EXHALANT LE DERNIER SOUPIR
D’après un tableau de sa sœur.)
« Mon Dieu... je vous aime ! »
(Ses dernières paroles.)
LA Be0 THÉRÈSE DE L’ENFANT-JÉSUS — XII 3(>7
brillants de paix céleste et d’un bonheur indicible, un peu au-dessus de l’image de Marie.
Ce regard se prolongea l’espace d’un Credo, et son ârne séraphique, devenue la proie de Y Aigle divin, s’envola dans les cieux .
La Servante de Dieu avait dit quelques jours avant de quitter ce monde : « La mort d’amour que je souhaite, c’est celle de Jésus sur la croix. » Son désir fut pleinement exaucé : les ténèbres, l’angoisse accompagnèrent son agonie. Cependant, ne pou^ vons-nous pas lui appliquer aussi la prophétie sublime de saint Jean de la Croix, touchant les âmes consommées dans la divine charité :
« Elles meurent dans des transports admirables et des assauts délicieux que leur livre l’amour, comme le cygne dont le chant est plus mélodieux quand il est sur le point de mourir. C’est ce qui faisait dire à David que « la mort des justes est précieuse devant Dieu »; car c’est alors que les fleuves de l’amour s’échappent de l’âme, et s’en vont se perdre dans l’océan de l’amour divin. »
Aussitôt sa bienheureuse mort, la joie du dernier instant s’imprima sur son front, un ineffable sourire animait son visage. Nous lui mîmes une palme à la main, cette palme que, treize ans plus tard, on devait retrouver intacte dans le cercueil, lors de sa première exhumation.
En même temps, il commença à se produire dans
HISTOIRE D’UNE AME
Ja communauté certains faits extraordinaires dont voici quelques exemples : le premier, déjà raconté plus haut, est celui de la religieuse converse qui, baisant les pieds de l’angélique vierge et y appuyant son front avec foi et confiance, fut instantanément guérie d’une anémie cérébrale.
Une autre religieuse jouit d’un parfum de violettes très accentué, dans sa cellule où ne se trouvait aucune fleur. Une autre eut l’impression suave et fraîche d’un baiser donné par un être invisible. Deux sœurs encore aperçurent, l’une un rayon dans le ciel, l’autre une couronne lumineuse qui s’élevait de terre et se perdait dans les hauteurs du firmament.
Le samedi et le dimanche une foule nombreuse et recueillie ne cessa d’affluer devant la grille du chœur, contemplant dans la majesté de la mort « la petite reine » toujours gracieuse, et lui faisant toucher par centaines : chapelets, médailles, et jusqu’à des bijoux.
Dans cette foule, un enfant de dix ans respira un très fort parfum de lis, parfum inexplicable, puisque toutes les fleurs ornant le cercueil étaient artificielles.
Le 4 octobre, jour de l’inhumation, la dépouille mortelle de la Bienheureuse fut entourée d’une belle couronne de prêtres; cet honneur lui était dû : elle avait tant prié pour les âmes sacerdotales !
Enfin, après avoir été solennellement bénit, le précieux grain de froment fut jeté dans le sillon par les mains maternelles de la sainte Eglise...
LA B*« THÉRÈSE DE l’ENFANT-JÊSUS — XII 3C>9
Et depuis, elle s’est réalisée magnifiquement la parole du divin Moissonneur : « Si le grain de blé étant tombé à terre ne vient à mourir, il demeure seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruits. '> Le plus souvent, ici-bas, ces fruits demeurent cachés, mais le Seigneur, cette fois, devançant l’heure des révélations éternelles, veut que nous contemplions la moisson splendide qui blanchit de tous côtés sur la face de la terre...
Que la divine miséricorde en soit louée à jamais Elle, l’Auteur adorable de toutes ces merveilles.
La tombe de la Bienheureuse au Cimetière de Lisieux
avant la dernière exhumation de 192S où l’on rapporta le saint corps dans la Chapelle des Carmélites,
Lta f^ose effeuillée
Air : Le fil de la Vierge ou La Rose mousse.
Jésus, quand je te vois soutenu par ta Mère, Quitter ses bras»
Essayer en tremblant sur notre triste terre Tes premiers pas ;
Devant toi je voudrais effeuiller une rose En sa fraîcheur,
Pour que ton petit pied bien doucement repose Sur une fleur.
Cette rose effeuillée est la fidèle image,
Divin Enfant 1
Du coeur qui veut pour toi s immoler sans partage A chaque instant.
Seigneur, sur tes autels plus d’une fraîche rose Aime à briller ;
Elle se donne à toi, mais je rêve autre chose : C’est m’effeuiller...
La rose en son éclat peut embellir ta fête,
Aimable Enfant !
Mais la rose effeuillée, on 1 oublie, on la jette Au gré du vent...
La rose, en s’effeuillant, sans recherche se donne Pour n’être plus.
Comme elle, avec bonheur, à toi je m’abandonne, Petit Jésus !
HISTOIRE D’UNE AME
L’on marche sans regret sur des feuilles de rose, Et ces débris
Sont un simple ornement que sans art on dispose, Je l’ai compris...
Jésus, pour ton amour j’ai prodigué ma vie,
Mon avenir ;
Aux regards des mortels, rose à jamais flétrie,
Je dois mourir !
our toi je dois mourir, Jésus, beauté suprême, Oh ! quel bonheur I
Je veux en m’effeuillant te prouver que je t’aime De tout mon cœur.
Sous tes pas enfantins je veux avec mystère Vivre ici-bas ;
Et je voudrais encore adoucir au Calvaire Tes derniers pas...
Mai 1897.
Sr Thérèse de l’Enfant-Jésus.