L'AUTRE MERVEILLE EN FRANCE
Il serait intéressant de transférer, mutatis mulandis, à la politiqucr des Capétiens ces curieuses vues sur la politique romaine. Ces deux merveilles de l'histoire se correspondent Irait pour trait. Chez nos rois aussi, dans leur construction millénaire, la France, la durée est expliquée par les lenteurs, les hésitations, la prudence. Là aussi, on retrouverait quelque chose de ce que M. Ferrero, par un ana-
chronisme ingénieux, appelle un esprit puritain : c'était par exemple, l'esprit juridique, ritualiste et traditionnel de saint Louis restituant à son vassal anglais les provinces qu'il lui avait conquises par l'épée; c'était, jusque sous Louis XIV, le sentiment profond qu'avant d'annexer la rive gauche du Rhin il convenait d'y pratiquer d'abord la politique d'influence et d'assimilation, à la faveur de la décomposition des Allemagnes ; c'était sous le même règne et plus tard, une certaine indifl'érence et indolence, discutable peut-être, mais caractéristique, en matière coloniale, et c'était aussi, après le rêve hyperbolique de réunir Madrid et Paris sous le même sceptre, le retour, en somme 'facile, sinon spontané (mais comparez Napoléon!), à la tradition du « pré carré », d'ailleurs accrue par l'admirable politique de famille qui allait s'étendre aux royaumes et duchés de l'Italie. Là où ce Louis XIV, qui excéda si rarement le cadre de la tradition, commettait ce péché de débordement, il en eut conscience et se le reprochait : « J'ai trop aimé la guerre », et il prêta la main à la force des choses, qui déterminait le grand fleuve à rentrer dans son lit, non sans avoir d'abord vaincu, non sans avoir sauvé son honneur, l'honneur de sa force, à la splendide arrière-saison de Denain.