II. Procédé des coupes
Le second procédé, celui des coupes, mérite plus d'attention de notre part, car il est d'une grande importance en biologie.
Il est un certain nombre d'objets, soit frais, soit durcis, qui peuvent être coupés immédiatement : ce sont les objets résistants et massifs d'un certain volume. Les organes des végétaux réalisent généralement ces conditions; les corps congelés sont dans le même cas. Mais les objets filamenteux ou lamellaires, minces et ténus, les objets plus ou moins spongieux, méatiques et lacunaires, peu résistants d'ailleurs, même lorsqu'ils ont été durcis, comme le sont la plupart des tissus animaux, doivent subir une opération préalable. Cette opération est connue sous le nom d'enrobage.
A. Enrobage des objets.
L'enrobage consiste à inclure l'objet dans un milieu solide ou solidifiable et facile à couper.
1° Enrobage dans la moelle de sureau.
Le mode d'enrobage le plus simple nous est offert par l'inclusion des objets dans une fente pratiquée au milieu d'un bâton de moelle de sureau, d'une tige tendre, d'une racine aérienne, etc. (')• Ce procédé convient aux tissus lamellaires, assez résistants pour ne pas être écrasés par la pression des deux lèvres de l'entaille : tels sont les feuilles- et les écailles des végétaux, les cuticules d'insectes, etc.
2° Enrobage dans la gomme.
Un second mode, beaucoup plus utile, est l'enrobage dans la gomme arabique. Il est employé depuis longtemps pour la confection des coupes transversales sur les poils et sur les corps filamenteux en général. On commence par les réunir en cylindre à l'aide d'une solution épaisse de gomme. On laisse sécher. Puis on fait les coupes en se servant, s'il le faut, de la moelle de sureau.
On peut obtenir, par un procédé semblable, d'excellentes coupes de corps très ténus: grains de pollen, spores, grains de fécule, pe-
(1) Le liège doit être écarté, car il émousse et ébrèche le rasoir.
ENROBAGE ^"9
tites. graines, œufs, etc. On opère de la manière suivante : on trempe l'extrémité d'un bâton de moelle de sureau dans une solution concentrée de gomme ; on y sème les objets à étudier ; après dessiccation , on répète les mêmes opérations, jusqu'à ce qu'on ait obtenu une couche assez épaisse pour être coupée (').
Le Dr Andres (-) a appliqué ce genre d'enrobage aux tissus animaux : il procède comme suit. Les parties fraîches, ou les petits animaux tués et fixés par le bichlorure, sont placés pendant 24 heures dans l'alcool faible (25 pour 100). Puis ils sont plongés pendant un temps très court dans une solution de gomme, faible d'abord, plus forte ensuite, et finalement dans une solution très épaisse. Après quoi, ils sont transportés dans l'alcool à 90 pour 100, qui en fait un tout homogène et durci, propre à être coupé.
3° Enrobage dans le savon.
On se sert à cet effet de savon entièrement soluble dans l'alcool.
L'objet, après avoir été déshydraté dans l'alcool absolu, est transporté dans un tube ou dans une capsule renfermant une dissolution alcoolique de savon légèrement chauiïée et très fluide. Après quelques minutes il est imbibé. On le transporte ensuite dans du savon solide qu'on chauffe et qu'on laisse refroidir à deux reprises : l'opération est terminée. Cette méthode, comme on le voit, est fort simple et très expéditive ; elle donne aussi d'excellents résultats. C'est avec raison que M. RôsLER (') dit avoir obtenu, en l'appliquant aux phalangides, de meilleures coupes qu'avec le procédé de la paraffine dont nous allons parler : celui-ci exige l'emploi de dissolvants qui rendent les pièces dures et cassantes, prêtes à se briser sous le rasoir lorsqu'elles ont peu de cohésion naturelle.
40 Enrobage dans la paraffine , la celloïdine, le blanc de baleine , etc.
Ce genre d'enrobage exige plus de temps et des manipulations plus nombreuses. On a proposé diverses manières de le pratiquer. Voici comment nous avons coutume de procéder (■•).
On commence par déshydrater complètement l'objet durci , en le laissant séjourner dans l'alcool absolu, de 10 minutes à i heure, suivant son volume.
La deuxième opération consiste à remplacer l'alcool qui imbibe l'objet par un dissolvant de la paraffine. Cette opération est délicate ,
(') H. ScHACHT, Das Mikrosk., p. 74 de la trad. franc.
(■') Ancres, dans Withman, Jotint. de Aller. Pelletan, iS83. Rôsi.ER, Zeitsch. £. wiss Zoologie, 1882, p. 672.
(') Cette méthode est une combinaison de la méthode de Giesbrecht, (Zur Scbneidctechmk, Zool. Anz., 1881.) et de celle du D'" Andres, (Pell., Journ. Micr., i883, p. 191,) quelque peu modifiées pour notre usage.
120 PR.éPARATIONS MICROSCOPIQUES
surtout lorsque l'objet est peu homogène et porte des cavités internes. Les dissolvants de la paraffine ne manquent pas : les essences de térébenthine, de girofle, de bergamotte, d'origan; le chloroforme, la créosote, le xylol, peuvent servir; chacun a ses préférences. Le chloroforme nous sert généralement mieux que les autres, le xylol nous paraît aussi excellent.
Une chose plus importante, à notre avis, que le choix de ces liquides , est le remplacement graduel de l'alcool. Au lieu de transporter directement la pièce de l'alcool dans le dissolvant pur, nous la faisons passer successivement par deux ou trois mélanges d'alcool et de dissolvant où celui-ci prédomine de plus en plus, et, alors seulement, dans le dissolvant à l'état de pureté.
Il s'agit , en troisième lieu , de remplacer le dissolvant par la paraffine elle-même. On dépose d'abord l'objet dans la paraffine molle, chauff'ée au bain marie jusqu'à 50°, pendant i h. environ; puis dans la paraffine plus dure, où ils séjournent de 1/4 h. à i h., à la même température. Les objets sont alors parfaitement imbibés de paraffine. Telle est la marche qui est généralement suivie. Cependant nous préférons procéder de la façon suivante. Nous plaçons d'abord les pièces dans un mélange à parties égales de paraffine et de térébenthine , chauffé au bain marie pendant une à deux minutés. Puis nous les transportons dans un autre mélange formé de 2 parties de paraffine et de I partie seulement de térébenthine, où elles digèrent pendant 5 à 10 minutes. Finalement, elles sont placées dans la paraffine pure maintenue liquide pendant 5 à 10 minutes, suivant les objets. Cette méthode est plus expéditive que la première et elle facilite beaucoup l'imprégnation des pièces par la paraffine.
Cela fait, il n'y a plus qu'à transporter les objets dans un petit châssis, ou dans un moule ■ approprié ('), où ils sont orientés et englobés dans la paraffine solide. C'est dans ce bloc homogène qu'on pratique les coupes.
La paraffine qu'il convient le plus généralement d'employer est
la suivante :
Paraffine, = 4 p.
Vaseline, = i p.
On peut aussi enrober les objets dans le blanc de baleine. Le mélange suivant, donné par Silvestro Selvatico (^) , est très convenable.
Blanc de baleine, = 4 p.
Beurre de cacao, = i p.
Huile de ricin, = quelques gouttes.
(1) Ces châssis se font en métal, en carton, voire même en papier.
(2) Silvestro Selvatico, Sur le dével. embryon, des Bombiciens; Joum. Microg. Pellet., 1882, p. 221,