Poésies. — Première partie
Jésus, mon Bien-Aimé, rappelle-toi !.….
Air : Rappelle-toi.
« Ma fille, cherche celles de mes paroles qui respirent le plus d'amour ; écris-les, et puis, les gardant précieusement comme des reliques, aie soin de les relire souvent.
Quand un ami veut réveiller au cœur de son ami la vivacité première de son affection, il lui dit : Souviens-toi de ce que tu éprouvais quand tu me dis un jour telle parole; ou bien : Te souviens-tu de tes sentiments à telle époque, un tel jour, en un tel lieu ?
Crois-le donc, les plus précieuses reliques qui demeurent de moi sur la terre sont les paroles de mon amour, les paroles sorties de mon très doux Cœur. »
NOTRE-SEIGNEUR à sainte Gertrude.
Oh ! souviens-toi de la gloire du Père, Rappelle-toi les divines splendeurs Que tu quittas, t’exilant sur la terre, Pour racheter tous les pauvres pécheurs.
O Jésus ! t’'abaissant vers la Vierge Marie, Tu voilas ta grandeur et ta gloire infinie.
De ce sein maternel Qui fut ton second ciel, Oh ! souviens-toi !
Rappelle-toi qu’au jour de ta naïssance, Quittant le ciel, les Anges ont chanté :
« A notre Dieu : gloire, honneur et puissance Et paix aux cœurs de bonne volonté! »
Depuis dix-neuf cents ans, tu remplis ta promesse. ‘Seigneur, de tes enfants, la paix est la richesse : Pour goûter à jamais Ton ineffable paix, Je viens àtoil
Jésus, mon Bien-Aimé, rappelle-toi ! 387
Je viens à toi, cache-moi dans tes langes, En ton berceau je veux rester toujours | Là, je pourrai, chantant avec les anges, Te rappeler les fêtes de ces jours :
O Jésus ! souviens-toi des bergers et des mages Qui v'offrirent, joyeux, leurs cœurs et leurs hommages ; Du cortège innocent Qui te donna son sang, Oh ! souviens-toi |
Rappelle-toi que, les bras de Marie, Tu préféras à ton trône royal; Petit enfant, pour soutenir ta vie, Tu n avais rien que le lait virginal!
A ce festin d’amour que te donne ta Mère, Oh ! daigne m'inviter, Jésus, mon petit frère, De ta petite sœur Qui fit battre ton Cœur, Oh ! souviens-toi |
Rappelle-toi que tu nommas ton père L’humble Joseph, qui, par l’ordre du Ciel, Sans t’éveiller sur le sein de ta Mère,
Sut t’arracher aux fureurs d’un mortel.
Verbe-Dieu, souviens-toi de ce mystère étrange : Tu gardas le silence et fis parler un ange!
De ton lointain exil Sur les rives du Nil, Oh ! souviens-toi !
Rappelle-toi que, sur d’autres rivages, Les astres d’or et la lune d’argent, Que je contemple en l’azur sans nuages, Ont réjoui, charmé tes yeux d’enfant.
De ta petite main qui caressait Marie, Tu soutenais le monde et lui donnais la vie.
Et tu pensais à moi!
Jésus, mon petit Roi, Rappelle-toi !
388 Poésies. — Première partie.
Rappelle-toi que, dans la solitude, Tu travaillais de tes divines mains; - Vivre oublié fut ta plus chère étude, Tu rejetas le savoir des humains!
O toi qui d’un seul mot pouvais charmer le monde, Tu te plus à cacher ta sagesse profonde.
Tu parus ignorant | O Seigneur tout-puissant, Rappelle-toi !
Rappelle-toi qu’étranger sur la terre, Tu fus errant, toi, le Verbe éternel!
. Tu n’avais rien, non pas même une pierre, Pas un abri, comme l’oiseau du ciel.
O Jésus ! viens en moi, viens reposer ta tête, Viens !.. à te recevoir mon âme est toute prête. ; Mon bien-aimé Sauveur, Repose dans mon cœur, Il est à toi!
Rappelle-toi les divines tendresses Dont tu comblas les tout petits enfants ; Je veux aussi recevoir tes caresses.
Ah ! donne-moi tes baisers ravissants ! Pour jouir dans les cieux de.ta douce présence, Je saurai pratiquer les vertus de l’enfance : Tu nous l'as dit souvent :
« Le Ciel est pour l'enfant... »
Rappelle-toi !
Rappelle-toi qu’au bord de la fontaine Un Voyageur, fatigué du chemin, Fit déborder sur la Samaritaine Les flots d’amour que renfermait son sein.
Ah ! je connais Celui qui demandait à boire : [l'est le « Don de Dieu », la source de la gloire! C’est toi l’eau qui jaillit, Jésus ! tu nous as dit :
&« Venez à moi!
Jésus, mon Bien-Aimé, rappelle-toi 389:
« Venez à moi, pauvres âmes chargées ; « Vos lourds fardeaux bientôt s’allégeront, « Et, pour toujours, dans mon Cœur submergées, « De votre sein des sources jailliront. »
J'ai soif, Ô mon Jésus ! cette eau, je la réclame. De ses torrents divins daigne inonder mon âme; Pour fixer mon séjour En l’océan d'amour, Je viens à toi!
