L'UNITÉ ALLEMANDE ET LES SOCIALISTES
25 mai 1916.
Les chefs socialistes, ces épouvantables nigauds, ont lire le parti qu'ils ont pu des déclarations récentes de sir Edward Grey, qui distinguent entre la volonté d'anéantir le militarisme prussien et la dissolution de l'unité allemande prise d'ailleurs pour synonyme de la destruction de l'Allemagne.
Pas une fois, nous n'avons parlé de détruire l'unité allemande, sans qu'un socialiste quelconque admirât tout aussitôt la férocité nationaliste, désireuse de massacrer tous les Allemands, de les hacher menu et d'en faire des petits pâtés à la fin d'en nourrir les jeunes cannibales lecteurs de notre journal. Celte façon de parler et d'écrire, commune à tant de chefs socialistes, montrera la difficulté de conversation raisonnable sur ce chapitre, du moins avec les zélateurs français de l'amitié germanique.
L'UNITÉ ALLEMANDE ET LA QUESTION DU RHjN
Il faut parler pourtant et écrire, puisque de l'Opinion dépendent les actes. Je retiens, comme une curiosité digne de remarque, le silence qu'ont opposé aux commentaires socialistes des déclarations de sir Edward Grey tous les éléments patriotes et traditionnels du monde républicain, ceux qui veulent porter nos armes et nos frontières jusques aux têtes de pont sur le Rliin.
Comment se taisent-ils? Ces patriotes qui n'ont
pas lu en vain notre histoire ne voient-ils pas que, le principe du maintien de l'unité allemande ainsi accordé, leur projet croulera nécessairement? Nous le leur avons déjà redit bien des fois ; autant l'assimilation à la France de la rive gauche du Rhin est possible, probable, raisonnable, même facile, si l'on conçoit une redistribution des Allemagnes, autant ce même dessein deviendrait chimérique si l'on rêvait de conserver l'unité allemande avec l'attraction formidable que son effort organisé ne manquerait pas d'exercer sur les districts rhénans à elle arrachés !
En ce cas-là, les chefs socialistes gardent une ombre de raison : « c'est un pays d'empire », c'est une Alsace-Lorraine à rebours que l'on attacherait au flanc de la France. La fidélité française des Rhénans résultera du démembrement germanique. Voilà le point de vue que nous ne nous lasserons pas de signaler à des patriotes. C'est le point de vue d'avenir lié à tout calcul de l'intérêt français qui exige nos sûretés et nos progrès du côté du Rhin.