la Reyne, au duc d'Anjou et au S^' de Villeroy, secrétaire d'Etat, depuis janvier 1570 jusques en mars 1571.
In-fol., pap., carlonnë.
Quatre-vingt-quinze pièces (I-XCV), formant lia feuillets écrits, sont rassemblées dans ce volume.
Les lettres de Ferrais sont originales; les réponses sont en minutes.
Il y a plus de suite dans ce Recueil que dans le précédent: on y remarque peu de lacunes.
I. — Au roi. Bruxelles, 17 janvier 1570. Diligences qu'il a faites auprès du duc Eric, afin qu'il paye les cent mille florins convenus aux reitres qui servent le roi: réponse du duc.
IV. — Au roi, Bruxelles, 27 janvier 1570. Nouvelles diflîcultés faites par le duc Éric au sujet du payement des cent mille florins.
IX. — Au roi, Bruxelles, 24 février 1570. Ariestation du secrétaire de la Torre ; déprédations sur mer du S> de Dolliain et du bâtard de Brederode :
Il y a quelque temps que j'escripvis à \. IM. comment le sieur duc d'Alve envojoit devers la roync d'Angleterre le S' Cliappin Vitelly, et que il luy bailla ung secrélaire du conseil de deçà, nommé La Tour '. Je n'ny pas encore peu bonnement descouvrir l'occa-
' Jacques de la Torre , secrétaire du conseil privé.
IMIILIPI'E II. 4SI
sion pour laquelle, ilepuys quinze jours, ledicl La Tour fui arrcstc en sa maison; el depuys il a esté amené prisonnier au chasleau de Viilevort, qu'est ung lieu où l'on envoyé ceulx cpii doivent eslie exécutez à mort |iar justice; et iny donna-on la gesne ' vendredy dernier. Quelqu'un m'a dicl que c'est pour avoir cscriplcs quelques lettres par deçà, luy estant en Angleterre avec lediet Vitelly, el quelque aullrc m'a dict que t'est pour avoir luy escripl quelques lettres d'icy en Angleterre. L'on veuit penser que lediet Cliappin Vitelly y est mesié en quelque chose.
\'. M. aura aussy veu, par plusieurs de mes lettres, comment les S" Douiin et le bastart de Brederode, avec certains capitaines françoys et wallons i'ugitifz avec culx, estoieni sur la mer avec certain nombre de vaisseaulx de guerre, pillant el eseumant tout ce qu'ilz trouvoient. Et me semble que, |)ar ma deiiiiére, je l'eys entendre à icelle comment ilz avoient de nouveau prins deux navires bolandoiscs dans lcs(iuellcs il y avoii vingtliuict ou trente mil daldres en deniers complans, oultrc plus de troys cens aultres navires que en plusieurs foys ilz ont pillées. Or jusques à maintenant ilz ont sy bien deseouverl tous les |)orlz de mer de ces Pays-Bas qu'ilz viennent à ecste beure courir journellement jusques prés de Dordrecb en Zélande, où l'on va d'Anvers en buiet ou dix heures. Cela occasionne lediet sieur due d'AIve d'envoyer au long de la eoste douze ou quinze enseignes d'Espaignols, et mesmcs du cosié de Gruningen en Frise, dont il se double grandement, |)our ce que lesdicls Douiin et de Brederode ont hyverné au port d'Emde, appartenant au conte d'Emdc, qui est bien fort voisin dudiel Gruningen; el maintenant certains capitaines de navires dudiet Emde sont entrez en grande contestation contre lesdiets Douiin et de Brederode, demandant participer à tout ce qu'ilz ont prins durant le temps qu'ilz se sont réfugiez en leurdiel port d'Emde; et, connne ilz estoieni preslz d'un costé et d'aulire à se battre, quclques-ungsirenlre culx ontfaiel eslire à l'une et à l'aullre partye arbitres pour accorder lesdiets diflerans. Lediet sieur duc d'.Mvc fait armer certain nombre de navires pour les pouvoir aller rencontrer, et n'a pas longtemps qu'il me dicl (ju'il cspéi-oitdc les faire ehasiier bieniost selon leurs mérites : niais, à ce que je puys com|iiendre, il s'en faull beaucoup ([u'il ne les tienne encores. Il faicl tout ce qu'il luy est possible pour faire lever et assembler deniers; ci, quelcjuc party que l'on luy sache présenter en matière d'argent , il est aussytost accepté comme (|uasy présenté, de manière que je sçay qu'il vcult faire fonds pour estre prest à sortir en eanq)agne, sy quelque eniiemy le venoit assaillir : que sont les niesmes motz ([ue me dirent dernièrement les S" de iNoiretpiermes et de Burlemont, tpii sont les premiers du conseil a|)rès lediet sieur duc
Le roi, à cause de la révolte des Morisques de Grenade, a ra|)[)o!e en
' La (jesnc , la torture.
(il
Espagne le sieur Julian Romero, niestre de camp du tercio de Sicile. — Le duc Eric a remis à Anvers vingt-huit à trente mille florins sur les cent mille qu'il doit encore fournir au roi.
X. — Au roi, Bruxelles, 1 1 mars 1570. Le duc Eric est content, si le roi le désire, de prolonger le tcarlgelt de ses trois mille reilres pour deux mois. — D'après les nouvelles que ce prince a reçues d'Allemagne, tout y est fort paisible, et cela a été confirmé à Ferrais par le duc d'Albe, que la goutte retient au lit depuis sept ou huit jours. — Le duc prétend que la reine d'AngIcterie le sollicite fort pour l'arrangement des différends étant entre elle et le roi catholique : mais de Londres on écrit tout le contraire à Ferrais.
XI. — Au roi, Bruxelles, 17 mars 1570. Selon les ordres du roi, il est allé trouver le duc d'Albe, et lui a représenté le préjudice que recevraient non-seulement les affaires du roi, mais encore celles du roi catholique, s il permettait que les marchands dont les biens ont été saisis en Angleterre composassent, à prix d'argent, avec la reine. — Il a répondu qu'il était vrai que certains marchands, nommés Fiesque et Spinola, et d'autres, ayant été avertis que leurs marchandises, saisies en J569, se vendaient en Angleterre h si vil prix que ce qui valait dix se vendait deux, lui avaient demandé Fautorisation de les racheter; qu'il n'avait voulu être si cruel que de le leur refuser, « mais qu'il vouloit habandonncr sa teste, son » bien et son honneur, s'il se trouvoit que ladicte royne heust à présent » ung seul lyard des deniers de ladicte prinse, et qu'il y avoit longtemps » qu'ilz estoient employez et despenduz >> — lia prétendu aussi ignorer ce qu'avaient fait en Angleterre lesdits marchands, disant que l'ambassadeur d'Espagne à Londres ne lui en avait rien écrit : « ce que je sçay » estre contraire à la vérité, » ajoute Ferrais. — Le duc lui a dit encore que les députés d'.Angleterre venaient au.x Pays-Bas plutôt pour obtenir mainlevée des marchandises anglaises arrêtées à Anvers que pour aulre chose: que le différend existant entre le roi son maître et la reine n'était pas si grand qu'il ne se pût bientôt ajuster, et que, quant à lui, il ne pouvait moins faire que d'accorder auxdits députés ce qui lui avait été accordé pour les marchands des Pays-Bas. « Et voilà, Sire, la responce que j'en ay » peu tirer, qui est aussy contraire à ce qu'il m'en avoit tousjours cy-devant » dict que le blanc et le noir. » — Ferrais a insisté sur les inconvénients
qu'aurait rarrangciucnl qui était en voie d'exécution avec l'Anglcteiro: il a rej)résenlc au duc que les deniers que la reine en retirerait serviraient ù faire des levées en Allemagne contre le service des deux rois : toutes ces raisons ont élc vaines. « Je vous puys asseurer, Sire » — dit à ce propos Ferrais — « qu'il y a longtemps qu'il est résolu en son oppinion, et luy » semble qu'on luy faict encores grand tort de luy en voulloir riens dire » ou remonstrer: et me souvyent que c'est tout de mesmes comme de 1 ar- » niée que conduisoit le prince d'Orenge l'année passée : en (|Uoy il me
)) nyoit ce que de mes propres yculx je Aoyoys »
Mil. — Au roi, Bru.xelles, 2S mars 1570. Se conformant aux ordres du roi. il a envoyé au duc Kric, afin de lui faire savoir que le roi acceptait la prolongation du v:avl(jeU de ses trois mille rcitrcs pour deux mois. — Le duc d'Albe persiste dans le refus, qu'il a fait précédemment, d'autoriser les Français qui ont des biens dans les Pa^s-Bas à les vcndie, et d'exempter les gens d'église de France de la contribution du centième denier. — Le duc lui a parlé, comme il l'a fait plusieurs fois déjà, de la pacification qui se prépare en France. Ferrais s'est appliqué à la justifier. Le duc lui a rappelé comment le roi s'était trouvé de la paix précédente: il lui a dit qu'en cela il fallait considérer si le roi voulait exposer l'Etat et les biens pour la conservation de l'ancienne religion, ou s'il aimait mieux subordonner 1 ancienne religion à la conservation des biens et de l'État, et que c'était des choses dont il fallait compter avec Dieu. Ferrais lui a répliqué que, s il avait secouru le roi ainsi qu'il l'avait promis, les affaires auraient eu une autre fin Là-dessus il ■■<■ s'est bien fort altéré », prétondant qu'il avait fait tout ce qui élait en son pouvoir. — On tient que les différends entre le roi caflioli(|ue et la reine d'.^ngleterre seront bientôt arrangés. Le 18 mars sont arrivés à Bruxelles deux marchands anglais députés des autres marchands, qui ont été fort bien reçus du duc d'.Mbe et sont ensuite partis pour .\nvers, afin de composer avec ceux qui ont acheté leurs marchandises arrêtées, valant environ cent cinquaiilo mille écus. — « Ces jours passez ont » esté assemblez les eslalz de ce pais pour un dixiesmc denier que ledict » sieur duc d'Alve demande de nouveau au peuple, pour six ans, sur toutes » sortes de marchandises qu'ilz vendront, useront ou débiteront en tout » ce Pais-Bas. Je ne sçay s'il en viendra à bout, car je vous puis asseurer » qu'ilz sont bien las de tant de nouvelletez » — Bruits qui courent
484 DÉPÈCHES DES AMBASSADEURS.
sur la publication prochaine d'un pardon général du pape et du roi catholique : les mêmes l)ruits avaient couru l'année passée.
Le sccrélairc La Tour, duquel j"ny cy-devant cscript à V. M., est cncorcs retenu en sa maison pour prison, l'occasion de laquelle (à ce que depuis j'ay entendu) est pour avoir dict à certain sieur d'Angleterre quelque chose contre lediet sieur duc, et révcllé quelque secret du conseil qui avoit esté tenu par deçà pour le faict dudict Angleterre, du couimenceinent que iedict sieur duc feit arresler en Anvers les marcliandises des Angloys
XV. — Au roi, Bruxelles, 4 avril 1d70. Le duc Eric « comme fin et » accort prince qu'il est, et grand mesnager en ces choses-là, » l'avait toujours laissé en suspens sur ses intentions touchant la continuation du warfgelt de ses trois mille reitres pour le mois d'avril seulement; il vient enfin de s'y décider. — Le duc d'Albe a délégué le duc d'Arschot pour assister à la diète de vSpire; les évêques de Cambrai et de Liège doivent s'y rendre aussi. — Arrivée du S'' de Refuge ', chargé par le roi de solliciter du duc d'Albe l'exemption du centième denier pour les habitants du comté de Saint-Pol.
XVn. — Au roi, Bruxelles, 6 avril 1570. Le pardon général se doit publier dimanche; déjà il est arrivé à Bruxelles beaucoup de gentilshommes du pays, pour voir ce que ce sera.
XVili. — Au roi, Bruxelles, 12 avril 1570. Le pardon n'a pas été publié dimanche en la grande église de Bruxelles, comme on sy attendait, car ce jour-là une infinité de peuple s'y rendit de bonne heure pour en voir la cérémonie : beaucoup de gens sont ébahis de ce qu'il s'en parle tant, sans nul effet. — « Et maintenant, Sire, on ne parle icy que de nouveaux sub- » sides, mesmeincnt de ce dixiesme denier, lequel, outre le dernier cen- » tiesme, I on veuit nouvellement luectre sus pour six ans. qui reviendra à » deux millions cinq cent mille escus chascun an, et, au bout desdicls six » ans, encores un aultre centiesme denier qui vauldra environ six millions » de florins pour une foys : pour occasion de quoj' il y a en ceste ville bon » nombre d'évesques et prélalz et de ceulx de la noblesse assemblez, pour
' Christophe de Refuge, seigneur des Menus près Montfort l'Amaury, gouverneur du eomté de Saint-Pol , l'un des cent gentilshommes de la maison du roi de France.
IMHLIPPE II. 48S
n essayer tien modérer ce qu ilz pourroiil. ayaris dcsjà oITert nuilict sieur ') duc d'Aho un million descuz pour cliasciino dcsdietcs si\ années. » — Refus du duc d Albe sur l'objet de la mission du S' de Ilefuge.
XXI. — Au roi, Bruxelles, 13 mai Iî)70. Les letlres que Ferrais reçoit de iNureniberg, Francfort. Strasbourg et Augsbourg l'assurent qu'il ne se fait en Allemagne aucune levée de gens de guerre. — On dit (|ue. pour les noces du prince Casimir, il y aura bien de cinq à six mille chevaux à lleidelberg. Le prince et la princesse d Orange s'y trouveront.
.\.\I1I. — Au roi. Bruxelles, 17 mai 1570. Au mariage de I archiduchesse Anne avec le roi catholique, qui a été conclu à Vienne par procureur, .M. de Chantonay a fait présent à la nouvelle reine, de la part de son maitre, d'une bague pendante ornée d'un diamant dont la valeur est estimée à cinr|uante mille écus. — « Le commun peuple de deçà faict courir le bruit) » que le duc d'.AIvc s'en yra en Espaigne avec ladicte royne, et que en sa » place vient icy le duc de Férye, avec ung prélat du conseil de S. M. C. » — « Maintenant la publication du pardon est pour tout asseurée, ayant » esté placardée et assignée pour le jour du Saint-Sacrement, qui sera le » jeudi. \xvc de ce moys: et pour ce faire, on faict de grandes préparatives » on Anvers de (riumphes. joustes et aullres magnilTiscences qui se feront X par don Frédéricq et par le grand prieur et par atdires seigneurs qui » sont par deçà. » — Le duc d'Arschol. que le duc d'.Mbe avait député pour aller à la diète de Spire, s'en étanl excusé, a été remplacé par le comte de Boussu.
XXIX. — .\u roi, Bruxelles. Ijuin l370. Conclusion de toutes les affaires pendantes avec le duc Eric, qui a consenti à la prolongation du icaiifjell de ses trois mille reilres pour le mois de juin : mais il faut l'en faire payer ponctuellement. « car, s'il y avoit faulte ou quelque longueur, » il le Irouvcroit le plus maulvais du monde, estant sy actif el prymolier(?) » en ces choses-là, qu'on ne luy sauroit si peu manquer qu'il n'en face ung ') grand cas. » — Nouvelles d'Angleterre et d'Allemagne : Ferrais ne doute pas que la diète de Spire et l'assemblée des noces du prince (Casimir à lleidelberg « n'apportent de merveilleux desseings » — La publication du pardon général a été retardée jusqu'à la Saint-Jean. — Les soldats allemands qui se sont soulevés à Valencienncs, au nombre d'environ six cents, persistent dans leur rébellion. Ils tiennent ia ville et ils ont mis en une prison
486 DÉPÈCHES DES AMBASSADEURS.
basse avec les fers , le comte de Lodron, leur colonel. — Banqueroute, estimée à trois cent mille ccus, d'une des plus fameuses maisons de banque à Anvers, celle des frères Bénédict, Jacques et Pascal Spinola. ■ — Autre banqueroute faite dans la même ville par Gleronimo Curiel, qui était facteur du roi catholique, « et qui fréquente icy tous les jours la court du » duc d'Alve. »
XXX. — Au roi, Bruxelles, 21 juin 1^70. Nouvelles diverses d'Allemagne et d'Angleterre. — Le duc d'Albe lui a dit ((u'aux noces du prince Casimir on ne s'est occupé que de faire bonne chère. — Depuis quinze jours ou trois semaines, le duc fait arrêter dans les ports des Pays-Bas tous les navires qui s'y trouvent : il y en a, dans le nombre, une trentaine de Normandie et de Bretagne. Ferrais s'est plaint. Le duc lui a répondu « que la n coustume des roys et princes estoit de se pouvoir accommoder des vais- » seaulx et aullres commoditez qui abordoient et arrivoient en leurs pays, )> quant ilz en avoient affaire
XXXI. — Au roi, Bruxelles, 22 juin ir>70. On croit que le comte de Weghcm sera envoyé à la diète de Spire, au lieu du comte de Boussu, destiné au commandement de l'armée navale qui doit conduire la nouvelle reine en Espagne; celte flotte sera de quarante-cinq vaisseaux bien armés. — Le duc d'Albe a envoyé à l'évêque de Trêves, en présent, quinze pièces de tapisseries de Flandre assez belles; l'évêque de Cologne doit en recevoir autant. Le duc a envoyé d'autres présents en Allemagne pour plus de vingt mille écus.
XXXII. — Au roi, Bruxelles, 23 juin io70. Le duc d'Albe lui a répété et confirmé quaux noces du prince Casimir, à Heidelberg, il n'a été rien fait contre aucun prince, quel qu'il soit.
XXXHl. — Au roi, Bruxelles, 50 juin 1^70. Il espère que le duc Éric ne fera pas de dilTicullé de prolonger, pour le mois de juillet, rengagement de ses trois mille reilres.
XXXIV. — Au roi, Bruxelles, 4 juillet 1570. Demande d'exemption du centième denier pour les habitants du comté de Saint-Pol; réponse du duc d'Albe.
XXXV. — Au roi, Bruxelles, 5 juillet 1370. Réponse du duc d'Albe sur plusieurs affaires particulières sollicitées par Ferrais. — Le pardon général sera enfin publié le 16 à Anvers. La publication devait avoir lieu le 9: mais
le duc a t'té si fort tournuMilé di' la irouKe, qu'il s'est vu obligé de la difTcicr de huit jours.
XXXVI. — Le duc Éric à Ferrais, la Haye, 8 juillet 1570. Il rérianie de Ferrais des siirelés pour le payement du uarlgelt de ses trois mille reitres pendant le mois de juillet, el lui demande quelles sont les intentions du roi touchant la continuation de ce waïUjell. — Cette lettre est signée El Diqie
ErICO DK UuA.NZMCQLE \ LlNENBlUCII.
XXXVII. — Au roi. Bruxelles, 10 juillet ly/O. Le comte d'Ehcrstein partira de Bruxelles, dans deux ou trois jours, pour aller vers lempereur, qui l'a mandé, en partie afin de lui donner la conduite de la reine d'Espagne; avec lui vont le lieutenant de Groningue et le secrétaire d'Etal N'ander Aa, (jui sont envoyés pour seconder à la diète le S' de (^liantunay. — La peste commence fort ;» pulluler ;i Bruxelles, Anvers, Bruges. Gand cl en d'autres lieux des Pays-Bas. — Sollicitations pressantes du duc pour que le roi catholique lui accorde son congé et lui permette de retourner en Espagne avec la reine: Ferrais ne croit pas qu'il l'obtienne. — .Alarmes et défiances causées par la nouvelle certaine, qu'on a reçue, de la conclusion de la paix de France.
XXXIX. — Au roi, Bruxelles, 15 juillet l.'iTO. Le duc dAlbe est parti jeudi pour aller faire, demain dimanche, la publication du pardon général à Anvers. — Après y avoir séjourné sept ou huit jours, il se rendra a Berghes et à ISiniègue, afin de faire avancer les préparatifs de la réception el du voyage de la reine. — Il en\oya dernièrement chercher, par un docteur des Pays-Bas. homme de longue robe, quelques reliques de saints que ^é^éque de Cologne avait promis d"envo}er en Espagne: l'evéfjue les ayant remises, et le docteur les rapportant, une vingtaine d'hommes armés qui épiaient le bateau sur lequel celui-ci revenait par le Hhin, l'assaillirent, et nonseulement prirent les reliques et les reliquaires d'argent, qui étaient fort riches, mais encore dépouillèrent le docteur el sa suite de deux à trois mille thalers et. qui pis est, les bt.ttirenl outrageusement, sans toutefois les faire mourir.
XL. — Au roi, .Anvers, "2^ juillet l.')7<*. Publication du pardon général à .\nvers : curieux détails; préparatifs de la réception de la reine d'Espagne :
Sire, n\an( (Unième deux ou lioys jours ;■ i;riixcllcj après le parlement de nioiisiciir
488 DEPECHES DES AMBASSADEl US.
le duc d'Alvc, je siiys venu en cesle ville où il est, ayant, dès dimanciic dernier, xvi" de ce nioys, faiet publier le pardon général en place publicque, au-devant la maison de la ville, où luy-mesmcs assista sur ung tertre qui y esloit dressé exprès, sur les dcgrez duquel n'y avoit aultres que ses gardes, et luy assis au-dessus sur une chaise parée de drap d'or et ung dès au-dessus, portant un manteau de vellours couvert de broderye d'or, et au-dessoubs seullemenl des chausses blanches et ung pourpoinct de salin blanc aiissy couvert de broderye d'or, et luy assistoienl les évesques qu'il a nouvellement érigez en ce pays ; et à l'un des costez de sa chaise estoient ses enffans cl le duc d'Ascot, el les S" de Barlemont et de Noirkermes, et de l'aultre costé le chancellier de Brabant et le président Viglyus et aultres du conseil des Estalz.
Et ayant lediel chancellier faict une harengue, ung aultre olficier du roy calholieque feit la publication dudict pardon, sy bassement toutesfoys qu'on n'y peut quasy riens entendre. Toutesfoys pensoient-ilz bien que le peuple en feroit grande exidtalion ' et démonstration de joye, car le maislre d'hostel dudiet S"' duc, qui estoit derrière sa chaise, avoit arreslé avec ceulx de la ville que, quand il monstreroit son mouchoir, ilz se meetroient tous à crier par joye et exultation. Mais il advint qu'il monstra et branla assez son mouchoir sans (pie personne ouvrit la bouche potir en faire ung seul signe d'allégresse; et scullement les trompettes firent leur fanfare, le peuple s'en retournant en murmurant de diverse sorte.
Depuys, Sire, j'ay entendu qu'on leur a parlé de faire feuz de joye : mais il n'y a personne qui s'en soit voulu csmouvoir, et auleuns ont dict qu'ilz ne sçavent pour quoy faire lediel feu, n'ayant riens entendu de la suslance dudiet pardon, comme il est vray, car lediel S"' due a faicl deffence, sur peyne de la hart, d'en faire communication ny l'imprimer jusques à ce qu'il l'ordonnera. Et pour ce qu'il y en avoit quelque quantité d'imprimez, ilz ont esté rescérez, sans que personne en ave peu avoir; el croy que c'est jusques à ce qu'il aura esté publié en quelques aultres villes de par deçà. Sylosl que j'en pourray recouvrer, je ne fauldray, Sire, de vous en envoyer. Mais j'entends qu'il n'est pas de trop giande efficace cl dont beaucoup de gens se veuillent guères prévalloir: car (au moings comme ilz disenl) il porle plus de reformations el de restrinctions qu'il ne faict de liberté, et s'en parle iey en beaucoup de sortes. Je ne fauldray, Sire, de vous advertir de ce que j'en |)ourray apprendre davanlaige, ne voullani cependant oublier vous dire que, dés le lendemain, lediel S' duc donna son acoustremcnt de parade au capitaine Bartolomé da Pczaro, qui est eelluy ingennieur qui a demeuré longtemps près Vostre Majesté, et que j'escripvis à ieelle, il a environ de deux ans, qui s'estoit retiré de deçà, ayant apporté les plantz et desseings de la pluspart des citadelles et forteresses de voslre royaulme, qu'il a eommunicquez, et sy bien faict son prolTicl
' Exultation, réjouissance.
de cela que niijourdhuy il csl l'un des plus f;ivoiiz dudicl S' duc; et à la mjcnne volume, qu'il ne fcust jamais venu en ce pays, on qu'il eusi esté rcvocqué, comme j'escripvis dès lors que j'avoys bon moyen de faire, |)our après luy oster le eliemyn et le moyen d'useï- de double service. Je croy qu'il plaira à la royne se souvenir de ce que anipUmenl j'en escripvis à Voz Majesiez, de la ville de Mastrieb, où nous estions pour lors.
Et quant au voiaige de la royne d'Espaigne, pour lequel ledict S' duc s'est aeliemyné icy, il faicl son compte, comme luy-mcsmcs m'a dicl, de partir de eeslc ville dans dix jours pour aller à .Nymègue, où ladicie royne arrivera le dix ou douziesme d'aousl; et m'a dict ledict S' duc qu'il sera bien aise que je y aille avec luy, ou que je le suyve, conmie il me semblera meilleur. 11 conunencc cependant ses préparaiives pour faire cesie bienvenue la plus pompeuse qu'il pourra ; et y aura, pour la conduiete et escorte de ladicie royne, quarenle navires de guerre bien armez et à double reng d'artillerye, oullre beaucoup d'aullrcs pctilz vaisseaulx qu'ilz font journellement armer et cquipper. Et a dcsjà lediot S' duc envoyé la plus grande pariye de l'ariilleryc de cculx de ccstedicte ville, pour la faire passer en Espaigne : c'est toute arlillerye de fonte, qui estoit de ceulx des mestiers de cesledielc ville
Les Allemands qui étaient à Valenciennes ont fini par se soumettre; ils ont relâché le comte de Lodron et consenti à servir de nouveau le roi catholique. Tous leurs capitaines ont été remplacés, et on les envoie aux frontières vers Maeslricht. — On continue à parler du congé du duc d'Albe. — Le roi avait chargé Ferrais de lui faire faire aux Pays-Bas un charriot et d'acheter six chevaux gris pour le traîner : le charriot sera prêt dans cinq semaines: mais, pour l'achat des chevaux, il faudra attendre les foires de septembre.
XLI. — Au roi, Anvers, i>"^ août 1570. Fêtes qui ont suivi, à Anvers, la publication du pardon général: présent que le duc d'Albe a obtenu des états pour la reine d'Espagne :
Sire, reprenant les herres de la dernière dépescbe que j'ay faietc à \'oslre Majesté, du XXV' de ce moys, par le solliciteur du capitaine Geroby, détenu prisonnier par deçà, sur ce que j'ay faict entendre à icellc du pardon général que monsieur le duc d'Alve avoit faict publier en sa présence, et duquel restoit à faire les feuz de joye, je n'ay voullu faillir d'cscripre à Vostrediete .Majesté comme depuys Icsdicts feuz d<; joye se feirenl le jour Sainct-Jacques et durèrent troys jours. Et combien que ne fust nullement du gré ny du vray consentement du peuple, qui se monstra bien froid en rcsjouissancc et allégresse
en ccst cnilroicl, sy est-ce qu'ilz furent niagnificqiics et de grande despenee; et au lieu où ilz se sovdloicnt faire en telles ehoses par le peuple, ce fiist aux fraiz du corps de la ville, car le peuple n'y voullul entendre; et durant lesdicts troys jours il scmbloit (jue toute la ville feust en feu jusques aux tours des églises. Et tant qu'il diu'oit, qui estoit quasy toutes les nuiclz, on n'entcndoit que tambourins, trompettes et haulboys avec le bransle des grosses cloches , et force festins (pi'on feit aux seigneurs et aux dames en la maison de la ville. El à tous les soyrs les alloil visiter monsieur le duc d'Alve, lequel, troys jours après, a faici délivrer ce qui a\oit esté imprimé dudict paidon, que l'on avoit tenu secret jusques alors, et dont une coppie sera avec la présente; et par icellc se véoit clairement l'occasion pour laquelle on avoit tant relardé de le publier, afiin qu'on ne sceust poinct la substance avant lesdicls feuz se feissenl : car il leur porte tant de rcslrinclions qu'ilz disent à cesie heure tout ouvertement que, sy plus lost ilz l'eussent veu, ilz se feussent bien gardez d'en faire la despence. El cela non-seullemenl se diet entre le menu peuple, mais entre les principaulx ministres et ofliciers de ladiclc maison de ville, comme je le sçay, pour me trouver souvent avec eulx.
Je vous asseure, Sire, que ledict S'' duc est ung grand serviteur de son maistre, et qui sçail bien mener les gens de deçà par ung cheniyn qui n'a poinct de montaignes, et sy plainement que, en une sorte ou en aultre, il en faici ce qu'il veuli, et mesmcsque, oullre les cenliesme et vingliesme deniers dont il jou) t à présent purement, il s'est faict de nouveau accorder, pour les dix pour cent qu'il demandoit sur toutes marchandises, (|ue le peuple de ces Pays-Bas luy baillera quatre millions de florins, vallans quatre millions huict cens mil livres tournois, chascun an, durant six ans; et oultre les a faict présentement assembler, leur demandant ung présant poin* la royne d'Espaigne, qui doit passer de deux cent mil escuz. Et à ce que j'ay tout présentement entendu, il luy sera accordé et fourny prompicmcnt cent mil escuz pour faire ledict présant.
XLIl. — Au roi, Miniègue. 9 août 1570. Le duc est arrivé aujourd'hui à JNimègue pour la réception de la reine d'Espagne; on ne l'ait pas en cette ville des appréls aussi magnifiques quon I avait dit. — Le comte d'Arenberg. nommé capitaine de la garde flamande du roi catholique en remplacement du comte de Hornes. passera en Espagne avec la reine. — Le duc Éric sera sous peu de jours en France, sil n'y est arrivé déjà. — On a écrit à Ferrais que le prince d'Orange a à'entrethiemenl, dans les pays de l'électeur de Saxe, huit mille ihalers par an, et la princesse quatre mille.
XLIII. — Au roi, rsimègue, 17 août 1570. Arrivée à JNimègue de la reine d'Espagne: réception qui lui est faite: discours que Ferrais lui adresse au nom du roi: sa réponse: fêles et tournois donnés en son honneur :
Sire, la dernière dcpcsclic que j'ay fuielc à Aosire Majesté esl du dixiesnie de ce moys, envoyée par iing de mes gens au niaistre de la posle à Péroiine, cl les deux précédentes esloient des premier ei cin(|niesnie dudici, que je feis partir par mesme ciiemyn ; et par icelles j'ay amplement escript à Vostredicte Majesté de toutes les pariieularitez qui lors se présentoient. Depuys lesquelles n'est intervenu aultre chose que l'arrivée de la royne d'Espaigne en ce lieu de Nymègue, qui fut lundy dernier, accompaignéc des deux petitz princes ses frères et des évesque de Munster et grand prieur d'Allemaigne, qu'ilz appellent le Ihaipiiaistre ', tous deux grandement suyviz, car ilz ont environ ehascun troys cens chevaulx de train et des gentilzlMimmes fort bien accoustrés : mais, comme j'ay eseri|)t à Vostredicte Majesté, ilz s'en reiourneronl de ecste ville. Et pour ce, Sire, qu'ilz sont du nombre des principaulx seigneurs d'Allemaigne, j'ay tant faiel que je les ay accostez et entretenuz , sans riens derrogcr à la réputation que je doy à vostre service, et les ay en leurs discours trouvez fort afleelionnez à ieelluy, m'ayant discouru de beaucouj) de choses que je feray entendre à Vostredicte iMajesié par le premier qui sera seur. Cependant cela sera cause que je mettray peyne de les visiter souvent, suyvanlle désir que eulx-mcsincs m'ont dict qu'ilz en ont, durant qu'ilz seront de par deçà.
Et poiM- revenir à ladicle arrivée, je vous puys asseiirer. Sire, (|u'elle a esté, pour le regard de ceulx du pays, sy froidement reeeue qu'il n'y avoit ny rue tapissée ny aulcune cliose parée, ains monsieur le duc d'Alve et sa suitte, qui luy allèrent au-devant jusques à la porte de la ville, où est l'abbord de la rivière, car on debvoit commencer les triumplies pour sa bien-venue le lendemain, qui estoit la feslede Noslre-Dame. Mais ce jour-là fut sy pluvyeux et incommode qu'il ne se peusl rien faire, cl fui rcmys au lendemain.