Rappelle-toi qu’enfant de la lumière, Souvent, hélas ! je néglige mon Roi; Oh! prends pitié de ma grande misère, Dans ton amour, Jésus, pardonne-moi !
Aux affaires du ciel daigne me rendre habile, Montre-moi les secrets cachés dans l’Evangile. Ah ! que ce livre d’or Est mon plus cher trésor, Rappelle-toi !
Rappelle-toi que ta divine Mère À sur ton Cœur un pouvoir merveilleux ; Rappelle-toi qu’un jour, à sa prière, Tu changeas l’onde en vin délicieux.
Daigne aussi transformer mes œuvres indigentes… À la voix de Marie, Ô Dieu ! rends-les ferventes : Que je suis son enfant, Mon Jésus, bien souvent, Rappelle-toi !
Rappelle-toi que souvent les collines
Tu gravissais au coucher du soleil ;
Rappelle-toi tes oraisons divines,
Tes chants d’amour à l’heure du sommeil!
Ta prière, à mon Dieu, je l'offre avec délice Pendant mes oraisons, pendant le saint office :
Là, tout près de ton Cœur, Je chante avec bonheur, Rappelle-toi !
390 Poésies. — Première partie.
Rappelle-toi que, voyant la campagne, Ton divin Cœur devançait les moissons ; Levant les yeux vers la sainte Montagne, De tes élus tu murmurais les noms.
Afin que ta moisson soit bientôt recueillie, Chaque jour, mon Dieu, je m'immole et je prie. Que ma joie et mes pleurs :
Sont pour tes moissonneurs, Rappelle-toi !
Rappelle-toi cette fête des Anges, Cette harmonie au royaume des cieux, Et le bonheur des sublimes phalanges, Lorsqu'un pécheur vers toi lève les yeux ! Ah ! je veux augmenter cette grande allégresse… Jésus, pour les pécheurs je veux prier sans cesse; Que je vins au Carmel Pour peupler ton beau ciel, Rappelle-toi !
LA
Rappelle-toi cette très douce flamme Que tu voulais allumer dans les cœurs :
Ce feu du ciel, tu l’as mis en mon âme, Je veux aussi répandre ses ardeurs.
Une faible étincelle, mystère de vie, Suffit pour allumer un immense incendie.
Que je veux, Ô mon Dieu,
Porter au loin ton feu, Rappelle-toi !
Rappelle-toi cette fête splendide Que tu donnas à ton fils repertant ; Rappelle-toi que pour l’âme candide, Tu la nourris toi-même, à chaque instant!
Jésus, avec amour tu reçois le prodigue...
Mais les flots de ton Cœur, pour moi, n’ont pas de digue. Que tes biens sont à moi, Mon Bien-Aimé, mon Roi, Rappelle-toi !
Jésus, mon Bien-Aimé, rappelle-toi!
Rappelle-toi que, méprisant la gloire,
En prodiguant tes miracles divins
Tu t'écriais : « Comment pouvez-vous croire « Vous qui cherchez l'estime des humains ?
« Les œuvres que je fais vous semblent surprenantes :
« Mes amis en feront de bien plus éclatantes. » Que tu fus humble et doux, Jésus, mon tendre Epoux, Rappelle-toi !
Rappelle-toi qu’en une sainte ivresse L’Apôtre-vierge approcha de ton Cœur!
En son repos il connut ta tendresse ; Et tes secrets il les comprit, Seigneur !
De ton disciple aimé je ne suis pas jalouse ; Je connais tes secrets, car je suis ton épouse... O mon divin Sauveur, Je m’endors sur ton Cœur.
Il est à moi!
Rappelle-toi qu’au soir de l’agonie, Avec ton sang se mêlèrent tes pleurs ; Perles d’amour ! leur valeur infinie A fait germer de virginales fleurs.
Un Ange, te montrant cette moisson choisie, Fit renaître la joie en ton âme bénie ; Jésus, que tu me vis Au milieu de tes lis, Rappelle-toi !
Ton sang, tes pleurs, cette source féconde Virginisant les calices des fleurs, Les a rendus capables, dès ce monde, De t’enfanter un grand nombre de cœurs.
Je suis vierge, ô Jésus ! Cependant, quel mystère! En m’unissant à toi, des âmes je suis mère... Des virginales fleurs Qui sauvent les pécheurs, Oh ! souviens-toi !
Poésies. — Première partie.
Rappelle-toi qu’abreuvé de souffrance Un Condamné, se tournant vers les cieux, S’est écrié : « Bientôt dans ma puissance « Vous me verrez paraître glorieux ! >»
Qu'il fût le Fils de Dieu, nul ne le voulait croire, Car elle se cachaït son ineffable gloire.
O Prince de la Paix!
Moi, je te reconnais.
Je crois en toi!
Rappelle-toi que ton divin Visage, Parmi les tiens, fut toujours inconnu !
Mais tu laissas pour moi ta douce image.
Et tu le sais, je t'ai bien reconnu!
Oui, je te reconnais, même à travers tes larmes, Face de l’Eternel, je découvre tes charmes.
