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■ La méthode est l'ensemble des procédés qui servent à découvrir et à démontrer la vérité. La méthode n'est donc pas la science; mais elle est son instrument indispensable, puisque c'est elle qui trouve et établit une à une les vérités qui constituent son corps doctrinal. « Le fruit de la démonstration — et par conséquent de la méthode — « a dit BossuET, est la science. (') »
La méthode donc a une importance capitale dans toutes les sciences. « Sans la méthode point de science. Telle est la méthode, « telle est la science. La méthode est l'instrument de l'esprit; et le « principe de sa force, comme la cause de sa faiblesse ou de ses « erreurs, est surtout dans la rectitude, l'insuffisance bu le vice de « la méthode qu'il emploie (^). » Aussi, Condorcet n'a pas craint d'affirmer que « dans toutes les sciences, la connaissance de la mé- « thode employée à trouver les vérités est , pour ainsi dire, plus « précieuse que celle des vérités même, puisqu'elle renferme le germe « de celles qui restent à découvrir. (') n
Or, chaque science a sa méthode particulière ; mais nous n'avons à nous occuper ici que de celle qui est suivie dans les sciences biologiques.
ARTICLE PREMIER
DE LA MÉTHODE . A SUIVRE DANS LES RECHERCHES CYTOLOGIQUES ET BIOLOGIQUES.
§ I. Méthode générale.
Quel est donc cet ensemble de procédés que l'on doit employer pour arriver à la connaissance et à la démonstration des vérités ou des faits biologiques ?
On suit, en biologie, la méthode adoptée par les autres sciences naturelles, la méthode d'observation appelée aussi méthode expérimentale.
I. L'observation est l'examen d'un objet, d'un détail, d'un phénomène, à l'aide des sens, soit seuls soit armés d'instruments. C'est donc par elle que nous constatons les faits. Or, dans nos sciences, tout dérive immédiatement ou médiatement des faits; c'est par les faits seuls que nous allons aux idées ; il s'en suit que l'observation est le point de départ obligé de toutes nos connaissances biologiques. Vouloir, à l'exemple de Schelling(-') et des philosophes de la nature, édifier ces sciences à l'aide de la raison, en partant de principes métaphysiques préétablis, et indépendamment des faits, c'est évidemment faire fausse route.
(') BossuET, Connaiss. de Dieu et de soi-même, ch. I, p. i3. Is. G. Saint-Hilaire, Hist. génér. etc., p. 269, tome I.
I?) Condorcet, Éloge de Lieutaud, Œuvres, tome II, p. 398.
(^) ScHELLiNG, Ideen ^-(, einer Philosophie der Natur, 1797. — Erster Eimvurf emes Systems der Naturphilosophie, ,79g. - Voir le résumé qu'en donne Saikt niLAiRE, p. 295 et suivantes.
l52 MÉTHODE SCIENTIFIQUE
Aussi, dès l'origine, s'est-on élevé avec force contre cette méthode destructive de toute science positive de la nature.
Geoffroy Saint-Hilaire disait aux disciples de Schelling (*) :
(( Vos espérances sont trop sublimes pour ne pas être illusoires
« Les idées doivent être immédiatement engendrées par des faits « précis et évidents, non créés par votre esprit, comme à volonté. « La subtilité de votre pensée ne vous conduit qu'à des suppositions : « vous élevez de vastes édifices, mais craignez qu'ils ne soient fondés « que sur l'erreur. Vous pressentez les faits, démontrez-les. » Aujourd'hui , l'observation a reconquis ses droits légitimes et personne ne songe plus à les lui contester.
La raison n'aurait-elle donc aucune part, à côté des sens, dans la constatation de faits? Oui, certes, et une part importante encore. A force de parler d'observation, de méthode expérimentale, de méthode positive, on s'imagine facilement qu'il suffit de prendre une loupe ou un microscope et d'ouvrir les yeux pour obtenir un résultat certain. Malheureusement l'observation est entourée de graves difficultés que les sens sont impuissants à lever. En réalité elle ne nous donne de résultats certains, qu'autant qu'ils ont été contrôlés par la raison. C'est en effet la raison qui dirige l'observation, l'apprécie, corrige les erreurs provenant des sens ou des circonstances au milieu desquelles se fait l'examen; elle intervient donc pendant toute la durée de l'observation pour dégager le fait réel du fait apparent, le seul que les sens nous révèlent. Voir n'est pas observer. L'animal est incapable d'observation; d'où Linné plaçait la faculté d'observer parmi les prérogatives de l'homme (^).
La part qui revient à la raison dans l'observation est bien plus large "encore en biologie que dans les autres sciences naturelles, car les êtres vivants renferment une foule d'éléments inconnus dans les corps bruts. Leur organisation si compliquée, les phénomènes si nombreux de l'activité vitale, rendent chez eux l'observation beaucoup plus difficile, susceptible de méprises et d'erreurs sans nombre.
La raison intervient dans la constatation des faits pour la contrôler et l'apprécier. Mais c'est surtout après l'observation que le rôle, de la raison devient prépondérant : en établissant les faits, ^ nous avons extrait, en quelque sorte, les matériaux bruts de la science; c'est à la raison qu'il appartient de les façonner et de trouver leur place naturelle dans l'édifice scientifique; c'est à elle qu'il appartient de transformer le fait réel en fait scientifié, suivant l'heureuse expression de G. Saint-Hilaire. En effet, c'est la raison qui tire les conclusions logiques des faits, découvre leurs rapports, généralise, explique. A el e la détermination des lois, la recherche profonde des causes; à elle en un mot de nous donner la science des vérités biologiques.
(') Art. Nature, Encyclop. mod., t. XVII, 1829. (2) Linné, Systema naturœ, Intr. p. i.