FÉ | L S
Jésus à Béthantie. 497
Jésus à Béthanie.
Récréation pieuse.
Air : L'Ange et l'aveugle.
Marie-Madeleine.
O Dieu, mon divin Maître, Jésus, mon seul amour !
A vos pieds je veux être, J'y fixe mon séjour.
En vain sur cette terre
J’ai cherché le bonheur.
Une tristesse amère
Seule a rempli mon cœur...
Jésus.
Marie, Ô Madeleine !
Je suis ton doux Sauveur!
Oubliant toute peine,
Jouis de ton bonheur.
Tes regrets sont extrêmes, Et mon Cœur te redit :
Je sais bien que tu m'aimes, Ton amour me suffit!
Marie-Madeleine.
C’en est trop, mon bon Maître, Je me sens défaillir.…
Que ne puis-je renaître
En ce jour, ou mourir !
Comprenez mes alarmes,
O Jésus, mon Sauveur |
J’ai fait couler vos larmes :
Quelle immense douleur |
Poésies. — Troisième partie.
Jésus.
Il est vrai, sur ton âme
J’ai répandu des pleurs;
Mais d’un seul trait de flamme,
Je puis changer les cœurs.
Ton-âme, rajeunie j Par mon regard divin,
Dans léternelle vie
Me bénira sans fin ! \
Marie-Madeleine.
Jésus, votre amour même Vient déchirer mon cœur, Votre bonté suprême Augmente ma douleur; J’ai méconnu vos charmes Et, dans mon repentir,
Je n’ai plus que des larmes, Seigneur, à vous offrir |
Jésus. .
Ces larmes précieuses Brillent plus à mes yeux Que les perles nombreuses Qui scintillent aux Cieux.
A l'étoile charmante Rayonnant dans l’azur,
Je préfère l’amante
Au cœur devenu pur.
Marie-Madeleine.
Quel étonnant mystère !
O mon divin Sauveur, N'’est-il rien sur la terre
Qui charme votre Cœur ?
Les lointaines montagnes, Le blanc et doux agneau, Les fleurs de nos campagnes, Est-il rien de plus beau P
I RNB à PP TR NE PTE CNE
Jésus à Béthanie. 493
Jésus.
Tu vois la fleur éclose
. Et son éclat charmant; Pour moi, je vois la rose De ton amour ardent.
Cette rose empourprée À su ravir mon CŒUr ; Elle est ma préférée Entre toute autre fleur.
Marie-Madeleine:
L'oiseau, de sa voix pure, Chante votre grandeur; Le ruisseau qui murmure Vous donne sa fraîcheur; Le lis de la vallée
Vous offre son trésor :
Sa blancheur étoilée
De fines perles d’or.
Jésus.
Salomon, dans sa gloire, Etait moins bien paré Sur son trône d'ivoire © Que ce beau lis nacré ; Les simples pâquerettes Surpassent le grand roi, Et toutes ces fleurettes N’éclosent que pour toi.
Marie-Madeleine.
Du virginal cortège
Vous offrant son amour, Le blanc manteau de neige Brillera sans retour.
Moi, d’une triste vie,
Je vous offre la fin;
Hélas ! je l’ai flétrie
Encore à son matin !.…
494 Poésies. — Troisième partie.
TT
Jésus.
Si j'aime, de l’aurore,
Les purs et brillants feux :
Marie. ah ! j'aime encore Un beau soir radieux.
Ma bonté sans égale Placera le pécheur
Et l’âme virginale Ensemble sur mon Cœur!
Marie-Madeleine.
N’avez-vous pas vos Anges, | Aux sublimes ardeurs P
Sur leurs blanches phalanges
Répandez vos faveurs |
Moi, pauvre pécheresse,
Je n’ai pas mérité
L’ineffable tendresse
De votre intimité. S
Jésus.
Bien plus haut que les Anges Tu monteras un jour;
Ils diront tes louanges, Enviant ton amour!
Mais il faut sur la terre, Pour tes frères pécheurs, Que, vivant solitaire,
Tu m'attires leurs cœurs.
Marie-Madeleine.
Seigneur, d’un zèle extrême Je sens brûler mon cœur;
Et votre voix que j'aime
En redouble l’ardeur.
Mais, pour être un apôtre, Bien trop faible est ce cœur; Ah! prêtez-moi le vôtre, Jésus, mon doux Sauveur !
ls?
Jésus à Béthanie. 495
Marthe.
Considérez ma sœur, bon Maître, elle s’oublie : Voyez : tout mon travail ne l’inquiète pas.
