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III. SALLE DES ARTS LIBÉRAUX

Une frise en marbre blanc fait le tour de la chambre au dessous de la voûte. On y voit sculptés des bucrànes enguirlandés, les armoiries du pape et des têtes de lions dans lesquelles sont Axés les crochets qui servaient à suspendre les tentures Jes parois.

(1) On conserve au château S. Ange les deux vastes coffres, bardés de fer, dans lesquels Jules II et Sixte V, au XVI e siècle, déposèrent, pour plus de sûreté, les trésors de l’Etat Pontifical.

La voûte est à fond bleu, avec stucs dorés figurant des armoiries, des candélabres et des vaches affrontées.

Dans les embrasures de la fenêtre sont disposés, à droite et à gauche, des bancs de marbre.

Les lunettes, de forme ogivale, représentent chacune un des sept arts libéraux, suivant la tradition des écoles qui subdivisaient la science en trivium et quadrivium. Les fonds sont égayés de gracieuses perspectives.

La Rhétorique, rhetorica, est assise sur un trône dont le dossier s’amortit en coquille. Par derrière, deux petits anges nus, debout sur des nuages, étendent une draperie. Deux enfants, également nus, l’escortent sur les marches [du trône. Elle est entourée des deux côtés des plus célèbres orateurs de l’antiquité. De la main droite elle brandit un glaive, car c’est à l’éloquence qu’il appartient de pénétrer et de trancher ; de la gauche, elle tient le globe du monde suspendu sous le charme de sa parole.

Ce tableau est signé, sur une des marches, en minuscule cursive, du nom du peintre Pentorichio.

La Géométrie siège sur un trône à haut dossier arrondi et candélabres au sommet des montants. Elle est entourée de mathématiciens et de géomètres, dont un trace un cercle avec un compas. Les autres tiennent des livres ou des instruments de précision. Les attributs qui la font reconnaître sont une tablette qu’elle appuie sur son genou et un instrument chiffre en forme d’éventail qu’elle tient de la main droite.

L’ Arithmétique, aridmetica, a son siège surmonté d’un dais carré. Parmi ses auditeurs, il en est qui tiennent l’équerre et le quart de cercle. Elle a dans les maius un compas et la table de Pvlhagore.

La Musique a les pieds nus et joue du violon. Deux anges nus, debout sur de petits nuages flottants, étendant une draperie derrière son trône, dont le tympan est creusé en coquille et où pendent des festons. Deux enfants soufflent, à ses pieds, dans des cornets. Son entourage pince de la harpe ou de la guitare pour accompagner le chant, indiqué par des tablettes. Un forgeron frappe en cadence sur une enclume avec deux marteaux, pour rappeler cette harmonie qui charmait tant les oreilles de Pythagore.

L’Astronomie montre aux astronomes qui lui, font cortège le globe céleste, objet de ses observations patientes. Alin de préciser encore mieux qu’elle étudie le cours des astres, le peintre a placé entre les mains de petits enfants, le soleil, la lune, une étoile et une comète.

La Grammaire, grammatica, lève les yeux au ciel comme pour y chercher une inspiration. Elle tient un livre qui renferme ses préceptes. Les grammairiens qui l’assistent, à droite et à gauche, ont aussi un livre et une plume pour écrire leurs commentaires.

La Dialectique, dialectica, est subtile et insinuante comme le serpent qu’elle étreint dans sa main. Les philosophes dont elle est entourée se distinguent par des livres.

L’arc-doubleau, qui divise la ehambre en deux, est destiné à glorifier la vertu de Justice dans une série de cinq médaillons.

Au sommet de l’arc trône la Justice, assise sur une chaire, cathedra, parce qu’elle est la reine des Vertus cardinales, la balance à la main pour peser à leur juste valeur les actions des hommes, et l’épée droite pour les punir, s’ils sont coupables.

Elle ne se manifeste pas ainsi seulement en personne, mais encore dans ses œuvres les plus éclatantes. Abraham voit trois anges, il n’en adore qu’un seul, qui est la personnification de Dieu. 11 discerne, sous les apparences de l’humanité, la divinité qui y est cachée.

En face d’un juge assis à son tribunal, qu’encombrent des ballots de marchandise, des commerçants se donnent une foi mutuelle d’observer leurs engagements réciproques et se serrent la main, en signe de consentement de part et d’autre aux paroles échangées.

Des colliers d’or, des croix, des couronnes, des palmes sont la récompense de la vertu, du sacrifice, du renoncement à soimême, au ciel et même sur la terre.

