PROPRIÉTÉS DES FIBRES NERVEUSES. 4S
jusqu'à ce que Ton arrive aux muscles eux-mimes. Celte abolition graduelle de la motricité correspond, dans ce cas, à une altération appréciable dans la constitution du nerf, c'est-à-dire à une coagulation progressive de la substance médullaire, de la myéline de la fibre nerveuse. Mais, tandis que le tronçon périphérique du nerf meurt ainsi de proche en proche, le bout central, qui est toujours en continuité avec la cellule centrale, vit inlact et conservant toutes ses propriétés.
Comment s'exerce cette curieuse influence de la cethile centrale sur la libre ? Quel est, au fond, le caractère des ébranlements moléculaires transmis par la cBUliIe centrale à la fibre motrice? Ce sont là des questions qui attendent encore une réponse. Quoiqu'il se produise de l'électricité dans le tissu nerveux comme dans tout tissu vivant, il n'est pas vraisemblable que l'ébranlement moléculaire, qui court le long des libres motrices, soit de nature électrique. En eiffet, une simple ligature placée sur son trajet suffit à l'arrêter absolument, en désorganisant la fibre nerveuse sur un seul point, tandis qu'elle ne s'oppose nullement au passage d'un courant électrique. Enfin la vitesse de propagation de l'excitation motrice le long d'un nerf est extrêmement lente. !1 résulte en effet des expériences de Helmholtz, de Dubois-Reymond, etc., etc., que dans un nerf moteur d'animal à sang chaud, cette vitesse est seulement de 50 à 60 mètres par seconde. Dans un nerf refroidi à zéro, elle diminue des neuf dixièmes, et l'on peut mËme arrêter toute conductibilité dans un nerf sciatique de grenouille, en ftaisant une application de glace en un point de ce tronc nerveux (1). Après cela, il est fort naturel de voir la vitesse de transmission nerveuse se ralentir chez les animaux à sang froid, dont
(1) E. Onimus, De la théorie dynamique de la chaleur daiu Im icitnet* biologiqute. Paria, 1866, p. 70.
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la températare est à la fois moins haute et plus variable qne celle des animaux à sang chaud. En effet, chez la grenouille par exemple, cette vitesse ne dépasse pas 15 à 20 mètres à la seconde.
Si nons ignorons encore ce qu'est, dans son essence, la vibration moléculaire appelée autrefois influx nerveux, nous ne sommes pas mieux renseignés sur la manière dont cette vibration se transmet aux éléments contractiles musculaires. Par quel mécanisme les libres nerveuses dissociées, dépouillées de leur enveloppe protectrice, alors qu'elles se sont insinuées entre les libres musculaires dé la vie animale , entre les fibro-cellules des vaisseaux sanguins et des appareils de la vie nutritive, parviennent-elles à modifier l'état de ces éléments, à déterminer leur contraction, et cela avec ime énergie beaucoup plus grande que ne le ferait une excitation portant sur l'élément contractile lui-même? Encore un problème non résolu à ajouter h tant d'autres.
Dans la plupart des questions se rapportant au mode intime de vivre et de fonctionner du tissu nerveux, ilfaul ainsi se résigner à enregistrer les faits bruts, sans en pouvoir donner une explication satisfaisante. Si les physiologistes ne savent nous dire pourquoi la celluie nerveuse excite la fibre motrice, comment celle-ci transmet cette excitation à la fibre musculaire, ils ne peuvent non plus expliquer, comment le curare tue spécialement la fibre nerveuse motrice, en respectant la fibre sensitive. A coup sûr, c'est là encore une preuve d'une diversité bien radicale entre ces deui ordres de conducteurs nerveux.
Le wourara ou curare, dont les Indiens sauvages de l'Amérique méridionale se servent pour empoisonner leurs flèches, a en effet la très-curieuse propriété de trier eu quelque sorte les fibres nerveuses motrices. Une fois charrié dans le système circulatoire d'un vertébré quel-