Dites-lui donc, Seigneur, ah ! je vous en supplie, Dites-lui de m’aider à servir le repas.
Jésus.
Marthe ! ma charitable hôtesse, Pourquoi voudriez-vous blâmer Votre sœur qui toujours s’empresse Vers Celui qui sait la charmer P
Marthe.
Mais, Ô divin Sauveur, voilà ce qui m'étonne : Ne devrait-elle pas détourner un instant
Ses regards de Celui qui chaque jour lui donne, Et songer à donner aussi quelque présent ?
Jésus.
O Marthe, je vous le confie :
Si votre amour est généreux, Celui de votre sœur Marie M'est infiniment précieux |
Marthe.
Vos paroles, Seigneur, sont pour moi des mystères, Et je ne puis encor m'empêcher de penser
Qu'il vaut mieux travailler que dire des prières ; Moi, je sens mon amour qui veut se dépenser.
Jésus.
Le travail est bien nécessaire, Je viens moi-même l’honorer; Mais, au moyen de la prière, Vous devez le transfigurer.
496 Poésies. — Troisième partie. f°
Marthe.
Je savais bien, Seigneur, que, restant inactive,
Je ne pouvais avoir de charmes à vos yeux; C’est pourquoi je m’empresse, adorable Convive, À préparer pour vous des mets délicieux.
Jésus.
Votre âme est généreuse et pure, Votre travail peut le prouver; Mais savez-vous la nourriture Que je désirerais trouver ?
Un seul ouvrage est nécessaire :
Si votre sœur reste à l'écart Dans une amoureuse prière, Elle a choisi la bonne part !
Oui, cette part est la meilleure, | Je le proclame dès ce jour;
O Marthe ! venez à cette heure
Partager ce repos d'amour.
Marthe.
Je le comprends enfin, Jésus, bonté suprême !
Votre divin regard a pénétré mon cœur.
Tous mes dons sont trop peu : c’est mon âme elle-même Que je dois vous offrir, Ô très aimant Sauveur !
Jésus.
Oui, c’est votre cœur que j’envie.
Jusqu'à lui, je viens m’abaisser :
Les cieux et leur gloire infinie, Pour lui, j’ai voulu délaisser.
Marthe.
Pourquoi, divin Sauveur, avez-vous, de Marie, Fait un si grand éloge à Simon le lépreux P
Il me semble pourtant, que, dans toute sa vie, Vous auriez dû compter plus d’un jour orageux.….
Jésus à Béthanie.
Jésus.
J'ai su comprendre le langage, D'un cœur par l’amour entraîné ; Celui-là chérit davantage
A qui l’on a plus pardonné...
Marthe.
Oh ! qu’il en soit ainsi, je m’en étonne encore; Car vous m'avez, Seigneur, épargné le danger ;
Je vous dois mon amour, puisque dès mon aurore Vous avez bien voulu me suivre et protéger.
Jésus.
Il est bien vrai qu’une âme pure, Le chef-d'œuvre de mon amour, Devrait, sans aucune mesure, M'’aimer, me bénir sans retour.
Vous m'avez charmé dès l’enfance Par votre grande pureté;
Mais, si vous avez l’innocence, Madeleine a l'humilité.
Marthe.
Jésus, pour vous ravir, je veux toute ma vie Mépriser les honneurs, la gloire des humains; En travaillant pour vous, j'imiterai Marie,
Ne recherchant jamais que vos regards divins.
Jésus.
Ainsi vous sauverez les âmes,
Et les attirerez vers moi;
Bien loin, vous porterez mes flammes Avec le flambeau de la foi.
Marthe et Marie-Madeleine.
Votre voix, doux Jésus, est une mélodie
Qui nous ravit d'amour, enflammant notre cœur. Restez donc avec nous pour charmer notre vie; Restez ici toujours, aimable Rédempteur !
Poésies. — Troisième partie.
Jésus.
Je suis heureux à Béthanie,
Je m’y reposerai souvent;
Et votre Dieu, dans la patrie, Se montrera reconnaissant.
Vous avez compris le mystère
Qui m'a fait descendre en ces lieux :
L’âme intérieure m’est chère,
Bien plus que la gloire des cieux.
Cette gloire, un jour, sera vôtre, Et tous mes biens seront à vous; Honneur comparable à nul autre :
Vous m'’appellerez votre Epoux !
Ici-bas, fidèles amies,
Vous vous chargez de me nourrir; Au festin des noces bénies,
Je me ceindrai pour vous servir.
29 juilleb 1805.
Prière de l'enfant d'un Saint. 499
Prière de l'enfant d’un Saint.
A son bon Père, rappelé à Dieu le 29 juillet 1894.
