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L'ENTERREMENT DU GÉNÉRAL GALLIENI

2 juin 1916.

Journée incomparable de calme recueilli, de piété grandiose, unissant tout un peuple non seulement au mort couché sur la prolonge d'artillerie, mais au cortège de tous les morts d'une longue histoire. Avec son art exquis des manifestations nationales, le peuple parisien a su honorer dans un seul tous ceux qui sont lombes ou tomberont pour son salut.

Ayant pris ma faction d'assez bonne heure, j'ai commencé la journée par une agréable surprise.

Quelle est la main amie qui, sur le premier char à droite, presque immédiatement au-dessous de la gerbe de M. le Président de la République, avait placé cette magnifique couronne de roses qui portait sur son large ruban aux trois couleurs, notre inscription votive :

Au Sauveur de Paris

L'ACTIOS FHASCAISE RECONNAISSANTE

Mais n'est-ce pas plutôt la grâce de nos fleurs qui aura fait passer sur la signature compromettante?

Une vue si agréable nous consola du large intervalle établi — une heure peut-être ! — entre le passage de ces beaux chars fleuris et le reste du défilé, qui, sauf ce petit dommage, fut magnifique. On me dit que la cérémonie religieuse, faute de tentures ou

de chants, avait été un peu froide. Mais l'impression est souvent froide dans cette nef, trop divisée, trop cloisonnée, à mon avis. Si j'avais un 'beau deuil national à conduire par une claire après-midi de juin comme celle-là, je ferais prendre d'autres dispositions. Le service aurait lieu en plein air : aux Invalides, certes, mais du côté de la place Vauban et devant l'étoile des avenues. La façade aux vastes murs dorés, décorés de vitraux bleu sombre, compose le plus beau maître-autel de Paris. On eût traversé l'église avant et après, mais on eût officié au dehors. Quelques rangs de gradins, de chaises et de bancs autour de la cour spacieuse procureraient toutes les commodités compatibles avec la majesté : je mettrai au défit les pires blasphémateurs de ne pas être saisis jusqu'au fond de leur âme par la beauté ardente dee évocations du passé religieux, militaire et civil de la France sous le tendre ciel de Paris qui caresse si bien et embellit, quand il lui plaît, monuments ou cérémonies, tout ce qui lui est confié.

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