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cine théorique et d'anatomie à l'Université de cette ville, fut-il un de ceux-là, Pierre Bojano vivant encore en 1571, et notre médecin ayant à cette époque vingt-cinq ans. Quoi qu’il en soit, c'est lui qui le premier décrivit et s’efforça de vulgariser les préceptes opératoires qu'il avait tirés de son expérience ou reçus de ses devanciers, méritant ainsi non seulement les honneurs exceptionnels que ses concitoyens décernèrent à sa mémoire, mais aussi le titre incontesté d'auteur de la méthode qui porte encore aujourd’hui son nom ; cette dernière, il l’a exposée en plusieurs ouvrages, dont le principal est son célèbre traité : De la chirurgie des raccourcis par la greffe (De curtorum chirurgia per insilionem), paru à Venise en 1597. Trouvant une sorte d’analogie entre la magia Tropæensium et la greffe des arbres, il décrit ainsi ses impressions :
« Si l’on considère avec attention ces deux espèces de greffes, on verra certainement que les premiers fondateurs de l’art sur lequel nous écrivons ont été, ainsi que nous, conduits, par une conjecture non douteuse, à faire cette opération artificielle, en sorte qu'ils n’ont pas hésité à croire que l’on pouvait par ce moyen rétablir et réparer les parties de notre corps qui avaient été tronquées. Car, comme ils voyaient des arbres d’une nature absolument différente, placés à une distance considérable l’un de l’autre, se coller par le moyen d’une longue branche de l’un attachée à la souche de l’autre au point de prendre le même caractère ; comme d’ailleurs ils les voyaient s'unir fortement, ils ont jugé, par une conséquence nécessaire, que des membres coupés pourraient se joindre bien plus aisément, et en beaucoup moins de temps, avec d’autres membres, d’ailleurs sains et d’une nature analogue (!). »
En quoi consistait donc sa méthode ? En ceci : on taillait un lambeau sur la région brachiale antérieure, on soulevait ce lambeau comme un pont en le laissant attaché par les deux extrémités à son lieu d’origine, puis on en détachait l'extrémité
(*) De curlorum chirurgia per insitionem, lib. I, e. 18, p. 47 (in-fol. Venetiis, 1597).
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supérieure et on l’abandonnait à lui-même jusqu’à ce que sa surface profonde, jadis cruentée, puis granuleuse, fût entièrement cicatrisée ; à ce moment, on avivait les bords du lambeau qu'on appliquait par une suture à la surface de section également avivée du moignon nasal et l’on fixait solidement le bras à la tête par un appareil destiné à empècher tout tiraillement du lambeau, encore attaché au bras par son pédicule. Quand l'adhésion du lambeau à la face semblait complète, on coupait l’isthme qui le rattachait encore au bras et on laissait le membre supérieur reprendre sa liberté. Le lambeau, dès lors complètement séparé de son lieu d’origine, continuait à vivre grâce aux connexions nouvelles qui s'étaient établies entre lui et ce qu'on pourrait appeler sa patrie d'adoption. On le façonnait alors par des manœuvres patientes et, à l’aide d’une instrumentation compliquée, l’on parvenait à lui donner la forme d’un nez plus ou moins parfait (Berger).
Fortuné Liceti (‘) et Jean-Baptiste Cortesi () assurent avoir vu Tagliacozzi réparer parfaitement de cette manière la perte du nez, des oreilles et des lèvres.
Tagliacozzi eut-il des disciples ou des imitateurs? On ne trouve, après lui, que quelques rares relations de son opération. Vésale décrit longuement (‘) la manière de la pratiquer, mais rien ne prouve qu'il l'ait faite. Ambroise Paré raconte que le chevalier Le Cadet de Saint-Thoan recouvra fort heureusement le nez de cette manière (‘). Fabrice de Hilden rapporte aussi le cas remarquable d’une femme sur laquelle l'opération fut exécutée en 1592 par Griffon, chirurgien de Lausanne (). On trouve encore, au siècle suivant, une relation de rhinoplastie par un certain Molinetti (‘), chirurgien de Padoue. qui aurait obtenu un succès, en 1625, par la méthode de Tagliacozzi; mais c’est la dernière
(:) De monstris, lib. IT, c. 29, p. 108.
() Hazzer, Bibl. chirurg., vol. I, p. 293.
() Chirurgia magna, lib. ILE, c. 9, p. 983.
(8) Liv. XXII, c. 2.
(5) Fabrice. Hizpan., cent. IT, Obs. 31, p. 214 (in-fol. Francofurti, 1646).
(‘) Antonii Momnerri, Dissertationes anatomicæ et pathologicæ de sensibus et eorum organis. Patavii, MDCLXIX, cap. 12.
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observation dont nous puissions trouver la trace jusqu’au moment où, au commencement du siècle dernier, K. F. Graefe ressuscita la méthode italienne et la lança dans uue voie nouvelle.
En effet, cette méthode nécessitait un traitement de très longue durée, puisqu'on ne fixait le lambeau brachial à la face qu'une fois entièrement recouvert de cicatrice. Aussi il est certain que les délais considérables qu’'exigeait cette opération devaient rebuter chirurgiens et malades et n’ont pas peu contribué à faire tomber dans l'oubli la méthode de Tagliacozzi.