Cependant, Sire, suyvanl les lettres que j'avoys de Vostredicte Majesté, cseriptes à .\rgenlon le vu' de juing dernier, je ne failliz d'aller baiser les mains de ladicte roync et luy présenter de vostre part les lettres (|u'il vous avoil pieu m'envoier, commençant ce peu de harangue (|ue je luy feys par le bien qui estoit advenu, après le décedz de la feue royne Eiisabel, que Dieu nous eust récompensé de ceste grande perte d'une sy heureuse alliance de deux sœurs avec les deux plus grands roys de la chrcsticnté, et que, tout ainsy que ladicte feue royne avoit esté le commencement et la prineipalle matière de laquelle avoit esté faict l'édillice de riieureusc paix, l'ralernilé et amytié qui ont jusques icy esté sy eslroictement observées entre les deux Majcstez, ainsy se pouvoit espérer que Sa Majesté, par sa grande vertu avec laquelle elle estoit née, seroit moyen et le nœud de la continuation et pcrpétuyté dicclles. Ce que désirant sur toutes choses Vostre Majesté, elle m'avoil expressément commandé de luy en faire entendre son grand contentement, présentant à Sadicle Majesté tout ce qui est en la puissance et
' D'après Le Petit, Grande Chronique de IloUande, etc., I. II, p. 214, la rciiic .\iiiic était accompagnée de l'évcque de .Muiislcr et du grand commandeur de Prusse.
faculté (le la vosire, dont le roy calliolicque cl elle poiivoient faire tousjoiirs tel estât comme de leurs pro|n'es grandeurs; davanlaigc, que A^ostre Majesté a eu grand desplaisir que son clicmyn ne se soit adressé par son royaulme, pour luy faire mieulx congnoistre par roffect combien Vostrc Majesté cstjme l'amytié qui a tousjours esté entre ses prédécesseurs et ceulx qui touchent les siens. Et n'ay oublyé de luy faire entendre l'excuse de ce que, à l'occasion des troubles et alTaires que cbascun sçait cslre en vosire royaulme, Vosire Majesté n'a peu luy envoyer quelque seigneur exprès de ses prineipaulx ministres pour luy faire semblables oITres et déclaration, ni'ayant, pour cesle raison, mandé de taire moy-mesmes ccst office, avec présentation de voz très-affectueuses recommandations à sa bonne grâce.
Et voilà, Sire, le succinct du discours que je luy ay faict avec aussy honorable audiance que je l'eusse sceu souhaicter, vous pouvant assein'cr qu elle a monstre visaige de l'avoir fort agréable. Mais, pour ce qu'elle ne parle françoys, qui est le langaige que je luy ay voulu tenir, pour ne faire tort à l'aulhorilé et préémynence de nostrc langue, elle s'est tournée devers monsieur le duc d'Alvc, lequel, encores que monsieur Tisenac, président du conseil des Estatz, fust appelle pour me faire entendre sa responcc, a voulu toutesfoys Iny-mesme en cstre l'interprèle et translateur, me faisant entendre iedict S'' duc, de la part de Sadicte Majesté, qu'elle esloit merveilleusement aise d'entendre boimcs nouvelles de la vosire, et qu'elle la remercioit infiniemcnl des présentations et bonnesles offres que je luy faisoys de sa part, et qu'elle désiroit faire responce aux lettres que je luy avoys présentées, et que, pour cesle raison, elle seroil bien aise que je la visitasse encores quelquefoys avant son embarquement. Qui sera cause. Sire, que je n'abandonneray sa suite jusques à ce qu'elle fera voyle. Et sy tost que j'auray receu sadicte responce, je ne fauldray de l'envoyer à Vosire Majeslé.
A laquelle tenant compte entrer de ce qui a esté depuys faiet pour la joye de sadicte bonne venue, je ne veulx faillir de dire que hier, qui esloit le jour de la remise, se feyt un combat à pied à rompre picques et à coupz d'espée, en une place hors la ville où l'on avoit dressé de fort bcaulx et magnifliequcs tertres tout à l'cntour, tant pour Sa Majesté que pour les seigneurs cl dames spectateurs d'icelluy ; et se feyt ce combat par six vinglz soldatz espaignolz despartiz Cn douze trouppcs, chaseune de dix, et à diverses livrées et coulleurs : ne leur voullant desrobcr qu'ilz ne feusscnt merveilleusement bien armez et fort richement é(|uippcz, leurs armes j)einctes de leurs couleurs, les chausses toutes de vellours faicies en broderyc d'or et d'argent, mais la pluspart de soye doublées, aussy de thoilles d"or ci d'argent desdielcs coulleurs, et les grands panaches de mesmes ; l'ordre de combattre fort bien observé, mais l'exécution assez foible. Le premier combat fut de iroys contre iroys; le second de cinq contre cin(|, dej)uys renforcez de dix contre dix; après de quinze contre aultant; subsécutyvement de vingt contre vingt, et enfin tous ensemble nieslcz et à la foullc. Et sur ce sortirent de ladicle place beaucoup de singul-
PHILIPPE II. 49."ï
lieis artifices de feu composez et dressez par B;iriliL'kmy dal Pezaro, ingénieur, qui a esté autresfoys en vostre service, et (iu(iiiel je vous ay escript par mes précédantes; ausquelz l'euz respondoient l)on nombre d'ariillcrye hiatpiée en ung hault auprès de ladicte place : mais, sans poinct de faulte, le passe-temps du feu a esté img peu mnindrc ipic la braverye du combat. F,e tout aux despens du roy calbolicque et à la conduicle de don Frédéric, lilz dudiet S' duc dWlve, (pii esloit le clief de ienlreprinsc, et avic iuy cinq ou six capitaines qui en Aiisoient l'ordonnance. Kl aujourd'huy le grand prieur, aullre fil/, dudiet S' duc, doit faire son tour par gens de cheval : mais, à ce que je puys entendre, à peync sera-il de sy grande despcnce uy de telle apparence. Faisant son com|)te Sa Majesté de partir demain pour estre dans cinq ou six jours à Bergues, et de là, au (iremier vent ([ui la pourra servir, gaiguer Midelbourg, où se doit faire son embarquement.
XLIV. — Au roi. Bei-glu's. :2(i août l.o70. Suite des fctes données à Nimègue en l'honneur de la reine d Espagne; voyage de la reine de .Ximègue à Berghes :
Sire, la dernière dépeschc que j'ay faicte à Votre Majesté a esté du quinziesmc du présent, par laquelle j'ay faici entendre à icMIe tout ce qui s'estoit passé pour l'arrivée de la roync d'Espaigne en ce pays jusques alors, avec les triumphcs de sa bienvenue, hormys ce qui rcsioit à faire ce jour-là à Nymègue. Lequel tournoy, sans poiuct de faulte, Sire, fut assez beau et superbe en richesse d'armes et d'accoustremens, mais en cffect d'assez maigre passe-temps, car ilz rompirent fort mal leurs lances, quinze contre quinze, quelque espace de temps; et après combattirent à Tespée en mesme nombre; et estoient seize trouppes é<piipées de diverses couleurs, chascune de treize eoinbattans, comprins le chef, hormis la première, qui cstoit de seize : car Icdict grand prieur, qui la menoil, avoitavcc Iuy le duc d'Ascol, le conte d'.Vrenbcrg, le conte de Laleyn et les sieurs de Dyerge ' et de Ville; et n'y avoil en toutes les troupes nulz Flamentz ny Vallons que ces cincq-là : tout le reste estoient Cspaignolz conduictz par capitaines cspaignolz, et quelques Italiens parmy. Et avoient environ cent ou six vingtz harquebusiers et pistoliers à cheval équipez, partie à la rcystre et partie argolelz *, qui , marchans devant eulx, fcirent quclipics escarmouches à l'endroicl de la barrière. Ce combat se départit par certains feiiz arlificielz de l'industrie de Barthélémy Campy, qui furent trouvez d'aussy maulvaise invention que cenix du jour précédent, Icsquclz avoicni este sy mal senreinent dressez qu'il en mourut des esclalz environ quatorze personnes, dont quelques-uns furent attaincts non guicres loing du théâtre de la royne. Et quant
' De Hierges.
• Ar'jolclz, an/oK.W», ar<]iiebusiers à cheval.
494 DÉPÈCHES DES AMBASSADELKS.
aux siiiffularitez et artifices de feu qui avoienl esté préparez sur l'eau, tout cela se fondit et ruyna avec les plujes qui nous ont conduicl et accompaigné jusques en ce lieu de Bergues : passant la roync par les villes de I3ois-le-Duc et de Breda, ausquelles on luy a faicl aussy maigre entrée comme celle que je vous escripvis avoir esté faicte audict Nimègue; et n'y a pas seulement eu une maison parée sur rue ny chose digne d'escripre. Au reste, Sire, on pensoit bien qu'elle deust scsjourner en ceslediete ville de Bergues, pour y attendre le vent à propoz pour son embarquement, et telle estoit tousjours l'intention de monsieur le duc d'Alve : mais clle-mesmes a prins opinion contraire, ayant dict clairement qu'elle vouloit venir véoir la ville d'Anvers, et là attendre que le temps luy soit propice pour se faire conduire à Myldebourg et de là faire voile. Je ne sçay toutesfoys si cestc oppinion se changera.
Et voyià. Sire, comme toutes choses sont j)assées jusques icy pour le regard du passage de ladicle royne : vous ayant, par niadicte dernière dépesche, amplement cscript de ce qu'elle m'avoit respondu et des propoz qu'elle m'avoil tenuz quand, de la part de 'Vostre Majesté, je luy baisay la main, luy faisant les recommandations et olfres que j'avoys eu commandement d'icelle; et depuis cella, elle m'a faiet bailler ses lettres faisans res](oncc à celles que luy avois présentées de la part de Vostredicte Majesté , lesquelles seront avec la présente
On avait écrit au roi que le duc d'Albe rassemblait tics troupes considérables : Ferrais l'assure qu'il n'y a aux Pays-Bas que sept mille Espagnols, les compagnies d'ordonnance et six enseignes d'Allemands commandées par le comte d'Eberstein. — 11 a eu soin de bien expliquer au duc les raisons que le roi a eues de pacifier la France, mais il ne l'a pas convaincu : le duc lui a parlé à ce sujet avec une passion extraordinaire.
XLV. — Au roi, Anvers, 51 août io70. On se défie beaucoup de la France à la cour du duc d'Albe, « mesmes les principaulx seigneurs, cou- » qnoissant la volunté et mescontentemont que a le peuple de deçà, lequel » en parle tout luuilt en langage que je n'eusse jamais pensé, et mesmes » après qu'ilz ontvcu l'édict de la pacilfication dernière faicte en France, » lequel l'on a prohibé et deffendu d'estre exposé et mys en vente ny d'en » tenir par deçà ; et par là V . M. peult considérer comment lesdicts seigneurs » qui gouvernent maintenant de deçà ont ladicte paix pour agréable. » — L'évéque de Cambrai ', qui était venu baiser les mains à la reine, à Berghes, jeudi dernier, et qui était en fort bonne disposition, est mort hier.
' Siaximilifii de Bcrglies, premier arclicvèque de Cambrai.
PIlILIPPi: 11. 4!».5
— Le fn-re de inilonl Guillaume Cobhani. amiral dos Qualre-Ports et çouveiueur de Douvres, accompagné de six ou sept i;enlil>liommes anglais, est venu, de la ])art de la reine d'Auiïleterre. complimenter la reine d'Espagne, en lui otTrant les ports et les flottes de son royaume. — N'isite et réception de la reine à Anvers :
Voslre Majeslé aura, par mes dernières, veu coninieiU la royiic d'Espaigiie esloil en volume de venir véoir ccsie ville d'Anvers : ce qu'elle effectua le mesmc jour de ma dépesclie dudict 26* du présent; et n'y pensoil Sa Majeslé séjourner que le dimanclie cl lundy derniers : loutesfois estant tumbé malladc l'un do messieurs les princes ses frères, le plus jeune, d'une flèvre conlynuc, elle y a séjourné jusqucs à ccjourdhuy qu'elle s'en retourne coucher à Dcrgues, se troiisant Icdici seigneur beaucoup mieulx; et attendra là le premier vent de bize pour s'aller embarquer à FIcsingucs, où tout son iiaxal équippaige scia prcsi dans deux ou troys jours, comme le sicin- de Bossu l'a asscin'éc; où je la suyvray demain, aydant Dieu.
Siulicte Majesté a esté tort honorablement receue en ceste ville, luy cslans allez au-devant la plus grande partye des habilans, avec des torches allumées en plain jour, avec messieurs du clergé portant ung fort riche poiile de drap dor présenté par les cschevins ; et les nations, tant Aliemans, Géncvoys, Poriugueys, Millanoys que Lucquoys, luy avoient faict dresser chascun ung tratié ' , les ungs faicts d'une sorte et les aultrcs d'une auitrc, avec les armoiryes de ladicte royne, sur lesquclz ilz ont gcclé infinies artifices à feu, avec diversité de musicques, qui faisoit fort bon véoir et ouyr; et ont faict, tant lesdictes nations que ceul.x de cesledicie ville, toutes les nuitz depuys que Sadicte Majeslé y est arrivée, grands feuz de joye, avec démonstrations très-grandes du contentement quilz ont eu d'avoir une foys eri leur vye veu leur loyne : ce qu'ilz n'avoieni jamais faict depuys que ces Pays-Bas sont à la maison d'.Ausiriche.
Voilà , Sire, loni ce que, pour le présent , je puys cscripre et faire entendre à Aostredicle Majesté, attendant rembarcpiemcni de la sienne, duquel la vostre sera iiiconiynanl adveriye; et m'a asseuré l'un des gens du taitzmaislre , qui depuys est revenu trouver Sadicte .Majesté à Berghes, ne l'ayant elle voullii laissé aller qu'elle ne feust embarquée, que, sy ledici vent de bize ne se lève et (pic Ion ne puisse congnoistre le temps disposé en beau, (|uc Sadicte Majesté est pour faire son yver par deçà.
XLVI. — Au roi. Berghes, li septeiid)re lî)70. Détails sur les troupes qui sont aux Pays-Bas. — Ferrais avait déjii antérieurement sollicité son rappel: il renouvelle ses instances à cet effet. — Fausses nouvelles qu'on
' Sic dans la copie. Pcut-clrc faut-il lire : un lliêùlre.
rcpand aux Pays-Bas sur les affaires de France. — Opinion, où sont les personnages influents de ces provinces, que la paix de France « leur doit » apporter icy beaucoup de turhullans affaires, u — La reine d'Espagne a fait présent au frère de milord Cobham d'une chaîne de huit cents ëcus ; il est parti il y a huit jours , se rendant à la cour de l'empereur. — Incertitude du départ de la reine, à cause de la contrariété des vents; envoi du duc d'Arschot à la cour de l'empereur: préparatifs qui se font en Allemagne pour la conduite de l'archiduchesse Elisabeth en France :
La royne d'Espaigne est tousjours en cesle ville, altenclant vent propre pour
s'aller embarquer entre Flesseingues et IMidelbourg; et à ce que tous les mariniers qui sont icy disent, ilz ne pensent point que, de ceste lune , le vent, qui est contraire, change. Et pour ce que, depuys liuict jours, est arrivé icy ung goniilhommc de la chambre de l'empereur nomme le sieur de Schœrlain (?), lequel est venu exprès, de la part de Sa Ccsarée Majesté, ainsy que luy-mcsmes m'a dict, pour faire entendre à celle de ladiete royne qu'il ne luy consoilloit ny ne trou voit bon qu'elle s'embnrquast sy, dedans le quinziesmc du présent, clic ne l'cstoit, pour le danger des grands vents et tourmentes que ordinairement après Icdict temps se font es mers de deçà, et pour ce que le sieur duc d'Albe dict qu'il n'y a danger, pourveu que l'on s'embarque dedans et par tout le préseni mois de septembre, ou au commencement de la prochaine lune d'octobre, j'entends qu'ilz sont maintenant en quelque dispute là-dessus. Et m'a vouUu quelqu'un dire que la volunlé de ladiete royne n'est de s'embarquer sy, dans buic! jours, le vent ne se trouve propre, et que, après. Sa Majesté est délibérée de dépescher courriers vers celles de l'empereur, son père, et du roy catholicque, son mary, pour entendre sy leur volonté sera qu'elle prye la vostre pour le passaige par France, ou bien de retournera Spire et prendre le cbemyn par Itallye, ou bien de faire son yver par deçà.
J'ay esté visiter par deux ou Iroys fois Sadicte Majesté depuys qu'elle y est arrivée; mais je congnoys fort bien qu'elle n'a pour guières agréable d'aller maintenant par mer.
Le due d'Ascot est aujourd'buy party en poste de cesle ville pour aller vers ledict empereur; et, comme j'ay entendu, c'est pour avoir l'advis de Sadicte Césarée Majesté sur ledict embarquement et pour quelque aultrc iiarticullarité que je n'ay pu encores descouvrir: entendant laquelle, je ne fauldray d'en tenir advertye Vostre Majesté. Il m'a dict, hier que nous disnasmcs ensemble chez le conte de Mègue avec les seigneurs allcmans qui ont accompaigné la royne, que l'occasion de sondicl voiaige esloit seullement pour aller baiser les mains de Sa Majesté Césarée, qui l'avait nourry paige, et aucims me l'ont ainsy confirmé : mais j'espère d'en descouvrir bientost la vérité. Le sieur de Schœrlain me dict aussy avoir apporté mandement de sondict maislre ausdicls
seigneurs allcmaiis de se Iroiiver, dans les xxii ou xxnr" du présent, audict Spire, pour accompaigncr vers ^'ostredicte Majesté la future roync de France, et lesquelz partiront demain, après qu'ilz auront tous disné céans. Nous nous sommes visitez pendant qu'ilz ont esté par deçà, et aulcun d'entre eulx m'a dicl avoir lettres dudiet lieu de Spire; et asseurent que le prince Cazemire avec son jeune frère iront conduyre en France Sa Majesté, avec l'archiduc Ferdinand, et qu'il y aura plus de quatre mil cincq cens chevaulx de suite ù ladicte conduicte. El quant ladicte royne d'Espaigne arriva par deçà , sa court n'estoil poincl de huict cens personnes, sans la suite dudiet S' duc d'Alve, qui avoit assemblé toute la noblesse de deçà, et en tout et partout y pouvoit avoir deux mille chevaulx pour le plus; et aujourd'huy l'on ne diroit poinct qu'il y aye icy une ro\ne d'Espaigne, car la pluspart dcsdicls seigneurs de deçà s'en sont retournez en leurs maisons , quant ilz ont veu que la fcste duroit trop ù leurs despens.
J'oublyoys à dire à Vostre Majesté que l'un des seigneurs allemans qui ont accompaigné ladicte royne par deçà, qui parle bon ilallicn, m'a discouru d'estranges propoz qu'il dict que ledict S'^duc d'Alve luy a tenuz sur ladicte paix de France, et lesquelz je réserveray à faire entendre à Vostre Majesté par présence. Et la dernière foys que je fuz visiter ledict duc, je me advisay de luy demander responce aux lettres que Voz Majeslez luy avoient cscriptes sur ladicte paix, lequel me dict que, estant luy confuz quelle responce il y pourroit faire, après qu'il a veuz les articles et contenu à l'édict de ladicte paix, qu'il ne sçauroit que y respondre, mesmement la trouvant luy sy niaulvaisc qu'il dict qu'elle est pour toute la chrestienneté. Et là-dessus me feil ung compte que ung prince d'Allemaigne luy avoit cseript, après luy avoir, à sa prière, envoyé ledict édici, que ladicte paix estoit ung mal qui atlireroil à soy ung grand bien pour les soldatz allemans, d'aullant qu'il y avoit tant cl de sy difliciles articles à entretenir qu'il estimoii estre impossible de la pouvoir faire observer : auquel S' duc je respondys que Vostre Majesté y avoit donné et donneroit ung sy bon ordre qu'elle garderoit bien que ceulx qui ont désiré et désireront encore de véoir contynuaiion de troubles en France, quelz qu'ilz feussent, n'auroienl plus le plaisir qu'ils y ont peu avoir par le passé. Et il me dict en semblables motz : « El vous pensez doncque, monsieur l'ambassadeur, que j'ayc
• plaisir de voz troubles de France? » A quoy je respondys : « Je ne l'ay estimé ny
• veulx penser de vous, monsieur : mais je le diz pour ceulx qui peulvent avoir eu et » ont semblables voluntez, » et que, Vostre Majesté ayant réunys tous ses subjeetz en son obéissance requise, elle aura plus de moyen de faire plaisir au roy calholicque, son bon frère, quant les occasions se présenteroient et requis en seroit, que non aultrement, avec aultres discours telz qu'il me sembla eslre propres pour me servir en ce faict. El depuys que dernièrement je luy euz faict entendre la conclusion de ladicte paix, suyvani vostre commandement, je ne suys jamais esté devers luy que chascune foys il ne m'aye tenu sur les discours d'icelle près d'une bonne heure ; lesquelz je pense avoir sy bien
498 DÉPÈCHES DES AMBASSADEURS.
i"eteniiz que j'espère en donner bon compte à Vostre Majesié, quant son bon plaisir sera de me le commander, oiiiire ce qu'elle aura peu véoir par les instructions et mémoires que j'ay baillez au S' Dutronchet.
XLVII. — Au roi, Berghes, 16 septembre 1570. — Il est arrivé hier un courrier de Spire apportant des lettres de l'empereur par lesquelles il mande à la comtesse d'Arenberg de l'aller trouver pour conduire sa fille, future reine de France, et lui servir de dame d'honneur jusqu'à la célébration du mariage. — Hier il a été résolu par le duc d'Albe, sur l'avis de la reine catholique, qu'elle ne bougera de tout le mois à Berghes, pour être prête au premier vent propice. Si le temps contraire continue, Sa Majesté passera une partie de l'hiver à Malines (la peste continuant de régner à Bruxelles) , et l'autre partie à Gand.
XLVHl. — Au roi, Berghes, 20 septembre 1d70. Il résulte d'un passage de cette lettre que Ferrais était, depuis dix-huit ans, au service du roi et de ses prédécesseurs. — La reine d'Espagne attend toujours un vent propice pour s'embarquer: elle est maintenant résolue à attendre jusqu'au Id octobre. — La comtesse d'Arenberg est partie pour aller trouver l'empereur à Spire: son train est d'environ soixante chevaux. L'empereur a aussi mandé, pour accompagner la future reine de France, le comte d'Eberstein, lequel se dispose à partir.
Le bastard de Bredcrode et le S'^Doulin, gcntilzhommes forussis ' de deçà, avec ung bon nombre d'aultres, aussy fugitifz, qui, avec quelques navires qu'ils ont armées, viennent courir toutes les cosles de Hollande et de Frise, pillent, rançonnent et ravagent tout ce qu'ilz trouvent, maintenant qu'ilz voient que les forces navalles de ce pays ne les peulvent poursuyvre pour le respect de la royne catholicque; et n'est à croyreles maulx que l'on dict qu'ilz font
L. — Au roi, Anvers, 27 septembre 1570. La reine est partie de Berghes le dimanche 24, pour aller coucher dans son navire, qui était près de Middelbourg; le lundi soir elle a fait voile par le vent le plus propice qu'on pût désirer. La flotte est de cent soixante navires, dont vingt-huit de guerre bien armés; les autres transportent des marchandises.
LU. — Au roi, Anvers. 24 octobre 1370. Il rappelle une dépêche qu'il a
' Forussis, bannis, fugitifs, de l'italien /i(orHsci7i.
écrite le 9. — Deux courriers sont arrivés d'Espagne le 22 : l'un annonçant que la reine a débarqué à Santander le 4 octobre; lautre apportant la certitude du congé du duc d'Albe et de son reinplacenient par le duc de Medi-
naceli, « qu'on dict cstre seigneur fort traictable et de bonne sorte » —
Satisfaction que montre le peuple de ce changement; ordonnances publiées par le duc d'Albe:
Auleuns vciilleiit dire, parmy tela, que la princesse de Portugal pourra venir poui comniaiuler par deçà, et coninie iedici duc ne sera que chef des gens de guerre et premier du conseil. Mais plusieurs des principaulxqui m'en ont parlé asseurent qu'il viendra pour commander tout seul, comme faict le duc d'Alve, mais que bien pourroit, quelque temps après, venir le cardinal Granvelle pour conseil : par <|uoy ledict S' duc d'Alve faict son eoni|)le de partir dans la fin de déecnibro
Je vousasseure, Sire, que tout ce peuple ne se peult dissymuler en la joye qu'il sent de ce changement de gouvernement, estant sy cxhontcz de la monstrer sy descouvertemcnt que chascun s'en peult appercevoir : dont je suys grandement eslonné. Et sur cestc mutation, ilz gectent à travers des discours sy eslranges et de telle conséquence que je désireroys le vous pouvoir faire personnellement entendre
Ledict S' due d'Alve a voulu, avant son parlement de deçà, par luy de longtemps projecté, laisser mémoire de luy en ces Pays-Bas : il a faiel faire, et depuis peu de jours publier, des ordonnances contenans plusieurs articles, tant sur la justice que sur la police '.
LV. — Au roi, Anvers 29 octobre lo70. Ferrais trouve fort étrange qu'il soit échappé au S"^ de Noircarmes, « qui est le principal du conseil de ce » pays, après le duc d'Alve, » de mettre le roi de France au nombre des grands ennemis des Pays-Bas. — Il a appris de fort bon lieu que le duc d'Albe a été grandement surpris de son congé, quoi(|u il lait demandé plusieurs fois; il espérait qu'au moins le roi lui donnerait son fils don Frédéric pour successeur; « et ne sçauriez croire la peyne qu'a maintenant ledict S*" » duc de couvrir son mescontentement, et combien cela a rendu le père » et le fib. doul.v et gracieulx, se monstrans beaucoup plus popuUaires et » familliers quilz nestoient; et, ainsy que quelqu'un des siens m'a dict, » son mescontentement est accreu quand il entendit, longtemps y a. que » S. M. C. avoit donné à la royne d'Espaigne une aultre camarière major
' Les urdunnanccs des S et 9 juillet ItiTO.
500 DÉPÈCHES DES AMBASSADEURS.
» que la duchesse d'AIve, sa femme ' Et ce dont je m'estonne le plus
n est la joye que le peuple monstre ouvertement avoir du partement dudict » S' duc. et comme il ause ce faire, et des discours qu'ilz en font. »
LVIII. — Le roi à Ferrais, l*^"" novembre 1370. « Ce m'a esté plaisir
» d'entendre l'advis que me donnez de la révocation du duc d'AIve » —
Le roi prie Ferrais, qui l'a si bien servi jusqu'à cette heure, de continuer dans sa charge jusqu'au départ du duc; il lui promet de le dédommager de ses pertes.
LIX. — Au roi, Anvers, 7 novembre 1570. Il se soumettra à la volonté du roi : toutefois il souhaiterait de pouvoir partir aussitôt après l'arrivée du duc de Medinaceli.
LIX'" — Au roi, Anvers, même date. Il rappelle au roi qu'il n'avait été envoyé aux Pays-Bas que pour six mois ou moins, selon que durerait la campagne du duc d'Albe, et qu'il y est depuis deux ans et demi. Ayant terminé toutes les affaires dont il a été chargé, il sollicite son congé pour la fin de novembre. — Détails sur la terrible inondation du i" novembre :
Le jour de la Toussaintz je pensoys que je seroys noyé dans mon lict: car, ayant
la goutte à tout rigueur, comme j'ay encores, il vint une si grande inondalion d'eaue qu'il y en entra jusques à la porte de ma chambre; et ont beaucoup de gens de cà oppinion que, sans quelques digues et levées qui rompirent et qui furent cause de niitiger fimpéluosité de i'eaue, ceste ville n'estoit point sans grand danger. Et cependant il n'est pas croyable le nombre des viliaiges qui ont esté perduz et submergez, avec infiny peuple et plusieurs maisons de ceste ville; aussy un grand nombre de gens qui se sont trouvez surprins et noyez dans les caves; et sy a ruyné quelque quartier des murailles de la ville. On n'a jamais ouy parler d'une telle inondalion en ce quartier, comme disent les plus vieulx,qui en présaigent quelque synistre advcnemcnt. Et m'a esté asseuré par le trésorier général de la maison de la ville, qui est l'un des principaulx d'ieelle, avec ung eschevin et plusieurs aultres, que oultre la perle des personnes, le mal qu'a Aiict I'eaue en cestcdicte ville, soit en marchandises ou aultres choses, ne se sçauroit réparer pour deux millions de florins, ny pour sept ou huict millions le mal qui a esté faict es pays de Hollande et Zélande, en ce que desjà s'en peult appercevoir. Et seullement avant-hier lesdicts eschevins de ceste ville envoyèrent l'un d'eux, avec deux navires et cincquanle ou soixante peiitz vaisseaulx, pour aller secourir et porter à manger à beaucoup de peuple qui avoient demeuré ung ou deux jours, les ungs sur les arbres, et les aultres comme ilz s'estoient peu sauver parmy la campaigne.
* Voy. pp. 313 et 31 S.
LX. — A la reine, même dafo. il la supplie aussi pour son congé.
LXI. — Au roi, Anvers, 2a novembre io70. On parle toujours de lenvoi en Espagne de troupes wallonnes, sous les ordres du comte de Megliem. pour prendre part à la guerre contre les .Mores de Grenade. — Le frère de milord Cobham est de retour d'Allemagne à Anvers: il a eu, le 24, audience du duc d'.\lbe. — On assure qu'aussitôt après son retour en Angleterre, raccommodement entre la reine Elisabeth et le roi catholique sera «igné, et les marchands en montrent une grande joie. « Quant à moy, Sire, il ne » me peult entrer en mon oppinion que ladicte royne dWngleterre envoyé » par deçà ladicte rcconcilliation, signée d'elle, tant que ledict S"" duc d'Alve » y sera, pour l'innymytié particullière que je sçay qu'elle luy porte, qui est » telle que quelqu'un ma dict luy avoir ouy dire, de sa propre bouche, n que, tant quelle vivroit. elle ne ncgocieroit chose quelconcque avec
» luy » — Le duc d'Albe la chargé de féliciter le roi sur son mariage. —
Il a été, depuis dix ou douze jours, fort malade d'un catarrhe, et maintenant il a la goutte.
LXIV. — -Au roi, Anvers, 7 décembre 1370. Deux grandes banqueroutes ont eu lieu la veille à .-Vnvers : l'une d au moins quatre cent mille écus par Pierre et François Spinola, génois; l'autre de deux cent mille écus par Jean Grimaldi. Le duc dAlbe a pris sous sa protection les premiers, qui étaient de ses plus infimes serviteurs. << Je vous puys asseurer, Sire, que les négoces >» de ceste place se voient journellement tumber en tel deschute, que, pour » peu qu'il y aye contynuaciou d'aultrcs bancquerouttes, ceste ville d'.\n- » vers dymynuera des trovs pars des quatre de sa grandeur »
LXVII. — \u roi. .\nvers, iS décembre 1-370. Surprise du château de Loevestein par « certains soldats nommés vattergueux ', des complices du » bastard de Brederode et du S"" Duliu *. » — Le S"" de Chantonay. qui a été ambassadeur du roi catholi(jue en France et l'est maintenant auprès de l'empereur, vient aux Pays-Bas, pour être gouverneur de la ville et du château d'.\nvers: le roi lui a donné, à peu de distance de celte ville, cinq ou si.x villages provenant des confiscations, et les a érigés en comté : le revenu peut en être estimé à mille écus environ.
' WaKergneux , gueux de mer-
' Voy. la Correspondance de Philippe II sur Icf affaires des Pays-Bas, t. II , p. IC5.
502 DÉPÊCHES DES AMBASSADELRS.
LXVllI. — Au roi, , i9 décembre 1570. La veille il a été ordonné
à dix compagnies de chevau-légers de se disposer à partir pour l'Italie; il en reste encore huit aux Pays-Bas. — Suite des entreprises des gueux de mer :
Tout présentement sont venues nouvelles que les vattergueux qui avoient prins le chastcau de Louventelng i ont habandonné, après l'avoir pillé et saecagé, ensemble une pelite villette et ung gros bourg qui estoienl là auprès; et se sont allez gecter et mettre dedans ung aultre chasteau, que l'on dict estre en Hollande, nommé Valemberghe ', bien proche de la mer; et sont environ de sept ou huict eens hommes de guerre, ayans tousjours leurs navires et vaisseaulx près d'eulx pour se pouvoir gecter en plaine mer, quant ilz verront y estre contrainctz. Je me suys résolu d'envoier demain malin quelqu'un en ces quartiers-là, pour me pouvoir rapporter au vray tout ce qui en est
LXIX. — Au roi, Anvers, 20 décembre lo70. Le S"^ de Masparault, conseiller et maitre des requêtes du roi^ retourne pour lui rendre compte de ce qu'il a fait dans l'intérêt du prince de Navarre (dont le duc d'Albe avait fait saisir les biens).
LXXI. — Au roi, Anvers, 26 décembre 1570. Le duc d'Albe envoie le S"^ de Beauvoir ', pour féliciter le roi sur son mariage : Ferrais croit que ce personnage a été choisi à cause des relations qu'il a en France, et parce qu'il pourra, mieux qu'un autre, découvrir ce qui s'y passe. Les seigneurs principaux du pays et le duc d'Albe sont toujours dans une extrême défiance de ce qui peut venir de ce côté- là. — Le duc est malade à Anvers, tant d'un catarrhe que de la goutte. — C'est onze compagnies de chevaulégers qui sont envoyées en Italie.
LXXIl. — A la reine, même date. Dans celte lettre il revient sur ce qu'il a dit souvent du peu de bonne volonté que montre le duc d'Albe pour la maison royale de France, et cela à l'occasion d'un Espagnol envoyé en France sous prétexte de le faire servir d'aumônier à la reine \
L.XXIII. — Au roi, Anvers, 30 décembre 1570. Invasion des gueux de mer en Hollande avec la participation du comte Vanden Berghe; mesures prises par le duc d'Albe pour les repousser :
' Bcrj^cn.