Que ton regard voilé Mon cœur a consolé, Rappelle-toi !
Rappelle-toi cette amoureuse plainte Qui, sur la croix, s’'échappa de ton Cœur.
Ah! dans le mien, Jésus, elle est empreinte : Oui... de ta soif il partage l’ardeur !
Plus il se sent blessé de tes divines flammes, Plus il est altéré de te donner des âmes.
Que, d’une soif d'amour, Je brûle nuit et jour, Rappelle-toi !
Rappelle-toi, Jésus, Verbe de vie, Que tu m’aimas jusqu’à mourir pour moi!
Je veux aussi t’aimer à la folie ; Je veux aussi vivre et mourir pour toi :
Tu le sais, ô mon Dieu, tout ce que je désire, C’est de te faire aimer, et d’être un jour martyre. D'amour je veux mourir.
Seigneur, de mon désir, Ok ! souviens-toi 1
Jésus, mon Bien-Aimé, rappelle-toi ! 393
Rappelle-toi qu’au jour de ta victoire, Tu nous disais : « Celui qui n’a pas vu « Le Fils de Dieu tout rayonnant de gloire.
: « Îlest heureux... si quand même il a cru! » Dans l’ombre de la foi, je t'aime et je t'adore : O Jésus, pour te voir j'attends en paix l’aurore. Que mon désir n’est pas De te voir ici-bas, Rappelle-toi !
Rappelle-toi que, montant vers le Père, Tu ne pouvais nous laisser orphelins ; Que, te faisant prisonnier sur la terre, Tu sus voiler tes rayons tout divins; Mais l’ombre de ton voile est lumineuse et pure, Pain vivant de la foi, céleste nourriture.
O mystère d'amour !
Mon Pain de chaque jour :
Jésus, c’est toi!
Jésus, c’est toi qui malgré les blasphèmes Des ennemis du Sacrement d’amour, C’est toi qui veux montrer combien tu m'aimes, Puisqu’en mon cœur tu fixes ton séjour.
O Pain de l’exilé ! sainte et divine Hostie ! Ce n’est plus moi qui vis ; mais je vis de ta vie : Ton ciboire doré, Entre tous préféré, Jésus, c’est moi!
Jésus, c’est moi ton vivant sanctuaire Que les méchants ne peuvent profaner.
Reste en mon cœur, n’est-il pas un parterre Dont chaque fleur vers toi veut se tourner ?
Mais, si tu t’éloignais, Ô blanc Lis des vallées ! Je le sais bien, mes fleurs seraient vite effeuillées. Toujours, mon Bien-Aimé, Jésus, Lis embaumé, Fleuris en moi !
394 Poésies. — Première Partie.
Rappelle-toi que je veux sur la terre
Te consoler de l’oubli des pécheurs ;
Mon seul Amour, exauce ma prière :
Ah ! pour t’aimèr, donne-moi mille cœurs !
Mais c’est encore trop peu, Jésus, beauté suprême, Donne-moi pour t'aimer ton divin Cœur lui-même ;
De mon désir brûlant, Seigneur, à chaque instant, Oh ! souviens-toi !
Rappelle-toi que ta volonté sainte Est mon repos, mon unique bonheur ; Je m’abandonne et je m’endors sans crainte Entre tes bras, Ô mon divin Sauveur ! Ÿ Si tu t’endors aussi lorsque l'orage gronde, Je veux rester toujours en une paix profonde; Mais pendant ton sommeil, Jésus ! pour le réveil Prépare-moi !
Rappelle-toi que souvent je soupire Après le jour du grand avènement.
Qu'il vienne enfin l’Ange qui doit nous dire « Le temps n’est plus, venez au jugement! »
Alors rapidement je franchirai l’espace, Et j'irai me cacher en ta divine Face.
Qu’au séjour éternel Tu dois être mon ciel, Rappelle-toi !
21 octobre 1895.
Au Sacré-Cœur. 395
Au Sacré-Cœur.
Air : Petit soulier de Noël.
Auprès du Tombeau, sainte Madeleine, Cherchant son Jésus, se baissait en pleurs.
Les Anges voulaient adoucir sa peine,
Mais rien ne pouvait calmer ses douleurs.
Votre doux éclat, lumineux Archanges,
Ne suffisait pas à la contenter;
Elle voulait voir le Seigneur des Anges,
Le prendre en ses bras, bien loin l’emporter.
Au Sépuicre Saint, restant la dernière, Marie était là, bien avant le jour;
Son Dieu vint aussi, voilant sa lumière.
Elle ne pouvait le vaincre en amour...
Lui montrant alors sa Face bénie,
Bientôt un seul mot jaillit de son Cœur; Murmurant le nom si doux de « Marie», Jésus lui rendit la paix, le bonheur.
Un jour, Ô mon Dieu, comme Madeleine, J’ai voulu te voir, m’approcher de toi ;
Mon regard plongeait dans l'immense plaine Dont je recherchais le Maître et le Roi.
Et je m’écriais, voyant l’onde pure,
L’azur étoilé, la fleur et l’oiseau :
Si je ne vois Dieu, brillante nature,
Tu n’es rien pour moi qu’un vaste tombeau.
