CHAPITRE II
DE LA PRÉPARATION IMMÉDIATE DES OBJETS, OU DES PRÉPARATIONS MICROSCOPIQUES.
Nous attachons une importance particulière à ce chapitre. Bien préparer et bien voir, ce sont les deux opérations essentielles en micrographie. D'autre part, on ne saurait nier que l'importance et la valeur des résultats auxquels ces études conduisent ne dépendent, avant tout, des méthodes d'observation qu'on emploie. C'est pourquoi, tous les savants se font un devoir , de nos jours , de tenir les lecteurs au courant des procédés qu'ils ont employés dans leurs travaux personnels.
Nous diviserons ce chapitre en deux articles. Le premier traitera de la confection des préparations, le second, de leur conservation.
ARTICLE PREMIER
Les procédés à employer pour la confection des préparations destinées à l'examen microscopique sont . des plus variés. C'est surtout la
nature ou la manière d'être des objets qui détem.ine ^ ^^obc du mode à employer; mais le but qu'on se propose doi aussi être pris en considération, et, dans certains cas, c'est la seule indication qui
doit nous guider. , „
Pour plus de clarté, nous croyons utile de parler des préparations
à faire avec des objets vivants, avant d'aborder la manière de les exécuter à l'aide d'objets durcis.
§ I. Préparations a l'aide d'objets vivants. I. Objets vivants « in situ ».
Il n'est pas difficile d'observer au microscope les cellules vivantes, qui sont naturellement isolées. On n'a que la peine de les transporter sur le porte-objets, dans une goutte de liquide, et de les recouvrir d'une lamelle. C'est ainsi que se présentent les protozoaires et les protophytes, les œufs, les spermatozoïdes et les anthérozoïdes, les spores en général, les zoospores d'algues et de champignons, les globules du sang, rouges et blancs, les cellules du pus, etc. A cette première catégorie d'objets il faut joindre les cellules qui, étant réunies bout à bout en nombre variable, constituent des colonies filamenteuses isolées ou enchevêtrées l'une dans l'autre. Telles sont les formes des microbes, désignées sous les noms de Vihrio, de Spirihm, de Leptothrix, de Beggiatoa; les algues et les champignons filamenteux; les poils et les écailles isolées, ou qui s'isolent facilement sur la lame de verre. Il n'est guère plus difficile de soumettre à l'examen certains corps massifs de petite taille, pourvu qu'ils ne soient pas d'une opacité impénétrable : par exemple, les œufs de Petromyzon et de mollusques en segmentation, les jeunes larves, ou les animaux adultes très petits et transparents, comme le sont certains nématodes. Enfin, en se servant d'une plaque de caoutchouc ou de liège, percée d'un trou qui laisse passer la lumière du miroir et fixée sur la platine à l'aide de valets, on peut observer certains organes, encore adhérents, d'animaux plus volumineux. A cet effet, on colle , avec un vernis , un verre-àcouvrir sur l'ouverture ; puis , après avoir attaché l'animal sur la plaque avec des épingles, on l'ouvre et l'on fait saillir à l'extérieur les organes désirés. C'est ainsi qu'on peut observer les glandes filières, les tubes de Malpighi, les tubes ovariques et testiculaires, etc. On peut même observer ainsi la queue des têtards, les membranes minces, telle que la membrane interdigitale de la grenouille, sans léser les animaux.
Mais cet examen des cellules vivantes in situ , n'est pas le seul dont dispose le cytologiste. En recourant à la dissection, à la dissociation, et aux coupes minces, il peut encore, dans bien des cas, obsei-ver les cellules pendant leur vie. Les deux premiers procédés s'appliquent surtout aux animaux , le troisième , aux végétaux.
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II. Préparation des objets vivants à l'aide de la dissection.
Lorsque les animaux sont très petits, un coup de scalpel bien appliqué suffit pour étaler sur la lame les parties qu'on veut examiner. Mais, en général, il faut procéder à leur dissection régulière, soit grossière, soit fine.
I ° Dissection grossière.
La grosse dissection se pratique dans les petites cuvettes dont nous avons déjà parlé au Livre I, p. 86.
On y fixe l'objet avec des épingles et, après l'avoir ouvert avec le scalpel, on recherche avec précaution l'organe qui renferme les cellules à étudier. Cette opération se fait à sec , ou sous l'eau distillée. Dans la dissection à sec , il est difficile d'empêcher le ratatinement des objets; aussi ne s'en sert-on que comme moyen de contrôle, pour s'assurer si l'eau n'a pas altéré les cellules. La dissection sous l'eau est beaucoup plus commode, parce que le liquide étale les organes internes et les maintient dans leur état de turgescence naturelle. L'expéa-ience nous a montré que l'opérateur, qui agit avec une certaine habileté et avec promptitude , ne doit pas craindre la déformation ou l'altération des cellules dans ce milieu.
