DE LA SENSIBILITÉ EN GENERAL
ven^s. Suivant cette thémie, les fibres nerveuses seraient tontes identiques. 11 les fandrait regarder comme de simples fila conducteurs, indifférents au genre d'incitations qu'ils transmettent. Sensibles, quand elles mettent en communication un organe des sens et des cellules sensitives centrales, les fibres nerveuses pourraient devenir motrices par un simple déplacement, par le seul fait de relier un muscle à des cellules motrices. Aucune expérience sérieuse ne vient à l'appui de cette théorie, que dément avec éclat l'évidente spécialité des nerfs optiques, acoustiques, etc. En effet, toute irritation portée soit sur le trajet de ces nerfs, soit sur leur tronçon central, après section, n'éveille dans tes centres nerveux que des sensations spéciales, des lueurs, des sons, etc. De même, chez les vertébrés, les racines postérieures des nerfs rachidiens sont sensibles; bien plus, toute excitation portant sur un point quelconque de leur trajet, entre les téguments et les centres nerveux, détermine des perceptions sensitives, de tact, de douleur, etc.
Il y a donc des systèmes de fibres et de cellules pbysiologiquement tout à fait différents des cellules et des fibres motrices, en dépit de la très-grande analogie de forme et de structure. En outre, ce système nerveux sensible est habituellement armé, à l'extrémité de ses irradiations fibreuses, d'appareils spéciaux, destinés à coUiger, à concentrer sur les fibres nerveuses terminales les excitations du debors. Ces appareils sont les organes des sens, qu'il nous faut maintenant décrire brièvement dans toute la série animale.
Nous ne parlerons que pour mémoire des protozoaires. Point d'organes des sens chez eux, pas plus que chez les rhizopodes, les éponges, les infusoires, puisque ces organismes mdimentaires sont absolument dépourvus de système nerveux et que les organes des sens sont simple-
ment des appareils excitatears, des moyeas de renforcement des impressions extérieures, des instruments àl'aîde desquels le systëme nerveux sensible palpe en quelque sorte le milieu ambiant. Est-ce à dire que l'on puisse ramener tous les sens spéciaux à un seul, celui du toucher 7 On ne peut nier qu'il n'y ait du vrm dans cette généralisation. Sous k diversité apparente des sensations spéciales, il y a toujours une même cause, savoir : le choc, l'ébranlement des extrémités nerveuses sensibles par des molécules appartenant au milieu extérieur ; mais, comme chaque sens trie, dans ces multiples excitations, celles qui correspondent à sa construction anatomique, il faut bien admettre des sens spéciaux.
Si certains physiologistes ont voulu, avec quelque apparence de raison, réduire tous les sens à un seul, d'autres, au contraire, ont prétendu en multiplier capricieusement le nombre. Les anciens avaient admis cinq sens: le toucher, le goût, l'odorat, l'ouïe et la vue. Buffon a voulu y ajouter le sens génésiqae, Ch. Bell a imaginé un sens musculaire, un autre sens chargé d'apprécier le poids, la consistance. Selon Carus, suivi en cela par plusieurs physiologistes contemporains, il y aurait un sens spécial pour la température. Nombre de physiologistes admettent des nerfs dolorifëres. Mais le dénombrement sensitif des anciens est sûrement le plus simple et le plus sûr; il y a sens spécial là seulement où existe un appareil spécml pour recueillir certaines impressions, à l'exclusion des autres. Les appréciations du poids, de la pression, de la consistance, de la température, de la douleur, etc., rentrent évidemment dans le domaine du sens du toucher; sinon il faudrait par analogie subdiviser les autres sens, ceux de la vue, de l'ouïe, de l'odorat, du goût, en une foule de sens distincts correspondant à toutes les variétés de couleurs, de sons, d'odeurs^