‹ La bienheureuse Thérese de l'Enfant-Jésus (volume 2)Chapitre 3 sur 115 · A LA SAINTE ET IMMORTELLE MÉMOIRE DE LOUIS-JOSEPH · texte numérisé non relu

A LA SAINTE ET IMMORTELLE MÉMOIRE DE LOUIS-JOSEPH

XII Préface.

STANISLAS MARTIN ET DE ZÉLIE GUÉRIN, BIENHEUREUX PARENTS DE S' THÉRÈSE DE L'ENFANT-JÉSUS, POUR SERVIR D'EXEMPLE A TOUS LES PARENTS CHRÉTIENS.

Ils ne soupconnaient pas cet apostolat futur, mais le préparaient cependant, à leur insu, par une vie toujours plus parfaite.

L'épreuve les visita bien des fois, mais une résignation pleine d'amour était leur seule réponse au Dieu, toujours Père, qui n’abandonne jamais ses enfants.

Chaque aurore les voyait au pied des saints autels. Ils s’agenouillaient ensemble à la Table eucharistique, observaient rigoureusement les abstinences et jeûnes de l'Eglise, gardaient avec une fidélité absolue le repos du dimanche et faisaient, des lectures saintes, leurs délassements préférés. Ils priaient en commun, à la façon touchante du vénérable aïeul, le capitaine Martin, qu’on ne pouvait, sans émotion, entendre réciter le Pater.

Les grandes vertus chrétiennes brillaient à ce foyer. L’aisance n’y introduisait pas le luxe, il y régnait une simplicité toute patriarcale.

« Dans quelle illusion vivent la plupart des hommes ! répétait souvent Madame Martin. Possèdent-ils des richesses ? ils veulent aussitôt des honneurs ; et, quand ils les obtiennent, ils sont encore malheureux, car

jamais le cœur qui cherche autre chose que Dieu n’est salisfait. »

Préface. XIII

Toutes ses ambitions maternelles étaient orientées vers les Cieux : « Quatre de mes enfants sont déjà bien placés, écrivait-elle, ef les autres, out, les autres iront aussi dans ce royaume céleste, chargés de plus de mérites, puisqu'ils auront plus longtemps combattu. » Consolant sa belle-sœur, Madame Guérin, qui pleurait un fils mort à sa naissance, elle dévoile ainsi les pensées qui fortifiaient son cœur en des deuils semblables :

« Quand je fermais les yeux de mes chers petits enfants, je ressentais une grande douleur, sans doute, mais une douleur résignée. Je ne regrettais pas ce que j'avais souffert pour eux. J'entendais dire : « Il vaudrait

bien mieux ne les avoir jamais eus! » Je ne pouvais souffrir ce langage, ne trouvant pas que les peines et les soucis méritassent d'être mis en balance avec le bonheur éternel de mes enfants. Puis, ils ne sont pas perdus pour toujours. La vie est courte et remplie de misères, je les retrouvera là-haut. »

La charité, sous toutes ses formes, devenait l’écoulement de cette pureté de vie et de ces sentiments généreux. Les deux époux prélevaient chaque année, sur le fruit de leurs travaux, une forte somme pour l'Œuvre de la Propagation de la foi. Ils soulageaient les pauvres dans leur détresse et les servaient de leurs propres mains. On a vu le père de famille, à l'exemple du bon Samaritain, relever, sans honte, un ouvrier gisant ivre-mort dans une rue fréquentée,

XIV | Préface.

prendre sa boîte d’outils, lui offrir l'appui de son bras et, tout en lui faisant une douce remontrance, le reconduire à sa demeure.

Il en imposait aux blasphémateurs qui, sur une simple observation, se taisaient en sa présence.

Jamais les petitesses du respect humain ne diminuèrent les grandeurs de son âme. Quel que fût son entourage, il saluait toujours le Saint Sacrement en passant devant une église. Il saluait de même, par respect pour le caractère sacerdotal, tout prêtre qu'il rencontrait sur son chemin. |

Citons enfin un dernier exemple de la.bonté de sOn)cœur !: |

Ayant rencontré dans une gare un malheureux épileptique mourant de faim, sans argent pour regagner son pays, M. Martin, ému de compassion, prit son chapeau, y déposa une première aumône, et s’en alla quêter auprès des voyageurs. Les pièces pleuvaient dans la bourse improvisée, et le malade, touché de tant de bonté, pleurait de reconnaissance.

En récompense de si rares vertus, toutes les bénédictions de Dieu s’attachaient aux pas de son fidèle serviteur. Dès l’année 1871, il put quitter sa maison de bijouterie et se retirer dans sa nouvelle habitation, rue Saint-Blaise. La fabrication de dentelles, dites « Point d'Alençon », commencée par Madame Martin, fut alors uniquement continuée.

C'est dans cette maison de la rue Saint-Blaise que

Préface. XV

devait éclore notre ‘céleste fleur ; nous l’appelons ainsi, parce qu'’elle-même intitula le Manuscrit ‘de sa Vie : HIiSTOiRE PRINTANIÈRE D'UNE PETITE FLEUR BLANCHE. Elle ne devait pas, en effet, connaître d'automne, encore moins d'hiver avec ses nuits glacées..… Mais elle apparaissait comme une messagère de paix et un gage d'espoir pour la France, après la guerre de 1870.

Un fait mystérieux qui précéda sa naissance semble révéler la rage du démon contre l'enfant prédestinée.

Un soir où Madame Martin, restée seule à veiller, lisait la Vie des Saints, elle sentit tout à coup s’abattre sur son épaule « comme une griffe de bête féroce ». Après une première impression de terreur, son âme, humble et confiante en Dieu recouvra sa sérénité, mais sans comprendre alors ce que pouvait bien signifier cette attaque de l’esprit de ténèbres.

C’est le 2 janvier 1873, à 11 heures et demie du soir, que la « petite Thérèse » fit son entrée en ce monde. Cette date tombait pendant les vacances, et les sœurs aînées, pensionnaires à la Visitation du Mans, se trouvaient à la maison paternelle. Quel ne fut pas leur bonheur lorsque, dans la nuit, M. Martin montant d’un pas léger jusqu’à leur chambre, s’écria d’un ton joyeux : « Enfants, vous avez une petite sœur! » On reçut cette dernière enfant comme un présent du Ciel. C'était le bouquet, disait plus tard son bien-aimé père. Il l’appelait souvent sa pefile

X VI Préface.

reine, ajoutant parfois ces titres pompeux : de France et de Navarre.

Les Anges de Noël chantèrent aussi sur le berceau de Thérèse ; ils empruntèrent pour cet office la voix d’un enfant pauvre qui vint, ce jour-là même, sonner timidement à la porte de l’heureuse demeure, remettant un papier sur lequel étaient écrits ces vers :

Souris et grandis vite,

Au bonheur, tout t'invite, Tendres soins, tendre amour.

Oui, souris à l’aurore,

Bouton qui viens d’éclore,

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