U NOYAU
nombreuses. Nous verrons d'ailleurs que, dans certains cas, ce filament s'organise en un petit noyau au milieu du grand qui simule alors, à s'y méprendre, une véritable cellule, Commençons notre étude par le boyau nucléinien. ■
ARTICLE PREMIER
L'ÉLÉMENT NUCLÉINIEN.
La manière d'être de la nucléine dans le noyau a beaucoup exercé la sagacité des observateurs; néanmoins ce point, comme nous l'avons dit p. i85, est encore sujet à de nombreuses contestations.
Nous allons consigner les résultats de nos recherches dans une série de propositions.
§ I. Existence et modifications
DU FILAMENT NUCLÉINIEN.
I. Dans les noyauxtypiques, l'élément nucléinien présente la forme filamenteuse : il est en effet constitué par un boyau, ou filament, continu et pelotonné (Knauel).
Fig. 59. — Gr. 1/12, 2.
Cellules nerveuses, variqueuses et anastomosées, de la membrane intestinale du Pleurobrachia pilciis (béro'ide).
On y remarquera le reticiihim du protoplasme et le boj-aii de nuclciue du noyau.
FILAMENT NUCLEINIEN
Gr. : F, 1.
Noyau d'une grégarine de la Nepa cinerca. m : membrane du noyau.
cp' : cordons protoplasmatiques du noyau. V : vacuoles interposées. ' p' : protoplasme sans vacuoles entourant le noyau. Il' : nucléole pourvu d'une membrane propre, et logeant un
boyau continu et pelotonné de nucléine.
m' : retic^liim délicat de la membrane m.
Fig. 61. — Gr. : DD, 1.
Jeune radiolaire en division.
p : protoplasme.
« : nombreux noyaux.
ep : épines siliceuses, c : cellules jaunes.
<p : sillon de la division.
A DROITE, un noyau fortement grossi, 1/18, 2, montrant le filament nucléinien en coupe optique.
Cette thèse est facile à justifier lorsqu'on élargit le champ de l'observation, au lieu de la restreindre à une catégorie de noyaux , I. De tous les êtres vivants, ce sont les arthropodes , les insectes surtout, qui sont les plus remarquables sous le rapport du noyau.
Ce n'est pas seulement dans l'une ou l'autre catégorie de leurs cellules, ou ça et là et à titre d'exception , que l'on trouve un boyau continu, mais dans tous leurs organes sans en excepter les trachées, et à toutes les étapes de leur développement : embryonnaire, larvaire, adulte. Les fig.
40 et 45; les fig. 50 à 56; les fig. 66, 68, 83 et 85 en font foi. Du reste les nombreuses gravures , tirées des insectes, qui seront échelonnées dans ce livre, nous dispensent d'insister davantage sur l'existence d'un filament continu à l'intérieur de leur noyau. Le lecteur remarquera combien les allures du boyau nucléinien sont capricieuses :
longueur, volume, mode d'enroulement, richesse en nucléine, tout y varie d'un animal à l'autre, et même d'une cellule à l'autre.
En dehors des insectes, on fera bien de rechercher, sous un grossissement suffisant, les noyaux types dans les testicules. Ceux des pagures, des mysis, des crabes, des homards, des crevettes , des cloportes, fig. 41, des scorpions, des
ANATOMIE DU NOYAU
Fig. 62. — Gr. : 1/12, 1.
Vorticelle, légèrement comprimée par le verre-à-couvrir et à demi-rétractée.
vacuole contractile, noyau rubané, avec un filament de nucléine pelotonné et enchevêtré , mais dont certaines anses sont visibles, le protoplasme , contracté à cet endroit par le bichromate de potassium, s'est séparé de la membrane ou cuticule m.
t : tige contractile. On y remarquera un réseau régulier, qui est en continuation directe avec le reticiihim du protoplasme cellulaire en x. La régularité de ce reticulum rappelle la fibre musculaire.
g : gaine de la tige contractile avec les plis qui s'y forment pendant la contraction de cette dernière.
Elle n'est que la continuation de la membrane m.
araignées, fig. 67, des phalangides, etc., etc. seront examinés avec avantage.
Le filament nucléinien n'est pas localisé dans les . arthropodes ; on le rencontre avec les mêmes caractères essentiels dans tous les groupes d'animaux.
Les vertébrés adultes sont généralement peu favorables à ce genre de recherches, et à l'étude du noyau en général. On trouve cependant dans certains de leurs éléments, dans les globules blancs, les cellules de la moelle, mais surtout dans leurs cellules testiculaires, des noyaux typiques. La fig. 57 représente deux noyaux semblables dans un jeune spermatoblaste de la taupe. Leur boyau est trapu, et ne présente que quelques tours dont la continuité est incontestable ; il est strié. Dans les jeunes embryons des vertébrés, on rencontre au contraire partout la nucléine organisée en filaments : nous en avons vu de beaux exemples dans l'embryon du lapin , des lamproies , etc. On en trouve même dans les embiyons des oiseaux, du poulet par exemple, malgré l'extrême ténuité de leurs éléments cellulaires.
La fig. 58 représente deux noyaux des cellules nerveuses ganglionnaires d'un mollusque, VArion rufus. On peut y suivre toutes les circonvolutions du filament de nucléine. Nous appelons l'attention du lecteur sur la diflférence marquée qui peut exister entre les boyaux de deux cellules voisines. Les mollusques ne font pas exception quand à leurs cellules testiculaires. Dans les anodontes, les escargots, les planorbes, la paludine surtout, ces cellules présentent la structure typique dont nous parlons.
Les vers sont moins favorables pour l'étude du noyau. Cependant leurs cellules spermatoblastiques , celles du lombric par exemple, ont un noyau semblablement organisé.
FILAMENT NUCLÉINIEN 2l5
^ Nous retrouvons le filament nucléinien dans les polypes et les protozoaires. On peut constater sa présence dans les noyaux des cellules nerveuses des béroïdes et de certaines méduses ; mais il est loin de s'imposer aux regards de l'observateur, fig. 59.
Le noyau des grégarines, si remarquable à plus d'un titre, nous montre, dans un nucléole de nature particulière, un •boyau nucléinien qui est parfois aussi accentué que dans les arthropodes. Nous signalerons spécialement celui d'une grande grégarine vivant dans l'intestin de la Nepa de nos étangs, fig. 60. Chez les radiolaires, fig. 61, les infusoires, fig. 62, et les rhizopodes, fig. 63, le filament du noyau est généralement d'une grande minceur, très long, à tours nombreux et serrés ; néanmoins en traitant leurs noyaux frais par le vert de méthyle, on parvient à le suivre sans interruption marquée sur un trajet assez étendu.
Les noyaux végétaux, surtout ceux des monocotylés, présentent la même organisation. Ces noyaux sont connus. Nous n'en représenterons que quelques-uns, choisis à dessein parmi les plus démonstratifs, fig. 64, 65, et fig. 87.
Fig. 63