‹ La Bienheureuse Thérèse de l'Enfant-JésusChapitre 1 sur 34 · TOUS DROITS RÉSERVÉS · texte numérisé non relu

TOUS DROITS RÉSERVÉS

OFFICE CENTRAL de la B" THÉRÈSE

Lisieux (Calvados).

IMPRIMERIE St-PAÜL

36, boulevard de la Banque, Bar-le-Duc (Meuse).

Dépôt au Canada : J. Goyer, 90, avenue des Pins, ouest, Montréal. Dépôt aux Etats-Unis ; I. Farley, 442î Cilley Rd, Manchester, N. H.

PRÉFACE

A l’heure où la sainte Eglise élève au rang des Bienheureuses celle que l’on appelle depuis 26 ans, avec une familiarité si confiante, la petite Sœur Thérèse, il convient d’expliquer pourquoi il n’est pas donné, selon l’usage, une biographie nouvelle de l’angélique Vierge du Carmel de Lisieux.

Des personnages autorisés ont été unanimes à écarter tout essai de ce genre qui déflorerait, à leur avis, l’œuvre primitive, où l’âme idéale de la Servante de Dieu trace elle-même son histoire en des accents inimitables. Ces pages d’une fraîcheur et d’une envolée célestes ont laissé sous le charme les meilleurs écrivains, et opèrent chaque jour dans les âmes des transformations étonnantes. C’est un cantique d’amour divin, que pouvait seule moduler la lyre harmonieuse d’une sœur des Anges.

L’autobiographie de la Bse Thérèse de l’Enfant-Jésus se compose de trois parties. Par la première, Thérèse croyait répondre

PRÉFACE

uniquement au désir de Mère Agnès de Jésus, sa sœur Pauline, alors Prieure du monastère, qui lui avait dit en 1895 : « Ecrivez pour moi seule les souvenirs de votre enfance. » De là, le ton très simple de ces Mémoires fraternels.

Le IXe et le Xe chapitre, d’un style plus retenu, furent adressés, en 1897, à la Rde Mère Marie de Gonzague qui, l’année précédente, avait succédé à Mère Agnès de Jésus dans la charge de Prieure, après avoir déjà exercé cette charge, lors de l’entrée au Carmel, de la Prise d’Habit et de la Profession de la Bienheureuse.

Enfin, le XIe chapitre est écrit à Sr Marie du Sacré-Coeur — Marie, sœur aînée de la Servante de Dieu L

Bien que ces divers manuscrits aient été rédigés sans aucune division, il a été nécessaire, pour l’intelligence du texte, de les partager en chapitres. Mais avant d’en commencer la lecture, on aimera, sans doute, connaître les vertueux parents de notre héroïne. Un épisode de leur jeunesse, pieuse et touchante idylle, mérite d’être cité.

1 Le chapitre XII a été composé par les religieuses Carmélites, témoins des vertus et de la sainte mort de la Bienheureuse.

PREFACE

Voici d’ailleurs, en y ajoutant quelques détails supplémentaires, l’ancienne Introduction de 1’ « Histoire d’une Ame ».

Au mois de septembre 1843, un jeune homme de vingt ans gravissait, pensif et rêveur, la cime du Grand-Saint-Bernard : son regard profond et mélancolique brillait d’un pieux enthousiasme. Cette nature grandiose des Alpes faisait naître en son âme mille pensées généreuses, et, ne pouvant plus contenir le flot toujours croissant de son amoureuse louange, il s’arrêta longtemps et versa des larmes... Puis reprenant sa marche interrompue, il arriva bientôt au butde son voyage, au monastère béni qui, du haut de ces sommets, rayonne au loin comme un phare d’espérance et d’exquise charité.

Le vénérable Prieur, tout d’abord frappé de la beauté remarquable de son hôte, de l’expression loyale de ses traits, le reçut avec une particulière bienveillance. Il s’informa de ses parents, du lieu de sa naissance, et connut ainsi ses noms : Louis-Joseph-Stanislas Martin, né à Bordeaux, le 22 août 1823, alors

PPEFACE

que son père1, type de foi et d honneur, s y trouvait en garnison, avec le grade de capitaine.

Et maintenant sa famille habitait Alençon, où Louis était le préféré entre ses frères et sœurs.

Avait-il donc entrepris un tel voyage pour le seul motif de visiter en passant les beautés de ce pays enchanteur ? Il était si long le trajet de la Normandie à la Suisse, par les diligences et plus souvent encore, le bâton à la main ! Non, ce n’était pas un asile pour une nuit seulement qu’il venait solliciter en ces lieux, c’était un abri pour la nuit un peu plus longue de la vie...

« Mon bon jeune homme, lui dit alors le respectable religieux, vos études de latin sontelles terminées? »

Et sur la réponse négative de Louis :

« Je le regrette, mon enfant, car c’est une condition essentielle pour être admis parmi nos frères ; mais ne vous découragez pas, retournez dans votre pays, travaillez avec ardeur, et nous vous recevrons ensuite à bras ouverts. »

Chevalier de l’Ordre royal et militaire de Saint- Louis.

PREFACE

Notre voyageur reprit donc, un peu désenchanté, le chemin de sa patrie : ce jour-là, ne l’eût-il pas nommé plutôt le chemin de l’exil ? Cependant, il sentit bientôt que le monastère du Grand-Saint-Bernard ne serait, pour sa vie entière, qu’un doux souvenir, parce que sur lui le Seigneur avait d’autres desseins...