' Philippe de Lannoy, seigneur de Beauvoir.
' Voy. p. 550.
PHILIPPE H. SOÔ
Sire, Voslre Majcslr aura i.'nlcnilii, par ma dcrniore, conitricnl, sur les bruiclz qui couroicm par deçà, mcsme dcpuys ung moys cii çà, la soubçon en laquelle je cougnoissoys qui; les seigneurs d'icy entroient contre les forces de vostre royaulme, foiidans les ungs leurs raisons soubz ung prétexte, et les aullres sotibz ung auitre, au long conicnuz en |)lusicurs de mes précédantes, cl que pour cesl cffcct les S" de iNoirquemes et de Barlcmont avoicnt esté envoyez sur les frontières, lani poiu- pourvéoir à ce qu'ilz verroieni esire nécessaire, que pour pouvoir aussy prendre langue plus asseuréc cl pouvoir de plus prés descouvrir iioz aciiuris. ()i- Icsdicts S" sont de retour, depuys avant-hier au soir, en eesic ville, et ont estez envoyez qucrrir en dilligencc sur la nouvelle asseuréc, que ledict S' duc n eu depuys quel(|ucs jouis en çà, que les waticrgueux qui avoicnt surprins quchpies cliasleaulx es liziéres de Hollande, s'augmentoicnt journcllcmenl de nombre, cl nicsmcs que le conte de \'andiMiiberguem s'csloil déclairé leur chef, cl qu'il s'esioil rendu maisirc de la ville et cbasloau de Cercmbcrgue ' estant assis dans sondici coulé de Vandaiid)(igucni, qu'est dans les terres de Tobcissance du roy catholicque, cl lc(picl conlé a csié confisqué à Sa Majesté, pour avoir esté ledicl conle l'im de eeulx (|ui cstoient de la ligue faiete entre le prince crOrengc, conte d'Egmonl,eonie de Hornes et aullres infyniz seigneurs de par deçà , de laquelle A'ostre Majesté a, longtemps y a, ouy parler. El pour ce que ledict duc sçait que ledicl conte de Vandambergucm s'est monsiré jusques icy fort saige et advisé en tous ses affaires, et pour tel eslymé enire tous les seigneurs de par deçà, il veult croire et conjecturer, comme je faiz avec beaucoup d'aultres personnes de deçà , qu'il ne se déclaireroit maintenant de la pariyc des aultrcs absents, mcsme contre un sy puissant prince qu'est le roy d'Es|)aignc, sans qu'il ne se sentist bien appuyé de quelques aultrcs princes; et font courir le bruict que, en secret, messieurs les princes de Navarre et de Coudé sont de l'enlrcprinse, pour dessoubz main leur aider de lout leur pouvoir : mais l'on ne l'ausc dire devant moy, de peur que l'on a que je y respondisse comme le doybs faire pour lous cculx qui ont cest hormcur de vous apartenir et que A'osire Majesté advoue pour ses bons vassaulx. Mais,quoy qu'il en soit, ledit S' duc est mainlenant en grand soubçon contre ledict conle, qui a imze fils, les sept desquelz sont eslymcz fort bons et braves capitaines; lequel jusques à maintenant pcult avoir ensemble de cincq à six cens hommes de guerre à pied et quatre cens reislrcs, parmy lesquclz l'on dict qu'il y a plus de troys cens genlilzhommes, ainsy que l'honnne que je y avoys envoyé me ra|iporle : espérant de y envoyer bientost ung auitre plus capable, qui me sçaura rendre bonne raison du tout. Et ung aussy auquel j'ay présentement parlé m'a dict n'avoir pas six jours qu'il esioit en la ville de Ceremberguem, lequel a asseuré etasseure avoir luymesme veucs lesdictes forces.
Je ne sçay s'il se trouvera véritable et s'ilz ne font, conmie il dict, que commencer de
' S'IIi'iTcnbergli.
504 DÉPÈCHES DES AMBASSADEURS.
s'assembler, car lous les bannys et fugitifz de ce pays se doyveni là rendre, avec beaucoup d'aullrcs forces d'Allcmaigne, tant de cheval que de pied, au moings ainsy que l'on dicl. J'asseureray bien Vosire Majesté que j'ay ccjourd'huy voues deux lettres escriptes à Coullongnc, adressées à quelqucs-ungs de ma cognoissancededecà, lesquelles portent que, pour chose vraye et seure, l'on commence de faire des retenues et levées de gens de guerre en Allemaigne, tant à pied que à cheval, et entre aultrcs princes le duc Julics de Brimsvich. L'on parle aussy du conte de Sassembourg * : qui me confirme ce que j'eseripviz dernièrement à Vostrediete Majesté, que ung marchant allemand m'avoit dict d'avoir eu semblable advertissemenl. Je croy que Vostrediete Majesté en aura plus seures nouvelles d'ailleurs.
Et revenant au conte de Vandamberguem , l'on a descouverl, par lettres, qu'il avoit intelligence avec les villes de Devenler, Zuolle et Campo -, et avec d'aultres villes de ce costé-là. Et sur cela ledict S' duc d'Alve envoyé les garnisons qu'estoient à Malines et celle de Valentiennes, je diz des Espaignolz, au moings à deux ou iroys cens hommes près, qui demeureront pour garde dans le fort dudict Valentiennes, ensemble les garnisons qu'estoient en quelques aultrcs villes près cesle-cy. Toutes vont aux frontières de Hollande et Gueldres, car ladicte ville et chasleau de Cercmberguem est en ces quartiers-là et joignant le duché de Clefvcs, d'où l'on panse que ledict conte tirera beaucoup de commoditez, mesmes de la noblesse, nonobstant l'alliance et parenlaige qui est entre Sadicte Majesté Catholicque et ledict duc de Clefves, le conseil duquel monstre, comme l'on dict, porter fort les affaires dudict conte de Vandamberguem : car ledict duc de Clefves, à cause de sa contynuelle malladie, laisse gouverner tous ses affaires au prince son lilz, qui, pour sa jeunesse, laisse faire à sondict conseil. Et ne se retient mainctenant ledict sieur duc d'Alve près de luy que dix enseignes d'Espaignolz. Et est ce malin arrivé le conte de Rus ^ en poste, qui a esté mandé pour luy donner charge et le faire colonnel du régiment de quinze enseignes de Wallons, pour s'en servir par deçà ainsy qu'il verra estre plus à propos. Le conte de Mègue, qui cstoit en son gouvernement de Frize, a esté mandé et arriva hier; l'on dict qu'il aura aussy quelque charge de cavalleryc et infanterye; et ainsy que j'ay entendu, l'on a mandez lous les aultres principaulx capitaines pour l'effect que dessus.
Voilà, Sire, comment il semble que lesdicls affaires commcncenl de s'engrosser par deçà, et l'ordre que a commencé d'y donner ledict S' duc d'Alve, pour de bonne heure estre prest, s'il véoit qu'il en soit de besoing. Et ce qui me faict plus croire toutes lesdicles nouvelles et que ledict sieur duc entre en plus grand soubçon qu'il n'a faict
' Schwarzbourg.
' Kanipcn.
' Jean de Croy, comte du Ra'iilx.
PIIIIJPI'E II. 505
jusqucs icy, soil d'une pari ou daulirc, est le prompt oiilrc qu'il a donné d'asscml)ler tous les réginiens et capitaines qui ont acoustiuné dcstre employez aux affaires des guerres du roy eatholieque, ensemble l'extrême dilligenee qu'il faicl mectre à assembler denyers de toutes partz, et tant qu'il peult. Je me suys résolu d'envoier es quartiers dudict Gueidres ung personnaige fort eapable, qui me seaura ap|)orter la vérité de tous les susdiets adveriissements; et selon que l'entendray de luy et que je eongnoistray que les affaires yront lors, je le feray, à son retour, passer oultre pour plus raeoinpter i» ^'ostre Majesté la eertitude de ee qu'il en aura veu ou peu entendre.
Quelqu'un m'a bien voulu dire que ledicl conte du Rus fera bicntost [sonner] le tambourin, s'il ne l'a faiet desjà, vers Naniur et aultres lieux pour faire sadieie levée : Vosire Majesté en pourra eslre journellement advertic par les gouverneurs de ses frontières.
Le duc Eric de Brunswick est. depuis quinze a vingt jours, de rolour de France; il se montre fort nialconlcnt du roi. et ses gens se gardent maintenant de Ferrais. Il doit avoir quelque nouvelle pratique avec le duc d'Alhe, car. depuis son retour, dos communications conlinuclles ont lieu entre eux. — Il est arrive, dans les quatre derniers jours, sept courriers d'Espagne : deux des marchands, et les autres du roi pour le duc. Les nouvelles qu'ils ont apportées ont été tenues plus secrètes par le duc qu'il ne l'avait jamais fait : car, après avoir lu les lettres, il les a enfermées dans sa boite, sans en donner connaissance à personne des siens; il ne peut dissimuler, du reste, le grand déplaisir qu elles lui ont causé.
LXWII. — Au roi, Anvers, 8 janvier 1371. Suite de l'entreprise du comte \ anden Berghe :
Ne me reste que de eonlynner à advertir Vostre Majesté en quel estai est
présentement ee petit feu de guerre qui s'est conmieneé d'allumer par deçà, par l'enireprinse qu'a faicte le eonte de \'andamberguem en son pays el en la saisye de Ceremberguem , l'une de ses places fortes. Et c'est. Sire, que monsieur le due d'Alve est lou.sjonrs après à y donner l'ordre qu'il peult, ayant envoyé de ce eousté-lii le conte de Mègue avec quelques forces cspaignoiles et quatre ou cinq cens chevaulx, et y doyvent aussy aller les bandes wallonnes qui sont de retour de l'armée navallc qui avoit conduict la royne d'Espaigne, qui peult eslre de six à sept cens liommes, car le reste est mort de malladies sur les navires ; cl ce seullement pour garder que ledicl conte de ^'andambergueni ne se puisse csiendre plus avant en pays, ny faire aulcunes invasions jusques à ce que le beau temps soit venu pour y donner l'ordre qui y sera plus nécessaire, et selon que lors les affaires le requerront : car certainement le temps est sy
S06 DEPECHES DES AiMBASSADELRS.
viollent et impélueiix par deçà en neiges et en froidures, que ne les ungs ne les aultres ne pourront guiéres riens exploieier ny à peyne riens faire d'un ou deux moys. Qui est aussy eause, Sire, que toutes choses demeurent en cela sy couvertes qu'on n'en peut encorcs ny à peyne pourra-on jusques audict temps deseouvrir le fons de cest affaire, etmoings sçavoir au vray ce qui est du bniict, qui avoit commencé à courir, de quelques levées qui se faisoient en Ailcmaigne. Toutcsfoys je ne laisse d'ouvrir l'oreille et de donner tout l'ordre que je puys pour en entendre ce qu'il se peult. Et n'est de ceste sepmaine arrivé aulcun ordinaire, soit d'AIIemaigne ou d'Ylalie, à eause de l'indisposition du temps, duquel moy-mesmes me ressenlz sy fort que j'en suys quasy tousjours au liet, no pouvant disposer de mes piedz à cause du tourment de la goutte, ny de ma personne, selon l'affection et dévotion que j'ay au service de Vostre Majesté: qui m'est extrême regret. Et s'il plaisoit à icelle faire achemyner de bonne heure quelqu un par deçà, pour estre instruict aux affaires qui y sont pandans ou qui peulvent succéder, par ces commcnceracns de remuement, cela acconinioderoit fort le service de Vostre Majesté, s'il m'apparlenoit de le luy dire: car, pour le partement dudict S" duc d'Alve, il ne le fault croire ne espérer de long temps, attendu les occasions qui se présentent, mesmemeni de l'enlreprinse dudict conte de Vandambcrguem. Pour à laquelle revenir, je vous asseureray. Sire, qu'il s'en parle en beaucoup de sortes, et la pluspart croyent qu'il ne se soit pas ingéré à ce poinct sans quelque plus haulte intelligence que de ses propres moyens : aullres veullent dire que ses affaires l'ont tant molesté qu'il en est tumbé en quelque altération d'esprit, qui l'a meu à ceste entreprinse. SFais, comme je vous diz, Sire, ce renouveau nous donnera plus claire lumière de tout cela, qu'elle ne peult estre à ceste heure par la violence de la saison; et semble que, comme le temps est bien froid, les choses aussy se reffroidissent plustost qu'elles ne s'eschauffcnt , mesmement que pour cela on ne laisse de faire partir les unze compaignyes dechevaulxlégiers, dont j'escripvys dernièrement à Vostre Majesté, pour Ilalye ; et croy que ce sera dans dix ou douze jours : ce que plus tost ne s'est peu faire, pour ce que l'argent de leur monsfrc n'estoit encorcs prest. L'homme que j'ay escript à Vostredicte Majesté que je dépeschay du costé dudict Ceremberguem n'est peu partir jusques à aujourd'huy à cause dudict maulvais temps: mais j'espère que, à son retour, il me sçaura rendre bon compte de toutes choses, et bien à la vérité, pour les faire entendre incontinent à Vostre Majesté, pour estre personnaige accort et de bon moyen
On a, ces jours passés, publié des ordonnances pour la levée des impositions et subsides nouveaux sur les denrées et marchandises : « dont je » vous puys asseurer que le peuple est si scandalisé, que je m'esbahis n comme ilz en ausent parler sy ouvertement, ny en murmurer de l'es- » trange façon quilz font. »
LXXXI. — A la reine, Anvers. 11 janvier 1571. CeUc lettre roule sur le départ pour la cour «le France d'un personnage (il n'est pas nommé) avec lequel Ferrais traitait depuis longtemps, et qui oITrait de donner au roi les moyens de se procurer une grosse somme de deniers : ce personnage était conduit par le S' Joseph .Micaeli, docteur en médecine à Anvers cl « l'un des plus fameux de sa profession en ceste ville. »
LXXXIl. — Le S"^ de Refuge ' au roi. Bruxelles, ^i janvier .... (1571). Malgré toutes les instances que .M. de Mondoucet et lui ont faites au duc d'Albe, ils nont pu obtenir qu'il fixât le jour où ses députés se trouveront à Cateau-Camhrésis pour la décision du différend relatif à la souveraineté du comté de Sainl-Pol.
LXXXIV. — Au roi, 22 janvier 1571. L'entreprise des watergueux et du comte Vanden lierglie est allée en fumée : sitôt qu'ils ont su que le comte de Megliem s'approchait, ils ont évacué les places et châteaux qu'ils tenaient et se sont retirés. — Les onze compagnies italiennes qu'on disait renvojées en Italie, sont retenues vers Namur.
Quant le S' de Bossu arriva |)ar deeù -, il faisoit ung si grand orage et tcmpcstc sur la mer, que de cinq navires que le mauvais (emps luy avoit séparées de son armée, toutes chargées de soldats, les quatre se sont perdues, et entre aullres y est la vis-admiralle , et y peult avoir environ troys cens soldatz noyez, comme l'on dict, et entre aultres est le capitaine Aryez (?), espaignol, qui esloil fort estimé par deçà. L'on a aussy escript de plusieurs parlz que l'impétuosité du vent a esté sy grande, les moys passez, sur la mer, que plus de quarante ou cinquante navires se sont perdues , des flottes qui venoicnt d'Espaigne et d'ailleurs
LXXXV^. — A la reine, même date. Il sollicite de nouveau, et avec instance, son congé. Il prie la reine d'avoir pitié de lui.
LXXXVI. — Au S*^ de Villeroi, même date. Il le prie d'intercéder pour son congé.
LXXXVII. — Au roi . Anvers, l" février 1571 . Au moment oîi le député d'Angleterre, voyant les remises dont usait le duc d'Alhe dans la négociation du traité, sapprèlait 'a partir, le duc lui a envoyé un gentilhomme pour le retenir: et à la suite d'une nouvelle conférence, le traité a été conclu.
• Voy. p. 484.
* Il revenait d'Espagne, où il avait conduit la rciae.
LXXXVIll. — Au roi, Anvers, 11 février 1571. Entre autres choses, il dit qu'il peut attirer au service du roi un ingénieur bien fort estimé, nommé Bernardin Facholy ', « qui est celliiy qui a planté et dessigné la citadelle » de ceste ville, et n'y a guières fortresses qu'il nayt plante et dessigné par » deçà depuis vingt ans. »
LXXXIX. — Au roi, Anvers, 23 février 1571. Un secrétaire de l'empereur, qui réside aux Pays-Bas pour les affaires de Sa Majesté, lui a dit, et cela lui a encore été confirmé d'autre part, que le marquis Jean de Brandebourg lève huit mille reitres, et que le duc Auguste de Saxe a aussi mandé un bon nombre de ritmaiires. On croit « que le prince d'Orange remue tout ce » qu il peult pour faire quelque chose cest esté avec la faveur de ses amis; n et se dict davantaige que en la Vesphalie se vont rendre tous les absents » de ce pais, où ilz font assemblée pour cuyder faire quelque chose avec » les forces qui se lièvent en Allemaigne. » — « Ceulx d'icy sont en fort » grand soubçon et ne sçavent de quel cousté le plus, ou du cousté dudict » Allemaigne, ou du nostrc, pour les choses qu'ilz voient attenter sur mer » sonbz le nom du conte Ludovicq. » Aussi le duc d'Albe ne compte-t-il plus partir. On doute même si ce sera le duc de Medinaceli qui viendra, ou le duc de Sessa. — Négociation entre le duc d'Albe et le duc Eric de Brunswick.
XCI. — A la reine, même date. Le duc d'Albe prend extrêmement à cœur « les nouvelletcz et façons de faire, dont il dict estre bien adverty, » que faict le conte Ludovicq sur la mer du cousté de la Rochelle, par » quelque nombre de navires qu'il a trouvé moyen d'y faire armer. »
XCIII. — Au roi, Bruxelles, 18 mars lo71. Résolution du roi d'Espagne de laisser encore le duc d'Albe aux Pays-Bas; état des négociations de ce dernier avec la reine d'Angleterre :
Je croys, Sire, que vous aurez bien entendu de monsieur de Fourquevaulx la
résolution que a prinsc le roy caliiolicque de laisser encores par deçà ledict S' duc d'AIve, jusques à ee qu'il aye vcu ce que pourra amener cest esté sur les menaces qu'on dict estre faictes par plusieurs estrangiers èz pays de deçà, encores qu'il se veuille quasy asseurer que, pour ceste année, d'Alicmaigne il ne crainct aulcunc chose. Toutesfoys,
• Bcrnardino Facciollo, d'après le compte de la conslruclioii de la ciladcllc qui est aux Archives du royaume (rcg. n" !i0265 de la Chambre des comptes).
je croys aussy que l'irrésolution en laquelle esl eiieores le renouenieni el réconeiliaiion dcnire Sa Majesté Catholieque el la royiie d'Angleterre poiirroil bien aussy eslic cause de son relardenieiit : car, pour certain (et comme monsiein- de la Motlie-Fénélon ' aura peu faire entendre à Vostre Majesté), ladicte royne n'a voulu signer les articles que son député en avoit arreslez avec ledict S' duc, qu'esioient les mesmes comme ledict député m'a ilict que ceulx du conseil d'Angleterre on avoient envoyez; et malmenant, ainsy qucj'ay peu apprendre, ladicte royne dict que, nulle marchandise ne se trouvant en esire, encores que l'on sçniclic qui en a receu les deniers provcnans de la vente d'iccllcs, elle ne pcult faire entendre à aulcune restitution ny compensation; el avec quelques aultrcs lionnestcs excuses, elle tient en suspends ledict S' due, qui me dict derniéren)ent qu'il congnoissoit fort bien (jtie ladicte royne s'asseuroil à bon essientde la bonne amiiyc (|u"estoit entre A'ostre Majesté et elle. Et le surplus de ce discours ne sera employé à la plumnie: mais, Sire, je puys bien asseurer Vostredicle Majesté que ledict siein- duc est en grandissime peyne et collère de ce que enfin, s'il veult parvenir à ladicte réconciliation, il fanldra qu'il face tout ce que ladicte royne vouidra, car indubitablement sy les aiïaircs demeuroient encores comme elles sont, plus des deux tiers du irallicq et commerce de ces Pays-Bas s'en vont entièrement perduz : car la seulle ricliesse d'ieeulx n'esl que le traflicq et commerce, la plus grande partye duquel est du cousté d'Angleterre, tant pour estre un passaigc à ceulx de deçà trop important, que pour leur réciprocque iralTiefpic de long temps entre eulx contynué, comme trop mieulx Vostre Majesté el mcsseigneurs de son conseil sont informez. Bien veulx-je tenir advcrtye icclle que je sçay de bon lieu que ladicte royne d'Angleterre est entrée en grand soubçon (comme il y a quelque icmps que l'escripvys à Vostre Majesté) de certaine légation faicle, au moys d'aoust dernier, en Espaigne, vers le roy cailiolic(pie, par un gentilhomme angloys nommé Thomas Stuquelay -, qu'elle pense que letlicl S' duc luy a sussilé, lequel l'on dict avoir esté envoyé des Irlandoys, avec Icsquelz il a grand crédici el intelligence pralicquées, comme j'ay cy-devant mandé, par nostre saincl-pére le pape: ayant esté le motif et premier itistigateur ledict S' duc d'Alve, auquel ladicte royne veult, comme je sçay de bon lieu, plus de mal (|ue à nulle aultre personne de ce monde. Et quelques nouvelles que ledict Stuquelay aye portées au roy catholicfiue, j'asseureray bien Vostre Majesté qu'il a esté sy bien veu et receu de luy, qu'il commanda qu'il fust entretenu et delTrayé par tout son royaulme durant le temps qu'il a demeuré en Espaigne, qui a esté despuys la fin d'aoust jus((ues au commencement de febvrier, qu'il s'en esl retourné avec présent de deux ou troys mil escuz : dont toutcsfoys je croys que ledict S' de Fourqucsaulx sçaura donner trop meilhcur compte que moy, el rcmcc-
' Ambassadeur de Charles IX en Angleterre. • Voy. pp. 520, 329, 553, 357.
SiO DÉPÈCHES DES AMBASSADEURS.
trav le surplus de ee que j'en ay peu apprendre à le faire entendre par présence, quant il plaira à Vostre Majesté me le eommander, eonibien qu'il y aye assez long temps que j'avoys tenu adverlye icelle de ee que j'en avoys entendu. Laquelle aura aussy peu scavoir comment ladicte royne feit retenir en ses portz et havres, il y a environ six sepmaines, troys grandes navires portugoises de grande valleur, pour contre-eschange de ee que le roy de Portugal avoit retenu à Lisbonne deux navires angloyses, chargées de bled , qui voulloient passer oultre sans paier certains droiclz prétenduz par ledict roy de Portugal, dcsquelz lesdicts Angloys prétendent d'estre examptz. Aussy ont, despuvs ung nioys, lesdicts Angloys prins et retenu deux aultres navires apartenantes à certains marchans de deçà, estymées de la valleur de soixante mil escuz toutes deux, non obslant le pourparlé dudict renouement de paix. Ce qui donne à penser à ung chascun que ladicte royne n'a encores grande volunté de y entendre.
Comme Ferrais espère que le S"" de Mondoucet, qui doit le remplacer, arrivera dans un jour ou deux , il lui laissera faire les dépêches qui dorénavant se présenteront pour le service du roi.
Harlay 228.
243. — Lettres des S*"* de Mondoucet, de Refïiiges et Blatler, employez pour le service du Roy èz Pays- Bas, au Roy, à la Reyne*, au duc d'Anjou et au S^" de Villeroy, secrétaire d'Estat, et d'eux ausdicts sieurs, depuis juin 1571 jusquesen may 1594.
In-fol., pap., cartonne.
Ce volume contient soixante-dix-neuf lettres, marquées I-XCIV, quinze d'entre elles portant un double chiffre.
La correspondance de Mondoucet, qui y occupe la principale place, n'est là qu'en partie; on la trouve plus complète, mais en copie, dans un
Catherine de Mcdicis.
PHILIPPK II. Mi
manuscrit de la Bibliothèque de la ville de Reims, qui est indique au catalogue sous les n°» 828, 826.
Feu M. Kinile Cachet . chef du Bureau paléographique institué près la Commission royale d histoire, ayant, en 18o!2, examiné les deux volumes, de Paris et de Reims, en donna un certain nombre d'extraits dans les Bulletins de la Commission '. ÏNous en reproduisons quelques-uns en ce qui concerne le manuscrit de Paris : nous n avons pas cru devoir les omettre, les Bulletins de la Commission n'étant entre les mains que d'un petit nombre de personnes.
Le public pourra bientôt connaître la correspondance tout entière de Mondoucet; M. Georges Malard, censeur des études au lycée de Lons-le- Saulnier, s'est charge, à la demande de l'Académie de Reims, de la mettre en lumière.
Une négligence singulière a présidé à l'arrangement des pièces dont se compose le manuscrit de Paris: plusieurs des leltres de l'année lo7!2 ont été marquées, les unes du millésime de /o7/, les autres de celui de i S76 ; par conséquent elles portent des numéros et occupent une place qu'elles ne devraient pas avoir.
Dans les analyses et les extraits que nous allons donner nous avons rétabli l'ordre chronologique.
Claude de Mondoucet, seigneur de Monteaux en Blésois, deuxième fils de Jean de Mondoucet, écuyer, seigneur de Lesbat et Monteaux. conseiller au parlement de Bretagne, et d'Anne Meyron ^ou Miron\ était chambellan du duc d'Alençon. Il devint maitre d'hôtel de Henri III '.
I. — Réponse donnée par le duc d'Albe au S"" de Mondoucet, ambassadeur du roi de France, sur plusieurs points qu'il lui avait représentés le 17 juin lo7I et qui concernaient des affaires particulières.
V. — Le S"^ de Refuge à la reine, Bruxelles, 26 octobre 1571. Il avait été envoyé à Bruxelles par M. de Longueville, comte de Saint-Pol, pour faire redresser les usurpations commises par le duc d'Albe sur les sujets de ce comté et sur le comte lui-même ^ Il rend compte à la reine des
' Deuxième série, t. IV, pp. 310-349; l. V, pp. C-47.
* C'est encore à M. Michelant que je dois ces indications.
• Voy. pp. iS i el b07.
512 DÉPÈCHES DES AMBASSADEURS
démarches infructueuses qu'il a faites dans ce but. Le duc d'Albe était disposé à envoyer des députés pour discuter la question de souveraineté du comté de Saint-Pol laissée indécise par le dernier traité de paix ; de Refuge conseille à la reine de ne pas différer la nomination et l'envoi des siens. Il s'engage à prouver que le comté de Saint-Pol relève du comté de Boulogne. , IX. — 3Iondoucct au roi, Bruxelles, 12 novembre 1571. Le baron Cochard, qui retourne en France avec les lettres que le duc d'Albe écrit au roi , l'instruira particulièrement de l'état des affaires aux Paj^s-Bas.
VIII. — Réponse du duc dAlbe faite, le 27 novembre 1571, à un nouveau mémoire du S"" de Mondoucet, conseiller du roi très-chrétien, résidant pour ses affaires aux Pays-Bas, et du S"^ de Refuge. Elle concerne les débats existant entre les cours d'Espagne et de France au sujet du comté de Saint-Pol et de l'abbaye de Cercamp.
XIII. — Philippe H au duc d'Albe, Madrid, 5 décembre 1571. La reine venait de lui donner un fils. Dans ces circonstances il lui semble que, pour plus grande joie et contentement des peuples des Pays-Bas, il ne sera que bien que le duc use, de sa part, de grâce et de pardon à l'endroit des prisoimiers, bannis et autres qui ne sont chargés de délits qualifiés et exempts.
XIV. — Mondoucet au roi, Bruxelles, 26 décembre 1571. Peu de joie qu'a causé aux Pays-Bas l'accouchement de la reine d'Espagne; affaire du dixième denier; Italiens envoyés par le duc d'Albe en Angleterre pour tuer la reine :
Sire, quant aux nouvelles de deçà , il ne s'est pas faict grande allégresse de la couche de la royne d'Espaigne, ayant mons' le duc d'Alve faicl seullcment chanter ung Te Deum: mais cculx du pays, au contraire, en ont couvertcment fort peu de joye, gectans en avant les plus beaux discours qu'il est possible, et disans que c'est à cesle heure à Vostrc Majesté à delTendre ces pays-icy, comme apartcnans aux infantes voz niepccs, desquelles vous estes légitime protecteur ; et sur cela se persuadent qu'ilz en seront aydez et secouruz , pour les soulaigcr en leurs oppressions. Je ne faulx de rejecter loing ceuix qui me tiennent ce iangaige, les asscurans de voslre volunlé à l'entretènement de l'amytié que vous avez avec le roy d'Espaigne. Il ne s'est encores riens résolu du faict du dixième à quoy sont les eslatz empescbcz. Je ne fauldray de vous advertir de ce qui s'en fera, estant cependant nions' le duc d'Alve bien irrité contre ceulx qui lui ont mis cestc invention en avant et rendue si facille, laquelle maintenant il véoit si mal réussible.
Sire, par ma dépcschc du quinzicsine de ce niovs, \ostre Majesté aura veu que je vous escrivois de qiiel(]ue bruiet sourd, qui couroit icy, (|ue loules les entreprises faietcs sur la royne d'Angleterre et son royaulme n'esioieiit eneores faillies. Sur quoy me voulant informer plus avant, j'ay, après diligente recherche que j'en ay faicte, esté seurement ad\crly, par deux foys et de bon lieu que jay praliequé et qui me pourra (comme j'espère) cstre dorcsnavani fort utile pour vostrc service, que depu\s quinze ou vingt jours en çà il avoit esté dèpesehè par ledict sieur due (à la poursuicte, comme je eroy, des Angloys banniz qui sont par deçà), deux Italiens, poin- s'en aller en .Angleterre avec charge d'entreprendre la mort de la royne, soict par poison au autrement, comme ilz pourroient : dont ilz ont receu argent, avec grandes promesses de les faire riches, estant leur cntreprinse réussie. Je n'ay voullu mespriscr ccst advis et moings faillir de le vous donner, estant de tel pois et conséquence qu'il est. Je sçay bien certainement que ledict sieur duc se trouve si ulcéré cl ennuyé de la descouverture de la première cntreprinse, qu'il n'est possible de plus. Et ne sçay si le due de Médina Cely et ses gens de guerre ne retarderont point eneores à ccst eJTect. Bien m'a-on dict que Ficsque, qui est retourné par delà pour le faici de l'accord des marchandises, a quelque congnoissance de ces praticques.
XV. — Mondoucet au duc d'Anjou, même date. « La nuict passée, les » Espaignolz estans icy à la garde de monsieur le duc d Alve onl tousjours » esté en alarme, pour ung advis qu'ilz piihlyenl avoir eu que Ion avoit » enlreprys user envers eulx d'une vespre sicilienne : que j'ay enicndu » estre faulx. »
XVI. — Mondouccf au roi. Bruxelles, 27 avril lo72. Descente des gueux à Flessingue et à Veere; siège de Middelbourg: embarras du duc d'Albe :
Sire, ma dernière dépesche estoit du xxV de ce moys, par laquelle j'advertissois Vostre Majesté de la descente qu'avoyent faite les giieulx es villes de Flessing et Camphre ' et de ce qu'ilz y avoient exécuté : où ilz contynuent l'ordre aeoustumé, laissans passer les vaisseaux marehans, sans leur ostcr autre chose que les armes et vyvres: en quoy ilz donnent quelque asseurance d'cuK à ce peuple, qui augmente leurs forces et réputation. Jay cejourd'huv esté adverti, par homme qui en est venu, que jeudy dernier troys cens harqucbuziers angloys, vcstuz de easacques bleues avec passement jaulnc et rouge et croix rouges dessus, descendirent audiet Flessing, et qu'il y avoit aussi deux compaignyes de harqucbuziers audiet Camphre. J'advertissois send>lablemcnt > ostre Majesté comme, avec la faveur des paysans , ilz tenoicnt Midclburg assiégé,
* Canfcr ou Vccrc en Zélande.
de la rcil(ii(ioii tliKjiicl il est venu quelques nouvelles qui ne se |)ubljent (eneorcs qu'elle n'eusl sen tenir), et ma esté rapporte que les S" de Wacre ' cl de 15(auvois ^, qui esloient dedans, s'esloienl sauvez. Toutesfois ilz ne sont encores comparuz par deçà , et est monsieur le duc d'Alvc en grand peine, tant de ce qu'ilz seront deveriuz, de la descente desdicis Angloys, que aussi du S' de Bossu, lequel se trouve bien empesclié du cosié de Hollande, où les Espaignolz ont esté ung peu maitraiciez par ceulx de la Briclle, encores qu'il ne s'en dye riens icy : mais une bonne quantilé de mallades et blessez qui ont esté rapportez en Anvers en rendent suiïîsanl tesmoignaige, et m'a esté dit qu'il y en esioit demeuré, tant de morts que de blessez, plus de cinq cens. Ledict S"^ duc advance ses forces le plus qu'il jieult pour les assambler autour de Rosandal , du costé de Brcda , où il veult dresser son camp. Je ne voy encores de quoy il le composera, veu qu'il n'ose lircr ses Espaignolz des villes où ils sont, tant pour la crainte qu'il a d'une révolte ésdicles villes que aussi que les Espaignolz ne se mutynent pour leur payement : mais il se contynue que, dedans deux ou iroys jours, il leur fera bailler quatre payes, ainsi que je vous ay esciipl. Quant aux Wallons, il n'y en peult avoir mil ensemble de toutes ces compaignics nouvelles qu'il a ordonnées; encores n'est-ce pas grand chose, et de la cavallerye il n'a que environ quatre cens cbevaux-Iégiers. Le S' don Fadricq, n'estimant estre charge digne de luy, ne s'y advance pas; et quant au S' Chapin Vitel , il ne veult marcher si ledict sieur n'y va : de sorte que, pour ce commencement, j'ay entendu qu'il y envoyé le S' de Noircarmes, lequel, outre qu'il n'est guières sain , n'a pas grande réputation parmy les soldatz.