Dans les dissections délicates , l'observateur imagine toutes sortes d'expédients pour se tirer d'embarras, ou pour arriver plus vite à son but. Ainsi parfois, au lieu d'une dissection méthodique, il déchire l'animal d'une certaine façon, que l'expérience a dévoilée, pour mettre immédiatement en évidence l'organe cherché. Supposons qu'il veuille extraire le système digestif et génital des petits crustacés, isopodes, amphipodes, etc. L'animal étant placé dans une goutte d'eau sur le porte-objets, il le saisit, au moyen d'une pince, par la partie antérieure du corps. D'autre part, il appuie un scalpel sur sa face dorsale à l'extrémité postérieure , et il écarte avec précaution les deux instruments. La paroi du corps se rompt près du scalpel , et le tube digestif, cédant au niveau de la tète , apparaît intact avec les organes génitaux, entre les deux tronçons.
D'autres fois, et c'est le cas pour les mollusques aussi bien que pour les insectes , il lance un jet d'eau dans l'animal ouvert, au moyen d'une seringue ou d'une pipette : par là, il débarrasse impunément les organes internes de leurs adhérences avec les trachées, ou avec les brides du tissu conjonctif; tandis que le scalpel le mieux dirigé les eût infailliblement blessés. Après les avoir détachés, il les transporte sur le porte-objets où ils sont examinés, soit directement, soit après avoir subi encore l'une ou l'autre des opérations qui suivent.
2° Dissection fine.
On peut appeler ainsi la dissection que l'on fait subir aux petits organes que nous venons de transporter sur la lame de verre.
A LAIDE d'objets VIVANTS
Sans doute l'examen immédiat de ces parties P^'^' ° Dans biens des cas, il est nécessaire pour s'assurer de 1 état naturel ?es cellules, vérifier un détail, constater si tel ou tel corps existe rillen nt pendant la vie où s'il n'est qu'un produit artificiel venan o t des manipulations, soit des réactifs, soit de la coagulation post lrte,n. Mais, le plus souvent, ces organes sont trop op^^^ etUo^ volumineux pour qu'ils puissent servir à une étude approfondie de la cellule. Ils ont donc besoin d'être disséqués ou dissocies La dissection fine exige beaucoup d'habileté et une grande habitude 11 serait difficile de formuler des règles générales sur ce sujet : 1 observateur doit chercher lui-même les procédés les plus appropriés aux objets qu'il traite.
Lorsque les organes sont tubuleux, il y a souvent moyen den mettre au jour le contenu, en les ouvrant, alors même qu'ils seraient très étroits. Voici comment on procède. On enfonce la pointe dun scalpel très acéré dans la lumière du tube, et l'on promène une ai-uille ou un second scalpel sur la membrane soulevée par la partie tranchante du premier scalpel, pendant qu'on pousse celui-ci vers l'extrémité du tube. La membrane est ainsi coupée avec la plus grande netteté et, en un clin d'œil. le tube est ouvert et étalé. On le lave, au besoin, si c'est un tube intestinal, par exemple, pour chasser les détritus qui le recouvrent et l'on obtient ainsi des préparations irréprochables; pas une de leurs cellules n'est lésée.
On applique ce procédé au tube intestinal des crustacés isopodes et amphipodes et d'une foule d'autres animaux. On l'applique également aux glandes filières des insectes, mais, avant d'ouvrir ces dernières, on a soin d'enlever avec une pince le cylindre de soie qui remplit leur cavité.
Lorsque les cellules des organes tubulaires, au lieu d'être ordonnées en épithéléon fixe, sont plus ou moins séparées, il est plus facile d'en faire des préparations. Le tube étant placé sur le porteobjets, on le coupe en tronçons. En promenant doucement sur ces derniers le dos d'un scalpel , on en fait sortir toutes les cellules encore intactes. Ce ' procédé s'applique à merveille aux tubes testiculaires et ovulaires d'une foule d'animaux.
On se trouve parfois dans la nécessité de dédoubler une mince membrane en deux feuillets, pour mieux en voir les cellules. Voici comment on procède. On étale la membrane sur la lame , on la saisit par un bord avec une pince, puis à l'aide d'un scalpel tenu de l'autre main, on s'efforce de séparer les deux couches en un point. Cela fait, on opère des tractions modérées sur le feuillet supérieur et l'on finit bien vite par le détacher complètement. C'est de cette manière qu'on peut dédoubler la membrane du tube digestif des coléoptères, de l'hydrophile et de la blatte, par exemple. Dans ces insectes on enlève, par ce procédé, la cuticule interne qui est très résistante, et l'épithéléon reste accolé à la couche musculaire.
Au lieu de délaminer les membranes, on peut aussi enlever certaines couches de leurs cellules d'une manière plus simple. En se servant d'un pinceau qu'on promène sur la membrane étalée, on entraîne facilement toutes les cellules épithéléales qui la recouvrent , et la couche cellulaire sous-jacente est mise à nu. Ce procédé convient pour dégager la tunique musculaire si curieuse du tube intestinal des arthropodes.
Il n'est pas rare qu'on soit obligé de prendre un peu au hasard, dans un animal, un organe caché au milieu des autres tissus. On saisit, à l'endroit présumé, un lambeau de tissu et on le porte au microscope composé, armé de l'objectif A. Là, on essaie de découvrir l'organe et de le dégager; puis, s'il y a lieu, on en fait la dissociation. On peut ainsi déceler les organes sexuels larvaires des insectes : avec de la patience on parvient à les mettre en évidence, alors qu'ils ne sont encore composés que de 5 ou 6 cellules. C'est ainsi également qu'il faut procéder pour disséquer les animaux de très petite taille, et toutes les larves à leur premier âge.