LA LACÉRATION DJ CONGO
La première vise le traité franco-allemand du i novembre 1911, qui porte la signature de M. Caillaux. 11 paraît à M. Séailles inique d'appeler un revers pour la France des dispositions qui furent extrêmement désagréables aux Allemands. Ces Allemands de 1911 voulaient le Maroc et ne l'eurent pas. Ils n'obtinrent que la lacération du Congo. « Grande victoire diplomatique » pour la France, dit M. Séailles.
En vérité? Il suffirait que nos adversaires fussent déçus pour que nous eussions lieu d'être gais? J'avoue que cette erreur chez un professeur de philosophie me fait de la peine. Essayons de le lui montrer par un exemple imaginaire et heureusement irréalisable. Supposons qu'à la fin de l'année, chose impossible, les Allemands vainqueurs se contentent
de nous ravir, en raison de son importance métallurgique, le bassin de Briey et, en raison du dialecte flamand qui y est parlé, les arrondissements de Dunkerqi^e et d'Hazebrouck destinés à arrondir leur Belgique : on peut concevoir un soulèvement de colères teutonnes, ces acquisitions étant estimées sans rapport avec l'énorme dépense de vies humaines et du matériel militaire et financier correspondant. Mais, si plausible que fût la thèse allemande, pourrait-on en France qualifier de « grande victoire diplomatique » la perte de Briey, de Dunkerque et d'Hazebrouck? Lessacrés intérêts delà vérité obligeraient-ils à traiter l'homme d'Étal responsable de cette perte comme un Père de la patrie? M. Caillaux, pour qui M. Séailles argumente si gauchement, ne peutmême pas invoquer le bénéfice d'un règlement définitif et pacificateur puisque, de l'aveu de son avocat et par le témoignage du Livre Jaune, ce traité si préjudiciable à la France a été pour l'Allemagne, qu'il a mécontentée, le stimulant de l'effort guerrier qui suivit. De quelque façon qu'on les envisage, il est inévitable de conclure que M. Gabriel Séailles s'est gravement trompé sur ces faits.