TÉMOIGNAGE DU FRÈRE DELEHAIS
membre depuis trente ans de la Société des Amis des Pauvres.
Société des Amis des Pauvres, 46, rue de l’Arbre-Sec, Paris.
; 14 novembre 1915.
Pendant le séjour que j’ai fait à Boulogne-sur-Mer, au cours des années 1912, 1913 et 1914, je me suis trouvé en rapport avec la famille Pottot, demeurant rue Saint-Pol.
Pendant ces trois années, j’ai vu leur jeune fils dans un état lamentable. Il avaït à la joue droite une grosseur énorme, suppurante, qui le torturait horriblement et faisait peine à voir.
J’apprends que cet affreux mal a disparu subitement, à la suite de prières à la Sœur Thérèse de l’Enfant-Jésus, Carmélite de Lisieux, C’est un vrai miracle, je ne puis m'empêcher de le dire, car, après avoir vu l’état pitoyable du jeune infirme, je ne pouvais, comme tout le monde, attendre que sa mort.
J. DELEHAIS.
EXTRAIT D'UNE LETTRE DE Ml: CARDON adressée au Carmel, le 7 octobre 1916.
Dimanche dernier, 1er octobre, Sa Grandeur Mgr Lobbedey, évêque d'Arras, a daigné venir chez moi pour voir Arthur Pottot et se faire raconter les circonstances extraordinaires de sa guérison. En voyant l’état actuel de l’enfant, Monseigneur s’est écrié : « Maïs c’est un véritable miracle ; je lui accorde tout mon appui. »
Suivent les pièces justificatives :
1° Certificat du D: Houzel médecin curant au dispensaire de la Croix- Rouge de Boulogne-sur-Mer.
20 Certificat du même docteur constatant la guérison complète.
3° Certificat du D: de Backer, de la Faculté de Paris, qui a examiné Fenfant à Boulogne-sur-Mer, le 24 mai 1916.
Nota. — Il est de notoriété publique en France, que les pauvres et les enfants surtout, présentés aux consultations des hôpitaux, n’y laissent pas de trace ; c’est pourquoi on ne peut avoir les certificats des médecins qui ont examiné Arthur Pottot en passant, et n’ont jamais été appelés chez lui. On n’a pu les retrouver, malgré les recherches faites au nom de Sa Grandeur Monseigneur l’Evêque d’Arras, par M. le chanoïne Sete curé de la paroisse Saint-Michel de Boulogne.
(La femme Pottot est mère de dix enfants, son mari est garçon bou-
langer.)
518 La Bienheureuse Thérèse dé lEnfant-Jésus.
Guérison subite d’une jeune fille atteinte de tuberculose et d’un ulcère à la lèvre.
RELATION DE LA R“ MÈRE SUPÉRIEURE DES DAMES DE LA SAINTE-FAMILLE À ROUBAIX
Roubaix (Nord), le 13 mai 1919.
Mie Maria Ducreux, âgée aujourd’hui de 28 ans, était depuis son enfance d’une santé très précaire. En grandissant, la tuberculose dont elle avait le germe s’aggrava, et, vers l’âge de 10 ans, s’y ajouta une coxalgie. Plus tard, le cœur se prit, il se forma un ulcère à l’estomac et un autre à la lèvre inférieure, appelé par le docteur Lerat « uncro venimeux ».
La pauvre jeune fille dut s’aliter le 3 octobre 1913; avec une fièvre persistante, des insomnies totales et une toux sèche et opiniâtre, symptômes qui révélaient nettement le caractère aigu du mal, et la congestion des poumons. Bientôt, elle ne put supporter aucune alimentation même liquide, et eut de fréquentes hémorragies.
Très pieuse, Mille Ducreux, après avoir fait deux neuvaines à Sr Thérèse de l’Enfant-Jésus pour obtenir sa guérison, en commença une troisième, le 13 décembre de cette même année 1913, demandant simplement, cette fois, la grâce d’une sainte mort.
