‹ La Blessure intérieure de Janvier à fin Mai 1916Chapitre 126 sur 221 · LA VRAIE FRANCE · texte numérisé non relu

LA VRAIE FRANCE

Il n'y avait de décomposé que la politique et si, comme toujours, l'élément politique a subi ces tempsci d'obscurs ébranlements, la France continue de •se sauver elle-même, suivant le bel aveu du Temps de 191 i. Le monde nous en est encore témoin.

En disant que l'évacuation de Verdun par l'armée intacte serait pour nous un échec matériel de peu d'importance, mais représenterait pour l'Allemagne un sérieux avantage moral, M. Albert Bonnard, au Journal de Genève, analyse cet intérêt allemand formé, comme toujours, d'après un calcul dont notre malheureux régime politique fournit les données :

Mais cette défaite morale, l'Allemagne en es[)ère une répercussion à l'intérieur. Les Français n'ont pas renoncé à une des tradilioiis les plus fâcheuses de leur histoire : celle de changer de gouvernement dès qu'ils subissent un échec.

Tradition ? Elle tient, si l'on veut à Vercingétorix et à notre anarchie gauloise, mais si longues que puissent être ces traditions, il y eut une interruption mémorable : c'est celle qui date de 987 et qui s'étendit sur l'espace assez coquet de huit siècles, jusqu'à 4789.

Huit siècles, dans lesquels on ne savait que se serrer autour du Roi quand la fortune de la France avait encouru des revers, et les troubles, les hésitations ne naissaient que lorsqu'il y avait doute sur le vrai Roi : doute sur la légitimité de Charles VII, doute sur les droits d'Henri IV. Ces points fixés et rétablis, tout suivait; comme on disait alors, tout « succédait », cl en somme, tout avait du succès. On se rangeait autour du grand cardinal en 1056 comme on se rangeait autour du grand Roi en 1712.

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