‹ La Bibliothèque nationale à Paris. Notices et extraits des manuscrits que concernent l'histoire de BelgiqueChapitre 28 sur 39 · CORRESPONDANCE DU BARON DE FERRALS · texte numérisé non relu

CORRESPONDANCE DU BARON DE FERRALS

XXIV^. — Au roi, Bruxelles, 7 juin 1568. « Sire, estant arrivé en ceste » ville sabraedi sur le tard, je trouvay nions"" de Durescu, qui me dict n avoir advertie V. M., bien au long et par le menu, des exéqutions qu'a- » voient esté faictes, le matin, des comtes d'Aiguemont et d'Horne ' : qui » me gardera d'en faire aultre discours. » — Aujourd'hui il a été présenté au duc d'Albe, qui l'a « receu avec aultant d'honneur et bon visaige qu'il » est possible. » — Le S"^ de Durescu a pris congé du duc.

XXVI. — Au roi, Bruxelles, 22 juin iS68. Entretien qu'il a eu avec le duc d'Albe au sujet des rebelles et réfugiés des Pays-Bas qui faisaient des courses du côté de la Picardie, et contre lesquels le roi venait d'envoyer le maréchal de Cossé. — Le duc lui annonce l'intention de se rendre à Bois-le-Duc, et lui témoigne le désir de l'avoir en sa compagnie.

XXVIL — Au roi, Bruxelles, 26 juin iS68. Le duc est parti aujourd'hui pour aller coucher à Malines; il sera demain à Anvers. — Nouvelles de Frise. — Exécutions à Bruxelles :

Pour le présent, il n'y a point d'aultres nouvelles de par deçà, sinon que l'on continue tousjours à faire force justices en ceste ville. Hier y eust quatre riches marchans, ayans tous (piatre leurs barbes bien grises, dont les deux furent bruslez tout vifz, pour avoir voulu soutenir leur opinion de la religion prétendue réformée, et les autres deux eurent les testes Iranchées. L'on en doibt aussy aujourd'huy exécuter, ainsi que Ton dict; et faict conduire ledict sieur duc encores beaucoup de prisonniers en Anvers, où y a beaucoup de marchans et autres qui s'enfuyent, entendant son arrivée audict lieu

Ferrais part le lendemain pour suivre le duc.

XXVin. — Copies d'une lettre du duc d'Albe à Ferrais, du l^"^ juillet 1568, et de la réponse de celui-ci, du même jour, touchant l'invasion faite au bailliage de Hcsdin par les réfugiés et rebelles qui s'étaient assemblés vers la frontière de France.

XXIX. — Au roi, Anvers, 3 juillet 1568. U lui envoie les copies précédentes.

' Il est à regretter que cette lettre de Durescu ne se trouve pas dans le manuscrit.

XXXII. — Au roi, Groningue, 18 juillet 1368. Longs détails sur la première défaite du comte Louis de >(assau par le duc d'Albe '.

XXXIV. — Au roi, Groningue, 50 juillet 1368. Le 24 il a amplement informé le roi ' de la deuxième et entière défaite des gueux commandés par le comte Louis de Nassau : il dit ici qu il en est demeuré sur la place, ou noyé, ou brûlé dans certaines maisons écartées, de six à sept mille. — Il a communiqué au duc, qui en a été très-joyeux, la défaite de ceux qui étaient entrés en Picardie sous les ordres de Cocqueville et la prise de ce chef : le duc désire que les prisonniers faits à S'-\ aléry soient promptement exécutés. — Ferrais s exprime ainsi sur la ville de Groningue : « Pour » une assez petite ville, je ne veis jamais tant de sorte de religions qu il y » a, car la plus grande partie des habilans. mesmes le menu peuple, sont » anabaptistes; les aultres calvinistes; les aultres tiennent la confession » d'Auxebourg, et les aultres catholicques : mais, quelque religion qu'ilz » aient, je ne congneuz jamais gens plus barbares et mal gratieux qu ilz » sont, comme est aussi le pays. »

XXXVII. — Au roi. Ltrecht, 14 août lo68. Le duc avait le projet de séjourner un mois ou si.x semaines à Ltrecht: mais, ayant appris que le prince d Orange s'approchait des Pays-Bas avec six mille reitres et quarante enseignes de gens de pied, il est parti aujourdhui pour Bois-le-Duc, après avoir donné les ordres nécessaires pour le rassemblement de son armée. — Il a été fort joyeux d apprendre que Cocqueville et les autres capitaines ses complices ont été pendus à .\bbeville.

