GÉNÉRALE
Ce rôle si grand, si nécessaire de la raison, dans les sciences biologiques, a été presque méconnu par Cuvier(') et ses disciples. En voulant réagir contre l'école philosophique allemande, ils sont tombes dans l'excès opposé. « Observer, décrire, classer, voilà disait Cuvier toute la méthode scientifique. C'est à peine s'il osait perme tre à ses partisans de tirer les conclusions immédiates des faits observes : « des faits, rien que des faits ! ,, Si Schelling avait exagère le rôle de la raison en voulant fonder sur elle la science tout entière, Cuvier restreignait à l'extrême l'exercice de la pensée. Pour être moins dangereuse que celle de Schelling, la méthode de Cuvier n'en est pas moins erronée. Nous reconnaissons volontiers quà 1 origine d'une science elle est seule applicable : il faut d'abord observer scrupuleusement les faits, inventorier les matériaux. Mais bientôt il faut laisser à l'intelligence la part qui lui revient. La méthode positive comme l'appelaient ses partisans, si elle était suivie rigoureusement, rendrait toute science impossible. « Des faits, même très industrieu- « sèment façonnés par une observation intelligente, ne peuvent jamais « valoir à l'égard de l'édifice des sciences, s'ils restaient isolés, qu'à « titre de matériaux amenés à pied d'œuvre. Vraie déception si on « ne les assemble et ne les utilise dans un édifice {^) ». L'observation et l'analyse ou les faits d'abord; le raisonnement et la synthèse ensuite : sans la synthèse tout est de métier, il n'y a point de science.
II. Pour établir la science en partant des faits démontrés, la raison use tour-à-tour de la déduction et de l'induction. D'abord elle déduit logiquement les conclusions immédiates et médiates des faits, n'oubliant pas que les conséquences logiquement déduites des faits ne peuvent avoir que le degré de certitude des faits eux-mêmes, certaines si les faits sont certains, probables ou douteuses si les faits ne sont pas bien établis. Des faits particuliers bien démontrés la raison s'élève ensuite par induction aux conséquences générales, elle compare et synthétise les données de l'observation pour en faire sortir des lois et les rattacher à leurs causes premières. Pour être tout-à-fait rigoureux, les raisonnements par induction supposent connus et démontrés tous les faits particuliers auxquels la conséquence générale est applicable. Malheureusement ce cas se présente rarement en biologie, où chaque catégorie de faits est pour ainsi dire indéfinie. On y est presque toujours obligé de partir d'un certain nombre de faits seulement pour conclure au général : on suppose alors, en se basant sur l'analogie et la constance des processus de la nature, la conformité des faits qui manquent encore avec ceux qui sont déjà obtenus. Ici l'induction est hypothétique ou analogique, non rigoureuse. Elle conduit à une probabilité plus ou moins grande suivant le nombre, la
(') G. Cuvier, Hist. nat. des poissons, 1828, t. I, p. i. — A\>ertissement placé en tète des Noiiv. Ann. du Muséum, i832. — Mémoire sur un ver parasite, etc.; Ann. Se. nat., 1829, p. 147. — Règne animal; Introd., p. 8 et g.
(2) Is. G. Saint-Hilaire, 1. c.