Toutes ces particularitcz-là et autres concernant le fait des pays de deçà Vosirc Majesté les pourra clairement entendre par le cappitainc Nicolo Sirossi, que je fciz partir hier pour vous aller trouver, bien garny de toiUes choses nécessaires afin de mettre à exécution la bonne volunté qu'il m'a dit avoyr et que en vérité il a de vous faire trèshumble service.
XVIII. — Mondoucel au roi, Bruxelles, 29 avril 1572. Il rend compte d'une audience qu'il a eue du duc d'Albe el dans laquelle il s'est efforcé de lui olcr les soupçons qu'il a des intentions du roi.
Le sieur de Bcauvois, estant dedans IMidelburg, a escript audict sieur duc une lettre, se plaignant grandement de luy, pour l'avoir ainsy envoyé à la boucherie, n'aiant receu cy-devant auciui bienfait ou avancement de sa main; que eognoissant la mort luy csire prochaine, il luy recommandoit pour le moins sa femme et son iilz. Et cejourd'huy il
' Adolplic de lioiirgognc, S' de Wackcii, j.uiiiileiKlaiil de l'île de VValchercn.
* Voy. la noie 2 à la page t)02. Laniiny a\ail été eliargé de la défense de l'ile de Walcliercii avce sept enseignes d'infanterie.
PHILIPPE II. mii
m'a esté dil eslre venu nouvelle de In prinje diuiitl Midelbourg et que le sieur de
Waeck et le sieur de Bcauvois y esioieni denioinez prisonniers
Les gueux des isles viennent mainienanl eourrir jus(]ues à deux lieues d'Anvers.
XI.X. — Mondoucet au roi. Bruxelles. ^1 mai 1572. Il rappelle une lettre qu il a écrite au roi le 18 et une dépêche du lo qu'il en a reçue. — AITaires des Pays-Bas : personnage envoyé par le duc d'.Mbe au duc de Clèves: dispositions favorables de celui-ci; levées faites en Allemagne par le duc Casimir et le prince d'Orange: siège de .Middcibourg: entreprise projetée contre les gueux de Flessingue; mécontentement de Chiappin \iteili; révolte d Knkliuyzen :
Quant aux atTaires d'icy, je vous diray, Sire, que monsieur le duc d'.Mve, ayant,
ces jours passez, envoyé devers le duc de Clè\es, pour en ces lrout)lcs le maintenir en bonne amityé et voisynancc, a eu responee de toute asseurance de sa part. Mais il l'a adverty qu'il failloit Liicn qu'il prist garde ailleurs, luy donnant advis que le duc Casimir avoit desjà environ trois ou (|Uiiire mil chevaux presiz et bon nombre de gens de pyed pour venir en ce pays, et que d'autre part le prince d'Orange faisoit aussi tout son eiïorl d'assembler forces pour marcher par ung autre costé : aiant ledict due de Clèves fait passer le messager dudiet sieur duc par certains endroilz de forestz , en Allemaigne , où il a peu recongnoistre que ce qu'il luy avoil dil estoit véritable. De sorte que, sur cela el sur autres divers advis conformes, il est sur le point de faire marcher du costé de Maslriq quinze ou vingt canons avecques deux mil pyonniers, pom- commencer à s'opposer au pssaige de la Meuze : chose qui luy sera bien mal aysée, voyre impossible.
Quant à l'autre costé des islcs de Zellande, la ville de llidelburg est tousjours au mesme estât que je vous ay escript, et sont bien avant en termes ceux de ce conseil de dresser l'enlreprisc de Flessing, pour l'exécution de ia(|uelle ilz s'estoieni délibérez faire marcher trente enseignes nouvelles de ces Wallons et dix-sept ou dix-huit d Espaignolz, faisant en tout le nombre de nu mil hommes, avecques force ariillcrye et pyonniers, et croy qu'il n'y a que la dilliculté des vaisseaux et mariniers qui la retarde; encores ne saijc si les advis d'.VIiemaigne ne la destourneront point. Tant y a que, si elle se poursuyl ((jui ne peull cstre de quinze jours), il est à juger (|u'elle ne leur réussira pas, tant pour la dilliculté de la descente en l'isle, en laquelle les gueulx sont les plus forts Cl ont reiranché les digues, comme aussi ilz sont les plus forts par mer, que pour la forteresse de ladicle place et du bon nombre d'hommes (|ui y est. Le S' don Fadrique y doit marcher, ainsi que j'ay entendu, el se font toutes choses par son advis el conseil el du sieur de Noircarmes, sans que le S' Chappin Vilclli y intervyenne aucunement : dont il est en tout le malconlentement possible, el en dit son oppinion
Si6 DÉPÊCHES DES AMBASSADEURS.
assez librement audict sieur duc et qu'il y veut aller comme privé soldat. Mais, sans faire semblant de riens, j'ay esté adverty qu'il seroit bien homme pour s'en aller en Yîalye, puisqu'il se void ainsy déceu de la venue du duc de Medinacœli.
Du costé de Hollande il est bien véritable que ceulx de la ville d'Enkuisen, s'csians révoltez, comme j'avois escript à Vostre Majesté, avoyent sur ce capitulé avec le S'' de Bossu, comme m'avoit dit ledict sieur duc, assavoir qu'ilz demoureroient exemplz de toute garnison; que l'arlillcrye et munitions eslans en ladicte ville n'en scroient transportées ailleurs, et qu'ilz scroient exemplz du dixiesme et autres impositions nouvelles : en ce faisant, ilz demoureroient bons et obéissans subjetz du roy catliolicque soiibz ledict sieur duc. Ce qui ne fut par eulx fait qu'en attendant secours , lequel y est entré depuis quatre jours en nombre bien de sept ou huyt cens hommes, et sont maintenant du tout déclarez pour le prince d'Orange. Qui est une ville de grande importance et qui tient le pied sur la gorge à Anstredam pour le passaige des vyvres et marchandises. Ledict Anstredam bransle bien fort pour aussi se déclairer, se senlans encores fouliez de ce que par cy-dcvant il leur a fallu payer cent cincquante mille florins pour empescher qu'il n'y ait esté faict une citadelle, et encore six vingt mille florins pour s'exempter de garnison, sans beaucoup d'autres menues parties.
Voilà, Sire, tout ce que je vous puis escripre pour ceste heure des affaires de deçà, de l'avandcement dcsquclz je ne fauldray de vous advenir à toutes occasions.
XXIV. — Mondoucct au roi, Bruxelles, 6 juillet loT'â. « Le duc de » Mcdine n'embrasse point les affaires en aucune façon; et ne sont gaires )) bien ensemble, à ce que l'on peult juger. »
Quant aux gueux de Hollande, ilz s'advancent tousjonrs le plus qu'ilz peuvent : mais il n'est riens des villes de Bergucs et Breda. Toutesfois la ville de Herlam s'est depuis révoltée, et n'aclendent l'heure que Anstredam face le setiiblable , où ilz ont tué ung burguemestre de Delft qui y estoit pour négotier l'entrée de quelque garnison de la part du S' duc d'Alve : sur quoy ilz sont sur leurs gardes plus que devant, et sont entre deux, s'ils y doivent mectrc les gueux, ou non. J'en actends aussi nouvelles en peu de jours, comme aussy du costé de Flessingues, lesquelz , estans maistres de la mer, ne craignent point de courir jusques en Anvers, où, vendredy au soir ', ilz vindrent avec troys ou quatre vaisseaux légiers, prendre jusques dans le port ung basteau de ceulx qui y estoient, tyrans trois ou quatre canonnades contre la citadelle : quy a mys toute ladicte ville en allarme
XXVII. — Mondoucet au roi, Bruxelles, 13 juillet 157:2. {Presque toute
' 4 juillet.
PHILIPPE 11. ol7
en chiffres sans le déchiffrement.) Il rappelle une dépêche du 11 ' où il a amplenienl rendu compte au roi des propos qu'il avait eus le même jour avec le duc dAlbe et de letat des aCFaires des Pays-Bas.
Hier j'eus nouvelles certaines que, le jour précédent , ceulx de la ville de Montz avoienl fait une saillye assez forte, escarmouchant fort longuement, jusques à faire mettre tout le camp en armes; et y fut beaucoup de ceulx de deçà blessez, entre autres
le S' Cliiappin \'iiclli, qui a rcceu une liarquebuzade dans une jambe Le duc
d'Alve s'en trouve si faschc qu'il n'est possible de plus , comme aussi sont tous les seigneurs et capitaines de par deçà, desquelz il est bien aymé
XXII. — Mondoucet à la reine. Bruxelles, 14 juillet loTâ. Il se réfère à une dépèche du même jour envoyée au roi, laquelle manque.
XXVIII. XXIX. — Mondoucet au roi. Bruxelles, IG juillet 1572. Nouvelles du camp du duc d Albe devant Mons. de I approche des huguenots français, du prince d Orange; dispositions militaires du duc: demande qu il fait aux états et cjui nest pas accueillie favorablement par eux :
Sire, par mes dernières dépesches, et notameni par celle du xini" que j'envoiay hier matin par homme exprès à Pcronne, ^'ost^e Majesté aura esté bien pariiculièremeni advertye de toutes occurences de deçà, èsquelles est succédé, depuis qu'il vint, ledict xiiii*, à deux heures du soir, nouvelles au camp de monsieur le duc d'.Alve estant devant Montz, que les huguenotz de vostre royaume assemblez sur vostre frontière avoyent commencé à marcher en pays et estoient entrez sur le Cambrésis, contre vostre intention et les deffences rigoureuses que sur ce il vous a pieu en faire , ilz ont levé le syége assez diligemment et sur l'heure pour se tirer du costc de Maubeuge. J'entends que lesdicls huguenotz sont en irouppe de quinze à seize cens chevaidx et de huit ou dix mil hommes de pied avec ariillerye : aucuns dycnt davantaige; mais, quant il n'y auroit que cela, je ne voy que l'armée dudi(il S' duc y puisse résister et faire leste. Sur la venue audiet S' duc de ceste nouvelle, il contremanda promplemenl audict camp qu'il retournas! en sa place et lieu ordinaire : ce qu'ilz ont l'ail; et n'en say autre occasion si ce n'est la réputation, ou que l'on dit qu'il y vient du renfort de troys ou quatre mil hommes de devers Luxembourg.
11 ne se parle que des maux, extorsions et pilleryes que font ces huguenotz, qui seront cause de leur ruyne et dcffaite , quant bien ledict S' duc ne les defTeroyt. Toulesfois ceste nouvelle ne laisse de donner bien à penser à icelluy S' duc, et luy appreste des affaires, estant foible comme il est.
' Elle manque.
5i8 DliPÈCHES DES AMBASSADEURS
Je ne vous puis celler le plaisir et ayse que le peuple en reçoit et ce qu'il dici, espérans leur délivrance des Espaignolz par ce moien et l'abréviation de ces troubles, comme j'ay opinion que ce sera un grand chemin, s'ilz se liastent et corrigent leurs faultes, exereans une bonne discipline, ainsy que je leur ay dexlrement faict entendre qu'il fault qu'ilz se conduisent.
Je n'ay eu aucunes nouvelles de ce que a faict le prince d'Oranges depuis : qui m'a faict y renvoyer, affin d'cstre seurcment adveriy du progrès de son armée, l'assemblée de laquelle aura, à mon advis, causé son retardement. J'attends aussi celluy de Gueldrcs. Aucuns veuUent dire que ceulx qui avoient mis pied à terre en Flandres et pris Ardembourg s'estoient retirés, l'aians abandonné : ce que je ne puis croire, et quy a esté occasion de m'y faire dépescher. Toutesfois je vouldrois bien que ces Anglois n'y missent point le pied. Il a esté permis à ceulx de Flandres de lever dix enseignes de gens de pied et une compaignye de deulx cens chevaulx pour leur garde. Monsieur le duc d'Alve a fait partir trente pièces d'artillerye pour envoyer à Gand : je croy que c'est pour mener de là h Vallcntiennes, ou les faire approcher plus près de son camp, qui n'en a point. Il fait tous ses préparalifz pour s'y achemyner en personne, incontinent qu'il y sera venu quelque renfort de cavallerye et gens de pied, oii semblablement je me dispose et prépare de le suyvre partout, ainsi que par la dépesche qu'il vous a pieu me faire, de le unziesme de ce moys, vous le me commandez, comme j'avoys auparavant bien résolu: vous suppliant très-humblement. Sire, de commander de m'estro délivré jusqu'à six mil francs, tant pour l'atirail et équipaige qui m'est nécessaire que pour despences extraordinaires qu'il m'y conviendra faire : sans laquelle somme je ne pourroye avoir le moien.
Au reste, Sire, ledit S' duc a desjà parlé à ceulx des estalz de deçà, leur faisant de belles rcmonsiranees des extrcsmes affaires qu'il a, estant assailly de tous coslez; de la nécessité de deniers où il se trouve pour y subvenir, et qu'il ne peult avoir recours ailleurs qu'à eulx pour leur protection et garde : les priant, chascun en son regard, de s'efforcer et de luy faire fournir ce que dernièrement ilz offrirent, quant il fut question de mettre le dixiesme en avant. A quoy ceulx desdicts estatz luy ont fait responce qu'il leur estoit impossible de satisfaire, estant le pays comme il est: ceulx de l'Eglise se plaignans que en Hollande, Zellande, Gueidres et ailleurs les ecclésiaslicques estoient hors de leurs maisons, le peuple demourant sans culture divyne à l'occasion des troubles; la noblesse, qu'il failloyt qu'ilz marchassent en personne pour les occasions présentes, et les autres (|ue le commerce et IraHicq avoyt du tout perdu son cours : prenant tous ccstc conclusion, que le pays fust rcmys en Testât qu'il estoit lorsqu'ilz l'olfrirent; que volunliers ils y satisferoicnt '.
' Il est écrit en ni.ir^c : « Je ne croy pas ijue pour le présent il en puisse tirer grand secours, mcsmes » si ses ennemis s'aiivancf ni. "
LXXXI. — Mondoucet au S"^ do Morviljieis '. Bruxelles, 9 aoùl iol'l '. Il selonne (ju'on le laisse sans iiislruclions et sans réponses, lorsqu'il s"a"it d'affaires daussi grand poids que le sont actuellement celles des Pavs-Bas :
Je ne soay — dil-il — doù cela procède, n'estani, ce me semble, ;i ccsic heure !emns de laisser perdre une si belle occasion, mais de l'empoigner vivemeni à beaulx clic-
veulx J'en parle, monseigneur, de cueur et dafleciion, et comme celluv qui est
sur les lieux il y a trop longtemps et qui y véoit assez clair. Si je croyois ce qui se dici icy assez publicquement, que les ducalz de Caslille trottent par la France pour rompre tous bons desseings, et que ce sont les ordinaires moyens que l'Espaignol tient pour se garantir d'un oraige, j'en remectroys là la faulte : mais, quoy que Ion dye, je ne piiys croire qu'il y ayt de si mauvais Franeoys qui defférenl si fort à l'eslranger, ennemv de nostre grandeur et repos, pour cliose si Nille que de l'argeni.
11. — Le roi à Mondoucet. i2 août lo7!2 ^ Il a vu. par la lettre de Mondoucet du 6. qu'une partie des lettres et papiers pris sur ceux qui ont été défaits avec Genlis a été remise au conseiller d Assonleville. pour qu il les visite et voie si ce qui a été fait par ledit Genlis l'a été du consentement du roi.
'V'éritablemcnt, — dit-il — si l'on vcull l'aire jugement de moy par ce (pie les apparences et les belles occasions qui se sont présentées et offrent encores aujourd'liuy pour m'agrandir me incitoyent d'entreprendre, sans considérer ce que j'ay faict jusques icy et les moyens que j'avoys de faire le contraire , ny la volunlc que j'ay de vivre en paix, el de laquelle j'ay par tant de diverses foys doné entière asseinancc, je ne fais double, ou que l'on ne me tienne consentant desdictes entreprises, ou irès-affcctionné à la paix.
Vous aurez vcu par ma dernière ce que je vous en ay mandé, et se cognoisira davantage par les cffcclz combien mon intention est csloignée de l'ime el résolue ù l'autre.... Quant à ce que le duc d'.\lve vous a faict cnlendre auroyl esté dict par deçà, c'est chose dont je n'ay oncques oy parler; et si bien ainsi csioit, ce néanlmoings ne doibt-il inférer que je aye ceste oppinion de luy, qu'il voulsist contraindre nng prisonnier de déposer une chose à laquelle il ne se randra que par trop facillc, pour se sauver du danger où il se sent estre. Mais ce sont mensonges, lesquelles luy sont escriptes pour tousjours le
' Jean (le Morvilliers, conseiller d'Étal, ancien garde des sceaux. Il avait, dit Moréri, • prcs(|uc " la principale direction des affaires. "
' Celle lellre est marquée du millésime de I5'6. ' La lellre porte /i"/.
nietlre en meffiance de moy , ausquelles il ne dcbvroyt , comme je l'en prie, avoir aucun esgard, ains à ce qu'il juge et véoit par mes dcpporlenienls. "N'ous luy en parlerez de ceste manière , et ne souffrirez qu'il vous laisse, allant en son camp, car ce seroyt démonstrer qu'il se deffîeroyt par trop de moy, vous ayant commandé faire tous bons ofïîees pour favoriser son intention. Aussy debvcz-vous quelquefoys luy dire ce que sçavez des affaires de ses cnnemys, par forme d'advertissemcnts, pour le contanter et luy faire croire davantage vostre intégrité : car, encores qu'il ne y adjouste foy, toutesfoys cela servira à mon intention, pourvu que le faciez dexirement.
J'ay pris plaisir d'entendre les advis que vous ont esté raportez du costé du prince d'Orange. 11 y fault renvoyer souvent, et surtout qu'il ne soit descouvert qu'aiez intelligence avecques ledict prince, et qu'estans cculx que y dépescherez surprins, l'on ne les trouve chargez de chose que en face foy.
XXX, XXXI. — Mondoucet au roi, Bruxelles, 17 août 1^72. {En partie chiffrée avec le déchiffrement.) Il lui rend compte d'un entretien qu'il a eu avec le duc d'Albe. Il s'est attaché surtout à deux points : à obtenir du duc que les Français faits prisonniers à la défaite du S"^ de Genlis ' soient traités avec plus d'humanité; à le convaincre de la sincérité et de la loyauté du roi dans ses rapports avec le roi d'Espagne. 11 fait connaître sur ces deux points les réponses du duc :
Luy ayant remonstré de quelle conséquence cstoit le mauvais traictement
dont il avoit usé et usoit encores chascun jour à l'endroit des François, et mesmes des gentilzhomraes , et combien cela pouvoit animer et irriter les autres et leurs parens et amis, qui prendroient telles choses à point d'honneur pour en venir chercher la vengeance, contre toutz voz commandemens et debvoir d'obéissance, il ne s'en est pas fort esmeu ne soucié, pensant que, au contraire, ilz en seront divertiz par l'exemple desdictes exécutions : de sorte que Vostre Majesté véoit que c'est ung pont basly pour le passage de ceulx qui y vouldront venir cy-après; et ne m'a donné aucune résolution de ce qu'il veult faire dcsdicts prisonniers, se riant quant je luy ay parlé de les mectre à ranson. Qui me faict juger qu'il les veult garder jusques à la fin de ceste tragédie , pour en faire ce que l'occasion luy présentera.
Or, Sire, entre tous noz discours, je luy ay fait, comme de nioy-mesmes, toutes remonstrances possibles pour luy représenter vifvement la sincérité de vostre intention , luy mectant devant les yeux voz depportemens passez et combien (s'ilz eussent esté autres qu'enclins à l'enlretcnemenl de la paix) ilz luy eussent peu apporter d'affaires sur les
' Le H juillet.
PHILIPPE 11. Utl
bras, dont Itiy-mesnic pouvoil oslie meilleur juge cl lojimoing que nul aulrc : le priant, ùccstc occasion, de vostrc part, prendre ferme asseurance de telle continuation de lionne volunté et la donner au roy son maistrc, et non jalousye, si maintenant vous faisiez pourvoir et munir voz |tlaces de fi-oniière de toutes choses nécessaires, sans voulloir riens enlre|)iendre, ny favoriser ses rebelles, ny monstrer avoir aucun doubte de sa part, comme l'on véoit assez clairement, ne se faisant par vous aucune levée d'Allemans, Snysscs ny des voslres niesmes, et que vous feriez si vous aviez quelque autre chose en l'entendement, mais que ce n'est scullenient que afin qu'il n'en advyenne aucun inconvénient, voyant si grandes forces d'armes fondre en pays de deçà; aussi que s'estant par le passé le prince d'Orange jecté en voslre royaume par contrainte, où il vous trouva désarme, vous ne vouliez qu'il en advint le semblable, et que cela mesmes luy pouvoit grandement servir, en ce que, si ledict prince lournoyt la teste de ce costé-là, luy estant à sa queue avec toutes ses forces, et trouvant lez vosircs en front, il seroyt plus aisé à rompre et defTairc. A tout cela et plusieurs autres (pie je luy ay mis en avant, il m'a juré de se tenir très-asseuré de Vostre Majesté, de laquelle il avoit au commencement doublé, mais que voz elTectz l'avoyenl tant esclaircy de ses doubles que il en deinouroyl très-satisfait et en toute confiance : m'ayant dit de plus qu'il en avoyl cy-devant donné telle asseurance au roy son maistre, au pape, l'empereur, les 'Vénitiens el par toute la ehrestienlé, laquelle véritablement avoyt et auroyl encores plus d'occasion à l'advcnir de se louer de Vostre iMajesté en cela, et que son maistre en auroit particulière obligation, dont vous ne pourriez faillir avec le temps de recevoir bonne et heureuse récompense de Dieu et des hommes : ce que encores il feroyl sur ce que je luy en remonstroys; (]ue sur plusieurs niouvemens de vostre royaume, desquclz les tninislres du roy son maistre en Itallye et ailleurs avoient pris umbre et soubson , il avoyt tenu la brydc le plus qu'il avoyt peu, ad ce qu'ilz ne commençassent et enlreprinssent aucune chose contre Vostre Majesté, congnoissant très-bien le bon pyed duquel vous marchiez ; qu'il esloyt vray qu'il faisoyt venir par deçà de très-grandes forces, cl le |)lus qu'il pouvoyt, et ce, tant pour le besoing qu'il en avoyt que sur les advys qui luy venoienl que le duc de Saxe, comte pallatin cl autres princes proteslans se mesloient de eesle querelle, et que mesmes le filz dudicl pallatin y venoit en personne, dont loulesfois il n'estoit asseurc; aussi allin que, ses forces estant séparées et desparlyes en beaucoup d'endroilz, cl luy en venant de divers lieux, le prince d'Orange son einiemy estant au millieu , qui luy en pourroil ronq^re une trouppe ou autre, il peiist cslre pronqjtemenl asseuré d'avoir autre secours, et ne dcmourer desgarny connue il avoyl esté justpies icy, s'estanl trouvé trompé de ses Ailemans connue il confessoyt , et mesmes de l'archevesque de Collongne, Ictpiel luy avoyt promys deux mil cbevaidx dedans la S'-Jehan passée, Icsquelz n'cstoient encores venuz, mais qu'il es|)éroyt bientost d'avoir bonnes et grandes forces pour aller au-devant de son galland, lequel il con-
b'22 DÉPÊCHES DES AMBASSADEURS.
fesse mainlenanl avoir quatre mil cincq cens ou cincq mil ehevaulx, et que c'est tout ce qu'il pcult attendre et avoir promplcment le dessus de tous ses rebelles, et que si, cela faict, ^'oslrc Majesté avoyt bcsoing de toutes ses forces et des moiens du roy son maislre, elle en fineroyl tousjours; que très-volunticrs et de bon cœur il y employroil sa vye et jusques à la dernière goutte de son sang, tant pour l'affection qu'il a de vostre service que pour ayder à neltoier la chrestienté des perturbateurs d'icelle, lesquelz gaignenl pays à vue d'œil.
Sur quoy je le remerciay humblement de tant de belles et grandes offres, et particulièrement de son affection
XXXII. — Blondoucet au secrétaire Villeroy, Bruxelles., 47 août iS72. Il a eu, le 12, une conférence de deux heures avec le duc d'Alhe, après laquelle ils sont demeurés cousins, hormis en ce qui louche les prisonniers français : toutefois Mondoucet ne croit pas qu'il leur fasse du mal. — II s'apprête à suivre le duc au camp. — Le duc « est en volonté d'envoyer » au roy, ou à Monseigneur ', la cornette de monsieur l'admirai qui a » esté prise en ceste rencontre, s'il peut vériiïier que ce soit celle qu'il a » portée durant tous nos maulx passés, comme l'on luy a asseuré »
LXXXIl. — Le roi à Mondoucet, 26 août 1572 ^ Après lui avoir accusé la réception de plusieurs de ses lettres, et lui avoir dit le plaisir qu'il a eu « de cognoistre par icelles le duc d'Alve avoir entière assurance de lui, » il lui fait le récit de la Saint-Bartliélemy et hii donne des instructions sur la conduite qu'il doit tenir envers ledit duc :
Il est advenu que, s'en allant, vendredy dernier, le feu S' de Chasiillon, admirai, du Louvre en son logis disner, il luy auroyt esté tiré par la fenestre d'une maison une harquebuzadc, de laquelle il auroyt esté attaint dedans le bras et griefvcnient blessé. De quoy j'auroys eu ung merveilleux regret, prévoyant bien que tel accident scroyl suivy d'ung plus grand mal, combien que je feisse faire tout ce qu'il m'estoit possible pour la vérilication dudict attentat et chasiimentdcs eonlpables et malfaicleurs : en quoy je me seroye aucunement trompé, car le lendemain je scuz certainement comme ledict admirai et eeulx de sa faction, lesquelz estoycnt fortz et en grand nombre en ceste ville, se deffiant qu'il fust faict justice dudict attentat, et sans avoir la patience de véoir et cognoistre les effectz de mon intention, se dcslibéroient d'en prendre eulx-mesmes la
' Le duc d'Anjou.
* Celle lettre porte le millésime de 4076.
vengeance, non-seullemenl sur ceulx de Guise, mais aussy sur tous ceulx desquelz ilz estoient entrez en soubçon. De manière que, pour prévenir rexêeution d'tme si pcrnitieuse entreprise, j'ay esté constraint permettre et donner moyen ausdicts de Guise de courir sus audict admirai, comme ilz ont faict, ayant leilicl admirai esté tué et tous ses adliérens. Et d'autant que ccstedicte exécution a esté accompagnée d'une esmotion po|)ulaire, ung très-grand nombre de ceulx de la nouvelle religion qui cstoyenlen eesiediete ville ont esté massacrez et taillez en pièces : estant croiable que ce feu ainsv allumé ira courant par toutes les villes de mon royaume, lesquelles, à l'exemple de ce que s'est faict en ccstedicte ville, s'asseureront de tous ceulx de ladicte religion.
Or, liions' de Mondoucet, en telz affaires il faull prendre garde de près à tout événement. Je S(;ay bien que ceste nouvelle sera très-agréable audict duc d'.Alvc, car elle favorisera grandement ses dessaings; toutcsl'ois je ne désire qu'il en recueille seul le fruit, et que, selon sa bonne coustume, il regarde de conduire ses affaires de telle sorte que il me rejette sur les bras non-seulemeut les forces du prince d'Orange, mais aussi renvoyé en mon royaume ceulx qu'il a (irins prisonniers à la dél'aitte de Genlys, et laisse cscliapper les autres que sont dedans Moniz qu'il tient enfermez , affin de eslablir cependant ses affaires et nettoyer les pays de son maistrc plus à son aysc des rebelles. Car, puisqu'il a pieu à Dieu conduire les clioses es termes où elles sont , je ne veulx négliger l'occasion, non-seulement pour remectre, s'il m'est possible, ung perpétuel repos en mon royaume, mais aussi servir à la chrestienlé.
Je ne vous escriptz ce que dessus pour le redire audict duc d'Alvc, parce que le temps ne le requiert encores pour plusieurs grandes considérations , mais c'est pour vous instruire et rendre capable de mon intention, laquelle vous retiendrez à vous seul, sans
vous en ouvrir et déclarer à nul, de quelle qualité qu'il soyt Vous prendrez
garde, de plus prèz que vous n'avez encores fait, aux depportements dudict duc, et mettrez peine d'estre soigneusement adverly de ceulx dudict prince d'Orange, avccques lequel, si vous pouvez, enireliendrez dextrement vostrc intelligence, affîn de ne liiy donner occasion d'Iiabandonner les entre|)rises qu'il a par delà, pour en venir faire d'autres en mon royaume, au secours de ceulx de ladicte nouvelle religion. Si se fault en cela comporter très-prudemment, et ne laisser rien partir de voz mains qui vous oblige et face cognoistre au duc d'Alve qu'entreteniez praticque avccques ledict prince d'Orange. Vous direz audict duc qu'il a maintenant toute occasion d'estre asseuré de mon intention , tant à rentretènement de la paix d'entre son maistrc et moy, cpic à l'augmentation du service de Dieu. Et ne sera que bien à propoz que vous luy dictes, comme de vous-mesmes, que tout a beureusement succédé de ce que il avoit deffait ceste troupe de Genlys, et que ledict Genlis et les autres prisonniers principaulx soyent entre ses mains, et partant en lieu d'où ilz ne pourront aisément partir et retourner en mon royaume et brouiller les cartes, et mcsmes qu'il tienne enfermez ceulx qui sont dedans Montz, qui sont des plus
factieux subjectz que sondicl maistre et moy ayons. Selon la responce qu'il vous fera, vous luy reppliqucrez modcslcmcnl, observerez soigneusement sa contenance, et retiendrez diligemment tous ses propoz, desquelz vous me manderez vostre adviz. J'estime que le S' de Gomicourt ' sera porteur de la présente; sinon je la vous envoicray par courrier exprès. J"ay baillé audiet Gomicourt des lettres de créance audict duc d'Alve, et luy ay donné charge luy dire qu'il cognoistroyt, avecques le temps et par les effectz, le zèle que j'ay au service de Dieu et bien de la chrestientc, et affection à l'entretènement de la paix d'entre Icdict roy catholicque cl moy. Vous saurez de plus comme j'ay cscript, par tous les gouvernements de mon royaume, assambler forces pour courir sus à cculx que se vouldroyent eslever contre ma volunté et pour ceste occasion.
m, IV. — Mondoucet au roi, Bruxelles, 29 août 1372'. {Eti chiffres avec le déchiffrement.) Joie qu'ont causée à Bruxelles les nouvelles de la Saint-Bartliélemy; affaire du dixième denier et autres :
Hier matin nions' le duc d'Ascot, qui est demouré gouverneur, me vint trouver, je croys, de la part du sieur duc, pour me faire entendre les nouvelles qu'il avoyt eues des exécutions et meurtres commys à Paris près de vostre personne, dont ilz prennent telle occasion de resjouissance que Vostre Majesté peult pensser, pour l'heur et la prospérité que telles choses apportent à leurs affaires, et dont ilz ont faict chanter ung Te Deum solempnel et rendre grâces à Dieu. Je m'en voys ^ trouver ledict S' duc au camp, et l'escouteray parler sur telz événements, en actendant que je soye instruict et infourmé par Vostre Majesté de ce que j'auray à dire et respondrc là-dessus et sur quoy. Encores qu'il ayt pris de moy une bonne confiance, je m'asseure qu'elle lui redoublera de moictyé, et n'aura plus aucune occasion, estans les choses passées de la sorte qu'ilz les publient, de dcmourer en doubte et soubson de Voz Majestez, et d'oii je l'ay esloigné autant qu'il m'a esté possible. J'allendray aussy le commandement de Vostre Majesté pour la continuation des intelligences et conduite des affaires de deçà, èsquelles je me suis cy-devant employé comme Vostre Majesté l'aura congneu par mes dépcsches, et ce pour le seul zelle et affection que je porte à vostre service, sans autre respect. Quant à ce que ledict sieur duc a laissé à faire icy, je vous diray qu'il s'en est allé sans aucune résollution des estalz sur la proposition et demande qu'il leur a faicte. Lesquclz, auparavant que de respondre, veullcnt avoir acte signé de la main du roy d'Espaigne pour l'abolition du x% et que cella soyt publié générallement et particullièremcnt par
' Voy. le t. 1", p. 409.