XL. — Au roi. Bois-le-Duc. 21 août 1368. Nouvelles de l'armée du prince d Orange, à qui on prête le projet de la conduire en France. — « Toute ceste court monstre d estre contristée d avoir entendu la mort du » prince d'Espagne ', laquelle ilz ont tousjours celée jusques hier. Tous

' Nous avons, dans la Correspondance du duc d'Albe sur l'invasion du comte Louis de Nassau en Frise, pp. llii et loO, publié deux lellres du due d'Albe sur cet éTcncment, éerites le 17 juillet, l'une au conseil d'État des Pays-Bas, l'autre à Charles IX.

' Cette lettre manque. Dans la Correspondance citée à la note précédente, nous avons donné trois lettres du duc d'Albe, du 22 juillet, écrites au conseil d'État , au baron de Ferrais et à Charles FX, sur la deuxième défaite du comte Louis de Nassau.

» Le 18 juillet.

* Don Carlos.

» les seigneurs d'icelle tiennent qu'il est mort de malladie : mais quelques » particuliers disent qu'il a esté empoisonné en sa prison. »

XLII. — A la reine, 2o août 1568. Aspect que prennent les affaires des Pays-Bas : « ung chascun pense de y véoir d'une part et d'aultre de trèsn grandes ruynes et terribles exécutions :, ainsi chascun de son costé se » commence à préparer, faisant bien estât monsieur le duc d'Alve de y » employer à ce coup le vert et le secq, pour demeurer victorieux sur les » ennemis du roy catholicque. son maistre. »

XLIII. — A la reine, Maestricht, 1'='' septembre 1568. Le duc vient d'arriver à Maestricht. 11 fait toutes les diligences possibles pour rassembler ses forces à deux et trois lieues de cette ville.

XLVII. — Au roi, Maestricht, iô septembre 1568. Nouvelles sur la composition de l'armée du prince d'Orange dont les desseins sont toujours un mystère. — Résolution du duc d'Albe de le suivre en queue avec toutes ses forces, s'il prend le chemin de la France. — « Le duc receust hier. » qu'estoit dimanche, le saint-sacrement avec ses deux filz. l'un desquelz, » qui est don Frédéricq, son filz aisné légitime, il l'a fait coulonnel sur » toute l'infanterie, et le prieur, son fdz naturel, il l'a fait général de n"" » chevaulx italiens et espagnolz; et aussi tous les principaulx chefz de n sadicle armée firent leurs pasques, et après disner ilz partirent et s'en n allarent coucher au camp, qui est à une petite lieue d'icy »

XLVIII. — Au roi, du camp de Neerharen (Nerhard), 19 septembre io68. Le S»^ de Saint-Gouard, que le roi a chargé d'une mission spéciale auprès du duc d'Albe, s'en est acquitté; il repart aujourd'hui. — Le prince d'Orange est parti lundi d'Andernach avec toutes ses forces; on dit qu'il se dirige vers Ruremonde. « L'on m'a mandé, pour tout seur, qu'ilz ne sont » point xii™ hommes de pied et vu™ chevaulx pour le plus. Il mène avec luy » XIX pièces d'artillerie, à sçavoir m canons et vi longues coulevrines et » X aultres petites pièces. » — Chiappin Vitelli a fait venir l'ingénieur Bartholomé da Pesaro, qui était au service de France: c'est lui qui est chargé des fortifications de Ruremonde. — Le duc d'Albe est fout à fait décidé, si le prince d'Orange entre en France avec toutes ses forces, de l'y poursuivre aussi avant que le roi et la reine mère le lui commanderont. — H y a trois jours, une grande querelle s'est élevée, au camp du prince d'Orange, entre les Allemands, les Wallons et les Français: le prince a eu beaucoup de peine

à l'apaiser, et qualre-vingls à cont des uns et des autres sont demeurés sur la place, entre lesquels un archer de la garde du prince, qui n'était qu'à

deux ou trois pas de lui. « Aussi il fut tué ung nommé le S' de ',

» qu'esloit lieutenant de l'artillerie du roy calliolicque, que l'on estimoit » ung fort vaillant homme; et Icdict prince a esté grandement marry de la n mort d'iceluy. pour ce qu'il sçavoit mieulx l'adresse de tous ces pays de » deçà que nul aultrc, et sur lequel il se rcposoit fort »

