‹ La Blessure intérieure de Janvier à fin Mai 1916Chapitre 141 sur 221 · L'IDÉE NATIONALE ET ROYALE · texte numérisé non relu

L'IDÉE NATIONALE ET ROYALE

L'anniversaire des premiers pas de Y Action française quotidienne évoque une œuvre qui a largement collaboré à ce relèvement de l'esprit national, qu'un soldat, écrivain démocrate, blessé au champ d'honneur, le lieutenant Rey a appelé la < renaissance de l'orgueil français ».

Si, en ces huit années d'études et de batailles, la royauté n'a pas été rétablie en fait, l'idée du roi, les directions royales, les passions généreuses inspirées à la plus magnifique jeunesse par la personne, par les principes et par la politique de Monseigneur le Duc d'Orléans auront rempli une partie, une très grande partie du service public inhérent à la royauté. Le règne moral de Philippe VIll exilé est à compter parmi les éléments mystérieux du relèvement, de la résistance, de la victoire.

Même jour, 21 mars 1916, DEUX ARRÊTS DE a JUSTICE » -

A la même dale liislorique, nous avons aussi le très grand honneur de publier deux documents judiciaires d'un liaul intérêt. Le premier est le jugement du 12 octobre, qui condamne à l'amende, à la prison, à des dommages-intérêts le voleur Vigo, coupable de diffamation à l'égard de Léon Daudet et au mien. Le second est l'arrêt rendu hier par la Cour d'appel pour réformer ce jugement et exonérer le voleur Vigo de la prison et d'une forte partie des dommages et intérêts. On trouvera dans le premier le cri de la conscience patriotique d'honnêtes magistrats voyant adresser aux auteurs de VAvant- Guerre et de Kiel et Tanger « Faccusation infamante entre toutes d'avoir trahi leur pays ». La seconde pièce se garde bien de relever le point de fait qui révolta les premiers juges, elle déclare, en termes généraux, adopter » leurs molifs », mais ajoute qu'une atténuation de peine s'impose, parce qu'il a été répondu à cette infamie par des articles « violents, injurieux et diffamatoires ». Ces articles de réponse sont étrangement qualifiés de « provocation » par le juge.

Le rédacteur de cet arrêt ne paraît pas s'être douté qu'il n'y a point de commune mesure entre une accusation formelle de trahison devant l'ennemi et n'importe quelle violence publique en

réponse. Le rédacteur de l'arrêt aura réfléchi à tout autre chose. Nous connaissons M. de Vallès depuis longtemps. Présidant le procès Gregori lors des assises de 1908, il n'osa faire arrêter, mais ne put réduire au silence un membre de Y Action française qui exprimait des vérités gênantes devant le jury. Présidant la Cour quand notre procès de Versailles vint en appel en novembre 1915, M. de Vallès ne réussit pas à empêcher un autre membre de V Action française de prendre la parole, de revendiquer et d'établir clairement son droit. Présidant l'autre jour encore ie même haut tribunal, "SI. de Vallès trouva les arguties juridiques indispensables pour empêcher un soldat deux fois blessé à l'ennemi d'obtenir la réparation d'un article diffamatoire du Torchon*. Une certaine dextérité juridique est également apte à dénier le droit aux honnêtes gens et à protéger les coquins.

Nous n'étions pas assez enfants pour nous faire la moindre illusion sur l'issue de l'appel d'un personnage ayant, comme Vigo, nous l'avons dit cent fois, le rang et le rôle d'agent officieux. Et comme nous n'avons jamais perdu de temps en protestations inutiles, la publication du premier jugement suffira, selon nous, au châtiment public des juges qui ont fait le second. Nous n'ajouterons à celui-ci qu'une rectification nécessaire.

M. de Vallès a dit dans l'arrêt d'hier :

Considérant, en effet, que si, au point de vue juridique, il est hors de doute que la provocation ne

i. Notre ami Henri Lacroix.

constitue pas un cas d'excuse légale, pour le délit de diffamation comme pour le délit d'injure, aux termes de l'article 55 § 2 de la loi sur la presse, il est non moins certain que cette provocation, quand elle atteint la même violence que celle constatée dans les articles de journaux incriminés, doit être prise en considération par les juges pour la fixation du quantum de la peine, et pour l'admission des circonstances atténuantes.

Le mol provocation est une impropriété de termes indigne d'un magistrat qui a été le condisciple de Jules Lemaître. La campagne du voleur Vigo n'a jamais été provoquée. Elle a commencé, sans que nous nous fussions occupés de lui ni de son Torchon*. Les articles « extrêmement violents, injurieux et diffamatoires j>, auxquels M. de Vallès fait allusion, sont ceux qui ont paru ici, non seulement après des mois et des mois d'infamies à nous adressées par le Torchon, mais après le jugement du 12 octobre condamnant le voleur et antimilitariste Vigo à la prison, à l'amende et aux dommages.

Page 1