OU DÉMEMBREMENT
18 avril 1916.
Une lettre tic M. Gaston Riou que je mettais en cause hier m'apprend que nous sommes moins éloignés de nous entendre que je ne le craignais. Il précise sa pensée, résultat de ses observations de prisonnier de guerre :
Qu'ai-je constaté en Allemagne durant la guerre? Est-ce une méfiance croissante entre les divers pays qui constituent la Confédération? ou, pour aller d'emblée à la grande affaire, ai-je vu Munich sur le point de tourner le dos à Berlin?
Aucunement. Dès lors, pour le cercle de ses observations, il n'y a pas lieu d'espérer la dislocation spontanée de l'unité allemande.
Ne comptons point, pour vaincre, sur une discorde prochaine entre les armées prussiennes et l'armée bavaroise ou saxonne. Ce n'est point des Allemands que partira, durant la guerre, l'initiative d'un schisme.
Il a observé, par contre, des sentiments de méfiance sociale et politique à l'égard des autorités. Il a vu grandir ces sentiments, et, sans croire do façon absolue à une prochaine révolution allemande, il y a vu une amorce utile, peut-être précieuse à enregistrer. Je suis d'autant moins opposé à ces prudents calculs que M. Gaston Riou, entièrement d'accord avec le bon sens, paraît juger comme nous
qu'il n'y a pas de commune mesure entre la puissance du fait et la puissance de l'idée en Allemagne. «. Je vous accorde de grand cœur », m'écril-il, i qu'il est peu de cerveaux au monde plus enclins que le cerveau germanique, à accepter les impositions de la force et à penser selon le fait accompli. » 11 applaudirait donc d'avance à « toute mesure qui jugulerait le militarisme allemand ». Mais il faut une force sage. Napoléon avait commencée unifier l'Allemagne; Richelieu l'avait divisée et subdivisée. Après Napoléon, l'Allemagne est devenue puissante et tumultueuse; après Richelieu, elle était faible et tranquille. Le choix des gens raisonnables est déjà fait.