‹ La Blessure intérieure de Janvier à fin Mai 1916Chapitre 130 sur 221 · EUGÈNE JACQUET · texte numérisé non relu

EUGÈNE JACQUET

patriotisme d'autres idées. II est naturel qu'ayant ces idées, humanitaires, radicales, maçonniques, vous les ayez mises bien d'accord avec votre patriotisme. Vous avez identifié la démocratie et la France et ainsi l'idée de Démocratie ou de Révolution a servi à porter votre patriotisme à ce degré de généreuse incandescence qui fera de vous des héros. Tout cela établit votre bonne loi : bonne foi dans le vrai peutêtre, mais peut-être aussi bonne foi dans le faux. La question de sincérité n'est même pas abordée ici, loin qu'on la conteste ! Ce qu'il faut savoir c'est si la démocratie elle-même, dans sa réalité, par ses institutions et par son esprit général, confère à la nation de la force ou de la faiblesse, de la solidité ou de l'ébranlement, de la durée et de la stabilité ou tout le contraire; de la fraternité civile et delà paix intérieure ou le déchirement des factions joint au malheur des conflits armés avec l'étranger.

« Et là, on n'est plus dans les intentions. On est dans les faits. On rencontre ces hauts précédents de l'histoire qu'il n'est pas téméraire d'appeler des constantes et même des lois, quand on peut invoquer, entre autres, des exemples aussi terribles, aussi nets que ceux des démocraties antiques et modernes ; quand les mieux. doués des peuples. Athéniens du temps de Philippe, ou Polonais du temps de Catherine et de Frédéric, fournissent le même douloureux témoignage d'une indépendance mise en lambeaux par la même misère du régime électif. Ces Polonais, fidèles au Liherum veto, n'étaient pas anlipatriotcs, ni ces Athéniens enragés des discordes de leur place publique. Ils travaillaient sans le vouloir, en vou- Maurras. — IV. 12

lant même tout le contraire, pour la perte de leur patrie.

<t Que dire, également, des Français de l'an II !

« Patriotes sublimes, mais dont l'ouvrage politique peut être défini la consomption, le feu de joie de toutes les principales suprématies sociales et nationales que nous avaient données huit siècles de monarchie, monarchie tempérée ou monarchie absolue, dont les Bourbons avaient iait l'apogée. Du plus puissant État de l'Europe qui, sur mer, venait de balancer l'Angleterre, qui sur terre put défier le monde pendant vingt-cinq ans, en raison des avantages de population et de richesses accumulées et capitalisées sous les rois, ces patriotes firent le vaincu de Trafalgar, de Waterloo et de' Sedan, la nation qui (cinq fois envahie en cinq quarts de siècle) repousse une agression féroce dans des conditions héroïques, mais n'est plus de taille à le faire toute seule et doit convier à son secours, sur son territoire et ailleurs, des centaines de milliers de soldais alliés. Si du moins l'œuvre intérieure de la démocratie avait compensé son infériorité à la guerre ! Mais les journaux que lisait Eugène Jacquet sont les premiers à proclamer l'infériorité de notre capitalisme et, au besoin même, de notre socialisme: industrie, commerce, natalité, tout diminuait. Gomment croire que des diminutions semblables puissent rendre un bon témoignage aux institutions qui y ont présidé ? Et comment accorder l'admiration ou la simple fidélité de patriotes comme vous à un régime qui diminue ainsi la patrie ? »

EUGÈNE JACOUET. 179

Page 1