CHAPITRE XV
DES ORfiANES RESPIHATOIUES DANS LE BÈ6NE AniMAL.
Le phénomène fondamental de la respiration est fort simple ; c'est uniquement l'échange «le l'acide carbonique et de l'eau contenus dans un organisme contre l'oxygène aérien. C'est un phénomène physique, régi dans son ensemble par les lois de l'osmose. Dans la respiration, l'eau qui s'échappe du corps organisé est à l'état de vapeur. Mais l'acide carbonique expulsé résulte de l'oxydation de la substance organisée, par conséquent la respiration est très-ëtroilement liée à la nutrition. Elle a pour objet de ventiler l'organisme, de renouveler l'air du milieu intérieur. Comme il n'y a pas de nutrition sans absorption d'oxygène, la respiration est une fonction primordiale ; elle s'effectue au sein de toute substance vivante. On a objecté à la généralité de cette loi, que certains in^isoires, par exemple certains vibrions, etc., etc., pouvaient vivre dans un milieu chargé d'acide carbonique et dépourvu d'oxygëne.L'exception ne saurait être admise sans des preuves solides, qui font encore défaut. De ces prétendus animalcules, certains sont pourvus de chlorophylle, ce sont plutôt des végétaux; si le fait était vrai pour les autres, il en faudrait simplement conclure qu'ils ont la propriété de prendre leur oxygène h l'acide carbonique lui-même, en le décomposant. Le monde organisé tout enlier absorbe de l'oxygène et a besoin d'en absorber. Ce n'est pas sans raison que les anciens avaient fait des synonymes des verbes respirer et vipre. Tout être organisé, végétal ou animal, meurt plus ou moins rapidement quand il est sevré d'air, et toujours l'abstinence
ORGANES RESPIRATOIRES DU RÈGNE ANIMAL. 307 aérienne est supportée infiniment moins longtemps que l'abstinence alimentaire; toujours elle est d'autant pluR rapidement mortelle, que la nutrition est plus active.
Chez les protozoaires, l'échange de gaz se fait par le corps tout entier; l'oxygène imprègne la petite masse proloplasmique, s'y transforme en acide carbonique et sort comme il était entré, par simple jeu d'osmose. Le mouvement proloplasmique, surtout quand il y a émission et rétraction de pseudopodeft, aide d'ailleurs beaucoup h l'accomplissement du phénomène, eu multipliant les contacts. Ce procédé infiniment simple ne diffère pas, au fond, des procédés à différenciation complexe, autant qu'il le semblerait à première vue. En définitive, au sein des organismes supérieurs, chaque élément anatomiqne se comporte vis-à-vis de l'air comme le fait le protozoaire amorphe ou monocellulaire. Ce qui diffère, ce sont les appareils gr&ce auxquels l'élément anatomique est mis en rapport avec l'atmosphère extérieure.
Toute surface organisée non revêtue d'un enduit imperméable, naturel ou artificiel, respire plus ou moins.
En maintenant dans des vases clos des reptiles auxquels il avait enlevé les poumons, Spallanzani constata que, chez ces animaux, la peau fonctionnait comme organe respiratoire plus que les poumons eux-mêmes.
W. Edwards a vu des grenouilles, dont les poumons étaient enlevés ou dont le cou était serré par une ligature, vivre vingt ou quarante jours sur du sable humide dans une chambre oix la température était .de -f- 1 2 degrés. Si au contraire on les plongeait dans l'eau, ab leurs téguments n'étaient plus en contact qu'avec l'air dissous, elles périssaient en trois jours.
Humboldt et Provençal maintinrent dans des vases bien séparés le corps et la tète d'une tanche et ils constatèrent que le corps absorbait de L'oxygène, en un mot, respirait.
ses UVRE II. CHAPITRE XV.
Même chez les mammitères où il existe un appareil respiratoire volumineux et à vaste surrace, la peau joue un rôle respiratoire important. Un mammifère se refroidit et meurt quand on recouvre sa peau d'un vernis imperméable (1). Si, chez un mammifëre, on maintient, à l'aide d'une cloche, de l'air en conlact[avec la peau, cet air s'altère absolument comme dans les poumons.
Mais, comme nous l'avons vu précédemment, les fins vaisseaux capillaires sont, de toutes les parties du corps des animaux complexes, les mieux oi^anisés pour les échanges, quels qu'ils soient, entre le milieu intérieur et le milieu extérieur ; par conséquent, une surface organisée, en contact avec l'atmosphère, respirera d'autant plus fiicilemeut et énergiquemeot, qu'elle sera mieux pourvue de vaisseaux capillaires et que ces vaisseaux seront en ■contact plus immédiat avec l'air extérieur (fig. 49 et 52). Riche vascularisation capillaire, contact facile avec les gaz aériens : telles sont les deux conditions principales d'une bonne surface respiratoire, et ces conditions se rencontrent Irès-bien en dehors des organes respiratoires proprement dits ; c'est ainsi que la loche d'étang {cobitis fossilis) respire en partie par l'intestin. Chez cet animal, la muqueuse intestinale étant extraordinairement vasculaire, presque entièrement constituée par des capillaires sanguins reliés par «n peu de substance conjonctive, l'animai se sert de celle surface comme d'un organe respiratoire; il avale de l'air, ■quf, au contact des capillaires intestinaux, est échangé pour de l'acide carbonique, que l'intestin expulse (2).
Néanmoins, tout animal quelque peu complexe a des points de sa surface extérieure ou intérieure spécialement chargés de l'échange gazeux respiratoire. Il va de soi que,
(1) Pourcault, Influence de* enduits inf^rméables, etc. (CompiM r«nduf dt l'âeadémit des icimees, t. XVI). {1) Leydi^, Traité d'hitlotogie, etc., p. ti7.