En 1719 déjà, un chirurgien français, Rencaume de la Garanne, dans un mémoire présenté à l’Académie royale des sciences : Sur la réparation de quelques parties du corps humain mulilé, parait avoir indiqué l’importante modification que, un siècle plus tard, devait apporter Graefe à la méthode de Tagliacozzi :
«M. Reneaume, bien fondé sur ces témoignages (!) à ne pas croire l'opération chimérique, a songé à la perfectionner après Taliacot, comme Taliacot l'avait perfectionnée après les Bojani. Il croit qu’on peut beaucoup en abréger la durée et la réduire à quinze ou seize jours, en faisant en même temps les deux différentes plaies que Taliacot ne faisait qu'à quinze jours l’une de l’autre () ». Reneaume mit-il à exécution l'opération de Tagliacozzi? Rien n’est moins certain ; c’est du moins ce que l’on peut conclure de l’incrédulité que montre Dionis, son contemporain, pour les succès de la méthode italienne qu'il tient « pour des contes faits à plaisir plutôt que pour des réalités véritables (°).» |
Ce fut Carl Ferdinand Graefe qui tira de l'oubli la méthode italienne d’autoplastie en la rénovant et en la transformant.
En 1816, il avait entrepris de pratiquer sur un soldat prussien la restauration du nez par la méthode de Tagliacozzi, en
(*) Fabrice de Hilden, Vésale, Paré, Fallope, ete.
(?) Histoire de l’Académie royale des sciences, 119, p. 29. Paris 1821, in-4°
@) Dionis, Cours d'opérations. Paris 1782, 8° édit., revue par Lafaye, p. 989.
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se conformant exactement aux préceptes de ce dernier ; l'opération fut commencée le 8 mai 1816, c’est-à-dire qu'à cette date le pont cutané fut détaché de la région brachiale du blessé ; le 7 juin, il coupa l'extrémité supérieure de ce pont, qui fut transformé ainsi en lambeau à pédicule inférieur ; le 19 octobre, le lambeau étant complètement cicatrisé sur sa face profonde et sur ses bords, il avive ceux-ci et les suture au moignon du nez préalablement avivé ; puis le bras est solidement fixé à la tête par un bandage. Le 1° novembre, il coupe le pédicule qui réunissait encore le bras au moignon nasal ; puis, à l’aide d’un traitement spécial très long, il s’occupe de façonner le nez, ce qui ne put être considéré comme terminé qu’en novembre 1817.
On voit donc par ces dates quelle longueur de temps désespérante durait ce traitement et devaient être la patience et le courage des malheureux malades qui s’y soumettaient.
Graefe eut alors l’idée de simplifier et abréger l'opération de Tagliacozzi, ainsi que l'avait indiqué Reneaume un siècle auparavant, en réunissant en un seul acte opératoire les deux premières phases de l'opération que le maitre ilalien exécutait à cinq mois d'intervalle, savoir : le détachement du lambeau et son adaptation à la partie à restaurer. Ayant trouvé un nouveau cas propice, le 11 septembre 1817, il tailla sur le bras et fixa au moignon du nez avivé, en une seule et même séance, le lambeau qui devait servir à restaurer ce dernier. Graefe avait apporté là à la vieille méthode italienne une telle modification que lui-même voulut donner à son nouveau procédé le nom de méthode allemande.
La postérité n’a pas sanctionné cette appellation quelque peu prétentieuse, car, à vrai dire, on ne saurait voir dans le procédé de Graefe une méthode distincte, mais bien un simple perfectionnement, une simplification de la méthode italienne dont il ne diffère que par la répartition de ses temps, Du reste, si de Graefe avait ainsi modifié la rhinoplasthie de Tagliacozzi, il n'avait pas, comme ce dernier, prévu la' portée plus générale de ce mode d’autoplastie ; en un mot, ses opérations se bornèrent
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uniquement à la réfection du nez; il suffit, pour s’en convaincre, de se reporter au titre même du mémoire où ce célèbre
chirurgien retrace les origines de sa méthode et expose les cas
qu'il eut à opérer: AÆhinoplastik oder die Kunst den verlust der Nase organisch zu ersetzen. à |
A la suite de Graele, plusieurs chirurgiens entreprirent l’opération nouvelle: Benedict, Dieffenbach, P. Fabrizzi. C’est à ce dernier que revient le mérite d’avoir élargi le cadre du procédé de rhinoplastie de Graefe, en l’appliquant, non seulement, comme l'avaient fait les maitres italiens du xv° et du xvi° siècle, à la réfection des lèvres et des oreilles, mais même en transplantant, sur la face palmaire d’une main déformée par une cicatrice, un lambeau taillé sur la paroi thoracique; le résultat de l'opération fut d’ailleurs des plus médiocres.
Du reste, l'enthousiasme avec lequel on avait accueilli la méthode de Graefe à ses débuts dura peu; dans la suite, plusieurs chirurgiens: Dieffenbach, Zsigmondi, Wützer, Szymanowski, Billroth, etc., ayant obtenu par ce procédé des résultats si médiocres que la plupart d’entre eux en revinrent à l’ancienne méthode de Tagliacozzi et en exagérèrent même la lenteur. Dieffenbach lui même affirmait que l'opération de Graele devait généralement échouer par le fait de la désunion secondaire des lambeaux. ;
A quoi faut-il attribuer ces multiples échecs d’une méthode qui a donné, par contre, de si brillants résultats dans la suite? La raison apparait à nos yeux assez naturelle, si l’on songe aux conditions défectueuses de réunion où se trouvaient le lambeau cruenté et la plaie du bras, à une époque où la chirurgie ne connaissait pas encore les précieuses ressources de l’asepsie.
Les choses en étaient là, lorsque en 1879 M. le Professeur Berger (de Paris), ayant dans son service une malade atteinte, à la suite d’un lupus de la face, de lésions multiples et notamment d’un double ectropion bilatéral, avec la peau du visage rétractée, cicatricielle, « tendue comme la peau d’un tambour » (Voir plus loin l'observation), eut l’idée d'appliquer à la restauration de la paupière inférieure la méthode de Tagliacozzi, modiliée par de Graele; le résultat en fut très satisfaisant.