' Cette lettre porte le millésime de iiiîl.
^ Je m'en voys, je m'en vais.
PHILIPPE II. o2y
toutes les villes : ce qui le fasche fort, laiil pour eongnoistrc la delliance qn'ilz ont de luy, que pour véoir rciraclcr ceste imposiiion quil s'esioii tant proniys et avoyt juré d'avoir. Et à ce que j'ay seeu de quelques-ungs des prineipaulx desdiets cslatz, il eoullera plus de six mois dicy devant qu'il entre aucun secours. Hier partirent d'icy plusieurs pouldrcs et autres munitions pour envoyer au camp, et croy que l'artillcrye y arrivera bieniost pour battre la ville, sy ce n'est que le prince d'Orange le divertisse: de l'advancenient duquel est ce matin venu nouvelles qu'il avoyt pris par force le cliasteau de W'yert et qu'il estoit près de Dycst, prenant son clicmin du costé de Mallines, où l'on croyt qu'il arrivera cejourd'huy ou demain au plus tard. J'attends encore le retour de mon homme, pour en avoir plus de seuretté, et crains, veu son retardement, qu'il ne luy soit advenu quelque empeschement
LX.WIll. — Le roi à Mondoiicet. ."jI aoiit 1572 '. Langage qu'il doit tenir au duc d Albe touchant les Français qui sont assiégés dans Mons :
Monsieur de Mondoucet , j'ay oy voluntiers vostre homme, et m'a esté plaisir entendre le duc d'Alve eslrc allé en son camp; qu'il cust prins eeste abbaye hors la ville, laquelle ceulx de dedans avoyent foriiffyée et jusques icy gardée, et que le prince d'Orange n'estoil encores passé la Meuse. Car, puisque les affaires de mon royaume sont aux termes que je vous ay mandé, je seroye très-marry si ledict duc d'Alve ne se faisoit maislre de ladiclc ville de Montz, et eneores plus si e'estoit par composition, et que, permettant à ceulx qui sont dedans de sortir, ce fust pour les me rcnvoier et qu'ilz retournassent en mon royaume, parce que ce sont tous gens factieux, plains de mauvaise volunté et affection, lesquelz vouidroicnt encores troubler ities intentions. Je pense bien que ledict duc ne se donnera peine de quelle sorte il entre dedans ladiclc ville, pourveu qu'il exécute son faict. Toulesfois il inq)orte grandenicnl, pour le service de Dieu et celuy de son maislre, que ceulx qui sont dedans soyent mis en pièces, car ce sont des plus turbulanis et séditieux subjcclz que sondiet maislre et moy ayons : de manière que, leur permctiant venir en mon royaume , ce seront autant d'ennemys qu'il conservera à sondiet maislre. Vous lui en parlerez sagement; et si vous sentez qu'il veuille composer, comme l'on m'a advcrty, vous me le manderez aussitost et à mon cousin le duc de Longueville, lequel vous adverlircz, diligemment et à la vérité, du nombre qu'ilz seront, en quel esquipage ilz sortiront, et du chemin qu'ilz prendront pour rentrer en mon royaume
LXXXIV. — Le roi à Mondoucet, même date '. pour quil persuade le duc dWlbe de faire mettre à mort ceux qui sont dans Mons :
' Même obserraliun que sur le niillcjiaie de la lettre prcccJcnle. ' Celle lettre porte le millésime de iSîC.
Monsieur de Mondoucet , vous trouvante propoz aveeques ledictduc, Uiy direz qu'il est maintenant en luy de faire congnoistre à tout le monde qu'il préfère le service de Dieu et bien de la chreslienté à tout autre respect, et qu'il est autant affectionné au bien de mes affaires comme il m'a voullu faire croire jiisques icy, ayant entre ses mains plusieurs de mes subjeclz rebelles , et le moien de prandre Montz et chastier ceulx qui sont dedans ; s'il faict le contraire , j'auray très-grande cause me plaindre de luy et l'accuser de tout le mal qui s'en succédera. S'il vous respond que c'est tacitement le requérir de faire mourir lesdicts prisonniers et faire tailler en pièces ceulx dudict Mons, vous luy direz que c'est ce qu'il doibt faire, et qu'il se fera ung très-grand tort, et à toute la chrestienté, s'il faict autrement : car chacun a aujourdhuy les yeulx tournez sur luy pour véoir comme il se comportera envers ledict prince d'Orange, en ces occurrences èsquelles, si le roy catholicque, ses ministres et moy proceddons sincèrement et bien unys, il est sans doubte que nous sortirons des affaires que nous avons en noz royaumes et Estatz , pour après servir à la chrestienté.
Il fault surtout tenir cecy secret pour plusieurs considérations et en parler audict duc comme de vous-mesmes , sans qu'aucun sçache que je le vous aye commandé.
LXXXV. — Le roi à Mondoucet, 1<='' septembre 137^ '. Il le prie de veiller soigneusement à ce qui se passe aux Pays-Bas, et de continuera lui en donner particulier avis.
XXXIII. — Mondoucet au roi, du camp devant 3Ions, 3 septembre 1372. (Déchiffrement.) Siège de Mons; progrès du prince d'Orange; impression produite sur ce prince par la Saint-Barthélémy :
Monsieur le duc d'Alve est continuellement occupé à l'expugnation de ceste
place, estant tous les jours aux tranchées dès les trois et quatre heures du malin, d'où il ne bouge jusques au soir. Il a seullcment commancé hier à la faire battre furieusement de vingt-huict pièces en tout, dont il y en a dix-huict en batterie et le reste pour les deffences, et en doibt encores arriver d'autres demain et après, pour continuer avec plus de force et advancer ce qu'il pourra en ceste exécution, voullant faire batterie encores en autre cndroict, affln de s'emploier ailleurs selon le besoing qu'il en a. Hier arrivèrent à Bains-, trois lieux d'icy, deux mil chevaulx de l'arcevesque de Collongne, lequel y est en personne, ainsi que l'on m'a asseuré, pour ce que sans cella ses gens ne voulloient marcher. Et ainsi se renforce maintenant ledict S' due, marchant d'autre
' La lettre porte le millésime t^76.
' Binclie.
costé le duc de Holsl ' , le conlc de Sconiboiirg ^ , aiisqiiclz j'ny sccu qu'il avoyt envoyé paiement pour deux mois.
Ce qui le faicl tant liaslcr en i'entroprinse de cesie ville est le aehcmincmcnt du prince d'Orange, lequel, depuis la réduclion de .Malline, s'est advancé en ce quariierià, ayant pris les villes de Diesl et Thiellemont ^ en son cliemin, et se trouve de cesie heure près de la ville tle Louvyns, laquelle on ci-aint prendre l'exemple des autres, j)our n'avoir aucimenienl voullu recepvoir garnison, et s'estans retirés les ecclésiasticques et escolliers à Bruxelles, qui n'est exempte de grandes allarmes, à l'occasion desquelles ilz ont muré toutes les portes, horsmis deux, et autour de laquelle les gens dudict prince coinent tous les jours. En ce camp on craint bien fort qu'il ne s'ap|iroclie, |)Our secourir son frère, auparavant que ladiele cavallerye soye toute arrivée, qui ne pourra estre de dix ou douze jours, parce que, estant ladicte cavallerye desjà engaigée à la haltcryc, elle ne se pourroyt si promptement déplacer. Et pour cesie occasion, hier ledict S' duc feyt rompre tous les ponts des environs d'iey cl l'aiet coupper chesncs et arbres es bois icy autour, pour empeschcr les chemyns et passaiges à la eavallciye, faisant mesmes approcher ce qu'il a de gens de cheval plus prés de luy qu'ilz n'esioicnt, et aiant commandé à img chascun de se tenir prest : ce que l'on inicrprette poiw l'assault de ceste ville; mais j'ay sceu de quelqu'un qui parlici|)peaux conseils qu'il ne s'asseurc pas de la prendre si tosl. ^^ay est que, si ledict prince ne la secourt, elle ne pourra pas longuement résister à telle viollance.
Sire, faisant cesie dépeselie, mon homme est relourné d'auprès duilicl prince ; lequel m'a confirmé tout ce que je vous eseri|)l/. cy-dessns de son progrés, mesmes qu'il |)ense qu'il aye pris Loiivyn et qu'il soit maintenant autour de Bruxelles. Il l'a cnquis du chemin qu'il ticndroil : dont il l'a asseuré qu'il ne sçavoit riens luy-mesmes, et en cclla il se conduiroit selon l'advis que son frère le conte luy donneroit qu'il se trouveroit pressé : de sorte que je voy qu'il est pour s'avancer. Mon homme luy aiant amplement discouru les grandes raisons que avoicnl mcu Vostrc Majesté de permettre et doimer h'eu à rexceution qui s'est ensuivie des conspirateurs qui ont esté massacrez à Paris, il s'est merveilleusement trouvé estonné et en cxtresmc fascherie, n'en aiant point encore esté lors certainement advcriy. En sorte que sur ce il commança à entrer en grande crainte et deffiancc de vostrc part cl n'avoir plus le bon succès en ses affaires qu'il attendoil, ayant appuyé le meilleur fondement d'icclles sur ce eosté-là, luy disant qu'il esloit quasi impossible que Vostrcdictc Majesté se pcusl jamais bien purger de ce faict à l'endroit de tous les princes proteslans et autres de ceste religion de l'avoir ainsi
• Holstein.
' Schauwcnibourg.
' Tirlemont.
528 DÉPÈCHES DES AMBASSADEURS.
laissé advenir : à qiioy il estoit bien nécessaire que vous prissiez bon conseil, car autrement il prévoyoit vosire royaume retourner en grandissimes troubles et beaucoup de gens de guerre y descendre. Mais mondict homme, que j'avois bien dilligemment inslruict, le voiant si avancé en pais, le peuple se trouver à sa dévotion à veue d'œil, luy résollu de marcher pour combattre le duc , au cas que sondict frère en eust besoing, et davantaige tenant ce langaige, feist ce qu'il peust pour le tirer de ceste oppinion et le retenir le plus qu'il seroit possible en bonne alïeclion en vostre endroict, affin que, luy venant à bien succcdder, comme les victoires sont en la main de Dieu et hazar-
deuses, il ne prinst occasion d'entrer en vostre royaume pour assister voz rebelles
Quant à ceulx qui sont dedans Montz, leur sallut dcppend dudict prince, ainsi que Vostre Majesté pcult voyr : autrement elle se peult asseurer qu'ilz seront tous mis en pièces, car de composition je vous supplie très-humblement croyre qu'il n'en est nulle
nouvelle Car, encores que ledict sieur duc vouUust entendre à composition, ceulx
du dedans ne s'y condescendront jaiuais.
LXXXVI. — Le roi à Mondoucct, 6 septembre lo72 '. Il a reçu ses dépêches du 29 août et du 2 septembre. — Mondoucet doit s'efforcer, plus qu'il ne l'a fait, de pénétrer les desseins et progrès des deux armées ', afin de l'en avertir.
Sitost que lliomme que vous avez envoyé vers le prince d'Orange sera de retour, vous ne ferez faulte de me mander ce qu'il vous aura rapporté : estant bien ayse, suivant ce que je vous ay escript, que vous entreteniez vostre intelligence avecques luy, pourveu que le puissiez faire de façon que ne soiez descouvert, parce qu'il se faut bien garder de faire chose par laquelle ledict duc cognoisse que favorisiez les entreprises dudict prince
Je suis content qu'il soit faict distinction des prisonniers que détient ledict due, et que luy faciez instance pour la délivrance des eatholicques , puisque vous estimez que ce sera chose qu'il accordera facillement
XXXIV, XXXV. — Mondoucet au roi, du camp lez-Mons, 6 septembre 1572. {En chiffres avec le déchiffrement.) Selon les ordres du roi, Mondoucet a entretenu le duc d'Albe sur le fait des prisonniers qu'il a encore en ses mains et sur ceux qui sont enfermés dans la ville de Mons :
Luy mectant devant les yeux combien il imporloit à toute la chresticnté et à Voz
' Marquée 1576 comme celle du l" septembre. ' Du duc d'Albc et du prince d'Orange.
Majcsicz, cl paitieullièreniciu à sa rojiuialiiin, (luc le monde fust ))urgé de telles gens turbulens, et que chaeun regardoit maintenant ses actions, pour voir comme il se comporteroit avec ses cnncmys. Au premier point il me respondit qu'il ne iuv rcsioit plus guèrcs de prisonniers entre les mains, lesquelz alloit-il même tous les jours excculanl, mais que, pour quelque respect (qu'il ne me dit point), il réservoit encore les chcfz, genlilzliommcs et principaux qu'il avoil; et voy bien que ce n'est tpi'en allcndant ce qui succédera de ecste guerre, pour s'en servir, ainsi que vous ay escript par ma dernière. Je ne suis demouré court là-dessus pour luy faire entendre l'occasion que vous aviez de vous plaindre de luy s'il les laissoit escliapper, et l'accuserez des maux qui en adviendroient ey-après. Mais il ne me paie en cela que de la bonne volunté que le roy son maisire vous perle, du reprocbe des secours et aydes qu'il vous a failz en voz troubles passez, qui sont ses lieux communs ordinaires, et de l'espérance qu'il a de venir [)rompienienl au-dessus, tant de cesie ville (jue du prince d'Orange.
Confiance du duc à cet égard; il offre numc des troupes au roi, s il en a besoin, mais Mondoucet la rcniercié en l'assurant que bientôt le royaume serait du tout nettoyé, et que. pour l'heure, on ne lui demandait qu'une seule chose: c'était de bien achever de son cote, sans rien renvoyer sur les bras du roi.
J'ay sccu qu'il fait faire fort boime garde que cculx de dedans Moniz ne sortent, et n'y a pas aussy apparence, à ce que je voy, qu'ilz le vcullent faire. Il m'a dit sur cela qu'il y avûit, en ladicte ville, une compaignie de catholicques, dont est cappitaine ung nommé Durevel, laquelle seroit bien aise de sortir et le feroit, si elle en avoil receu qucl(|uc commandement de ^'osl^c Majesté : à quoy vous adviscrez.
Les princes d'Allemagne veulent intervenir auprès du roi d'Espagne en faveur du prince d'Orange: mais le duc d'Albe croit qu'ils ne réussiront pas. — Uiflictillés extrêmes du siège de Mons: crainte do le voir se prolonger jusqu'aux pluies. — Annonce de la pri.^e de Louvain. où le prince d Orange est entré le jeudi précédent, après quoi il a marché sur ^^ avre. •( Il fait ce qu'il peult pour se conserver la bienveillance des peuples et » quilz ne soient fouliez, publiant partout qu'il n'en veiill qu'aux Espa- » gnolz, leurs adhérents et fauteurs, et permet que chascun aille et vienne » faire ses affaires. » — Peur qu'on a de le voir s'attacher à Bruxelles, oîi les enseignes d'Espagnols et les Allemands n'ont aucune sécurité.
XXXM, XX.\^ II. — iMondoucetau roi, du camp lez-.Mons. 9 septend)re 1572. Le duc d'Albe n'a eu garde d'accepter le combat qui lui était offert
S30 DÉPÈCHES DES AMBASSADEURS.
par le prince d'Orange; il attend des troupes nouvelles. — Il a répondu à RIondoucet, qui se plaignait de le voir disposé à s'accorder avec le prince, que le roi son maître et lui ne demandaient rien de plus au ciel que de voir le royaume nettoyé de rébellion, et Charles IX y demeurer roi absolu; que, de sa part, il ferait tous les efforts possibles, ainsi qu'il avait toujours fait, pour mettre maintenant la dernière main à cette querelle; qu'il n'y avait aucune apparence que ledit prince eût la volonté de s'aller promener en France, ayant pris tant de villes par deçà comme il a fait, et où il est trop bien reçu, outre qu'il n'y a maintenant personne en France qui l'y appelle ni qui l'y puisse recueillir; et quant à l'accord, que Mondoucet avait pu voir comme jusqu'ici il y avait procédé, mais que, pour couper court à tout soupçon, il l'assurait que, au cas que le roi très-chrétien voulût promettre, de sa part, de ne faire jamais aucun accord avec ses sujets rebelles sans qu'il y fût stipulé qu'ils n'aideraient, en quelque sorte ou manière que ce fût, les sujets du roi son maître. Sa Majesté Catholique et lui feraient réciproquement semblable promesse, quand ils s'accorderaient avec ledit prince ou avec les sujets de Sa Majesté Très-Chrétienne. — Le prince a encore pris Termonde cl a tiré seize mille livres de Louvain, qui s'était laissé battre, pour lui épargner le pillage.
XXXVIII ^ XXXIX. — Mondoucet au roi, du camp lez-Mons, H septembre loTâ. Dans l'escarmouche qui a eu lieu entre les deux armées ', la perte du prince d'Orange a été d'environ cent cinquante hommes, parmi lesquels un ritmaiire principal; du côté du duc d'Albe, vingt-cinq Espagnols et quelques hommes d'armes sont restés sur le carreau, et la cornette du S"" de INoircarmes a été prise. — Le prince a fait mettre le feu au village de Boussu et en d'autres endroits.
Il se part d'icy avecques fort peu de réputation, ayant une armée supérieure à celle dudict sieur duc, sans pouvoir secourir son frère en ccste ville, ne qu'il en soit sorly aucun. Il est vray qu'il n'eust seeu tanter un tel effort sans ung bien grand désavantaige, à cause des forlz et tranchiz que ledict sieur duc avoit fait faire de toutes parts. On tient que la cause de son recuilement est qu'il y a quelque dissention entre ses reislrcs, parce qu'avant-liier, jour de iadiete escarmouche, les deux cornettes qui la soutinrent et qui (iront fort bien , dévoient estre suivyes et secourues de trois autres
' Le 9 septcrabrc.
qui demeurèrent derrière : ee qui leur feist perdre la plus belle occasion qu'ilz sçavoienl avoir de ecsle guerre
Camisadc donnée la veille au soir aux troupes du prince par huit cents arquebusiers espagnols.
XLl, XLII. — Mondoucet au roi, du camp lez-Mons. 15 septembre 1572. Détails sur la camisade du 10; dispositions militaires du duc d'Albe; siège de Mons :
Sire, vous aurez veu, par ma dernière dépesclic de lunziesme cl douziesme de ce mois, la belle levée de boucliers que le prince d'Orange est venu faire devant ceste ville, et comme, après icelle, il se reliroit du costé de Uains, prenant quasi le mesme
chemin qu'il cstoit venu Aussi ^'oslre Majesté aura veu ce que monsieur le duc
d'Alve m'avoit mandé de la camisadc qu'avoient donné viii" harquchuziers des siens à l'armée dudici prince, laquelle, à la vérité, est merveilleusement bien succédée, ainsy que moy-mcsmes j'ay esté vèoir sur le lieu où a esté faicte rescarmouche et exécution, et que le vous bien particullièremcnt contera le S' de Fonpertuis.
Cependant je vous diray que, l'infanterie dudiet prince estant logée à une lieue ei dcmye d'icy en trois camps le long du Cousteau , sans qu'elle fust couverte d'aucun bois, ruisseau ne tranchée, sinon d'une campaigne raze, et sa cavallerie logée au dessoubz dedans un village et prairie estans à l'cnviron, au bas de ladicte montaigne, lesdicts harquebuziers, aians passé ung bois qui estoil à demye lieue dudiet camp et se trouvans en ladicte campaigne, marchéicnt droit aux centinelles et corps de garde de ladicte armée qui cstoit assiz sur le hault, Icsquelz ilz dédirent et mirent en pièces ; et laissant deux cens harquebuziers derrière eulx pour la seureté de leur relraicle, entrèrent les autres six cens dedans Icdici camp, qu'ilz enfoncèrent jusques au millieu, luans hommes et chcvaulx en bonne quantité, et jusques dedans leurs maisons cl leurs liciz, fors que, sur leur retraicte, il fust tué quelques-ungs d'eux. El au nombre que je ay peu remarquer, il est demeuré sur la place cnvii'on trois cens ou trois cens cinquante hommes d'une part et d'autre , mais d'Espaignolz il n'y en a que trente-cinq ou quarante. Et ainsi le camp dudiet prince se trouvant en effroy par le feu qui fut mis en plusieurs endroietz de son logis et une telle surprise, se mirent promptement en bataille sur le hault, ung peu plus à main droicte, et de là commencèrent à marcher, la plus grande pari de leur bagage s'eslant dcsjà acheminé devant: monstranl bien, tant à la forme de ladicte assiette de leur camp, lequel n'avoit aucune place de bataille, et le peu de garde qu'ilz faisoient, qu'ilz ne sont gens de guerre.
J'ay ce matlin esté véoir monsieur le duc d'Alve, que j'ay trouvé au lici, qui commance à reprendre halaine cl se reposer du grand travail qu'il a pris durant ces cinq ou six
552 DÉPÈCHES DES AMBASSADEURS.
jours passez, lequel ma dict et asseuré que ledict prince avecques son armée reprend le chemin de la chaussée tirant vers Mastricq, pour s'en aller repasser la Meuze, estant don Fédéricq, son filz, à ses talons avecques troupe de harquebuziers et cavalerie, pour le tenir en évueille et le presser, cependant qu'il alloit avoir du renfort dans la ville de Bruxelles, ou cas qu'il voulUist prandre ce chemin; et manda au duc de Holst qu'il se tint ferme et arreslé jusques à ce que eust autres nouvelles de luy, voiant bien qu'il n'en n'avoit plus que faire icy ; davantage qu'il espéroit avoir dedans six jours la ville de IMons , la baterie de laquelle avoit esté ung peu inlermise par faulle do boulletz, mais que demain il rccommanceroit à battre la courtine, assaillir le ravelin et jccter ses ponts dans les fortz, pour mardy ou mcrcrcdy donner l'assault, et que, cela faict, il avoit bien espérance d'avoir remis toutes les autres villes en son obéissance dedans la fin de ce mois prochain, envolant son filz d'un costé, Noircarmes d'un autre, et aussi autres en divers endroictz,et au surplus que je pouvois véoir les belles et bonnes trouppes de gens de guerre, tant de cheval que do pied, qu'il avoit en cesic armée, et la valleur de ses harquebuziers, lesquelles il me prioit vous cscrirc eslre prestes de s'cmploier puis après pour vostre service, si Vostrc Majesté en avoit besoing.
Quanta moy. Sire, je ne puis croire que ledict prince soit venu icy seullement pour se monstrer, sans rien faire et se retirer si soudain. Nous pourrons juger, par le chemin qu'il tiendra , de la résolution qu'il aura prise : pour le moings il ne tourne point la teste de vostre coslé.
De Bruxelles, il est quasi comme assiégé, à ce que on m'escript, cculx de Malines, Louvain , Dcrmonde et autres endroits eourans tous autour et empeschans que on n'y porte vivres
Quant à la prise de ceste ville, encore qu'elle luy réuscisse bien (au duc d'Albe), si ne pensé-je pas qu'elle soit si aisément ne si promptement que la faict ledict S' duc, ny semblabloment la fin de ses autres affaires, lesquelles consommeront bien le reste de ceste anrtée ; et crains bien qu'il n'en ayt assez pour la prochaine, aiant tant de villes fortes à réduire.
XLIII, XLIV. — Mondoucet au roi, du camp lez-Mons, 17 septembre 1572. {En chiffres avec le déchiffrement.) Nouvelle conversation avec le duc d'Albe au sujet des Français qui sont dans Mous. Le duc voudrait pouvoir les faire sortir, comptant bien après venir aisément à bout et d'eux et du comte Ludovic. Sur quoi Mondoucet répliqua qu'il ne fallait point s'amuser aux paroles et inventions de ces gens-là, car toutes leurs propositions d'accord pourraient bien n'avoir d'autre but que de lui faire perdre l'occasion du bon temps. Le duc objecta qu'il ne composerait point
au sujet des prisonniers quil avait . cl qu au surplus il non était pas encore là. « Seulement ses soldai/, parlant avec ceul.v de la ville, leur disant des » injures et les appelant Iraislres. quelques-unt;z avoient respondu qu ilz » en voudroient bien cslre dehors. » — Il demeure entendu que. si le roi de France fait quelque accord avec ses sujets, il y sera expressément stipulé que ces derniers ne pourront aller au secours des sujets rebelles du roi catl»oli(|ue. et que tout accord conclu avec le prince dOrani;e contiendra les mêmes conditions au sujet des rebelles de France
\L\ . \L\ I. — Mondoucet au roi. du camp lez-.Mons. 18 septembre 1572. Le duc dWlbe a prévenu Mondoucet que, la veille, après diner. quatre gentilshommes étant dans la ville de .Mons avaient demandé à parler avec le S"^ de Licques ou autres et quil ne voulut pas le leur refuser, ne fût-ce que pour savoir leurs intentions.
Et sur ce y envoya le S' de Xoircarmes, pour oyr ce qu"ilz voudroient proposer, .\insi sorlirent de ladicte ville La Noue, Soyceourt, Senarpoiit et le lieutenant de Gcnlys, lesquelz, parlant avec ledict de Noircarmes, dirent que, encores qu'ilz n'eussent pouvoir du conte Ludovicq de traiter d'accord, que néanimoins, voians les choses en lestât qu'elles cstoient, nicsmes la volunté de Voslrc Majesté, ilz pouroient retourner devers luy pour lavoir et sur ce proposer et mettre en avant les condiiions qu'ilz désiroieni. .\ cela leur fut respondu par ledict de .Noircarmes que aussi peu a\oit-il pouvoir du duc d'en parler ny nicsmes de les oyr ; toutesfois qu'il luy rapporieroit ce qu'ilz meciroient en avant, mais (|ue premièrement il ne falloil aucunement parler de traicter avec ledict conte, pour n'en voulloir riens faire ledict duc avec rebelles, ei que s'ilz voulloient retourner en la ville pour rapporter le pouvoir qu'ilz disoient leur estre nécessaire, que lors ledict S' duc vouldroit bien aussi qu'il les oysl. Et ainsi eslans en propos, le S' de Noircarmes leur remonslra comment ilz s'estoient avancez de venir en ce pa'is, à la persuasion et adveu dudict conte, sans commandement de leur roy; qu'ilz voioient les pugnilions et cliastimens qui avoient esté faits en Fiance et qu'il ne failloit pas qu'ilz espérassent aucun accord, si ce n'cstoit que, avant toutes choses, ilz promissent et jurassent de n'assister jamais les rebelles de Vostre Majesté, ny de porter les armes contre vostre service. Hz firent rcsponee qu'ilz pensoient avoir fait cestc entreprise pour vostre service, et que maintenant qu'ilz voioient la démonstration que Vostre Majesté a faite du contraire, ilz ne savent plus en quelle part aller ne fuyr; et que sorlans de là-dedans, leur volunté est de s'aller jecler à genoux à vos piedz afin d'obtenir leur pardon, si bon vous semble, ou remectre leurs testes entre voz mains, car d'autre recours ou salut ilz n'en voient point. Et après tous ces propos rentrèrent,
534 DÉPÈCHES DES AMBASSADEURS.
avec accord de resortir aujourd'liuy sur le mydy avec leur pouvoir. Dont et de ce qui s'v fera ledict S' duc ni a promis de m'advertir, me priant croyre et vous cerliffier que, quelque accord ou composition qu'il face avec eulx et les prisonniers qu'il a, ce ne sera qu'avec protestation et jurement soliempncl qu'ilz feront de ne s'ingérer jamais de porter les armes contre vostre service, ni assister aucuns rebelles ou désobéissans de Vostre Majesté.
Le duc se propose, aussitôt après la prise de Mons. d'aller combattre le prince d'Orange avec huit mille chevaux et son infanterie, et il donne l'assurance que celui-ci n'aura pas le loisir de tourner la tète du côté de France. — Le prince coucha hier à trois lieues de Bruxelles et deux lieues de Louvain; il fait de nombreuses recrues. — Quant à Mons, le temps n'a pas été perdu.
LXXXVII. — Le roi cà Mondoucet, sans date (21 ou 22 septembre 4572). Au sujet des pourparlers entamés pour la capitulation de Mons :
Monsieur de Mondoucel, j'ay reccu voz lettres du xV, xvn" et xvni°. Nous congnoissons bien que le duc d'Alve désire faire ses affaires, et ne se donne peyne à tel pris pour que ceulx de dedans commancent à parlementer, et mcsmes mes subjeclz. Je lyens pour certain qu'ilz composeront. Au regard de ce que ledict duc vous a dit, pour me mander, que je soye asseuré qu'il ne composera jamais avecques mcsdicts subgetz, qu'il?, ne jurent et promettent ne porter les armes contre mes commandements, je croy qu'il ne s'arrestera beaucoup sur ces articles, et quant bien il se randra oppiniastre, que ce sera me justiffier ledict accord et me paier de ceste monnoye, laquelle n'est toutesfois recepvable : car il sçayt bien que je ne me sçaurois jamais asseurer qu'ilz observent ce qu'ilz auroicnt proniys, ains sitost qu'ilz seroient en liberté, feroient du pis qu'ilz pourroient, selon leur bonne coustume. Je ne me peulx persuader que mesdicts subgetz accordent sans le conte Ludovic et qu'ilz le habandonnent, comme m'escripvez que le prétend ledict duc, dysant qu'il ne veult traicter avecques les rebelles de son maistre : aussi je pense bien qu'il se modérera et ne sera si scrupuleux qu'il veult faire croyre, s'il voyt que l'on ne vueillc composer sans ledict conte, mais qu'il fermera les yeulx pour ne le voir sortir avec les autres, puisqu'il perd l'espérance de forcer ladicte ville. Et quant à ce qu'il vous a dit, incontinent après la réduction d'icelle, il marchera avecques toutes ses forces vers le prince d'Orange, pour le cond)atre, je croy qu'il y viendra le plus tard qu'il pourra, quant bien ledict prince seroit beaucoup plus foyble, s'il estime qu'il soyt déterminé de l'attendre: car il ne vouldra, non plus qu'il a faict par cy-dcvani, bazarder ce que le temporiser luy icnd asseuré. Je présume bien qu'il marchera droicl, s'il pense qu'il le puisse contraindre de se retirer, et qu'il ne laisseroit de chanter le Te Deum,
PHILIPPE 11. liôH
comme il feisl l'autre fois, sy le pouvoil reverser dedans mon royaume, mais que ce seroit ce (lui! vouidroit avoir jà laicl, ne poiivani, quant eeila seroit, espérer aucun secours de iuy , attendu sa l'açon de procéder : car ses forces luy seront plus nécessaires pour réduire toutes les villes de i'Eslal de son maisirc qui se sont révoltées.
Ainsy ny a aucune apparence et encores moings dasscuranee es offres et promesses dudiel duc, lequel ne se soucye de chose du monde, pourveu qu'il face le service de sondict maître : ce que j'ay csprouvé assez par cy-devant. Au moien de quoy il n'en fault faire aucun fondement, mais observer songneusemenl comme passera le parlement, affin de bien advertir mon cousin le duc de Longueville par courrier exprès, comme aussi du chemin que prendront eeulx qui en sortiront pour rentrer en mon royaume, el quel nombre ilz seront : en quoy vous ne ferez faulle de satisfaire.
Vous ne direz audict duc que j'espère si peu de luy que je le vous escriptz , mais \ous luy ferez bien congnoistre que je n'ay perdu la ménioyre de sa façon de procéder; que je n'ignore lestât des affaires de par delà, le besoing que luy feront ses forces pour réduire les |)ays rebelles, et le préjudice que je reccpvray dudict accord, quelque promesse qu'il tire de mesdicts subgeciz : car cslans cliefz et de plus intéressez en ces rébellions, je n'en doibz |)rendre confiance.
Quoy que ce soyt, vous ne ferez ny direz chose quy luy donne prétexte de inférer (|u'il faict lediet accord par vostre consentement, et sy ne rejectercz publiequement aucune chose Ia([ucllc vous estimerez estre pour servir à mon intention, ne vous laissant aller aux belles parolles de mes subgetz desquelles ilz n'ont jamais eu faulie pour collorcr leurs perniticux dcssaings. Le |)rincipal sera, et que je vous veulx bien répctter, de pouvoir bien et seurement advertir mon cousin le duc de Longueville de leur partement, du nombre qu'ilz seront, du chemin qu'ilz prandront et par quel endroyt ils entreront, affin que, sans nous attendre audict duc, regardions de pourvoir à noz affaires.
Je ne vous ay du tout deffendu envoyer au camp du prince, mais bien adverly prandre garde et le faiie de façon qu'il ne fust descouverf.
XLVll. — .-^dvis (oiicliaiil le fait de Mous, sans date (septembre 1d7;2}. C'est le rapport d'un homme que Mondoucet avait envoyé à l'armée du prince d Orange et qui. après la capitulation de Mons, avait eu un eiitietien avec le contte Louis :
Le nombre de la quavallerye d' Allemaigne, c'est-à-dire reisircs, ù mon jugement, sont de sept à liuict mille chevaulx, en bon esquipaige et bien montez et de bonne volunté de combatre, et il n'y a guères de serviteurs à cheval.