J'ai besoin d’un cœur brûlant de tendresse, Restant mon appui sans aucun retour ; Aimant tout en moi, même ma faiblesse, Ne me quittant pas la nuit et le jour.
Je n’ai pu trouver nulle créature
Qui m’aimât toujours sans jamais mourir ; Il me faut un Dieu prenant ma nature, Devenant mon frère et pouvant souffrir.
396 Poésies. — Première partie.
Tu m'as entendue, oh ! l’Epoux que j'aime...
Pour ravir mon cœur, te faisant mortel,
Tu versas ton sang, mystère suprême !
Et tu vis encor pour moi sur l’Autel.
Si je ne puis voir l'éclat de ta Face, Entendre ta voix pleine de douceur,
Je puis, ô mon Dieu, vivre de ta grâce,
Je puis reposer sur ton Sacré-Cœur !
O Cœur de Jésus, trésor de tendresse,
C’est toi mon bonheur, mon unique espoir | Toi qui sus bénir, charmer ma jeunesse, Reste auprès de moi jusqu’au dernier soir.
Seigneur, à toi seul j’ai donné ma vie,
Et tous mes désirs te sont bien connus.
C’est en ta bonté toujours infinie
Que je veux me perdre, à Cœur de Jésus!
Ah! je le sais bien, toutes nos justices N’ont, devant tes yeux, aucune valeur ; Pour donner du prix à mes”sacrifices,
Je veux les jeter en ton divin Cœur.
Tu n'as pas trouvé tes Anges sans tache ; Au sein des éclairs tu donnas ta loi;
En ton Cœur Sacré, Jésus, je me cache, Je ne tremble pas : ma vertu c’est toi!
Afin de pouvoir contempler ta gloire,
Il faut, je le sais, passer par le feu.
Et moi, je choisis pour mon purgatoire Ton amour brûlant, ô Cœur de mon Dieu!
Mon âme exilée, en quittant la vie,
Voudrait faire un acte de pur amour,
Et puis, s’envolant au ciel, sa patrie,
Entrer dans ton Cœur, sans aucun détour !.….
Octobre 1805.
Le Cantique éternel. 397
Le Gantique éternel
Chanté dès l'exil.
Air : Mignon regrettant sa patrie. (LUIGt BORDÈSE.),
Ton épouse, Ô mon Dieu, sur la rive étrangère Peut chanter de l’amour le cantique éternel ; Puisqu'au sein de l’exil tu daignes, sur la terre, Du feu de ton amour l’embraser comme au ciel !
Mon Bien-Aimé, beauté suprême |
À moi tu te donnes toi-même ;
Mais en retour, Jésus, je t'aime :
Fais de ma vie un seul acte d'amour !
Oubliant ma grande misère,
Tu viens habiter dans mon cœur.
Mon faible amour, ah! quel mystère!
Suffit pour t’enchaîner, Seigneur.
Amour qui m'enflamme, Pénètre mon âme!
Viens, je te réclame, Viens, consume-moi |
Ton ardeur me presse, Et je veux sans cesse, Divine fournaise, M’abîmer en toi.
Seigneur, la souffrance Devient jouissance, Quand l’amour s’élance Vers toi sans retour.
Céleste patrie, Douceur infinie, Mon âme ravie Vous a chaque jour...
Céleste patrie, O joie infinie, Vous n'êtes que l’Amour !
to mars 1896.
TT ————————————————— —
Poésies. — Première partie.
J'ai soif d'amour !
Air : Au sein de l’heureuse patrie.
Dans ton amour, t'exilant sur la terre, Divin Jésus, tu timmolas pour.moi.
Mon Bien-Aimé, reçois ma vie entière ; Je veux souffrir, je veux mourir pour toi.
Seigneur, tu nous l’as dit toi-même :
« L’on ne peut rien faire de plus « Que de mourir pour ceux qu'on aime. »
Et mon amour suprême C’est toi, Jésus!
Il se fait tard, déjà le jour décline :
Reste avec moi, céleste Pèlerin.
Avec ta croix je gravis la colline ;
Viens me guider, Seigneur, dans le chemin!
Ta voix trouve écho dans mon âme :
Je veux e ressembler, Seigneur.
La souffrance, je la réclame.
Ta parole de flamme Brûle mon cœur!
Avant d'entrer dans l’éternelle gloire,
« Il a fallu que l’'Homme-Dieu souffrît », C’est par sa croix qu’il gagna la victoire ;
O doux Sauveur, ne nous l’as-tu pas dit ?
Pour moi, sur la rive étrangère, Quels mépris n’as-tu pas reçus |...
Je veux me cacher sur la terre, | Etre en tout la dernière, Pour toi, Jésus.
J'ai soif d'amour! 309
Mon Bien-Aimé, ton exemple m’invite A m'abaisser, à mépriser l’honneur :
Pour te ravir, je veux rester petite ; En, m'oubliant, je charmerai ton Cœur.
Ma paix est dans la solitude, Je ne demande rien de plus.
Te plaire est mon unique étude, Et ma béatitude C’est toi, Jésus!
