Poésies. — Première partie
Un lis au milieu des épines.
Composé pour une novice.
Air : L'envers du ciel.
O Seigneur tout-puissant ! dès ma plus tendre enfance, Je puis bien m’appeler l’œuvre de ton amour;
Je voudrais, à mon Dieu, dans ma reconnaissance,
Ah ! je voudrais pouvoir te payer de retour.
Jésus, mon Bien-Aïmé, quel est ce privilège P
Pauvre petit néant, qu’avais-je fait pour toi ?
Et je me vois ici, suivant le blanc cortège
Des vierges de ta cour, aimable et divin Roi!
Hélas ! je ne suis rien que la faiblesse même ;
Tu le sais bien, mon Dieu, je n’ai pas de vertus! Maïs tu le sais aussi, pour moi, le bien suprême
Qui me charma toujours... c’est toi, mon doux Jésus Lorsqu’en mon jeune cœur s’alluma cette flamme Qui se nomme l’amour.. tu vins la réclamer.
Et toi seul, 6 Jésus, pus contenter mon âme,
Car jusqu’à l'infini j'avais besoin d’aimer !
Comme un petit agneau loin de la bergerie, Gaîment je folâtrais, ignorant le danger ;
Mais, Ô Reine des cieux, ma Bergère chérie, Ton invisible main savait me protéger !
Ainsi, tout en jouant au bord des précipices, Déjà tu me montrais le sommet du Carmel :
Je comprenais alors les austères délices
Qu'il me faudrait aimer pour m’envoler au ciel.
Seigneur, si tu chéris la pureté de l’Ange, - De ce brillant esprit qui nage dans l’azur, N’aimes-tu pas aussi, s’élevant de la fange, Le lis que ton amour a su conserver pur?
S'il est heureux, mon Dieu, PAnge à l’aile vermeille Qui paraît devant toi tout blanc de pureté ne Ma robe, dès ce monde, à la sienne est pareille, Puisque j'ai le trésor de la virginité |
La rose effeuillée.
La rose effeuillée.
Air : Le fil de la Vierge ou La Rose mousse.
Jésus, quand je te vois soutenu par ta Mère, Quitter ses bras,
Essayer en tremblant sur notre triste terre Tes premiers pas;
Devant toi je voudrais effeuiller une rose En sa fraîcheur,
Pour que ton petit pied bien doucement repose Sur une fleur.
Cette rose effeuillée est la fidèle image, Divin Enfant!
Du cœur qui veut pour toi s’immoler sans partage À chaque instant.
Seigneur, sur tes autels plus d’une fraîche rose Aime à briller ;
Elle se donne à toi, mais je rêve autre chose : C’est m'effeuiller.….:
La rose ‘en son éclat peut embellir ta fête, Aimable Enfant!
Mais la rose effeuillée, on l’oublie, on la jette Au gré du vent...
La rose, en s’effeuillant, sans recherche se donne Pour n’être plus.
Comme elle, avec bonheur, à toi je m’abandonne, Petit Jésus !
L'on marche sans regret sur des feuilles de rose, Et ces débris
Sont un simple ornement que sans art on dispose, Je l'ai compris...
Jésus, pour ton amour j'ai prodigué ma vie, Mon avenir;
Aux regards des mortels, rose à jamais flétrie, Je dois mourir!
Pour toi je dois mourir, Jésus, beauté suprême,
Oh ! quel bonheur!
Je veux en m’effeuillant te proùver que je v'aime De tout mon cœur.
Sous tes pas enfantins je veux avec'mystère
Vivre ici-bas ; Et je voudrais encore PAR au Calvaire
Tes derniers pas.
Mai 1897.
L'abandon. 419
L’abandon.
« L'’abandon est le fruit délicieux de l'amour. » 4 Saint Augustin.
Il est sur cette terre
Un arbre merveilleux ;
Sa racine, Ô mystère !
Se trouve dans les cieux.
Jamais, sous son ombrage, Rien ne saurait blesser ; Là, sans craindre l'orage, On peut se reposer.
De cet arbre ineffable, L'amour, voilà ie nom ;
Et son fruit délectable S’appelle abandon !
Ce fruit, dès cette vie, Me donne le bonheur ; Mon âme est réjouie
Par sa divine odeur.
Ce fruit, quand je le touche, Me paraît un trésor ;
Le portant à ma bouche, Il m'est plus doux encor.
Il me donne en ce monde Un océan de paix ;
En cette paix profonde
Lau
Je repose à jamais.
Seul, l'abandon me livre
En tes bras, ô Jésus!
C'est lui qui me fait vivre
Du pain detes élus;
À toi je m'abandonne,
O mon divin Epoux!
Et je n’ambitionne
Que ton regard si doux.
Toujours je veux sourire, M'’endormant sur ton Cœur...
Et là, je veux redire Que je t'aime, Seigneur !
Comme la pâquerette Au calice vermeil,
Moi, petite fleurette,
Je m’entr'ouvre au soleil.
Mon doux soleil de vie, O mon aimable Roi!
C’est ta divine Hostie, Petite comme moi.
De sa céleste flamme
Le lumineux rayon
Fait naître dans mon âme Le parfait abandon.
Toutes les créatures Peuvent me délaisser ; Je saurai sans murmures Près de toi m'en passer.
Et si tu me délaisses,
O mon divin Trésor!
N'ayant plus tes caresses, Je veux sourire encor.
En paix je veux attendre, Doux Jésus, ton retour, Et sans jamais suspendre Mes cantiques d’amour |!
Non, rien ne m'inquiète, Rien ne peut me troubler.
Plus haut que l’alouette Mon âme sait voler ! Au-dessus des nuages,
Le ciel est toujours bleu ; On touche les rivages
Où règne le bon Dieu!
J'attends en paix la gloire Du céleste séjour,
Car je trouve au ciboire .
Le doux fruit de l'amour! Mai 1897.