ACTE DEUXIÈME
TANTE BACHE
Des injures oui...
Ça rompt le silence.
PAUL
Mesdames! Mesdames! Ce n'est pas le jour de dire du mal des maris.
TANTE BACHE
Et devant Henriette !
MADAME LEPIC
Elle aura son tour!
PAUL
Attendez !
TANTE BACHE
Oh! Tu ne ressembles pas à M. Baclie, mais plutôt à M. Lepic qui est d'une autre race.
MADAME LEPIC
Quand il veut, charmant causeur. A.h! j'en ai écoulé de jolies choses !
TANTE BACHE
Il les choisit ses mots, lui, et les pèse.
MADAME LEPIC
Un à un. Aujourd'hui il y met le temps!
TANTE BACHE
C'est un sage!
Ohl chère amie, une image! Je vous le prêterai.
PAUL
Mesdames!...
TANTE BACHE
Un penseur!...
MADAME LEPIC, regarde l'horloge.
Pourvu qu'il pense à revenir I
TANTE BACHE
Chose bizarre! Il m'attire et je le crains. Oh! cet ta demande en mariage!
PAUL
Tu ne vas pas reculer ?
TANTE BACHE
Non, non, je la ferai puisqu'il le faut, puisque c'est l'usage. Drôle d'usage! C'est toi qui vas te marier, et c'est moi!...
PAUL
Ma bonne tante !
TANTE BACHE
Oh! ne te tourmente pas; je serai brave. J'ai bien mes gants dans ma poche ! Oui, Des gants neufs 1 C'est leur première sortie. Mon cœur toque! Il me semble que je vais demander M. Lepic en mariage pour moil Qu'est-ce que je lui dirai, et comment le dirai-je?
Tu t'en tireras très bien!
TANTE BACHE
Très bieni très bien! Il ne faut pas me prendre pour une femme si dégourdie!
MADAME LEPIC
Soyez nette. La netteté avant tout !
TANTE BACHE
Oui. N'est-ce pas! toute ronde I
FÉLIX
Avec papa qui est carré, gare les chocs!
TANTE BACHE
Ahl
FÉLIX
Je dis ça pour vous prévenir I
TANTE BACHE
Oui, oui.
MADAME LEPIC
Et flattez-le d'abord.
TANTE BACHE
Vous me disiez d'être nette.
MADAME LEPIC
Avec de la souplesse et même de la ruse. Par exemple, dites-lui du mal des curés.
TANTE BACHE
A propos de quoi?
MADAME LEPIC
Il n'y a plus que ça qui lui fasse plaisir!
TANTE BACHE
Je ne pense pas de mal des curés !
FÉLIX
Vous vous confesserez après.
PAUL
Ma tante I reste naturelle, sois franche, — comme toujours! J'ai causé plusieurs fois avec M. Lepic, et il m'a fait l'impression d'un homme de sens, quoique spirituel.
TANTE BACHE
Spirituel ! Mon Dieu !
PAUL
Oh! il a de l'esprit, c'est incontestable, un esprit particulier, personnel, caustique ; mais je ne suis pas ennemi d'une certaine satire, même à mes dépens, pourvu qu'elle soit raisonnable, et, à ta place, je prendrais M. Lepic par la simple raison.
TANTE BACHE
J'essaierai !
Ou les belles manières, puisque vous trouvez qu'il en a.