Toi, le grand Dieu que l’univers adore,
Tu vis en moi, prisonnier nuit et jour ;
Ta douce voix à toute heure m’implore,
Tu me redis : « J’ai soif ! i’ai soif d'amour !... »
Je suis aussi ta prisonnière, Et je veux redire à mon tour Ta tendre et divine prière, Mon Bien-Aimé, mon Frère :
J'ai soif d'amour !
J'ai soif d'amour ! Comble mon espérance :
Augmente en moi, Seigneur, ton divin feu!
J'ai soif d'amour ! bien grande est ma souffrance. Ah! je voudrais voler vers toi, mon Dieu!
Ton amour est mon seul martyre ; Plus je le sens brûler en moi, Et plus mon âme te désire.
Jésus, fais que j'expire D'amour pour toi!
30 avril 1896.
Poésies. — Première partie.
Mon ciel à moi.
Air : Dieu de paix et d'amour.
Pour supporter l’exil de la terre des larmes,
Il me faut le regard de mon divin Sauveur;
Ce regard plein d'amour m’a dévoilé ses charmes,
Il m’a fait pressentir le céleste bonheur.
Mon Jésus me sourit, quand vers lui je soupire ;
Alors je ne sens plus l’épreuve de Îa foi.
Le regard de mon Dieu, son ravissant sourire, Voilà mon ciel à moi!
Mon ciel est d’attirer sur l’Eglise bénie,
Sur la France coupable et sur chaque pécheur,
La grâce que répand ce beau fleuve de vie
Dont je trouve la source, Ô Jésus, dans ton Cœur.
Je puis tout obtenir lorsque, dans le mystère,
Je parle cœur à cœur avec mon divin Roi.
Cette douce oraison, tout près du sanctuaire, Voilà mon ciel à moi!
Mon ciel, il est caché dans la petite hostie Où Jésus, mon Epoux, se voile par amour.
A ce foyer divin je vais puiser la vie ; Et là, mon doux Sauveur m'’écoute nuit et jour. Oh ! quel heureux instant, lorsque dans ta tendresse Tu viens, mon Bien-Aimé, me transformer en toi ! Cette union d’amour, cette ineffable ivresse, Voilà mon ciel à moi !
Mon ciel est de sentir en moi la ressemblance
Du Dieu qui me créa de son souffle puissant ;
Mon ciel est de rester toujours en sa présence,
De l'appeler mon Père et d’être son enfant ;
Entre ses bras divins je ne crains pas l’orage…
Le total abandon, voila ma seule loi!
Sommeiller sur son Cœur, tout près de son Visage, Voilà mon ciel à moi!
Mon ciel à moi. 401
Mon ciel, je l’ai trouvé dans la Trinité sainte
Qui réside en mon cœur, prisonnière d'amour.
Là, contemplant mon Dieu, je lui redis sans crainte
Que je veux le servir et l’aimer sans retour.
Mon ciel est de sourire à ce Dieu que j'adore,
Lorsqu'il veut se cacher pour éprouver ma foi;
Sourire, en attendant qu’il me regarde encore, Voilà mon ciel à moi !
7 juin 1896.
Mon espérance.
Air : O saint autel qu'environnent les Anges.
Je suis encor sur la rive étrangère ; Mais, pressentant le bonheur éternel, Oh ! je voudrais déjà quitter la terre
Et contempler les merveilles du ciel!
Lorsque je rêve à l’immortelle vie,
De mon exil je ne sens plus le poids ; Bientôt, mon Dieu, vers ma seule patrie Je volerai pour la première fois!
Ah ! donne-moi, Jésus, de blanches ailes, Pour que, vers toi, je prenne mon essor.
Je veux voler aux rives éternelles,
Je veux te voir, Ô mon divin Trésor |!
Je veux voler dans les bras de Marie,
Me reposer sur ce trône de choix,
Et recevoir de ma Mère chérie,
Le doux baiser, pour la première fois!
Mon Bien-Aimé, de ton premier sourire Fais-moi bientôt entrevoir la douceur ;
Ah ! laisse-moi, dans mon brûlant délire, Oui, laisse-moi me cacher en ton Cœur.
Heureux instant! O bonheur ineffable |!
Quand j’entendrai le doux son de ta voix.
Quand je verrai, de ta Face adorable
L’éclat divin, pour la première fois!
Tu le sais bien, mon unique martyre C’est ton amour, Cœur sacré de Jésus | Vers ton beau ciel, si mon âme soupire, C’est pour t'aimer. t'aimer de plus en plus! 5 Au ciel, toujours m’enivrant de tendresse, Je t'aimerai sans mesure et sans lois.
Et mon bonheur me paraîtra sans cesse Aussi nouveau que la première fois!
12 juin 1696.
Jeter des fleurs.
Jeter des fleurs.
Air : Oui, je le crois, elle est immaculée.
Jésus, mon seul amour, au pied de ton calvaire, Que j'aime, chaque soir, à te jeter des fleurs ! En effeuillant pour toi la rose printanière,
Je voudrais essuyer tes pleurs!
Jeter des fleurs !.… c’est v'offrir en prémices Les plus légers soupirs, les plus grandes douleurs. Mes peines, mon bonheur, mes petits sacrifices :
Voilà mes fleurs!
