‹ La bienheureuse Thérese de l'Enfant-Jésus (volume 2)Chapitre 99 sur 115 · RÉCIT DE LA MIRACULÉE · texte numérisé non relu

RÉCIT DE LA MIRACULÉE

C’est en avril 1915 (j'avais alors 23 ans), que je fus atteinte de tuberculose pulmonaire. Je commençai à cracher le sang, puis je me mis à tousser, et bientôt, je m'’affaiblis de plus en plus. Le médecin consulté jugea mon état grave : déjà les deux poumons étaient atteints et, dès l'hiver de cette même année, je dus m’aliter. Malgré tous les soins dont mes Supérieurs m’entourèrent, le mal empira à tel point qu’en août 1917, après avoir essayé sans succès tous les traitements, les docteurs durent s’avouer impuissants.

Les hémorragies étaient fréquentes et ma faiblesse extrême ; je reçus les derniers sacrements. J’avais fait le sacrifice de ma vie, et pourtant, je ne pensais pas devoir mourir ; au fond de mon cœur je conservais une confiance inébranlable en S' Thérèse de l’Enfant-Jésus. Depuis le jour où, pensionnaire chez les Ursulines de X. (Hollande), j'avais lu l'Histoire d’une Ame, Thérèse était devenue mon amie céleste et m'avait aidée en toutes circonstances. Aussi, dès le commencement de ma maladie, je l’avais chargée de demander à-Dieu ma guérison, si c'était sa sainte volonté ; je portais sa reliqué et je gardais son image tout près de mon

lit, me plaisant à lui répéter cette prière que j’enseignais autrefois à mes petites élèves ; la voici en allemand, ma langue maternelle :

Theresia Klein, du Seele rein, Gedenke mein beim Jesulein, Hilf mir so zu sein wie du, Theresia Klein.

Petite Thérèse, âme si pure, Souviens-toi de moi près de l’Enfant Jésus, Aide-moi à devenir telle que je te ressemble, petite Thérèse.

Cependant, la fièvre montait toujours : j’en étais arrivée, dans les premiers mois de 1918, à avoir 40° dès le matin. Un soir, à cette époque, notre Révérende Sœur Supérieure dit à mon infirmière : « Il faut supplier Sœur Thérèse de l’Enfant-Jésus de guérir assez notre chère malade pour qu’elle puisse au moins, de son lit, donner deux leçons par jour aux Sœurs qui font sa classe. Si cette petite sainte veut bien nous accorder cette grâce, je m'engage à la faire connaître et aimer de toute la maison. » Et toutes les religieuses ainsi que nos élèves commencèrent une neuvaine, puis une autre, mais le danger augmentait toujours.

Le Jeudi Saint, je me trouvai incapable d’absorber aucun aliment, j'avais de l’œdème au cou, et ma langue était devenue toute noire, si enflée qu’elle adhéraïit au palais. Enfin, le lundi, 8 avril, ma vie semblait toucher à son terme. M. l’Aumônier m'’avertit que ma fin était proche ; c’était l’avis du médecin. Je ne reconnaissais et n’entendais presque plus les Sœurs qui priaient auprès de mon lit. Pourtant, je remarquai que l’on avait allumé un cierge et que l’on me jetait souvent de l’eau bénite. L’agonie dura jusqu’au soir. Dans l’après-midi, ayant encore craché le sang, je demeurai si épuisée que je n’avais même plus la force d’ouvrir la bouche.

J’entendis Sœur Supérieure affirmer : « Elle expirera probablement dans la soirée ou cette nuit. »

A 9 heures, elle était encore là ; je ne distinguai pas les paroles qu’elle échangeaït avec l'infirmière, mais je comprenais qu’elle était triste de voir que la petite Thérèse ne nous exauçait pas.

S’approchant de mon lit, elle me dit :

« Thérèse pourrait vous sauver, maïs elle ne le veut sans doute pas, parce qu’elle est française et que vous êtes allemande. Elle sait bien que les Français sont en guerre contre nous. »

Comme elle disait ces mots, mes yeux se portèrent sur l’image de Sœur Thérèse, qui était posée près de mon lit et que je reconnus nettement ; en même temps, j’entendis cette parole : « Ne crains rien, tu guériras. »

Sœur Supérieure venait à peine de sortir que je me suis sentie tout à coup si heureuse, oh ! si heureuse, d’un bonheur inconnu. Puis, la même

Page 1