Rappelle-toi qu’autrefois sur la terre Ton seul bonheur était de nous chérir; De tes enfants exauce la prière, Protège-nous, daigne encor nous bénir !
Tu retrouves là-haut notre mère chérie, Depuis longtemps déjà dans la sainte patrie; Maintenant, dans les cieux, Vous régnez tous les deux...
Veillez sur nous !
Rappelle-toi ton ardente Marie,
Celle qui fut la plus chère à ton cœur;
Rappelle-toi qu’elle remplit ta vie,
Par son amour, de charme et de bonheur. Pour Dieu, tu renonças à sa douce présence, Et tu bénis la main qui t'offrait la souffrance.
De ton beau « diamant ! »
Toujours plus scintillant, Oh ! souviens-toi !
Rappelle-toi ta belle « perle fine », Que tu connus faible et timide agneau; Vois-la, comptant sur la force divine, Et du Carmel conduisant le troupeau.
De tes autres enfants elle est aujourd’hui mère, Viens guider ici-bas celle qui t'est si chère; Et sans quitter le ciel, De ton petit Carmel, Oh ! souviens-toi.…
1 « Diamant » et « perle fine », surnoms donnés aux deux afnées.
Poésies. — Troisième partie.
Rappelle-toi cette ardente prière
Que tu formas pour ta troisième enfant.
Dieu l’entendit !.… elle estime la terre Un lieu d’exil et de bannissement.
La Visitation la cache aux yeux du monde, Elle aime le Seigneur, sa douce paix l’inonde ; De ses brûlants soupirs,
De ses ardents désirs, Oh ! souviens-toi…
Rappelle-toi ta fidèle Céline Qui fut pour toi comme un ange des cieux, Lorsqu'un regard de la Face divine Vint t’éprouver par un choix glorieux.
Tu règnes dans le ciel... sa tâche est accomplie; Maintenant à Jésus elle donne sa vie. Protège ton enfant Qui redit bien souvent :
Rappelle-toi !…
Oh ! souviens-toi de ta « petite reine », Du tendre amour dont son cœur déborda… Rappelle-toi que sa marche incertaine Ce fut toujours ta main qui la guida.
Papa, rappelle-toi qu’aux jours de son enfance Tu voulus pour Dieu seul garder son innocence. Ses boucles de cheveux Qui ravissaient tes yeux, Rappelle-toi !
Rappelle-toi que dans le belvédère, Tu l’asseyais souvent sur tes genoux, Et, murmurant alors une prière, Tu la berçais par ton refrain si doux !
Elle voyait du ciel un reflet sur ta face, Quand ton regard profond se plongeait dans l’espace. Et de l'éternité Tu chantais la beauté, Rappelle-toi !
Prière de l'enfant d'un Saint. Sor
Rappelle-toi ce radieux dimanche Où, la pressant sur ton cœur paternel, Tu lui donnas une fleurette blanche, Et lui permis de voler au Carmel.
O père, souviens-toi qu’en ses grandes épreuves, Du plus sincère amour tu lui donnas des preuves; A Rome après Bayeux Tu lui montras les cieux; Rappelle-toi !
Rappelle-toi que la main du Saint-Père, Au Vatican, sur ton front se posa; Mais tu ne pus comprendre le mystère Du sceau divin qui sur toi s’imprima. Maintenant tes enfants t’adressent leur prière; Ils bénissent ta croix et ta douleur amère | Sur ton front glorieux Rayonnent dans les cieux
Neuf lis en fleurs !
Août 1804.
st E REA Re) (eue Dune RSR EE nue DA ST ee LR Bye Dh 0 SN DE A D mine nn, UT NE ee ne ee 502 Poésies. — Troisième partie.
Ge que j'aimais...
Composé à la demande de sa sœur Céline pendant son noviciat.
Air : Combien j'ai douce souyenance.
J'ai en mon Bien-Aimé les montagnes, Les vallées solitaires et boisées, Les îles étrangères, Les fleuves retentissants, 5 Le murmure des zéphyrs amoureux.
La nuit paisible, Pareille au lever de l’aurore:
La musique silencieuse, La solitude harmonieuse, Le souper qui charme et qui accroît l'amour.
(SAINT JEAN DE LA CRoIx.)
Oh ! que j'aime la souvenance Des jours bénis de mon enfance !
Pour garder la fleur de mon innocence, Le Seigneur m’entoura toujours D'amour.
Aussi, malgré ma petitesse, À Dieu je donnai ma tendresse ; Et de mon cœur s’échappa la promesse D’épouser le Roi des élus, Jésus.
