ET EAN PERRET RE PER
qu’une seule âme, celle de ma Pauline chérie. Mon cœur trouva dans le sien un écho fidèle, et sans elle je ne serais certainement pas arrivée au rivage béni qui l'avait reçue depuis cinq ans.
Oui, depuis cinq ans, j'étais éloignée de vous, ma Mère bien-aimée; je croyais vous avoir perdue; mais au moment de l'épreuve, c’est votre main qui m'indiqua la route à suivre. J'avais besoin de cette consolation, car mes visites au parloir m'étaient devenues de plus en plus pénibles; je ne pouvais parler de mon désir d'entrer au Carmel sans me sentir repoussée. Marie, trouvant que j'étais trop jeune, faisait tout son possible pour entraver mes projets. Dès le début, je ne rencontrai qu’obstacles. D'un autre côté, je n'osais rien dire à Céline, et ce silence me faisait beaucoup souffrir ; il m'était si difficile de lui cacher quelque chosel Bientôt cependant, cette sœur chérie apprit ma détermination, et, loin d’essayer de m'en détourner, elle accepta le sacrifice avec un courage admirable. Puisqu'’elle voulait être religieuse, elle aurait dû partir la première; mais, comme autrefois les martyrs donnaient joyeusement le baiser d'adieu à leurs frères, choisis les premiers, pour combattre dans l’arène : ainsi me laissa-t-elle m'éloigner, prenant la même part à mes épreuves que s’il se fût agi de sa propre vocation.
Du côté de Céline je n'avais donc rien à craindre; mais je ne savais quel moyen prendre pour annoncer mes projets à papa. Comment lui parler de quitter sa reine, lorsqu'il venait de sacrifier ses deux aînées? De plus, cette année-là, nous l’avions vu malade d’une attaque de paralysie assez sérieuse dont il se remit promptement, il est vrai, mais qui ne laissait pas de nous donner pour l'avenir bien des inquiétudes.
Ah ! que de luttes intimes n’ai-je pas souffertes avant de parler! Cependant il fallait me décider : j'allais avoir quatorze