Seigneur, de ta beauté mon âme s’est éprise ; Je veux te prodiguer mes parfums et mes fleurs. En les jetant pour toi sur l'aile de la brise,
Je voudrais enflammer les cœurs |
Jeter des fleurs ! Jésus, voilà mon arme Lorsque je veux lutter pour sauver les pécheurs. La victoire est à moi : toujours je te désarme
Avec mes fleurs!
Les pétales des fleurs caressant ton Visage
Te disent que mon cœur est à toi sans retour.
De ma rose effeuillée, ah ! tu sais le langage, Et tu souris à mon amour...
Jeter des fleurs ! redire tes louanges, Voilà mon seul plaisir sur la rive des pleurs. Au ciel j'irai bientôt avec les petits anges
Jeter des fleurs!
28 juin 1806.
404 Poésies. — Première partie.
Mes désirs près du Tabernacle.
Air : Prévenons les feux de l'aurore.
Petite clef, oh! je t’envie,
Toi qui peux ouvrir chaque jour La prison de l’Eucharistie,
Où réside le Dieu d’amour.
Mais je puis, quel touchant miracle Par un seul effort de ma foi, Ouvrir aussi le Tabernacle,
My cacher près du divin Roi...
Je voudrais, dans le sanctuaire,
Me consumant près de mon Dieu, Toujours briller avec mystère,
Comme /a lampe du saint Lieu.
O bonheur ! en moi, j'ai des flammes,
Et je puis gagner chaque jour,
A Jésus, un grand nombre” d’âmes,
Les embraser de son amour.
À chaque aurore, je t’envie, O pierre sainte de l’autel!
Comme dans l’étable bénie, Sur toi veut naître l’Eternel.
Ecoute mon humble prière :
Viens en mon âme, doux Sauveur !
Bien loin d’être une froide pierre,
Elle est le soupir de ton Cœur.
O corporal entouré d’Anges,
Que je te porte envie encor !
Sur toi, comme en ses humbles langes, Je vois Jésus, mon seul trésor.
Change mon cœur, Vierge Marie,
En un corporal pur et beau,
Pour recevoir la blanche hostie
Où se cache ton doux Agneau.
Mes désirs près du Tabernacle. 405
Sainte patène, je t’'envie…
Sur toi, Jésus vient reposer!
Oh ! que sa grandeur infinie, Jusqu'à moi daigne s’abaisser… Jésus, comblant mon espérance, De l’exil n'attend pas le soir :
Il vient en moi! par sa présence, Je suis un vivant ostensoir.
Je voudrais être le calice
Où j'adore le Sang divin!
Mais je puis, au saint Sacrifice,
Le recueillir chaque matin.
Mon âme à Jésus est plus chère
Que les précieux vases d’or ;
L’autel est un nouveau Calvaire,
Où, pour moi, son Sang coule encor.
Jésus, Vigne sainte et sacrée,
Tu le sais, Ô mon divin Roi,
Je suis une grappe dorée
Qui doit disparaître pour toi.
Sous le pressoir de la souffrance, Je te prouverai mon amour.
Je ne veux d’autre jouissance
Que de m’immoler chaque jour.
Quel heureux sort ! Je suis choisie Parmi les grains de pur froment Qui, pour Jésus, perdent la vie; Bien grand est mon ravissement |
Je suis ton épouse chérie,
Mon Bien-Aimé, viens vivre en moi.
Oh ! viens, ta Beauté m’a ravie,
Daigne me transformer en toil
406 Poésies. — Première partie.
Jésus seul.
Composé pour une novice.
Air : Près d'un berceau.
Mon cœur ardent veut se donner sans cesse, Il a besoin de prouver sa tendresse.
Ah ! qui pourra comprendre mon amour ?
Quel cœur voudra me payer de retour ? Mais, ce retour, en vain je le réclame ; ; Jésus, toi seul peux contenter mon âme.
Rien ne saurait me charmer ici-bas ;
Le vrai bonheur ne s’y rencontre pas.
Ma seule paix, mon seul bonheur, Mon seul amour, c’est toi, Seigneur |
O toi qui sus créer le cœur des mères, Je trouve en toi le plus tendre des pères.
: Mon seul Amour, Jésus, Verbe éternel, Pour moi, ton Cœur est plus que maternel !
À chaque instant, tu me suis, tu me gardes ; Quand je t’appelle, ah ! jamais tu ne tardes. Et si parfois tu sembles te cacher, C’est toi qui viens m'aider à te chercher.
C’est à toi seul, Jésus, que je m’attache; C’est dans tes bras que j’accours et me cache. Je veux t'aimer comme un petit enfant;
Je veux lutter ‘comme un guerrier vaillant.
Comme un enfant plein de délicatesses,
Je veux, Seigneur, te combler de caresses ; Et, dans le champ de mon apostolat, Comme un guerrier je m’élance au combat |
Ton Cœur, qui garde et qui rend l’innocence, Ne saurait pas tromper ma confiance ;
En toi, Seigneur, repose mon espoir :
Après l'exil, au ciel j'irai te voir.
de à à
Jésus seul. 407
Lorsqu’en mon cœur s’élève la tempête, Vers toi, Jésus, je relève la tête; En ton regard miséricordieux,
5 Jé lis : Enfant... pour toi, j'ai fait les cieux!
Je le sais bien, mes soupirs et mes larmes Sont devant toi tout rayonnants de charmes ; Les Séraphins, au ciel, forment ta cour, Et cependant tu cherches mon amour...
