LOU ARR
Les Anges à la crèche.
Depuis que ce séjour de larmes
Possède le Roi des élus,
Pour moi, les cieux n’ont plus de charmes, Et j'ai volé vers toi, Jésus!
Je veux te couvrir de mes ailes,
Te suivre partout ici-bas ;
Et toutes les fleurs les ‘plus belles,
Je les sèmerai sous tes pas.
Je veux d’une étoile brillante, Enfant, te former un berceau;
Et, de la neige éblouissante,
Te faire un gracieux rideau.
Je veux, des lointaines montagnes, Abaisser pour toi les hauteurs ;
Je veux que pour toi les campagnes Produisent de célestes fleurs.
De Dieu, la fleur est le sourire ; Elle est l’écho lointain du ciel, Le son fugitif de la lyre
Que tient en sa main l'Eternel.
Cette note mélodieuse
De la bonté du Créateur
Veut, de sa voix mystérieuse, Glorifier le Dieu Sauveur.
Douce mélodie, Suave harmonie, Silence des fleurs, D'un Dieu vous chantez les grandeurs!
Je sais que tes chères amies, Jésus, sont les vivantes fleurs.
Tu viens des célestes prairies Pour chercher les âmes, tes sœurs.
Une âme est la fleur embaumée, Enfant, que tu voudrais cueillir; Ta petite main l’a semée
Et pour elle tu veux mourir |
Poésies. — Troisième partie.
Mystère ineffable !
Le Verbe adorable Versera des pleurs En cueillant sa moisson de fleurs !
L'Ange de la sainte Face, "100
f tenant le voile de Véronique.
| Air : L'encens divin.
= Divin Jésus, au matin de ta vie,
Ton beau Visage est tout baigné de pleurs !- # Larmes d’amour, sur la Face bénie,
Fe Vous coulerez jusqu’au soir des douleurs...
Divine Face, ,
Oui, ta beauté, : cn
Pour l’Ange efface | La céleste clarté!
fe reconnais, de ton divin Visage
Tous les attraits, sur ce voile sanglant ; Je reconnais, Jésus, en cette image, L’éclat si pur de ta Face d’enfant.
Divin Jésus, la souffrance t’est chère, Ton doux regard pénètre l’avenir :
Tu veux déjà boire la coupe amère ; Dans ton amour, tu rêves de mourir!
Rêve ineffable !
Enfant d’un jour, Face adorable, Vous m'embrasez d'amour!
Eee :
Les Anges à la crèche.
L'Ange de la Résurrection, tenant une oriflamme.
Air : Noël! Noël! læta voce Noël.
Ne pleurez plus, Anges du Dieu Sauveur, Je viens du ciel consoler votre cœur.
Ce faible Enfant Un jour sera puissant ; Il ressuscitera, Et toujours régnera.
O Dieu caché sous les traits d’un enfant, à # ' Je te vois rayonnant, Et déjà triomphant!
Je lèverai la pierre du tombeau, Et, contemplant ton Visage si beau, Je chanterai Et me réjouirai, Te voyant de mes yeux T'’élever glorieux !
Je vois briller des divines splendeurs Tes yeux d’enfant, ce soir mouillés de pleurs. Verbe de Dieu, Ta parole de feu Doit retentir un jour Consumante d'amour
L'Ange de l'Eucharistie, tenant un Calice surmonté d’une hostie.
Air : Par les chants les plus magnifiques.
Contemplez, bel Ange, mon frère, Notre Roi montant vers le ciel;
Moi, je descends sur cette terre
Pour l’adorer au saint autel.
Voilé dans son Eucharistie,
Je reconnais le Tout-Puissant,
Je vois le Maître de la vie
Bien plus petit qu’un humble enfant.
487 VF
Poésies. — Troisième partie.
Ah ! désormais, au sanctuaire Je veux établir mon séjour, Offrant au Très-Haut ma prière, L'hymne de mon ardent amour.
