II. Tissus animaux
Les tissus des animaux sont généralement plus délicats que ceux des végétaux. Aussi exigent-ils beaucoup plus de précautions, si l'on veut éviter leur déformation ou leur altération. Nous possédons, heureusement, plusieurs réactifs fixateurs d'une fidélité reconnue : tels sont les acides osmique, picrique et chromique, soit seuls soit mélangés, la liqueur de Kleinenberg, le sublimé corrosif, les bichromates de potassium et d'ammonium, la liqueur de Merkel. Nous pouvons nous servir aussi de la coagulation par la chaleur, et de la coagulation par le froid ou de la congélation.
Commençons par les procédés les plus élémentaires.
jo La congélation. Le moyen le plus commode de pratiquer la congélation, est de se servir d'un petit appareil qui s'adapte au microtome, à la place de l'étau i\ fig. 25. Cet appareil consiste en une \^ \^ petite boîte en métal, rectangulaire, dont les parois latérales sont munies
d'ouvertures, et qui est adaptée à un pulvérisateur. L'objet est placé sur la face supérieure de cette boîte. La congélation s'obtient par l'évaporation rapide de l'éther, au sortir de la caisse métallique où il est lancé. En quelques instants la pièce est complètement glacée, et se coupe aisément. Ce procédé ne nous a pas donné de bons résultats pour l'étude de la cellule.
2° La coagulation par la chaleur. — Méthode de Bobretzky. Cette méthode de fixation est aussi des plus simples. On porte de l'eau distillée, placée dans une capsule, jusqu'à la température de So".
DES MATÉRIAUX
On y jette les objets, et, après avoir poussé jusqu'à 80° et même 1000, on les retire immédiatement. Ils sont alors déposés dans lalcool, faible d'abord, plus fort ensuite.
Cette méthode nous a parfaitement réussi pour fixer les objets mous et délicats, tels que les embryons, les larves d'insectes, les petits êtres adultes, comme les araignées, les phalangides et autres tlle a l'immense avantage de n'introduire dans les objets aucun élément étranger : chose très importante, dans les recherches microchimiques, au point de vue des conclusions qu'on peut tirer de l'action des reactifs.
Parfois, pour compléter le durcissement on porte les objets, au sortir de l'eau chaude, dans l'acide chromique à i— 3 pour 1000, pendant quelques heures. Puis on lave à l'eau distillée. Souvent, d'après SiLVESTRO Selvatico ('), l'alcool au tiers convient mieux, pour enlever l'excès d'acide chromique, que l'eau distillée pure.
30 Fixation des animaux dans l'eau où ils vivent. — Au lieu d'employer l'eau bouillante, on peut aussi momifier les animaux dans l'eau où ils vivent. A cet effet, on y verse, goutte à goutte, et de temps en temps, un réactif approprié jusqu'à ce qu'ils meurent. Le docteur EisigC) emploie l'alcool; Certes (^), l'acide osmique ; Pacini(*), sa liqueur au bichlorure de mercure, à la dose de i ce. pour 40 ce. d'eau ; Saville kent (=), la solution d'iode, n» 37.
Les animaux aquatiques de petite taille, les annélides, les arachnides, les acariens, les rotifères, les infusoires, ainsi que les amibes, les zoospores, les bactériens, se fixent et se maintiennent très bien par ces divers procédés. Une fois morts, on les transporte successivement dans l'alcool faible, moyen et fort, où ils sont conservés. Si l'on suit la méthode du Eisig, nous trouvons qu'il est préférable de laisser séjourner les objets pendant quelque temps dans l'acide osmique ou chromique, avant de les placer dans l'alcool : leurs cellules se conservent ainsi beaucoup mieux.
Lorsqu'on se sert de la liqueur de Pacini, il faut renouveler le liquide à l'aide d'un siphon, à trois ou quatre reprises, ce qui est assez incommode. Il faut aussi remarquer que les objets traités par le bichlorure deviennent cassants après un court séjour dans l'alcool. Pour obvier à cet inconvénient, Pacini les conserve dans sa liqueur même. En cytologie il vaut mieux les utiliser tout de suite.
Le traitement par l'acide osmique est plus simple et donne généralement de meilleurs résultats. Sous l'influence de ce réactif, tous les petits êtres tombent bientôt au fond du vase, et, après avoir décanté avec précaution le liquide qui surnage, il ne reste qu'à les recueillir pour en faire des préparations ou pour les conserver dans l'alcool.
(') Pelletan, Joitrn. de Microg., 1882, p. 221.
(2) WiTHMAN, Joiirn. de Microg., 1882, p. 563.
(3) Certes, Analyse microsc. des eaux; Pell, Joiint., etc., 1880, p. i56.
(•*) Pacini, Jouni. de Microg., 1880, p. i38 et p. 236. — Voir, pour la composition de la liqueur, notre tableau des réactifs, p. gS, n" 62, A. (5) Saville kent, A Manual of thc Infusoria, London, 1881.