XLIX. — A la reine, même date. Répétition de quelques-unes des choses contenues dans la lettre au roi.

L. — Au roi , du camp de Neerharen , 24 septembre 1568. Le duc d'Albe n'a pas bougé depuis la dernière dépêche de Ferrais, et le prince d'Orange est toujours à Kerpen avec ses forces. — D'après tous les avis que reçoit le duc, le prince n'a que sept mille reitres au plus et treize à quatorze mille hommes de pied, dont neuf à dix mille sont allemands et les autres français, wallons et lorrains. L'armée du duc compte maintenant dix-sept à dix-huit mille hommes de pied, cinq mille deux cents ou cinq mille trois cents lances et deux mille reitres, et tous bien armés. — " H y » » deux jours qu'il envoya vi pièces d'artillerie, avec iii"" hommes de pied » et vni<^ chevaulx, devant une petite ville appelée Wyert ", qu'est à quatre » lieues d'icy, laquelle estoit au feu conte d'Hornes, pour ce que les habi- » tans d'icelle ne vouloient recevoir la garnison d'EspagnoIz qu'il y en- » voyoit : mais , s'estans saulvez les principaulx de ladicte ville, les autres » habitans luy sont venus demander pardon, et ont receu la garnison qu'il » luy a pieu de leur bailler »

Lll. — Au roi. du camp près de Maestrichl, 29 septembre 1508. Depuis sa dernière dépèche, le prince d'Orange a toujours marché en avant: il est arrivé assez près de Liège, et son armée n'est plus séparée de celle du duc d'Albe que de deux lieues. — Des prisonniers qu'on lui a faits assurent que son plus grand désir est de livrer bataille au duc.

LIV. — A la reine, du camp près de Maestricht. 5 octobre 1568. Le duc d'Albe, ses deux fils et plusieurs seigneurs des Pays-Bas lui ont témoigné leur joie des édits que le roi vient de faire publier et d'après lesquels

' Nicolas de Hamcs.

' Wcert.

il ne pourra y avoir dorénavant en France d'exercice d'aulre religion que de la catholique.

LV. — A la reine, du camp de Houssoie(?), H octobre 1568. Instances du duc d'Albe pour que le roi le secoure proniptemcnt de deux mille bons chevaux et deux ou trois mille arquebusiers à pied.

LMII. — Au roi, du camp de Benequem(?), 24 octobre 1568. Récit détaillé des mouvements des deux armées du prince d'Orange et du duc d'.Albe. — A propos de l'affaire qui eut lieu le 20 au village de Linsmeau, il dit:

Les Espaignolz et Vallons de rarmée du duc exploitarcnt si bien que, en moingz d'une pelilc heure, Je puys asseuicr V. 31., Sire, ilz ihuarent, des Allemands, Vallons et François du prince d'Orange, de douze à quinze cens, et la reste se saulva comme il peult; et n'est possible de véoir plus furieusement combattre que les ungz et les aultres faisoient, car ilz se liroient les arquebuzades les ungz aux autres de dix à douze pas, et de plus près encores. Et estoit chef de tous lesdiets soldalz questoient demeurez audict villaige, pour ledict prince d'Orange , le eappitaine de sa garde, nommé le S'' de Louvcrval ' , qui est d'auprès de iNamur, ayant huict ou dix mille livres de rente, et a esté prins prisonnier; et, à ce que l'on m'a dict, il estoyt ung des plus favoris que ledict prince eust en son armée, et est estimé fort vaillant eappitaine. Aussi le conte d'Austratte '^, qui voulsist venir véoir la feste, y receust ung coup d'arquebuse au pied, et est, ce dict-on, en grand dangier de sa vye. Et tout cela vous puis-je bien asseurer,

Sire, esire très-véritable, pour l'avoir moy-mesmes veu Le duc d'Alve vouloit bien

faire courir le bruict qu'il en y avoit de mortz plus de m"" des ennemys : mais, comme je luy dis, je feis compter une bonne partie desdicts morts par de mes gens demy-quart d'heure après ledict exploict; et s'il en y a xiii ou xini" de mortz, est beaucoup ; mais de blécez, nous voyons bien clairement qu'iiz estoient bien empeschez d'en emporter.... De ceulx de ceste armée ledict sieiu' duc m'a voulu dire qu'iiz n'eu estoient pas mortz xvm ou XX : mais certainement il en y a demeuré cinquante ou soixante sur la place

Plus loin Ferrais s'exprime ainsi sur les projets du prince d'Orange :

Ledict prince d'Orenge monstre bien maintenant, à tout le moingz à ce que l'on en peut congnoisire et comprendre, que son desseing n'est d'exploictcr ses forces aillieurs que en ces Bas-Pays, et tient-l'on pour tout asseuré, comme mesmes j'ay eu adverlisse-

' Pliilippe de Jlai'bais, seigneur de Louverval. ^ .Xiitoiiie de Lalaing, comte de Hooghstractcn.