Cîooglc
ORGANES EIESPIBATOIHES DU RÈGNE ANIMAL. 269 pour le système respiratoire, comme pour tous les antres, la spécialisation est d'autant plus parfaite que l'animal est plus élevé dans la hiérarchie. Avant de passer rapidement en revue sous ce rapport les divers groupes du règne animal, il est utile de déQnir quelques termes qui reviendront souvent dans la description.
On appelle ordinairement branchih tous les appendices, toutes les surfaces vasculaires servant à la respiration aquatique, tous les appareils spécialement chargés d'absorber l'oxygène dissous dans l'eau et d'abandonner en échange de l'acide carbonique. Les organes de la respiralion aérienne peuvent se diviser, d'une manière générale, en deux catégories, les trachées et les poumoru. Les trachées sont des canaux plus ou moins ramiOés, toujours ouverts, plongeant dans l'intérieur du corps et ne communiquant avec l'air extérieur que par d'étroites ouvertures. Les poumons sont des saca internes, tantôt simples, tantôt subdivisés en loges plus on moins nombreuses ; ils communiquent aussi avec l'exlérieur par des orifices ou des conduits plus ou moins étroits.
Comme toutes les classifications organiques, celle des appareils respiratoires souffre nombre d'exceptions ; il y a des formes mixtes, des types transitoires ou confus. Ainsi les trachées sont des organes respiratoires aériens, d'après la déGnition; mais on peut en rapprocher les systtmes vasculaires ramifiés oh l'eau ci rcule ches beaucoup d'invertébrés; les poumons des araignées peuvent être considérés comme des trachées modifiées, etc., etc.
Chez nombre d'invertébrés inférieurs, (turbellariés, némertiens, annélides), il n'y a pas d'organes spéciaux affectés k la respiration. L'échange gazeux est effectué par les téguments souvent munis de cils vibratiles. Cette dernière disposition anatomique se retrouve, comme nous le verrons, sur la muqueuse des voies respiratoires de beau-
coup d'animaux supérieurs. Quaud l'eau péofetre dans la cavité du corps, la surface de cetU cavité joue aussi un rôle respiratoire, d'autant plus important que le renouvellement, la circulation de l'eau y sont plus rapides.
Les branchies apparaissent chez les annelés ; ce sont, comme chez la plupart des iavertébréa, des appendices saillants du tégumenf externe. Différents organes, particulièrement les cirrhesdorsauï, se vascularisent et devieanent des braocbies en touffes plus ou moins ramiGées (Gg. M).
CoupBB traOBïeiMle» de ver» iinnelê», pniir montrer l'homolQitie esntant enlre les bMiwhie» et Iw cinhe*.- A, coupe â'eamce ; B, do myrianide :p. j««- |K>de ibdoniiilel ; j>', pampode domnl ; br, braneble»; tr", elrthes.
Chez les tuniciers, il y a une sorte de poche respiratoire ; c'est la partie antérieure du tube digestif. Cette portion se dilate en sac, au fond duquel commence le vrai tube digestif.
Chez les hohlhuriei, il existe un système de canaux aquifères vraisemblablement respiratoires; c'est un arbre double, dont les deux orilices s'ouvrent dans le cloaque. Ce cloaque reçoit l'eau et la projette vivement au dehors, en moyenne trois fois par minute (fig. 41). Des systèmes analogues existent chez beaucoup d'autres échinoderroes, et souvent ils sont tapissés de cils vibraliles (i).
Les crustacés respirent par des branchies, qui souvent sont des appendices externes. Tantôt ce sont des appen-
()) DogèB, (M. (!((., t. II, p. 355.
ORGANES RESPIRATOIRES DU RÈGNE ANIMAL. 371 dices abdominaux, tantôt ce sont des pattes ou des portions de paKes modifiées. Chez les décapodes, on trouve des branchies enfermées dans des cavités munies d'organes tourbillonnants, faisant circuler l'eau.
PiB. 41.
'Mal iDle^iiul al organes nmiriiis liiine holothurie : o, bouclie ; i. lube inles
linal -, d, cliuqae ; a, aDi» ; e, canil pierreui ramifié ; p, vésicule de Poli
Chez un certain nombre d'arachnides, chez les myriapodes, et surtout chez les insectes, la respiration se fait
par des trachées que baigne extérieurement le liquide nourricier de raDimaî (Gg. 43). Les trachées forment alors un système de canaux dont les ranii G cations dernières constituent un Gq résenu analo^e, pour la disposition, aux réseaux capillaires (I).
Les troncs principaux sont maintenus ouverts par une banJelettechitineuse roulée en spirale et formant le squelette de la trachée. Ces trachées communiquent au dehors par des oriGces détr terminés appelés stigmates.
L'introduction et l'expulsion de l'air des trachées semblentôlre favorisées par ' des mouvements réguliers des parois abdominales. Ces
F[g. 4ï. mouvements rhylhmiques
ruiiversale dun phyllopode ^q^^ fréqUentS; OU eU peUt porte la première paire de COmptCr en mOyeUne 25 CM«1 intBstmal; c, oam ; [^^ jg cerf-VOlaOt, 50 k 35 venlrsle; d, repli des tegu- '
rmanl une coque cachant lea cheZ la loCUStC VertC. Mal-
l«„r^:,;t«^T;;7.b: Sré la perfection relative de nus- leur appareil respiratoire et '^^ l'activiié de leur vie, les insectes résistent longtemps à l'asphyxie. Ainsi Lyonnet a vu revivre des chenilles qui avaient séjourné sous l'eau pendant dix-huit jours. Faut-il aussi, avec de Blainville, considérer comme
(Liranel
Umellaires externiw ; p', interne tr/achks.
(1) hejàig, hC.cil., p, HO.