De la quavallerye des Wallons, Bourguignons et Flamens, peuvent estre environ deux ou trois cens chevaulx à mon ad\i«. Des François il n'y en a poinct.
S36 DÉPÈCHES DES AMBASSADEURS.
Pour ce que je n'ay eu le loisir de m'informcr de lous les chefz et capitaines, c'esl que je n'ay demeuré que deux jours en l'armée du prince d'Orange ; et tout ce que j'ay peu recongnoislre, le coronnel est ung nommé le maresclial d'Est (?), hpmme de bon aige, et porte ung petit bonnet avec ung painaclie, et bomme assez grand.
Le nombre des lansquenelz, suivant mon opinion et de ce que l'on dict, sont environ six mille : toutesfois je n'ay peu compter que dix-huict drapcaulx, gens de quoy je ne fais pas grand cas, pour ce que ce ne sont que canailles; et c'est ce qu'il fascbe le prince: car, s'ilz lussent estez gens de guerre, Hz fussent passez par-dessus les tranchées du duc d'Alve et eussent donné secours au conte Ludovicq en la ville de ^lontz.
Touchant les capitaines de l'infanterye des lansquenctz, je n'ay seu entendre le nom d'eux, pour ce que je n'ay eu le loisir; qu'il m'a fallu aller à Mons véoir mes amys et compaignons qu'ilz estoient dedans la ville , et ay parlé à eulx et les ay trouvé prests à rendre la ville, comme ilz ont faict.
Touchant l'infanterye de Flamens, Wallons et Bourguignons, ilz peuvent estre environ deux mille hommes, gens ramassez : il en a laissé ungne quantité dedans IMalynes, avec quelque nombre aussy de lansquenctz, souliz la charge d'un sien ncpveu.
Touchant l'artilleryc, j'ay veu six pièces de campaigne et deux demy-coullevrines : mays j'ay entendu qu'il en faisoit aprester à Malynes pour faire venir au camp. J'ay veu trois charettes chargées de boulletz et quatre anltrcs charcttes chargées de harilz de pouldre.
Touchant des pionnyers, je n'en ay poinct veu : car au villaige qu'il cstoit je vys travailler les lansquenctz avec quelques gens -du villaige et retranchant ungne rue.
Touchant les ingénieurs , on m'a dict que celluy qui a faict la citadelle de Montz esloit avec l'aultre frère du prince. Quant à d'aulties ingénieurs, je n'y en ay poinct veu.
Touchant aux engins pour faire pons, je n'en ay poinct veu.
Touchant l'avangarde du prince, j'ay veu marcher cinq cornettes qu'ilz pouvoient estre environ de deux ou trois mille chcvanlx, et apiès venoient huict enseignes de gens de pied, lansquenctz, au commencement, et tous les aullres venoient après ensemble, et la bataille marchoit sur main droicie, et l'arrière-garde venoit à quartiers tout le long d'ung bois qui est là ; et estoient trois cornettes ])our l'arrière-garde. Le nombre des corncites que j'ay seu compter sont vingt cornettes. Les chaiiolz et baigaiges venoient de l'aultre cosié, et l'artilleryc marchoit et l'infanterye et la bataille. Et en ce jour-là ne firent que deux lieues de chemin.
Touchant cculx du conseil, j'ay veu l'un des filz du conte palatin et pluseurs aultres gens de qualité que je n'ay peu savoir leur nom, pour le peu de temps que j'ay demeuré en ceste armée.
Touchant eeulx quy commandent aux vivres , estoient allez à Malynes pour faire
amener vivres au camp , cl scmblablcmcnt csloieiit allez par toutes les aultres villes (pi'ilz tiennent pour le prince, pour luire aussy mener vivres en lacliele armée.
Toueliant les avantiiriers, je vys environ deux cens elie\aulx tons bien montez, et ne ses le nom de ceiluy qui les eonduisoii.
Je vys le prince campé à deux lieues du camp du duc d'Alvc, cl csloil fort serré; et toute la nuict ungne partyc de leur cavalleryc esloit en bataille, cl leurs chariolz estoicnt par toutes les entrées du village. Pour ceste nuict il ne se retrancha poincl.
Touchant le maistrc de camp, je l'ay demandé et n'ay seu savoir son nom et ne l'ay poincl veu aussy.
Touchant ce quy est deu à leurs reistres, j'ay ouy dire qu'il ne leur debvoit qu'im carlyer, et le prince leur avoit promys que, silost qu'ilz seroient entrez en la ville de Mons, qu'ilz seroient payez des relicques des églises cpii sont encore là.
Touchant de savoir s'ilz vivent de police ou à discrétion, le jour qu'il se vint camper auprès du camp du due, ilz avoient faiei provision de force vivres en leurs chariolz, par ce ipii loiu- fut raporié par espion (pie où ilz alloicnt ne trouveroienl rien : ce qui csloil vray. Je vis, en marchant, donner force pains par les cappiiaines cl sergcns à leurs soldatz.
Touchant sy le peuple les aime ou hait, le peuple ne les hait poincl, mais les aime, pour ce qu'ilz ont opinyon que le prince les mcclra en liberté et hors de la lyranvc du duc d'Alve; cl jamays le duc ne sera aymé dans le pays, ny aulcim Espaignol; cl en cela j'en puys porter bon tesmoignaige, car j'ay parlé avec de grands seigneurs du pays quy aymcnl pour ccjourd'huy fort la nat\on françoise, cl disent que, sy le roy de France se fut résolu, que tout le pays de Flandre estoil à sa dévotion, sans donner auleuncs batailles.
Touchant l'inlencion du prince d'Oranges, c'est qu'il a envye de donner bataille, pour ce qu'il est beaucoup plus fort de cavalerye que n'est pas le duc d'.Alvc, et .«y le duc ne se fye poincl en la cavalerye cl infanlerye du pays et ne s'assure que en ses Espaignolz, qu'ilz sont fort petit nombre pour le jour d'huy cl sont encores fort mal payez ; et tous ne savent que devient l'argent que le due tire du |)ays. Quand le prince voulut donner secours en la ville de Mons, il présenta bataille au duc, cl le duc ne voulut jamays sortir de ses tranchées pour combatrc le prince, tellement qu'il entra jusques sur le borl des tranchées et en dédit deux à Irois cens pour le moings.
Touchant sy le prince d'Oranges a envye de gaigner le pays pied à pied, il a bien le moyen de le faire, s'il vcull : car il n'y a place où il aproche qu'il ne se rende à luy et luy rende obéissance sans frapper coup: car je l'ay ouy dire à eculx mesme des places; et sy ne fusl esté le duc d'Ascol que laissa le duc d'Alve dans la ville de Bruxelles, la ville fusse esté au prince, car ilz niurmuroyenl tons et avoient envye de aller audevant de luy pour se rendre. Et trois ou quatre jours devant que le conte Ludovic
eust rendu la ville de Mons, il fist rendre au prince huict ou dix des principalles villes du pays, et loules les villes qu'il lient s'offrent eiix-mesmes de payer l'armée du prince.
Touchant l'ocasion pour quoy le duc d'Alve s'est amusé à la ville de Mons et laissé entrer le prince dans le pays de Flandre, c'est que le duc n'avoit encore en son camp que de sept à huict mille hommes, tant de cheval que de pied, et attendoit ses forces qui luy venoyent, tant d'AlIcmaigne que du pays, qu'ilz sont pour le jour d'huy arrivez et en son armée; et puis esfoit bien adverly du peu de gens qu'ilz estoient en la ville de Mons, et esloit délibéré de la prendre, comme il a faict, avant que en pariyr, et s'asseurant aussy que cculx des aullres places où le prince a passé ne luy fcroient aulcunes faultes ; et au contraire ont livré passaige au prince. Et le duc craignoit aussi que, laissant la ville de Mons, les villes circonvoisines ne se révoltassent, comme ilz avoyeni délibéré.
J'ay entendu, au camp du prince, que sy le temps le chasse, qu'il se retirera dans les villes qu'il tient avec toute son armée, parce que sont villes d'importance. Il tyent environ ungne vingt-ungne villes, des plus importantes du pays, et bien autant d'aultres. Il y a telle place que sy le duc les veult assiéger, il sera plus d'ung an avant que d'en pouvoir venir à fin, Icllement que la plus grand parlyc du pays le prince la tient pour ccjourdhuy. Parcella il est à penser sy le prince a envye de se retirer hors du pays et laisser ses gens ainsy.
Touchant l'cnvyc que pourroit avoir le prince de vein'r en France, il dist que ce seroit pour retirer à luy les fugitifs , aflîn de renforcer son armée. Toutesfois il a entendu dire que la gendarmerie du roy esloit aux fronlyèrcs.
Toutesfois j'ay en(endu dire que le eonle palatin a envoyé au prince deux capitaines franeois, que sytost que le prince les a eus, les a envoyés en France pour amasser gens. Je n'ay jamais peu savoir leur nom, et s'y m'en suis bien informé.
Quand le conte Ludovic est sorty de la ville de Mons, j'ay parlé à luy et luy ay démonstré qu'il fault avoir patyence et ne se donner point de fascheryc : car qu'il faict profession de l'art militaire est subject à perdre place et scmblablement à en prendre aussy, et à gainer et perdre bataille aussy; toutesfois que luy sorloit avec ungne grande réputation de ladicie ville, avec les armes au poing et la meiche aluméc et en bataille, tout au travers de l'armée de son ennemy, et qu'il n'y a guères de villes rendues de ceste façon , après avoir enduré de treize à quatorze mille coups de canon et laissé ceulx de la ville en liberté comme au passé.
Et le conte me rcspondit, tout malade comme il est, que sy on luy eust tenu la promesse que on luy avoit faicle devant que partir de France, qu'il n'eust pas rendu la ville : tant s'en fault que tout le pays seroit rendu à la dévotion du roy de France, car il m'a dict qu'il ne le faisoit à aultre intention, et que luy tout seul ne pouvoit pas tout prendre à ung coup, et que il faisoit service au roy d'aussy bon cœur que homme ayt jamais servy, et que avec le temps il monsireroit de quoy.
Toiitcsfois il nie voiiloil bailler ungiie Icilic pour iiaillor au roy, et les arlieles de la resliiulion de la \illc de Mous. ^lais il estoit sy malade que, qiiaiid je prins congé de luy, il luy falut jeter du vinaigre sur la faee, parce que le coeur lui défailloit; cl ay opinyon qu'il ne vivra guéres, sy Dieu ne luy ayde.
Le eonie Ludovic est eonduiet par quatre conq)aignycs de hommes d'armes soubz la charge de monsieur de .Morcbec ' , et a\ec luy ungne parlye de sa meilleure infanierye françoise qu'il a peu choisir et environ quatre-vingts chevaulx frant^ois, et leur chef est le capitaine Bcaujeu. Hz se vont joindre avec le prince, ou bien se retireront en quelque place qu'il tient pour le prince; cl m'asseure que s'ilz y entrent cl qu'ilz soient assiégés du duc d'Alvc, ilz luy feront dcspcndre beaucoup de munilyons.
Touiesfois leur chef m'a dict que, s'il plaisl à la Majesté du roy luy pardonner et à tous ceulx qu'ilz sont avec luy, tant de cheval que de pied, il les ramainera tous dans le royaume de France, pour faire service au roy.
Et le chef, qui est le capitaine Beaujeu, dict que, estant en France, il fera tel service à Sa Majesté qu'il s'en contentera.
Touchant les armes qu'il a prises et tous ses compaignons, il dict qu'il l'a faicl pensant faire service au roy, et non aultremcnt, et que s'ilz eussent scu que l'admirai eusse conspiré contre son roy, qu'ilz l'en eussent bien empesché.
Les aultres soldarlz françois qu'ilz ne sont poiuct voulu aller avec le conte Ludovic, etquehiue nondjre de eavallerye, sont estez conduictz par deux conipaignyes d'hommes d'armes jusques au dernier villaige des frontières du costé de Guise.
Le nombre des prineipaulx François qu'ilz sont sortiz de la ville de .Mons :
Le premyer, les otaiges :
Lng nommé La Noues,
Ung nonnné Saulcourt,
Deux Senerpons, Dcinecourt et de Mons,
Courmoy, lieutenant de Genlis.
Ces cinq ey-dessus nommez sont les otaiges.
Le Pozcs, gouverneur de la ville de Mons.
Le capitaine Bcaujeu.
Mons. Sinfalle.
Lng nonuué Guitry.
Ung nomme Monchancrrc, lieutenant du conte Ludovic.
Lng nommé La Serres, guidon du conte.
Lng nommé La Meausse, gouverneur de rarlilleryc.
Lng nommé Chamcrollcs.
' Jean de Saint-Omer, chevalier, seigneur de Morbecquc.
o40 DÉPÈCHES DES AMBASSADEURS.
Ung nommé Lamoihe.
Ung nommé i^Iarivaiilt,
L'ng nommé Manducaigcs.
Je n'ay seii savoir les capitaines de rinfanlerye.
Ung nommé Boiical, tué.
Ung nommé Romerct, tué.
Ung nommé Monseaulx, guidon de Geniis, tué. ' , Le filz de madame Le Person, tué.
Tous sont estez tuez d'arquebuzades.
J'ay promys au capitaine Beaujeu el aux aultres capitaines que, s'il plaist au roy leur pardonner, de les aller trouver; et eux disent aussy que sy le roy leur pardonne, qu'ilz reviendront en France; et s'asseure que tous les aultres François qu'ilz sont en Olande et en Zélande, qu'il s'asseure de les faire revenir avec eux ; qu'ilz feroient un grand service pour le roy d'Espaigne, d'aultant qu'ilz lyennent tous les passaiges et de là où il vient force vivres. La plus grand part de ceulx qu'ilz tiennent lesdicls passaiges, ce sont Françoys.
L, Ll. — Mondoucet au roi, du camp à Genappe, 27 septembre dS72. {En chiffres avec le déchifl'rement.) Le duc d'Alhe lui a conté que les Français sortis de irions ont été mis en pièces à leur entrée dans le royaume, et qu'une partie d'entre eux s'est sauvée dans Attigny, où on les tient assiégés, « estant bien ayse de les véoir pugniz des peines el travaux qu'ilz » luy ont donnez. » — « Je luy ay respondu — dit Mondoucet — qu'il » estoit en luy de ne donner ceste peine à Vostre Majesté : mais il dit » qu'elle luy eust cousté des hommes et du temps, mesmes que ladicte
» ville de Mons est quasi maintenant comme au milieu d'un lacq Je
» le voy bien délibéré, Sire, de mectre à ceste foys la dernière main à )) ces rébellions : ce que je ne pense pas qu'il puisse faire si lost qu'il se » promect. »
LII. — Mondoucet au roi, Bruxelles, 20 novembre i572. 11 raconte en ces termes la prise de Zutphcn par les troupes royales ' :
Sire, depuis vous avoir eseript, du xv!""" de ce moys 2, ce qui s'esloil jusques alors
' Voy. la Correspondance de Philippe II sur les a/faires des Pays-Bas, t. II, p. 294-. • Non-scuicmcnt celle lettre du IC, nmis toutes celles que Mondoucet avait écrites au roi depuis le 27 septembre manquent dans le registre.
PHILIPPE 11. un
exécuté au camp de monsieur le duc d'AIvc, et l'arrivée de l'arlillerie en ieelluy pour commencer à baltre la ville de Zulphen, il est advenu que, faisant faire ladicle batterie, les liabitans dicelie ville et les gens de guerre y cstans sont entiez en quelque mutinacion et discors, pour n'estre tenue promesse ausdicts liabitans du secours qui leur avoit esté asseuré par le prince : de sorte que cella et la presse que l'on y a faicte a esté cause que, le xvr matin, le S' d'Hierge ' voullant faire battre un ravelin séparé de la ville du coslé de l'eau, il s'avisa de commencer à faire rompre ung pont qui cstoit entre deux, afin doster le moien à ceulx de dedans de se saulver, lesquelz l'iiabandonnèrcnt ineonliiicnt, se retirant dedans ladicte ville, .\insi ledicl S' d'Hicrge se rendit maistrc dicelluy : dont advint que ung frère bastard du prince d'Orange, nommé le S' de Dileslin *, qui y commandoit, se présenta sur la muraille, demandant à parlementer audict S' d'Hierge, auquel il dist qu'il cstoit prcst de rendre la ville, pourveu qu'on luy sauvast la vie et à tous ceulx qui estoient dedans. A quoy ledict S' d'Ilierge ne voullant respondre, le feyi incontinent entendre à don Fadricq , lequel, eongnoissant par là que la peur les avoit saisys, feyt donner ung assault en autre endroit d'un ravelin de son costé, afin de les eslonner davantaige sur eeste inrésolution. Lesquelz, pensant ledict assault estre général, habandoniièrenl la muraille de tous costez. El ainsi fut prise ladicte ville, pillée et saccagée. Il s'y trouva fort peu de gens de guerre, et n'y a pas esté tué plus de cincquante ou soixante hommes : s'eslans saulvcz ou retirez, ainsi que l'on descouvrit du liault d'une tour de ladicle ville, troys compaignies de François cl ^^'allons qui y estoient, prcnans ledict chemin du costé de la \'esfalye, où ilz se sauvoycnt à la faveur des glaces. Mais on avoit dépesché à leur queue des chevaulxlégiers.
En eeste prise. Sire, il fault pluslost accuser le temps, qui a si bien et si à propos servy ledict S' duc et son armée en eeste saison, que autre chose: car s'il se fustmysà dégeler et pleuvoyr, il cstoit résolu de ne la tenter pas
On n a aucune nouvelle de ce que le prince d Orange cxccule en Hollande. — On a assuré Mondoucet que le comte Louis de .Nassau « se porte » bien et qu'il trottoit de costé et d'autre en Allemagne, et que maintenant » il pourroit estre à Francfort. »
LUI. LI\ . — .Mondoucet au roi, Bruxelles, 3 décembre 1j7:2. {En
' Gilles de Berlaymonl, seigneur de Hierges.
• Ni Morcri ni aucun autre, à notre connaissance, ne parle d'un frère bâtard de Guillaume le Taciturne de ce nom. Nous voyons, dans la Correspondance inédite de la maison d'Orange-Sassau , de Groen van Prinstcrer, t. IV, p. 4. que le prince avait nomme gouverneur de Zutplien Christophe d'issclslcin, l'un des gentilshommes confédérés.
chiffres avec le déchiffrement.) Accueil fait par le duc d'Albe au duc Eric de Brunswick: le duc de Medinaceli :
Le duc de Brunswich a esté fort bien rcceu et caressé dudict S' duc, logé dedans son palais et visité de iuy (à INimègue) jusques dans sa chambre. Dès le lendemain j"ay esté adverty que ledict duc de Brunswich n'y estoit venu que pour demander argent pour ses gens et accorder de ce qu'iiz ont servy , mais qu'il avoit bien receu autre traitement, et que, suivant ce que je vous ay escripl, il a receu responce, par la bouche dudict S"' duc, sur ce qu'il attendoyt d'Espaigne, assavoir de vi™ livres comptans, dont on Iuy faisoit don, u"" de rente à Iuy et aux siens à prendre sur les confiscations de ce pais, et xu" livres de pension par chascun an , outre que, par consentement du pape, Sa Majesté Catholicque Iuy a légitimé ung filz et une fdle. Tout cela s'est fait, tant pour le récompenser du mérite de ses services que pour doresnavant l'obliger plus estroitement à estre tousjours prest de s'emploier au service de Sadicte Majesté Catholicque à toutes heures et quand il en sera requis, n'estant plus, à ce que j'entends, en volunté d'en emploier d'autres pour estre secourus de reistres. II m'a esté dit davantaige que l'on le doibt honorer de l'ordre de la Thoison '. Si ainsi est, Sire, dont l'on m'a fort asseuré, cela pourra estre occasion de le faire entendre à retirer son remboursement de la comté de Clermont, si Vostre Majesté y veult entrer.
Quant au duc de Mcdine, il n'est encores arrivé à Anvers et a tousjours séjourné à Grave depuis son partement de IS'imègues, encores qu'il puhliast s'en venir droit en Anvers. Je ne say ce qu'il le retient audict lieu : mais son séjour là donne martel audict duc d'Alve, et pensent plusieurs qu'il s'y soyt mis pour se retirer seulement de sa conipaignie et présence.
LV. — Mondoucet au roi, Anvers, 4 janvier 1573. {En partie chiffrée sans le déchiffrement.) Étant parti de Bruxelles pour aller joindre le duc d'Albe à Nimègue, il s'est arrêté deux jours à Anvers, afin d'apprendre des nouvelles. — Au premier assaut donné à Harlem, les Espagnols ont laissé sur la place quatre capitaines et six enseignes de gens de pied. Le S"" de Noircarmcs, ayant voulu reconnaître la ville, a eu une arquebusade au menton; le S"^ de Goignies et d'autres gentilshommes ont aussi été blessés. — Episode du siège : secours que fait entrer dans la ville le S' de Lumey ; nouvelles du prince d'Orange :
' Voir, sur la nomination du duc Éric de Brunswick comme chevalier de la Toison d'or et sa réception dans l'ordre, le 17 mai 1575, en son château de Calenberg , r//i>7o)>c de l'ordre de la Toison d'or, du baron de RellTenberg, pp. 502 elsuiv.
Le S' (le Lumoy ', que ^'os^re Majesté aura veu tiebvoir conduire quelques
trouppes de gens de pied pour le secours de iadielc ville, scstoii arresté en ung viiiaige à une lieue près dicelle, auquel il se fortifliioii avec iiiieniion de mettre des gens dedans, quant l'occasion s'en préscnteroit, encorcs qu'il y en ait assez, et cependant entretenir l'arniêe dudict S' duc en alarmes et escarmouches, l'incommodant de telle sorte qu'elle ne puisse assaillir ladiele ville sans qu'il leur soit en cpieue, ainsy qu'il est advenu le dernier du passe , que ledict de Lumey, faisant contenance de voulloir par force secourir ladicte place ou de combattre, se nieyi en bataille avec cincquante enseignes qu'il avoit, bien fournies. Don Fadriq fcyt assambler toute son armée du costé de la batterie où il marchoit, alïin de l'en pouvoir garder et le combattre, s'il venoit à propos. Sur quoy, eslans à une grande demye lieue près l'un de l'autre, il commença à comparoistre, d'un aulire eosté de ladicte ville, sept ou huiet cens hommes que ledict de Lumey avoit fait acheminer par derrière, prenant ung grand destour, lesquelz entrèrent dans la ville sans aucun empeschcmcni , n'aianl esté descouveriz que lorsqu'ilz l'approchèrent. De sorte que, outre l'extrême incommodité et faulle de tous vivres qui se trouve au camp, et telle que le pain d'un palard y en vaull wiii et vingt, il est grandement à craindre, ou que l'on lève le siège de devant, ou que l'on soit pour y demeurer très-long temps, ceulx de dedans monstrans résolution de se voulloir conserver. Toulesfois ledict S' duc faisoit tout ce qu'il luy csloit possible pour renforcer sondict filz, cnvoiant au camp les gens de guerre qui esloienl en Frize et aulircs qu'il a fait nouvellement lever, et fait encorcs davantaige nouvelle levée de dix enseignes de Gueidrois, parce que, durant ce mauvais temps, il meurt beaucoup de soldatz; donnant d'autre costé ordre d'y envoler vivres de toutes partz : ce qui sera malaisé, estant le pays pauvre, mangé, grandement incommodé des ennemys. Selon ce qui se peult juger, ce siège est pour arrester encores l'armée plus que l'on n'eust pensé : dont je ne fauldray d'adveriir Vosire Majesté et de tous autres événemens.
Le prince d'Orange estoit tousjours à Delfl, où il fait tout ce qui luy est possible pour assembler gens et argent : en quoy il trouve les voluntez de ceulx du païs merveilleusement bien disposées, dont est cause la rigueur et cruauté qiiy s'exerce envers eulx; et l'estoit (à ce que entends) allé trouver le collonnel Mandesloo, pour luy donner compte de ce qui passoit es affaires d'Allcmaignc et du secours qu'il en pourra espérer ceste année, duquel je ne vous puis rendre autre raison, sinon que le conte Ludovic ne perd pas temps à faire pratiques et menées par les courtz des princes; et ay entendu qu'il se donnoit fort secrètement tiailyueld
LVI. — Le roi à Mondoucet, !«■■ mai 1575. 11 lui ordonne de l'averlir
' Voir la note 1 à la page 415.
544 DÉPÈCHES DES AMBASSADEURS.
toujours de ce qui se passe aux Pays-Bas, « désirant grandement un » meilleur succèz aux affaires du duc d'Alve. »
LVII. — Mémoire de Mondoucet sur les affaires des Pays-Bas, 17 juillet 1375. Le duc d'Albe et ses conseillers sont très-mécontents de l'élection du duc d'Anjou comme roi de Pologne. Ils font entendre sous main aux catholiques de France que le départ de ce prince sera le signal de leur ruine, et les excitent par là à l'empêcher. — Ils sont mécontents aussi de la dernière paix faite en France, craignant qu'il n'en résulte des embarras pour eux. — Le duc espère bien que la réduction de Harlem amènera celle des autres villes de Hollande, et qu'il pourra arriver, ou que lesdites villes se saisissent de la personne du prince d'Orange pour faire leur accord, ou bien que le prince soit contraint d'abandonner le pays. — Une chose qu'il faut tenir pour assurée, selon Mondoucet, c'est « que ledict sieur duc a » rompu le coup à toutes sortes d'accords et compositions que ledict prince n d'Orange pourroyt prétendre de faire avec le roy catholicque. »
LVllI, LIX. — Mondoucet au roi. 3 septembre 1573. {En chiffres acec le déchiffrement.) Nouvelles de la guerre de Hollande, qui fait peu de progrès : car, si l'on avance d'un côté, on recule de l'autre. — Mondoucet n'en est pas trop marri , voyant clairement que le duc d'Albe et les Espagnols désirent, sur toutes choses, la continuation des troubles de France et la ruine du royaume.
LX, LXl. — Mondoucet au roi, Amsterdam, 9 septembre 1375. {En chiffres avec le déchiffrement.) Il lui rend compte dun entretien qu'il a eu avec le duc d'Albe et qui a roulé tant sur la guerre de Hollande que sur l'intention du duc de retourner en Espagne en passant par la France :
Pour venir aux propos que j'ay eus avec ledit S' duc, quelque longueur qu'il voye en ses affaires, si ne perd-il espérance d'en avoir bienlost une bonne fin : mais ce ne sera de cesle année, se délibérant, ainsi que j'ay escript à Vosire Majesté, d'occuper ceslc année tout le plat pays de Hollande, pour resérer les villes que tiennent les ennemys, et puis s'armer sy grandement par la mer qu'à ce renouveau il s'en puisse rendre maistre; faisant compte d'avoir cent navires armez. Mais je ne puis bien entendre son desseing, car, après m'avoirfait tout ce discours, il me demanda s'il pourroit passer librement et seurement par la France, pour s'en aller en Espaigne. \ quoy je luy rcspondiz que, les troubles n'y eslans encores bien appaisez, il y pourroit avoir et de la difficulté et du danger, mais qu'il pouvoit bien tant s'asseurer de la bonne volunté et
PHILIPPE II. 54a
afTcclion ilc 'N'^ostrc Majesté que vous donneriez 1 "oitlie possible pour le faire aller seurenienl. Dont il nie liist cpi'il ne donhloit point, mais qu'aiaiU beaucoup d'eiineniys pour ecsic querelle de religion, qu'il ne s'y vouidroit lier, et qu'il ne fault (ju'un eoequin pour luy tirer une arqucbuzade par une fenesire, avee auties propos |)lains de erainte, èsquclz je le conlirmay, pour le divertir de si peu de volunté que je véoyois en luy de prendre le cbemin par vostre royaume, et en quoy je conlinueray, venant à propos. Sur ee je luy diz que c'estoit donequcs à bon essient qu'il s'en voulloit aller: à quoy il me respondit que c'estoit bien la ebose qu'il désiroil le plus, et que mesmes il avoil reccu des lettres du roy catholicquc par lesquelles il luy mandoit qu'il avoit d'ores en avant assez longuement travaillé, et qu'il estoit temps qu'il s'allast reposer en Espaigne, où il avoit bien affaire de luy en autres négoces d'importance, mais qu'eslans ces pays de deçà en Testât que je véoyois, il ne les pouvoit bnbandonner. Je ne say ny je ne puis juger ce qu'il en sera, et si c'est le soubson qu'il peull avoir de son passaige qui le fait ainsy parler, ou bien s'il a eu l'entendement de demourer eneores par deçà et de ne suyvre ung règlement que j'ay entendu avoir esté envoyé icy par ledict roy ealbolieque, par lequel il déclare ce qu'il veult que l'on suyve cy-après |)our le fait de ce gouvernement, et y résister, ainsi qu'il a fait par cy-devant à autres. Mais, quoy que s'en soit, tous ses principaulx serviteurs et plus intrinsèques tiennent pour certain qu'il ne sera pas eneores icy deux mois, et luy, d'autre costé, me disant ces délibérations advenir fondées en l'air, en veult faire doubter.
LXIV, LXV. — Mondoiicct au roi, Amsterilain, 12 et il scpleinhre 1d73. {En partie chiffrée avec le déchiffrement.) On parle plus que jamais du départ du duc d'Albe, surtout depuis l'arrivée de ce courrier qui a apporté le règlement dont Mondoucct a parlé dans sa lettre précédente, « qui porte, à ce que j entends et que j'aj veu par diverses lettres esciiples » d Espaigne, que ledict sieur duc et son fdz aient à s'en retourner, le duc )) de .Médine s'en aller vice-ro\ à JNaples, et don Joiian d'AusIria viendra » gouverner par deçà à ceste pi} nievère. Cependant le grand comman- » deur ' emprendra l'administration et advisera avec ledict sieur duc )i d'Alve à tout ce qui est nécessaire pour icelle, tant pour le fait de la » guerre que du pays. Et quelque chose (|ui se soit publié qu'un des fdz » de l'empereur y viendroit. je n'en ay jamais voidlu riens croyre, cognois- » sant ceste nation espaignolle plaine de defliance et de soubson. »
L.\\ III. — Mondoucet au roi. Amsterdam, iS> septembre 1573. Il lui
' Don [.uis de nf([iipsciis.
rend compte d'une affaire que le comte de Boussu a eue avec les gueux, du siège d Alkniaar, du prochain départ du duc dAlbe, de ce que celui-ci lui a dit louchant un accord avec le prince d'Orange :
Sire, les gueulx, qui lenoienl ung forl sur la digue du eoslé de Walreland
et ayaiis leurs vaisseaux esloigncz deulx, l'ont quilé et habandonné, s'eslans retirez en ung villaige à une grande lieue de là, non sans que premièrement ilz avoient soustenu ung assault, où ilz se portèrent fort bien, et y demoura plusieurs soldatz de deçà. Mais ayant le S' de Bossu mys environ cincq cens hommes en terre, pour les assaillir par derrière, ilz mirent le feu en quelques maisons alin de les arrestcr; et cependant se sauvèrent avecques barques, laissant cincq pièces d'artillerie, et la pluspart leurs armes, en aiant esté tué trente ou quarante. Hz sont maintenant encore aussi fortz audict villaige, qui regarde la mer, qu'ilz estoient auparavant, leurs vaisseaux les favorisant et en lieu oîi ceulx dudict S'' de Bossu ne peuvent aller, pour eslrc trop chargez, à cause des bancqs qui y sont; toutesfois il regarde à les allégier, alin de les poursuivre, aiant intention de les chasser jusqu'au port d'Enchuisay ', s'ilz ne veullent combattre, et puys passer devant ledict Enchuisay en une islc nommée le Vliet, afin de mander à la flotte d'Ostreland de venir et luy faire escorte audict passaige pour avvitaiiler ce pays. Il coullera beaucoup de temps en ceste poursuite, et crains que l'hiver ne l'interrompe.
Quant à Alkemar, on a seullement commencé de aujourd'huy bon matin à la battre bien furieusement, et cstoit mons' le dued'Alve atendant qu'on y deust donner l'assault dès ce niesme jour : mais la batterie, que l'on entend d'icy, ainnt continué jusques au soir, eeste espérance s'est remise à demain, que chacun a très-bonne. J'ay desjà fait entendre à Vostre Majesté l'assiette de la place, qui est très-diffîcille et mauvaise, mesmenient en ces temps pluvieulx, oultre qu'elle a ung bon et grand fossé plain d'eau qu'on ne peult passer qu'avec des pontz : de sorte qu'il est à doubler que le succèz n'en soit si heureux qu'on se promect, si ce n'est qu'ilz soient dedans peu de gens et mal aguerrys, comme l'on dit. Par ma première Vostre Majesté entendra ce qui en sera advenu; et si ce premier assault ne l'emporte, on se pourra morfondre devant, comme on a fait devant Harlem. Ceste entreprise faite ou faillye, ledict sieur duc ne fait plus compte d'attacqucr aucune place de ccst hiver, mais de séparer ses forces en garnison par les villaiges et plat pais de Hollande, pour presser les villes : dont Dieu vueille qu'il luy succède selon son disin^, car il est à craindre que les garnisons desdietes villes ne Aieent des saillies sur eidx et n'en rompent quelques-ungs.