PHILII>I>E II. iG7

meut de quelque bon lieu , que son inicnlion est tic s'en aller vers Bruxelles, il'où il n'csl que à six petites lieues, et de là gaigner la basse Flandres, pour csirc prés de quelque ville maritime; et s'il y est une fois, il ne sera à la puyssance de dix foys plus grandz forées qu'il n'a de l'en tirer.

Ferrais estime que. si le duc eût voulu, il s'est présenté deu\ ou trois occasions, outre celle du 9, oij il aurait pu battre le prince: mais il a préféré le réduire par la famine. — Il a communiqué au duc la résolution du roi de lui envoyer le maréchal de Cossé avec mille chevaux et deux mille hommes do pied : le duc 1 en a grandement remercié.

LIX. — Au roi. du camp de Lamine, G novembre 1568. Le 5 le prince dOrange vint devant Liège et fit braquer contre la ville les huit pièces d'artillerie qu'il a : mais « se sont si bien portez ceulx de la ville que ledict » prince n'y a receu qu'une honte et perte de cent ou n*^ hommes des siens, )) tant de cheval que de pied. — Ouverture faite par le duc d Albe à Ferrais touchant le moyen de débaucher quatre mille des reilres qui sont avec le prince.

LXIII. — Instruction donnée par le roi au sieur de la Mante, chevalier de son ordre, envoyé au duc d'Albe, i4 novembre 1368. Le S'' de la Mante était principalement chargé d'expliquer au duc d'Albe la position du duc d'Aumale et du maréchal de Cossé, et de l'engager à combattre le prince d'Orange avant que celui-ci entrât en France. On disait que Genlis et les autres Français de son armée le sollicitaient journellement de venir en ce royaume au secours de ceux qui avaient pris les armes contre le roi.

L.W. — Au roi. Cateau-Cambrésis. 20 novembre l.')68. Le S"" de la Mante, qui est arrivé le 17. sera le porteur de cette lettre. — C'est le 18 qu'ils ont eu audience du duc: le S"^ de la Mante rendra compte au roi de ce qu il a négocié. — Le duc a été très-navré de ne pas trouver à la frontière les mille chevaux et les deux mille arquebusiers que le roi lui avait promis.- il s'était flatté de rompre et mettre en pièces avec ce secours l'armée du prince d'Orange.

LX^'I. — Au roi. Cateau-Cambrésis. 23 novembre 1368. Le duc d'.AIbe tient le lit depuis le départ de M. de la Mante, à cause d'un accès de goutte — Mécontentement qu'il a témoigné à Ferrais de la conduite du maréchal de Cossé.

LXVIl. — A la reine, même date. Il confirme, dans cette lettre, le niécontentement du duc d'Albe contre le maréchal de Cossé. — Il parle aussi de l'intention du duc de demander deux ou trois villes des frontières pour sa retraite, sil marche en France au secours du roi.

LXVIII. — Au roi, Cateau-Cambrésis, 28 novembre io68. Le roi lui avait ordonne de faire savoir au duc d'Albe sa résolution d'assembler une armée en Picardie, qu'il commanderait en personne, « pour venir au- ,) devant et couper chemin à celle du prince d'Orange; » qu'il avait mandé en toute diligence au duc d'Aumale d'aller joindre ses forces à celles du maréchal de Cossé étant à la frontière, pour ensuite se réunir à ladite armée; qu'il espérait donc que le duc, suivant ses offres plusieurs fois faites, marcherait à son secours. Ferrais s'est acquitté de cette commission. Le duc a témoigné sa satisfaction de la résolution prise par le roi, et répondu qu'il fera tout son possible, mais qu'il lui sera bien difficile de s'éloigner des Pays-Bas. — D'après les nouvelles reçues par Ferrais de l'armée du prince d'Orange, elle se dispose à reprendre le chemin de TAllemagne.

Page 1