Sur ma lyre mélodieuse,
Je chanterai le Dieu Sauveur,
Et la Manne délicieuse
Qui nourrit l’âme du pécheur |
Que ne puis-je, par un miracle,
Me nourrir aussi de ce Pain!
Ah ! que ne puis-je au Tabernacle, Prendre ma part du Sang divin!
Du moins, à l’âme aimante et sainte, Je communiquerai mes feux,
Afin que, sans la moindre crainte, Elle approche du Roi des cieux.
L'Ange du jugement dernier, tenant des balances et un glaive.
Air : Noël (d'ApaM).
Bientôt viendra le jour de la vengeance, Ce monde impur passera par le feu.
Tous les mortels entendront la sentence Qui sortira de la bouche de Dieu.
‘ Nous le verrons dans l’éclat de sa gloire, Non plus caché sous les traits d’un enfant, Nous serons là pour chanter sa victoire, Et proclamer qu'il est le Tout-Puissant |!
Ils brilleront d’un éclat ineffable,
Ces yeux voilés de larmes et de sang.
Nous la verrons cette Face adorable, Dans la splendeur de son rayonnement!
Sur le nuage, en voyant apparaître Jésus, portant le sceptre de sa croix :
L’impie, alors, pourra le reconnaître
Ce Roi, ce Juge, aux éclats de sa voix!
Les Anges à la crèche. 483
Vous tremblerez, habitants de la terre ; Vous tremblerez à votre dernier jour!
Ne pouvant plus soutenir la colère
De cet Enfant, aujourd’hui Dieu d'amour.
Pour vous, mortels, il choisit la souffrance, Ne réclamant que votre faible cœur ;
Au jugement vous verrez sa puissance, Vous tremblerez devant le Dieu vengeur !
Tous les Anges, à genoux, à l'exception de l’Ange du jugement dernier. Air : O Cœur de notre aimable Mère.
Oh ! daigne écouter la prière De tes Anges, divin Jésus!
Toi qui viens racheter la terre, Prends la défense des élus.
De ta main, ah ! brise ce glaive, Apaise cet Ange en courroux |
Bel Enfant, que ta voix s'élève
Pour sauver le cœur humble et doux.
L'Enfant Jésus.
Air : Petit oiseau, dis, où vas-tu P
Consolez-vous, Anges fidèles ; Vous seuls, pour la première fois, Loin des collines éternelles,
Du Verbe, écouterez la voix :
Je vous chéris, à pures flammes | Anges du céleste séjour |
Mais, comme vous, j'aime les âmes, Je les aime d’un grand amour.
Je les ai faites pour moi-même, J’ai fait leurs désirs infinis ;
La plus petite âme qui m'aime Devient pour moi le paradis.
rer) RER RESTO NT NE OR
484 “Poésies. — Troisième partie.
L'Ange de l'Enfant Jésus lui demande de cueillir sur la terre une abondante moisson d’âmes innocentes, avant qu’elles soient ternies par le souffle impur du péché.
Réponse de l'Enfant Jésus :
O bel Ange de mon enfance | J’exaucerai tes vœux ardents :
Je saurai garder l’innocence En l’âme des petits enfants.
Je les cueillerai dès l’aurore,
Charmants boutons, pleins de fraîcheur ; Au ciel tu les verras éclore
Sous les purs rayons de mon Cœur.
Leur belle corolle argentée, Plus brillante que mille feux, Formera la route lactée
De l’azur étoilé des cieux.
Je veux des lis pour ma couronne, Moi, Jésus, le beau Lis des champs, Et je veux, pour former mon trône, Une gerbe de lis brillants.
L'Ange de la Sainte Face demande le pardon des pécheurs.
Réponse de l'Enfant Jésus :
Toi qui contemples mon Visage Dans un ravissement d’amour, Et qui, pour garder mon image, Quittas le céleste séjour,
Je veux exaucer ta prière :
Toute âme obtiendra son pardon, Je la remplirai de lumière,
Dès qu’elle invoquera mon Nom.
