A?m. des se. nat., [5], t. VII
physiques uniformes, où serait la diversité des espèces, qui est un fait?
Toutefois, trop peu de travaux d'ordre expérimental ont été faits depuis, et la nécessité du vert végétal moyen, qui nous apparaît comme un acte naturel uniforme, ne s'explique pas encore. La teinte apparente des feuilles varie assez notablement, mais pourquoi le vert moyen domine-t-il ?
Pringsheim *, de 1874 à 1879, s'est beaucoup occupé du vert foliacé, et dans son mémoire il développe cette théorie que la matière verte des feuilles n'est qu'un écran protecteur derrière lequel se passent les réactions de la vie; dan& cette hypothèse issue de la découverte de Pamitzine, la chlorophylle tamise pour le protoplasma une lumière favorable. Ce n'est là qu'une théorie,, sans doute, mais il est bon de montrer que, dans ce sens, beaucoup d'idées ont été émises. Et toutes les vues sont loin d'être épuisées. Je conçois, je le répète, un état où l'absorption domine tous les actes ; le monde végétal tendant vers le pouvoir absorbant maximum sera en quelque sorte recouvert de noir de fumée et nous paraîtra noir comme il vient d'être dit. Une autre conception, celle que les champignons réalisent, est possible. Les plantes vivant en parasites^ de nourritures faites," n'auront besoin d'aucune
1. Ueber lichtwirkung uncl Çhlorophyl funktion in de^ Pflanze Monatsber.d, BerL Akad», jul. 1879.
absorption, et la végétation sera blanche. Or les feuillages ne sont ni noirs, ni blancs, parce que physiquement ceux exposés à la lumière et non parasites n'ont une absorption ni totale ni nulle. Mais Texistence d'espèces travaillant la matière par l'absorption de lumière est un fait. Pourquoi maintenant la lumière moyenne que perçoit notre œil est-elle plus ou moins verte et non rouge, jaune ou bleue ? Cela me parait, comme je Tait dit, être une conséquence nécessaire de Tabsorption spécifique des plantes. Il n'y axiraiipas de spectre si l'absorption était totale et les feuilles noires. On aurait un spectre complet et continu dans le cas de feuilles blanches laissant passer librement toutes les radiations. Or ce spectre, que je supposerai pour un instant continu, subit, pour les besoins de la vie, une forte absorption de l'infra-rouge et du rouge ; en outre, une puissante bande supprime en grande partie ce qui reste de rouge, sans compter les bandes secondaires. Voici donc, de ce fait, une lumière privée de rouge. Les radiations vertes sont bien peu affectées de bandes ; en outre le jaune est peu touché, ainsi qu'une partie du bleu.
Pour nos yeux, qui apprécient, ce jaune et ce bleu se superposent en formant encore du vert. Le violet, l'ultra-violet largement absorbés restent invisibles et n'influent pas. Les deux absorptions terminales du spectre et la principale
bande optochimique décident de la couleur verte.
Ce n'est là qu'une explication physique seconde dont la cause première revient à dire : pourquoi la Nature a-t-elle adapté ses ouvertures optochimiques pour les radiations peu réfrangibles?
Nous pouvons seulement penser que, lors de la formation des espèces vertes, Tatmosphère peu claire et humide transmettait surtout le rouge dû à rabsorption de la vapeur d'eau. Je ne m'arrêterai pas longtemps à cette conception, que je crois possible, d'êtres constitués autrement que sur notre planète, pouvant vivre et travailler toujours sans nourriture. Ils seraient alors percepteurs des forces de l'Univers ; ils en seraient les parasites, en épuiseraient l'énergie^ et l'ordonnance du monde sidéral en serait changée. Mais nous ignorons la constitution première des choses. Dans celle que nous connaissons, tout se ruine et se reforme sans cesse, tous les êtres subissent aussi une hiérarchie de digestion qui en fait des proies réciproques. Il faut donc admettre que dans ce système d'équilibre seulement l'Univers trouve sa stabilité.
On conçoit ainsi que le fait de Famintzin, non contesté, prête son appui à la théorie de Pringsheim d'après laquelle le protoplasma vit dans une obscurité de son choix. Il n'est pas contestable que le soleil n'ait précédé les végétaux sur le globe. Les besoins de la vie et de l'espèce ont été