Tu veux mon cœur... Jésus, je te le donne!
Tous mes désirs je te les abandonne ; Et ceux que j’aime, Ô mon Epoux, mon Roi, Je ne veux plus les aimer que pour toi.
15 août 1896.
408 Poésies. — Première partie.
La volière de l'Enfant Jésus.
Air : Au Rossignol. (Gouno».)
Pour les exilés de la terre,
Le bon Dieu créa les oiseaux ;
Ils vont, gazouillant leur prière, Dans les vallons, sur les coteaux.
Les enfants joyeux et volages, Ayant choisi leurs préférés,
Les emprisonnent dans des cages Dont les barreaux sont tout dorés.
O Jésus, notre petit Frère,
Pour nous, tu quittas le beau ciel Mais, tu le sais bien, ta volière, Divin Enfant, c’est le Carmel.
Notre cage n’est pas dorée, Cependant nous la chérissons ;
- Dans les bois, la plaine azurée, Plus jamais nous ne volerons !
Jésus ! les bosquets de ce monde Ne peuvent pas nous contenter ; Dans la solitude profonde, Pour toi seul nous voulons chanter.
Ta petite main nous attire ; Enfant, que tes charmes sont beaux!
O divin Jésus ! ton sourire Captive les petits oiseaux.
Ici l’âme simple et candide
Trouve l’objet de son amour ;
Ici la colombe timide
N’a plus à craindre le vautour.
Sur les ailes de la prière,
On voit monter le cœur ardent, Comme l’alouette légère
Qui, bien haut, s’élève en chantant!
La volière de l'Enfant Jésus. 409
Ici l’on entend le ramage
Du roitelet, du gai pinson.
O petit Jésus ! dans leur cage, -Fes oiseaux gazouillent ton Nom.
Le petit oiseau toujours chante; Son pain ne linquiète pas.
Un grain de millet le contente, - Jamais il ne sème ici-bas.
Comme lui, dans notre volière, Nous recevons tout de ta main; L’unique chose nécessaire, C’est de t'aimer, Enfant divin!
Aussi nous chantons tes louanges Avec les purs esprits du ciel;
Et, nous le savons, tous les Anges Aiment les oiseaux du Carmel.
Jésus, pour essuyer les larmes
Que te font verser les pécheurs, Tes oiseaux redisent tes charmes, Leurs doux chants te gagnent des cœurs.
Un jour, loin de la triste terre, Lorsqu'ils entendront ton appel, Tous les oiseaux de ta volière Prendront leur essor vers le ciel.
Avec les charmantes phalanges
Des petits chérubins joyeux, Eternellement, tes louanges
Nous les chanterons dans les cieux!
25 décembre 1896.
Glose sur le Divin.
D’après saint Jean de la Croix.
l : = 2 « Appuyé sans aucun appui; sans lumière et dans les ténèbres, je vais me consumant
. d'amour. » (S. JEAN DE LA CroIx.)
Au monde, quel bonheur extrême!
J'ai dit un éternel adieu.
Elevé plus haut que lui-même, :
fon cœur n’a d’autre appui que Dieu; Et maintenant je le proclame : \
Ce que j'estime près de lui,
C’est de voir mon cœur et mon âme Appuyés sans aucun appui!
Bien que je souffre sans lumière, En cette existence d’un jour, Je possède au moins sur la terre L’Astre céleste de l’amour.
Dans le chemin qu’il me faut suivre Se rencontre plus d’un péril; Mais, par amour, je veux bien vivre Dans les ténèbres de l’exil.
\ L’amour, j'en ai l’expérience, Du bien, du mal qu’il trouve en moi, Sait profiter ; quelle puissance | IL transforme mon âme en soi.
Ce feu qui brûle dans mon âme Pénèêtre mon cœur sans retour ; Ainsi dans son ardente flamme Je vais, me consumant d'amour!
A l'Enfant Jésus. 411
A l'Enfant Jésus.
Jésus, tu connais mon nom, Et ton doux regard m'appelle...
Il me dit : « Simple abandon, Je veux guider ta nacelle. »
De ta petite voix d’enfant, Oh ! quelle merveille!
De ta petite voix d’enfant Tu calmes le flot mugissant, Et le vent.
Si tu veux te reposer, Alors que l’orage gronde, Sur mon cœur daigne poser Ta petite tête blonde.
Que ton sourire est ravissant Lorsque tu sommeilles !
Toujours avec mon plus doux chant, Je veux te bercer tendrement, Bel Enfant!
Décembre 1806.
412 Poésies. — Première partie.
Ma Paix et ma Joie.
Air : Petit oiseau, dis, où vas-tu ?
Il est des âmes sur la terre
Qui cherchent en vain le bonheur ; Mais, pour moi, c’est tout le contraire, La joie habite dans mon cœur.
Cette fleur n’est pas éphémère,
Je la possède sans retour ;
Comme une rose printanière,
Elle me sourit chaque jour.