LE
Ce que j'aimais. 503
J'aimais, au printemps de ma vie, Saint Joseph, la Vierge Marie ; Déjà mon âme se plongeait ravie Quand se reflétaient dans mes yeux Les cieux !
J'aimais les champs de blé, la plaine, J’aimais la colline lointaine ; Dans mon bonheur, je respirais à peine, En moissonnant avec mes Sœurs, Les fleurs.
J’aimais à cueillir les herbettes, Les bleuets, toutes les fleurettes ; Je trouvais le parfum des violettes Et surtout celui des coucous Bien doux. 9
Jaimais la pâquerette blanche, Les promenades du dimanche, L'oiseau léger gazouillant sur la branche, Et l’azur toujours radieux Des cieux.
J'aimais à poser chaque année Mon soulier dans la cheminée ; Accourant dès que j'étais éveillée, Je chantais la fête du ciel : Noël!
De maman, j'aimais le sourire, Son regard profond semblait dire :
« L’éternité me ravit et m'attire, « Je vais aller dans le ciel bleu « Voir Dieu!
« Je vais trouver dans la patrie « Mes anges, la Vierge Marie.
« De mes enfants que je laisse en la vie, « À Jésus j'offrirai les pleurs, « Les cœurs ! »
504 Poésies. — Troisième partie.
Oh ! que j'aimais Jésus-Hostie Qui vint, au matin de ma vie, Se fiancer à mon âme ravie !
Oh! que j’ouvris avec bonheur 4 Mon cœur !
J’aimais encore, au belvédère Inondé de vive lumière, A recevoir les doux baïsers d’un père, À caresser ses blancs cheveux Neigeux.
Sur ses genoux, étant placée Avec Thérèse, à la veillée, Je m’en souviens, j'étais longtemps bercée, J'entends encor, de son doux chant, L'accent.
O souvenir ! tu me reposes. Tu me rappelles bien des choses.
Les repas du soir, le parfum des roses, Les Buissonnets pleins de gaité 1°êté,
A l’heure où tout vain bruit s’apaise, J'aimais à confondre à mon aise Mon âme avec celle de ma Thérèse; Je ne formais avec ma sœur Qu'un cœur |
Alors nos voix étaient mêlées, Nos mains, l’une à l’autre enchaînées ; Ensemble, chantant les noces sacrées, Déjà nous rêvions le Carmel, Le ciel!
De la Suisse et de l’Italie, Ciel bleu, fruits d’or, m’avaient ravie.
J'aimai surtout le regard plein de vie Du saint Vieillard, Pontife-Roi, Sur moi.
Ce que j'aimais... 505 a M EM ET EN AN ER Avec amour je t'ai baisée, Terre sainte du Colysée !
Des Catacombes la voûte sacrée 4 . À répété bien doucement Mon chant.
Mon bonheur fut suivi de larmes; Bien grandes furent mes alarmes!
De mon Epoux je revêtis les armes, Et sa croix devint mon soutien, Mon bien.
Alors j'aimais, fuyant le monde, Que l’écho lointain me réponde; En la vallée ombragée et féconde Je cueillais, à travers mes pleurs, Les fleurs.
J’aimais, de la lointaine église, Entendre la cloche indécise.
Pour écouter les soupirs de la brise, Dans les champs j'aimais à m’asseoir Le soir.
J’aimais le vol des hirondelles, Le chant plaintif des tourterelles ; Avec plaisir j’entendais le bruit d’ailes De l’insecte au bourdonnement Bruyant.
J'aimais la perle matinale Ornant la rose de Bengale ; J'aimais à voir l’abeille virginale Préparer sous les feux du ciel Le miel.
J’aimais à cueillir la bruyère; Courant sur la mousse légère, Je prenais, voltigeant sur la fougère, Les papillons au reflet pur D’azur.
Poésies. — Troisième partie.
J'aimais le ver luisant dans l’ombre, J’aimais les étoiles sans nombre.
Surtout j'aimais l’éclat, en la nuit sombre, De la lune au disque d’argent Brillant.
À mon père, dans sa vieillesse, J’offrais l’appui de ma jeunesse. Il m'était tout : bonheur, enfant, richesse.
Ah ! je l’embrassais tendrement Souvent.
Nous aimions le doux bruit de l’onde, L’éclat de l’orage qui gronde; Le soir, en la solitude profonde, Du rossignol au fond du bois La voix.
Mais un matin son beau visage Du Crucifix chercha l’image...
De son amour il me laissa le gage, Me donnant son dernier regard :
Ma part!
