‹ La bienheureuse Thérese de l'Enfant-Jésus (volume 2)Chapitre 78 sur 115 · RAPPORT DE M, LETOURNEUR, ONCLE DE M'° MARIA DUCREUX · texte numérisé non relu

RAPPORT DE M, LETOURNEUR, ONCLE DE M'° MARIA DUCREUX

6 décembre 1919.

Ma nièce, Maria Ducreux, fut toujours d’une constitution débile, et subit même, vers l’âge de 11 à 12 ans, des maladies sérieuses. Cependant, sa santé s’altéra davantage dans la suite, et le 3 octobre 1913, elle dut prendre le lit. | K

Depuis peu fixé à Roubaix, je fis aussitôt mander le Dr Lerat, qui constata un état général très grave : douleurs violentes dans la tête au point de faire craindre une fièvre cérébrale, tuberculose au 2° degré, toux opiniâtre, avec une température de 40°. Le lendemain, la pauvre enfant étant plus mal, je priai son directeur de venir la confesser et on lui administra immédiatement le sacrement de l’Extrême-Onction. Ensuite, pendant dix jours, Maria demeura sans connaissance ef apparence de vie, à part les battements très faibles du cœur. Elle ne revint à elle que pour voir s’accroître ses maux, car elle fut prise aussitôt de fortes coliques, et de vomissements avec hématémèse : « C’est une question de temps, d'heures même, me dit le médecin, il n’y a aucun espoir de la sauver actuellement, songez à vos dispositions dans cette éventualité. »

Et cependant, la situation empira davantage encore : foie malade et paralysie du côté gauche, et enfin, vers le 15 décembre, apparut une dernière et terrible complication, une plaie cancéreuse qui se forma à la lèvre inférieure du côté gauche, et qui s’étendit bientôt à l’intérieur de la bouche ; le docteur en augura si mal, qu’il aurait pratiqué séance tenante l’ablation d’une partie de cette lèvre ulcérée, si la faiblesse de la malade ne l’en cût empêché. Le 21 décembre il me prévint que la mort était imminente, et que si, par extraordinaire, la jeune fille passait la nuit, il se risquerait le lendemain à tenter l'opération inévitable.

Au plus fort de ses souffrances, ma nièce conserva toujours une remarquable énergie morale, et cherchaïit dans sa piété le courage de supporter tant d'épreuves. *

Elle communiait chaque semaine de la maïn de M. l’abbé Bègue, son directeur, qui lui faisait avaler difficilement une parcelle de la sainte Hostie ; lui et les Sœurs du Saint-Sauveur, qui l’assistaient jour et nuit, admiraient sa résignation, qui jamais ne se démentit.

Le 22 décembre 1913, avant-veille de la clôture d’une neuvaine que Maria faisait à S' Thérèse de l’Enfant-Jésus, pour obtenir la grâce d’une sainte mort, notre chère malade reçut la sainte Communion à 8 h. 15 du matin. Peu après, alors que la religieuse qui l’avait veillée toute la nuit s’apprêtait à la quitter, elle s’écria : « Je veux me lever, mes douleurs sont trop grandes, je ne puis plus rester au lit. » Sœur Virginie ne comprenant rien à cette surexcitation essaya de la calmer, et la persuada

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de rester au lit jusqu’à son retour. Après son départ, la pauvre patiente appela la bonne et lui fit la même demande, puis elle ajouta : « Je prendrais bien quelque nourriture. » Tout intriguée et n’osant assumer cette responsabilité, la servante vint me trouver. « Donnez-lui tout ce qu’elle voudra », lui dis-je, car je ne me sentais pas le cœur de rien refuser à la chère mourante. La bonne présenta donc à Maria un peu de cacao qu’elle prit sans difficulté ; à ce moment, se passa un fait non moins étrange: le bandeau qui tenait le pansement sur les lèvres se détacha de lui-même et tomba, sous le travail de la cicatrisation qui s’opérait soudain par une action surnaturelle.

Soulevée alors par une irrésistible impulsion, la jeune fille, aidée par une main invisible, se leva seule, traversa l’appartement, et se dirigea vers la cuisine, où la brave servante se crut trouver mal en l’apercevant ; à mon tour, en voyant ainsi ma nièce debout, je fus tellement saisi que la parole me manqua; puis, regardant la lèvre, je constatai qu’il n’y avait plus trace de plaie ; je fis marcher Maria, à plusieurs reprises je l’obligeai à faire la génuflexion, ce à quoi elle se prêta aisément ; donc plus de paralysie du côté gauche, plus de sifflement dans la poitrine, en un mot, la guérison était complète. Nous avions confiance en Ja petite Sœur Thérèse, mais jamais nous n’aurions osé espérer une telle manifestation de sa bonté. Et tout émus, nous remerciâmes la sainte sur-lechamp par une ardente prière.

Je prévins immédiatement M. l'abbé Bègue, qui pensait à la délivrance de ma pauvre enfant par la mort ; il fallut, pour le convaincre, que notre miraculée se montrât à lui.

Je fis appeler aussi le Dr Lerat, qui arriva croyant constater le décès, et demeura stupéfait quand la malade lui ouvrit elle-même la porte. Il l’ausculta, l’examina, et dut vérifier à son tour qu’il n’y avait plus de lésions pulmonaires, plus de paralysie, ni de plaie à la lèvre, et il se retira très impressionné.

Le lendemain 23 décembre, ma nièce mangea avec nous des moules et de la salade sans en être nullement incommodée. Le 25 décembre, jour de Noël, je l’accompagnai à une messe d’actions de grâces où 5e communia. Depuis, elle continue-d’assister tous les matins à la messe à jeun, et dès le début de janvier 1914, elle visitait et soignait les malades pauvres. Sa santé ne s’est pas démentie depuis cette époque, et, il y a trois mois, une épreuve radioscopique confirmait qu’il n’existait aucun vestige de lésions dans les poumons.

Tels sont les faits que je certifie parfaitement exacts, sur la guérison subite de ma nièce.

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