DESSINS
a) Tout dessin doit être vrai, c'est-à-dire qu'il doit répondre à la réalité. C'est cette fidélité qui en fait toute la valeur Le savant digne ' de ce nom se garde bien de forcer la nature pour appuyer ses idées théoriques ou soutenir son opinion. Mais il est une chose contre laquelle on ne saurait trop se garer, si l'on veut faire des dessins exacts : ce sont les observations superficielles et incomplètes. Il ne suffit pas en effet de copier fidèlement un objet qu'on a sous les yeux; cet objet peut être incomplet, défectueux, anormal; il peut avoir été défiguré par les manipulations, altéré par les réactifs; il peut être mal placé ou présenter des apparences trompeuses; un
corps étranger a pu s'y introduire, etc., etc Ce n'est le plus
souvent que par l'examen comparatif d'un grand nombre de préparations, traitées de diverses manières, qu'on parvient à rétablir la réalité. C'est alors seulement qu'on doit prendre le crayon. Un bon dessin nest que la synthèse naturelle d'une bonne observation.
Cette étude comparative serait elle-même insuffisante, si elle était faite sous un grossissement trop faible ou avec des objectifs imparfaits : tout en rendant fidèlement ce qu'il a vu, l'observateur représenterait des apparences plutôt que k réalité. On pourrait citer à l'appui de cette assertion les planches de certains ouvrages, très méritants et très consciencieux d'ailleurs, particulièrement de ceux qui traitent de la constitution de la cellule et du noyau ou de la division cellulaire. Ces planches peuvent charmer l'œil et paraître très naturelles; mais en y regardant de près on s'aperçoit sans peine que les préparations n'ont pas été résolues, que leurs diverses parties sont demeurées confuses, sans rapports comme sans liaisons déterminées.
Il est nécessaire aussi de se rappeler, lorsqu'on dessine, que les images microscopiques ne représentent qu'un des nombreux plans de l'objet. Dessiner une telle image c'est reproduire une des coupes optiques de l'objet, rien de plus. Comme le fait remarquer justement M. Trutat ('), la représentation la plus fidèle, qui reproduirait un objet tel qu'il se présente à l'observateur dans le champ visuel , sans rien ajouter ou sans rien retrancher, ne peut en aucune façon être regardée comme la meilleure et la plus vraie. Il faut en effet arriver à représenter pour les autres ce qui est le résultat total de l'observation, et, comme celle-ci n'est complète que par la réunion de plusieurs impressions successives, il ne sera pas suffisant, dans la plupart des cas, de représenter seulement ce qui se voit nettement à une distance focale déterminée ; il faut donc par une mise au point successive donner à chaque élément toute sa valeur et le dessiner seulement alors.
Ainsi ce que la science demande avant tout c'est qu'on nous donne au moins, dans chaque figure, un lambeau de la nature.
b) A la fidélité il faut joindre la clarté : les dessins doivent être lumineux et avoir une signification précise.
(') Traité élémentaire du microscope; Paris, tome I, p. 277, i883.