L'UNITÉ ALLEMANDE ET LES SOCIALISTES
d'Allemands venant à graviter autour de Berlin, comme s'y résignent tels de nos étourneaux de Textrême-gauche, et du centre gauche, la même unité allemande élèverait des ambitions nouN^'elles avant de se dire complète et satisfaite : elle pourrait et voudrait s'achever du côté de la Suisse allemande. Péril à peine esquissé aujourd'hui, mais qui saurait se préciser formidablement. Cela est écrit dans la forme de la terre, dans la répartition des races et des langues.
Si donc on se désintéresse de cette question, l'on peut se voir induit à laisser se constituer, au centre de l'Europe, une agglomération de peuples parlant allemand, la plus compacte, la plus redoutable qui ait jamais^été sous le ciel. Nous ne croirons jamais que notre Quai d'Orsay ni le Foreign Office envisagent avec sérénité une perspective semblable. Et si notre commune diplomatie est bien résolue à ne pas permettre que le noyau allemand s'agrandisse, on ne voit qu'un moyen concret de porter l'interdiction: c'est de décomposer le noyau actuel. Tant qu'il sera entier, il sera en voie de croissance. Cela ressort de la manière dont il s'est formé. Cela est plus clair que le jour.
26 mai 1916.
Nous avons retenu avant-hier, comme signe du sérieux de notre politique et de son réalisme fondamental, la parole du président du Conseil dans son discours aux Russes, relativement aux « sanctions » comportées par les futurs arrangements de l'Europe. Ce mot de sanctions, si l'on en sent bien la valeur, porte avec lui une correction naturelle aux erreurs de détail et aux faux départs qui ont pu ou pourront même être commis par complaisance et attachement aux Nuées. Une sanction est d'ordre pratique. Une sanction ne se confond pas avec le « chiffon de papier » qui l'annonce et la spécifie. Une sanction est un fait, elle a été un acte. Elle requiert donc, mais déborde de toute manière la compétence des juristes, des professeurs de droit et des diplomates purement spéculatifs.
Le point faible de notre position politique est donc corrigible. Nous avons parfois remarqué le contraste que faisait avec le gouvernement de Gambetta le gouvernement d'aujourd'hui : composé d'hommes de parole, il a moins cédé à la manie de la parole et s'est beaucoup plus soucié d'agir. De cette action, tant qu'elle aura pour ministres directs des militaires ou des fabricants de munitions, rien à craindre ! Mais quand nos juristes n'auront plus à diriger que des diplomates, c'est alors que les hommes exposés à confondre sans cesse le fait et
le droit, feront bien d'exercer sur eux-mêmes une surveillance d'autant plus attentive, que l'intarissable blagologie socialiste sera là pour veiller à cette confusion. L'issue en serait trop cruelle pour les Alliés ! Avoir versé la fleur du plus beau sang européen pour aboutir à quelques fragiles constructions juridiques, quelle épouvantable faillite au bout du plus cruel précipice de notre iiisloire !
Lorsque, mardi, M. le président du Conseil a prononcé ce mot de « sanction », quand il a déclaré que t la paix ne doit pas être une vaine formule >, il nous a rassurés contre cette menace immense, mais il a infligé un nouveau retour d'inquiétude quand il a insisté sur les bases du droit international.... Que valent ces stipulations, même assaisonnées d'un appareil de châtiments bien numérotés? Tout dépend du sérieux de ces peines-là. Tout dépend de leur efficacité pratique. Mais comment peut-on môme la concevoir? Il n'y a pas d'Europe ni de société européenne, sinon au figuré. La coalition a toutes les peines du monde à jouer de concert sous la pression allemande : la paix faite, cette pression disparue, que vaudront les « sanctions » d'un tribunal européen ? On ne peut se défendre du rire, intérieur quand on songe que de bons esprits placent leurs espérances dans une sorte de gendarmerie internationale mise au service du tribunal de La Haye. Car la première des questions qui se posent, est de savoir si la force armée polyglotte ne subira pas l'ascendant diviseur de l'État qui, militairement, économiquement, diplomatiquement, sera le plus actif, le plus organisé, le plus
Maurras. •— IV. 19
fort.... Il y a bien delà graine de carnage entrevue du fond de cette sage curiosité....