Et de Jésus la main divine Prit le seul trésor de Céline, Et, l’emportant bien loin de la colline, Le plaça près de l’Eternel, Au ciel!
Maintenant je suis prisonnière, J'ai fui les bosquets de la terre, J'ai vu que tout en elle est éphémère, J'ai vu tout mon bonheur finir, Mourir !
Sous mes pas l’herbe s’est meurtrie, La fleur en mes mains s’est flétrie… Jésùs, je veux courir en ta prairie, Sur elle ne marqueront pas :
Mes pas.
Re DMC. De
Ce que j'aimais.
Comme un cerf, en sa soif ardente, Soubpire après l’eau jaillissante, O Jésus, vers toi j’accours défaillante :
Il faut, pour calmer mes ardeurs, Tes pleurs.
C’est ton seul amour qui m'’entraîne; « Mon troupeau je laisse en la plaine, « De le garder je ne prends pas la peine » ; Je veux plaire à mon seul Agneau Nouveau.
Jésus, c’est toi l’Agneau que j'aime; Tu me suffis, Ô Bien suprême!
En toi j'ai tout : la terre et le ciel. même ; La fleur que je cueille, Ô mon Roi, C'est toi!
Jésus, beau lis de la vallée, Ton doux parfum m'a captivée.
Bouquet de myrrhe, Ô corolle embaumée, Sur mon cœur je veux te garder, T’aimer!
Toujours ton amour m’accompagne ; En toi jai les bois, la campagne, J'ai les roseaux, la lointaine montagne, La pluie et les flocons neigeux Des cieux.
En toi, Jésus, j'ai toutes choses, J'ai les blés, les fleurs demi-closes, Myosotis, boutons d’or, belles roses ; Du blanc muguet, j’ai la fraîcheur, L’odeur.
J'ai la lyre mélodieuse,
La solitude harmonieuse, Fleuves, rochers, cascade gracieuse, Le doux murmure du ruisseau,
L'oiseau.
Poésies. — Troisième partie.
J'ai l’arc-en-ciel, j’ai l’aube pure, Le vaste horizon, la verdure; J'ai l’île étrangère et la moisson mùre, Les papillons, le gai printemps, Les champs.
En ton amour je trouve encore Les palmiers que le soleil dore, La nuit pareille au lever de l’aurore; En toi je trouve pour jamais
La paix!
J’ai les grappes délicieuses, Les libellules gracieuses, La forêt vierge aux fleurs mystérieuses ; J’ai tous les blonds petits enfants, Leurs chants.
En toi jai sources et collines, Lianes, pervenche, aubépines, Frais nénuphars, chèvrefeuille, églantines, Le frisilis du peuplier Léger.
J’ai l’avoine folle et tremblante, Des vents la voix grave et puissante, Le fil de la Vierge et la flamme ardente, Le zéphir, les buissons fleuris, Les nids.
En toi j’ai la colombe pure; En toi, sous ma robe de bure, Je trouve joyaux et riche parure, Colliers, bagues et diamants Brillants.
J'ai le beau lac, j’ai la vallée Solitaire et toute boisée ; De l'Océan j’ai la vague argentée, Perles, corail, trésors divers Des mers.
Ce que j'aimais...
J'ai le vaisseau fuyant la plage, Le sillon d’or et le rivage ; Jai, du soleil festonnant le nuage Alors qu’il disparaît des cieux, Les feux.
En toi j'ai la brillante étoile ; Souvent ton amour se dévoile, Et j’aperçois comme à travers un voile, Quand le jour est sur son déclin, Ta main!
O toi qui soutiens tous les mondes! Qui plantes les forêts profondes ; D'un seul coup d'œil, toi qui les rends fécondes, Tu me suis d’un regard d'amour Toujours!
J'ai ton Cœur, ta Face adorée, De ta flèche je suis blessée.
J’ai le baiser de ta bouche sacrée, Je t'aime et ne veux rien de plus, Jésus !
J'irai chanter avec les Anges De l’amour sacré les louanges.
Fais-moi voler bientôt en leurs phalanges.
O Jésus, que je meure un jour D'amour !
Attiré par sa transparence, Vers le feu l’insecte s’élance ; Ainsi ton amour est mon espérance, C’est en lui que je veux voler, Brûler…
Je l’entends déjà qui s'apprête, Mon Dieu, ton éternelle fête !
Aux saules, prenant ma harpe muette, Sur tes genoux je vais m’asseoir, Te voir!
510 Poésies. — Troisième partie.
Près de toi, je vais voir Marie, Les Saints, ma famille chérie ; Je vais, après l’exil de cette vie, Retrouver le toit paternel Au ciel...
28 avril 1805.