LE ROI ET LA NATION
Soit, restons dans le moment présent. Oublions l'avenir comme le passé. Le problème psychologique indiqué par nous subsiste, malgré le Rappel. Notre vaillant confrère républicain raisonne juste, mais sur des signes qui ne sont pas équivalents parce qu'ils ne désignent pas des réalités semblables, ce qui fausse le résultat de son opération. Je m'explique en le citant :
M. Charles Maurras a maintes fois résumé sa thèse gouvernementale en ces mots lapidaires : « Le Roi est là ».
Nous disons, nous autres : « La Nation esl /à ».
Et « là » c'est partout.
OUI. GOUVERNEZ HARDIMENT. I."î*
Mais pour être là, pour bénéficier de celle ubiquité quasi-divine, le Roi commence par être, tout simplement. Il est rUn, dans lequel se concentrent tous les organes de l'État. L'unité de rÉtat a commencé par s'opérer et se réaliser dans sa personne. Où est l'unité de la Nation sans le Roi? L'unité nationale est morale et abstraite, il lui man(jue de s'être rassemblée dans quelqu'un de personnel et de vivant. Celui qui dit : « L'État, c'est moi », est un grand, un très grand personnage. Que si l'Élal est distribué entre plusieurs membres distincts, parfois très différents, capables de rivalité et de compétition, même quand ils sont unis, ces divers personnages sont nécessairement plus petits : ils ne peuvent pas se présenter ni opérer avec la même vigueur qu'un seul. Il leur manque d'être, non légalement, mais réellement subordonnés entre eux : président de la République, président du Conseil, ministre de la Guerre, cela fait déjà trois enlilés, sans compter les deux grandes entités parlementaires, et leurs membres.... A l'addition, on finit par obtenir quelque huit cents souverains, pariant, allant, venant, ordonnant, critiquant.... Cela fait beaucoup de monde, d'ordres, et de contre-ordres....