‹ La Blessure intérieure de Janvier à fin Mai 1916Chapitre 105 sur 221 · A VERDUN · texte numérisé non relu

A VERDUN

27 février 1916.

La France entière, tète et cœur, est dressée dans la direction de Verdun.

Nous n'avons plus de vie que pour savoir, guetter, espérer, calculer ce que fera, ce que pourra cette résistance sublime . Plusieurs fois déjà, devant Nancy, devant Calais, à Reims, à Soissons, le germanique et faux César berlinois est venu encourager de sa présence la ruée de ses hordes, dans l'espoir d'une entrée triomphale. Mais son entrée n'a pas eu lieu. %'os soldats bien conduits, bien armés, bien munis et par-dessus tout résolus jusqu'à la mort, nont permis aucune de ces parades tragiques, quelque averse de grosse artillerie qui leur fût assénée du ciel. La même foi dans la bravoure et dans la sagesse s'impose, avec le même deuil plein de fierté, plein d'admiration et de gloire pour les héros sacrifiés qui donnent leur vie à la terre et la gardent des offensives de l'ennemi.

Que d'amis, que de vieux amis nous avons aujourd'hui dans le pays en feu ! Mais, des côtes de Meuse, sur notre droite, à Malancourt, sur l'extrême gauche de l'armée de Verdun, combien de tombeaux! Voilà une année révolue» aujourd'hui même qu'à Malancourt, mon pauvre Lionel des Rieux a été foudroyé à la tête de sa section. Très peu de temps après, à l'ouest-sud-ouest de cette position, c'était à l'assaut de Vauquois, un autre de nos condisciples aixois,

président de notre section du XII'= arrondissement de Paris, le commandant de Mou gins Roquefort! Mais ces deux Provençaux avaient du moins la joie de tomber dans la victoire. Mougins sur sa civière encourageait du regard et du geste ses hommes prenant le village. S'il n'a pas vu la prise de la tranchée dont il commandait l'assaut, Lionel a peutêtre entendu ses soldats lui annoncer l'issue heureuse delà journée. Toutes les vies s'écroulent, tous les souffles s'arrêtent un peu plus tôt ou un peu plus tard : rien n'est donc comparable au magnifique sentiment qu'eurent ces bons Français d'ignorer la mort inutile. Comme chantait Mistral.

Ils sont morts, les bâtisseurs ; Mais le temple est bâti.

La hauteur est reprise si quelques-uns de ses assaillants sont fauchés.

A Verdun, cette fois, il ne s'agit plus de reprendre, mais de tenir et de conserver à la France une pierre angulaire de son rempart. Tous les combattants amis que nous avons là-bas connaissent à quels vœux de succès national on associe les vœux de gloire et de bonheur. Rien, certes, ne saurait décourager l'espérance ni la résolution des bons citoyens. Les reculs partiels sont l'école et-parfois même les moyens de la victoire définitive. L'armée qui a osé la retraite de Charleroi et qui a réussi le rétablissement stratégique de la Marne sait qu'elle peut compter sur le sang-froid et la confiance de la nation. Mais aucune hypothèse ne vaudrait celle qui semble se dessiner : l'ample leçon donnée sur place par les défenseurs de

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Verdun à l'assaut des barbares. Celle lerre qù ruissela un si beau sang, ces forêts, ces plaleaux, ces vallons chargés de vastes cimetières, engraissés de tant d"hcroïsnie et de dévouement, tiennent au cœur français par les nouvelles fibres mystérieuses que depuis dix-huit mois tissa une lutte acharnée. Quoi qu'il arrive, il y a h\ des mérites acquis et sacrés. Le résultat ne peut manquer de les reconnaître et de les récompenser tôt ou tard.

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