LE MONDE ANGLAIS EST AVERTL
empires du centre et de l'est : nous ne savons ni comment 1 homme a inventé le feu ni comment il est parvenu à dompter les premiers fauves; quelle erreur donc que de tirer de ces hypothèses fabuleuses une comparaison avec la somme des expériences les plus certaines, les plus claires, analysées par les plus sagaces des hommes! Cependant suivons notre contradicteur dans son hypothèse évolutionniste. Oublions que M. Labadié parle de la démocratie comme d'une espèce vivante — l'homme ou le tigre, — ou d'un élément naturel concret, — le feu — sans s'apercevoir de la confusion opérée par ces abus d'une métaphore. Mais dans la chasse aux fauves ou'dans la domestication de la flamme sacrée, il est clair que l'on a procédé par des tâtonnements suivis de succès graduels ou de moindres insuccès. La difficulté diminua, l'avantage grandit avec les perfectionnements de l'expérience et de Fart. Le grand poète de l'esprit français et du génie humain dit :
D'abord il s'y prit mal, puis un peu m-ieux, puis bien. Puis enfin il n'y manqua rien.,..
Aperçoit-on rien de tel dans l'histoire comparée des démocraties? Elles échouent du temps de Frédéric, de Catherine et de Marie-Thérèse, comme elles échouaient du temps de Philippe Macédonien. Leur inaptitude de 1910 est ce qu'elle était 350 ans avant noire ère. La mesure de leur insuccès ne diminue pas. Les textes des Nuées et des Philippiques tombent d'eux-mêmes à pic, après 2500 ans, sur les mêmes hommes, sur les mêmes erreurs. Le rapport entre les mêmes institutions et leurs conséquences inva-
riables est fixe. Quelle analogie entre ce rapport fixe et la conquête graduelle des éléments ou la chasse de plus en plus heureuse des bétes sauvages?