IL FAUT PRISER ET MÉPRISER
J'ai dit, le 26 "février, parlant de V estime et du mépris de l'adversaire, qu'il fallait fuir ici le système préconçu, la thèse toute faite. Thèse et système doivent disparaître devant la vérité concrète, que l'intelligence réaliste doit savoir guetter et saisir. Là où le troupier allemand, là où le commandement allemand apparaissent inférieurs, il faut avoir le courage de le dire et de le crier : c'est un bon vin à
172 LES CONDITIOr'.'S DE LA VICTOIRE.
verser à nos combatlants. Je ne leur dis pas d'en trop boire, on ne se grise pas devant l'ennemi, mais il est des moments où la conscience de la qualité de son pays, de la noblesse de sa race et de sa pensée en multiplie les forces utiles. Voilà le cas d'en boire un coup et un bon coup.
N'hésitons pas devant cette nécessité universelle de nous administrer, d'administrer aux nôtres celte coupe de juste orgueil. C'est en partie faute dorgueil national suffisant que nos lettres, nos arts, noire philosophie ont trop souvent rampé durant ces quarante dernières années. C'est faute de juste fierté nationale que nous avons laissé dormir Fustel et subi Gabriel Monod. Il n'est pas sûr que nos théoriciens militaires n'aient pas subi également, à leurs dépens et aux nôtres, le faux prestige des Germains.
Il ne faut admettre aucun prestige. Il ne faut même pas être dupe de soi. C'est sot amour-propre ou fierté mal placée, tous sentiments fort dangereux, qui empêcheraient de rendre justice à l'ennemi. Devant l'évidence de la valeur des troupes boches sous Verdun, devant l'obstination retorse et l'âpre audace de leurs chefs, un esprit véritablement français n'a qu'à dire très haut ce qui est. Ce peuplelà était préparé à la guerre. Ce n'est pas, comme on le disait niaisement au début, une guerre d'officiers ou de junkers ou des seuls Prussiens, qui nous est faite ainsi : l'enthousiasme calculateur de la jeunesse lettrée et de la jeunesse ouvrière, la cupidité paysanne et bourgeoise, l'obéissance fanatique (il ne faut pas dire passive) des éléments restés féodaux, le sectarisme pro lestant, le loyalisme catholique, le
LA FOI DANS LA NATIOxN FRANÇAISE. \">
scrvilisme moderniste, tout esl utilisé du peuple boche, tout ce qui vit dans son génie secondaire, dans sa nature médiocre, par un gouvernement de modèle supérieur. Ainsi tout marche, ainsi tout sert, de ce qui compose les Allemagnes pour les précipiter à l'assaut d'une France désorganisée et dégénérée, croyaient-elles.