RUE DE RIVOLI
Dans le courant de l'année 1890, le gouvernement allemand confiait à M. le D'' Grempler, de Breslau, une mission archéologique ayant pour but l'exploration de la Grimée et du Caucase. Il ouvrait en même temps un crédit à ce savant, afin qu'il pût acquérir, pendant son voyage, une collection d'antiquités destinée au Musée de Berlin. L'été dernier, le D' Grempler revenait de son expédition et rapportait le choix d'objets qu'il avait jugés les plus utiles aux études actuelles. J'ai l'honneur d'en déposer les photographies sous les yeux de nos confrères.
La série des fibules est excessivement remarquable ; mais je crois devoir signaler plus spécialement à l'attention de la Compagnie les bijoux présentant une certaine analogie avec ceux dont la présence est constatée fréquemment dans les nécropoles de l'Europe occidentale contemporaines de l'époque des invasions.
U BIJOUTBBIB DBS GOTHS EN KDSSIE.
Kertch; Musée de Berlin.
Les parures rapportées par te D' Grempler offrent un grand intérêt qui est considérablement augmenté par l'interprétation donnée par lui. Je suis heureux de me rencontrer en parfaite communauté d'idées avec cet archéologue, qui les considère comme des produits de l'art des Goths. Les Goths ont, en effet, joué un certain rôle dans la Russie méridionale, de Fan 300 à l'an 1000 après J.-C.
Dans un récent travail^, je faisais remarquer que M. Lindenschmit, inspirateur d'une véritable école, embrassait 9 sous la dénomination d'antiquités germaniques, tous les mobiliers funéraires des divers peuples barbares. Le directeur du Musée de Mayence n'a jamais jeté les regards au delà des limites de l'ancienne Germanie. Le D' Grempler, familiarisé avec les études comparatives et initié aux découvertes de la Russie méridionale, professe une opinion bien difiérente. Il attribue aux Goths le style très caractérisé de la bijouterie dont je me propose, aujourd'hui, de vous faire connaître, à mon tour, de nombreux spécimens. Cet ensemble vous montrera encore plus' clairement la part qu'il convient d'assigner à ce peuple dans la création de l'art original adopté par les Barbares et conservé par eux durant leur séjour en Occident. La question d'origine, telle que nous l'avons posée dès 1 887, compte donc maintenant des partisans en Allemagne, et ce pays a reconnu la nécessité de placer dans les vitrines du Musée de sa capitale quelques antiquités gothiques de la Russie, auprès des dépouilles sépulcrales des Franks et des Âlamans.