Au cours de cette neuvaine, ses douleurs s’accrurent, mais elle eut la consolation de voir à diverses reprises son angélique Protectrice, ce qui soutint son courage. Le 22 décembre, au matin, elle éprouva une souffrance violente dans tout son être, et comme un impérieux désir de se lever, mais la religieuse du Saint-Sauveur qui la soignaït le lui interdit formellement. Vers 8 heures, M. l’abbé Bègue, vicaire à Saint-Martin, et son directeur, vint lui apporter la sainte Communion. Peu après son action de grâces, la malade, bien qu’en proie à des douleurs plus vives que jamais, réclama à manger. Chose étonnante, elle prit un peu de cacao et le garda très bien. Enfin, tout à coup, le bandage qu’elle portait sur la bouche se détache de lui-même et tombe. Alors, n’y tenant plus, elle sort du lit, où elle était clouée depuis près de trois mois, et se dirige seule vers la cuisine, où la servante, à sa vue, manque de se trouver mal. De là, l’heureuse privilégiée se rend dans la chambre de M. Letourneur, son oncle, qui lui tient lieu de père, et celui-ci ne peut en croire ses yeux. La lèvre et la langue sont redevenues parfaitement saines, la miraculée n'éprouve pas la moindre souffrance, et se sent complètement guérie. Tout s’était accompli en moins d’un quart d’heure. Elle fait mander son confesseur et va au-devant de lui. Il reste émerveillé et ne peut retenir ses larmes. Le D: Lerat, qui la traitait, appelé à son tour, demeure interdit, et proteste qu’il y a là un fait miraculeux, car il s’attendait à l’an-
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nonce du décès. Il examine soigneusement Mie Ducreux, l’ausculte, et ne découvre absolument plus de trace de ses maux anciens et si caractérisés. Sa jambe enflée et atteinte de sciatique, ne présentait rien d’anormal; plus de trace de congestion au poumon, ni d’ulcère au visage. . Ledit médecin fut si frappé, qu’il proposa lui-même un témoignage écrit.
Le jour de Noël, la jeune fille allait à une messe d’action de grâces, et dès janvier 1914, elle mettait ses forces au DRE des HE et de l'assistance des malades.
Le lendemain de sa guérison, elle eut à nouveau la céleste visite de Sr Thérèse, tout auréolée de gloire, et d’une voix douce, la sainte lui dit : « Je suis la petite Servante du Seigneur, envoyée de Dieu pour vous faire connaître sa volonté. » Elle lui fit promettre ensuite de communier chaque jour, et lui donna certains conseils personnels de perfection, puis disparut. :
Le directeur de Mile Ducreux crut plus prudent, à l’époque, d’exiger d’elle un délai d’un an avant de faire savoir ces faits au Carmel de Lisieux, désirant les voir confirmés par l’épreuve du temps. Mais, sur ces entrefaites, la guerre ayant éclaté, toute communication devint impossible entre la ville occupée par l’ennemi et le reste de la France. D’ailleurs, d’autres événements marquèrent encore pendant ces années d’angoisse là protection de la petite sainte en faveur de la pieuse jeune fille. Celle-ci faisant une retraite dans notre maison de la Sainte-Famille de Roubaix, au mois d’août 1916, priait avec ardeur sa sainte Bienfaitrice pour la France, la suppliant de lui manifester par quelque signe
qu’elle s’occupait du salut de notre Patrie. Pendant cette neuvaine, le 22 août, des parfums très pénétrants d’encens mêlé de fleurs, envabhirent la chambre occupée par notre retraitante, et se répétèrent avec une telle intensité les jours suivants que l’autorité ecclésiastique s’en émut, et voulut constater par elle-même ce cas merveilleux. Un rapport documenté sur la guérison de M'ie Ducreux et les mystérieux parfums fut rédigé, et déposé ensuite entre les mains de Mgr l’Evêque de Lille.
L'un des témoins les plus autorisés, M. le Vicaire général Descamps, a daigné prendre connaissance de la présente relation, et la munit de son approbation, n’y trouvant, dit-il, aucun détail inexact, ni aucune affirmation qui ne soit pleinement justifiée.
- Sr DANGER, supérieure.
RELATION PERSONNELLE DE Mie DUCREUX
communiquée au Carmel de Lisieux en mai 1919.
J'avais toujours été d’une santé délicate, quand, le 3 octobre 1913, le mal qui me minait depuis longtemps prit une forme aiguë, et je dus
m'aliter. Je soufirais énormément de la tête, avec une toux sèche et persistante, preuve évidente, je le sais, de la tuberculose. Le D: Lerat, appelé le 4 octobre, reconnut en outre des symptômes de grippe. Pendant plusieurs jours, épuisée par la fièvre, je perdis totalement conscience de ce qui se passait autour de moi, et quand je revins de cet état étrange, le dixième jour, des coliques très fortes, suivies de vomissements continuels, accusèrent des troubles gastro-intestinaux. Je ne pouvais supporter la moindre nourriture, ni même parfois garder une simple gorgée d’eau ; ma langue était couverte d’une croûte épaisse, ma toux, un moment calmée, reparut avec une forte acuité, accompagnée de crachements de sang ; mon estomac était douloureux et le foie également atteint ; mes urines noirâtres et peu abondantes.
Le docteur qui me visitait deux fois dans la journée, me jugeait si bien perdue que déjà on avait pris les mesures pour mon cercueil.
En dehors de mon état si grave et de l’extrême faiblesse qui m’obligeaient à garder le lit, ma jambe gauche était si enflée que la marche m'aurait été absolument impossible. Depuis six mois, enfin, j'avais perdu tout sommeil.
