LA GRIMÉE
Il y a peu de temps, nous ne connaissions que
1. L*Art chez les Barbares à la chute de V empire romain. Extrait de V Anthropologie, 1890, t. I, n« 4. — Voir aussi : De l'influence de Vart des Goths en Occident, Paris, 1891.
peu de pièces découvertes en Crimée, les unes conservées au British Muséum S les autres dans la collection John Evans ^. Celles que le D' Grempler nous a signalées offrent des formes plus variées et plus significatives. Elles réunissent les caractères essentiels de la configuration et de la technique. Mais combien sont plus nombreux les produits analogues conservés en Russie ! Leur dispersion dans les collections publiques et privées rend, il est vrai, leur étude assez difficile.
Pendant longtemps, en Russie, on a nommé ces objets mérovingiens^. L'attention n'était pas
1. Antiquities of Kertch, D. Mac Pherson. Londres, 1857. — Transactions of the historic Society of Lancashire and ChC" shire, vol. X, 1858. — Roach Smith, Collectanea antiqua, vol. V, 1861, p. 14, pi. XIV. Ces diverses publications ont trait aux objets gothiques rapportés de Grimée figurant dans les vitrines du Musée britannique.
2. J. de Baye, Les bijoux gothiques de Kertch. Extrait de la Revue archéologique, 1888.
3. Dans le 3« fascicule des Antiquités russes publié récemment, en russe, par MM. Kondakoff et de Tolstoï (Saint- Pétersbourg, 1890, p. 145), nous trouvons la preuve d'une heureuse évolution. Elle est indiquée dans le passage suivant : « Beaucoup d'objets en Europe se rapprochent des trésors gothiques de Monza, des couronnes ^isigothiques d'Espagne et de la cuirasse de Ravenne. En admettant que les antiquités ornées de grenats appartiennent aux Goths, il serait facile de proposer l'hypothèse que ce genre d'ornementation était exclusivement propre à la nationalité des Goths et que par eux il a été transporté en Occident, dans tous les pays qu'ils ont parcourus. Actuellement, la dénomination d'antiquités gothiques semble prévaloir sur celle d'antiquités du style mérovingien. Cette dernière expression tire son origine
encore suffisamment fixée sur eux, leur nombre semblait relativement restreint et leur signification restait ignorée. La Russie méridionale, où ils se trouvent confinés, livre de si beaux et de si précieux trésors que la recherche exclusive des richesses dues à l'art scytho-grec a fait négliger Tétude des antiquités barbares. Ces antiquités peuvent être qualifiées de barbares^ par rapprochement avec leurs similaires d'Occident. Cependant, un savant russe m'écrivait récemment :
« J'aspire au moment où vous pourrez dire tout bonnement les Goths et non plus les Barbares^ car cette dernière expression nous embrouille, nous autres Orientaux ; elle est trop large. Nos ancêtres, les Scythes, les Slaves, les Finnois, sont aussi les Barbares comme tout l'Orient; et il nous est difficile de concevoir le mot barbare dans le sens plus étroit et inaccoutumé pour nous des races gothiques^. :»
La Crimée, bien certainement, est la région où les parures de cette sorte abondent (pi. IV). Le British Muséum, la collection John Evans et le Musée de Berlin possèdent peu de chose comparativement à l'Ermitage impérial, au Musée archéologique de Moscou, au Musée de Kertch et à quelques collections particulières de Russie. Je
de la découverte des objets du tombeau de Ghildéric. Les antiquités de ce genre que l'on trouve dans la Russie méridionale doivent avoir une signification déterminante dans la question de Torigine de cette orfèvrerie caractéristique. » 1 . Lettre de M. Serge Sloutsky. Moscou, 13/25 octobre 1890.
6 U BIJOUTERIE DES 60THS Elf BUSSIE.
mentionnerai plus spécialement les ornements entrés il y a peu de mois dans la collection de M. Nowikow* (pi. m).
Les antiquités de ce genre n'ont pas été seulement trouvées au mont Mithridate, mais sur plusieurs points de la presqu'île. Les seules explorations dirigées scientifiquement ont été opérées par MM. Alexis et Nicolas Kharousine sur la côte méridionale. Elles ont été publiées dans un mémoire qui a été offert à notre Compagnie^.
D'autres recherches dans les nécropoles gothiques ont été entreprises par M. Braun, privât docent de la langue gothique à l'Université de Saint- Pétersbourg^.
La Ghersonèse Taurique fut habitée par les Goths* avant l'invasion des Huns^. Ges derniers envahisseurs ne les ont point entièrement détruits
1. La collection Nowikow se trouve à Kertch. Les objets représentés sur la planche III ont été recueillis en 1890 sur le mont Mithridate, dans un tombeau. La collection de M. Jules Lemmé d'Odessa, si riche en joyaux scytho-grecs, possède aussi quelques pièces d'orfèvrerie cloisonnée provenant de Kertch.
2. A. Kharousine, Étude sur les anciens tombeaux de Gourzouff et de Gougouche sur la côte méridionale de la Crimée, Moscou, 1890. (En russe.)
3. M. Braun est l'auteur d'un très remarquable mémoire sur les Goths de Grimée : Die letzten Schicksale der Krimgo" ten, Saint-Pétersbourg, 1890.
4. Procope, Bellum Gothicum, IV, 4, 5, 18. — Thomaschek, Die Goten in Taurien,
5. Les Huns attaquèrent le Bosphore ou la Grimée sous Justinien.