Fresque composée et peinte par la Bse Thérèse de l’Enfant-Jésus.
Autour du Tabernacle de l'Oratoire intérieur du Carmel.
Les Anges à la crèche. 485
O toi qui voulus sur la terre Honorer ma croix, ma douleur ; Bel Ange, écoute ce mystère : Toute âme qui souffre est ta sœur.
Au ciel, l’éclat de sa souffrance Sur ton front viendra rejaillir ; Et le rayon de ton essence Iluminera le martyr.
L'Ange de l'Eucharistie demande ce qu’il pourra faire pour le consoler de l’ingratitude des hommes.
Réponse de l'Enfant Jésus :
Ange de mon Eucharistie,
C’est toi qui charmeras mon Cœur; Oui, c’est ta douce mélodie
Qui consolera ma douleur.
J’ai soif de me donner aux âmes ;
Mais bien des cœurs sont languissants :
Séraphin, donne-leur tes flammes, Attire-les par tes doux chants.
Je voudrais que l’âme du prêtre Ressemblât à l’Ange du ciel!
Ah ! je voudrais qu’il pût renaître Avant de monter à l’autel.
Afin d’opérer ce miracle,
Il faut que, brûlantes d'amour, Des âmes, près du Tabernacle, S'immolent la nuit et le jour.
L'Ange de la Résurrection demande ce que deviendront les pauvres exilés de la terre, quand le Sauveur sera monté aux cieux.
Réponse de l'Enfant Jésus :
Je remonterai vers mon Père, Afin d’attirer mes élus ;
Après l’exil de cette terre,
Dans mon Cœur ils seront reçus.
Poésies. — Troisième partie.
Quand sonnera la dernière heure, Je rassemblerai mon troupeau; Et, dans la céleste demeure,
Je lui servirai de flambeau.
L'Ange du jugement dernier.
Oublieras-tu, Jésus, bonté suprême,
Que le pécheur doit être enfin puni?
Oublieras-tu, dans ton amour extrême, Que, des ingrats, le nombre est infini P
Au jugement je châtierai le crime,
Et ma fureur saura se décharger.
Mon glaive est prêt !.… Jésus, douce Victime, Mon glaive est prêt ; je viendrai te venger!
L'Enfant Jésus.
O bel Ange, abaisse ton glaive, Ce n’est pas à toi de juger
La nature que je relève :
De la paix, je suis Messager.
Celui qui jugera le monde,
C’est moi... que l’on nomme Jésus !
De mon sang, la source féconde Purifiera tous mes élus.
Sais-tu que les âmes fidèles
Me consoleront chaque jour Des blasphèmes des infidèles, Par un simple regard d'amour ?
Aussi, dans la sainte patrie,
Mes élus seront glorieux ;
Et, leur communiquant ma vie, J’en ferai comme autant de dieux.
Les Anges à la crèche. 487
L'Ange du jugement dernier, en s’agenouillant à son tour.
: é Air : Dieu de paix et d'amour.
Devant toi, doux Enfant, le Chérubin s'incline :
Il admire, éperdu, ton ineffable amour,
Il voudrait, comme toi, sur la sombre colline Pouvoir mourir un jour !
REFRAIN
Chanté par tous lès Anges.
Qu'il est grand le bonheur de l’humble créature! Le Séraphin voudrait, dans son ravissement, Délaisser, à Jésus, l’angélique nature,
Et devenir enfant.
Noël 1894.
488 Poésies. — Troisième partie.
La fuite en Egypte.
Récréation pieuse (Fragment).
8 L'ANGE avertit saint Joseph.
Air : La folle de la plage.
Vers l'Egypte, bien vite, 11 faut prendre la fuite !.… 8 Joseph, dès cette nuit,
Le Eloigne-toi sans bruit.
Hérode, en sa furie, Cherche le Roi nouveau :
‘A ce divin Agneau ee | Il veut ôter la vie.
Prends la Mère et l'Enfant, Fuyez rapidement !
Chant des Anges accompagnant la sainte Famille.