Je traînai ainsi lamentablement jusqu’au 15 décembre, où se révéla à la lèvre inférieure un ulcère venimeux, que le médecin redoutait de voir se propager dans toute la bouche, si l’on n’intervenait sans retard par une opération. |
Seule, au milieu de tant de maux, la prière me soutenait, et, devant cette nouvelle complication, je commençai le 16 décembre une neuvaine à Sr Thérèse de l’Enfant-Jésus, pour obtenir la grâce d’une bonne mort. Mes souffrances redoublèrent pendant cette neuvaine. Maïs j’eus la joie d’être favorisée à deux reprises, dans les nuits des 20 et 21 décembre, d’une apparition de ma chère petite sainte.
Le lundi matin, 22 décembre, mon directeur, M. l’abbé Bègue, m’apporta, comme chaque semaïne, la sainte Communion. Bientôt après, je ressentis dans ma jambe gauche une douleur extrêmement violente, et -ne pouvant plus me tenir au lit, je voulus me lever. La religieuse gardemalade qui me soignaïit, S' Virginie, s’y opposa, disant qu’il me serait impossible de mettre le pied à terre. J’obéis donc malgré une voix intérieure qui me pressait de sortir du lit. Cependant, lorsque la Sœur dut me quitter pour visiter d’autres malades, j’appelai la servante et lui fis préparer un peu de cacao, que je digérai bien, puis, ô surprise, mon bandage, qui recouvrait l’ulcère du visage, tomba de lui-même. Alors
étant seule, je me sentis soulevée par une force mystérieuse et je me levai..
J'étais guérie. Je traversai plusieurs pièces de l’appartement jusqu’à la cuisine où la servante stupéfaite demeura tellement saisie qu’elle faillit se trouver mal. Je me rendis ensuite, toujours sans appui, dans la chambre de mon oncle et père adoptif, qui resta sans parole. Il m’examina, regarda ma lèvre, et constata que l’ulcère avait disparu.
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Pénétrés d’admiration et de reconnaissance, nous décidâmes de faire prévenir immédiatement mon confesseur et le Dr Lerat. Quand le prêtre arriva, je lui ouvris moi-même la porte, et il n’en pouvait croire ses yeux, m'ayant vue mourante le matin. Quant au médecin, il demeura interdit quand j’allai au-devant de lui, car il se croyait appelé pour enregistrer mon décès. Il m’ausculta et reconnut que la congestion des poumons avait complètement disparu, il examina ma jambe et la trouva également guérie. D'ailleurs, je ne toussais plus, et dès le repas de midi, j'avais mangé deux œufs, sans éprouver le moindre inconvénient. « C’est une guérison miraculeuse », déclara le docteur, et de fait, en un quart d heure, Sœur Thérèse m’avait ramenée du seuil de la tombe à une parfaite santé.
Le mardi 23 décembre, un peu avant minuit, ma sainte Bienfaitrice
daigna encore se montrer à moi, et cette fois se dit « envoyée de Dieu
pour me bénir ». Elle me récommanda la communion quotidienne et me donna quelques conseils pour l’avenir. Sa voix était harmonieuse et si douce ! Elle portait le costume de carmélite ét une auréole brillante entourait sa tête.
Trois jours après ma guérison, en la fête de Noël, j’assistai à la messe en action de grâces, et, depuis cette date, je me rendis chaque matin à l’église pour communier.
J’ai noté par écrit les événements à l’époque de leur accomplissement, M. l'abbé Bègue, mon directeur, ayant jugé prudent d’attendre une année avant de les faire connaître ; la guerre survint, et résidant en pays occupé, il me fut impossible d’envoyer ce rapport au Carmel de Lisieux avant la fin des hostilités.
Je ne puis aussi que confirmer les détails donnés par Sœur Danger, Supérieure de la Sainte-Famille de Roubaix, au sujet des autres manifestations surnaturelles et particulièrement des parfums que Sœur Thérèse voulut bien me prodiguer au cours de ces années douloureuses. Je la priais sans cesse pour notre pauvre patrie, et le 24 mai 1916, comme je la conjurais de donner la victoire à la France et lui demandais si la guerre durerait longtemps encore, elle me répondit : « Il ne vous est pas permis de sonder les desseins de Dieu, la France a beaucoup péché, il lui faut expier ses fautes ; vous-même, aidez à cette expiation. » Elle me fit alors baiser la terre et ajouta : « Dieu éclairera les généraux sur
la voie à suivre pour la victoire, à l’heure marquée par sa miséricordieuse
justice. »
Je certifie sincère et véritable tout ce qui est consigné ici, à la gloire
de Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus.
Maria DUCREUX.