‹ La Blessure intérieure de Janvier à fin Mai 1916Chapitre 191 sur 221 · LE CANAL INAUGURÉ · texte numérisé non relu

LE CANAL INAUGURÉ

et les plus catholiques de France, c'est-à-dire les moins fanatiquement égarées par les illusions du régime électif, les plus positives, les mieux renseignées sur la vérité politique : on n'y a pas encore accoutumé l'électeur à considérer le budget national, départemental ou communal comme une mine à faire exploiter par les mandataires politiques; l'inimitié des partis n'est pas avivée par le feu de ces intérêts personnels ; elle y perd de son Apreté : il reste donc dans l'atmosphère sociale une place pour le serein échange des vues générales sensées sur les intéi'ôts les plus généraux.

Je souhaite aux Bouches-du-Rhône la même fortune, mais il y a longtemps que ce coin de France a été spécialement dévasté par le jeu direct de cette démocratie pure dont le caractère, comme Sembat l'a écrit autrefois, est de nous rompre aux luttes intérieures. L'abolition de la guerre sociale paraît aussi difficile que l'extirpation de l'alcoolisme en démocratie.

10 mai 4916.

Nos amis du midi nous signalent depuis plusieurs jours cet article de M. Gabriel Séailles à La Dépêche de ToidoKse, auquel Le Temps d'hier soir a donné une approbation vague, tempérée de critiques. Apprenez, amis, familiers, vieux compagnons et vieux élèves de M. Gabriel Séailles, apprenez que voire maître professait avant la guerre des « Opinions un peu absolues » et rendait « sur les hommes des jugements un peu tranchants ». Je n'ai guère approché, en ces temps lointains, M. Gabriel Séailles qu'une fois ou deux; mais j'ai vécu et respiré de longues années au milieu de ses anciens amis, et aucun ne le peignait ni absolu, ni tranchant. Tant mieux, néanmoins, si la guerre l'a amélioré et rapproché encore de la perfection au gré du Temps. Pour son article de La Dépêche^ je l'avais lu avec un double sentiment : adhé^^ion sans réserve sur le principe, grave réserve quant aux conséquences tirées.

M. Séailles veut placera la base de l'union sacrée le respect de la vérité, ce sont ses propres expressions. Il demande la loyauté en tout. M. Séailles ose écrire en outre :

On parle du tribunal de l'opinion publique. Singulier tribunal, sans témoins, sans avocats, sans juge, où les deux parties crient à la fois et où celle qui crie le plus fort a cause gagnée. La passion supprime les docu-

ments et les faits qui la contrarient, ollo crie sa légende non pour savoir, mais pour se satisfaire.

Paroles dures, mais paroles vraies, qui retombent de tout leur poids non seulement sur l'opinion, personne trop diverse et trop dispersée pour être responsable de rien, mais sur les gouvernements assis sur ce banc de nuées : les gouvernements d'opinion, les gouvernements de parti! En nous associant à ce verdict sévère, mais juste, nous n'avons qu'un regret, c'est de voir les applications qu'en fait M. Séaillcs à la politique contemporaine.

Ces applications, au nombre de deux, nous paraissent défectueuses, on va voir pourquoi.

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