PROPRIETES DES FIBRES NERVEUSES. 4S
conque et à tfès-fflible dose, il frappe de paralysie tout le réseau moteur, en laissaot parfaitement indemne tout le réseau Rensitif. Son action se décèle tout d'abord par des légers mouvements convulsifs, suivis bientôt de l'abolition progressive de tous les mouvements de la vie de relation. L'effet du curare, tout en étant plus manifeste et plus promptcbez les vertébrés, ne leur est pourtant pas spécial. Le curare en effet agit aussi sur les lar\'es aquatiques d'insectes, sur des naïdes, sur des mollusques, mais lentement. 11 ne produirait pas d'effet appréciable chez les planaires, les astéries, les polypes d'eau douce (1). En résumé, c'est surtout sur les fibres blanches de la vie animale que son action est prompte et sûre. Les fibres gélatiniforniËS lui résistent mieux. Chez l'homme mfime, le nerf sympathique est difficilement atteint, et les organes qui, comme le cœur, reçoivent simultanément des fibres blanches et des fibres grises sont frappés les derniers. Gomme la différence capitale entre les fibres blanches et celles de Remak semble consister surtout dans la présence dun manchon de myéline chez les premières, dans l'absence de ce manchon chez les autres, on serait tenté de croire que le cnrare agit spécialement sur cette substance médullaire ; mais dans ce cas, comme dans la plupart des phénomènes biologiques, lesconditions sont trc^ compleies pour se prêter facilement à des explications si simples. En effet, c'est de la périphérie au centre que se bit r intoxication du nerf par le curare ; ce sont les extrémités périphériques du nerf qui sont frappées tout d'abord, et peut-être uniquement, puisqu'un nerf moteur séparé de la moelle par une section est encore empoisonné par la saag curarisé baignant ses extrémités (3). Or, précisément, en pénétrant dans les muscles, les fibres
(i) Vulpi«n, toc. cit., p. ÎBÎ,
(3) Cl. Bernard, Rapport nr Ui progréi d» la phyiiologie, p. 19.
nerveuses motrices se dépouillent de leur enveloppe huileuse et revËtent dans une certaine mesure l'aspect des libres de Remak. Ou a supposé quf. le curare ne provoquait pas dans la fibre nerveuse de lésions prorondes. En effet, comme la fibre musculaire, comme certaines fibres végétales, k fibre nerveuse vivante produit un courant électrique allant de h surface à son centre de section ; or la libre oerveuse, tuée phjsiologiquement par le curare, est encflre le siège des phénomènes électriques ordinaires ; par conséquent, la vie ne t'a point quittée et l'échange nutritif s'y effectue toujours. 11 faut donc admettre ici ou de délicates et invisibles perturbations moléculaires, ou peut-être une simple dépression dans l'énergie nutritive, sufflsante pour abolir la fonction spéciale, mais n'atteignant pas encore la base fondamentale de la vie.
Nousne pouvons passer absolument sous silenceles propriétés électriques des nerfs ; mais nous en parlerons brièvement. 11 nous semble que l'on a accordé en physiologie k cette question secondaire une importance beaucoup trop grande. On s'est évidemment laissé entraîner trop loin parl'idée et par le désir d'établir un rapprochement entre l'agent électrique et l'agent nerveux. Mais toute identification entre ces deux forces ou plutôt entre ces deux modes de vibrations moléculaires est manifestement erronée. Les courants électriques mettent, il est vrai, en jeu et avec une grande énei^ie la motricité nerveuse; mais quantité d'autres excitants mécaniques, physiques et chimiques en font autant.
Quant au courant électrique qui s'établit, comme l'a montré M. Dubois-Reymond, entre deux électrodes placés l'un à la surface externe d'un nerf, l'autre à sa surface de section, il n'est nullement spécial au tissu nerveux et toujours il s'établit de la surface externe k la section ; c'est simplement un résultat des actions chimiques mitri-
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tives. Aussi npparalt-11 indilTéreniment tt de la mënie manière, que la fibro nerveuse soit motrice ou sensitive. Un nerf, qui vient, d'être écrasé à coups de marteau et a perdu sa motricité, engendre néanmoins un courant électrique ; car, en dépit de la violence de la lésion, qui a détruit la forme des fibres nerveuses, leur substance vit encore pendant quelque temps, ou du moins certaines parties d^ cette substance; par exemple, les gaines nerveuses et îe névrilème.
Pourtant un courant nerveux s'établit dans toute la longueur du nerf et est perceptible au galvanomètre, alors que l'on excite par un courant continu seulement une portion de ce nerf non comprise dans le circuit du galvanomètre. C'est ce que M. Dubois-Reymond a trop pompeusement appelé la force électro-tonique des nerfs. Cette facilité d'irradiation électrique est-elle spéciale aux fibres nerveuses, comme le veut M, Dubois-Reyniond ? Il ne semble pas qu'on ait suffisamment cherché celte propriété prétendue spéciale dans les autres tissus fibreux, et Matteucci l'a constatée, avec plus de dilUcultë, il est vrai, dans une mècbe de coton imbibée d'un liquide conducteur.
Quant à l'action de l'électricité sur les nerfs moteurs, elle offre aussi quelques particularités intéressantes.
En règle générale, tout courant interrompu ou tout fort courant continu appliqués sur un nerf moteur encore en relation avec les muscles provoquent une contraction musculaire ronlinue, plus ou ou moins tétanique.
Au contraire, l'application d'un courant continu faible détermine une contraction au moment de la fermeture et une autre au moment de son ouverture. Dans l'intervalle, point d'effet appréciable (1).
Suivant M. Cl. Bernard, le courant agirait uniquement
(!) Valpian, Uk. cit., p. 11-13.
en cbaageant brasqaement l'état électrique du nerf. En effet, dans certains cas, l'électricité fait disparaître k contraction musculaire. La galvanîgation du pneumogastrique arrête Is cœur à l'État de dilatation, de diastole. La CODtraclion tétanique d'une patte de g^renouille, à la suite d'application de sel marin sur son nerf, cesse quand on met les deux pointes d'une pince galvanique sur le nerf lombaire. Bnlin tous les médecins quelque peu au courant de l'électro-thérapeutique, savent que te passage d'un courant continu fait souvent, chez l'homme, disparaître inslantanémfeut la contracture de certains muscles, Kous avons eu, pour notre part, plusieurs fois occasion de vëriAer ce fait intéressant.
Des excitations longues et très-fréquemment réitérées abolissent, au moins pour un temps, l'excitabilité du nerf; mais, si l'on a, par exemple, employé un courant continu, il suffit alors d'en renverser le sens pour réveiller cette contractilité épuisée, et l'expérience se peut renouveler plusieurs fois. Ces ùllernativet voUatques, comme on les a appelées, montrent bien qu'il y a dans la motricité nerveuse qnelque chose de tout à fait spécial et qu'il existe dans la constitution intime du filet axile une mobilité, une instabilité moléculaires, que ne possède aucun autre tissu.
La persistante vitalité du tissu nerveux llbrillaire n'est pas moins remarquable.
Un nerf abandonné à l'air libre s'y desséche et perd promptement ses propriétés, mais, pendant un certain temps, il ;les peut recouvrer par une simple imbibition, à la manière dont revivent certains infusoires desséchés.
Si l'on sectionne ies racines rachidiennes antérieures ou motrices d'un nerf mixte, le bout périphérique ne tarde pas à perdre sa motricité et il s'atrophie graduellement jusqu'à ses plus fines ramifications termioales. Si