Je croy qu'il n'y a plus autre chose qui arreste ledict sieur duc par deçà que l'assault
' Enkhuizcn.
' Disin, pour dessein.
PHILIPPE II. yi7
de lailictc ville, estant délibéré, (|iioy qui en advienne, de prendre .«on eheniin en Hrabanl et Anvers, où il pourra eslre à la my-octohre, qui est le temps à peu près que le grand commandeur y arrivera, si ainsi est (|u'il soit parly de Millan le dixiesnic de ce nioys, eonimc le portent les lettres d'Italie; et est eliaeun alendant en bonne dévotion ceste mutation de gouvernement, que Ion continue debvoir tomber es mains de don Johan d'Austria. La voix est toute commune, mcsmes entre les domestieques dudict sieur duc, qu'il ne fera pas la novembre par deçà : dont l'ayant mis en propos, il m'a confessé maintenant qu'il partira, mais que ce ne sera (ju'au moys de mars : qui me faict croire qu'il n'atendra si longuement. Et voulant sonder de luy si soubz ce cliangemeiit il n'y avoit poinct quelque accord qm' se traitasi avecques le prince, je luy diz l'avoir entendu de bonne part et (|ue, si n'csioit cella, j'avois opinion que le roy d'Lspaigne ne le vouidroit tirer d'icy où il en avoit si grand besoing. A quoy il me res|)ondit n'en seavoir aucune cliosc, et qu'il croioit certainement que jamais son maistre n'en avoit eu aucim pensement , et moings y vouldroii-il entendre maintenant ny entix-r en ceste conséquence d'accord qui luy scroit trop pernicieuse pour l'advenir, par les exemples qui s'en pourroient véoir. A la vérité, après avoir pénétré, autant (pi'il m'a esté possible, en ce faict, je trouve que les Espaignolz y ont lousjours répugné et conircdiet, mcsmes lediet sieur due, et ose juger que très-difficillement ilz y viendront
LXXI. — Mondoiicel au roi, Amstordain. 19 sopteinhre 1373. On vient de recevoir la nouvelle que, la batterie d'Alkniaar avant été faite en trois endroits et la brèche se trouvant praticable de tous côtés, l'assaut a été donné à la place. — Les troupes royales ont été repoussées avec perte de soixante à quatre-vingts hommes et d'un grand nombre de blessés. — Cet échec a eu lieu, dit-on, parce que les ponis n'ont pas été plantés sur le fossé à temps dans les (rois endroits.
LXXII. — iMondoucet au roi, Amsterdam, 24 septembre 1573. Etat des opérations militaires en Hollande et en Zélande :
Sire, les deux dernières dépcsches (|ue jay faites à Vostre Majesté, des xvui et xix" de ce mois, vous auront peu faire clairement juger de la longueur en laquelle se conduisent les alTaircs de ceste guerre de deçà, et le peu d'effcct que y intervient. Encores ne vous puis-je escripre qu'il se soit riens avancé davantaigc, estant l'armée du S' de Bossu tousjours demourée inutille à la veue de ceste ville, sans qu'elle se soit avancée à la poursuite des gueux : s'exeusant, tantosl sur ce qu'il y a trop peu de fonds pour la pesanteur de ses vaisseaux, et tantosl pour le vent contraire, avec autres incouvéniens qui se trouvent cl estiment légers par eeulx qui ont intérest en la matière. Mais, à la vérité, lesdicts enncinys, qui congnoissent myeux ceste mer que eeulx de deçà, y ont si
bien seu prendre leur avantaige qu'il est bien malaisé de les aller assaillir et passer ung destroit qu'il fault faire pour venir à eulx : oullre que, durant et depuis ce temps-là, ilz se sont renforcez jusques à vingt-deux navires en tout, sans autres qu'ilz ont à la deffence et conservation de leurs portz de Horn et Encluiisen ; et est bien à craindre que ce temporiser si longuement et ce renfort ne leur face prendre couraige de retourner teste de deçà pour venir assaillir ledictde Bossu. L'entreprise duquel, comme j'cscripvois à \'oslre Majesté par madicte dernière, se trouve aussi bien maintenant faillie, parce qu'il est venu certain advis <|ue plus de cent cincquante vaisseaux d'Ostrelande, chargez de bled et autres marchandises nécessaires à ce pays et qu'ilz ont accouslumé d'y apporter tous les ans, esloient arrivés, il y a environ huict jours, es isles de Texel et Vlietlant, près dudict Enchuisen , pensant que ladicte armée y fust desjà passée, et où ledict S' de Bossu les voulloit aller attendre : de la plus grande part desquelles lesdicts gueux se sont bien prévaluz, en aiant emmené plus de cent pour envitailler leurs villes et pays, partie par amour et partie par force, ne pouvant résister.
De sorte que monsieur le duc d'Alve se trouve en très-grand peyne de ce costé-Ià de se véoir manquer en son dessein, qui esloit d'affamer par ce moien le pays de son ennemy et ceste ville avec tout le pays d'autour et bien plus grande quantité, prévoyant au contraire l'extresme nécessité qu'ilz auront à souffrir cy-après au regard de celle qui y est desjà extraordinaire. Et me semble que, avec ce maleontentement qu'a le peuple, le peu de progrès qu'a ceste querelle, et que la pluspart des babitans sont gens de mer meslés de beaucoup de gueulx, que ledict S' duc n'y est pas trop seurement : toulesfoys il ne parle poinct de partir jusques à ce qu'il voye ce qui se pourra faire pour le dernier remède en l'expugnalion d'Alquemar, laquelle se défend aussy bien ou mieulx que Harlem , ayant, outre le premier assault que j'ay escript à Vostre Majesté qu'elle avoit sousienu, faict perdre le pied aux Es|)aignolz et autres nations qui sont au camp, qui l'ont voulu assaillir de nouveau : desquelz en général a esté tué plus de quatre cens ou environ, et plus de deux foys aultant de blécez, la pluspart des chevaliers, collonnelz et cappitaines.
Tellement qu'avec les pluyes ordinaires et le mauvais temps qui continue, cela refroidist ce siège de telle façon que l'on commence bien fort à perdre l'espérance de la pouvoir emporler de ceste heure : la pluspart discourans que, veu l'assiette marescageusc de la place et le peu de secours qu'un costé du camp peull donnera l'autre, on sera constraint d'en lever le siège devant qu'il passe quinze jours : ce qui ne se pourra faire sans la perte de l'ariillerie pour le moins, laquelle est tellement enfoncée et engaigée en ces marets qu'il est quasi impossible de l'en tirer, toutes les tranchées estans plaines d'caue et les soldatz à l'eaue et en la boue jusques à mi-jambe, la pluspart desquelz (au moings des >A'allons) se desbandent tous les jours, tant parce qu'ilz ne sont paiez que pour ce que les vivres y sont bien courlz, lesdicts ennemys tcnans une partie des plus aisez passaiges.
Vosire .Afajcsté pciilt juger, sur toutes telles dioses, eu quelle difllculté lediel sieur duc se retrouve pour y doiuier l'ordre nécessaire, prineij)allemcntà ceslelieure que l'on continue qu'il est pour laisser ec gouvernement, lequel il désiroit et espéroit mettre en quelque meilleur estât qu'il n'est, auparavant que d'en partir: mais je véoy qu'il ne peuli faire autrement.
Quant à ce (|ui regarde la Zélande, on m'cscript d'.Vnvers que lesdicts gueux y ont encores eu du secours d'.Vnglois et autres soldatz dciniis (|uelqucs jours, y eslans bien fortz sur les passaiges et partout, et qu'ilz avoient fait sommer la ville de Gocss. Si ainsi est, ce sera plus pour luy faire peur que pour l'assaillir. L'armée du S' de Beauvois n'est eneores retournée, estant malaisé de la remettre si tost en équipaige. Nous verrons ce qu'elle exécutera en ce dernier voiaige.
LX.\IV. — Moiidoucet au roi, Amslerdam. 29 septembre 1573. Indisposition du duc dAlbc: entretien de Mondoiicet avec lui; plaintes qu'il fait: levée du siège dAlkmaar:
Sire, j'ay tousjours différé de vous escripre depuis ma dernière dti xxnn"" de ce mois et de respondre à la dépcschc qu'il vous a pieu me faire par mon homme, du xm' d'icclluy, pour ce que monsieur le due d'Alve a conlinuellemenl tenu la chambre depuis ce temps-là, se trouvant ung peu mal : qui m'a gardé de le pouvoir visiter, ainsi que je désirois, jusqu'à ccjourd'huy que je l'ay veu , encores assez indisposé et, connue il me semble, plus en esprit que du corps, pour ce qu'il véoit que, au lieu de l'advanccment qu'il -se proposoit en ceste guerre et qu'il a tousjours espéré d'en emporter la fin, il fault qu'il s'en véoyc recullé, ne saieliant à présent sur qui en rejecler la faulte, sinon qu'il dit que Dieu et les hommes luy sont contraires : l'un pour le matdvais temps et les pluycs continuelles qui ont duré il y a plus de six sepmaines , lesquelles ont tellement dymynué et affoibly son camp et ses forces que tous les soldatz se debbandent , et son artillerie estant sy engagée et enfoncée dedans les maretz et les eaues, au siège d'Alquemar, que, après avoir tenté ce qu'il a esté possible pour la prendre eu deux assauliz qui y ont esté donnez, il a esté contrainct de le lever auparavant que l'hiver et l'incommodité du temps augmentast davantaigc; et l'aultrc contrariété qu'il accuse est que jamais ceulx de ce pays et qui en ont et doibvent avoir bonne ou parfaiclc congnoissanee ne l'ont véritablement insiruict et inforn)é de l'assiette d'ieelhiy, ny des moyens qu'il falloit observer pour venir à une perfection de ceste guerre, qui csloil de se rendre maisire de la mer et de serrer les villes le plus près qu'on pourroit : s'asseurant que, s'il l'eust congneu comme il faicl, il fust de ceste heure au bout de ses desseings. Ce sont. Sire, de belles couvertures et excuses des faultes qu'il faict et qu'il recongnoist maintenant estre apparantes à ung ehascun, lesquelles en particullier touchent et rc-
gardent grandement sa réputation , ainsi que Vosire Majesté pcult juger, oullre le retardement du service de son maistre.
Après que sommairement il m'a eu discouru ce faict et comme il va eslablir les garnisons et séparer ses forces où il pourra du plat pays de Hollande, il m'a dft que son ennemy s'afïoiblissoit aussy, s'estant le filz de Montgommery avec tous les François et Escossois retirez de son armée et retournez en Angleterre : chose que je l'ai asseuré provenir des rigoureuses dcffenses que Vostre Majesté a faictes en son royaulme, à ce que aulcun de \oz subjeclz ne passast pour le troubler, et faisant ce qui se pouvoit pour en retirer ceulx qui y estoieni venuz, en l'asseurant tousjours de la sincérité et perfection de vostre amyiié, de laquelle il m'a dict ne faire aucun doubte
Le duc d'Albe lui a de lui-nicme parlé du roi de Pologne, lui demandant des nouvelles de son voyage. Mondoucet lui a expressément et au long déclaré ce qui est contenu dans la dépêche du roi, et dit le jugement qu'il en fait, le répétant par deux fois, pour en connaître son opinion. « Il ne » m'a jamais respondu ung seul mot, monstrant en son visaige une conti- » nuation de ses mauvaises volunlez, desquelles j'ay cy-devant assez ample- » ment adverty Vostre Majesté; et say qu'il n'oublie riens pour traverser » le passaige, tenant pour maxime, à ce qu'il m'a dit souvent, que l'on ne » peut faillir de donner ordre aux choses nécessaires, quelque tard qu'il » soit, principallement en celles qui nous regardent, parce qu'elles sont » ordinairement plus longues et beaucoup plus différées que l'on ne sauroit » croyre et que l'on ne publye. » — Don Frédéric et le S"' de Noircarmes se disposent à séparer les forces qui sont sous leur commandement. Le duc d'Albe part samedi ou dimanche pour le Brabant; il prend des mesures pour renforcer et avitailler la flotte du sieur de Boussu, afin qu'elle puisse ouvrir le passage d'Enkhuizen : « car sans cela ce pays se trouve la corde » au col pour les vivres. » — Déjà ceux d'Amsterdam murmurent fort, et il est à craindre que, après le départ du duc, « ilz ne facent les folz, voyant » que sa venue y a apporté si peu d'etTect. » — On parle toujours de llarrivée du grand commandeur pour le mois prochain, « cncores qu'à mon » advys je véoys parler plus froidement du retour dudict sieur duc que de » coustume, se disant à ceste heure, par aulcuns, que ledict commandeur » n'y vient que pour sindicquer les actions passées et véoir Testât du pays » et des affaires d'iccluy, aflin que, selon la confiance que le roy catholicque » a en luy, il l'en advertisse véritablement et sans aulcun respect. »
PHILIPPE H. 5JJI
LWVr. — Mondoucet au roi Henri HI. Anvers, 21) août 157i. Avant appris riunircuso arrivée du roi en France, il lui écrit pour Icn féliciter. — Il lui dépêche son homme avec un mémoire ' qui l'instruira de l'état des affaires des Pays-Bas, «sur lesquelz, selon lui, on doibt avoir les » yeulx plus ouvcrtz que sur autre voisin, pour estre celluy duquel la » France s'est trouvée de tout temps affligée et pressée. » — Il sollicite une récompense de ses quinze à seize années de services.
LWMI. — iMondoucet au roi, Anvers, 1" septembre 1574. État de la guerre de Hollande; négociations de llequesens avec les états généraux; désir des Belges de passer sous une autre domination: espoir des Espagnols que de nouveaux troubles se manifesteront en France; levées en Allemagne :
Sire , il y a ciiicq joins que j'ay faict partir mon liomine |ioiir aller cxprosséniciii irouver Vosire iMajeslé,luy rendre parliciiiièrement eoni|)lc de (ont ec qui se passe aux affaires de ccslc charge. A qi'oy j'estime (ju'il n'aura failly et de vous informer de point en point de tontes choses, si hieii qu'elles vous seront aussi vifvement représentées que si Vosire Majesté les pouvoil véoir de ses yeux. Depuis son parlement, il n'y est survenu riens de mérite. Toutesfois,alin que le temps ne vous puisse apporter aucun soubson en elles, je vous diray que Testât de cestc guerre est aux mcsnies termes qu'il estoil et se continue de la mesme façon, pour n'y exploiter riens davautaige de ceste année, estant tenu maintenant pour certain que ecstc grande armée de mer d'Espaigne, de laquelle on a tant parlé, ne viendra plus; d'autre part, que toutes les autres forces entretenues par deçà par monsieur le commandeur ^ sont réduites par les fortz et garnisons, et puis aians les reistres et Suisses esté cassez ainsi que vous aurez entendu : de sorte que je véoy le prince d'Orange et les pays qu'il tient en repos pour cestc lieurc. Du costé de Hollande, Vostrc .Majesté aura sceu comme la ville de Leydem et autres villes du parly dudict prince estoient pressées par le moien des fortz qu'on y avoit faitz, qui avoit esté cause que ceulx dudict pays avoicnt ouvert quelques escluses et rompu les digues en aucuns endroiz, pour inonder la campaigne : dont lesdictes villes se sont trouvées tellement allégées que Leydem , qui auparavant estoit sur le point de se perdre et rendre, faulle de vivres, en a eu ung bon secours avec nombre de vaisseaux |)lat7., cliargcz, qui, à la faveur desdieles eaucs et du vent, y sont entrez, et lesdicts fortz si bien incommodez que, n'y pouvant aborder vivres si abondamment que auparavant, plusieurs
' Il n'est pas dans le registre.
' Le grand commandeur de Castille don Luis de Requcscns.
(les soldalz espaignolz les Iiabandonnèrent. Il est vray que telle inondation sera cy-après aussi doniniaigeable pour lesdicls gueulx que pour les autres, naians nulle eoiiiinodité de faire nourritures sur quoy ilz sont principallenienl fondez.
Il s exéeute aussi peu de chose deçà vers Boniniel et Gorcon : mesnics l'un des foriz faict près dudict Bonimcl s'est depuis peu de jours ruyné et desnioly par un ardent de feu pris aux munitions, tellement que les plus poignans négoces qu'a de ceste heure ledict commandeur consistent principallemcnt à ce que les estatz généraulx, ausquelz il a demandé ung bon secours de deniers il y a jà longtemps, s'accordent de le fournir et bailler. En quoy ilz se sont conduyz et comportez jusques icy de la mesme sorte que l'ont contenu mes précédentes dépesches : qui estoit de paier, pourveu qu'ilz feussent remys et entretenuz en leurs anciens privilèges ; et en sont encores logez là. Néanmoins ilz s'assemblent tous les jours avecques personnes de la part dudict S' commandeur; et croy que cest affaire se débattra tant qu'enfin il s'accommodera, chascun remcctant quelque chose de sa part. Mais, lesdicts estatz demourans oppiniastres comme j'entends qu'ilz sont, je ne sçay à quoy pourra recourir ledict commandeur, sinon en escripre en Espaigne , comme j'ay seu qu'il faict présentement pour cesie occasion, et atendre sur ce la volunté du roy catholicque, entretenant cependant le tout le mieulx qu'il luy sera possible.
Je coniinueray d'escripre à Vostre Majesté ce qui y surviendra : mais toutes ces longueurs d'accorder leursdicts privilèges, la demande de ceste grande somme de deniers, la continuation de la guerre et la grande mangcrie et foulle qu'endure ce pays ont tant enïcndré de cryeries et plainctes et nouveaux malconientcmens , qu'il est incroiable ce qui court assez communément par la bouche, non-seullemcnt du peuple, mais de plusieurs de la noblesse et principaulx bourgeois, désirans, ou que quelque prince voisin se saisisse de ce pays avecques les belles occasions qui s'en présentent, mectant hors d'icelluy et chassant les Espaignolz et autres estrangiers, ou que le prince d'Orange en demeure vaincqueur, avecques une bonne paix qui les en mectra dehors : à quoy les principaulx du conseil de deçà disent tout hault qu'il est très-nécessaire de parvenir; que, autrement, ce pays s'en va perdu.
Aussi, à la vérité. Sire, je croy que, prenant ceste guerre le long trait qu'elle fait» toutes choses yront en empirant, et que le point principal où l'on tendra dorcsnavant le plus sera de trouver le plus honneste moien qu'on pourra de pacilFier et accommoder ces troubles, ainsi que vous aura plus particulièrement déclaré mondict homme.
Je ne sçaurois au reste assez vifvement exprimer à \'ostrc Majesté l'ayse et conlantenienl que ledict S' commandeur et autres ministres de deçà reeoipvcnt des advis continueiz qu'ilz ont que les armes se remueront davantage en France, à l'arrivée de Vostre Majesté, qu'elles n'ont encores faict, espérant d'un costé que ledict prince et autres leurs ennemys en seront moings secourus et assez affoibliz; voire que, faisant la paix, tout
PIIIMPPK II. 553
longe y tombera et ilemoiireront asseniez, et daulre, qu'il ne se pcult faire (|iie la Fraiiee ne s'affoiblisse en faisant de telle sorte; que, après cella, elle sera si déiuiée d'honnnes, d'argent cl autres forces que non-seidlement elle se ilebvra garder de faire aucune entreprise sur ses voysins, mais elle sera assez empesebce de se conserver. A qiioy je m'asscure que Vosire Majesté seaura Irés-prudemment remédier, et qu'ilz n'auront tant de bien de s'esjouyr des maulx et ruynes de ceulx que leur ont esté trop aniys.
Quant aux nouvelles d'.VIIemaigne, je viens d'esire adverty que depuis six jours il est arrivé à Aix deulx cbarges d'argent conduites par quelques François, qui, inconlinant après , sont montez à cheval pour aller advenir leurs cliefz, entre lesquelz j'entends qu'est ung nommé le S' de Lunycres (?); que le Casimir, Mandesloo, le prince de Coudé et autres François, le comte de la Marck, nonmié Lumei, sont jointz et unyz ensemble pour faire une grande tronppe de reistres jiisques à neuf ou dix mil, pour le paiement dcs(pielz les villes res|)ondoient , et qu'il y a plus de deux cens François, tant à Collogne que Franekfort; que l'on ne sçait eneores leurs délibérations si, estans preslz, ilz enireronl en ce pays pour tenter connue il se compoitera, mainienant qu'il est ainsi garbouillé et sans argent, pour après passer en France, ou bien s'ilz y marelieront tout droit : ce que le persomiage dont j'ay cscripi à la royne pourra descouvrir. On m'eseript aussi qu'il s'y est semé ung bruit que les Polloimois vonlloicnl soldoier pour six mois deux mil elievaulx poni- leur secours : ce que je ne croy
LXWIII. — Mondoucel au toi, Anvers, () septembre 1574. Ktat de la guerre aux Pays-Bas; désertions des soldats espagnols; subsides accordés par les états généraux au grand commandeur; bruits d'une prochaine pacification: propos du grand commandeur sur le prince d'Orange :
Sire, aiani amplement adverly N'oslre Majesté de toutes iiarlicularilez des afl'aires de ces Pays-Bas et de Testât auipiel ilz se trouvent présentement, tant par mon bommc que je dépeschay le xxvi""" du passé que depuis par ma dépesche du premier du présent, j'ay maintenant à votis donner advis de ce qui y est succeddé depuis cbascun jour.
En premier lien, le fait de la guerre y est tel (pie Vostrc Majesté aura entendu, ne s'y exécutant aucune chose, et y a moings d'apparence que jamais qu'il s'y puisse faire riens davantage de cestc année : de sorte que je m'en lairay [loiir eeste fois, me remectanl à ce qui en adviendra. \'ray est qu'il se fait lousjours quelque légière escarmouche de part et d'autre, où cliascun à son tour reçoyt quelque avanlaige, ainsi qu'il est advenu naguières, près de Gertrudebcrgiie, où il est demouré, tant morts que prisonniers, xxv ou trente Kspaignolz. C'est chose certaine que, soit pour raison du peu qui s'y enlre-
554 DÉPÈCHES DES AMBASSADEURS.
prend ou pour autre occasion, la plus grande part desdicts Espaignolz se retirent, les ungs en Italie et Espaigne, et autres en France où ilz sentent la guerre , s'en ailans par trouppes de cincquante, soixante et plus de cent: estant monsieur le commandeur contraint d'cnvoicr de sa cavalerie après et de mander aux garnisons des frontières d'y faire garde pour les rompre et delTaire, ainsi qu'il est advenu depuis peu de jours que, s'en allant une trouppe de ii° ou plus, ceux des garnisons de Philippeville, Maricmbourg et autres sortirent après, leur faisant premièrement remonsirer doulccment qu'ilz eussent à retourner par deçà continuer leur service et qu'il leur seroit pardonné, ou bien qu'ilz avoicnt charge expresse de leur courre sus. Mais eulx, se sentans assez foriz pour résister à entreprise qu'on pourroit faire contre eulx, n'y voulurent entendre : si bien que, eslans chargez, ilz se meirent en delTense, et enfin, après qu'il en fut deniouré de mortz sur la place plus de trente ou quarante et douze ou quinze prisonniers, qui ont esté amenez à Bruxelles, le reste se sauva à val de roulte, non sans qu'il y demourast aussi une bonne part de mortz des Wallons desdictes garnisons , qui estoient bien aises que telle occasion se présentast à eulx pour le respect du buttin qu'ilz en espéroient. Somme, que depuis six sepmaines les trouppes desdicts Espaignolz sont diminuées de plus de douze cens, et tiennent par deçà que monsieur de Guyse en a retiré près de luy cinq à six cens ou environ. Autres sieurs, cappitaines et gentilzhommes se retirent aussy en Espaigne , me venant prier cliascun jour de leur donner des passeporlz pour la scurelé de leur passaige par la France : ce que je leur accorde en les congnoissant, poiu- leur servir de ce qu'ilz pourront.
J'escripvois à Voslre Majesté, par niadicte dernière, que le principal affaire que traitoit ledict S'' commandeur estoit de faire accorder les cstalz généraulx à la demande qu'il leur avoil dernièrement faite : ce qui sest enfin accommodé, s'estant icelluy S"' commandeur laissé aller à tout ce que lesdicts estatz requéroient, pour leurs privilèges et libertez anciennes, que tous gouverneurs des places et chasteaux (qui doibvent estre naturelz du pays) demoureront en leurs charges et gouvernemens , et pour lequel point ilz s'adresseront au roy catholicque, si bon leur semble. Dont lesdicts estatz se sont contentez, accordans trois millions de florins; rabalans les prestz qu'ilz ont cy-devanl faitz, comme fut celiuy de ceste ville lors de la mutinaeion des Espaignolz, et outre plus, qu'il sera levé encore ung autre centiesme sur eulx, qui peult revenir à cinq ou six millions; aians, pour le regard dudict sieur gouverneur, dépesché homme exprés en Espaigne. Et se sont sur ccst accord retirez chascun en sa province, pour le faire particulièrement entendre aux villes, et les faire condescendre à l'exécution dudict accord, dont ilz doibvent venir rendre response dedans le xx""" du présent.
Cependant ledict S' commandeur, tenant cela quasi comme asseuré, commence maintenant à faire négocier aveequcs des marchans pour faire partiz d'argent là-dessus, afin de gaigner le temps et que iceulx marchans se puissent pourvéoyr. Mais le principal
poini que je trouve en cela à l'advanlage desdiels cslalz est qu'ilz doiljvcm faire manier lesdicles sommes par leurs gens et recepveurs, ei que la gendarmerie, garnisons el autres dcbles de ce pays en doibvcnt eslre premièrenii ni acquiiées que emploiées ailleurs : de sorte que je ne pense pas que aueun nuireliani \iieillc eiilnreii parlv ne advanee sans avoir la parolle el obligation dieeulx eslalz. Nous en verrons le siiccèz , dont Voslre Majesté sera advcrtie.
Davantaigo, Sire, j'entends que le faii de la paix et accord poiu- le regard des troubles de deçà s'est remys el remet en avant avec plus de cbaleur qu'il n'a esté par ey-devant, y aiani personnes (pii vont cl viennent de part et d'autre pour telle négociation ; et se faici plusieurs gaigeures, sur ccslc bourse, que le tout sera résolu el conclut dedans la fin du mois procbain : en quoy je vous diray le fondement que je y trouve. En premier lieu, aiant depuis quelques jours le prince d'Orange esté fort malade, jusques à avoir esté seigné par trois fois, il advynt audict S' commandeur de dire qu'il seroit marry qu'il mourust, pour la crainte qu'il auroit de ne lermyner si bien et avanlageuscmcnl ces affaires avecques autres comme il feroit avec luy : voulant dire que, s'eslans les pays qu'il lient iiivétérez en leur rébellion, se pourroient (cela advenu) jeeter entre les bras de la France ou Angleterre, desquclz ilz seroient non-seullement irès-difïiciles à retirer, mais en bazard de perdre davanlaige el faire plus grand progrès, pour en avoir plus de moicns et le cbemin si bien ouvert. Seeonilemenl , il semble qu'il y ail une grande correspondance entre les eslalz généraulv et ceulx des pays dudicl prince, deniandans les ungs el les autres la sortie des Espaignolz et autres gens de guerre esirangers bors du pays : qui fait craindre (|u'ilz ne viennent plus avant en intelligence, poui- d'eulxniesmes donner la loy. Tiercement, que, lesdicls pays eslans ainsi oceu|)pez et tenans la porte et entrée fermée à toutes marcbandises et sortes de vivres, le reste de tous les autres pays en estant grandement appauviy, il seroit bien fort à craindre qu'enfin la guerre et la nécessité n'y feist naisire quelque rébellion plus importante, cl qui est le point qui fait le plus dire à des principaulx qu'il est nécessaire de venir à cest accord. Et puis on void quasi maintenant que lesdicts Espaignolz se vcullent accorder en cela : car si ceulx du pays ne les y aiment guières, ilz sont encores plus contcns d'en sortir, n'y aiant plus à gaigner que des coups , ainsi que Voslre Majesté a cy-devant entendu : joint que les grands affaires qu'a de ceste beure le roy d'Espaigne en Barbarie font assez publier par deçà qu'il est nécessaire qu'il relire une partie des gens de guerre, au moings des clicfz, qu'il a icy, pour aller à ce secours : (pii pourra servir de couverture et coulleur audict accord, s'il se fait.
Jay bien voullu remeclre devant les ycidx de Voslre Majesté toutes ces considérations, afin que sur icelles elle <'n puisse mieux et plus seuremcnl juger
LXXIX. — Mondoucet au roi, Anvers, 13 septembre 1574. Etal de la
5d6 Dépèches des ambassadeurs.
guerre en Hollande; siège de Leyde; maladie du prince d'Orange, que l'on croit avoir été empoisonné; bruits de pacification; langage qu'à ce sujet le grand commandeur tient à Mondoucet :
Sire, vous aurez peu assez clairement véoir, par ma dernière dépcsche du vi"" de ce mois que j'cnvoiay par liomme exprès à Péronne, en quelz termes se retrouvoient les affaires de ceste cliarge, tant de la guerre que de la paix, et le jugement que j'en faisois, ès(|uelles il n'est depuis succède autre chose que le peu qu'il vous plaira entendre par la présente.
Quant au fait de la guerre, elle se conlinue avecques la mcsnie froideur et longueur que l'ont conienu mes précédantes, fors que, du cosié de Hollande, où l'on tient la ville de Leydem fort pressée de vivres par le moien de quelques Lloccuz qu'on a failz autour, ceulx des autres villes circonvoisines, aians inondé tout le pays, ainsi que Vostre Majesté aura seu, l'avoient par ce uioien ung peu secourue. Mais, depuis naguières, pensant en avoir plus de commodité, y ont vouUu donnbr encores ung autre secours : ce qu'ilz n'ont seu exécuter, de sorte que ladicle ville se trouve bien fort engaigée, en danger de se perdre; et est ladiete inondaeion plus dommaigeable pour les gueulx qui l'ont faite que pour ceulx de deçà. Or estant ladiete ville d'assez grande conséquence au prince d'Orange pour la conservation du plat pays de Hollande, j'entends qu'il a fait passer en ce quariier-là quelque nombre de petiz vaisseaux, pour doresnavant tenir le passaige de son secours plus libre qu'il n'a esté : ce qui y pourra peu servir, tellement que, si l'hiver qui approche ne la conserve et ne luy donne plus de moiens de se maintenir, les Espaigiiolz sont pour s'en rendre maistres; et desjii, à ce que l'on m'a dit, ilz ont envoie devers le S' de la Roche ', gouverneur de Hollande, pour cappituler avec luy, sans se voulloir mectre à la mercy desdicts Espaignolz.
J'ay esté adverly, et est icy assez cogneu, que ledict prince a esté fort malade et s'en sent encores, non sans grande oppinion et apparence qu'il ait esté empoisonné, pour s'esire trouvé enflé en toutes parlz de son corps; et se dit que aucuns des estalz dudict pais, fugitifs de deçà, auroient brassé ceste entreprise. Je ne say ce qui en réussira en fin: mais ilz se pourroient trouver trompez de penser que, luy mort, leurs troubles seront aussy amortiz, eslans ces Hollaudois et ceulx de Zélande si oppiniastres en leur rébellion que malaisément les pourroit-on débeller, mesmement s'ilz appelloient quelque prince voisin à leur secours, avec ce que lesdicts pays sont de irès-dillîcille et malaisé accès.
Du costé de deçà, vers Bommel et Gorcon, il ne se fait riens, sinon qu'on les combat par foriz et bloccuz, dont on les a approchées le plus près qu'on a peu : mais, estant l'hiver voisin, on tient que cela les incommodera de bien peu.
' Ferdinand de Lannoy, comte de la Roclie.
Monsieur le commandeur est tousjours en ccsle ville , y négoeiaiil pour fait d'argent, en altendani que les estalz retournent luy faire entendre la \olunlé des villes, où ilz sont allez leur déelnrer ce qu'ilz ont aeeordé: ([ui se pourra différer juscjiies au xx ou xxV de ee mois, pour après procedder à l'exéeuiion dudict accord.
Quant au fait de la paix, \'oslre Majesté aura entendu le discours que je luy en faisois par niadiete dernière. Depuis , ni'eslant efforcé d'y pénétrer le plus avani cpie jay peu, il me semble que, eneoies cpie de ceslc part on entre en ce négoce et quilz lacent toute démonstration d'avoir qucUiue volume d'y entendre, si est-ce que je juge que ce n'est (|ue pour en partie contenir l'AlIcmaignc cl les peuples de deçà en bonne affection, leur faisant véoir quilz se venllcnt mcllre à (]uelquc raison, et sur quoy j'ay appris que bientost le S' de Champaigncy ' y fera ung autre voiaigc; aussi pour, en traynant cest affaire et le dislaiani, atendre quel succèz pourront avoir les affaires de Barbarie : car, s'il en advient mal (ee que Dieu ne veuille), plusieurs discourent que le roy catliolieque sera beaucoup plus pressé de pacifier ce pays qu'il n'est, et lors il sera plus facille d'en terminer que s'il n'en avoit point eneores esté parlé et que le chemin n'en fust ouvert.