A | - Air: Les gondolières vénitiennes.
ra Ineffable mystère !
# ; Jésus, le Roi du ciel, RE Exilé sur la terre,
net Fuit devant un mortel !
A ce Dieu dans les langes,
- Offrons tout notre amour ; Que nos blanches phalanges Viennent former sa cour.
Un:
Couvrons-le de nos ailes Et des. fleurs les plus belles ; Par nos concerts joyeux, Berçons le Roi des cieux.
Pour consoler sa Mère, M É Chantons avec mystère Les charmes du Sauveur, Sa grâce et sa douceur!
Ah ! quittons ce rivage, Bien loin de l'orage,
La fuite en Egypte. 489
Fuyons cette nuit, Loin de toutfbruit.
La Vierge sous son voile Cache notre étoile :
L’astre des élus,
L'Enfant Jésus.
Le Roi du ciel Fuit devant un mortel !…
L'Ange du désert.
Air : du Credo d'Herculanum.
Je viens chanter, de la sainte Famille, L’éclat divin qui m’attire en ces lieux ; Dans le désert, cette étoile qui brille
Me charme plus que la gloire des cieux.
Ah ! qui pourra comprendre ce mystère :
Parmi les siens, Jésus est rejeté !
Il est errant, voyageur sur la terre,
Et nul ne sait découvrir sa beauté.
Mais, si les grands redoutent votre empire,
O Roi du ciel, Astre mystérieux !
Depuis longtemps plus d’un cœur vous désire, C’est vous l’espoir de tous les malheureux.
Verbe éternel, à Sagesse profonde |
Vous répandez vos ineffables dons
Sur les petits, les faibles de ce monde ;
Et dans le ciel vous écrivez leurs noms.
Si vous donnez la sagesse en partage
A l’ignorant, s’il est humble de cœur, C'est que toute Âme est faite à votre image.
Vous appelez, vous sauvez le pécheur !
Un jour viendra qu’en la même prairie, L’agneau paîtra doucement près du lion; Et le désert, votre unique patrie,
Plus d’une fois entendra votre Nom.
O Dieu caché ! des âmes virginales, Brüûülant de zèle au foyer de l’amour,
oo 4
490 Poésies. — Troisième partie.
PS
S’élanceront sur vos traces royales, Et les déserts se peupleront un jour. | Ces cœurs ardents, ces âmes séraphiques Réjouiront tous les Anges des cieux,
Et l’humble accent de leurs divins cantiques À Fera trembler l’abîme ténébreux. |
Dans sa fureur, sa basse jalousie, Satan voudra dépeupler les déserts ; Il ne sait pas la puissance infinie | Du faible Entant qu’ignore l’univers. | Il ne sait pas que la vierge fervente | Trouve toujours le repos en son cœur; Il ne sait pas combien elle est puissante Cette âme unie à son divin Sauveur!
Peut-être un jour vos épouses chéries Partageront votre exil, Ô mon Dieu !
Mais les pécheurs qui les auront bannies, De leur amour n’éteindront pas le feu.
Du monde impur la haine sacrilège N’atteindra pas les vierges du Seigneur Jusqu’à souiller leur vêtement de neige, Jusqu’à ternir leur céleste blancheur.
O monde ingrat, déjà ton règne expire ;
Ne vois-tu pas que ce petit Enfant
Cueille joyeux la palme du martyre,
La rose d’or, le lis éblouissant ?
Ne vois-tu pas que ses vierges fidèles Tiennent en main la lampe de l’amour ?
Ne vois-tu pas les portes éternelles,
Qui, pour les saints, doivent s’ouvrir un jour?
Heureux instant Ô bonheur sans mélange, Quand les élus, paraissant glorieux, De leur amour recevront en échange L’éternité pour aimer dans les cieux !
Après l’exil, plus jamais de souffrance, Mais le repos du céleste séjour ; Après l’exil, plus de foi, d’espérance, Rien que la paix, l’extase de l’amour !
21 janvier 1806.