VII. Les Sibylles , à Tivoli
L’église S. Jean l’Evangéliste, à Tivoli, n’a de remarquable que les fresques qui historient son chœur de petite dimension.
Sur les parois, en effet, ont été peintes à fresque les scènes de la Nativité de la Vierge et son Assomption, puis, à la voûte, le Christ assis entre les quatre évangélistes et enseignant le monde. Autour de lui se groupent aussi les quatre docteurs de l’église latine.
L’arc triomphal qui précède le sanctuaire est réservé exclusivement aux sibylles, figurées dans des médaillons circulaires. Elles annoncent au monde ce que les évangélistes et les docteurs manifesteront clairement de la venue du Sauveur et des privilèges de sa Mère.
Le fond de ces médaillons est bleu, pour faire penser à quelque chose de céleste, à une inspiration qui ne vient pas de la terre.
Ces sibylles sont attribuées à Cecchino Satviati. Quoi qu’il en soit, l’artiste les a traitées dans cette manière gracieuse qui est propre à Pinturicchio et à son école.
En regardant de près, j’ai découvert, près de la tête de la sibylle Agrippa, un millésime et un monogramme gravés à la pointe, qui indiquent très probablement la date de l’achèvement du travail et le nom de l’artiste. La date est le 25 mars de l’an 1509 et les initiales sont deux N avec la lettre D barrée par une abréviation au milieu. Voici la disposition épigraphique de cette curieuse signature, tracée, comme les prophéties des sibylles, en majuscules romaines :
MARTfS DIE 25
La sibylle Agrippa est la première nommée sibilla agrippa. C’est une femme jeune, dont la figure est pleine de douceur. Elle porte une robe rouge et un voile blanc sur la tête. Elle montre du doigt sur son cartel le commencement de sa prophétie qu’elle tient de la main gauche : invisibile. Elle annonce, en effet, que le Verbe, qui était invisible dans les profondeurs inaccessibles de son éternité, pourra être touché, palpé.
Au dessous, sa prophétie se lit en entier :
SIC AIT
VERBVM . PALPABITVR . GF.RMINAB1T VT . RADIX . SICCABITVR . FOLIVM . VT SION . APPAREBIT . VENVSTAS.
La sibylle de Tivoli (i) figure au second rang, sibilla tibvrtina. Elle est modeste et a de beaux cheveux blonds qui descendent sur ses épaules. Sa banderole annonce la naissance du Christ nascetvr . xps. Mais dans le texte plus développé de sa prophétie, elle prédit qu’il naîtra à Bethléem d’une Vierge de Nazareth.
BETÜLET1CIS PARIET SVB FINIBVS INCL1TA VI RG O
QVÆ TAMEN EX ORIS ADVENA NAZAREIS
La troisième est la sibylle Cumane, sibilla . cvmana. Elle a un air de confiance : ses cheveux blonds sont flottants et
(i) • Ostenms fuit Octaviano imperatori per Sibyllam (lies quo natus est Rex regum et Dominus dominantium , ... De Sibylla Tiburtina narratur ab historiographes , quod cum ostendisset Oetavinno imperatori , quem Romani volebant Deum vocare , circa solem circulum et in meâio cjus virginem pnlcherrimam puerum gestantem in gremio et dixisset , ilium puerum majorent eo, srilicet Christ im , adoravit et prohibuit se Deum vocari. » S. Antomn.
dans chaque main elle tient un livre fermé. Malheureusement des cinq lignes de sa prophétie, il ne reste que ce peu de mots :
sic . AIT
ANGIVS AMI T
La quatrième sibylle a perdu son nom, sib mais
j’en ferais volontiers la sibylle de Samos. Ses cheveux, comme ceux de ses compagnes, sont dénoués et libres. Son air de pudeur plaît, car sa robe échancrée largement laisse voir son sein presque à découvert, mais elle s’empresse de le cacher de la main. Elle entrevoit la naissance dans une étable, où les premiers adorateurs seront deux animaux.
SIC AIT
ECCE . VENIET . D1ES . ET NASCE tllV DE . PAVPERCVLA . ET . BEST1E . TE rrARVM . ADORABVNT . EVM . ET . CE aMABVNT . ET . DICENT . LAVDA le EVM . IN . ATRIIS . CELORVM .
La sibylle Erythrée est la cinquième, sib. ebïtrea. Elle lève les yeux au ciel, comme si elle en voyait descendre celui qui s’est incarné dans les entrailles d’une Vierge juive et a été allaité par elle.
ECCE DEO GENÎTVS CELSO DEMISSVS OLIMPO IIEBRÆÆ PÀSTVS VIR GINIS VBERIBVS
La sibylle de C urnes porte également des cheveux dénoues. Son regard est modeste et ses yeux baissés vers la terre regardent le roi du ciel que les rois de la terre devront adorer :
SIB. CVMÆA
REX NOVVS IN TERRIS REGES CVI DP N A FERESTES SVMMITTENT SF.SF. PRO X1MA SECLA DABBim^
La sibylle de Perse est la septième, sibilla perzica. Sa tète est voilée, elle fait un geste d’étonnement en annonçant la défaite du démon et la naissance du Sauveur des hommes.
sic dicit :