LA FRAUDE DES PARTIS
26 février 191 G.
Faut-il mépriser l'ennemi? Faut-il le priser au contraire ? Il faut les deux, selon le cas posé et selon l'angle du regard et du jugement. Mais le système rigide, en une matière aussi essentiellement souple et complexe, ne peut être qu'un moyen d'empoisonnement à l'usage des partis. Même en temps de paix, mépriser systématiquement l'Allemagne aurait pour résultat de nous aveugler d'ignorance et de nous laisser sans défense à sa merci : un certain patriotisme démocratique est souvent tombé dans ce piège de l'ennemi. Mais d'autre part, l'estime et la considération fanatique de l'Allemand, telle par exemple qu'elle était professée à la vieille Sorbonne et dans le parti socialiste unifié, cette gernianomanie résignée, téléologique et mystique dont témoignent certaines pages, narquoises et bien tristes à relever aujourd'hui, du Faites un roi, où Marcel Sembat prenait nommément à partie notre antigermanisme et noiro antimétéquisme, offrait aussi l'inconvénient de désarmer à. l'avance par les effets du découragement et de la terreur. Le patriote clairvoyant prise et méprise où il faut, il admire et craint où il faut, sans se priver de siffler ni de hausser les épaules quand il convient.
Mais là aussi peut se trouver établi un écran, qu'ont fabriqué, avec toute l'ingéniosité dont ils sont capables, les partis démocratiques, parasites de
l'Etat, pour entretenir l'illusion favorable à leur politique alimentaire et pour cacher les vérités qui faucheraient leur gagne-pain.... Pourtant leurs dupes voudront l'être, car l'intérêt est trop visible, la ruse cousue de fils rouges.
Quand les gens de la Sorbonne ou ceux de VHicmanitc s'avisent de combattre les bons Français qui songent à s'assurer d'une solide ligne de défense sur le Rhin ou d'une division nouvelle des Allemagnes ou de l'institution d'une autorité nationale puissante à Paris, on comprend que ces vieux amoureux de l'Allemagne s'alarment de voir passer de notre côté les conditions d'une victoire qu'ils ne voudraient pas trop complète, l'humiliation de l'Allemagne» devant humilier ses admirateurs. C'est un sentiment très personnel, quoique assez naturel et humain en somme. Mais, quand, pour la commodité de ce débat politique, la Sorbonne ou VHumanilé germanisée, kantisée, hégélianisée, marxisée, sozial-démocratisée jusqu'aux moelles s'avise d'emprunter le masque tricolore, invoque je ne sais quels faux principes appelés nationaux pour la circonstance et traite ses adversaires de « pangermanistes français », la fraude est si grossière, la fourberie si insolente qu'il n'est plus nécessaire de rien répondre : il suffît de rappeler à ces pauvres gens leur passé.
Cette justice faite, l'on revient paisiblement à l'étude désintéressée du haïssable et médiocre génie tudesque, des causes naturelles de la force enviable qu'il s'est acquise et des moyens pratiques de la dompter.