Il y a (|uatrc jours qu'estant allé véoir ledict S' commandeur pour aiicims affaires particuliers, je voullus sentir de luy ee qui en cstoit : mais il me dist (|ue le bruit qu'on en faisoit courir cstoit faulx, n'y aiant point pensé; bien cstoit vray qu'il avoit assez déclaré à eeulx qui luy en avoient parlé que, si on luy proposoit des moyens bons et propres pour cest effeel , par Icsquclz la religion fust conservée en son entier et la réputation du roy son maistre, très-volunliers il les voiddroit promouvoir et avancer, et non autrement. Je ne fauldray de continuer à y prendre garde et à toutes autres choses concernant vo^tre service, pour vous en donner les ad\is nécessaires
L\W. — Mondoucct au roi, .\nvcrs, 2.") septembre \li~i. Sioj^o de Leyde: les assiégés ne veulent plus entendre à une capitulation; situation critique des assiégeants :
Sire, je vous ay escript, du xx"'" de ce mois 2, assez par le menu , toutes sortes d'oceurranees de cesie cliarge, si bien que Vostre Majesté en peult estre véritablement informée, tant |)ar ladiete dépesche que autres précédentes. Il me reste seullemcnt à vous faire eniendrc ee qui y est succédé depuis, principallement en la guerre de Hollande, où (comme vous avez peu véoir) on tenoit la ville de F^eydeu) si fort pressée que l'on n'atendoit que l'heure qu'elle se deust rendre, ainsi qu'elle en avoit desjà fait démonstrations, recherchant don Fernand de Lannoy de parlement et composition, qui
' Frédéric Pcrrenot, frère du cardinal de Graiivelle. ' Celle lettre n'est pas dans le registre.
558 DÉPÈCHES DES AMBASSADEURS.
fut iiilerrompu par les Espaignolz. Dont monsieur le commandeur a esté irès-ennuyé, pour ce qu'il congnoist maintenant, par expérience, combien l'occasion est chauve et qu'elle se doibt prendre quant elle se présente : car, depuis cela, le prince d'Orange a fait font ce qu'il a peu d'efforts pour la faire secourir, y emploiant ce qu'il peult avoir de gens de guerre et tous les païsans cl liabitans du plat pays, si bien que ceulx de ladicte ville, voians à l'œil le debvoir que l'on faisoit pour leur ayder, et qu'en ces cnlrefaictes on les avoil approchez de près et pris dculx fortz et bloccuz que tenoient lesdicls Espaignolz, se sont désistez dudict parlement. Et y a bien davantaige, que lesdicts paysans, congnoissanl l'assiette d'un villaige fortifïié où tous les Espaignolz et gens de guerre s'estoient réduys pour garder le principal passaige et advenue en ladicte ville, ont, par l'ouverture de quelques digues, renfermé ledict villaige d'eau, de telle sorte que lesdicts Espaignolz se trouvent culx-mesmes maintenant assiégez et en aussi grande nécessité ou plus que esloit ladicte ville, qui, à ce compte, pourra cslre secourue. Ledict sieur commandeur est à ccste heure assez cmpescbé à envoler gens de ce costé-là pour le secours dcsdicts assiégez, qui sont en nombre de plus de m"' y et en grand danger de se perdre, s'il n'y est usé de dilligence, cstans les chevaulx qui y sont en l'eau jusques au ventre. Nous verrons bientost ce qui en sera.
Ledict don Fernand de Lannoy sort du gouvernement de Hollande, pour, à ce que j'ay entendu, s'en aller à Naples succéder au cardinal Granvelle, son beau-frère, et entre en sa place le S' d'Hierge, en attendant la liberté du S' de Bossu
LETTRES Dr S"" BLATIER, DEPUIS FÉVRIER 1584 JUSQUES EN MAY 159i.
LXXXIX. — Au S-^ de Villeroi, Tournai, 17 février 1584.. On désirerait ici que les députes des états généraux qui vont en France n'y fussent pas i-eçus. — Don Bernardino de Mendoza est à Tournai , ne se faisant pas encore voir. Il alla hier visiter le prince de Parme.
XC. — Au S-^ de Villeroi, Tournai, 7 avril 1584. Les négociations avec ceux de Gand continuent; le succès en est incertain, parce qu'ils demandent trois ou quatre conditions de grand poids. — « J'estime que les estatz et
). le prince d'Orange ne sont pas fort à leur aise Il me semble qu'ilz
» ont esté trop longs à leurs affaires »
XCI. — Au S-^ de Villeroi, Tournai, 22 avril 1584. Négociations avec ceux de Gand et de Bruges :
Monsieur le duc de Parme a, du depuis, quasi lousjours négolié sur ce faicl de la réconciliation des villes de Gand, de Bruges et du Francq, à quoy l'un et l'autre parly
est nsscz incliné, nicsmes icelluy sieur prince, (|ui en ha ung oxtrômc désir, tant pour la consécpi.ince du sur|)lns des afTnires de deçà que pour ce que ne iuy seroit peu de eliosc de gaigner deux si puissantes villes à si bon niarelié. Mais, pour aullant que lesdicies villes insistent tousjours à avoir l'exerciec de la nouvelle religion, à ne recevoir nulle garin'son, de n'avoir aucune citadelle, et que les biens eeclésiasiicques aliénez denioureront aux acquéreurs, ce sont points cpic ledict sieur prince ne pcult accorder : aussi scroient-ilz très-préjudiciables à l'Eslat et au service du roy son maistre, pour aultant que, le peuple de deçà ayant gaigné le pied sur le roy d'Kspaigne, il ne pourroil puis après tenir mesnaigc avec eulx et ne le vouldroient plus recogrioistre. Ce n'est pas comme en France, où les peuples sont de nature plus douice, aymaiis leur prince et plus aisez à gouverner que ceulx de |)ar deçà , où il n'y a si |)elil qu'il ne parle de ses privilèges : onitre que, par une nourriture froide et humide, il leur mampie (pour la pluspart) cesie chaleur dainilié qui souvent inei(e les hommes à faire qucKpie chose pour leur roy. Jesiimerois aussy, (piand bien ledict sieur |)rinee leur accordera plus qu'il ne désire pour les avoir, la parolle leur sera gardée |)our un temps, et non tousjours
XCII. — Au S' (le V illeroi , Tournai, "li avril 1584. La négocialion avec les Gantois et les Brugoois va se continuant. Dos deux côtés on est désireux de conclure, « mais non avec Celle intégrité qui debvroit estrc » entre le roy d'Espaigne et les Flamens, qui sont ses subjoctz : car culx » demandent ces quatre ou cincq articles, en quoy ilz monstrent peu de » liancc à leur prince, et Iuy leiu- en accordera aucuns, pour ne leur point » garder la parolle, sinon pour un temps ' »
(Les deux dernières pièces du volume, n""* XCIII et XCIV, sont : une lettre du secrétaire de l'archiduc Ernest écrite au comte Charles de .Mansfelt le 21 mai 159f , et une traduction de lettres en allemand écrites à Mansfelt par l'archiduc et son secrétaire \Yesternach.)
' Nous avons public, dans nos Analecles Itisloriqucs, t. III, pp. 578-629, une série de documents sur la rcconoilialion de la ville et du Franc de Bnij^cs avec Philippe II, et t. V, pp. B29, Hi4, ^>^G. bSl , diffcrcnlcs pièces relatives à la réduction de la ville de Gand.
560 DÉPÈCHES DES AMBASSADEURS.
Harlay 228.
244. — Lettres du S'" de Vivonne Saint-Goard *, ambassadeur en Espagne, au Roy, à la Reyne et au S^' de Villeroy, secrétaire d'Estat, et du Roy et de la Reyne au S^' de Saint-Goard. depuis janvier 1580 jusques en décembre 1580.
Ce volume contient cent vingt et une pièces, cotées 1-121 : mais il est à remarquer qu'on a donné un numéro double aux lettres, chiffrées entièrement ou en partie, qui sont suivies de leur déchiffrement : ce qui réduit en réalité le nombre des pièces à quatre-vingt-quinze.
Voici les dates des lettres de Saint-Gouard à Henri 111, toutes de l'année 1580 : 7, 13, 31 janvier, 7, 20 février, 2, 8, 10, 20, 23 mars, 3, 20 avril, 18, 26 mai, 13 juin, 7, 11 juillet, 22 août, S septembre, 6 décembre. H est évident qu'il en manque un certain nombre, surtout pour les quatre derniers mois de l'année.
Dans toute cette correspondance il n'est guère qu'une seule fois question des alTaires des Pays-Bas; le 7 janvier Saint-Gouard écrit au roi que les Espagnols les regardent « comme du toutdesplorées et sans remède, croyant » à la vérité qu'ilz ne sçavent plus que faire, si ce n'est achever avec un » accord tel qu'ilz pourront, sans plus penser y faire ce qu'ilz vouldront: » et n'estimeront, comme je croy , à peu que d'excuser, avec ung moyen. » quel qu'il soyt, la grande despence que leur conviendroit faire s'ilz voul- )j loient desterminer ce faict avec la guerre : penssans asseurément que » enfin ilz y perdront tout ce qu'ilz y mectront. »
La grande préoccupation de l'ambassadeur, qui était aussi celle de la cour de Madrid et de toute l'Espagne, était l'affaire de Portugal. Au mo-
' Lorsque ce diplomate écrit au roi ou à la reine, il signe De Vyvoiine ; sa signature est St-Goiiard dans les lettres qu'il adresse à Villcroi.
l'HlLIPPË II. 561
ment où somraif l'onnôc io80. le prince qui régnait sur ce pays, don Henri I". eomplail soixanlc-liiiil années près de s'accomplir, et on ne lui donnait plus que peu de jours à vivre : il mourut en cfTet le 31 janvier. Les prétendants à sa succession étaient nonibreu.\ : quelques jours avant sa mort, il se prononça pour Philippe II, qui se préparait du reste à faire valoir ses prétentions par les armes.
On sait que ce monarque entra en Portugal avec une armée commandée par le duc d Alho: que celui-ci. le 25' août, battit, près de Lisbonne, le grand prieur don .Antonio, qui s'était fait proclamer roi par le peuple, et qui fut obligé, à la suite de sa défaite, de quitter le royaume: que bientôt après l'autorité de Philippe II fut reconnue dans tout le Portugal.
Sur ces événements les dépêches de Saint-Gouard fournissent beaucoup de détails curieu.v. et les pièces qui y sont jointes ' en augmentent encore lintérét.
Le 31 janvier Saint-Gouard écrivait : « Le peuple de ce pays (le Porlu- » gai) est si portugais qu'ilz se donneroycnt plustost à ung Turc, qui le » voudroit entreprendre, que de se soubzmectre à l'obéissance des Castil- » lans. » Lorsqu'il apprit que le duc d'.\lbe rencontrait si peu de résistance, il en éprouva que!<juo indignation : « Jusques à véoir les affaires réduictes
' Voici Tindicalioii de ces pièces :
N° 48. Mémoire des grâces cl privilèges que le roi d'Espagne promet aux Portugais lorsqu'il sera maître et seigneur reconnu du royaume.
N" M9. Nouvelles de Portugal. Guadalupc, 4 cl 7 avril.
N» 70. Ucponsc du roi d'Espagne faite, le 5 mai 1580, à Mcrida, aux ambassadeurs de Portugal.
N» 89. Relation des troupes du roi d'Espagne qui vont à la conquête du royaume de Portugal. Badajoz, 14 juin.
N" 90. Nouvelles de l'armée du roi d'Espagne qui va pour la conquête du royaume de Portugal. Badajoz, 17 juin.
N» 91. Nouvelles de l'armée du roi d'Espagne pour Portugal. Badajoz, 20 juin.
N» 92. .Nouvelles de l'armée du roi d'Esp'agne pour Portugal. Badajoz, 25 juin.
N° 93. Lettres patentes de Philippe II où il prend le titre de roi de Portugal. Badajoz, 26 juin.
K» 94. Nouvelles que don Antonio a été proclamé roi de Portugal dans la ville de Santarem. Badajoz, 27 juin.
N" 9b. Nouvelles de l'armée du roi d'Espagne pour Portugal. Badajoz, 27 juin.
N» 96. Relation des troupes du roi d'Espagne qui vont à la conquête du royaume de Portugal. Badajoz, 50 juin.
N" 97. Nouvelles que don .\nlonio a été proclamé roi à Lisbonne le 23 juin. Badajoz, 1" juillet.
N»' 97*15 et 98. Nouvelles des progrès que le duc d'Albc fait en Portugal. Badajoz, 2 et 4 juillet.
562 DEf'ÈCHES DES AMBASSADEURS.
» aux ternies où elles sont, Ion n'eust jamais pensé qu'avec tant de facil- » lilé Portugal se feust réduict, quant il n'y eust eu aultre apparence que » la seulle haine qui est si invétérée entre ces deulx nations, et ce que » faisoient sonner par tout le monde les Portugayz, et le temps aussy que » l'on leur avoit donné pour se prévenir, si le cueur eust correspondu à » leurs parolles '. »
Le duc d'Albe était en disgrâce, Philippe II lavait banni de la cour et exilé dans ses terres ", quand il l'appela à commander son armée de Portugal. Sainl-Gouard prétend que le choix du roi fut ;< plustost chose forcée » et ne pouvant moins que non volontaire et agréable,» et il rapporte à ce sujet les particularités suivantes. Le roi écrivit une première fois au duc, lui communiquant toute l'affaire de Portugal et lui demandant son opinion sur les mesures qu'il serait le plus à propos de prendre pour la bonne conduite dune entreprise de cette importance; lui ordonnant aussi de dire quel serait, selon lui, le personnage le plus propre à être fait capitaine général de larmée qui se rassemblait. Ferdinand de Tolède répondit au roi qu'étant prisonnier, comme il Tétait, et n'ayant qu'une connaissance imparfaite des choses dont il s'agissait, il ne lui était pas permis de donner des conseils. Sur cette réponse Philippe envoya au duc un mémoire sur chacun des articles duquel il lui prescrivit d'exprimer son avis, et il lui réitéra l'ordre de désigner le personnage qui conviendrait le mieux pour la charge de capitaine général. Le duc, ayant reçu cette seconde dépèche, écrivit, de sa propre main, son sentiment sur chacun des articles du mémoire; quant au choix d'un capitaine général, il répondit que le roi lui-même devrait prendre la charge d'une semblable entreprise. Alors
■ Lettre du 22 août 1580 au roi.
' Don Fadriquc de Tolède, fils aine du due d'Albe, avait fait une promesse de mariage à doiia Madalena de Guznian, l'une des dames de la reine Anne d'Autriche. Comme il se refusait à l'aceomplir, Philippe 11, à qui doua Madelcna avait porté ses plaintes, le fil mettre en prison. Après qu'il eut été enferme pendant plusieurs années, le duc d'Albe, en 1578, traita son mariage avec dona Maria de Tolède, fille de don Garcia de Tolède, marquis de Villafranca, et ce mariage fut célébré secrètement. Lorsque le roi en eut connaissance, il ordonna que don Fadrique fût conduit à la forteresse de la Mota, où il serait sévèrement détenu, et il bannit de la cour le duc et la duchesse d'Albe.
De nombreux documents ont été publiés sur celte affaire dans la Cokccion de documeiilos inéditus para la hisloria de Espaïia, l. VII, pp. iCi-o^-i, et t. Vlll, pp. 483-529.
■Voy. aussi pp. 227, 445 et 452 ci-dessus.
I»lllLn>I>E H. 56.->
Philippe lui fit une Iroisième ilopcclie où il lui témoij^nîu'l sa satisfaction de ses réponses, approuvait son avis concernant lu désignation dun capitaine général, et lui commandait de venir l'assister comme son lieutenant général, tant sur terre que sur mer. Là-dessus Ferdinand de Tolède obéit '. II avait ordre de saclieminer droit a Hadajoz : avant de se rendre à cette destination, il sollicita la faveur d'avoir une entrevue avec le roi: elle ne lui fut pas accordée, et ce fut seulement à Merida que Philippe II le recul *.
La marque éclatante de confiance donnée par le roi au duc d'Albe. après la rigueur qu'il avait déployée contre lui. produisit une grande sensation en Espagne. « Cette expédition — écrit Saint-Gouard — a donné à dire à tout » le monde (jue ledict seigneur roy ne s'est pas seulement contenté doster » le duc d'Albe de la prison en laquelle il le tenoyl avec tant d'indignité, » mais qu'il luy a voulu mectre sa mesmc personne et Estatz aux mains '. »
Lorsque, le 4 mars, Philippe II quitta Madrid pour se diriger vers le Portugal, il ne voulut pas que les ambassadeurs le suivissent, mais il leur fit dire que, pour les alTaires qui se présenteraient pendant son absence, ils pourraient s'adresser au cardinal de Granvelle. Ces diplomates s'en montrèrent blessés; Saint-Gouaid, en particulier, déclara qu'étant envoyé au roi, il croirait déroger à la dignité de son souverain en traitant avec un ministre : " car — disait-il à Henri III — le cardinal n'est, après tout, à >i Madrid, qu un ministre, il est vrai autorisé de la dignité de cardinal; » mais, là où il est. il ne fait ni ne représente consistoire. » Il ajoutait : « Quant à son particullier. tout le monde sçayt ce quil est nav. qui il est: » de plus Vostre Majesté doibt estrc asseuiée qu'il est très-mal intentionné » à ce qui est de son service, et se doibt croire qu'il le désauthoriscra en » tout ce qu'il pourra et en aura moyen et pouvoir '. »
Quelques nouvelles de cour sont contenues dans les dépêches de Saint- Gouard au roi.
' Dépcclic au roi du 8 mars i;j80, ii»' 53-3 1.
' Dépêche cilce à la iiolc précédcnlo; dcpèclics du i mars, n" i!7-28. du 20 mars, u<" lt-i'2, cl du 26 mai, n«> 77-78.
' Dépêche du 2 mars citée à la note précédcnic.
' Dépèches du 8 mars, n°' 33-3i, et du 10 mars, n»' 37-38.
Dans une lettre h Villeroi du 13 janvier, Saint-Gouard lui disait : « Le cardinal (jraiivcllo prive • (a la faveur du roi), et le plus fort des alTaires lui passe par les mains. •
564 DÉPÈCHES DES AMBASSADEURS.
Le 20 février il lui mande que, le dimanche 14, la reine catholique a mis au monde une « belle fille. »
Le 2 mars il lui fait savoir que l'infante a été baptisée le 23 du mois précédent, sans aucune cérémonie, dans la chapelle du palais^ que le duc de Brunswick (Eric) porta l'infante; que la duchesse a été marraine, et le cardinal d'Autriche parrain ; qu'on l'a nommée Marie.
11 l'informe, dans la même dépêche, que, le l*"^ mars, le roi a fait jurer le prince son fils pour son successeur par les prélats, les grands, les autres personnes de titre et les procureurs des villes des royaumes de Castille: que le nonce, l'ambassadeur de l'empereur, celui de Venise et lui, Saint-Gouard, ont assisté à cette cérémonie, qui a eu lieu en la chapelle du palais, avec fort peu de solennité eu égard à ce qui s'est pratiqué, du passé, en de semblables occasions, car il ne s'y trouvait que ceux dont la présence était nécessaire, tous vêtus de noir, à l'exemple du roi, pour le deuil du roi de Portugal.
Les lettres de Saint-Gouard à la reine et à M. de Villeroi n'offrent rien qu'il y ait lieu de citer.
Harlay 228.
245. — Lettres du Koy et de la Reyne au S' de \ivonne de S*-Goard, ambassadeur en Espagne, et du S"" de S*-Goard au Roy, à la Reyne et au S"" de Villeroy, secrétaire d'Estat, depuis le 5 février 1581 jusques au 20 décembre 1582.
Cent soixante-quatorze pièces, cotées 1-174, sont rassemblées dans ce volume; mais la même observation que nous avons faite sur le manuscrit précédent est à faire ici : les lettres en chiffres qui sont suivies de leur déchiffrement (il y en a vingt-huitj ont un numéro double.
Les dépêches de Saint-Gouard au roi sont au nombre de quarante-sept; elles portent les dates suivantes :
PHILIPPE II. u6o
Année 1581 : 1:2, 20 mars, 2, 11, 17, 26 avril, 1", ig, 29 mai, 12, 2a, 26 juin, 10, 24 juillet, 28 août, 2, 26 octobre, 8, 18, 25 novembre, i, 28 décembre.
Année 1582: 5, 15. 16, 29 janvier. 29 avril (6«a). 1»^ 14 mai, 11, 25 juin , 2, 9, 15, 16. 25 juillet, 20 août, 5, 17 septembre, le"", 7, 26 octobre, 8, 22 novembre, 6, 20 décembre.
Jusqu'au 28 août 1581 elles sont écrites de Madrid; elles le sont de Lisbonne du 20 septembre 1581 au 25 juillet 1582. C'est de Madrid que sont datées les dernières.
H y a trente et une lettres de Saint-Gouard i» Catherine de Medicis et cinq au secrétaire \ illcroi.
Il y en a sept de Henri III ;i Saint-Gouard.
C'est encore principalement sur les affaires de Portugal que roule cette correspontlance: des bulletins des événements qui se passaient dans ce pays sont assez fréquemment joints aux dépêches de I ambassadeur.
Depuis plusieurs années Saint-Gouard sollicitait , et avec de vives instances, son rappel. Dans une lettre à la reine mère du 51 janvier 1580 il allait jusqu'à dire que de bon cœur il entrerait en une galère, pour servir la rame en la main , plutôt que de demeurer davantage en sa charge, n'y ayant chose au monde qu'il désirât autant que d'en sortir '. Enlin, le 2 août 1582, Henri III, prenant en considération ses suppliques, lui permit de revenir auprès de lui. Il ne quitta cependant Madrid que le 20 décembre. Il en explique ainsi les raisons dans sa dépêche de ce jour-là :
« Sire, je supplie très-humblement Vostre Majesté de ne m'imputer à aucune faulte le temps que j'ay mis à l'aller trouver depuis qu'il luy a pieu me donner congé luy aller baiser les picdz : qui est bien la chose du monde que je désire le plus. Mais mes nécessitez et la pauvreté en quoy m'a mis la longue séance que j'ay faict en cestc charge, avecque la perte que jay faict de mes biens, pour mon absence, durant les troubles de son royaume, et le peu de secours qui m'a esté donné dans le cours de ma légation , et moings pour en sortir si honnorablement qu'il convenoit à la dignité des affaires de Vostre Majesté, ne m'a peu permectre davantaige, si ce n'est d'avoir envoyé vendre tout ce qui me restoit en ce monde,
' Lettre n»' 10-11 dans le MS. Ilarlaj 228 '.
566 DÉPÈCHES DES AMBASSADEURS.
pour complir à ce que le propre honneur de son service requéroit et ma parolle m'obligeoit, de satisfaire aux gçandes debtes que le long temps et l'obligation des grans fraiz de ceste charge m'ont faict faire, sans qu'elles se pussent excuser, pour l'indignité qu'en eussent receu ses affaires. Vostre Majesté me fera cest honneur de croire que pour ceste occasion j'ay emploie jusques à l'impossible: ce que j'espère elle recognoistra , me favorisant de sorte que, de retour auprès d'elle, elle me donnera de quoy pouvoir sustanter honnorablement ma vieillesse et achever ma vie luy faisant trèshumble service. »
H ajoute qu'il écrit « le pied en l'estrier. »
Harlay 228.
246. — Lettres du S"^ de Longlée, ambassadeur en Espagne, au Roy, à la Reyne et au S^' de Villeroy, et du Roy et de la Reyne et du S^' de Villeroy au S^' de Longlée, depuis avril 1583 jusques en décembre 1585.
Cent quarante et une pièces, cotées n"* ^-^U. Il y a dans ce nombre une vingtaine de numéros doubles.
Dans la dépèche du 2 août 1582 où Henri III accordait son congé au S"^ de Saint-Gouard, il commettait, pour faire les affaires de France après son départ, le S' de Longlée, qui remplissait à Madrid les fonctions de secrétaire de légation. '
La correspondance de cet agent diplomatique est ici très- incomplète; voici les dales de ses dépêches au roi :
Année 1583: 20, 31 décembre.
Année 1584 : 1", 12. 29 février, 2, 31 mars, 12, 21 avril, 1", 16, 26 mai, 1" juin {bis), 10 juin (bis), 18, 20, 50 juin, 7, 14. 21 juillet.
Année 1583 : 18. 29 mars, 4, 14, 23 avril, 3, 14, 24 mai, 9, 15 juin.
PHILIPPE 11. j67
27 juillet. 10. 20, 27 août, 7. 20 septembre. 7. 14. 19. 28 octobre. 12,
28 novembre, S décembre.
Ses lettres à la reine sont au nombre de quatorze, et de vingt-deux à Villeroi.
Dix- sept dépêches de Henri III sont adressées à son représentant à .Madri.l.
La corresponilance du S"^ de Longlée est datée de .Madrid jusqu'au 21 juillet lc>84: du 18 mars au 1d juin 1585 elle l'est de Saragosse, où Philippe II s était transporté avec sa cour pour y recevoir le duc Charles- Emmanuel de Savoie, auquel il allait donner la main de sa iillc puînée, I infante ('alherine; elle l'est de Balbastro à partir du 20 août de la même année: Philippe II, après avoir conduit son gendre à Barcelone, où il de\ait se rembarquer '. était allé tenir les corlès des royaumes de la couronne d. Aragon à Monzon: et cet endroit n'offrant pas les commodités nécessaires pour y loger des ambassadeurs, ceux-ci avaient dû s'établir à Balbastro, qui en est peu éloigné.
Les dépêches où Longlée rendait compte de l'arrivée et de la réception du duc de Savoie à Saragosse manquent : mais on trouve des détails intéressants à ce sujet dans une pièce qui porte le n° 74 et est intitulée Ce f/iii a esté observé à l'arrh-ée de moiisiei(r le duc de Savoye à Saragoce d'Avagon, le roij calholique ij eslanl, le x" jour de mars fSSo. On y voit que Philippe II alla au-devant de son futur gendre jusque hors de la ville et quil l'y attendit pendant une heure; que, le jour même de son arrivée, le duc Charles-Emmanuel fut fiancé à l'infante Catherine par le cardinal de Granvelle, et que, le lendemain, premier lundi de carême, leur mariage fut célébré à la cathédrale par l'archevêque de Saragosse '.
Le 14 mars Longlée écrit au secrétaire d'Etat et des finances Pinard que, depuis le jour des noces, le roi a traité le duc Charles-Emmanuel « conmie » son fdz et non pas comme estranger; qu'il monstre eslre fort satisfaicl » dudict duc, qui a tousjours demouré seul avec lui deux heures de l'après- » disner. » Dans sa dépêche du 29 mars au roi il répète que le duc « est
' Il étail débarque dans celte ville le 18 février.
' C"csl donc par erreur (|uc , dans CArt de vérifier les dates , on donne à la célébration des noces la même date qu'à l'arrivée du prince.
568 DÉPÈCHES DES AMBASSADEURS.
» maintenant traité comme enfant de la maison, et non comme eslran- » ger. »
Philippe II quitta Saragosse le 2 avril.
Harlay 228.
247, — Lettres du S^' de Longlée, ambassadeur en Espagne, au Roy, à la Reyne et au S^' de Villeroy, secrétaire d'Estat, et du Roy et de la Reyne et dudict S^' de Villeroy audict S'' de Longlée, depuis janvier 1586 jusques en aoiat 1593.
Ce volume se compose de cent vingt-deux pièces, cotées I-I22, desquelles vingt-six sont des déchiffrements des lettres qui les précèdent.
Les dépêches au roi portent les dates suivantes :
Année 1586 : 8, 31 janvier, 8, 20, 23 février, 6 mars (6«s), 15, 23 mars, 3 avril (bis), 13 avril, 4, 12, 21, 51 mai, 9, 19, 29 juin, 9 juillet, 19 juillet (bis), 27 juillet, 6, 23 août, 3, H, 18,25, 29 septembre, II, 18, 29 octobre, 16, 29 novembre, 8 décembre.
Année Io87 : 25 décembre.
Année 1588 : 10 janvier, 6. 15, 20 février, 5, 15, 25 mars, 2 avril (bis), 14, 30avril, 6, 13,22, 28 mai, 5, 26 juin, 2, 6juillet.
On voit que, pour ces deux dernières années, la correspondance de Longlée présente de grandes lacunes.
Le contenu du registre ne répond d'ailleurs qu'imparfaitement à son titre. Il ne s'y trouve qu'une pièce de 1589: il n'y en a aucune de 1590, I59I , 1592, et de 1593 on en compte une seule: c'est un acte original du roi Henri 111 , daté de Saint-Denis, le 8 août, par lequel il accorde à don Emmanuel, fils de don Antonio, roi de Portugal, pour le temps qu'il résidera en France, une pension annuelle de douze cents écus.
La correspondance de Lonîjloe contient beaucoup de choses sur Vinvincible armada destinée à envahir lAngieterre.
Sous le n» 52 est un cahier de sept feuillets intitulé: Rclacioit de lai nares, galeras y galeaças, goile de mar tj (juerra, infanleria, cavalleria, officiâtes particulares , artiUeria y municiones , y los demds pertrechos que seentienden ser menester para en caso que se aya de hazer la jornada de Inyalaterra, y los bastimenlos que sera necessario proreer para ella, y de duiide, haziendo queuta que la armada y exército que se ha de llevar para la diclia eiupresa lia de yr proveido y pagado y baslecido por ocho meses (Relation des navires, galères, galéasses. marins, gens de guerre, infanterie, cavalerie, olliciers particuliers, artillerie, munitions et autres provisions dont on entend qu'il sera besoin au cas que l'on fasse l'entreprise d'Angleterre, ainsi que des vivres dont il faudra se pourvoir à cet effet, et du lieu d"où on les tirera, en calculant que la flotte et l'armée quil y aura à rassend)ler pour ladite entreprise devront être pourvues, payées et approvisionnées pour huit niois^.
Brienne 67.
248. — Instruction et Négociation du S' de Fresne- Forget, envoyé par le Roi en Espagne, 1589.
In-fol., pap., doré sur Ir., relié en maruquin, 293 pages, écrilurc du XVII' siècle.
La négociation de Pierre de Fresne-Forget ou Forget de Fresne, comme l'appelle (iaillard. remplit les pages 171-295 du manuscrit: les pages 1-170 contiennent le Dialogue de la communication de Calais en 1521 dont il y a tant d'autres copies à la Bibliothèque nationale '.
A la page 175 est l'instruction donnée, le 5 avril 1589. par le roi Henri III à de Fresne-Forget, son conseiller et secrétaire dEtat. quil envoie vers le roi catholique. (Elle est im|)rimée au tome III des Mémoires d'Etat, à la suite des Mémoires de \'illeroi. pag. 152 et suiv.}
Le discours que cet ambassadeur adressa à Philippe H, lorsqu'il eut son audience publique, est à la page 21 i.
' Vov. pp. 1-5.
Il y a six lettres écrites au roi par de Fresne-Forget sur sa légation : les quatrième et cinquième seulement sont datées; leurs dates sont le 17 juin et le 9 juillet.
Dans sa première lettre, où il rend compte de l'audience qu'il a eue de Philippe II, l'ambassadeur s'exprime ainsi :
« Je nay peu me rendre icy plus tost que le saniedy, septiesme de ce mois ', où ayant eu caste mauvaise adventure que je n'y trouvay point le roy d'Espagne, qui de quelques jours auparavant estoit en sa maison de l'Escurial, qui est à sept lieues d'icy, je y ay envoyé dès le lundy pour demander audience, laquelle, à l'occasion de la feste de l'Ascension, qui estoit le jeudy, ils ne m'accordèrent que pour le dimanche ensuivant : auquel jour, qui fut hier, le sieur de Longlée et moy nous nous y rendismes, et y fusmes receuz avec une bien fort honneste cérémonye. Je trouvay S. M. C. en très-bonne disposition et avec un teint frais et vermeil, qui n'accuse à beaucoup près l'aage que l'on dict qu'elle a. Elle me receut avec un gracieux et favorable accèz, et m'escouta avec fort bénigne attention
bien une heure durant Il me remit à conférer des points que je
luy avois représentés au sieur don Jehan de Idiaques, en qui il se confie de ses principaux affaires; et combien qu'il l'ait deschargé de la qualité de secrétaire d'Estat, il ne laisse pour cela d'en continuer la principalle charge. Je fus, après cette audience finie, conduit en une salle où estoit le prince et linfante, à qui séparément je fis l'ofTice que j'avois charge de faire. Ledict S'' prince " est petit et ne paroit encore bien fort : mais il a le teint fort vif et le port et la contenance fort gaye et bien asseurée. Il ne fit aultre response que de me demander de la santé de Vostrc Majesté. Je n'eus pas plus longue response de l'infante ', qui est fort belle princesse et de trèsbelle taille »
Gaillard a donné une notice assez étendue sur l'ambassade de de Fresne- Forget, telle que la fait connaître le manuscrit Brienne 67, dans le tome II des Notices etExlraits des manuscrits de la Bibliothèque du Roi, pp. 82-102.
' Mai ISSO.
* Pliilippe, qui succéda à son père.
' Isabelle.