Enfin, Trajan, le type de la justice humaine et souveraine, écoute attentivement les plaintes de la pauvre veuve qui le supplie.

J’insiste sur ce dernier fait, parce qu’à Rome et dans toute

l’Italie, à Venise surtout (1), le témoignage de S. Grégoire-le- Grand qui le raconte lui a donné une certaine notoriété et autorité. Voici en quels termes je le trouve dans la Légende dorée :

« Il fut un temps où l’empereur Trajan se hâtait fort d’aller à une bataille; une femme veuve vint en pleurant à sa rencontre et lui dit : Mon seigneur, je vous prie qu’il vous plaise de venger le sang innocent de mon fils unique qui est tué. Trajan lui répondit que s’il revenait sain et sauf de la bataille, il le vengerait. La veuve dit : Et qui le vengera si vous restez sur le champ de bataille? Trajan lui dit : Celui qui sera empereur après moi. Et la veuve répliqua : Quel profit en aurezvous, si un autre me fait justice? Trajan dit : Certes il ne m’en reviendra rien. La veuve lui dit : N’auriez- vous pas plus de mérite à me .faire justice que de la laisser faire à un autre ? Alors Trajan, ému de pitié, descendit de cheval et vengea le sang innocent. On dit que comme le fils de Trajan chevauchait trop vivement en parcourant la ville de Rome, il tua le fils d’une veuve, et que, quand cette femme s’en plaignit à Trajan, celui-ci lui livra son fils, auteur du crime, en remplacement de celui qui était mort, et le dota richement* » (2)

Dante suppose que la légende de Trajan est sculptée sur une corniche de marbre dans le Purgatoire ( Purgat. ch. x ).

Au chant xx du Paradis , Dante suppose un aigle, symbole de la Justice. Le sourcil est formé par Trajan, Ezéchias, Constantin, etc. (3)

Jean Diacre raconte que S. Grégoire pria Dieu dans la basilique de S. Piere, et obtint, à cause de sa justice, que l’âme de Trajan fût sauvée. S. Thomas d’Aquin, qui ne révoque pas ce fait en doute, en donne une explication théologique.

(1) Annales Archéologiques , t. xvit, p. 207-209.

(2) Ugende dorée , trad. de G. Brunet, t. n, p. 42.

(3) Ciaconïo. Historia utriusque belli dacici a Trajano Cœs . gesti ex Columna Romœ , etc . accès, historia animxe Trajani precibus divi Gregorii Pont, a tartareis cruciatibus ereptœ , in- fol. Romæ, 1576, rare.

• Legitur penes easdem Anglorùm ecclesias, quod Gregorîus per Forum Trajani, quod ipse quondam puîcherrimis ædificiis venustarat, procedens, judicii ejus, quo viduam consolatus fuerat, recordatus atque memoratus sit. Quodam tempore Trajano ad imminentis belli procinctum vehementissime festinanti, vidua quædam (processit, flebiliter dicens : « Filius meus innocens, te régnante, peremptus est. Obsecro ut quia eum mihi reddere non vales, sanguînem ejus digneris legaliter vindicare. » Cumque Trajanus, si sanus reverteretur a prælio, hune se vindicaturum peromnia responderet, vidua dixit : « Si tu in prælio mortuus fueris, quis mihi præstabil? Trajanus respondit : « Il le qui post me împerabit. * Vidua dixit : « Et quid tibi proderit, si aller mihi justitiam fecerit? Trajanus respondit : « Utique nihil. * Et vidua : « Nonne, inquit, melius est tibi ut tu mihi. justitiam facias et pro hoc mercedem tuam accipias, quam alteri hanc transmutas? • Tune Trajanus, ratione pariter pietateque commotus, equo descendit, nec ante discessit quam judicium viduæ per semet îmminens profligaret.

» Hujus ergo mansuetudinem judieis asserunt Gregorium recordalum, ad S. Pétri apostoli basilicam pervenisse ibique tam diu super errore tam clementissimi principis deflevisse, quousque responsum sequenti nocte cepisset, se pro Trajano fuisse auditum, tantum pro nullo ulterius paganp preces elïunderet. » (Joànn. Diacon. apud Bolland., t. n Mart., p. 455.)

Ce fut dans cette chambre que mourut Alexandre VI, le 43 août 1503, à la suite d'une fièvre tierce et après avoir reçu successivement les sacrements de pénitence, d’eucharistie et d’extrême onction.

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