Dans la même ville d’Alençon, quelques années plus tard, une pieuse jeune fille au visage agréablement empreint d’une rare énergie, Mllc Zélie Guérin, se présentait, accompagnée de sa mère, à l’Hôtel-Dieu des Sœurs de Saint-Vincent de Paul. Elle voulait, depuis longtemps, y solliciter son admission ; mais dès la première entrevue, la Mère Supérieure, guidée par l’Esprit-Saint, lui répondit sans hésiter que telle n’était pas la volonté de Dieu. Zélie rentra donc sous le toit paternel, près de sa sœur aînée *, et de son jeune frère dont

1 Celle-ci, devenue bientôt après Sr Marie-Dosithée au monastère de la Visitation du Mans, s’y livra constamment à l’exercice de toutes les vertus. De son propre aveu, jamais elle ne commit, de propos délibéré, la faute la plus légère. Dom Guéranger, qui l’avait connue,

la citait comme un modèle de parfaite religieuse^

— L’EvêqueCdu Mans,* Mgr d’Outremont, de pieuse

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il sera plus d’une fois question dans« l’Histoire d’une Ame ».

Or, depuis sa démarche infructueuse, la jeune fille faisait bien souvent dans son cœur cette naïve prière : « Mon Dieu, puisque je ne suis pas digne d’être votre épouse comme ma sœur, j’entrerai dans l’état du mariage pour accomplir votre volonté sainte. Alors, je vous en prie, donnez-moi beaucoup d'enjants , et qu'ils vous soient tous consacrés. »

Le Seigneur réservait à cette âme d’élite le vertueux jeune homme dont nous avons parlé, et, par un concours de circonstances providentielles, le i3 juillet 1 858, se célébraient, dans l’église N.-D. d’Alençon, leurs noces bénies.

Le soir même de ce jour, — une lettre intime nous l’a révélé — Louis confia à sa jeune compagne son désir de la regarder toujours comme sa sœur bien-aimée... Mais après de longs

mémoire, vint la visiter quelques jours avant sa mort et lui dit cette parole qui la combla de joie : « Ma fille, n ayez aucune crainte, où l’arbre tombe il demeure : vous allez tomber sur le Cœur de Jésus pour y demeurer éternellement. » Elle mourut le 24 février 1877, dans sa 48" année.

PRÉFACE

mois, partageant le rêve de son épouse, il • désira, comme j elle, voir leur union porter de nombreux fruits, afin de les offrir à Dieu, et put redire, alors, l’admirable prière du chaste Tobie : « Vous le saveq, mon Dieu , si je prends une épouse sur la terre, c’est par le seul désir d’une postérité dans laquelle soit béni votre nom dans les siècles des siècles. »

Neuf blanches fleurs germèrent de ce parterre choisi,' dont quatre, dès l’aurore, s’ouvrirent aux jardins célestes, tandis que les cinq autres s’épanouirent plus tard, soit dans l’Ordre du Carmel, soit dans celui de la Visitation.

Toutes furent dès le berceau consacrées à la Reine des lis, la Vierge Immaculée. Nous donnons ici leurs noms, en faisant remarquer le neuvième et dernier comme privilégié entre' tous, ainsi que l’on distingue, au neuvième choeur des Anges, celui des Séraphins :

Marie-Louise, Marie-Pauline, Marie-Léon ie, Marie-Hélène, morte à 4 ans et demi, Marie- Joseph- Louis, Marie- Joseph -Jean -Baptiste, Marie-Céline, Marie-Mélanie-Thérèse, morte à trois mois, Marie-Françoise-Thérèse.

Les deux enfants du nom de Joseph furent obtenus par la prière et les larmes. Après la

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naissance des quatre filles aînées, il fut demandé à Dieu, par l’intercession de saint Joseph, un « petit missionnaire », et bientôt parut ici-bas, plein de sourires et de charmes, le premier Marie-Joseph. Hélas ! il ne fit que se montrer à sa mère... Après cinq mois d’exil, il s’envolait au sanctuaire des Cieux ! Suivirent alors d’autres neuvaines plus pressantes ; à tout prix, il fallait obtenir à la famille un prêtre, un missionnaire. Mais « les pensées du Seigneur ne sont pas nos pensées, ses voies ne sont pas nos voies ». Un nouveau petit Joseph arriva plein d’espérances, et neuf mois ne s’étaient pas écoulés qu’il s’enfuyait de ce monde et rejoignait son frère aux Tabernacles éternels.

Alors, ce fut fini ; on ne demanda plus de missionnaire. Ah 1 si dès ce temps-là T’avenir avait livré son secret, quel océan de joie aurait inondé les cœurs! N’a-t-on pas écrit avec vérité : « Thérèse est maintenant un remarquable missionnaire , à la parole puissante et irrésistible, sa vie a un charme qui ne se perdra jamais, et toute âme qui se laissera prendre à cet hameçon ne restera ni dans les eaux de la tiédeur ni dans celles du péché. »

PRÉFACE

Ses parents eux-mêmes ne sont-ils pas aussi devenus missionnaires ?... Nous lisons aux premières pages de la traduction portugaise de 1’ « Histoire d’une Ame » cette touchante dédicace du R. P. Santana, religieux de la Compagnie de Jésus :

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