Vraiment je suis par trop heureuse, Je fais toujours ma volonté ; Pourrais-je n’être pas joyeuse
Et ne pas montrer ma gaité ?
Ma joie est d'aimer la souffrance, Je souris en versant des pleurs. | J'accepte avec reconnaissance L’épine au milieu de mes fleurs.
Lorsque le ciel bleu devient sombre, Et qu’il semble me délaisser,
Ma joie est de rester dans l’ombre, De me cacher, de m’abaisser.
Ma paix, c’est la volonté sainte
De Jésus, mon unique amour :
Ainsi je vis sans nulle crainte ; J'aime autant la nuit que le jour.
Ma paix, c’est de rester petite ; Aussi, quand je tombe en chemin, Je puis me relever bien vite,
Et Jésus me prend par la main.
Alors, le comblant de caresses,
Je lui dis qu’il est tout pour moi...
Et je redouble de tendresses, Lorsqu'il se dérobe à ma foi.
Ma paix et ma joie.
Ma paix, si je verse des larmes, C'est de les cacher à mes sœurs.
Oh ! que la souffrance a de charmes, . Quand on sait la voiler de fleurs!
Je veux bien souffrir sans le dire, Pour que Jésus soit consolé ;
Ma joie est de le voir sourire Lorsque mon cœur est exilé.
Ma paix, c'est de lutter sans cesse Afin d’enfanter des élus ;
C’est de redire avec tendresse, Bien souvent, à mon doux Jésus :
Pour toi, mon divin petit Frère, Je suis heureuse de souffrir !
Ma joie unique sur la terre, C’est de pouvoir te réjouir.
Longtemps encor je veux bien vivre, Seigneur, si c’est là ton désir.
Dans le ciel je voudrais te suivre,
Si cela te faisait plaisir.
L'amour, ce feu de la patrie,
Ne cesse de me consumer ;
Que me fait la mort ou la vie?
Mon seul bonheur, c’est de faimer …
21 janvier 1897.
414 Poésies. — Première partie.
Mes Armes.
À une novice pour sa Profession.
Air : Partez, hérauts..
« L'épouse du Roi est terrible comme une armée rangée en bataille ; elle est semblable à un chœur de musique dans un camp d'armée. » Cart, VI; 330Vii te
« Revêtez-vous des armes de Dieu, afin que vous puissiez résister aux embüûches de l'ennemi. » Ephes-; AV ULT.
Du Tout-Puissant j'ai revêtu les armes, Sa main divine a daigné me parer ; Rien désormais ne me cause d’alarmes, De son amour qui peut me séparer ?
A ses côtés, m’élançant dans l’arène,
Je ne craindrai ni le fer ni le feu ;
Mes ennemis sauront que je suis reine,
Que je suis l’épouse d’un Dieu.
O mon Jésus ! je garderai l’armure Que je revêts sous tes yeux adorés ; Jusqu’au soir de l’exil, ma plus belle parure Sera mes VŒœUXx sacrés.
O Pauvreté, mon premier sacrifice, Jusqu’à la mort tu me suivras partout ; Car, je le sais, pour courir dans la lice, L’athlète doit se détacher de tout.
Goûtez, mondains, le remords et la peine, Ces fruits amers de votre vanité ; Joyeusement, moi je cueille en l’arène
Les palmes de la Pauvreté.
Jésus a dit : « C’est par la violence Que lon ravit le royaume des cieux. »
ERh bien ! la Pauvreté me servira de lance, De casque glorieux.
Mes Armes. 415
La Chasteté me rend la sœur des Anges, De ces esprits purs et victorieux.
J'espère un jour voler en leurs phalanges ; Mais, dans l’exil, je dois lutter comme eux.
Je dois lutter, sans repos et sans trêve, Pour mon Epoux, le Seigneur des seigneurs.
La Chasteté, c’est le céleste glaive
Qui peut lui conquérir des cœurs.
La Chasteté, c’est mon arme invincible ; Mes ennemis, par elle, sont vaincus ; Par elle je deviens, Ô bonheur indicible |
L’épouse de Jésus.
L'Ange orgueilleux, au sein de la lumière, S’est écrié : « Je n’obéirai pas !.…. »
Moi, je m’écrie en la nuit de la terre :
Je veux toujours obéir ici-bas.
Je sens en moi naître une sainte audace, De tout l’enfer je brave la fureur.
L'Obéissance est ma forte cuirasse
Et le bouclier de mon cœur.
O Dieu vainqueur ! je ne veux d’autres gloires Que de soumettre en tout ma volonté ; Puisque l’obéissant redira ses victoires Toute l'éternité !
Si du guerrier j'ai les armes puissantes, Si je limite et lutte vaillamment, Comme /a vierge aux grâces ravissantes, Je veux aussi chanter en combattant.
Tu fais vibrer de ta lyre les cordes, Et cette lyre, Ô Jésus, c’est mon cœur !
Alors je puis de tes miséricordes Chanter la force et la douceur.
En souriant je brave la mitraille, Et dans tes bras, d mon Epoux divin, En chantant je mourrai sur le champ de bataille, Les armes à la main!
25 mars 1897.